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mercredi 21 novembre 2012

Le siècle des intellectuels, de Michel Winock

WINOCK, Michel, Le siècle des intellectuels, Editions du Seuil, 1999.

L’histoire des intellectuels en France ne me semble pas tant l’histoire de personnes, que d’une sorte de mise au point. L’homme découvre la raison et cherche comment il pourrait bien l’utiliser. Et, pour cela, il va commencer par épuiser les erreurs possibles.

Pour l'intellectuel, l’affaire Dreyfus est un mythe fondateur. C'est une bataille pour son droit à peser dans les affaires de la nation. Il affronte les forces du conservatisme et de la tradition. Pour elles, l’innocence de Dreyfus ne compte pour rien en comparaison du primat des valeurs éternelles de la nation. Avec la première guerre, l’intellectuel se détache du matériel (Surréalisme). C’est la pensée pour la pensée. La montée du fascisme le ramène à ses racines combatives  mais sans qu’il perde son détachement des choses du monde. Il est pacifiste. Et il ne voit l’ennemi qu’en France. Constatant à nouveau son erreur, il devient « engagé » après la seconde guerre mondiale. Cette fois, ses luttes sont sectorielles, en quelque sorte. Il semblerait qu’il ait cru que le Parti Communiste était porteur des valeurs du peuple, le bien. Le PC était donc le bien. Point ! Du naufrage du communisme va émerger la figure de Raymond Aron (le mode de pensée anglo-saxon ?).

Qu’est-ce qu’un intellectuel ? Pour Julien Benda, l’intellectuel est le défenseur de l’universalisme et de valeurs (justice…) absolues. L’intellectuel, un idéologue totalitaire ? Il sait, il ne cherche pas. D'ailleurs, en France, ce n’est pas tant un penseur qu’un écrivain.

L'intellectuel se transformerait. Il se multiplierait et deviendrait un acteur sans-grade de la construction d’une démocratie modeste, selon M.Winock. Pour cela, il devrait acquérir la capacité de penser par soi-même. Mais, quitte à rêver, ne serait-il pas mieux d’espérer un monde où tout homme est responsable, et capable de penser seul ? me suis-je demandé.

(Ce livre m’a aussi fait penser à la thèse de Jean-Baptiste Fressoz. Michel Winock dit que l’intellectuel est le représentant du spirituel, de l’éthique. C’est le nécessaire contrepoids aux puissances matérielles poussées par leur intérêt égoïste. Et si la fonction de l’intellectuel était de nous bercer d'illusions ? D’endormir les freins au changement ? De permettre à son moteur, l’agent économique, de faire son job sans avoir à écouter sa conscience ? Mieux, de le réveiller lorsque l'accumulation de privilèges le fait sombrer dans le conservatisme ? Michel Winock ne dit-il pas que l’intellectuel est « l’agent du changement » ?)