dimanche 30 juillet 2017

Kurt Lewin et le changement

Kurt Lewin est le pionnier des travaux modernes sur le changement. Mais on a peu de textes lisibles de lui. Il se trouve que j'ai remis la main sur un article d'Edgar Schein qui parle de ses idées. (Models and Tools for Stabilité and Change in Human Systems, Reflections, Volume 4, numéro 2, 2002.)

"If you want truly to understand something, try to change it" (Kurt Lewin)
Que dit-il ? Les sociétés sont en équilibre entre des forces opposées. Donc, si vous voulez les changer, il faut casser l'équilibre, en mettant en cause certaines de nos certitudes. En déséquilibre, nous allons rechercher un autre appui. C'est cela, apprendre. Apprendre est un changement de phase : dégel des certitudes, recherche, recongélation lorsque l'on a trouvé un nouvel appui. Seulement, on ne peut dégeler que si l'on a la confiance nécessaire pour partir dans l'inconnu. Nous avons besoin d'un environnement qui nous rassure suffisamment pour que nous puissions expérimenter. 

Et voilà la difficulté que nos experts du changement n'envisagent même pas. Il faut à la fois casser les certitudes, mais, aussi, donner confiance en la capacité de celui qui doit changer à en trouver de nouvelles.

Le lien social, levier du changement
Ce qui m'inquiète dans l'usage qui est fait de cette théorie, c'est qu'elle sent fort la manipulation. Et moi, comment est-ce que je procède ? J'ai constaté que le changement d'un groupe humain se fait par le biais d'un petit nombre de leaders d'opinion. Lorsqu'une entreprise doit changer, elle est naturellement inquiète. Il suffit d'aider ses "leaders" (qui ne sont presque jamais ses chefs) à réfléchir à ce qu'il faudrait faire pour mener à bien la transformation, pour que, naturellement, l'organisation bouge, sans drame. La théorie du dégel est sûrement pertinente. Seulement, un groupe humain n'est pas fait d'individus isolés. Kurt Lewin avait sous-estimé le rôle du lien social.