mercredi 20 janvier 2016

Réservé aux esprits ouverts

Connaissez-vous les Cinq à Sept de Jean-Philippe Déranlot ? Réservés aux esprits ouverts ? J’étais leur invité jeudi dernier. J’y ai présenté mon livre. Il y avait beaucoup de monde. J’aurais été curieux de savoir ce qui avait suscité l’intérêt des participants. Mais je n’ai pas eu le temps de leur poser la question. Voici, pour autant que je m’en souvienne, les grandes lignes de ma présentation.

Paradoxe du changement
Si ça ne marche pas...« Ça ne marche pas », comment cela se manifeste-t-il ? C’est l’énantiodromie. On obtient le contraire de ce que l’on veut. L’amour conduit au divorce. Les 35h ne réduisent pas le chômage mais produisent un gain de productivité. M.Sarkozy fait l’envers des 35h : il ne réduit pas le chômage, mais la productivité. La médecine moderne tue… C’est le paradoxe du changement.

L’acteur et le système
Et tout cela a une raison. Notre pensée est linéaire : travailler plus, cela fait gagner plus. Or, Bill Gates me vaut un million de fois. A-t-il travaillé un million de fois plus que moi ? Non. La vie, c’est l’ordre. Qui dit ordre, dit maintien de l’ordre. Le monde ne fait pas n’importe quoi. Il est « un système ». Et le système trompe la logique de l’Education nationale.

La vie, c’est le Far West
Attention. Constatation fondamentale. Les mots que nous employons sous-entendent leur mise en œuvre. Et cette mise en œuvre nous fait rater. Comment se dépatouiller de ces mots faux ? C’est une bataille au corps à corps, qui fonctionne par paradoxe. Le livre s’intéresse à la question du changement. Il regarde dix causes d’échec du changement. A l’origine, il y a dix concepts dont l’interprétation nous fait un croche-pied. Voici deux exemples.
  • Changement. Implicitement, nous pensons que changer c’est construire un monde nouveau. Et si l'existant avait la possibilité de se transformer de manière inconcevable ? C’est le changement d’ordre deux. Nous avons en nous des potentialités inconnues. Un dinosaure peut devenir un oiseau. Un bourgeois, Proust. Une PME, ou nous, irremplaçables.
  • Avenir. « No future » me dit-on. Déprime. Mais il n’y a pas de futur ! Après la guerre, on nous a fait croire à la fin du risque, défait par la technocratie. Or, l’avenir est imprévisible. Il est fait de crises. Mais c’est cela qui donne son sens à la vie ! Regardez le navigateur, il vit de tempêtes. Le monde c’est le Far West, dangereux mais plein de potentiel, pour celui qui a un désir, une envie, et qui est bien armé. Etre armé, c’est être libre, et pouvoir compter sur un réseau de confiance.
Que trouverez-vous dans mon livre ?
On construit, à coup de petits trucs, une méthode de conduite du changement. Redécouverte de Kurt Lewin et surtout du pragmatisme. Il n’y a pas d’absolu, de grand soir. Le monde peut être amélioré. Batailler avec la réalité permet de faire des hypothèses sur son fonctionnement. Si l’expérience montre qu’elles conduisent à un comportement « qui marche » elles sont emmagasinées dans notre boîte à outils. Rien de neuf ? Mais si on l’avait oublié, cela ne valait-il pas la peine d’y revenir ? Eh puis, comme me l’a fait remarquer un participant, une même chose signifie-t-elle la même chose dans un monde différent ?

Mes premiers lecteurs m’ont dit que mon livre était ce qu’on appelle en anglais « a page turner ». Ce n’était pas son objectif. J’aurais aimé qu’il les incite à faire leur propre enquête. Cette enquête c’est le plus long chemin de soi à soi. C’est l’enquête de Socrate, ou la recherche de la voie par les Chinois anciens : c’est la quête de la liberté.