samedi 10 mars 2018

L'homme pris au piège

Léon Chestov est un philosophe estimé. J'ai pensé que ce petit livre serait une introduction facile à son oeuvre. En fait, il est plutôt à l'image de la Russie du début du 20ème siècle. Son complexe d'infériorité vis-à-vis de l'Europe virait à une supériorité touchante. Elle avait désormais une littérature. Elle était certaine que l'Occident avait les yeux tournés vers elle. Elle avait une mission :
Et après Pouchkine, à son exemple, toute la littérature russe depuis le début de ce siècle jusqu'à nos jours a conservé et conserve la devise : enseigner aux hommes l'humanité.
La haute société russe était occupée à commenter ce miracle en marche. Il n'y avait pas plus lu et écouté que le critique littéraire, dit la préface. Chestov s'inscrit dans ce mouvement. Il commente Pouchkine, Tolstoï et Chekhov. Peut-être cherche-t-il ce qui justifie ses opinions ? Comme les pragmatistes américains, auxquels il s'oppose pourtant, il se bat contre deux courants. L'un est l'absurde, l'autre l'idéalisme. Il croit que, certes, la situation de l'humanité n'est pas brillante. Mais il est possible de l'améliorer. Et, probablement, comme il le voit dans la vie de Tolstoï, dans les moments désespérés peut se faire la lumière.

(La Révolution de 17 fut-elle un résultat de cette mission messianique ?)