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mardi 7 octobre 2008

Dr Doom

L’Amérique a-t-elle été aux prises avec une très longue crise de folie ?

Discussion hier soir avec Fouad Sassine, qui vit aux USA. Il me parle de Nouriel Roubini, un économiste très écouté, depuis peu. Il annonce l’apocalypse.

Je me renseigne. Si j’ai correctement compris, il dit que nous nous tenons tous par la barbichette. Il ne faut pas sauver uniquement les banques et leurs crédits douteux, mais aussi ceux qui ont emprunté inconsidérément, et les entreprises saines qui risquent de se trouver privées de cash à court terme si les banques sont insolvables.

Par rapport à ce que j’attendais, il est optimiste. Pour les USA : récession de 18 mois, 3% de perte de PIB, et 10% de chômage (ce chiffre semble faire consensus). Ce n’est rien par rapport à la crise asiatique (-10% de PIB) et à celle de 29 (- 25% de PIB).

Le plus inattendu. Un appui à une idée récurrente de ce blog. Je crois que l’Amérique, depuis une vingtaine d’années, a été prise d’une crise idéologique sans précédents. Un nouveau millénarisme. Le marché totalement non régulé devait conduire le monde. Le rôle de l’Amérique c’était installer ce marché. D’où dix faillites de pays émergents (dont la crise du Sud est asiatique, et le désastre russe), la nouvelle économie et la bulle Internet, la guerre d’Irak. Et bien, le point culminant de cette crise de folie aurait été les USA sous la présidence de George Bush :
Nous sommes en train de sortir de huit ans d'une administration fanatique, zélote du marché libre, qui s'est opposée à toute réglementation financière. A cause de leur stupidité, nous sommes plongés dans la plus grave crise financière depuis la crise de 1929. Et maintenant, ils tombent dans l'excès inverse.
(…) Mais si l'on veut blâmer le régulateur, il faut d'abord regarder du côté de l'administration qui ne croyait pas à la supervision des marchés. Vous rendez-vous compte ! On accordait des crédits immobiliers à des gens sans leur demander leurs fiches de salaires, avec le moins de documents possibles, sans exiger d'acompte, en les attirant avec un taux d'intérêt très attrayant au départ. Cette administration croyait soit disant à l'auto-régulation. En fait, elle ne voulait surtout pas de réglementation. Elle croyait dans la discipline des marchés, on a vu que cela ne veut rien dire. Elle parlait de gestion des risques, mais les managers se sont appliqués à les ignorer... Il ne faut pas blâmer le régulateur. Le vrai responsable, c'est l'administration Bush qui a encouragé ce laisser-faire.
Compléments :
  • Le texte que je cite (qui donne les coordonnées du Blog de Nouriel Roubini) : GASQUET (de), Pierre, ROBERT, Virginie, Nouriel Roubini : Nous n’échapperons pas à la pire récession depuis quarante ans, Les Echos.fr, 24 septembre 2008.
  • Un article de Jeffrey Sachs, qui me semble d’accord avec Nouriel Roubini sur ce qu’il faut faire : How to fix the US Financial Crisis (http://www.sciam.com/). Il ajoute que les USA vont devoir relancer leur économie en exportant et en favorisant la consommation asiatique. (D'où politique monétaire appropriée.)
  • Sur la crise idéologique qui a (?) secoué les USA : Grande illusion, Neocon, Consensus de Washington.
  • Pourquoi les pays repliés sur eux-mêmes menacent les USA : Démocratie américaine.
  • Sur ce qui semble l’idée générale des solutions proposées à la crise : And now the Great Depression.

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