vendredi 16 juin 2017

Pourquoi rit-on ?

Bergson a toujours défendu sa théorie du rire (billet précédent). A mon avis, il a eu raison au sens où ce qu'il dit est important, mais tort parce que le rire n'est pas que moquerie, visant à corriger les moeurs. Car, d'après ce que j'ai lu, le rire est bon pour la santé. Or, le rire de Bergson est un rien grinçant, comme il le dit lui-même en conclusion : "une certaine dose d'amertume".

Il me semble que, pareil à toute autre manifestation irrationnelle (pleurer, se mettre en colère...), rire est provoqué par la défaite de la raison. La raison est dépassée, et se rend. Que le rire puisse être bon signifie probablement que suivre la raison, force de l'ordre de la société, demande un effort. Comme le dit Bergson, mais à l'envers, le rire peut résulter d'une évasion d'une réalité bornée, grise et contraignante. La raison régnante c'est l'Union soviétique ou 1984.

Rire peut être plus qu'un délire bienfaisant. Il peut signaler la résolution d'un problème subtile. C'est la victoire de l'intuition sur la raison. Eureka ! Voire la victoire de l'individu sur la société. Sens de Tartuffe ? Molière nous interpelle : regarde comme ta société est minable. Et le jugement royal, coup de théâtre final, fait fi de la raison dévoyée. Il rétablit la hiérarchie des valeurs de sa société. Il libère ses sujets de la médiocrité. Le roi sourit ?

(Je répète que l'indicateur de succès du changement est l'optimisme. Pour Edgar Schein, le rôle de la société est de rendre ses membres heureux : pas béats, mais correctement équipés pour faire face à l'incertain. Le rôle de la société c'est "organiser l'autonomie", pour paraphraser les propos d'Henri Bouquin sur le contrôle de gestion.)