lundi 24 octobre 2016

Traité du désespoir

Kierkegaard, c'est un désespéré. Un écorché vif, dont la vie se terminera tôt. C'est une contradiction sur pattes : un intellectuel parmi les plus brillants de sa nation, un prosateur de génie, et un être hautement religieux. Quelqu'un qui aurait dû être pasteur, s'il n'avait pas jugé que le protestantisme officiel était indigne de Dieu. Ivre d'absolu, il soigne son angoisse existentielle en bâtissant la théorie d'une vérité ultime. Curieux qu'on en ait fait un philosophe. Fou de Dieu, prophète d'une sorte de Jihadisme, me semblerait plus approprié à son cas.

La raison refuse la foi ? Alors, il veut démontrer la foi protestante, et uniquement celle-là !, par la raison. Par le sophisme ? Car il le fait en disant que tout ce que la raison juge mal est bien. La religion dit tout et son contraire, avec autant d'aplomb ? eh bien, le paradoxe, c'est la marque du vrai ! Vous êtes heureux ? Eh bien, vous êtes le plus désespéré d'entre-nous, puisque vous n'avez pas conscience de l'être ! Et tout cela exprimé dans un style des plus abscons. "Le moi est un rapport se rapportant à lui-même, autrement dit il est dans le rapport l'orientation intérieure de ce rapport ; le moi n'est pas ce rapport, mais le rapport sur lui même du rapport." Cet homme vous transforme une banale expérience quotidienne en une formule d'une abstraction mathématique. C'est parce que vous ne comprenez pas ce que je dis que c'est juste ? Il fait de la raison un article de foi ?

Kierkegaard est un ultra de l'individualisme. Il hait la foule (la société ?). C'est en plongeant en soi que l'homme se découvre, au travers de Dieu. "dans son rapport à lui-même, en voulant être lui-même, le moi plonge à travers sa propre transparence dans la puissance qui l'a posé. Et, à son tour, cette formule, comme nous l'avons tant rappelé, est la définition de la foi." Voilà la conclusion du livre, et son message.

Kierkegaard est le pionnier du courant existentialiste moderne. Les Grecs l'ont précédé. La raison est un outil. Mais il peut nous aliéner (celui qui ne connaît pas le désespoir est un légume), ou nous rendre fou. Il y a "quelque-chose" au delà de la raison. Source de crainte et d'espoir. Car, cela peut se rebiffer brutalement, si on l'ignore. Mais aussi, cela signifie que l'on ne peut jamais dire que quoi que ce soit est définitivement fichu. Voilà mon interprétation de la question. Mais je n'ai pas le génie de Kierkegaard.