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jeudi 28 février 2019

Europe libérale

Le "populisme" s'en prend à l'UE, et en fait la source de tous nos maux. Voilà qui rend l'UE sympathique. Pourtant, on entend de plus en plus ses défenseurs s'interroger discrètement : n'est-elle, après-tout, pas allée un peu loin ? N'aurait-elle pas un brin de responsabilité dans les événements actuels ?

Car le crédo de l'UE est le "libéralisme". Et le libéralisme, c'est la concurrence. (L'UE a d'ailleurs un commissaire à la concurrence, tout puissant.) Or, la concurrence ce n'est pas uniquement éviter que de grandes sociétés ne créent des monopoles, c'est aussi le refus des politiques d'aménagement du territoire, susceptibles de favoriser certaines régions (ce qui nuirait à la concurrence). Or, gilets jaunes ou Brexit, il s'agit de questions dont la dimension première est régionale...

(Source de cette idée, comme d'habitude : France Culture.
Sur le même sujet : témoignage de Patrick Le Galès.)

Ai-je de la volonté ?

Je décode avec peine le volontaire et l'involontaire de Paul Ricoeur. Problème : je ne crois pas à la volonté. Volonté signifie qu'il y ait un libre arbitre, et le supposer conduit à des contradictions sans fin. Je ne crois pas à je.

Comment avançons-nous, alors ? Par influence, peut-être. Nous réagissons à notre environnement, en particulier à ce que nous entendons. C'est pourquoi il est probablement utile de croire qu'il existe une "volonté", ou un je.

(Pour autant, je ne crois pas au déterminisme. La vie change par "big bang", qui rend son cours imprévisible. Le monde se crée continûment. Le prospectiviste est contre nature.)

mercredi 27 février 2019

Président Albert Lebrun

Le président Lebrun, c'est l'idéal et la fin de la 3ème République. Fils de cultivateur, il est remarqué par un instituteur. Il sort major de polytechnique. L'ascenseur social à son maximum. A 29 ans, il est le plus jeune parlementaire français. Quelques années plus tard, il est président de la République. Ce sera le dernier de la troisième. Mais, en ces temps, le président de la République n'avait pas de pouvoir. Il ne pourra guère influer sur le cours des événements. (Source : wikipedia.)

Des changements de la France ?

La séduction du coaching

Pour un dirigeant de cabinet de chasse de têtes, il n'y pas de marché pour le coaching. Les seuls personnes qui gagnent de l'argent dans ce domaine sont celles qui vendent des formations de coach. Les coachs qu'il rencontre, et il en rencontre beaucoup, ne parviennent pas à réaliser un chiffre d'affaires annuel de quarante mille euros.

Comment expliquer la mode du coaching ? Beaucoup de coachs sont des ingénieurs au chômage. Le coaching est une affaire de diplômes. Peut-être, ces diplômés habitués à passer des examens ont-ils pensé que c'était le diplôme qui donnait l'emploi ? Mais pourquoi sont-ils partis vers la psychologie, alors qu'elle est plus question d'émotion que de raison, leur force ?

La vie en entreprise est difficile ? Le Français ne comprend pas que cela tient à ce qu'il est trop analytique, trop rude ? Au contraire, il pense pouvoir mettre en équation la relation humaine ?

mardi 26 février 2019

Antibiorésistance : pire que le réchauffement climatique ?

Certaines bactéries résistent naturellement aux antibiotiques. Conséquence : l'usage massif des antibiotiques, en tuant leurs opposants, leur livre le monde. Mieux : les bactéries se transmettent les résistances qu'elles ont acquises. D'où des super bactéries qui résistent à tout. La méthode scientifique de France Culture citait une étude qui évaluait à dix millions le nombre de morts annuelles par antibiorésistance, en 2050.

Pourquoi aussi peu ? N'est-ce pas l'annonce du retour des grandes épidémies ? Et ce dans un monde "globalisé". (La grippe espagnole de 1918 a fait 100 millions de morts.)

De l'utilité de considérer la pauvreté, facteur accélérateur d'une épidémie, comme un fléau au moins aussi redoutable que le réchauffement climatique ? A moins, qu'au contraire, on ne la juge comme une solution, radicale, à ce problème ?

Houellebecq et le changement

Je m'interroge depuis longtemps : pourquoi France Culture aime-t-elle Houellebecq ? Houellebecq n'est-il pas le pourfendeur des valeurs de France Culture ? Un genre de Grand Lucifer ? Nouvelle tentative d'explication :

Quand je tends l'oreille, j'entends les journalistes de France Culture demander : que faut-il penser de Houellebecq ? Et s'ils n'étaient pas capables de se faire, seuls, une opinion ?

Et si nous étions tous comme eux ? Nos idées sont reçues ? Cela expliquerait, alors, pourquoi on peut faire basculer aussi facilement l'opinion d'un côté ou de l'autre.

Reste le mouvement des Gilets jaunes : lorsqu'il y a souffrance, il y a opinion. Soudainement, on sait de quoi on parle.

lundi 25 février 2019

La jeunesse a-t-elle raison ?

Un mouvement adolescent se manifeste en faveur du développement durable. La presse se réjouit de ce mouvement. La vérité sortirait-elle de la bouche des enfants ?

La loi parle d'un "âge de raison", et protège les enfants, parce qu'ils n'ont pas toute leur tête à eux. D'ailleurs, les jeunesses furent, un temps, hitlériennes ou soviétiques. La jeunesse est facile à embrigader. La jeunesse c'est le temps, pas toujours heureux, des certitudes simplistes.

Le mystique, as du changement

Henri Bergson s'est beaucoup intéressé au mystique. La raison de cet intérêt pourrait être le changement.

L'esprit rationnel ne voit que des obstacles. Macron est un imbécile, ma femme est borderline, la bureaucratie étouffe mon entreprise, etc. L'esprit rationnel est attiré par les murs. Contre lesquels il s'écrase. La résistance au changement est un mal de la rationalité.

Le mystique, lui, aime ce qu'il voit, il en perçoit les potentialités, en particulier celles qui permettent son changement, qui est un développement, au sens "développement personnel", épanouissement.

(Comme il va de succès en succès, il est heureux, de surcroît.)

dimanche 24 février 2019

Le libéralisme, c'est la concurrence

Qu'est-ce que le libéralisme ? Je vous le demande.

Ma réponse : liberté individuelle. Mais le dictionnaire associe libéralisme et économie. Liberté pour l'économie ?

En fait, il semblerait que l'acception moderne du terme est "concurrence". Le principe du libéralisme, c'est une concurrence pure et parfaite. Point.

Cela ne vous surprendra peut-être pas. Mais, pour autant ce n'est pas ce qui vient en tête. Car on ne parle pas de principes, mais des résultats attendus. Et l'on s'attend au miracle. On a notamment instrumentalisé les "droits de l'homme" pour qu'ils semblent une conséquence obligée du libéralisme.

Or, la concurrence parfaite est contre nature. La nature, ce n'est pas un affrontement de tous contre tous. La nature, c'est la société et l'écosystème. Ce sont des enfants que l'on élève pendant des années, sans regarder à la dépense, et qui nous utilisent ensuite comme crèche pour leurs enfants. La nature, c'est le couple. La concurrence, c'est le divorce, c'est la guerre. Il en est d'ailleurs de même pour l'entreprise. S'il y a une industrie du luxe en France, c'est du fait d'une tradition et d'une culture qui remontent à la nuit des temps ; d'une forme d'irrationalité économique : nous devons cette culture à des rois qui ont ruiné leurs peuples. Le GAFA n'est pas le fruit d'une génération spontanée. C'est celui de décennies d'empilage d'efforts obscurs soigneusement protégés de la concurrence internationale, et qui n'émerge que parce qu'il n'a désormais pas de concurrence à craindre, qu'il est un monopole !

Comme l'expliquait, à l'époque, John Dewey, ce libéralisme a été appliqué dans les années 30, et a disloqué la société. C'est à nouveau le cas. Voilà qui explique probablement les transformations, anti libérales, du monde. Espérons qu'elles s'arrêteront avant la guerre.

Après le libéralisme, de John Dewey.

A handful of dust

Evelyn Waugh a dû être un fameux misanthrope. Ce petit livre est atroce. Derrière le vernis de manières exquises, ses personnages sont des affreux. Malheur au simple d'esprit.

Un portrait de l'Angleterre ?

samedi 23 février 2019

Des amateurs à l'Elysée ?

Affaire Benalla. La presse parle d'un rapport d'une commission du Sénat. On affirme que c'est méchant. Vraiment ?

Ce que je retiens de ce que j'ai vu, c'est qu'il est dit que l'affaire Benalla, commencée le premier mai, aurait dû être terminée le deux. C'est une sorte de licenciement pour faute grave. Pourquoi traîne-t-elle ? Hold up du siècle : un gang d'amateurs s'empare de l'Elysée ?

How to be inimitable

George Mikes était un Hongrois établi en Angleterre. Il l'a regardée en anthropologue et a écrit quelques livres plein d'un humour très anglais sur ses moeurs. Le plus célèbre est : "how to be an alien".

Ici, il reprend la formule qui a fait son succès. On y retrouve l'Angleterre en 1960. "How to be inimitable" signifie "comment se comporter en Angleterre". (Effectivement, l'Anglais est inimitable.)

L'humour à part, cela ne donne pas une image très agréable de l'Anglais. Il ne travaille pas, n'a pas de vie sexuelle, part en meute à l'étranger, maîtrise mal sa propre langue et ne veut en connaître aucune autre, a une culture d'ancien régime... Faux frère ?

vendredi 22 février 2019

Sens de l'élection

Que signifie être un "peuple élu" ? Etre l'esclave de Dieu. Un Dieu terrible, incompréhensible à celui qui croit le comprendre. Comment obtenir de son peuple une attention et une crainte permanentes, autrement ? (N'en est-il pas de même de "l'élu du coeur" d'une femme ?)

Et nos présidents ? Eux aussi ont été élus par un Dieu terrible. Pourquoi sont-ils surpris qu'il ait des colères terrifiantes lorsqu'ils ne lui prêtent aucune attention ?

Crise de vocation

La "vocation" semble importante pour le protestant : nous avons tous une vocation, et notre mission est d'en tirer le meilleur, dit-il.

Je me demande si les problèmes de notre société ne viennent pas d'une crise de vocation. En effet, bien peu de gens font ce que l'on attend d'eux. Un exemple : les normaliens. L'école normale supérieure forme des professeurs de l'enseignement supérieur. Or, aujourd'hui, le normalien se définit uniquement comme "supérieurement intelligent". Il trouve l'enseignement trop ennuyeux, et surtout pas assez rémunérateur pour son génie. C'est pourquoi il poursuit ses études par l'ENA, ou entre dans un fonds de capital risque. C'est aussi le cas des patrons de PME, dont je parlais dans un précédent billet : ils désirent rester petits, pour se simplifier la vie. D'où chômage et déficit du pays. Et le M.Hollande dont parle Mme Trierweiler ? Un homme qui trouve la vie douce, et qui ne comprend pas que l'on n'en profite pas.

Implicitement, la société nous donne un rôle en échange d'une mission. Si ceux qui occupent les dits rôles n'accomplissent pas la mission qui va avec, ou si la sélection pour le rôle est biaisée, et ne choisit pas une personne compétente, la société pourrait souffrir.

jeudi 21 février 2019

Il n'y a pas que le nationalisme dans la vie

Avant le temps des Gilets jaunes, M.Macron semblait penser que l'Europe avait le choix entre lui et le populisme.

Et Kant, était-il populiste ?

Or, Kant n'était pas libéral. Il n'y a pas besoin de penser Deutschland über alles, pour ne pas être libéral. Les sociétés développent des cultures qui leur sont propres, et ces cultures sont des richesses. Le monde est un équilibre entre ces cultures, de même que la nature fonctionne en écosystèmes.

Il se pourrait que ce qui se joue actuellement soit là : le libéralisme va-t-il être rejeté au profit du nationalisme, comme dans les années 30, ou allons-nous vers la paix (perpétuelle ?), des cultures ?

Vers la paix perpétuelle, de Kant.

Panne de transcendance

Quand j'étudiais les maths, je ne comprenais rien à ce que l'on me disait. Ou, plutôt, en dehors des démonstrations triviales, tout était évident a posteriori seulement. C'est ce que l'on appelait une démonstration "élégante". Il en était de même en physique. La relativité ou la mécanique quantique, par exemple, n'ont rien qui va de soi.

Je m'attendais à ce que ma vie ne soit faite que de propriétés bizarres. Or, j'ai eu la surprise de constater que ceux qui avaient suivi ces cours se satisfaisaient du plus simple bon sens. En particulier des modèles de l'économie, le degré zéro de l'intelligence.

Notre société est la société du "bon sens". Elle ne peut pas imaginer qu'il y ait quoi que ce soit derrière ce qu'elle voit ?

mercredi 20 février 2019

Antisémitisme

On parle de nouveau d'antisémitisme.

M.Finkielkraut est insulté par des Gilets jaunes. Cette même classe à laquelle il s'oppose, s'indigne du sort qui lui a été fait. Je crois entendre Sganarelle parlant au créancier de Don Juan : "Je vous assure que toute sa maison périrait pour vous, et je voudrais qu’il vous arrivât quelque chose, que quelqu’un s’avisât de vous donner des coups de bâton, vous verriez de quelle manière..." N'est-ce pas un moyen de le réduire au silence, d'étouffer son travail de philosophe, par ailleurs distingué, sans avoir à prendre la peine de le comprendre ? N'y a-t-il pas pire antisémitisme que celui qui consiste à ramener une personne à sa seule condition de Juif ? Surtout, en prétendant la défendre ?

J'avoue que je ne comprends pas pourquoi il y a autant d'antisémitisme parmi les Gilets jaunes. Un ami juif dit que cet antisémitisme n'en est pas un, il signifie seulement que ces gens "n'ont plus d'espoir". Quand on est au plus mal, on a besoin d'un bouc émissaire ?

Changement à la Société Générale

Le Financial Times pense que Frédéric Oudéa n'en a plus pour longtemps à la tête de la Société Générale. En effet, en Europe, "il n'y a que Deutsche Bank qui fasse plus mal en termes de performance de l'action".

Voilà qui est nouveau. Jadis, à moins de mettre une entreprise en faillite, un grand patron français n'était jamais remplacé.

mardi 19 février 2019

Géant du numérique français

Un groupement d'anciens de grandes écoles se demande comment créer un géant du numérique français. Décidément, la politique industrielle a le vent en poupe.

Et si l'on faisait comme les Chinois ? Ils ont fermé leurs frontières et ils ont copié ce qui se faisait aux USA. Le tour était joué.

Mon premier employeur, Dassault Systèmes, est un des rares succès français du numérique. Comme le dit son créateur, les derniers à acheter son logiciel ont été les Français. Il doit sa réussite commerciale à IBM, qui le distribuait, et qui est allé chercher les premiers clients, chez eux : aux USA et en Allemagne.

Je ne crois pas au numérique. C'est un miroir aux alouettes. Je soupçonne que les grandes innovations sont derrière nous, et qu'elles n'ont rien de magnifique. Tout le reste, cela n'a pas cessé depuis la bulle Internet, n'est que bulle spéculative après bulle spéculative. En revanche la France a un tissu économique riche qui ne demande qu'à être développé. Et si on arrêtait de copier ce qui se fait ailleurs, et on commençait à avoir un peu d'originalité, pour une fois ?

Increvable popularité du Gilet Jaune

Le Français, en majorité, serait favorable au Gilet jaune, disait un sondage. Ce qui doit paraître injuste au gouvernement. Car, il n'a qu'une minorité pour lui, alors que son comportement est irréprochable. Ce qui n'est pas le cas de celui des Gilets jaunes.

Le coeur a des raisons que la raison ne comprend pas ? Partialité sélective : pour le gouvernement un jaune voyou, tous les jaunes sont des voyous, le gros des Français estime que ce sont des gens déguisés en jaune qui se comportent mal ? Phénomène Trump : il y a deux France, une France riche aux idées "socialement avancées", et une France moins riche, qui associe les belles paroles à la dégradation de sa situation ?

(La force du mouvement ? C'est qu'il dure, me disait-on.)

lundi 18 février 2019

Peut-on se comprendre ?

Et si l'on était incapables de se comprendre les uns les autres ? Une de mes anxiétés. En particulier, elle est liée à la faiblesse d'une éducation de banlieue. J'ai le soupçon qu'elle ne me permet pas de pénétrer la pensée des érudits d'hier. Et si quelque chose d'essentiel m'échappait ?

Emmanuel Levinas a peut-être une réponse à ce problème. La pensée de l'autre est incompréhensible par nature. Mais, il ne faut pas baisser les bras. Vouloir, résolument, la comprendre contribue à la beauté de la vie.

Faut-il craindre la Chine ?

Entendez-vous l'éco de France Culture consacrait ses émissions à la Chine. Inquiétante ?

La Chine, c'est une pieuvre. Conquête, méthodique, du monde. Les ports qu'elle achète à l'étranger, par exemple, seraient des têtes de pont de son influence. De même, elle instrumentaliserait une diaspora qui compte 125m de personnes. Elle a fait de grands travaux pour des pays en développement, pas toujours à bon escient, ce qui les a couverts de dettes (90% du PIB, pour le Nigeria, si ma mémoire est bonne). Elle s'est fait des amis de tous les despotes africains. (Peut-être, aussi, se reconnaissent-ils dans le régime chinois, qui ressemble au leur ?) Ces pays sont dépendants d'elle. Son souci, les concernant, est de stabiliser ses approvisionnements en matière première. Ses entreprises, qu'elle finance pour biaiser les lois de la concurrence, sont des outils stratégiques de sa politique.

Cela m'a fait penser à un ami, qui a passé une partie de sa vie en Afrique, et qui dit que la Chine a des "pratiques de voyou". En termes de colonialisme elle est bien pire que l'Occident.

Les libéraux qui ne prônent que la libre concurrence seraient-ils des innocents ? L'émission parlait aussi de l'importance en recul des USA dans les échanges internationaux. Ont-ils eu raison de réagir avant qu'il ne soit trop tard ?

dimanche 17 février 2019

Transcendance pratique

Que dit Emmanuel Levinas, se demandaient Les chemins de la philosophie (France Culture) ? Ce que j'en écrivais semble avoir tapé assez près des propos des experts. Néanmoins, je me demande, comme toujours, si j'ai bien compris. 1) Ai-je raté une partie du message ? 2) Est-il à une altitude que je n'atteindrai jamais ? J'utilise ses mots, mais je ne saisis pas la signification qu'il leur donnait ?

Peut-on employer la pensée d'Emmanuel Levinas en pratique, ou le simple fait d'envisager de le faire est-il déjà un total hors jeu ?

Mon métier me fait aller vers l'autre, et même vers une partie inconnue de l'autre. Je parle "d'horreur", dans le sens ancien de crainte et admiration ("awe" a gardé cette signification en anglais). Effet bénéfique.
  • Je dois parvenir à comprendre ce que je peux lui apporter. Etrangement, la rencontre crée les conditions qui permettent de me révéler à moi-même. Exercice existentialiste par nature. 
  • Il voit en moi quelque-chose d'utile que je ne perçois pas. 
  • L'autre peut m'amener à me changer. Pour être à la hauteur de l'événement, ou parce que ses connaissances, son expérience, son aide... m'ouvrent des horizons. 
  • Il y a aussi une récompense immanente dans cet exercice : le geste de reconnaissance inattendu et spontané : "finalement, on avait choisi le bon consultant", "sans vous, je n'y serais pas arrivé".
Transcendance du pauvre ?

Chercher à comprendre le mystère Levinas, invitation à une transcendance de haut vol ?


Changement de changement ?

Le glyphosate est-ce dangereux ou non ? On n'en sait rien, concluait La méthode scientifique de France Culture.

Comme d'habitude, il faut attendre qu'il y ait des morts pour que l'on ait quelques certitudes ? (Une autre émission parlait des "radium girls", qui peignaient des cadrans phosphorescents avec un composé de radium, et s'empoisonnaient en humectant leurs pinceaux avec leurs lèvres.)

Dans ma jeunesse, on était persuadé que la science démêlerait le vrai du faux. Le changement, le progrès, avait pour moteur la raison et la science. Ce n'est pas ce qui est arrivé. Aujourd'hui, les changements sociaux ressemblent à la mode. Ils résultent d'un affrontement entre idéologies, employant tous les moyens possibles pour manipuler l'opinion.

Entre la science qui fait la loi et les luttes idéologiques, n'y aurait-il pas une troisième voie ?

samedi 16 février 2019

Société anti Levinas

Emmanuel Levinas pensait que c'était en allant vers ce que "l'autre" a de plus mystérieux que l'on connaît la transcendance.

Etrangement, notre société a fait exactement le contraire. Nous nous sommes repliés sur nous mêmes, en estimant que c'était la meilleure façon de satisfaire nos intérêts. Notre malaise viendrait-il d'un manque de transcendance ?

Humeur noire ?

Décrire permet-il de comprendre ? J'en doute.

Lorsque je dimensionnais des projets, je devais doubler les temps que j'étais capable d'estimer. Des travaux universitaires arrivaient à un facteur correctif proche de 3, d'ailleurs. A quoi correspond ce temps manquant ?

L'expérience montre aussi que l'on ne comprend rien à une personne, si l'on se contente de la regarder. Son comportement se révèle dans l'action. C'est aussi dans le changement que l'on comprend une organisation.

Y a-t-il un parallèle entre ces observations et celles de la physique, qui estiment que la matière visible n'est pas suffisante pour expliquer le comportement de l'univers ? Il faut lui ajouter une "matière noire" et une "énergie sombre".

Cela ne devrait-il pas amener les promoteurs de l'intelligence artificielle et des merveilles du "numérique" à un rien d'humilité ?

vendredi 15 février 2019

Changement et entreprise

Mirabeau était laid, mais irrésistible. Beaucoup de grands séducteurs sont comme lui. En jouant de son talent, il avait rendu sa laideur attirante. Au contraire, la chirurgie esthétique efface notre originalité. Fake you.

Il en est de même pour l'entreprise moderne. Pour elle changer, c'est se transformer, transformer son être, pour être conforme. (Par exemple faire sa "transformation numérique", comme les autres.) Pour moi, changer, c'est modifier sa façon de faire de façon à tirer au mieux parti de sa différence.

Macho de gauche

Harcèlement par un groupe de mâles dominants de la presse. Après DSK et Harvey Weinstein, une fois de plus, des piliers de la gauche morale sont accusés.

Etrangement, on ne parle pas de ce genre d'événement du côté de la droite macho. Comme pour l'Eglise : omerta bien organisée ? Ou est-ce que la culture de gauche attire naturellement le prédateur ?

(Ou aussi "moral licensing" : quand on fait le bien, on peut tout se permettre ?)

jeudi 14 février 2019

La transformation numérique des Misérables

Mais c'est du vol ! L'intelligence artificielle, c'est du vent ! s'exclamait, en substance, le producteur de La suite dans les idées de France Culture (émission du 5 janvier artificielle Intelligence Artificielle).

L'IA, ce sont ces recommandations stupides que font Amazon ou d'autres sites marchands ? Mais pourquoi fait-on tant de battage alors que c'est foireux ? Et, le comble du ridicule, c'est le "machine learning" ! Ce sont des milliers d'exploités qui doivent nourrir la machine d'informations. Sortez le clown !

L'IA ou les Misérables ? Fantine vendait son corps, ses cheveux, ses dents... Maintenant, nous vendons notre intelligence. Une fois qu'elle sera dans la machine, nous n'aurons plus de place. La lutte finale de l'exploitation de l'homme par l'homme ?

A legend of the wars of Montrose

Walter Scott, cet inconnu. On le croit écrivain de roman d'aventures. Mais l'aventure n'est qu'une excuse. Ce qui compte, ce sont les personnages, typés et complexes (les héros, eux, sont fades), et l'Histoire.

Ici, on est au temps de Charles Ier. Le roi et son parlement sont en guerre. Apparemment, c'est une guerre de religion. Le roi est catholique, le parlement protestant. Mais ce n'est qu'une apparence. Car le roi veut un pouvoir absolu, et la haute société, elle, veut une "république", ce que l'on appelle "Commonwealth", et qu'établira Cromwell. Le roi perdra, et sera décapité. On décapitait beaucoup en ces temps là. A croire que ce sont les Anglais qui ont inventé la Terreur, et la Révolution. Mais ce n'est pas ce que raconte le livre.

Une armée écossaise est partie combattre aux côtés du parlement, et de Cromwell. L'Ecosse de Scott ressemble à la Corse de Mérimée (à moins que ce ne soit le contraire). La fidélité va au clan, et on habite des donjons lugubres. Surtout, on a le sens de l'honneur. Les clans sont organisés sur le modèle féodal. Mais, ils se haïssent tous. Leur souci est de conserver le statu quo, l'anarchie. Or, si le marquis d'Argyle (on écrit Argyll aujourd'hui) triomphe avec les parlementaires, son pouvoir sera absolu. Alors sa famille adversaire, les Montrose, suscite une rébellion. Il s'ensuit une guerre civile écossaise. Montrose a initialement le dessus. Seulement, il est allié aux Highlanders, qui ne connaissent que la rapine. Lorsqu'ils gagnent une bataille, ils se replient avec leur butin dans les montagnes. Montrose est donc incapable de mettre KO son adversaire. Il est en permanence pourchassé. Il doit se livrer à une guérilla. (Il finira décapité, ainsi que son adversaire.) Histoire d'un changement ? Comment la société civilisée met au pas la liberté ?

La force du récit, ce sont ses personnages. Et notamment un mercenaire écossais, qui revient de la guerre de 30 ans, sur le continent. Il est passé de camp en camp. Il est intarissable et ridicule, et pourtant courageux, il change d'uniforme comme de chemise, et pourtant il a le sens du contrat et de l'honneur.  Le plus surprenant, peut-être, est un bandit de grand chemin, chef d'une secte d'assassins faméliques, qui, au moment de mourir, déclare son amour de la liberté d'une façon qui devrait nous amener à nous demander si la civilisation ne nous a pas fait passer à côté de la vie.  Bien sûr, il y a une histoire d'amour et de vengeance, à la Mérimée. Mais c'est tellement secondaire que c'est certainement un sacrifice aux attentes d'une époque qui avait soif de fantastique et de romantique.

mercredi 13 février 2019

Arrogant Macron

Il y a quelque chose de curieux avec l'Italie. Elle semble ne pas nous aimer. Or, qui se préoccupe de l'Italie ? Comment peut-on être haï par quelqu'un que vous ne connaissez pas ? Le problème pourrait être là.

Cela viendrait peut-être d'une longue histoire. Mais, M.Macron aurait mis de l'huile sur le feu. Et l'Italie ne serait pas la seule dans son cas. Apparemment, M.Macron serait extrêmement arrogant. Arrogance, vice que nos voisins ont toujours reproché à notre classe dirigeante.

(Courrier international.)

Somnambulisme

Qu'avez-vous fait ? pourraient nous demander nos descendants. Le Brexit arrive, rien ne se passe. Somnambulisme ? Nos cours d'histoire sont pleins de ces périodes de drames évitables, et de la paralysie qui les a précédés. Quand nous les écoutions nous nous disions que cela ne nous arriverait pas.

C'est peut-être la raison pour laquelle nous en sommes là. Pleins de notre confiance en nous, nous ne nous sommes pas préparés ?

mardi 12 février 2019

Enseignement de la science

J'ai l'impression qu'à force de vouloir simplifier sa matière, l'enseignant rend la science incompréhensible. L'élève se décourage, et échoue. A quoi l'enseignant répond : il est idiot.

Il faudrait prendre l'enseignement de la science par le début. L'émerveillement. Comment se fait-il que "c'ait marché" ? La moindre des réalisations humaines, la photo par exemple, est un miracle. Mais aussi émerveillement devant tout ce que la nature a de mystérieux.

Mais j'en demande peut-être trop à l'enseignant. Car, lui qui est omniscient, peut-il concevoir le doute ?

Point Counter Point

Roman célèbre d'Aldous Huxley, auteur que l'on connaît chez nous pour "Le meilleur des mondes".

On y côtoie la haute société intellectuelle anglaise. Un petit monde où se retrouvent et parlent ensemble les leaders des forces politiques qui, ailleurs, s'affrontent. Cela va du nihiliste au leader fasciste. L'Angleterre est un pays où les Mussolini, les Gramsci et les Agnelli sont parents, et se retrouvent dans les salons de ces derniers. Un petit monde très anglais, c'est à dire qui parle extraordinairement simplement et bien.

Le roman commence en un miracle de légèreté et d'intelligence. Une succession de dialogues où les sentiments se dévoilent. Des mystères des relations humaines, et de leurs moments de grâce. Malheureusement, cela se gâte sur la fin. Pas vraiment parce qu'elle est sombre, mais parce que les personnages se figent en archétypes à la Dostoievsky et à la Flaubert.

D'ailleurs, il y a peut être un "bon" dans cette histoire, un héros. C'est quelqu'un qui ressemble à D.H. Lawrence. Son discours est très moderne me semble-t-il. Il éprouve nos inquiétudes. L'humanité est en danger. Non du fait des vices de l'homme, mais à cause de sa raison, qui les pousse à l'absurde. Que faire ? Lisons D.H. Lawrence ? Lady Chatterley n'est pas un livre égrillard, mais un appel à la libération, vis-à-vis des excès de la raison ? De retour à la raison, en quelque sorte.

lundi 11 février 2019

Jean Genet

Jean Genet a été élevé par l'assistance publique. Tout commence bien. Il est dans une excellente famille, et il est particulièrement brillant élève. Mais lorsque l'on est à l'assistance, on ne fait pas d'études supérieures. Il est placé en apprentissage. Il se révolte. On connaît la suite, mais moins qu'il ait fait l'apologie du nazisme, et de l'antisémitisme. Il est probable qu'il rejetait la 3ème République, qui lui avait refusé un avenir. Ce qui a fait son succès, ce n'est pas son talent, mais (comme pour Sade qui, lui, n'avait pas de talent), ce que l'on a cru être le rejet de notre société. Voilà qui plaisait aux intellectuels, Sartre ou Foucault. Et voilà ce que disait Ivan Jablonka, qui lui a consacré un livre, en 2004. (La compagnie des auteurs, de France Culture.)

Shakespeare, comme il vous plaira

Recueil d'extraits de pièces de Shakespeare, et leur traduction en français, par de multiples traducteurs. Réflexion sur Shakespeare et l'art de la traduction ?

Shakespeare comme les auteurs de cette époque, et d'après, n'invente pas ses sujets. Il me semble plutôt que chaque sujet est l'occasion de moments de bravoure, de l'expression de l'exaspération des sentiments, dans toutes les situations imaginables : le dialogue de sourds, la peur, la haine, les premiers émois amoureux... Ces extraits présentent l'intérêt, en peu de pages, de montrer la diversité de l'oeuvre de Shakespeare.

Quant à la traduction, c'est un exercice surprenant. Un spécialiste me disait que Shakespeare ne parlait pas anglais, mais dans une langue qui lui est propre. Dans ces conditions, comment le traduire ? Un second intérêt de cet ouvrage est sa sélection de traducteurs. Cela va de grands écrivains (Gide, Pierre Jean-Jouve, Maeterlinck...) à des universitaires, en passant par des gens moins faciles à classifier. La traduction est-elle fidèle ? De temps à autres, il semble qu'il manque des mots. Dans un cas, un traducteur a inventé le texte d'une chanson, qui n'est pas chez Shakespeare ! En fait, Shakespeare n'a pas été traduit en français, mais en Gide, Pierre Jean-Jouve ou Maeterlinck. Ce qui compte, c'est le sentiment que voulait faire passer Shakespeare, le reste est secondaire ?

dimanche 10 février 2019

1848 et Gilets jaunes

N'y aurait-il pas quelque-chose de commun entre les "souvenirs" de Tocqueville et le mouvement des Gilets jaunes ? (Souvenirs.)

Les souvenirs, c'est 1848. Le peuple est lâché par la noblesse et la bourgeoisie, qui s'unissent. La France se trouve en situation de luttes des classes. Il se révolte, et il gagne. En effet, l'armée, c'est dans ses rangs qu'on la recrute : il sait combattre. Simplement, il ne peut pas exploiter son succès, car il n'a personne, dans ses rangs, qui soit formé pour occuper le pouvoir.

Mais le peuple n'a-t-il pas été entendu ? Car arrive Napoléon III. Les privilégiés sont remis à leur place : entre le roi et le peuple. On ne peut changer une culture ?

N'est-ce pas la même chose avec les Gilets jaunes ? Une classe de privilégiés émerge, et elle prétend gouverner le pays ? Révolte ?

Intellectuel et populisme

L'intellectuel, clé de lecture du monde moderne ?

Il combattait pour la société. Maintenant il combat pour son intérêt. Dans les deux cas il utilise son formidable pouvoir de communication.
Il était un opposant. Maintenant, il gouverne. Son ennemi est demeuré la classe moyenne. Hier, il était à côté d'elle, maintenant il en a la responsabilité.

Voilà ce que dit l'étude sur les "Bobos" d'un précédent billet.

Pas étonnant que la situation soit explosive ?

samedi 9 février 2019

Justice et changement

Edgar Morin a une idée de la justice qui n'est pas celle qui fait la loi, actuellement. C'est une question de changement.

Exemple. François Mitterrand. Edgar Morin étant juif et résistant, on pourrait s'attendre à ce qu'il reproche à François Mitterrand son passé vichyste. Non. Edgar a connu François à cette époque et l'a trouvé admirable. Quant à Vichy, il y a prescription. Les gens peuvent changer. Aucun crime n'est imprescriptible. En revanche, Edgar n'a pas voté pour François en 81. Pourquoi ? Parce qu'il lui reprochait, justement, ce qu'il était devenu et les coups tordus qu'il avait faits, récemment.

Stage en start up

Faut-il faire un stage en start up ? se demandent des jeunes, autour de moi. Le stage en start up, c'est être de son temps ? Non ?

C'est mal prendre le problème. Si le stagiaire est mal payé, c'est qu'il est supposé être en apprentissage. Or, qu'apprend-on dans une start up ? Une start up ne sait rien, elle est ridicule dans tout ce qu'elle entreprend. Ce n'est pas désobligeant de ma part de dire cela : tout l'avantage de la start up est l'innovation qu'elle cherche à mettre sur le marché. Tout le reste elle doit l'apprendre. Elle n'a pas d'histoire et d'expérience. En revanche, les multinationales cherchent de la rentabilité par tous les moyens, et donc ont poussé très loin tout ce qui permet de leur donner de la "valeur".

Autre argument, que l'on oublie souvent. La seule chose que la start up moderne a trouvé, ce sont des fonds. Elle a séduit un investisseur. Quant au marché, elle doit lui courir après. Il est très rare qu'elle l'attrape. Voilà qui est une expérience intéressante, me direz-vous : le risque de l'entrepreneuriat, ce n'est pas dans une multinationale que vous allez le rencontrer ! Effectivement. Mais la recherche de marché est chaotique et brouillonne. En anglais on parle de "pivoting" : les phases "d'exubérance irrationnelle" sont suivies de gueules de bois. On rêve, on doute, mais on ne (se) construit pas. Cela est peut être formateur pour le fondateur, mais pas pour l'inexpérimenté.

vendredi 8 février 2019

Penseur et intellectuels

Edgar Morin fait une distinction entre "penseur" et "intellectuel". (A voix nue de France Culture, 1999.)

"L'intellectuel" ne pense pas. Il ne fait que répéter une opinion répandue.
Et le "penseur" ? C'est peut-être quelqu'un qui a une peur bleue d'être un intellectuel. Il se méfie, au plus haut point, de ses pensées. Alors, il construit une "méthode", qui doit lui éviter les égarements de l'intellectuel. (L'oeuvre d'Edgar Morin consiste, en partie, en une réflexion sur cette "méthode".)

Il y a beaucoup d'intellectuels, quasiment aucun penseur. Et si "je pense donc je suis", peu de je.

Bobos in Paradise

Nous n'avons pas inventé le Bobo ! Il est né aux USA, à la fin des années 90.

Le Bobo n'est pas qu'un être ridicule, comme nous le croyons. Les courants politiques opposés ont fusionné. Le militant anti système est désormais maître du système. Et il n'a renoncé à rien. Ni à ses idées anti-système, ni à l'argent du système. Il a, simplement, cherché à faire un mélange harmonieux des deux. Ce qui conduit à un résultat surprenant.

Comment en est-on arrivé là, aux USA ? L'ancienne classe dirigeante américaine était celle des familles fortunées protestantes. Elles se transmettaient le pouvoir de père en fils. Elles avaient le sens du devoir. Elles avaient un rôle social à assumer. Mais, la société a décidé que son élite devait l'être du fait de ses capacités intellectuelles. Les universités américaines se sont mises à utiliser des tests d'intelligence pour sélectionner leurs élèves. Et le pouvoir est allé aux bêtes à concours. A cela s'est ajouté "l'âge de l'information", qui leur donnait l'avantage. Seulement, ces étudiants étaient porteurs de la contre-culture. Les hippies, c'étaient eux. Ils avaient été éduqués sur le modèle de la vie de Bohème, des intellectuels français tels que Flaubert. Ces "Bohémiens" rejetaient matérialisme et contrainte. Leur ennemi était la classe moyenne, et ses valeurs. Ils s'identifiaient aux marginaux, "les pauvres, les criminels, les exclus ethniques et raciaux". Leur mot d'ordre "épater le bourgeois".

Cette "élite intellectuelle" a transformé "le profane en sacré". Elle a donné des lettres de noblesse au matérialisme. Et voilà pourquoi le 4x4 a connu un succès phénoménal (ou plutôt SUV : Sport Utility Vehicle). Un 4x4, cela vaut aussi cher qu'une Porsche. Mais un 4x4, c'est utilitaire, c'est peuple, c'est nature. La Porsche, c'est pour les suppôts du capitalisme. Et tout est comme cela. les Bobos achètent du simple, du rustique, mais à cent fois le prix de l'article ordinaire. A l'envers, le Bobo a rendu bourgeoise la transgression. Par exemple, les pratiques sexuelles déviantes d'hier, ressortissent maintenant au développement personnel, avec tout ce que cela implique de bien pensance suffocante. Idem pour le travail. Car le travail du Bohème moderne n'en est pas un. C'est un plaisir, c'est la continuation éternelle d'études où il a excellé. Cette culture, schizophrénique, est une arme. Celui qui n'emploie pas ses codes ne sera jamais rien.

Il y a un chapitre surprenant sur la transformation de l'intellectuel. Il y a un demi siècle, il n'y avait qu'une poignée d'intellectuels. C'était Sartre, par exemple. L'intellectuel avait percé les secrets de l'univers et il s'engageait dans un combat pour la justice. Aujourd'hui, les intellectuels sont des professionnels de la célébrité, et du show biz. Ils sont légions. Les puissants se retrouvent dans de grands messes, les intellectuels en sont les officiants. La recette du succès, c'est science sans conscience. Ainsi, la meilleure façon de se faire remarquer, c'est de produire des allégations fausses (ce que l'on n'appelait pas encore des "fake news"). Mais l'intellectuel n'est pas parfaitement heureux. Il gagne beaucoup moins que les grands patrons qu'il fréquente. (Depuis, cette injustice a été corrigée.)

Dans la liste des anti-Bobos, Donald Trump est cité en premier, déjà. L'ère des Bobos, c'est l'ère du couple Clinton. Avec lui, c'est "la troisième voie". Entre la droite et la gauche, il n'y a pas de différence. La vie est belle, cultivons le consumérisme triomphant. La bulle Internet allait exploser quelques mois après la publication de ce livre. La presse était encore pleine d'articles délirants sur la "nouvelle économie". Les Américains pensaient que la fin de l'URSS et l'avènement d'Internet sonnaient l'arrivée de Dieu sur Terre. Le capitalisme allait gagner le monde, et il n'y aurait plus jamais de crise, la croissance ne tomberait jamais au dessous de 4%. Il n'en est pas question ici. Cela montre peut-être que le Bobo vit, comme le dit le titre du livre, au Paradis. Il n'est pas des nôtres. L'auteur pense, d'ailleurs, beaucoup de bien du Bobo. Il en est un. Il a certes ses ridicules, mais il est bien plus sage que ceux qui l'ont précédé. Ce qu'il lui reproche, c'est sa superficialité et la médiocrité de ses aspirations. Et s'il utilisait ses capacités exceptionnelles à nous faire partager les idées qu'il a trouvées dans son paradis, et s'il consacrait son talent "aux réformes du pays et à l'activisme international"? David Brooks entrevoit un "nouvel âge d'or".

jeudi 7 février 2019

Méchant Huawei

Faut-il se débarrasser du matériel Huawei ? Risque de piratage chinois. Faut-il faire comme les Américains et les Anglais ? Débat chez France Culture. Un représentant des opérateurs de télécom français (employé par Bouygues) expliquait que le matériel Huawei était meilleur que celui de ses concurrents. Et que s'en priver ferait prendre deux ans de retard à la mise en place de la 5G, et leur coûterait cher, puisque cela exigeait de démonter le matériel Huawei existant. Il en appelait à l'Etat français : qu'attend-il pour promouvoir un champion national ?

C'est surprenant que le sujet ne sorte qu'aujourd'hui. Je lis des articles sur ces risques depuis des années. Et cela fait au moins une décennie que les gens des télécoms que je rencontre m'ont expliqué la politique industrielle chinoise, l'aveuglement européen, et les erreurs stratégiques des équipementiers occidentaux.

En tout cas, voilà qui met l'Europe en face de ses failles. Si les Américains sont parvenus à faire sentir leur pouvoir de nuisance, l'Europe, elle, brille par ses divisions.

Alstom, Siemens, le changement ?

Comme prévu, l'UE bloque le rapprochement entre Alstom et Siemens. Question de concurrence. On s'inquiète : l'Horace chinois, champion national qui profite d'un marché protégé, va tuer les Curiace Alstom et Siemens. Demain il n'y aura plus ni concurrence, ni entreprises, en Europe.

La concurrence et le libre échange, c'est fini, pour se mesurer à la Chine et les USA, il faut adopter leur stratégie mercantiliste, et transformer l'Europe en place forte ?

mercredi 6 février 2019

Dissonance cognitive

Dans ma série de billets traitant des sciences de l'influence, je n'ai pas parlé de la "dissonance cognitive". Un tort ?

La dissonance cognitive, est une différence entre ce que l'on dit et ce que l'on pense. Ce qui fait l'intérêt de ce phénomène est que c'est un moyen de manipulation puissant.

Une bande dessinée montre comment procéder. Un consultant met un employé en état de dissonance cognitive. Pourquoi acceptez-vous un travail si idiot ? L'employé supprime la dissonance en se convainquant qu'il adore son travail.

Je me demande si la dissonance cognitive n'est pas plus que cela. Tartuffe est convaincu de tartufferie. Il ne renonce pas à ce que j'interprète comme une dissonance. Il fuit, et il se venge. Je me demande si, dans la plupart des cas, l'homme dissonant sait, quasi consciemment, que ce qu'il fait n'est pas bien. Mais, il n'a pas la force morale de changer. Il ressemble à l'homme aux prises avec une drogue. Alors, son moyen d'éviter un malaise est de supprimer ceux qui lui en parlent.

Questions complémentaires :
  1. Qu'arrive-t-il si c'est impossible ? Il change, ou il se détruit ? 
  2. Souffrons-nous tous de dissonance cognitive ? 

Gauche et pauvreté

Je me moquais de la Californie, un des Etats des Etats Unis où il y a le plus de pauvres, lorsque j'ai découvert que le taux de pauvreté à Paris était quasiment au même niveau. (Mais calcule-t-on les choses de la même façon des deux côtés ?)

Ce qui me surprend est que, dans les deux cas, il s'agit de zones extrêmement riches et qui ont un gouvernement de gauche, et qu'il dépense beaucoup : je pensais qu'une partie de cet argent allait aux pauvres. Par définition, peu d'argent fait une grosse différence pour les pauvres ; cela ne coûte pas cher d'avoir bonne conscience, donc. (Suis-je le seul à associer "gauche" et "hypocrisie"?)

Je n'ai pas d'explication. Peut-être la gauche moderne est-elle individualiste, et pas collectiviste : elle ne sait pas aider "en masse" ? Peut-être a-t-elle "ses" pauvres ?...

(Article du Monde sur la pauvreté à Paris.)

mardi 5 février 2019

Les ressorts de la bêtise

Quels mots cherchent-on le plus souvent dans le dictionnaire ?

Les plus compliqués !

Non. On n'emploie pas les mots compliqués, donc on ne cherche pas leur signification. Les définitions les plus consultées sont celles des mots modérément complexes, que l'on utilise un peu mais pas suffisamment pour être sûr de leur sens.

Cela illustre un de mes grands théorèmes : la vérité est évidente a posteriori.

Ce qui explique que nous trouvions les autres idiots. Soit ils en sont restés à la vérité a priori, soit c'est notre cas.

Ce qui explique aussi pourquoi, plus on est certifié intelligent, plus on a de chances d'être idiot : on se croit si fort, que l'on en reste à la vérité a priori.

Aide à la personne et aide à la pierre

La spéculation immobilière est un mal mondial. Elle éjecte les pauvres des bassins d'emploi, elle les appauvrit, voire en fait des chômeurs. Mais le pauvre n'en a pas conscience.

Le problème vient de ce que l'on a transformé l'aide à la pierre, en aide à la personne, entend-on dire. Dans le premier cas, la collectivité construit des habitations et les loue. Dans le second, on donne de l'argent à une personne pour qu'elle finance un achat. Dans le premier cas, les loyers sont bas ; le second produit une bulle spéculative qui a pour effet pervers un appauvrissement de celui qui est aidé. Le phénomène que l'on observe aujourd'hui. Seulement, personne ne veut de la première solution. Je désire avoir ma maison, à moi.

Le gouvernement semble vouloir supprimer l'aide à la personne. Seulement, ce n'est pas le seul facteur spéculatif. Et il y a peut être des gens qui ont besoin d'aide.

Bonne solution ? Un mélange des deux ? Des zones hors marché, où certains sont subventionnés pour construire leur habitat. C'est, plus ou moins, la solution qu'avait trouvée le capitalisme paternaliste. Ainsi, il avait un personnel fidèle, et pas cher. Et ce serait encore le cas : les entreprises ont tout à gagner à ces mesures. Comme quoi, l'interventionnisme peut-être bon pour l'économie ?

(Ce que j'affirme concernant la capitalisme paternaliste est partiellement faux : il faisait de l'aide à la pierre, il construisait les maisons de ses ouvriers et de ses cadres. Mais il leur laissait des jardins, et possédait des maraichers, par exemple, ce qui faisait que l'employé jouissait d'une forme de liberté de choix et de droit de propriété. C'est, du moins, la pratique de la famille Lafarge, qui habitait près de chez moi.)

lundi 4 février 2019

Affaire Benalla

Paresse intellectuelle. Je n'avais pas envie de m'intéresser à l'affaire Benalla. Pour moi cela allait de soi : la presse et l'opposition montent en épingle une affaire banale, dans leurs milieux.

J'ai fini par lire ce que l'on en disait. Ce qui confirme en partie ce que je pensais. Alexandre Benalla a par beaucoup de côtés un profil idéal. Certes, il a des parents enseignants, et possède une licence de droit, mais, pour le reste, c'est le type même d'homme qui réussit sans diplôme. L'entrepreneur. Alors qu'il n'a pas vingt ans, il est déjà aux côtés de Martine Aubry, dans son service d'ordre. Une fois que l'on a de telles relations, les biens de l'Etat sont à vous. Il a atteint le sommet sans avoir eu besoin de faire les grandes écoles et les cabinets ministériels. Et on en voit l'intérêt : il a été bombardé lieutenant-colonel de la gendarmerie alors qu'il n'a pas 27 ans ! Cet homme, c'est un Julien Sorel qui ferait aussi bien que Napoléon.

Pourquoi a-t-il matraqué du manifestant, alors qu'il aurait pu s'enrichir tranquillement ? M.Macron doit être triste. Il va devoir vivre entouré d'énarques. Ils sont mortels, mais, au moins, ils savent se tenir.

L'âge du cuistre

Scott Fitzgerald avait appelé son époque "Jazz age". La nôtre ne serait-elle pas l'âge du cuistre ?

"Genré", "travailleur du sexe", "dictionnaire amoureux", "pages arrachées", "regards croisés", "sous les doigts de" (pour parler d'un pianiste)...

Je pense que les "à très vite", "belle année", "chef étoilé" appartiennent à une autre catégorie. La première liste est produite par la classe des intellectuels patentés, la seconde par celle de ceux qui veulent passer pour tels ?

La France s'est enorgueillie de ses hommes de lettres. Etrangement, elle semble avoir formé une élite inculte.

dimanche 3 février 2019

Location d'appartement et économie comportementale

AirBnB chasse le pauvre des villes, entend-on dire. Il se trouve que j'ai fait une mission dans le monde de la location d'appartements, il y a quelques années, et que j'en ai tiré une vision de la question un peu plus nuancée.

En lisant une revue de mon assureur, je vois que dans un cas sur deux, un propriétaire a des difficultés avec son locataire (assurez-vous !) : diantre. Effectivement, dans mon cercle étroit, j'entends des histoires horribles de dégradation d'appartements, et même d'escroquerie organisée, et même d'agent immobilier ne reversant plus les loyers qu'il perçoit (on gère mal son argent dans ce métier ?). Il y a des gens qui s'en sortent très bien, parmi ceux que je côtoie. Mais ils ont fait de la location un métier, quasiment.

En fait, il n'y a pas de bons propriétaires et de mauvais locataires. Les locataires souffrent aussi, sérieusement. J'en déduis qu'il y a une culture de la location, et qu'elle est sauvage. Je m'y ferais plumer.

Si l'on déduit les impôts et les coûts de remise en état des appartements des loyers, le rendement du capital investi est très faible. Eh oui, ce qui détermine le prix du loyer, ce n'est pas tant AirBnB que la spéculation immobilière, qui augmente le prix des biens. Dans ces conditions, mieux vaut ne pas louer ? C'est là où la location de courte durée (AirBnB n'est qu'une des solutions possibles) entre en jeu. Car, non seulement elle peut rapporter plus qu'une location normale, mais elle est associée à une remise en état permanente des locaux.

Apparemment, la mairie de Paris s'en est pris aux loueurs de courte durée (hors AirBnB). Je doute que ce soit la bonne façon de faire pour réduire le prix de la location à Paris.

Le Talisman ou le changement en peinture

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Serusier_-_the_talisman.JPG
Le Talisman est une peinture de Paul Sérusier. Si l'on n'y prête garde, cela ressemble à des éclaboussures sur une palette. Eh bien, c'est le résultat d'un cours de Gauguin. Du jour au lendemain, les tableaux de P. Sérusier vont passer du réalisme photographique au style de Gauguin. Extrêmement étonnant. Et il en sera de même des tableaux du groupe des Nabis, auquel il appartient. Mais ils n'en resteront pas là. Leur style changera ensuite, à nouveau.

J'ai l'impression qu'il y a eu un moment où le changement est entré dans l'art. Ce n'était plus ce qui était représenté qui comptait, mais la façon de le représenter. Je ne sais pas ce que cherchaient les artistes, mais ils semblent s'être épuisés, sans le trouver. Au moins, aurons-nous eu droit à un feu d'artifice ?

samedi 2 février 2019

Les critères psychologiques de la stagnation économique

Je fais un tour des clubs de dirigeants. Eh bien, si le gouvernement s'attend à ce qu'ils embauchent, il en sera pour ses frais.

Le dirigeant français, quand il n'est pas en difficulté, est très satisfait de soi. Il a bon coeur généralement. Il s'intéresse à l'entreprise libérée. Il entend par là une entreprise "à taille humaine", où tous se connaissent. La croissance pour la croissance, ce n'est pas pour lui.

Cela me surprend d'autant plus que des patrons chrétiens me tiennent ces propos. (Mais il n'y a que les athées qui croient aux valeurs chrétiennes.) Car cela, c'est de l'égoïsme pur et simple.

Car, le patron à des responsabilités vis-à-vis de la société. Si le patron de PME embauchait, il n'y aurait plus de Gilets jaunes et de Jihadistes, de peur de l'IA, et de dette de la France... Et il libérerait son entreprise, sans pour autant vendre son âme au capitalisme. En effet, l'entreprise libérée, c'est un projet qui met en mouvement un groupe humain. C'est la parabole du talent en action.

Respect et société

Un importun sonne à votre porte. Il vous propose des services dont vous ne voulez pas. Vous faites une triste mine, mais vous le traitez avec urbanité. Vous le remerciez même. Lois de la politesse obligent. Vous êtes gêné, et lui vexé, car il sent que vous le considérez en sous-homme. Il en profite pour vous faire entrer dans une discussion compliquée, dont vous ne pouvez pas vous tirer, sans être impoli. Cercle vicieux.

Qu'est-ce qui ne va pas ? Vous ne le traitez pas comme il le mérite, comme un être humain, avec respect. La politesse, c'est mécanique, cela ne fait pas fonctionner le libre arbitre. Considérer quelqu'un avec respect, demande de l'écouter et de lui expliquer pourquoi vous ne retenez pas sa proposition. Et que vous n'allez pas lui prendre plus de temps.

Il y a deux intérêts à rencontrer quelqu'un. Cela nous force à réfléchir à ce que nous devons lui dire, et à ses raisons. Cela nous permet de nous découvrir. Aussi, cela permet de le découvrir, et peut-être de réaliser quelque chose que l'on ne pouvait faire seul.

Curieusement, la société fait de nous des robots. Elle nous donne des règles de comportement. Elle nous rend paresseux du cerveau. Le psychologue Robert Cialdini en fait le principe de toute manipulation. On est toujours puni par là où on a pêché ?

vendredi 1 février 2019

L'Allemagne exploite la misère du monde ?

L'Allemagne telle qu'on ne la connaît pas. Son miracle semble menacé. Menacé parce qu'il est fondé sur la misère du monde ? Elle a besoin d'une immigration massive extra européenne, donc des malheurs de la Syrie notamment, elle profite à fond des bas salaires des pays est européens, et "1 actif sur 8 - soit 4 millions de personnes - vivent dans la précarité des petits boulots depuis des années et manquent de protection sociale".

La menace vient de la croissance explosive des prix de l'immobilier, non compensée par l'augmentation des salaires, du tournant anti-démocratique de l'Europe de l'Est combiné à l'influence chinoise grandissante, et du rejet croissant des immigrés par les natifs. (Article.)

Faillite d'une politique que l'on nous donne en exemple ?

Libre circulation, principes, effets pervers et pragmatisme

France Culture discutait de libre circulation, au sein de l'UE. Est-elle menacée ? Je n'avais jamais réfléchi au sujet. Je l'associais aux échanges d'étudiants et à l'accueil par les USA des victimes du nazisme. Mais j'ai toujours tort.

La libre circulation : une question de droits de l'homme ?
Derrière la libre circulation "moderne" se cache la main invisible de l'économie. En effet, la libre circulation fluidifie l'offre et la demande d'emplois. C'est peut-être cela qui est la raison numéro un de cette mesure. Pas du tout une question de droits de l'homme.

Mais, cela n'a-t-il pas des conséquences imprévues ? Un interviewé se félicitait de ce que cela avait permis aux Espagnols, en particulier, de trouver facilement du travail hors de chez eux. Mais, me suis-je demandé, cela ne tend-il pas à dégager la responsabilité des gouvernements en termes de chômage et de saine gestion de l'économie ? Une amie espagnole me disait que les Espagnols n'étaient guère heureux de devoir quitter leur pays, du fait du scandale spéculatif espagnol. (Ceux qui en ont été responsables on-ils été inquiétés ?) J'ai entendu la même chose au sujet de l'Irlande.

Autre effet pervers : les médecins roumains remplissent le "désert médical français", qui me semble lié à une limitation artificielle introduite par la profession. Les pays pauvres se font déposséder de compétences qui leur sont nécessaires. (Mais dans certains cas, il y aurait des effets positifs, disait l'émission. Je n'ai pas saisi l'argument, qui semblait compliqué.)

L'immigration : raisons et rites
L'émigration n'a apparemment pas que des raisons économiques. Mais l'émission n'a pas précisé lesquelles. Peut-être cela vient-il de ce que, pour certains, l'émigration est un rite culturel. En effet, contrairement à ce que prétendent les théories économiques, l'émigration emprunte des voies préalablement tracées. Par exemple, un pays va émigrer toujours vers le même pays. La circulation se fait généralement par étapes. Les nations hors UE émigrent vers les pays les plus accueillants (Portugal et Espagne), avant d'aller vers l'Angleterre, l'Allemagne et la France, les destinations préférées. Cela produit de curieux flux. Les Polonais sont partis, en masse, en Angleterre. Ils auraient été remplacés par des Ukrainiens...

De l'art de bien légiférer ?
Finalement, l'UE mettrait au point un système qui permettrait de maintenir le principe de libre circulation, en atténuant ses effets pervers : une sorte de système de réassurance des systèmes d'indemnisation du chômage locaux. Cela pourrait éviter des mouvements migratoires trop violents. Sans un peu de pragmatisme, les plus beaux principes se retournent contre leurs intentions ?