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mercredi 3 mars 2010

Victoire du court-termisme

Un cadre qui faisait apparemment une carrière exceptionnelle dans une apparemment très belle multinationale démissionne, à la surprise de son directeur général, qui l’estimait beaucoup. Voici ses raisons :

Depuis que je suis arrivé je n'ai eu aucun parcours d'intégration, de formation [à ma nouvelle spécialité] (j'ai été « livré à moi-même »), de visite d'usine, de visite de [distributeur] ou de formation quelconque, toutes ces choses qui donnent un sentiment d'appartenance à une entreprise. Pas une seule fois je n'ai eu une discussion avec les RH pour parler d'un plan de carrière éventuel. A aucun moment je n'ai été convoqué à un amphithéâtre pour que les dirigeants me parlent de ce qu'ils attendent de moi ou en quoi notre force de travail est importante pour l'entreprise.

Ce n'est que depuis [mon dernier poste] que je découvre cela avec mon nouveau DG et je vois à quel point il est important de développer un sentiment d'appartenance. Même si cela a un coût, et c'est la raison pour laquelle l'Entreprise réduit autant ce type de prestations, je pense que le retour sur investissement est élevé pour qui souhaite conserver ses compétences.

Je ne remets pas en question tout ce que [la société] m'a appris (car j'ai énormément appris) mais j'estime ne rien devoir car j'ai rendu service en échange.

Enfin, mes conditions financières actuelles, pour des raisons de réductions de coût et de moyenne d'âge et en aucun cas de prise en compte d'un facteur performance, ont également contribué à dégrader ce sentiment d'appartenance.

À quoi l'on peut ajouter que le dit cadre avait pris la place d’un autre cadre qui avait démissionné. Une entreprise dont les employés partent à peine formés peut-elle prétendre qu’elle réduit ses coûts au maximum ? Ou n’est-elle plus que coûts et zéro activité ?

Probablement une entreprise comme beaucoup d’autres. Le management moderne voit certainement l’entreprise comme une collection d’individus que l’on juge en fonction de leur coût. Et le personnel a bien saisi le message : il prend ce qu’il peut, et quitte l’entreprise au plus vite. Pas sûr qu’elle y gagne.

Il n’est plus question de tout ce qui fait le groupe humain, c’est-à-dire d’un capital social, d’un savoir-faire – informel – partagé. C’est pourtant ça la valeur de l’entreprise, son avantage concurrentiel. Les dirigeants ne soupçonnent certainement pas qu’ils dissipent leur héritage et que le jour où il se sera évaporé, il ne restera rien de l’entreprise.

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