Pages

dimanche 31 août 2014

La zone euro au bord de l’explosion

The Economist estime que les risques de fracture politique de la zone euro sont extrêmement élevés. La situation n’est plus soutenable par les populations. Il faut réformer, mais, avant tout, il faut relancer. Même si The Economist approuve le nouveau gouvernement français, c’est surtout parce qu’en donnant de la crédibilité à la France, cela rend vraisemblable qu'on l'autorisera à de nouvelles entorses à la rigueur. Au fond il est d’accord avec M.Montebourg. Et est d’ailleurs bien plus méchant que lui vis-à-vis de l’Allemagne. Les réformes dont elle est si fière n’ont été qu’une forme de « dévaluation interne » dont il faudrait amoindrir les effets aujourd’hui.

La guerre en Ukraine paralyse une zone économique essentielle au pays. Il est devenu dysfonctionnel. (Inquiétante zone de non droit aux portes de l’Europe ?)

La justice américaine rançonne l’entreprise ! Elle multiplie les lois – se maintenir en conformité coûterait 40m$/an à la grande entreprise. Mais surtout, la justice se rémunère avec les pénalités qu’elle impose ! Et il n’y a plus de procès, donc plus de justice au sens premier du terme. En effet, il semble préférable à l’entreprise de chercher un arrangement. Sans compter les juges s’immiscent dans la gestion de l’entreprise. Bref, la justice, qui est le principe de la démocratie américaine, semble avoir sombré dans l’arbitraire ! La justice parasité par l'intérêt personnel ? En revanche, de grandes entreprises semblent s’engager dans une vision de leur responsabilité sociétale qui est à long terme. Problème : à court terme, cela fait augmenter leurs coûts.

En Chine, rien ne résiste au pouvoir central. On pensait les entreprises d’Etat trop fortes pour craindre quoi que ce soit. Mais elles sont mises au pas. Purges sauvages et privatisations, au moins partielles, de ce qui n’est pas stratégique, ou manque d’efficacité.

Israël : l’économie, qui dépend à 40% des exportations, est touchée par la hausse de la devise.

Le cloud computing a le vent en poupe ? Une concurrence féroce fait s’effondrer les prix. Les données sont de mieux en mieux protégées de l’espionnage de la NSA. A moyen terme, une version « hybride » gagne du terrain : seule une partie des données part sur le cloud. Mais, à terme, le marché devrait se développer. 

Amazon achète Twitch une plate-forme de streaming de vidéos de jeux vidéo. La stratégie d’entreprise comme course après l'illusoire ?

Flexibilité de l’emploi. En Europe et au Japon, il y a l’emploi à vie, ce qui force une partie de la population à la précarité à vie. Le travail aux USA devient, lui aussi, de moins en moins flexible. Les classes défavorisées ne trouvent plus à se placer. 

Rôle du dirigeant dans le changement

Un des premiers billets de ce blog disait que je me trompais toujours. C'est une fois de plus le cas. J'ai longtemps cru que le dirigeant était maladroit. Il ne savait pas mettre en oeuvre le changement. En fait, j'ai tort. Le dirigeant obtient ce qu'il veut. Bien que cela ne donne pas forcément les résultats qu'il attendait...

C'est Nicolas Sarkozy qui m'a donné cette idée. L'analyse menée par ce blog a fini par me convaincre que Nicolas Sarkozy a réussi ce qu'il cherchait à faire. Il a appliqué ce que l'ensemble des gouvernants européens pensait bien. Et il a obtenu les résultats qu'ils ont obtenus

Une réflexion sur une ancienne mission me ramène à cette idée. Je vois maintenant que son PDG voulait "diviser pour régner". Il craignait la concurrence. En particulier, il avait coupé en deux une unité parce que le charisme de son ancien patron lui avait fait de l'ombre. Résultat : luttes fratricides, et comptes dans le rouge. Nouveau PDG. Entreprise méconnaissable. 

Au fond, l'entreprise vit avec les yeux braqués sur son dirigeant. Elle calque son comportement sur le sien. 

Voilà pourquoi on a raison de changer l'entraîneur de l'équipe qui perd ? 

samedi 30 août 2014

Pragmatisme, systémique et changement

En lisant Le pragmatisme de William James (billet précédent) j'ai compris à quel point le pragmatisme est consubstantiel à ce que j'appelais la systémique. Plus exactement à l'application de la systémique à la psychologie. 

J'ai découvert ces travaux par l'intermédiaire de Bateson, qui était à l'origine de l'école de Palo Alto, l'origine de cette école de psychologie. Et Bateson était un homme de systémique. D'où mon erreur.

L'apport du pragmatisme, essentiel, est celui de "réalité" (ou de "vérité"). Nous créons notre réalité. Nous donnons un sens au flux des événements qui nous entoure. Sans cela nous ne pourrions pas vivre. Cette capacité d'interprétation n'est pas totalement libre. Elle doit obéir à des règles. Elle doit s'inscrire dans la réalité collective, au moins. Mais il nous demeure une latitude d'ajustement. Ce qui nous permet de choisir (inconsciemment) des options qui ne sont pas toujours bonnes pour notre santé. Nos maladies psychologiques viennent d'une construction pathologique de la réalité.

Le rôle du psychologue est alors de nous aider à trouver une autre option qui restaure notre équilibre. C'est le "changement". Je me demande d'ailleurs si la "méthode" que le pragmatisme dit être n'a pas pour objet la réalisation de ce changement. C'est le moyen de nous aider à construire une réalité "saine". 

Les vrais travaux sur le changement ?
Ce qui me renvoie à mon métier. Je comprends maintenant que tout mon travail a toujours consisté à amener une organisation à voir la réalité d'une nouvelle façon. Et que ce travail ne peut pas réussir si, moi-même, je ne transforme pas ma propre interprétation de sa réalité. C'est aussi ce que l'anthropologue Eric Minnaert dit de son travail. 

Toute la question de la mise en oeuvre du changement, que je croyais essentielle, est secondaire. Une fois que la perspective a changé, la mise en oeuvre du changement est évidente. En fait, c'est plus subtil que ça. C'est cette technique de mise en oeuvre qui, parce qu'elle est rassurante, débloque la remise en cause qui va produire la nouvelle réalité. 

Depuis des années, j'essaie de me raccrocher à une science du changement. Pour cela, je cherche des travaux qui pourraient en être les précurseurs. Mais, à chaque fois, y compris avec Kurt Lewin, les études que je trouve ne portent pas sur "le" changement, c'est à dire le processus que suit tout changement social, mais sur "un" changement, une transformation à faire subir à la société (ou à l'entreprise). Kurt Lewin, par exemple veut faire entrer la démocratie dans l'entreprise. Ce qui est un rien totalitaire. 

Cette fois, je crois avoir découvert ce que je cherchais. Dire que je considérais ces travaux avec condescendance. Ils me semblaient trop "évidents", trop proches de mon expérience. Surtout, ils manquaient d'ambition. Ne parlaient-ils pas de couples alors que mon métier est le changement d'entreprise ? 

Le pragmatisme de William James

JAMES, William, Le pragmatisme, Flammarion, 2007.

La grande idée du pragmatisme, c’est que la vérité est un outil. Elle doit nous emmener dans des aventures enrichissantes. C’est un ensemble de concepts cohérents les uns avec les autres, que nous mettons au point en fonction de nos besoins. « Il n’y a pas de vérité objective pure. »

Le pragmatisme se définit comme une méthode de construction de la vérité. C’est, me semble-t-il, la méthode qu’utilise la science.

C’est une vision qui accepte toutes les autres pensées, dans la mesure où elles peuvent être utiles, et n’entrent en contradiction avec rien de ce qui a démontré son intérêt. Car il y a un peu de latitude dans la vérité. La vérité est construite par l'homme, c'est « un moyen d’échapper à la confusion dans laquelle le plonge le flux irrémédiable de la sensation ». La vérité est ce qui nous permet de vivre. En cela elle doit non seulement nous faire réussir dans le monde, mais, aussi, nous apporter un confort psychologique sans lequel il n’y a pas de vie pleine. Ainsi, les « esprits délicats », qui trouvent laide la réalité et ont soif d’absolu, se font rationalistes ou religieux. Les « esprits endurcis », quant à eux, sont des empiristes : la vérité telle qu’ils la voient leur convient.

Pour le pragmatiste, les conséquences sont la seule chose qui compte. Il définit toute notion par ses conséquences. Pour lui, l’essence ne pouvant pas être connue n’a aucun sens. Il n’existe pas d’idées absolues, de vérités absolues que l’esprit seul pourrait voir.

En fait, le pragmatisme n’est pas qu’une méthode. C’est une philosophie de l’action. Il hait la métaphysique qui ne débouche sur rien, sinon la paralysie. Quant à la religion, il semble lui dire : « à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire ». Le pragmatisme est « mélioriste ». C’est la philosophie d’un homme, conscient de sa faiblesse et de son imperfection, qui caresse le rêve insensé de réaliser, par ses moyens, collectifs, propres, à force de travail, l’idéal de la religion. « Monde dont la perfection (est) soumise à la condition que chacun de ses agents doit « faire de son mieux »  (…) projet social fondé sur un authentique travail de coopération ». Et cela, sans religion, donc, et sans être certain qu’il existe un paradis. Et sur terre. Et sans avoir la prétention de tout sauver, car tout en nous n'est probablement pas bon. Et il peut y avoir de la casse. 

Une utopie ?, me suis-je demandé. Pas certain. « Le monde est totalement malléable, il attend que nous lui apportions, de nos mains, les dernières touches. » Nous créons, au moins en partie, la réalité, et il ne tient qu’à nous de trouver un agencement de celle-ci qui réalise l’optimum humain ? Un optimum d'une action qui se nourrirait d'elle-même ? 

vendredi 29 août 2014

Sauver l’entreprise française ?

Synthèse de mes idées du moment. Je vois apparaître deux questions principales concernant le changement (urgent) que doit connaître l’entreprise. Elles sont liées :
  • Contrôle de gestion
  • Mobilisation du potentiel de l’entreprise. Mots clés : compétences, management intermédiaire.
Contrôle de gestion
L’entreprise est gestionnaire. Elle augmente ses marges par réduction de coûts. Actuellement, elle maintient son cours de bourse par rachat d’actions. Elle ne crée plus. Elle ne sait plus se développer. Ou, lorsqu’elle s’engage dans le développement, c’est un acte de foi. Le saut dans le vide sans parachute. Plus exactement, d’une main elle s’engage dans une action alors que de l’autre, elle s’en retire les moyens (gestion).

Ce qu’il faut : contrôle de gestion. Mettre en relation ressources et stratégie, et procéder à une optimisation qui maximise les chances de succès tout en minimisant les risques d’échec, et les coûts nécessaires.

Mobilisation du potentiel de l’entreprise
L’entreprise a des compétences uniques, donc différenciatrices, qu’elle n’exploite pas. Ces ressources sont « au bas de la pyramide », chez ses employés.

Pour le mobiliser, il faut l’analyser et en tirer les conséquences qui s’imposent, c'est-à-dire une stratégie. Il faut alors la mettre en œuvre. Pour cela, il faut mettre en mouvement le management intermédiaire qui a les clés de la réussite, en termes de mise en œuvre.

Changement de paradigme
Tout ceci demande un changement de la façon dont le dirigeant se voit. Le dirigeant ne doit plus se considérer comme l’homme dont la parole donne vie à une humanité d’argile. Il doit être le catalyseur de la transformation d’une équipe de champions.

Une citation que je dois à Jean-Jacques Auffret (de Peter Drucker) :
La relation entre un manager et un employé ressemble davantage à celle qui existe entre un chef d'orchestre et un intrumentiste qu'au schéma traditionnel supérieur/subordonné. Le supérieur ne sait pas, en règle générale, effectuer le travail de son supposé subordonné, pas plus que le chef d'orchestre ne saurait jouer du tuba. En retour, le subordonné dépend de son supérieur pour qu'il lui donne des directives, définisse la "partition" pour l'ensemble de l'organisation, c'est à dire les standards et les valeurs, la performance et les résultats. Et exactement comme un orchestre peut saboter le travail du plus capable des chefs - et certainement même du plus autocratique d'entre eux - une équipe peut saboter même le plus doué, pour ne rien dire du plus autocratique, des supérieurs... les employés doivent être managés comme s'ils étaient des volontaires.

Qu'est-ce qui fait réussir un changement ?

L’expérience de trois décennies de changement me laisse penser qu’un changement n’a qu’un seul facteur clé de succès : la motivation de son leader. Tant qu’il est « in quiet » (en deux mots), le changement avance. Quand il ne l’est plus, il s’arrête. Les universitaires parlent de « feeling of urgency ».

(Remarque. Ma contribution porte sur l’efficience du changement, j'apporte des outils, une expérience… qui permettent de le faciliter, mais mon rôle n'est pas de le provoquer.)

Par ailleurs, c’est cette « in quiétude » qui fait que son équipe trouve le leader crédible ou non. 2 raisons pour cela : elle le rend « prévisible » et prouve sa motivation pour l’intérêt commun.

Cela a au moins deux conséquences  :
  • Un leader doit concevoir le changement qu'il veut mener en fonction d'une préoccupation à long terme. 
  • Pour des sujets importants mais de plus faible « in quiétude » pour lui, il doit trouver des relais « d’in quiétude », c’est-à-dire relier le projet à des questions qui préoccupent les membres de son équipe. (D’où l’importance d’identifier des sous-projets à fort enjeu.) Le rôle du leader change. Il doit alors « maîtriser » le changement qu’il a lancé. Henri Bouquin disait « organiser l’autonomie ».
Ce qui laisse en suspens une question : qui est le leader ? Eh bien, celui qui veut changer l'organisation. Le travail est facilité si l'on a un pouvoir officiel, mais ce n'est pas une condition nécessaire. 

jeudi 28 août 2014

Les entreprises ne forment plus leurs employés

On entend beaucoup dire que les entreprises ne trouvent plus d'employés suffisamment qualifiés. L'Education nationale ne ferait plus son travail. Il se pourrait, au moins aux USA, que cela vienne de ce qu'elles ne font plus, elles-mêmes, leur travail. Tout employé a besoin d'un minimum de formation complémentaire pour occuper un emploi. Jadis l'entreprise le lui fournissait. Ce n'est plus le cas. (Article de Business Week.)

Ne serait-il pas temps que l'entreprise redécouvre les vertus de l'investissement ? (Après avoir connu la folie de la réduction de coûts.)

La machine va-t-elle remplacer l'homme ?

Quand la machine remplacera-t-elle l'homme ? Il semble une évidence que la machine ne peut qu'être supérieure à l'homme. Marche du progrès. Encore une stupidité :
  • L'homme ne coûte rien. Il se développe tout seul. Il consomme peu, et se nourrit de ce qu'il trouve. 
  • Surtout, la force de l'homme, c'est la société. Il crée un tout, le groupe humain, qui est quelque chose d'autre que ses membres. Une sorte de "sur être", qui leur permet de réussir des choses inconcevables par chacun d'entre eux. 
Pourquoi en arrivons-nous à de telles âneries ? Parce qu'on cherche à nous faire croire que la société n'existe pas, qu'il n'y a que des individus. 

mercredi 27 août 2014

Uber, taxis et démocratie

Uber la société qui veut appliquer les lois du marché au monde réglementé des taxis rencontre des difficultés avec les gouvernements. Elle aurait recruté le directeur de campagne de B.Obama pour qu'il répète ses exploits. C'est-à-dire rechercher grâce à des algorithmes des personnes qui pourraient être convaincues de monter à l'assaut des gouvernements pour les faire changer d'avis. 

Les entreprises du numérique (ou digital) sont porteuses d'une idéologie qu'elles comptent bien diffuser dans le monde, si possible en manipulant la démocratie ?

(PS. Article qui semble confirmer ce point de vue.)

Valls II, Sarkozy II, The Economist I, recomposition de la politique française ?

Gouvernement Valls II. Étonnant à quel point on y retrouve The Economist. 

The Economist apprécie beaucoup M.Valls qu'il compare depuis toujours à M.Sarkozy. Probablement avec une préférence pour M.Valls, M.Sarkozy étant insupportable, et manquant de fiabilité. L'environnement du président est aussi fort intéressant. Sa conseillère, Laurence Boone, est l'économiste que The Economist interviewe lorsqu'elle veut se renseigner sur la France. Le nouveau ministre et ancien secrétaire général adjoint de l'Elysée, M. Macron ne m'est pas connu. The Economist l'adore. Il vient de chez Rothschild. Il est un fils de notables. Un peu comme la nouvelle compagne de notre président. C'est aussi le cas de l'homme à qui M.Macron était associé à l'Elysée : Nicolas Revel, fils de Jean-François et de Claude Saraute, elle même fille de Nathalie. 

Par ailleurs, on sait rarement que The Economist est très favorable au mariage pour tous et, plus généralement, à des valeurs que l'on associe maintenant à la gauche. Notamment à l'immigration. Cela vient de ce qu'il pense qu'il est "interdit d'interdire", que l'individu doit faire ce qu'il veut. The Economist est un journal à tendances libertaires, au sens où il croit à un homme sans morale, sans lien social. Le Marché permet ce miracle. En cela il rejoint les idéaux de la gauche de pouvoir, qui est postmoderniste. Proximité d'autant plus grande que cette gauche apprécie de plus en plus les mérites de l'argent, car elle découvre qu'elle est capable de se reproduire. Les Revel font des Revel ou des Ricard et les Touraine des Touraine. Idem pour les Bourdieu. L'ancienne barrière méritocratique qui faisait que le normalien n'avait pas d'enfants normaliens est tombée. (S'il ne fait pas de normalien, au moins est-il sûr de faire un énarque ou un producteur de cinéma.)

La France de Mme Thatcher ?
Ce gouvernement ressemble donc aux gouvernements Blair / Brown. S'il a les mêmes conséquences, la France de demain devrait être l'Angleterre d'aujourd'hui. C'est à dire, toujours selon The Economist, transfert de richesse du particulier vers l'entreprise ; destruction de la sécurité sociale qui profite au "paresseux" ; peu de chômage mais masse de travailleurs pauvres (la notion de chômage ne voulant plus rien dire) ; et "Français de souche" comme déclassés

Le retour du PC ?
Face à cette prise de pouvoir de la caste des héritiers (renommée par elle-même "élite") semble se reconstituer une représentation du "peuple" (au sens "masse"). A droite, il y a le FN. A gauche M.Montebourg retrouve des accents du PC. En effet, le PC, comme le FN, voit le peuple comme une "masse". Ce qui compte est l'emploi. Et ce qui fournit l'emploi c'est l'industrie de "masse". Le PC est donc l'allié naturel d'une forme de grand patronat paternaliste. 

Et de Clémenceau et de De Gaulle ?
La question qui se pose est : va-t-il y avoir reconstitution des ex partis radicaux, héritiers de la révolution et qui ont été à la tête de la République pendant l'essentiel de son existence ? Credo individualiste et moral. Mais parti instable, du fait de cet individualisme.

Peut-il y avoir un renouveau du Gaullisme, qui était supposé consolider les failles du radicalisme ? Alliance entre un dirigeant charismatique et le peuple ? Peu probable. Même de Gaulle a échoué.

Confusion
Ce qui est certain, c'est qu'il y a une grande confusion. On ne sait plus de quoi l'on parle. Les tendances politiques ont été parasitées par leurs opposés. Par exemple, M.Valls se présente comme un radical, descendant de Clémenceau, alors qu'il me semble Thatchérien. De même le PC a été infiltré par les Trotskystes et les Gaullistes par les néoconservateurs... Elles vont devoir se reconstituer à tâtons. Avec l'écueil permanent de querelles d'ego, qui font prendre un ami pour un ennemi (et un parasite pour un ami)...

(A noter que le chaos n'est pas certain : la France a la capacité de s'unir, derrière des valeurs communes.)

Les principes universels comme attrape-nigauds ?

L'Angleterre sort de l'UE à cause de la Cour des droits de l'homme et de l'immigration venue des pays de l'Est, qui l'a submergée. Or, elle est à l'origine des droits de l'homme et de l'ouverture de l'UE aux pays de l'Est (elle pensait détruire le projet "d'union" européenne en en faisant un marché par injection d'ex Soviétiques ultra matérialistes et libéraux, avec l'appui de l'ex Soviétique Merkel).

L'Amérique se sert des règles de l'économie pour satisfaire ses intérêts nationaux. 

Explication ? Pour les Anglo-saxons, ce qui est premier, c'est l'intérêt individuel à court terme. Les principes universels sont réservés aux forts. C'est un pacte de non agression entre gens dangereux, donc respectables. Pour les autres, ceux dénués de pouvoir de nuisance, il ne s'agit que de leurres. 

mardi 26 août 2014

Chine et Russie : Etats voyous ?

La Chine se livre à des manœuvres d'intimidation sur les entreprises étrangères implantées chez elle. La Russie fait entrer par la force un convoi humanitaire en Ukraine. Et "autodétermine" la Crimée. The Economist fait ressembler de plus en plus la Chine et la Russie, hier encore BRICS et avenir du Capitalisme, à des Etats voyous. 

Mais The Economist dit aussi que ces Etats pensent qu'ils suivent l'exemple des USA (i.e. des Occidentaux). Ne sont-ils pas massivement hypocrites ? Les droits de l'homme et autres inventions ne leur servent-ils pas à promouvoir leurs intérêts ? Le scandale de la NSA n'en est-il pas un exemple ? L'invasion de l'Iraq ? Les émeutes de Ferguson ? Hypocrisie qui est allée jusqu'à peindre en noir un président blanc ? 

Et si l'Occident, les USA en premier, devait comprendre qu'il est un exemple. Que le reste du monde calque son comportement sur une vision caricaturale de ce qu'il fait ? Et s'il était temps de bien se tenir, et de mettre sous tutelle ses vices

Contre la sélection à l'école ?

Excellence et sélection, on n'entend plus que cela. Ce qui m'inquiète. Parce que cela me fait penser au Meilleur des mondes. On y fabriquait des individus de différents QI, en jouant sur la composition des bains chimiques qui avaient remplacé la gestation humaine. J'ai retrouvé une histoire de ce type concernant le financement des start up. Ce qui fait réussir une start up, c'est d'avoir trouvé un financement. Son potentiel propre ne compte quasiment pour rien.

La sélection ne sélectionne pas, elle crée. Elle donne un avantage décisif. L'école, par exemple, développe certaines compétences que l'on ne peut acquérir par soi-même. Ou, plus subtilement, elle apprend les codes nécessaires à l'entrée dans une classe dominante. (Cf. notre orthographe délirante.)

Encore une fois, il me semble que l'éducation a deux rôles :
  • Nous faire occuper une fonction (éducation professionnelle). S'il y a sélection, c'est une orientation fondée sur l'aptitude, ou sur le hasard, si tout le monde a le talent nécessaire. Et arrêtons de penser qu'il y a de sots métiers ! Nous gaspillons des talents en les expédiant dans des emplois qui les rendent malheureux. (Le cas de notre Président ?)
  • Nous développer en tant qu'hommes et citoyens (ou membre de la société). Là, il ne peut pas y avoir de sélection. On doit recevoir le nécessaire pour démarrer sa quête de soi. Les moyens de mener cette quête doivent être, ensuite, accessibles à tous, de façon à ce que personne ne puisse se les accaparer. (Une grande idée américaine : livres fondamentaux pas chers, wikipedia, MOOCS...)

lundi 25 août 2014

Commerce électronique : essoufflement ?

Et si le commerce électronique n'avait pas l'avenir pour lui ? Les ventes croissent mais de moins en moins vite. Des projections donnent, pour les USA, une part de marché de 18% en 2030. 

Il y a plusieurs raisons pour lesquelles le commerce électronique perd de sa superbe. Tout d'abord, il est possible qu'il ait dû une partie de son avantage au fait qu'il échappait aux impôts. Ensuite sa structure de coûts est particulièrement élevée (grands entrepôts, transport sur de longues distances), il est peu rentable. Enfin, l'évolution technologique ne lui profite pas plus qu'à sa concurrence traditionnelle. Au contraire ? 

L'article est ici

Ce qui me ramène à mon thème de ces derniers temps. Tout ceci ressemble à de la manipulation. Le succès du numérique est probablement une question de prédiction autoréalisatrice. (Voir aussi : Bulle Amazon ?)

Hollande pris entre Montebourg et Merkel ?

Mutinerie au gouvernement ? MM. Montebourg et Hamon ne veulent plus de rigueur. Le gouvernement démissionne. Qui a raison ? Mon point de vue actuel sur la question : 

Comme le dit Paul Krugman, la rigueur produit un cercle vicieux. L'économie se contracte, ce qui ne fait qu'augmenter le poids relatif de nos dettes. Et l'Europe étant dans le même mouvement, sa croissance ne peut pas tirer nos exportations. Nous sommes plongés dans une spirale déflationniste. Scénario Allemagne d'avant guerre. M.Montebourg me semble donc avoir raison. 

Mais, pour autant, j'ai le sentiment que Keynes n'attaque pas l'origine du mal. J'ai fini par penser que celui-ci vient de la propension de nos gouvernants à dépenser sans compter. C'est aussi vieux que Louis XIV. Il ruinait la France par un politique irresponsable, et demandait à Colbert de lui trouver les fonds nécessaires. Le pays était rançonné. M.Hollande ne fait pas différemment aujourd'hui. (Cf. l'exemple de l'armée.)

Le contrôle de gestion, cet inconnu
Or, il y a une parade. Le contrôle de gestion. Terme que personne ne comprend. La mission du contrôle de gestion est de garantir que l'on a les moyens de sa politique. Surtout, que l'on saura la mener à bien. Cela n'empêche nullement l'ambition, au contraire. Mais cela permet de s'assurer, lorsque l'on décide d'une nouvelle politique, que l'on a optimisé l'usage de ses ressources, minimisé ses risques, et maximisé ses chances de réussite. Cela force à un travail de préparation qui est en opposition radicale avec la culture française. 
Louis XIV of France.jpg

Le modèle dont nous devons sortir ?
"Louis XIV of France" by Hyacinthe Rigaud - wartburg.edu.. Licensed under Public domain via Wikimedia Commons.

Une communication qui dissimule est inefficace

Il y a un sujet qui m'oppose à tout le monde. Même aux gens les plus doués pour le changement. On ne peut que masquer certains objectifs du changement, me dit-on. Je réponds que c'est idiot. 

Parce qu'alors votre comportement est différent de vos paroles. On s'en rendra compte. Et on interprétera stupidement cette incohérence. Ce qui conduira à une perte de temps en discussions de couloir, démoralisation, baisse d'efficacité... Tout ceci sera perçu par les clients, et exploité par les concurrents et les fournisseurs... Suicidaire !

Exemple type : dirigeant qui veut céder son entreprise. Pensez-vous qu'il ait la moindre chance de passer inaperçu ?

Richard M. Nixon, ca. 1935 - 1982 - NARA - 530679.jpg

Faites moi confiance
"Richard M. Nixon, ca. 1935 - 1982 - NARA - 530679" by Unknown or not provided. Licensed under Public domain via Wikimedia Commons.


Or, on ne fait pas un changement pour rien. Il a un bénéfice. Il faut l'expliquer. Et prévoir les objections. Mais aussi les interprétations qui pourraient en être faites. Par exemple par les concurrents. Et montrer qu'aucune injustice n'est commise. Alors, le discours pourra être le même pour tous : employés, clients, concurrents, fournisseurs, actionnaires... Il sera motivant et inattaquable. 

La communication comme psychanalyse
C'est vrai, mettre au point un tel discours est très difficile, voire douloureux. Et ce parce qu'il n'a pas que l'intérêt dont je viens de parler. Il permet avant tout de faire découvrir au dirigeant qu'il a des préjugés inconscients. Et que ces préjugés vont conduire au désastre par prédiction auto réalisatrice. Par exemple, il se trompe gravement sur le comportement de ses collaborateurs. Ce ne sont, encore par exemple, pas les plus mal embouchés qui sont les plus dangereux.

Ce travail est une sorte de psychanalyse.

Cela demande même un déclic. Le changement paraît soudainement comme une évidence au dirigeant. Il comprend alors pourquoi il a "envie" de le faire. Et qu'on ne vienne pas lui dire qu'il se trompe. Il saura accueillir les contradicteurs ! Paradoxalement, si le déclic se produit, le discours ne sert plus à rien. Les actes du dirigeant parleront pour lui. Et on lui fera spontanément confiance. 

dimanche 24 août 2014

Blues chinois

Que veut la Chine ? Apparemment retrouver son rayonnement d'antan. Or, elle ne parvient guère mieux qu’à occuper un rang honorable dans l’ordre anonyme du monde occidental. Et ce au prix de tensions internes et externes qui ne semblent pouvoir se résoudre que par le renoncement définitif au rêve Chinois. Pour le moment elle soumet les entreprises étrangères à des humiliations. A moins qu’il ne s’agisse d’une imitation maladroite de l’exemple américain.

La Russie semble dans une situation identique. Pas de stratégie, notamment en Ukraine. Que la volonté de compter aux yeux du monde. Désir ruineux. Car, elle ne se fait pas tant des alliés qu’elle les achète. (CF. son union eurasienne.) La Serbie essaie de jouer sur deux tableaux : Russie et UE. Le Kosovo semble déterminant dans sa politique.

Mystérieuse Afrique. Croissance démographique explosive. Comment cela va-t-il se terminer ? En tout cas, pour faire des affaires sur le continent, il faut partir du Nigeria. Rien n'y fonctionne, mais on y achète. Pour y pénétrer, il faut adapter l’offre à ce que le pays peut acheter, et construire un système de distribution sur la confiance, quasiment homme à homme.

Inde et Modi. Le début de mandature de M.Modi le montre plus nationaliste que prosélyte éclairé des vertus du marché. Et l’Inde, nouveau riche, humilie l’Angleterre, nouveau pauvre.

USA. Evénements de Ferguson. Ville qui est passée de blanc à noir, sans que ses institutions s’adaptent. Surtout, dans un pays où tout le monde est armé, la police est nerveuse. La bavure est un fait social. Autres usages locaux : on élit les juges. Les avocats paient leur campagne. Et les juges ont de la sympathie pour les intérêts de ceux qui les ont élus. Amende de 17md$ pour Bank of America. Coup de pub plutôt que réalité. Etat Islamique. Si on le leur demande gentiment, les USA vont bombarder les bases de l’Etat Islamique, qui sont sur le territoire syrien. En Libye, on ne sait plus d’où viennent les bombardements.

Au Canada, on transporte de plus en plus de pétrole par train. La sécurité est à la traîne. 47 personnes ont été incinérées dans un accident. Les banques polonaises se portent bien. Elles doivent en partie leur succès à des innovations qui tiennent à ce qu’elles se sont construites de zéro, sur un marché vierge.

Les USA ont été les pionniers de la massification de l’enseignement. Le système universitaire étant en faillite, on redécouvre l’utilité de la formation professionnelle. Il s’agit d’acquérir des compétences, tout au long de sa vie, par un enseignement modulaire, fondé sur la pratique. Internet pourrait être utile. Mais pas décisif.

La globalisation pourrait accroître les inégalités des pays émergents parce qu’elle romprait la relation employés qualifiés / peu qualifiés. Elle emploierait les premiers et laisserait pour compte les seconds.

On a retrouvé le réchauffement climatique manquant. La chaleur serait piégée entre 300 et 1500m dans l’Atlantique. Conséquences ? Le monde se reboise un peu. Ce serait plus un effet de la réglementation que du marché. Les phoques pourraient avoir transmis la tuberculose aux premières populations américaines. 

Changement : conçu pour échouer ?

Quelqu'un achète une machine à laver sans prendre les dimension de sa cuisine. Et il s'attend à ce que l'installateur fasse entrer la machine dans la cuisine. Même s'il doit faire tomber les murs pour cela. Comment le jugez-vous ? Idiot ? Pourtant, c'est ainsi que l'on dirige les entreprises et gouverne les nations.

Les organisations et des hommes ont, comme les cuisines, des caractéristiques propres. Le changement doit être conçu en fonction. Si l'on s'en était rendu compte, il y aurait eu moins de changements en échec et de souffrance humaine.

Voilà pourquoi je me bagarre depuis 30 ans, et que j'écris des livres depuis 12... Mais comment des génies peuvent-ils entendre une vérité aussi triviale ?

samedi 23 août 2014

Hollande, ou la politique de Charybde en Scylla ?

Il y a quelques jours, Paul Krugman qualifiait notre président de "spineless" (approximativement "sans couilles"). Il faisait de sa lâcheté le coupable n°1 du désastre que connaît la zone euro et qu'il juge un drame sans précédent. (The Euro catastrophe.)

Hier matin, j'entendais la radio dire que cela laissait indifférent notre président. Il est au dessus de l'opinion publique. Car il a raison. Nous ne nous en rendons pas compte, mais notre situation s'améliore.

Hollande n'avait pas tort. Le changement c'était maintenant. Nous sommes passés de l'ère du politicard démago à celle de la blanche colombe. Charybde en Scylla. La politique est remplacée par l'idéalisme éthéré. Mais dans les deux cas, même vision du peuple : de la racaille ?

Administration : syndrome France Télécom ?

J'analyse un changement dans l'administration. Que vois-je ?
  • L'Etat de gauche poursuit des réformes de droite, avec, il me semble, une vigueur que n'avait pas son prédécesseur.
  • Il demande des gains de productivité invraisemblables (près de 20% en 4 ans), avec en plus suppression d'effectifs (non renouvellement des départs à la retraite). Et ça passe... 
  • Cela semble valider les thèses des libéraux. "Le changement pour le changement". Effectivement, le changement (quand il est bien mené) secoue la poussière et fait découvrir des inefficacités patentes et des situations de rente. Surtout, il ouvre des perspectives de carrière, il stimule l'intelligence. 
  • Seulement, on est arrivé très très loin. Même les plus terroristes des acheteurs de l'automobile ne demandent pas des gains de productivité de plus de 2% par an...
Cela commence à devenir dangereux :
  • Si l'on sait mesurer les économies, on ne voit pas leurs conséquences. Irresponsabilité. Or, il y a bien souvent des vies en jeu. (Cf. la santé.)
  • L'industrie a compris que le gain de productivité était produit par l'investissement. Visiblement, cette idée de bon sens n'a pas percuté l'intellect de l'administration. Or, vouloir des gains de productivité sans investissement signifie injonction paradoxale et suicide... 
  • En outre certaines mesures sont clairement déflationnistes. L'administration ne veut pas licencier. Ce serait mal vu. Du coup, indirectement, elle force ses fournisseurs privés à le faire. De plus, elle leur impose de réduire leurs prix sans gain de productivité. Ce qui est exactement la définition de déflation.
D'où question : les réformes qui sont faites sont-elles les bonnes ? Le changement actuel prend beaucoup de risques pour peu de résultats. S'est-il attaqué aux réelles sources d'inefficacité ? Et si c'était les grands gaspilleurs qui avaient la haute main sur le changement ?

vendredi 22 août 2014

Croissance par agression, ou par coopération ?

Une tentative pour clarifier le débat sur la croissance. 

Les limites à la croissance disent que le principe du développement humain est l'agression. Nous attaquons la nature (y compris la nôtre). Ce qu'elle nous rend violemment. Nous créons de plus en plus de souffrance. 

Ses contradicteurs ne nient pas le diagnostic. Mais ils sont convaincus que cette lutte stimule le génie humain. La "destruction est créatrice", parce que la menace de la mort nous stimule. Le mal est le moteur de l'humanité.

Ils ne nient pas non plus ses conséquences. Dans cette lutte, il y a des gagnants et des perdants. Tous méritent leur sort. Le talent est de faire payer par l'autre les conséquences de ses actes, pour en récolter les fruits. Ce n'est pas l'Occident que le capitalisme a dévasté, par exemple. Oui, il y a souffrance. Mais ce n'est pas l'Homme qui souffre, mais la vermine. 
A little more than a decade ago (...) I spoke to Mikhail Khodorkovsky, at that moment the richest man in Russia. “If a man is not an oligarch, something is not right with him,” Khodorkovsky told me. “Everyone had the same starting conditions, everyone could have done it.” (...) Though typically more guarded in their choice of words, many American plutocrats suggest, as Khodorkovsky did, that the trials faced by the working and middle classes are generally their own fault. (L'article.)
La question qui se pose est : est ce acceptable ? Est-ce durable ?

Curieusement, Schumpeter, qui est à l'origine de "destruction créatrice", pensait que non. Car, il n'entendait pas destruction créatrice comme les libéraux modernes. Pour lui, il ne s'agissait pas de détruire. Mais de réagir face aux conséquences naturelles du processus collectif de développement humain. Sa solution était une forme de communisme. Plus de concurrence, elle est inutile. L'humanité doit conjuguer ses forces pour créer et surmonter sans drames ses crises d'adaptation.

De cette réflexion sortent trois options de développement.
  • L'agression se poursuit, sans complexes. (Capitaliste.)
  • On arrête tout et on se replie sur soi. (Altermondialiste.)
  • On reconnaît que l'homme a une fonction dans la nature. Il lui apporte quelque chose qu'elle n'a pas, une sorte de "complexité". Celle-ci peut-être obtenue sans affrontement, par coopération (sans angélisme). Le changement serait là. 
Dans tous les cas, les limites à la croissance ont probablement raison de penser que l'on doit se préparer à une violente contre-attaque de la nature. (Voir mon dernier billet sur le Libéria.)

Le moteur du capitalisme, c'est la pauvreté ?

J'ai l'impression que le moindre achat que je fais dans un magasin bio me coûte le double de l'ensemble de mes courses dans un magasin normal. Ce qui me ramène à une vieille idée fixe. Le rôle de la pauvreté dans le capitalisme. 

Nos grands parents vivaient à la campagne. Maintenant leur maison est occupée par de riches Anglais, et nous nous entassons dans des cages à lapins, en ville. Ces Anglais ont "créé de la valeur" par leur seule présence. Avant leur arrivée, la campagne connaissait une "pauvreté abjecte"... Le progrès c'est pour le pauvre. La nature et les choses simples pour les riches.

Et si le moteur du capitalisme était de nous piquer ce que nous avons ? Pour cela il doit produire des substitutions, et nous faire prendre des vessies pour des lanternes. Et, tant qu'il parvient à contenir la population des riches, il a tout intérêt à la croissance démographique. Et s'il ne fallait pas chercher plus loin ce à quoi vise le progrès technique ?

(PS. Sur le même sujet : Rich People Exercise, Poor People Take Diet Pills.)

jeudi 21 août 2014

Faut-il mettre sous tutelle les USA ?

J'entendais un invité des Racines du ciel dire que les USA, avec leur fameux "greed an fear", ressemblent à un maniaco dépressif. Or, un maniaco dépressif se met sous tutelle...

Faudrait-il que les USA soient sous tutelles ? Ou qu'ils cherchent à maîtriser leurs aspirations néfastes ?

De l'intérêt d'une science des comportements des sociétés ? Et de leurs pathologies (préoccupation de Durkheim) ?

La résistance au changement et moi

Cela fait douze ans que j'écris sur le changement. (Et trente que j'essaie de faire bouger ce qui m'entoure.) Et je ressens ce que me disent les entrepreneurs : si l'on s'était rendu compte de la difficulté de ce dans quoi on s'est lancé, on ne l'aurait pas fait. Voici la falaise que j'attaque, à la lime à ongles en carton :
  • Je suis en dehors du système. Je n'ai pas été formé pour écrire des livres, ou un blog, je n'ai pas accès aux éditeurs dignes de ce nom. C'est-à-dire, ceux qui vous aident à formuler vos idées, et qui ont un réel pouvoir de prescription. Dans mon domaine comme ailleurs, il s'agit des Gallimard and co. 
  • Tout cela fait que, médias en tête, on tend à me regarder de travers. Or, pour ne pas avoir à juger sur le fond, ce qui demande un effort intolérable, on élimine sur la forme. 
  • Et il se trouve que, sur le fond, c'est, justement, un effort intellectuel et physique que réclament mes livres. D'une part, ils s'opposent au FNUMPS et à ses idéologies prédigérées. Ils disent que l'avenir est à concevoir, en quelque-sorte de zéro, par un travail collectif. C'est l'idée même de "la politique". Ensuite, ils expliquent que le changement ne doit pas venir d'en haut. Mais de nous. (Le haut organise le mouvement collectif.) Que nous devons commencer par balayer devant notre porte. Insupportable. 
Mais ça ne sert à rien de se lamenter. Il faut faire avec ce que l'on a. (En outre, on ne peut pas changer le système, si on en est la chose.) C'est cela l'esprit des techniques de conduite du changement. Wu wei.

mercredi 20 août 2014

La police devient force de répression ?

Surprenante observation de The Economist. De Ferguson en Ukraine, en passant par l'Iraq et Gaza, la police semble se comporter de la même façon. Elle deviendrait une "police coloniale".
The difference between these two kinds of policing, Mr Bershidsky writes, can be modeled as the division between the London Metropolitan Police Force established in 1829, which conceived itself as fighting crime in concert with the populace, and the repressive colonial police forces the British Empire employed in "colonies of rule" such as Ireland and India, who conceived of themselves as keeping potentially hostile local populations in line. He cites the argument of Emma Bell, a faculty member at France's Universite de Savoie, that the colonial policing culture is now "coming home", as local police forces come to see themselves as hostile to the populations they police.
Mission de la police : de la lutte contre le crime à la lutte contre le peuple ? Une partie de la population en guerre contre une autre ?...

Ferguson Day 6, Picture 44.png

Manipulation et conduite du changement

Dans mon précédent billet je disais que l'homme semble avoir la capacité de créer une sorte d'opinion publique artificielle, et de calquer son comportement sur elle. Cela est généralement utile. Exemples :
  • Expérience de Thomas Schelling : si vous donnez une carte à des membres d'un groupe dispersé et leur demandez où sont susceptibles d'aller les autres, un grand nombre va indiquer un même endroit (une fourche d'une rivière, par exemple). Ils peuvent ainsi se retrouver sans avoir besoin de communiquer. (Cf. "les grands esprits se rencontrent".)
  • Le langage. On n'écrit pas ce que l'on pense, mais ce qui est susceptible d'être compris. (C'est pourquoi, j'essaie de simplifier mon vocabulaire. Et de réduire la longueur de mes phrases.)
Mais cela paraît aussi avoir des effets indésirables. Une forme de résistance au changement. Ainsi, mes missions de conduite du changement amènent souvent les membres d'un groupe à découvrir 1) qu'ils ne pensent pas ce qu'ils croient "qu'il faut penser" ; 2) mais que ce qu'ils pensent réellement est aussi ce que pensent les autres. 

Il est donc possible que "l'ancrage" puisse prêter à la manipulation. L'exemple de Bernard Madoff. Il aurait laissé entendre que son activité légale lui donnait accès à une information illégale. Voilà pourquoi il gagnait beaucoup. On lui donnait donc de l'argent, pour profiter de son illégalité. Mais, aussi, on avait tout intérêt à ce qu'aucune enquête ne soit faite sur la question. Une minorité, habile, pourrait ainsi exploiter une majorité.

Utiliser la stupidité de la foule n'a cependant pas que des avantages. En effet, quand elle découvre qu'elle a été bernée, la dite foule est prête à écouter le premier démagogue venu. Serait-ce ce qui fait le succès des partis extrémistes un peu partout en Occident ? 

mardi 19 août 2014

BuzzFeed ou l'essence du réseau social

BuzzFeed a quelque chose de l'essence de l'Amérique. Analyse de la valeur ultime : ramener une activité humaine à son principe. Et ainsi, en concentrant toutes ses ressources sur ce principe, produire un avantage que personne ne peut égaler. Par exemple, le "principe" de la cigarette, c'est la nicotine. Plus la cigarette est forte en nicotine, plus le fumeur va consommer. L'idéal : une cigarette qui n'est que nicotine. 

Une caractéristique des réseaux sociaux est d'amplifier certaines nouvelles. C'est d'ailleurs un curieux phénomène. A son origine se trouve la capacité de chacun de faire savoir aux autres qu'il aime quelque chose. Mais, en fait, ce n'est pas tant son propre intérêt qui va le guider, que son désir de susciter l'intérêt des autres. (C'est ainsi que lorsque j'appelle un billet "Kant pour les nuls" ou "La systémique pour les nuls", je sais qu'il sera vu, il en serait de même si je disais avoir croisé un "People".) Il se construit ainsi une sorte "d'opinion générale" artificielle. C'est le phénomène que Thomas Schelling a appelé "anchoring" (ancrage). Et c'est le principe de la spéculation. 

Eh bien, c'est ce qu'exploite BuzzFeed, qui est un site d'information en ligne. (www.buzfeed.com) 

Et voici comment il a démarré sa vie : "In the early days, “BuzzFeed Labs” was created by BuzzFeed editors as an ongoing initiative to test, track and create viral content on the web" dit wikipedia. (Complément.)

Pourquoi faut-il accompagner le changement ?

Mon premier employeur. Il lance un projet de « qualité totale ». Audit. On interroge des groupes d’employés. Y a-t-il des dysfonctionnements ? Oui, et le dirigeant en est la cause. N’a-t-il pas tous les pouvoirs ? Début de mutinerie et arrêt de la mission.

Drame d’un changement mal mené ! Cette entreprise était une start up. Ses employés étaient des ingénieurs passionnés. Ils étaient prêts à tout donner à leur travail. Et ils enrageaient du mauvais fonctionnement de l’entreprise. Et des maladresses d’un management dont le seul mérite était une modeste ancienneté.

Enseignement : la résistance au changement est une résistance au comment du changement, pas au pourquoi. L’accompagnement (ou animation) du changement repère les raisons de résistances. Elle intervient pour éviter la naissance d’un front du refus. Et elle utilise la motivation qui les suscite (ici la passion de l'employé pour son travail) comme moteur du changement.

lundi 18 août 2014

Les errements du pilotage de la performance

Depuis quelques années j'anime une sorte d'amicale de dirigeants, consultants... Quelque chose me frappe. Chacun d'entre-nous est très critique vis-à-vis des autres. Or, je réalise que c'est cette imperfection qui non seulement fait la force du groupe, mais surtout lui permet de tenir.
  • Force : parce que notre créativité exceptionnelle vient d'une rencontre d'opposés, en caractère, en compétence, en expérience... (Cette diversité est la recette des "groupes de créativité" qu'utilisent les cabinets d'étude de marché.)
  • Cohésion : nos "faiblesses" individuelles viennent d'un déséquilibre entre nos caractéristiques personnelles, certaines sont excessivement développées, d'autres pas du tout. Or c'est parce que ce déséquilibre est de grande dimension qu'il permet de contrebalancer les faiblesses collectives du groupe. D'ailleurs le groupe a été longtemps instable, jusqu'à ce que certaines personnes le rejoignent. 
Cette réflexion m'amène au "pilotage de la performance", la croyance selon laquelle la "performance" de l'entreprise est la somme des "performances" individuelles prises séparément. Il n'y a rien de plus stupide. Décidément, nous avons vécu une période de grand lavage de cerveau...

Abandonnons nos rôles, devenons ce que nous sommes...

Un jour, des participants à une session de formation m’ont proposé de simuler une négociation. La société était faite de différentes entreprises et on voulait fusionner les statuts de leurs employés. Le PDG négociait avec le Comité d'Entreprise. C'était de cette négociation dont il s'agissait. La simulation commence. Deux personnes sont désignées par leurs collègues pour jouer les deux rôles. Très rapidement, le ton monte. L’argumentation vire à la lutte des classes. Le « PDG » s’entend reprocher son salaire… J’arrête la négociation. Et je demande aux participants de m’expliquer ce que veut faire le PDG. Ce n’était pas clair dans l’échange. Surprise, ils ne le savent pas !

Résultat. Ils se sont renseignés auprès de leur Direction des Ressources Humaines. Et ils ont découvert que le projet était dans leur intérêt.

Que s'est-il passé ? Réflexes conditionnés. Les participants ont joué « au patron et au syndicaliste ». Or, en France, ce jeu est pathologique. Son principe est le conflit. Mon intervention, qui n’était pas préméditée, a cassé le jeu. Les participants à la négociation sont sortis de leur « rôle ». Et ils ont repris leurs esprits.

Ils ont réussi ce que les spécialistes de systémique appellent un « changement d’ordre 2 » : un changement qui porte non sur les acteurs et la façon dont ils remplissent leur rôle (ordre 1), mais sur leur processus d’interaction. Le changement d'ordre 1, c'est mieux jouer au jeu. Le changement d'ordre 2, c'est changer de jeu. 

Et voilà le problème qui ronge notre société, et notre vie personnelle ? Nous sommes murés dans des rôles ? Vertueux Allemand / paresseux Français, néoconservateur / postmoderniste, client / fournisseur, chef / subalterne, enseignant / élève, voisin / voisin, parent 1 / parent 2… Et ils suscitent, par leur nature même, conflit et stress ? 

Et voilà sa solution ? Quand ils virent au conflit, nous devons sortir de ces rôles ? Et revenir à ce que nous sommes ? Moi Tarzan, toi Jeanne ? Et passer de l’affrontement à l’entraide ? Pour construire ensemble un nouveau jeu ? 

dimanche 17 août 2014

Le monde stagne

Les Américains sont de retour en Iraq. Il y a eu changement de premier ministre. Le précédent étant plus ou moins à l’origine des événements actuels. Puisqu’il a mécontenté sa minorité sunnite, qui s’est alliée avec « l’Etat Islamique », défaisant ainsi ce qu’avaient fait les Américains. L’issue de l’affaire ne semble pas claire.

Les troubles en Libye et au Moyen-Orient produisent une vague d’émigrants qui submergent les pays du Sud de l’Europe, et demandent l’asile au nord, en France notamment.

En Angleterre un tiers de la population blanche a été incapable de s’adapter aux changements de l’économie nationale. Concurrencée par les Polonais et les Africains, elle est inculte et dans la mouise. Quant aux indépendantistes écossais, ils vont probablement perdre les prochaines élections, mais ils sont là pour rester. On espérait un miracle économique au Japon, mais il semble avoir fait flop. (Le Japon sombre dans la déprime ?) Crise ukrainienne, le convoi humanitaire russe serait réellement humanitaire. Relations publiques de M.Poutine. Et la Russie s'adapte aux sanctions. 

En Turquie, M.Erdoggan est président. Incertitude sur son premier ministre et sur sa capacité à avoir une majorité nécessaire pour changer la constitution. En Espagne, les grands partis politiques sont affaiblis par la corruption. Il va falloir « former des coalitions pour gouverner ». La zone euro stagne, rien en vue. L’aide au pays en développement serait efficace, à défaut d’être efficiente.

Linkedin « disrupte » la chasse de têtes (des petites plutôt que des grosses). Entre le grand Linkedin et le petit Xing, Viadeo a choisi une option originale (et très française) : ne pas être rentable. On applique à la géothermie la même technique qu’au gaz de schiste. (Décidément on veut brutaliser la nature.)

Et si l’on remplaçait les conseils d’administration, incompétents, par des consultants, compétents ? Les PME ne trouvent plus d’argent auprès des banques. Les Assureurs sont prêts à leur prêter mais ne savent pas comment les évaluer. Et la titrisation de leurs dettes inquiète le régulateur. Les entreprises rachètent massivement leurs actions. Ce qui permet aux bourses de ne pas trop baisser. 2007 est la dernière fois que l’on a vu ce phénomène…

Michel Onfray, philosophe du peuple ?

J'écoute "Contre histoire de la philosophie". Après Freud, et Sartre, Michel Onfray règle son compte à Heidegger. Nazi, nazi, nazi. Voilà ce que je retiens de ses cours.

A une époque, il y avait le magicien qui ratait ses tours, Michel Onfray est le philosophe qui ne comprend pas les philosophes. Il n'a pas honte de dire qu'il les trouve confus. Par exemple Heidegger. Ou Kant, qui a préparé la pensée nazie, si je le suis bien. Ou la condition de l'homme moderne d'Hannah Arendt (qui me semble pourtant un livre fondamental). Il nous décomplexe. Et, comme nous, ce qui l'intéresse n'est pas tant la pensée que la vie du philosophe, et ses petites médiocrités. "Contre-histoire de la philosophie", ou version "People" ?

Il secoue le joug de l'idéologie officielle. Il lui oppose un courant "libertaire", Arendt, Camus ou Rosa Luxembourg. Au totalitarisme de Platon, des Jacobins, de Lénine ou de Sartre, il préfère la liberté de l'individu. 

Libertaire, vraiment ? Pour ses héros, la morale est importante. Or, j'associe libertaire à l'anarchie, ni dieu ni maître. Pas de morale. Ne serait-il pas plutôt radical au sens de Clémenceau (dans lequel Hannah Arendt se reconnaissait) ?
« défenseur de l’individu, de l’entreprise individuelle, il ne peut accepter le triomphe de l’individualisme. Car l’individu fait partie d’un corps social (...) en même temps, il ne peut accepter le communisme (…) l’individualisme absolu, expression de la barbarie, le socialisme collectiviste est un déni de l’individu, mais les responsabilités de l’Etat social doivent être reconnues. » « Il n’a d’ennemis que ceux qui violent la loi. » (Michel Winock, ici.)
Les vrais "libertaires" modernes ne seraient-ils pas plutôt les néoconservateurs et les postmodernistes ? Nos classes dirigeantes ? Rien ne compte que leur intérêt ("il est interdit d'interdire"). Les valeurs de Michel Onfray ne seraient-elles pas, plutôt, celles du gros de la population ?

Comme Diana a été la "princesse du peuple", Michel Onfray serait-il le "philosophe du peuple" ?

Diana, Princess of Wales.jpg



(Le Robert sur "libertaire" : "qui n'admet, ne reconnaît aucune limitation de la liberté individuelle, en matière sociale, politique".)  

samedi 16 août 2014

USA en Iraq: "containment" ou donneur d'aide ?

M.Obama ne voulait pas. Mais son armée est revenue en Iraq. Engagement limité, mais qui pourrait durer une décennie, ou plus.

Alors quelle stratégie ? "containment", le strict nécessaire pour que l'on s'entre égorge entre amis, sans que cela nuise aux intérêts des USA ? Ou "nation building", aider la région à inventer des institutions qui lui assurent une paix définitive ?

Le retour sur investissement de la solution 2 est sûrement le meilleur. Mais on ne sait pas comment faire... Certes. Mais l'on n'apprend que par la pratique. Et, si l'on réussit, on aura acquis un savoir-faire qui pourrait bien transformer la planète... L'occident sera devenu un "donneur d'aide". 

La numérisation / digitalisation, idéologie totalitaire ?

au sein de la population adulte de la Silicon Valley (...) on constate déjà les premières manifestations de modifications insolites de la personnalité. Leur trait commun le plus caractéristique est le refus, voire l'incapacité de surmonter les difficultés liées aux aspects déraisonnables, illogiques, irrationnels ou simplement émotionnels de la vie en société et tout particulièrement dans les domaines de la vie privée et du couple. Ces gens vous disent, avec le plus grand sérieux et transis d'émotions, qu'ils espèrent voir enfin arriver le jour où l'on aura éliminé tout ce qu'ils appellent "analogique" : l'homme et l'univers seront pris dans les mailles serrées du filet conceptuel infaillible et objectif d'une pensée "digitale". La digitalisation généralisée apparaît comme la version moderne du rêve d'un paradis terrestre. (WATZLAWICK, Paul, Les cheveux du baron de Münchhausen, Seuil, 1991. P 250.)

vendredi 15 août 2014

Libéria

Retour à la Terre promise. Les anciens esclaves américains reviennent en Afrique. Au Libéria. On s'attendait à ce que ces opprimés se comportent saintement. Ils ont reproduit, en pire ?, ce qu'ils avaient connu. Le racisme comme principe de gouvernement. Je me demande même s'ils n'ont pas voulu construire une gigantesque plantation. (L'émission dont j'ai tiré ces idées.)

Coat of arms of Liberia.svg

"Coat of arms of Liberia" by FXXX - own work This vector image was created with Inkscape.. Licensed under Public domain via Wikimedia Commons.


Drame de la décolonisation ? Elle transforme les victimes en coupables ? Au grand plaisir de leurs anciens colonisateurs, et à la consternation des nobles âmes qui ont contribué à leur libération ? 

Leçon de conduite du changement
J'ai rencontré ce phénomène bien souvent. Voici comment je l'interprète. Nous sommes formés à jouer un rôle, bon ou mauvais. Si nous sommes esclaves, nous n'avons ni la pratique ni l'état d'esprit nécessaire pour diriger un pays. Idem pour une entreprise. Si elle a été gérée de manière dysfonctionnelle, ses équipes sont adaptées à cette situation (façon Union soviétique). Changez la règle du jeu, elles continueront comme avant, et feront échouer le changement. La conduite du changement doit être une phase d'apprentissage de règles nouvelles.  

Les cheveux du baron de Münchhausen de Paul Watzlawick

De la psychologie aux évolutions de notre société. Une dizaine d'années d'articles et conférences de Paul Watzlawick. (WATZLAWICK, Paul, Les cheveux du baron de Münchhausen, Seuil, 1991.)

Au début, Wittgenstein et autre Gödel, et derniers travaux de la philosophie et de la science. Paul Watzlawick est l’élément avancé de la marche triomphale du progrès scientifique. Mais, cet élan s’essouffle. Ces travaux si mystérieux, ces noms à qui l’avenir semblait promis ne nous impressionnent plus. Ils n’ont pas eu de successeurs. Et le doute et l’inquiétude surgissent à la fin de l’ouvrage. Quelques idées que je retiens :

Le pragmatisme, que j’ai découvert récemment, a exercé une influence dominante sur les travaux de Paul Watzlawick. La Systémique et la Cybernétique (que je ne distinguais pas nettement), seraient d’une importance moindre.

Paul Watzlawick commence par dire qu’il n’y a pas d’individu malade (psychologiquement). Ce sont les relations entre hommes qui peuvent l’être. Ce qui m’a surpris. Car il me semble qu’un homme lui-même peut-être un système ; en outre, l’homme est pris dans de multiples relations, dont très peu sont durables. Mais, avec la définition de la réalité qui va suivre, le propos change. On passe de la relation à l’individu.

Il insiste ensuite sur la communication. L’homme ne serait homme que si ce qu’il prétend être (sa réalité) est reconnu par l’autre. (Mais alors, comment expliquer le solitaire, dans ces conditions ?)

Nous en arrivons à la définition de la réalité. Nous avons besoin de donner un sens à notre vie. De ce fait, notre esprit interprète le  monde physique. Nous lui inventons des règles. Ce que nous appelons « réalité » est un « jeu ». Ce jeu est par nature contradictoire, puisqu’il prétend définir le monde, alors qu’il ne peut pas se définir lui-même. Quand il touche à ses limites, il produit un cercle vicieux. « Jeu sans fin » : forme de folie. A moins que le système n’ait la capacité à se remettre en cause. Ou qu’une influence extérieure, un thérapeute par exemple, l’aide à sortir de son jeu en inventant un autre jeu. (C’est l’effet Münchhausen : transformer la réalité en la redéfinissant.)

Le monde serait-il une illusion de l’esprit individuel ? J’en doute. Car cet esprit est connecté à tout un univers, qui doit bien lui faire sentir son influence. Paul Watzlawick est-il peu pragmatique ? Il sombre rapidement dans une « universalisation » ? (Ce qui ne remet pas en cause la puissance et l'utilité pratique des concepts qu'il manipule.)

Curieusement, la suite du livre explique les dangers d’une telle attitude, croire en des idées absolues, qui conduit, justement, à un jeu sans fin. Paul Watzlawick modélise l’effet de l’idéologie, c'est-à-dire le totalitarisme. C’est bien plus terrifiant et convainquant que ce que dit Hannah Arendt. A l'origine de l’idéologie est un oisif qui cherche un peu d’excitation dans sa vie. Un théoricien. Supposée faire le bien de l’humanité, il est logique qu’elle se répande d’elle-même, pensent ses zélateurs. La résistance qu’elle rencontre les surprend. Elle prouve qu’il y a des forces du mal. Ce qui légitime l’action violente pour l’extirper. En fait, la terreur est le principe du totalitarisme (« principe »  est entendu au sens de Montesquieu). Puisqu’elle prétend définir le monde, elle n’accepte pas qu’il fasse mentir ses prévisions. Quand c'est le cas, il doit y avoir des coupables. Purges. Autre caractéristique du totalitarisme : il détruit l’homme. Et ce par l’injonction paradoxale. Car, le totalitarisme exige qu’on l’aime spontanément ! (Puisqu'il est le bien de l'homme.) Ce qui ne peut que conduire à la schizophrénie. Au renoncement à son libre arbitre, à être homme.

Qu’est-ce que le totalitarisme ? C’est ce que Paul Watzlawick appelle un « système pathologique ». Ce système n’a pas la capacité de « changer ». Il crée un univers kafkaïen.

Comment savoir que l’on est dans un tel système ? L’énantiodromie. On obtient le contraire de ce que l’on veut. Notre monde en présente les symptômes. Notre science, notre développement… se retournent de plus en plus contre l’homme… Une des idéologies qui nous menace est la « digitalisation » (il écrit il y a 30 ans !). Les héros de la Silicon Valley rêvent de faire ressembler l’humanité aux 0 et 1 d’un ordinateur ! 

Comment se sauver ? En inventant une science du changement qui renonce à imposer par magie à l’humanité un bonheur théorique et parfait. 

jeudi 14 août 2014

Saint François d'Assise, saint patron du changement ?

Santuario di Banchette-DSCF8844.JPG

"Santuario di Banchette-DSCF8844" di Twice25 & Rinina25 - nostra immagine. Con licenza CC BY 2.5 tramite Wikimedia Commons.


Les racines du ciel de France Culture parlent de Saint François d'Assise. Il aurait changé la société de son époque. Au fond de sa conscience, elle savait qu'elle ne faisait pas ce qu'il fallait. Mais elle ne voyait pas comment mettre ses actes en accord avec sa morale. Saint François lui aurait donné son comportement en modèle. Anxiété de survie et d'apprentissage. Grand classique du changement. 

Et de quel changement s'agissait-il ? Sortir l'homme de son égoïsme (matérialiste ?). Lui faire aimer la "création". Aussi bien les pestiférés, les SDF de l'époque, que la nature. Le Pape François aurait-il bien choisi son prénom ? 

Très Grandes Pertes ?

Le TGV serait en pertes. En cause, baisse de fréquentation, prix des voies de RFF en hausse (50% depuis 2007). Il faut bien entretenir un réseau en ruine. 
Salle de gavage pour canards destinés à l'industrie du foie gras, équipée en cages individuelles - Sud-ouest de la France, 2004.jpeg



La solution semble être le Low Cost Train. Exactement la même recette que l'avion. On est empilé comme des volailles en batterie, mais cela ne coûte pas très cher. 

Dans ces conditions, on a intérêt à ce que le train aille vraiment très vite...

(Cause de cette évolution ? TGV projet au dessus de nos moyens, syndrome Château de Versailles ? Peuple appauvri, France du "bottom of the pyramid" ? Service public dont on veut, sans vouloir en payer le prix ?...)

mercredi 13 août 2014

Et si l'avenir s'écrivait en permanence ?

Souvenir de classe de première. Un élève, certain de son génie, déclare "que l'on n'a jamais été aussi près de la mort". Cela semblait du bon sens, mais cela m'a laissé dubitatif. 

Car cela sous-entend des hypothèses pas évidentes. Une sorte de fatalisme. Et si, par exemple, il y avait des instants lors desquels se jouaient notre avenir ? On rate, on est mort ; on réussit, on en prend pour une décennie. Par exemple. On pourrait, ainsi, repousser la mort. 

Une autre idée, que je viens d'avoir en considérant la météo, est que le passé peut ne pas contenir toute l'information nécessaire pour prévoir l'avenir. Et si, à tout instant, il y avait création d'information nouvelle ? Et s'il surgissait aléatoirement des "micro bangs" qui modifiaient le cours des choses, en nous plaçant face à un nouveau problème. Un peu comme une nouvelle distribution dans un jeu de cartes. Ce qui me ramène à ma première idée. 

(Théorie de l'entropie - information ? L'entropie est supposée croître sans cesse, et on l'assimile à de l'information.)

Prochain changement sociétal : la loi du milieu ?

Récapitulatif de précédents épisodes : ce qui se dit est que l’entreprise est en recherche de performance ; qu’il faudrait développer ses « compétences » ; qu’il y aurait blocage du fait de l’inefficacité de ses strates intermédiaires, qu’il s’agirait de liquider.

Dans une entreprise, une nation ou une armée, c’est le « milieu » qui est essentiel. Seulement, pour qu’il fonctionne, il doit être intimement lié au haut. C’est au dirigeant d’installer son management intermédiaire, et de s’assurer qu’il fonctionne. Le problème de l’entreprise actuelle (et de la France éternelle ?) pourrait être là. Des dirigeants-théoriciens qui pensent mouvoir l’entreprise par le verbe.

Comment se sortir de ce dilemme ? C’est aux intermédiaires qui fonctionnent de faire preuve d’initiative. Ils doivent lancer les changements qui leur semblent bons, et en profiter pour entamer une relation avec leur propre management. Relation qui aide celui-ci à s'installer dans le rôle qu'il devrait avoir.

(Ce sujet des structures intermédiaires est l’éternel problème de la France. Elle a rêvé d’une utopie : elle serait une société d’individus. En fait, comme le pensait Tocqueville, pour qui le noble était l'intermédiaire dont avait besoin la nation, c’est une fiction. Et la France a d’ailleurs dû reconstituer ces structures. Mais honteusement. Ce qui fait qu’elles fonctionnent mal. Et que l’on veut régulièrement les trucider.
Par ailleurs, pensée chinoise : le milieu permet d’ordonnancer l’univers).