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dimanche 29 décembre 2019

Pourquoi l'élite est-elle haïe ?

"Elite" est devenu une insulte. Pourquoi ? Accusé, levez-vous.

"Un savant est une merde" est une formule de Proudhon qui a eu moins de succès que "la propriété, c'est le vol".
"Pourquoi Monsieur Guizot n'a-t-il pas osé dire que les capacités intellectuelles étaient les plus corruptibles, les plus corrompues et généralement les plus lâches, les plus perfides de toutes les capacités... un savant est une merde." (Trouvé dans Proudhon, l'enfant terrible du socialisme, d'Anne-Sophie Chambost.) 
Le débat est lancé.
  • "Elite" désigne l'intellectuel. S'il est accusé, c'est qu'il dirige le monde. Et qu'il le dirige dans son intérêt, contre celui de son prochain. 
  • En termes d'hypocrisie, il a dépassé Tartuffe. C'est un champion de la "contre-culture", un disciple des Bohèmes qu'étaient Baudelaire, Flaubert et leurs amis, alors qu'il est le plus grand profiteur du système. 
  • C'est pourquoi le mot élite a été détourné de son sens. L'élite justifie ses privilèges par sa supériorité génétique. Le peuple la lui renvoie à la figure en lui mettant le nez dans sa stupidité. C'est une satisfaction d'amour propre. Pour le reste, ce qui lui est reproché remonte à la nuit des temps.  
  • Albert Camus et Hannah Arendt l'accusent de nihilisme. C'est la graine du totalitarisme, l'arme de destruction définitive de l'humanité. L'intellectuel croit à des utopies et veut y faire entrer le monde. 
  • Platon, le saint père de la raison pure, aurait inventé l'enfer, selon Hannah Arendt. Avec Spinoza, Gramsci et beaucoup d'autres esprits d'élite, l'intellectuel croit que le peuple, qui est incapable de comprendre ses raisons, doit être manipulé par l'illusion, l'opium du peuple. L'intellectuel est le champion de l'influence, de "l'emprise". 
  • Il y a opposition entre le coeur (la foi), et la raison. C'est la parabole d'Adam. Adam est chassé du paradis, parce que la raison, et ses appas trompeurs, lui ont fait perdre la foi. Celui à qui le paradis est destiné est le "simple d'esprit", qui ne se fait pas mener en bateau par la raison. L'Américain de base, en d'autres mots. 
  • La raison, c'est la perfidie, la tromperie. Les USA sont construits sur ce principe. Ceux qui les ont fondés ont fui l'Europe et sa culture aristocratique, dont le raffinement est le masque du vice, comme la sauce celui du mets faisandé. (On retrouve ce thème dans beaucoup de films hollywoodiens.) La patrie de ce raffinement trompeur est la France, qui a envahi l'Angleterre et a perverti l'honnête Anglo-saxon. (Ivanhoe, de Walter Scott, représente l'affrontement des deux cultures, qui aboutit, dans cette oeuvre, à une fusion, représentée par les personnes d'ivanhoe et de Richard Coeur de Lion.)
  • Une partie de la philosophie (l'existentialisme) et la science disent la même chose : ce qui est essentiel est au delà de la raison. La raison n'est qu'un outil. 
  • Les neurosciences constatent qu'un homme qui ne serait que raison serait artificiel, il serait incapable de décider. Sans émotion, sans irrationnel, pas de jugement. 
  • La patrie de l'intellectuel, et du mal, c'est la France, donc. On l'oublie, parce que la France n'est plus rien, et que personne ne voudrait revendiquer un tel héritage, mais elle survit par ses idées, qui ont contaminé les intellectuels de tous les pays. Même Mao, en dépit de ses efforts pour rééduquer les intellectuels en les envoyant à la campagne, n'a pas réussi à extirper le mal français. 
  • Mais le mal vient certainement de plus loin, des Grecs, les inventeurs officiels de la raison. Le sophiste a suivi le chemin de "l'élite". Initialement, c'était un professeur de raison (voir J. de Romilly), mais il est devenu immédiatement "sophiste" au sens moderne du terme : manipulateur des esprits. 
  • A moins qu'il ne faille évoquer, du fait d'Adam, la Bible et ses écrivains, les Juifs ? Ce qui serait, déjà, une raison d'espérer. Car, s'ils ne sont pas encore revenus au paradis, contrairement aux précédents, ils sont parvenus à survivre. Peut-être ont-ils trouvé un antidote ?
    Que dirait la défense ? Que le miracle existe, et que l'intellectuel peut se racheter. Mais surtout que "ce qui ne tue pas renforce". L'intellectuel est une catastrophe naturelle parmi d'autres. Ce sont de telles catastrophes qui nous ont faits, nous humains. L'intellectuel est donc un bien. Un défi lancé à notre vice réel : la paresse intellectuelle.

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