samedi 29 juillet 2017

Kennedy

Tous les frères du président Kennedy auraient pu être présidents. Son frère aîné avait été préparé à cet emploi, mais il est mort à la guerre. (Il devait être un héros.) John Kennedy était le second fils. Son frère Robert a été victime d'un attentat, alors qu'il était candidat, et son autre frère, Ted, d'une affaire de moeurs. (Dans cette histoire, les femmes ne comptent pas.) Sans cela ils auraient probablement été élus. Tous étaient les enfants d'un homme d'affaire, plus ou moins honnête, par ailleurs ambassadeur, et qui les avaient modelés à l'image de ses ambitions. 

L'Amérique est différente de la France. Là-bas, porter un nom fameux est un atout politique décisif. Le nom fonctionne comme une marque pour une entreprise. Il véhicule avec lui tout un ensemble de promesses implicites. Son porteur doit être fidèle à la tradition familiale. Plus exactement, il doit la rénover, sans la bouleverser. "Le changement dans la continuité" du président Giscard d'Estaing. 

Chez nous "fils de famille" est synonyme de "pistonné". C'est un parasite, qui profite d'un avantage indu. (Cf. l'affaire du fils Sarkozy.) C'est une loi de la nature. Elle nous vient peut-être de l'Ancien régime. Et ce dans la politique, mais aussi dans l'art. Pourtant il y a des exceptions : Mme Le Pen, ou tel ou tel héritier qui a su renouveler l'affaire de famille. Curieux paradoxe. Peut-être reflète-t-il un principe culturel ? Dans une société égalitariste, chacun pense qu'il a une chance égale d'atteindre les sommets. La probabilité que deux membres d'une même famille réussissent également est nulle. Au contraire, lorsque l'on admet que les hommes sont génétiquement différents, l'individu renonce à son humanité. Il choisit une vie de légume sous la protection d'un nom rassurant ?