samedi 25 mars 2017

Gilles Kepel

J'assistais, mercredi dernier, à une conférence de Gilles Kepel. Il y parlait de son dernier livre (La Fracture, chez Gallimard). Etrangement, l'attentat de Londres, survenu le matin, en semblait l'illustration parfaite. Voici ce que j'ai retenu. Jadis, il y avait du travail pour tous. On se battait pour la réparation de ses fruits. La droite représentait le capital, la gauche le travailleur. C'était violent, mais il y avait un lien commun, et on arrivait à s'entendre. Dans notre société "postindustrielle", il y a ceux qui ont du travail et ceux qui n'en ont pas. Cela produit une fracture (ou des fractures). Car il n'y a plus aucune raison de se parler. 

Cercles vicieux
"L'éducation, qui faisait de quelqu'un quelqu'un d'autre, ne marche plus. On se crispe sur une identité rétrospective." Les perdants de "la société globalisée" sont attirés soit par le djihadisme, soit par le FN. D'un côté, les enfants de travailleurs immigrés, dotés de "connaissances qui ne leur servent à rien", de l'autre les victimes des délocalisations. Plus le djihadiste terrorise, plus l'on vote FN, plus le FN stigmatise le musulman, plus il devient djihadiste. Le djihadiste, lui-même, est le produit de YouTube. Il n'est plus d'obédience Ben Laden. Sa "troisième génération" "n'est plus une organisation mais un système". Il utilise "la jeunesse victime de la fracture identitaire". Il la pousse à "passer à l'acte". D'où des attentats de pauvres, avec emprunt d'un couteau à la cuisine d'une maman. Maladroits, mais imprévisibles par la police. Du moins tant qu'elle n'avait pas compris le changement. Mais, elle s'est mise à écouter les réseaux. Et c'est efficace. Autre caractéristique du nouveau terrorisme : il est le fait de petits criminels. Ils consomment de la drogue, de l'alcool. Alors, on leur dit que leur violence est une arme divine, et que le salut est dans la mort. Et les réformes pénitentiaires ont fait de la prison un "incubateur" du terroriste. 

La communauté musulmane déteste le djihadisme. Mais elle est incapable de se faire entendre. Elle est victime de "catégories plaquées de l'extérieur". La société française est considérée, en particulier, comme endémiquement islamophobe. Cela résulterait d'une convergence entre frères musulmans et mutation du gauchisme. Ce dernier croyait que "l'exploité va porter la rédemption de la société". Il l'a remplacé par le musulman. (Cette convergence s'arrête dès que l'on parle homosexualité.) Exemple du burkini. Les femmes au burkini avaient choisi la plage de l'attentat de Nice. C'était une sinistre provocation. Mais, au lieu de s'apitoyer sur le sort du pays, l'opinion mondiale l'a traité "d'islamophobe". 

Le Jacobin se rebiffe
Comme si ce n'était pas assez, "la machine jacobine" fait preuve d'une effroyable "cécité". Elle fonctionne en silos. Elle tend à être sourde (par exemple en méprisant la recherche universitaire). Cependant, quand elle se met à fonctionner, elle est d'une efficacité redoutable. C'est ce qui commence à arriver à la police. Espérons que le reste de l'Etat ne va pas trop tarder à l'imiter...

(Exactitude de la restitution pas garantie, je vais lire l'ouvrage de Gilles Kepel.)