vendredi 26 février 2016

Pensée

J'ai lu chez Lucien Jerphagnon que la mort du philosophe grec était à l'image de sa vie. Je pense qu'il en a été de même de ma mère. Cela l'aurait surprise que je la compare à un philosophe, car elle n'avait pas fait d'études et en était complexée. Elle avait fort peu de considérations pour elle-même. "Tu n'es pas belle, mais tu es propre", lui disait ma grand mère, qui voulait lui donner une excellente éducation. Et pourtant rien ne lui résistait. Il suffisait qu'elle veuille quelque chose pour qu'elle l'obtienne. Elle avait une maîtrise quasiment sans équivalents des forces auxquelles obéissent les groupes humains. J'ai d'ailleurs utilisé dans un livre un changement qu'elle avait réalisé dans la banque qui l'employait. Dans les années 80 elle avait créé un des premiers services de bureautique. Elle s'était opposée aux décisions de sa direction, qui voulait dissoudre son service. Elle n'avait pas protesté. Elle avait agi. Elle avait réalisé le changement qu'elle jugeait bon en un temps record. Et, curieusement, à la satisfaction générale. Cela dépassait de très loin ce qu'on lisait dans la Harvard Business Review. Et ce n'était rien par rapport à ce qu'elle a fait de son existence, qui a suivi le chemin dont elle avait rêvé quant elle avait onze ans. 

Peut-être aurais-je dû lui dire tout cela de son vivant. Mais elle n'aurait probablement pas voulu l'entendre. Je ne suis pas aussi doué qu'elle pour réussir le changement. Malheureusement.