vendredi 18 août 2017

Chronique / Quels sont les objectifs de la conduite du changement ?

Le premier objectif est de construire un dispositif qui permet de s’assurer que l’on va atteindre le but que l’on s’est fixé. Par exemple, que tel nouveau logiciel va bien permettre de faire les gains de productivité que l’on en attendait lorsqu’on l’a acheté. On peut appeler ce dispositif une « boucle de rétroaction ».

Cela peut paraître évident, mais ce n'est jamais fait. Par exemple, les entreprises achètent d'autres entreprises, ou installent des logiciels, sans s'assurer qu'elle vont bien obtenir ce qui justifiait l'investissement.

En réalité, l’expérience montre que l’objectif principal du changement est l’optimisme. Martin Seligman définit l’optimisme comme la capacité à être stimulé par l’aléa. Une organisation optimiste est ultra performante.

jeudi 17 août 2017

Demandeurs d'asile

Au premier trimestre, le nombre de demandeurs d'asile à l'Europe aurait beaucoup baissé par rapport à l'année précédente (47%). Pourquoi ? Principalement du fait d'une réduction importante du nombre de réfugiés syriens (ils seraient une vingtaine de milliers, en baisse de quatre-vingt dix mille). Rapport Eurostat.

J'entendais aussi dire que les Syriens quittaient les camps dans lesquels ils s'étaient réfugiés, pour revenir chez eux. Notamment à Alep. 

Leçon de démocratie ? La dictature n'est insupportable qu'à ceux qui ont tout ?

Chronique / A quelles crises les organisations sont-elles confrontées ?

On pourrait résumer ces crises par « panne de performance ». Les dirigeants décident. Mais ces décisions ne donnent rien, ou font perdre de l’argent. Par exemple, les études des universitaires montrent que la plupart des acquisitions sont des échecs, les fonds d'investissement ont un très mauvais rendement, la productivité de l’informatique est nulle ou négative (paradoxe de Maslow), etc.

(Deux éléments complémentaires. 1) il me semble que cette panne se voit dans les chiffres du PIB, qui ne bougent pas ; 2) les outils de performance du consultant ressortissent au "lean". Les spécialistes de ces techniques avec lesquelles j'ai travaillé, estiment qu'elles sont à bout de course.

mercredi 16 août 2017

Sélection

Nous sommes fiers de Descartes, Condorcet et autres Pascal. Ce sont les géants sur les épaules desquels nous sommes perchés. Pourtant, à leur époque, la sélection du talent se faisait par la naissance. Idem pour nos grandes écoles. Le genre de sélection qui s'y pratiquait, aux origines, n'avait rien à voir avec ce qui se fait aujourd'hui. Et pourtant, ce sont leurs premières générations d'élèves qui ont fait leur réputation. 

Ce qui a fait Pascal, Condorcet ou Descartes, ce sont les acquis culturels de leur temps. Idem pour les grandes écoles : elles étaient les seules à détenir un savoir scientifique, qui était alors une innovation. Autre exemple : Bill Gates aurait déclaré que peut-être seulement cinq personnes auraient pu faire ce qu'il a fait, tant il s'est trouvé dans des circonstances favorables. (Ce qui ne diminue pas son mérite.)

Le rôle de la sélection humaine n'est donc pas de détecter le talent, elle en est incapable. Mais d'éviter les embouteillages. Il n'y a pas de place pour des armées de dentistes, par exemple. Seulement, le fait que notre "élite intellectuelle" se rue comme un seul mouton à la poursuite de la première mode qui passe, montre qu'une sélection excessive peut aussi avoir des effets pervers. Elle crée un esprit ritualiste et non pas rationnel. Pour les éviter, il serait bien de commencer par arrêter de se bercer d'illusions quant aux objectifs de la sélection ? 


Chronique / Pourquoi faut-il manager un projet de changement ?


Cela tient à une vérité évidente mais qui semble échapper à tout le monde. Les entreprises sont conçues pour  « produire ». C’est à dire faire toujours la même chose (par exemple fabriquer des voitures ou des médicaments qui respectent des normes…). Donc, elles doivent impérativement combattre tout aléa, tout changement. 

Ce qui fait que si le changement n’est pas managé, il échoue.

Chronique de l'été

Le principe des techniques de conduite du changement c'est l'interdépendance. Celui de notre époque, c'est l'indépendance. L'ayant compris, je me suis dit qu'il ne servait à rien d'écrire sur le sujet. Mais voilà qu'une revue me pose quelques questions intelligentes. Et si le vent était en train de tourner ?

En tout cas, je vais publier, en un peu modifié, quelques réponses que j'ai faites aux dites questions. Peut-être que cela sera utile à quelqu'un...

mardi 15 août 2017

Stage

Un ami, qui tentait de lancer une entreprise, me disait que les stages devraient être gratuits. Comme cela, il n'y aurait plus de difficultés à trouver un stage. Mais, alors, pourquoi ne pas faire payer les stagiaires ? Après tout avoir pu faire un stage est un avantage. 

Lorsque j'étais chez Dassault Systèmes, un de nos stagiaires nous a permis de décrocher un de nos premiers très gros contrats. Il avait conçu un module de cinématique, qui marchait, contrairement à celui de nos concurrents. Il y a quelques années une multinationale de la cosmétique m'a fait savoir qu'un de mes élèves ne pourrait pas venir en cours, car il était essentiel pour assurer la clôture de ses comptes. Ce à quoi j'ai répondu que mon université était flattée de former des gens irremplaçables. Il y a ici quelque-chose de paradoxal. Alors que les (vieux) dirigeants n'aiment que la jeunesse, disent que c'est d'elle que viennent les idées nouvelles, et licencient le vieux par wagons, le travail du jeune ne semble avoir aucune valeur. 

Il y a surtout effet pervers. Je me suis penché sur le cas d'une entreprise qui emploie beaucoup de stagiaires. Elle opère dans un secteur vraiment très prospère. Mais elle n'est pas rentable. Son chiffre d'affaires par personne n'est même pas la moitié de celui de la profession. Et si bien payer ses salariés forçait le dirigeant à justifier à ses clients le prix élevé de ses services ? Et si, en fin de course, il s'y retrouvait ?

Notre prison est un royaume

Une année de seconde au lycée Condorcet, avant guerre.

Tout le monde y portait un surnom. On est plus mal pensant qu'aujourd'hui : il y a le "nègre", le "Juif". Mais aussi le "royaliste", "bigloteux" (myope), les "sommeilleux" (endormis au fond de la classe), "rouquinoff" (roux), etc. Les enseignants et le personnel administratif aussi ont un sobriquet.

On les découvre, au cours du livre, moins sots et indifférents qu'on le croyait. Car, comme l'indique le titre, le lycée de ces temps oubliés était un univers clos. 

lundi 14 août 2017

Tourisme

Apparemment, le gouvernement voudrait qu'il y ait cent millions de touristes en France. Mais, ailleurs, où le tourisme a beaucoup cru ces derniers temps (Espagne), la population se révolte. Car le tourisme provoque de sévères désagréments. Particulièrement lorsqu'il est le fait des Anglais. (Une émission de France Culture, ce matin.)

Le libéral dit : le tourisme rapporte de l'argent, donc il est bon. Seulement, le tourisme rapporte à certains, et coûte aux autres. D'ailleurs, ceux qui ont le plus à gagner ne sont pas forcément des nationaux. En particulier, AirBnB prend 17% du prix de la location. Alors on répond : réglementons. Interdiction de posséder des résidences secondaires en ville, par exemple. (Cela se ferait à Amsterdam, selon l'émission.) D'où la situation actuelle de la France : à coups de réglementations faites par un corps législatif qui vit dans l'abstraction, on parvient à des aberrations. 

Echec et mat ? Il existe un troisième type de technique de conduite du changement. Il consiste à "organiser l'autonomie". C'est le "changement planifié". Après une analyse de la question, tirée par le bas, le haut met en place le dispositif qui permettra à ce même bas de réaliser le changement tout en en profitant. C'est la technique qui a été utilisée par les Américains pour mettre en oeuvre le plan Marshall, afin qu'il ait des effets positifs pour tout le monde, notamment pour eux. 

(Selon Kurt Lewin, ce changement est le changement démocratique. Entre dirigisme et laisser-faire, il y a une troisième voie.)

Montclar

Histoire d'un homme qui a besoin de souffrance et d'éloignement pour aimer. Et qui doit "se perdre pour se retrouver". (Une citation de Fénelon.)

Mais c'est aussi le portrait d'un aristocrate fortuné d'avant la grande guerre. Une époque, pas si lointaine, où le monde était dirigé par quelques milliers de gens extrêmement riches et fort cultivés, qui vivaient dans une société de rites compliqués.  Des étoiles inaccessibles, pour nos ancêtres vers de terre. C'est cette partie du livre, involontaire probablement, qui m'a intéressée. C'était un autre temps.

Le nôtre est toujours dominé par une petite clique. Mais c'est une clique de gueux. (Comme disait une vieille comtesse, de ce qu'elle pensait de lui, au mari de sa petite-fille.)

dimanche 13 août 2017

Anatole France

Qui lit encore Anatole France ? Et pourtant quel talent ! Plus personne ne sait écrire comme cela. C'est simple et élégant. Cela se lit d'une traite, et pourtant ce n'est pas sans profondeur. Et surtout, il n'y a aucune agressivité. "castigat ridendo mores", dans la tradition de Molière ? Une leçon que nos  littérateurs modernes pourraient méditer ? 

Et sa vie semble avoir été à la hauteur de son oeuvre. Il fut un des premiers à défendre Dreyfus. Ce qui demandait du courage. Il a été proche de Jaurès, plutôt de gauche, mais sans jamais tomber dans les excès, et les utopies, semble-t-il. 

Pourquoi l'a-t-on oublié ? Apparemment, il a suscité l'ire de ses successeurs. Aragon, notamment. Mais, eux-mêmes, que nous ont-ils laissé ? Plus destructeurs que créateurs ?

L'anneau d'améthyste

Humour léger. Anthropologie de la France de l'affaire Dreyfus ? Ou, du moins, de la haute société de province ? Il y a, d'un côté, ceux que le progrès du monde déboussole. Ils ne peuvent pas admettre que l'armée, pilier de leur univers, statique, puisse se tromper. La grande bourgeoisie juive est comme elle : elle est si bien intégrée au pays, qu'elle partage son antisémitisme.

L'autre bord, c'est celui de l'intellectuel, M.Bergeret. C'est un rêveur innocent aux moeurs pacifiques, (dangereusement ?) hors de la réalité. Il est convaincu qu'il existe "la Vérité". C'est en son nom qu'il a pris fait et cause pour Dreyfus. Il est, probablement, prêt à mourir en martyr pour elle.

Anatole France a été un des premiers dreyfusards, or sa description du Juif riche serait qualifiée aujourd'hui d'antisémite. De même, dans cette histoire, personne ne s'offusque que l'on puisse condamner un innocent, ou ne s'inquiète que l'on protège ainsi un espion (Estherazy), et donc collabore avec l'ennemi !

Ce qui se joue dans l'affaire Dreyfus, c'est l'affrontement de deux France, aussi irréalistes et ivres d'absolu l'une que l'autre ? Et pourtant, aussi bien l'une que l'autre, pleines de candeur.

(Pourquoi "l'anneau d'améthyste" ? C'est un anneau d'évêque. Celui qui tire les marrons du feu est un prêtre qui deviendra évêque, en trompant les ennemis de ses convictions. Machiavélique Eglise ?)

samedi 12 août 2017

Spintronics

Les data centres consomment 3% de l'énergie mondiale et émettent 2% des gaz à effet de serre. Et nous devrions produire 50 fois plus de données d'ici 2020 ! Peut-être va-t-il falloir s'intéresser à la question ?

Arrive "spintronics", la combinaison de la superconductivité et de l'usage des propriétés du spin de l'électron. Si l'on maîtrisait tout cela, le problème serait réglé. Mais est-ce possible ? (Article de l'université de Cambridge.)

Déterminisme

Jacques Attali est un prévisionniste. Comme lui, nous pensons que l'avenir est déterminé. Paradoxalement, nous croyons aussi au libre arbitre, qui nie le déterminisme.  Kant disait qu'il n'y avait pas de libre arbitre, mais qu'il fallait agir comme s'il y en avait un. Ce qui est paradoxal. Bergson résout plus ou moins la question en renvoyant les deux dos à dos : la vie est faite de sortes de "big bangs". Il s'y passe des choses imprévisibles. Exit le déterminisme. Exit aussi le libre arbitre : ces "big bang" sont les moments de création, ils sont involontaires, par définition. 

Je suis un peu du côté de chez Kant, et de son paradoxe. Il semble que l'on ait un genre de choix entre aller de l'avant et se replier sur soi et crever. Sans "élan vital" (Bergson) on ne peut rien faire. Mais, avec, on peut rater. C'est comme au loto : pour gagner, il faut jouer. Mais la plupart des joueurs perdent. C'est le mystère du "big bang". Seulement, sur la durée d'une vie, on peut rejouer souvent, ce qui nous donne une forte probabilité de réussir. Et, dans tous les cas, jouer fait passer le temps. 

Mais l'avenir peut devenir prévisible, il suffit pour cela de couper les pattes de l'élan vital. Alors, plus de moment créatif. Travail du prévisionniste ?

Tempête sur la ville

La Russie d'avant la révolution ? Comme chez Tolstoï, un Tsar, des nobles, des moujiks ? Pas ici. Un village, des artisans et des petits bourgeois obtus. En face, une petite cour des miracles de pauvres désoeuvrés. Désoeuvrés, mais pas incultes : on y trouve un poète et une sorte de philosophe, porteurs d'idées de changement. Mais ces pauvres se livrent une lutte fratricide. Ce qui est fatal au vent de liberté qui s'était levé. 

Visiblement, un roman à clés. Gorki a été le grand écrivain du stalinisme. On a même renommé Nijni Novgorod en son honneur. Il a eu une vie qui ressemble à celle de Jack London : des débuts dans les bas fonds, mais un succès littéraire et une fortune précoces (ce qui semble signifier qu'il était éduqué). 

vendredi 11 août 2017

Nouvelle vague

Curieusement, la nouvelle vague du cinéma a été accueillie à bras ouverts. Le ministre Malraux, par exemple, attendait tout de la jeunesse. Or, cette jeunesse voulait tout casser. C'est en substance ce qu'expliquait une émission de France Inter. 

Michel Rocard disait que 68 avait été une révolte contre les "petits chefs". Mais ces petits chefs auraient-ils été bienveillants ? En croyant faire le bien, ils ne s'attendaient pas à susciter la colère ? Leur mal était, alors, peut-être, de n'avoir rien vu venir car ils était trop sûrs d'eux pour faire attention à leurs enfants ?

Georges Brassens

68 n'aimait pas Brassens. Mais, Brassens était un rebelle, comme les jeunes d'alors, non ? Brassens, c'était Villon, la culture française. Le rock américain, lui, était tout ce à quoi l'on aspirait, en 68 : une  musique dans laquelle on parle de soi. Voilà ce que j'ai entendu dire, en substance, des sentiments qu'il avait éprouvés, à un homme de culture. (Chez France Culture.) 

Les Lumières, la Révolution, et la gauche, ont longtemps dit que c'était la culture qui donnait la liberté. Parce qu'elle permettait de penser. D'où notre obsession de l'éducation. 68 a renversé cette idée. L'homme étant né parfait, la culture l'aliénait ?

(Explication aussi de la "nouvelle vague" ?)

Existence

Existence ou essence ? Qu'est-ce qui est premier ? Question de philosophe. Les existentialistes disent que l'on devient homme : l'existence est première : l'homme cherche des valeurs qui vont fonder son jugement. Mais, s'il les reconnaît, c'est qu'elles devaient préexister ? Contradiction ou problème mal posé ?

Nous sommes contradictoires : on peut avoir la religion de ses parents et la rationalité de l'école. Nous sommes ce que nous avons tiré de notre existence. Mais cette expérience commence immédiatement. Nous avons des valeurs, donc. Mais pas universelles. Non seulement elles sont contradictoires, mais elles sont incapables d'expliquer ce que nous voyons dès que nous sortons des conditions dont nous les avons déduites. Du coup, nous devons reconstruire un équilibre. Nous devons changer pour ne pas changer. Ce faisant nous apprenons à vivre en société. Nos erreurs sont le moteur de notre vie. C'est aussi notre apport à la société : c'est une part de réalité que nous sommes les seuls à connaître. 

(L'existence est un changement, donc. Mais difficile à expliquer : nos valeurs sont constitutives, elles résident, pour ainsi dire, au niveau de l'atome, si l'atome existait.)

jeudi 10 août 2017

Objets connectés

D'après ce que j'entends, les entreprises qui déploient des réseaux de communication (Lora ou Sigfox) pour objets connectés sont inquiètes. Elles ont besoin de millions d'objets pour pouvoir vivre. Or, au mieux, il y en a des milliers. Les applications de masse, publiques ou industrielles, se font attendre. 

Pourquoi ? Bulle spéculative ? Les financiers se sont convaincus de l'intérêt du concept alors qu'il ne correspond à aucun besoin brûlant ? Peut-être même, fait-il peur ?...

(Ericsonn, lui, dit qu'il va y avoir des "milliards" d'objets connectés, grâce à l'adoption de nouvelles normes et aux Chinois...)

Du son dans mon salon

Du son dans mon salon. Drôle de nom. C'est le projet d'un homme des Beaux arts. Il invite dans son salon, effectivement, des musiciens. Il enregistre un morceau. Il les interviewe. Et, tout ceci est bénévole. Pourtant, le concept pourrait être celui d'une chaîne TV : un Chancel ou Drucker aurait pu créer un salon sur un plateau télé des années 80. Pour recevoir de jeunes artistes. En outre, la qualité de la réalisation est aussi bonne, voire meilleure, que ce que l'on voit à la télé. (Site.)

Vus ses invités, qui ont une forte notoriété sur YouTube, l'émission est probablement une étape du parcours promotionnel de l'artiste français montant. Le Jean-Louis Foulquier du web ? 

Evolution de la société, aussi ? Alors que, d'un côté, il y a une classe qui fait de l'argent avec de l'argent, il existe tout un monde du gratuit. On y vit d'amour (de l'art) et d'eau fraiche. Et de système D.

(Mais, comme chez la Boétie, c'est peut-être ce qui se trouve entre ces deux univers qui est le plus intéressant. Ce sont les salariés de l'industrie de la culture, privée ou publique. Ils arguent de leur manque de moyens, et de l'inhumanité du capitalisme, pour ne pas payer le talent de leur prochain.)

mercredi 9 août 2017

Voiture autonome

On nous disait : développons le nucléaire, on trouvera bien une solution au traitement des déchets radioactifs. Ne serait-il pas la même chose pour la voiture autonome ? Et si l'on considérait dès maintenant les problèmes qu'il faudra résoudre ? Imaginons qu'il y ait un accident. Qui est responsable ? Le fabricant de voitures ? Ces accidents sont-ils impossibles ? Aujourd'hui, quand une pièce est défectueuse, on retire la voiture qui l'utilise de la circulation.
Toyota a annoncé mercredi le rappel de 7,43 millions de voitures dans le monde pour un risque d'incendie lié au système électrique des lève-vitres sur plusieurs modèles, un nouveau coup dur pour le numéro un japonais de l'automobile et sa réputation de fiabilité. (Le Point 10 octobre 2012)
Imaginons qu'un bug affecte le logiciel de 7 millions de voitures autonomes : combien de milliers de morts d'un coup ? On a changé de type de risque. C'est le phénomène Titanic : votre risque d'accident n'est pas indépendant de celui d'un autre homme ; il est corrélé. Et, bien sûr, il y a la question des objets connectés : et si un virus informatique se communiquait à tous ? 

Peur de Big Data

Pourquoi la surveillance de la NSA ? Les "fake news" ? Parce que tout nous est dans Internet. Non ?

Nous ne sommes pas des digitaux
Qui aurait pu déduire de leurs propos ou de leur vie ce qu'allaient faire ceux qui ont voté ou refusé la confiance à Pétain ? Pour le psycho sociologue Kurt Lewin, nous ressemblons aux particules atomiques : nous sommes faits de forces opposées. On ne peut pas connaître les réactions de l'homme, si l'on ne connaît pas ces forces internes. Et elles ne se révèlent que dans le changement. (Ce que fait la physique en cassant des particules.)

Et, lorsque l'on ne change pas ? Comme l'automobiliste, on suit des routes tracées par d'autres. Observer son parcours, vous en dira peu sur lui.

(Cette idée est aussi au fondement de l'existentialisme.)

mardi 8 août 2017

Marché autonome

Est-ce que la voiture autonome vous fait rêver ? La génération de mes parents a rêvé de voiture, ce n'est plus le cas.

Dorénavant, ce n'est plus le besoin du consommateur qui tire l'entreprise, mais l'inverse. Comme l'entreprise a un marteau, elle nous voit en clous. Elle est issue d'Internet, elle veut tout lui "aliéner", auraient dit Hegel ou Marx. Elle emploie de très gros moyens pour nous convaincre que l'avenir est à son image. Mais, le "progrès" peut-il être décrété, sans qu'il corresponde à une aspiration spontanée de la société ? 

Changement

Un maître d'école racontait son émerveillement lorsqu'il sent qu'un enfant est sur le point de savoir lire. Miracle du changement. 

Je pensais qu'il y avait quelque chose de similaire dans ma vie. C'est le moment où un dirigeant prend conscience qu'il doit déléguer. Et peut-être, aussi, qu'il en est capable. 

Peut-être est-ce ma mission ? Mais, contrairement à l'enseignant, je n'ai pas de méthode infaillible pour réussir. 

(Si j'en crois les statistiques : de plus en plus, il est dans mon cas...)

lundi 7 août 2017

Venezuela

Lorsque l'on critique le gouvernement vénézuélien, issu d'Hugo Chavez, on dit d'ordinaire : attention, il va être remplacé par des ultralibéraux, sous domination américaine, dans la tradition sud-américaine. C'est peut-être juste, mais vues les conditions de vie du peuple, tout semble meilleur que sa situation actuelle. 

A moins qu'il n'y ait M.Mélenchon ? Après tout, il serait certainement plus présentable que le dirigeant vénézuélien. Et nous retrouverions ainsi une vieille tradition française : longtemps les cadets du Roi de France ont cherché la couronne de moindres pays : Pologne, Espagne... 

Marie Octobre

Film de Julien Duvivier, de 1959. Huis clos. Un réseau de résistants se retrouve 15 ans après la fin de la guerre. L'un d'entre-eux est un traitre. Mais qui ? 

Comme souvent, un film est l'occasion de faire passer des messages subliminaux. Ce réseau est un échantillon représentatif de la société française. Du tenancier de maison semi-ouverte au financier, en passant par l'avocat ou le fonctionnaire... La guerre a uni ce que la société oppose. Mais, ces résistants ne sont peut-être pas si bien que cela. Y compris leur chef, mort en martyr. Ne serait-ce que, pour pouvoir résister, il fallait être accepté par la société, donc, au moins un peu, collaborer. Et ils étaient tous fauchés, comment se fait-il qu'ils soient riches, maintenant ? Où ont-ils trouvé leur argent ? Comment se fait-il, aussi, qu'ils se déchirent, alors qu'ils étaient prêts au sacrifice ? 

dimanche 6 août 2017

Nanterre en 68

Le philosophe Paul Ricoeur était doyen de Nanterre en 68. Nanterre était une filiale nouvellement créée de La Sorbonne. D'ailleurs, Paul Ricoeur en a posé la première pierre. Paul Ricoeur et quelques autres y avaient demandé leur mutation pour échapper à l'arrogance de la mafia normalienne, qui dirigeait la maison mère, et aussi à la déshumanisation d'une Sorbonne-usine. Ils pensaient y trouver une ambiance de province et pouvoir s'occuper de près de leurs élèves. Mais les choses n'ont pas tourné comme prévu. Et Paul Ricoeur est parti enseigner aux USA. Où il est entré dans les pas d'Hannah Arendt. 

Comment voit-il 68, à Nanterre ? Du fait de sa situation, la faculté est fréquentée par deux types de populations. Des étudiants modestes des "banlieues", et des fils de famille du 16ème et de Neuilly. Les premiers sont communistes, pour eux l'université est le moyen de l'ascension social. Les autres sont gauchistes. Ils ont déjà tout. Ils vont détruire l'Université. 

A ceci s'ajoute un autre mouvement. En 68, l'Université était vue comme le maillon faible de la société. De là aurait pu partir le changement. Mais de Gaulle l'a bloqué. Alors, l'Université s'est retournée contre elle-même. 

(Un de mes voisins enseignait à Nanterre en ces temps. Il a d'ailleurs gardé quelques vifs souvenirs de Cohn-Bendit, qui tagait les murs, à côté de sa classe. Son témoignage me semble rejoindre celui de Paul Ricoeur.)

Thermodynamique du capitalisme

Phénomène observé à la fois à Athènes, dans l'Angleterre victorienne et l'Amérique moderne. Le riche fait signe au pauvre : si vous faites fortune, je vous accueille comme mes égaux, vous et vos descendants. De ce fait, la classe de riches vit dans l'oisiveté, en se nourrissant de l'effort des pauvres qui cherchent à se hisser à son niveau. L'immigré est, par excellence, un pauvre idéal. Il vient explicitement recueillir la récompense de son talent. Ainsi que l'oligarque, qui y trouve une protection pour l'argent qu'il a soutiré ailleurs. 

Tout cela ressemble à la thermodynamique. Le rendement d'un moteur dépend de l'écart entre la source chaude et la source froide. Le capitalisme, lui, semble se nourrir de l'inégalité entre riche et pauvre. 

(La particularité de la France est de trouver qu'il est injuste que tout le monde ne soit pas soumis aux mêmes règles. Pour avancer, elle a besoin d'une stimulation autre que l'inégalité. Diffuser le bien universel, réaliser le "progrès"...)

Paul Kagame

Le dirigeant du Rwanda est réélu avec 98% des voix. Dans ma jeunesse, on disait qu'il n'y avait que par trucage et terreur que l'on arrivait à de tels chiffres. Ce que l'on disait dans ma jeunesse n'était peut-être pas scientifique... 

Il semblerait que l'on soit reconnaissant à Paul Kagame d'avoir sorti le pays du génocide et de lui avoir donné la prospérité. Son idéal serait le modèle, semi dictatorial, de Singapour. 

Ce qui rappelle que la démocratie ne va pas de soi. Et elle ne va pas de soi parce qu'elle n'est pas systématiquement capable d'assurer les conditions qui lui permettent de réaliser ses principes. Que 0,1% de la population dispose de tous les biens n'est pas démocratique. Qu'une autre partie de la population soit tellement désorientée qu'elle ne vote plus n'est pas démocratique, non plus. 

samedi 5 août 2017

Prolétariat

Il y a quelques années, j'ai ouvert ma porte à un vendeur de posters. Il se révèle qu'il cherche un emploi, et qu'il sort de prison. A l'époque, je travaillais pour un cabinet d'études de marché. Je lui propose d'entrer en contact avec ses centres d'appel. Il me répond, en substance : j'ai essayé, c'est insupportable. 

Une de mes cousines m'appelle. Elle est en année de césure d'une bonne école de commerce. Elle vient de décrocher un stage dans une Start up de Londres. Quelle aventure ! Elle va être payée 800€ par mois. Et cela pour vendre au téléphone les produits de la société. Bien sûr, il y a le coût de la vie à Londres, mais c'est une Start up... (Un ami fait une très belle carrière de directeur commercial pour des éditeurs de logiciel internationaux : il appelle ses quatre-vingt collaborateurs, des commerciaux, des "robots".)

Il y a quelque chose de paradoxal dans la révolution numérique. C'est qu'elle n'a rien de numérique. Elle a fait ressurgir le prolétariat. Amazon emploie des magasiniers en masse, Uber donne une nouvelle vie au taxi, les livraisons se font maintenant à vélo, les éditeurs de logiciel emploient des légions de "vendeurs assis", qui passent leur existence au téléphone dans des sweat shops modernes... Mais ce qui me semble fascinant, et difficile à expliquer, c'est ce mouvement ancien, que l'on ne semble pas parvenir à stopper, qui conduit à exploser le travail en des tâches stupides, et de payer des gens au dessous de ce qui leur est nécessaire pour vivre. Une mécanique à créer la pauvreté, qui semble au coeur de notre système. 


Moustique

Le moustique tue plus que l'homme. C'est un vecteur pour maladie. Tout viendrait d'un changement. L'invention de l'agriculture au néolithique aurait bouleversé les écosystèmes, et le co développement des espèces. Ce qui aurait provoqué des vagues d'épidémies. Puisque l'homme est entré dans un monde auquel il n'avait pas eu le temps de s'adapter.
(La méthode scientifique, France Culture, 23 juillet 2017.)

L'homme a adopté une méthode de développement particulière : il agresse. Et c'est la réaction qu'il suscite qui le fait avancer, en agressant l'agression... (Ce qui est la thèse du rapport du Club de Rome, par ailleurs.) La question que l'on pose maintenant que l'on a découvert ce phénomène est : est-ce durable ?

Illusions perdues

Un spécialiste du redressement d'entreprise a proposé à mes étudiants (des diplômés d'une des meilleures formations en contrôle de gestion) un emploi de chauffeur de sa voiture, le temps qu'ils trouvent un poste digne de leurs diplômes. C'était payé le SMIC. 

Je pense qu'il estimait que cela plairait à un étudiant ambitieux. Car, à ses côtés, il entrait dans l'intimité de la direction d'entreprise, dans la résolution des problèmes d'une telle complexité, et d'une telle richesse, que seule une infime minorité de gens y est confrontée. 

Tout cela est très américain. Celui "qui en veut" est prêt à tous les sacrifices pour prendre l'aspiration qui l'amènera aux sommets. 

L'emploi n'a pas trouvé preneur, mais beaucoup de gens ont cru à ces promesses. Et elles ne se sont pas réalisées. Elles ont, simplement, permis une gigantesque déflation de salaires. Car les réseaux relationnels ont remplacé les ascenseurs sociaux.

vendredi 4 août 2017

Polxit

Et si la Pologne sortait de l'Union européenne ? Curieusement, les Polonais, qui haïssent les soviétiques, semblent aller vers un régime non démocratique, qui les laisserait seuls face aux Russes. L'Europe ne paraît pas avoir une excessive tendresse pour eux. 

Comment en sommes-nous arrivés là ? Si je reprends les notes de ce blog, il y aurait eu une méprise qui s'est transformée en cercle vicieux. Les Polonais pensaient rejoindre les USA, et pas l'Europe. Ils se sont nourris de généreuses subventions européennes, mais sans nous en être reconnaissants. Surtout, ils sont devenus une "low cost country". L'Allemagne en particulier y a délocalisé son industrie. Les Polonais les plus diplômés, ou les plus dynamiques, ont fui le pays, pour occuper des emplois low cost dans des pays high cost (l'Angleterre, notamment). D'où mécontentement des natifs, et Brexit. 

La chute du mur de Berlin a fait du Polonais un sous-homme ?
Tusk spoke to reporters and questioned Poland’s future in the European Union. Visibly agitated, he warned about what he described as Poland’s weakening position within the bloc. “It smells like an introduction to an announcement that Poland does not need the European Union and that Poland is not needed for the EU,” he said, adding, “I am afraid we are closer to that moment.” (Politico)
(Les mécanismes d'intégration européens n'ont pas toujours fonctionné ainsi. Ils visaient, au contraire me semble-t-il, à uniformiser les niveaux de vie, en permettant à chaque nouvel adhérent de rattraper le niveau technologique du groupe. C'était, je crois, la logique du Plan Marshall.)

Parrain

Différentes personnes me disent que M.Macron conduirait le changement comme dans le film La parrain. A coups "d'offres que l'on ne peut pas refuser".  

On ajoute que ce n'est pas un homme bien. Car ce sont des méthodes peu démocratiques. Cependant, les méthodes démocratiques ont déjà été utilisées. C'était celles de ses prédécesseurs. Et elles n'ont pas donné de résultats très démocratiques. Serait-ce pour cela que M.Macron a des moyens de pression sur beaucoup d'hommes bien ?

Perfide Albion

On dit que les négociateurs anglais du Brexit sont désorganisés. Connaissant la légendaire perfidie anglaise, c'est louche. Et s'il y avait là un plan machiavélique ? Justement un moyen de "diviser pour régner" (expression qui a deux traductions en anglais) ? L'essence même de la britanitude. 
Brussels fears British chaos is part of a cunning plan: Is Britain’s strategy to pretend not to have a strategy? Diplomats in Brussels who know British negotiators to be canny and usually top-of-the-class can’t believe the U.K.’s surface-level aimlessness is the full story. “In September they’re going to swamp us with [position] papers on the fault lines — exactly the issues where they know we [the EU27 countries] are divided,” predicted an EU diplomat. Jakob Hanke and David Herszenhorn have the full story. (Politico)

jeudi 3 août 2017

Fils à papas

Des analyses ADN montreraient que chez certains singes et félins, les enfants ne sont pas de leur père. En s'accouplant avec un grand nombre de mâles, la mère leur laisse entendre que l'enfant est d'eux. Ce qui les conduit à le protéger. (La méthode scientifique de France Culture.) 

Illustration inattendue de la théorie du gène égoïste. Et justification darwinienne des thèses féministes ? (Mais quel va être l'impact du test ADN sur l'évolution ?)

Montparnasse

La SNCF est chaos. Un incident technique infime a mis hors d'usage la Gare Montparnasse. Surtout, les naufragés de la SNCF sont perdus sans information cohérente. 

Rien d'exceptionnel. Ma vie de banlieusard me fait rencontrer régulièrement ce type de problèmes. Et, en un an, j'ai subi deux incidents quasi identiques, sur des trajets longs. L'un à la Gare d'Austerlitz et l'autre à Montparnasse. 

Y a-t-il un conducteur dans la rame ?
Espérons que la crise aura du bon ; qu'elle forcera la direction de la SNCF à affronter ses démons. Je soupçonne qu'ils sont doubles. Le premier est lié à son équipement. La SNCF a fait l'impasse sur l'investissement. Il faut peut-être y voir la conséquence de l'injonction paradoxale dans laquelle elle vit : les élus veulent qu'elle en fasse toujours plus, en lui donnant toujours moins. (Au motif que comme elle est "évidemment" mal gérée, l'injection de méthodes de management modernes ne peut que lui faire faire des miracles.) Mais, l'injonction paradoxale n'est pas fatale. Lorsque l'homme veut résister à ce qu'il trouve mauvais, il sait très bien le faire. La SNCF n'a pas été une grande résistante. Le second, probablement lié au premier, semble une question de management. Apparemment, le personnel est laissé à lui-même. (Il y a quinze ans, un haut fonctionnaire de la SNCF me la décrivait, selon ses termes, en "bateau ivre".)

Conclusion ? Il est tentant de penser que ce qu'il faut à la SNCF, c'est un pilote dans le train : quelqu'un qui ait le sens des responsabilités. Un meneur d'hommes, cheminots et hommes politiques.

(PS. Article du Monde, qui semble partager mon point de vue..." SNCF : une pagaille peut en cacher une autre", article du quatre août.)

Changement

Un dirigeant me disait qu'il n'avait jamais trouvé personne avec qui il puisse parler de son expérience du changement. Il était heureux d'avoir enfin rencontré quelqu'un qui le comprenne. Et moi, me comprend-on ? 

Depuis 15 ans, je rencontre des journalistes. Et nous nous livrons à un dialogue de sourds. Ils ne saisissent rien à ce que je leur dis. Jusqu'à ce qu'ils me parlent de leur situation personnelle. Ils vivent un calvaire... Ils aimeraient que je les aide. Mais pas écrire sur mon travail... 

Peut-être qu'il y a quelque-chose de honteux à parler de changement ?

mercredi 2 août 2017

Jeux olympiques

On le lisait depuis longtemps : Paris et Los Angeles allaient organiser les prochains jeux olympiques. Plus personne ne voulant faire les frais d'un tel événement, le comité olympique ne pouvait pas se permettre de perdre un des deux candidats. Maintenant, c'est confirmé. Paris a les jeux. 

Et s'il fallait s'en réjouir ? La Mairie de Paris plus forte que Keynes ? Creuser le déficit du pays, n'est-ce pas un stimulant supplémentaire à la remise sur pieds, en urgence, de l'économie nationale ? 

Etat négociateur

Je lisais que La Poste s'intéressait à une banque italienne. L'Etat italien n'a-t-il pas là un otage dans la négociation STX ? En fait, la France et l'Italie se tiennent par la barbichette. Hier l'Italie refusait l'entrée d'Air France dans le capital d'Alitalia, maintenant c'est la France qui fait des difficultés à Fincantieri. Au passage, tout le monde a à y gagner : chaque gouvernement est loué par son opinion pour défendre les intérêts nationaux.

Camouflet aux précédents présidents ? C'est peut-être une règle du jeu qui n'a pas été suffisamment respectée par l'Etat français. Tendance générale ? Notre gouvernement, à l'intérieur ou à l'extérieur, semble avoir choisi la voix de la négociation. Mais, apparemment, en sachant se placer en situation de force. 

La journaliste Anne Fulda, écrit que c'est son talent de négociateur qui a fait la fortune de M.Macron chez Rothschild... (Il a été le plus jeune associé de Rothschild, et ce n'est pas uniquement à son entregent d'inspecteur des finances qu'il doit sa promotion.)

Egoïsme

Ayn Rand (billet précédent) a du bon. Sa défense forcenée de l'égoïsme force à s'interroger. Il semble admis qu'il est bien d'être altruiste. Mais que signifie "altruisme" ? De quel droit peut-on se mêler des affaires des autres, par exemple ? Les mettre sous tutelle ou les expédier dans un asile psychiatrique soviétique, par exemple ? Une des fortes motivations du colonialisme français fut altruiste, aussi. 

L'altruisme a un autre aspect dont on parle moins : c'est l'attente que l'on a vis-à-vis de la société. Si je dois l'aider, je m'attends à ce qu'elle m'aide. Tentation à l'irresponsabilité. L'égoïsme, au contraire, me demande d'être responsable de moi-même. On ne me doit rien. Je n'ai pas à me lamenter d'un sort injuste, par exemple de mes parents. Car, je peux changer les choses, ou moi. 

Un égoïsme extrême, comme l'altruisme, mène à des contradictions. Tout est une question de mesure, de "juste milieu" à la Aristote. En tout cas, s'il faut se méfier des idées lorsqu'elles se veulent absolues, elles sont utiles lorsqu'elles forcent à penser. Et, pour cela, elles ont besoin d'être pures et caricaturales ?

mardi 1 août 2017

Ayn Rand

Ayn Rand est vénérée aux USA. Elle est inconnue en France. France Culture en parlait la semaine dernière. Ayn Rand a défendu un marxisme inversé. Les pauvres volent le riche. Que le riche fasse la grève générale, et les parasites crèveront. Elle est la pasionaria de l'égoïsme : l'altruisme est le mal absolu. Ce que n'a pas dit l'émission, c'est qu'Ayn Rand avait toutes les caractéristiques du pervers narcissique. En particulier, elle tendait à prendre les gens pour des choses. Notamment son mari. 

L'intérêt de l'émission était de montrer qu'il serait idiot d'en rester là, de condamner ou d'approuver sans chercher à comprendre. Ayn Rand et son message résonnent avec la culture américaine, en particulier. Là-bas, il y a effectivement un affrontement entre élan créatif et carriérisme cynique, entre Start up libertaire et bureaucratie monopoliste. Mais, ce ne sont peut-être que deux faces d'une même pièce : Ayn Rand se désolait que son oeuvre n'ait pas attiré autour d'elle les démiurges dont elle parle ; elle même, si j'en crois l'émission, a fait appel à la sécurité sociale, dans sa lutte contre le cancer.

Ayn Rand illustre un autre aspect de cette culture : le professionnalisme. Elle n'a pas fait oeuvre de philosophe mais d'écrivain. C'est une sorte d'Alexandre Dumas, qui n'aurait écrit que deux livres. Ce qui lui aurait demandé des décennies d'un travail de recherche minutieux. Ces livres sont des caricatures de la société. Il n'y est question que de bons et de méchants. On n'y trouve pas d'enfants, de handicapés, ou de naufragés de la vie. Amérique ? Les créateurs d'entreprise y sont des porteurs de quelque chose qui s'apparente pour eux à la vérité. Ils ont énormément travaillé pour parvenir à la perfection. L'enrichissement n'est pas leur motivation. Mais il est la récompense naturelle de leurs efforts. Un clin d'oeil de complicité que leur fait Dieu. 

Sucre

Il y a quelques temps j'entendais Idriss Aberkane parler de sucre à Jacques Attali. (France Culture.) Le sucre serait une drogue comme l'alcool, mais plus dangereuse. Aussi, il nous aiderait à vivre dans un monde de stress. 

Dis moi où tu habites, je te dirai ce que tu consommes ? Voilà pourquoi les soft drinks sont nés aux USA ? Améliorons la société et nous mangerons de manière équilibrée ? 

lundi 31 juillet 2017

Pissine

L'urine se combinerait au chlore pour donner un composant nocif. Or, d'après certaines études, il y aurait 75 litres d'urine par piscine. Apparemment, ce serait une pratique courante de s'y soulager. (La méthode scientifique, de France Culture, samedi dernier.) 

Faites du sport, nous disait-on... Et ce n'est pas tout. J'ai remarqué que tous mes amis anciens sportifs de haut niveau sont dans un état pitoyable. Et leurs maux ont commencé tôt : vers quarante ans. 

En fait, ce qui semble nocif, c'est l'excès, ou l'absolu. 

TNP

Le Théâtre National Populaire voulait "éveiller le peuple", disait France Culture. Je me demande si ce n'est pas la mission que s'est donnée France Culture. Et si ce n'est pas un peu prétentieux. En quoi les acteurs du TNP ou les journalistes de France Culture seraient-ils plus éveillés que moi, ou que quelqu'un d'autre ? 

Il y a là, en fait, tout un programme... Il y a l'idée que, pour bien agir, il faut bien penser. Et que la bonne pensée résulte d'une bataille de communication, entre ceux qui pensent bien et ceux qui pensent mal. D'où toutes ces associations qui "dénoncent" les "phobies", xéno-, islamo- ou autres. Et les ONG. Mais cela n'est pas qu'une idée de gauche. L'entreprise moderne croit que, pour réussir le changement, il faut faire de la "pédagogie". Comme si nous étions des retardés mentaux. 

Questions : nos dirigeants ignorent-ils que la vie est faite de problèmes pratiques et d'interactions compliquées entre hommes ? Que ce n'est pas en insultant des automobilistes que l'on débloque un embouteillage ?

Usine

Et s'il y avait des gens qui changent à temps ? Voilà un changement dans l'industrie, et comment le réussir, et pourquoi il n’est pas plus fréquent, malheureusement… Tiré d’un entretien avec l’un des deux directeurs généraux d'un site de production d’un groupe industriel.

Données du problème. Le site emploie 650 personnes, en France. Il exporte 97% de sa production. On n’est plus habitué à de tels succès chez nous. En 2011 l’entreprise entame une transformation radicale. Et ce « sans arrêter la production ». 6 ans plus tard, en dépit de nombreux aléas, mais dans les délais, elle s’achève.

Oser le changement. Le site marchait bien. Pourquoi changer ? Ses dirigeants constataient « qu’il n’y avait plus aucune souplesse ». Il fallait « accroître la capacité du site ». Et transformer radicalement son mode de fonctionnement. Le président du groupe était fier de son usine, il ne voyait pas de raison de la modifier. Mais il fait confiance à ses collaborateurs. Plus le projet a  progressé, plus il a vu « que l’on avait changé de braquet ». Il s'est senti renforcé dans sa décision.

Préparation. Les deux dirigeants ont cherché des « gens qui puissent les préparer au changement ». Mais ils n’en n’ont pas trouvé. (Mon interlocuteur a regretté que la question du changement, et les sujets que nous avons abordés dans notre discussion, n'intéresse personne.) Alors, « on a appris au fur et à mesure ». Ils ne se sont toutefois pas lancés immédiatement. « On est allé voir d’autres projets (…) cela nous a donné confiance. »

Facteurs de succès. Le changement requiert à la fois une vision à long terme, une organisation rigoureuse, une forte réactivité, et l’engagement de tous. « On (les deux dirigeants) avait une vision lointaine qui était la même. » « On a donné un planning. On l’a tenu. » « Un investissement sur cinq, six ans (demande) une gestion de projet draconienne. » « On a travaillé avec les équipes en mode projet. » En particulier, les membres de l’entreprise ont reçu la responsabilité de sous projets. « Le succès tient beaucoup aux hommes. » « La complexité c’est de démultiplier, et de percevoir le changement en permanence. » « Il faut intégrer tout de suite les fonctions intermédiaires. » Le plus important : créer une dynamique de groupe. Donc, il est impératif de ne jamais se faire arrêter par un imprévu : « il faut éviter les creux » !
Surtout, le changement, c'est l’imprévu. Qu'il ait été mené par deux dirigeants, et non un seul, a été important. Ils ont « pu s’appuyer l’un sur l’autre ». Ce type de changement demande une « forme de coaching », « comprendre comment ça va se faire, où vont être les difficultés. » Il est bon de « disposer d’un deuxième homme », avec qui s’entretenir dans les moments difficiles. « A deux, on est super clairvoyants. » « On est inquiets, mais confiants en nos forces. »
Il faut être sur le qui-vive et réagir vite. Danger : idées reçues. « Il faut intégrer les vrais modes de fonctionnement des gens. » « Il faut répondre au problème des gens sur le terrain (par exemple) « comment je fais pour aller à mon poste ? ». » « C’est de la logique floue. On s’est ajustés au fur et à mesure. » Par exemple, il a découvert le danger « des interfaces ( : ) les domaines dont personne n’est responsable. » Surtout, quand un problème survient, « il ne faut pas laisser dériver ». Il faut le résoudre immédiatement.
« Il faut rester humble. On a fait des erreurs, on en refera… »

Changement en France ? Peu d’entreprises s’engagent dans de tels changements. Pourquoi ? « Quand il est au pied du mur, le Français fait des prouesses. » Et l’industrie française a de « grosses potentialités, même en comparaison avec l’Allemagne ». Mais « il faut avoir envie de les exploiter ». « Les entreprises se noient dans un verre d’eau. » Et notre modèle de management demeure celui du monarque omniscient. Or, pour réussir, il faut « avoir envie de se faire aider, être plusieurs pour discuter ».

Dommage, pour le pays et pour l’emploi ?

dimanche 30 juillet 2017

Devise

Facebook, je crois, m'a demandé quelle était ma devise. A l'époque j'avais trouvé "ose penser", qui vient de Kant. C'est l'effort que m'a amené à faire ce blog. Jusque-là, j'étais convaincu que, vues les forces sociales qui sont à l'oeuvre, on ne pouvait guère agir sur les évènements. Je pense donc je suis : oser penser, c'est devenir humain. 

Puis, j'ai trouvé "aime et fais ce que tu veux", de Saint Augustin. C'est la devise du changement. Aimer, c'est comprendre que l'autre (l'homme, la société, la nature...) est incompréhensible. C'est l'aimer pour son mystère. Mais admirer ce mystère peut produire l'intuition de la façon d'agir qui fait bouger les choses. (La recette de l'amour comblé ?)

Puis j'en suis revenu à une phrase qui n'a rien de littéraire, mais qui m'est propre, et que je dis depuis longtemps : "j'ai toujours tort". Cela me semble résumer tout ce qu'il y a d'important dans ce que j'ai fini par comprendre, et qui doit me guider. Et peut-être les deux formules précédentes.

Kurt Lewin et le changement

Kurt Lewin est le pionnier des travaux modernes sur le changement. Mais on a peu de textes lisibles de lui. Il se trouve que j'ai remis la main sur un article d'Edgar Schein qui parle de ses idées. (Models and Tools for Stabilité and Change in Human Systems, Reflections, Volume 4, numéro 2, 2002.)

"If you want truly to understand something, try to change it" (Kurt Lewin)
Que dit-il ? Les sociétés sont en équilibre entre des forces opposées. Donc, si vous voulez les changer, il faut casser l'équilibre, en mettant en cause certaines de nos certitudes. En déséquilibre, nous allons rechercher un autre appui. C'est cela, apprendre. Apprendre est un changement de phase : dégel des certitudes, recherche, recongélation lorsque l'on a trouvé un nouvel appui. Seulement, on ne peut dégeler que si l'on a la confiance nécessaire pour partir dans l'inconnu. Nous avons besoin d'un environnement qui nous rassure suffisamment pour que nous puissions expérimenter. 

Et voilà la difficulté que nos experts du changement n'envisagent même pas. Il faut à la fois casser les certitudes, mais, aussi, donner confiance en la capacité de celui qui doit changer à en trouver de nouvelles.

Le lien social, levier du changement
Ce qui m'inquiète dans l'usage qui est fait de cette théorie, c'est qu'elle sent fort la manipulation. Et moi, comment est-ce que je procède ? J'ai constaté que le changement d'un groupe humain se fait par le biais d'un petit nombre de leaders d'opinion. Lorsqu'une entreprise doit changer, elle est naturellement inquiète. Il suffit d'aider ses "leaders" (qui ne sont presque jamais ses chefs) à réfléchir à ce qu'il faudrait faire pour mener à bien la transformation, pour que, naturellement, l'organisation bouge, sans drame. La théorie du dégel est sûrement pertinente. Seulement, un groupe humain n'est pas fait d'individus isolés. Kurt Lewin avait sous-estimé le rôle du lien social. 

samedi 29 juillet 2017

Kennedy

Tous les frères du président Kennedy auraient pu être présidents. Son frère aîné avait été préparé à cet emploi, mais il est mort à la guerre. (Il devait être un héros.) John Kennedy était le second fils. Son frère Robert a été victime d'un attentat, alors qu'il était candidat, et son autre frère, Ted, d'une affaire de moeurs. (Dans cette histoire, les femmes ne comptent pas.) Sans cela ils auraient probablement été élus. Tous étaient les enfants d'un homme d'affaire, plus ou moins honnête, par ailleurs ambassadeur, et qui les avaient modelés à l'image de ses ambitions. 

L'Amérique est différente de la France. Là-bas, porter un nom fameux est un atout politique décisif. Le nom fonctionne comme une marque pour une entreprise. Il véhicule avec lui tout un ensemble de promesses implicites. Son porteur doit être fidèle à la tradition familiale. Plus exactement, il doit la rénover, sans la bouleverser. "Le changement dans la continuité" du président Giscard d'Estaing. 

Chez nous "fils de famille" est synonyme de "pistonné". C'est un parasite, qui profite d'un avantage indu. (Cf. l'affaire du fils Sarkozy.) C'est une loi de la nature. Elle nous vient peut-être de l'Ancien régime. Et ce dans la politique, mais aussi dans l'art. Pourtant il y a des exceptions : Mme Le Pen, ou tel ou tel héritier qui a su renouveler l'affaire de famille. Curieux paradoxe. Peut-être reflète-t-il un principe culturel ? Dans une société égalitariste, chacun pense qu'il a une chance égale d'atteindre les sommets. La probabilité que deux membres d'une même famille réussissent également est nulle. Au contraire, lorsque l'on admet que les hommes sont génétiquement différents, l'individu renonce à son humanité. Il choisit une vie de légume sous la protection d'un nom rassurant ?

John McCain

Le sénateur John McCain, 81 ans, à peine opéré d'une tumeur au cerveau, retourne au sénat. Il vote contre l'abrogation de l'Obamacare, contre son parti. Sa voix emporte la décision.

Pensées diverses :
  • Les USA sont un pays où les sénateurs sont de vrais sénateurs : ils votent en fonction de leur âme et conscience. 
  • Alors que j'ai découvert que l'on tendait à mettre les personnes âgées sous tutelle, ce qui est inquiétant, il n'en demeure pas moins inquiétant de penser que le sort d'un pays dépend d'une personne âgée, qui vient de se faire opérer du cerveau... 
  • Et si c'était son opération qui avait convaincu John McCain d'assurer le pauvre ?