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jeudi 28 janvier 2010

France : guerre des générations

« Pour la première fois en période de paix, la génération qui précède ne laisse pas aux suivantes un monde meilleur à l’entrée de la vie » (Chauvel, Louis, générations sociales perspective de vie et soutenabilité du régime de protection sociale in La France en mutation, 1980 – 2005, Presses de la fondation nationale des Sciences politiques, 2006).

Inégalités générationnelles

  • Taux de chômage 24 mois ou moins après la fin de la scolarité : 4% en 85, 35% en 1996, 18% en 2002, en augmentation depuis.
  • Écart des salaires 30 – 35 ans et 50 – 55 ans : 15% en 77, 40% début 2000.
  • Nombre de syndiqués parmi les 30 ans : 14% dans les années 80, 2% début 2000.
  • Âge moyen d’un syndicaliste ayant des fonctions électives : 45 ans en 82, 59 en 2000.
  • Députés de moins de 45 ans : 38,1% en 81, 15, 1 en 2002.

Les nouvelles générations trouvent difficilement un emploi et sont soumises à des crises successives, elles ne peuvent pas connaître une carrière qui leur permettrait d’apprendre et de développer une compétence ; le diplôme a perdu énormément de sa valeur (pour cause d’inflation du nombre de diplômés), ce qui les conduit au pessimisme et à douter du progrès ; ne croyant pas à un système qui les rejette, elles ne s’intéressent plus à la politique, d’ailleurs les soixante-huitards étant entrés très tôt en politique la monopolise.

Les générations âgées, privilégiées, ayant donc tous les pouvoirs, s'en servent pour améliorer leur situation au détriment de celle de leurs descendants. Manifestation :

l’inégalité intercohorte qui se caractérise par le fait que les nouvelles générations financent lourdement un système de protection sociale qui risque de s’effondrer avant qu’elles aient pu en bénéficier.

Changement de nos valeurs fondatrices

Ce sont les principes selon lesquels s’organisait notre société qui se sont transformés :

changement d’un compromis collectif qui s’est produit au milieu des années 70 et au début des années 1980. Cette évolution de la valeur sociale des générations nous a fait passer d’une valorisation relative des générations les plus récentes d’un avenir positif dans lequel nous pourrions investir, à une valorisation relative de la protection de la stabilité des adultes et des personnes âgées.

à quoi il faut ajouter la remise en cause du principe de protection des générations ayant charge d’enfants : leur taux de chômage a doublé de 90 à 2000.

La fin du modèle français ?

Conséquence : les nouvelles générations n’ont pas appris à faire fonctionner notre modèle social. Elles n’ont pas acquis les compétences nécessaires à une économie prospère, ni les habitudes utiles à la démocratie (« éloignement des institutions », « instabilité forte », « violence spontanée »). Dislocation sociale et guerre des générations ?

Commentaires :

Tableau cohérent avec celui d’une France qui a cédé à l’individualisme. Dans un tel monde, l'avantage social est déterminant : les soixante-huitards qui partaient d’une position solide ont profité de la désorganisation qu’ils ont contribué à installer. Sans le vouloir, ils ont vidé la société de sa substance pour en profiter.

Compléments :

  • Cette étude rejoint une lointaine interrogation : comment l’enfant, d’innocent, a-t-il pu devenir un criminel en puissance ? Dans une société où les vieux ont le pouvoir, et les jeunes n’ont pas d’avenir, les premiers ont logiquement (et avec raison) peur des seconds, et légifèrent en conséquence.
  • L’étude parle aussi de la société américaine. « Depuis le début des années 80, la société américaine a connu une polarisation sans équivoque (…) les individus placés au sommet de l’échelle sociale semblent jouir d’un courant de prospérité sans fin » (de 80 à 2000 les revenus du 99ème centile ont augmenté de 23,9% alors que les revenus médians n’ont cru que de 1,7%), chaque crise leur profite. Comme en France il y a désagrégation de la société, mais elle se fait au sein même des générations : « divergence totale des riches, des pauvres, et des médians ».

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