mardi 5 juin 2018

De l'art de la gestion de projet : François Hauser

Avant de se consacrer à l’investissement, François Hauser est passé de la marine au BTP puis aux technologies de l’information. Chemin faisant, il a monté et revendu plusieurs sociétés. Une des constantes de sa vie a été la gestion de projet. Un sujet qu’il a longtemps enseigné. Le mode projet jouant un rôle important dans le fonctionnement des entreprises, je lui ai demandé quelles étaient les recettes du succès. 

Je suis chef de projet, à quoi dois-je faire attention ? 
A 3 choses : il faut un mandat, une charte et le « trièdre » DSPQ…

Un mandat ? 
Il faut une déclaration d’objectifs. Le chef de projet doit se mettre d’accord sur son contrat avec son donneur d’ordre. Beaucoup de projets n’arrivent pas au bout, parce que le « point d’arrivée » n’est ni défini, ni convenu clairement ; il n’y a pas d’objectif. Le projet coûte une fortune, le management perd patience et le chef de projet est remplacé ou le projet arrêté.

Une charte ? 
Une fois l’objectif défini, il faut rencontrer les contributeurs au projet, et comprendre comment travailler ensemble. Ces contributeurs ne se limitent pas à l’équipe projet. Ils peuvent inclure le patron de l’entreprise, ou le donneur d’ordre du projet. Ils peuvent comprendre des dirigeants d’unité. Ce sont des personnes qui ont souvent des grades plus élevés que celui du chef de projet. Cela pose plusieurs difficultés. Beaucoup de chefs de projet disent, « je décide tout seul », « je suis le chef, je donne des ordres ». Cela conduit à l’échec. De même, lorsqu’un patron est contributeur, il n’est pas question qu’il dirige une réunion du projet. C’est au chef de projet de le faire. Ce sont ces questions qui doivent être réglées en amont du projet. Les solutions trouvées doivent déboucher sur une charte.

Et DSPQ ? 
DSPQ, c’est Délai (planning), Service, Prix et Qualité.
  1. Le planning, c’est ce qui permet de contrôler l’avancement du projet. Le chef de projet doit repérer les dérapages, en comparant prévu et réalisé. Il doit rechercher leur cause origine. Dès lors, soit on peut résoudre le problème, soit il faut se résoudre et faire accepter une adaptation du plan projet lui-même minorant les impacts du « trièdre ». Il est très fréquent de devoir recaler le plan projet, parce qu’on n’a pas vu une contrainte. Les réunions de suivi d’un projet ne se font pas un rythme constant. Au début, les points sont fréquents. Les gens ne sont pas habitués à travailler ensemble. Ce n’est pas évident. Il faut qu’ils acquièrent les bons réflexes. Ils doivent apprendre à s’entraider. Ensuite, ça roule. Cela se sent quand un projet tourne bien. Lorsque l’on approche de la livraison, il faut à nouveau rapprocher les points. Il y a beaucoup de détails à surveiller. Attention à bien marquer les étapes, à les fêter, avec l’équipe élargie. Soyez positif et reconnaissant. 
  2. Le service, c’est ce que doit apporter le projet 
  3. La qualité est un point généralement mal traité. Trouver le bon niveau de qualité, éviter la surqualité ou la sous-qualité, est une question rarement envisagée, mais qui conditionne à la fois le succès du service produit, et la faisabilité du projet. Attention à ne pas faire des économies de bouts de chandelle. Les problèmes que j’ai rencontrés avec ma dernière voiture m’ont amené à changer de marque. 
  4. Finalement, le prix, c’est le coût… mais vécu positivement. Il est un outil de pilotage du même type que le budget. 
Quel est le profil du bon directeur de projet ? 
C’est plus un entrepreneur qu’un gestionnaire au sens comptable du terme.
Quelles ont été les évolutions qui ont marqué la gestion de projet ces dernières années ? 
Elles sont peu d’ordre méthodologique. Le mode agile par exemple est une reprise d’un mode de management dit « porteur de sens ». En revanche ce qui a changé, c’est l’individualisme. Les gens sont devenus plus consuméristes. Leurs collègues ne comptent pas vraiment pour eux. Contrairement à ce qui se passait avant, il est plus difficile de créer un esprit d’équipe et de le maintenir tout au long du projet. En outre les gens travaillent de plus en plus par Internet. Quand ils ne sont pas contents, ils s’envoient des mails. Il n’y a plus d’équipe, mais une collection d’individus. On ne peut pas réussir un projet dans ces conditions. La phase de préparation est bien plus importante et compliquée qu’il y a vingt ans. Il faut créer une équipe. Mais il faut aussi lui apprendre à communiquer, il faut apprendre la confrontation positive, la communication non violente…

En conclusion, qu’est-ce qui fait le succès d’un projet ? 
La préparation.

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