dimanche 6 août 2017

Nanterre en 68

Le philosophe Paul Ricoeur était doyen de Nanterre en 68. Nanterre était une filiale nouvellement créée de La Sorbonne. D'ailleurs, Paul Ricoeur en a posé la première pierre. Paul Ricoeur et quelques autres y avaient demandé leur mutation pour échapper à l'arrogance de la mafia normalienne, qui dirigeait la maison mère, et aussi à la déshumanisation d'une Sorbonne-usine. Ils pensaient y trouver une ambiance de province et pouvoir s'occuper de près de leurs élèves. Mais les choses n'ont pas tourné comme prévu. Et Paul Ricoeur est parti enseigner aux USA. Où il est entré dans les pas d'Hannah Arendt. 

Comment voit-il 68, à Nanterre ? Du fait de sa situation, la faculté est fréquentée par deux types de populations. Des étudiants modestes des "banlieues", et des fils de famille du 16ème et de Neuilly. Les premiers sont communistes, pour eux l'université est le moyen de l'ascension social. Les autres sont gauchistes. Ils ont déjà tout. Ils vont détruire l'Université. 

A ceci s'ajoute un autre mouvement. En 68, l'Université était vue comme le maillon faible de la société. De là aurait pu partir le changement. Mais de Gaulle l'a bloqué. Alors, l'Université s'est retournée contre elle-même. 

(Un de mes voisins enseignait à Nanterre en ces temps. Il a d'ailleurs gardé quelques vifs souvenirs de Cohn-Bendit, qui tagait les murs, à côté de sa classe. Son témoignage me semble rejoindre celui de Paul Ricoeur.)