lundi 31 octobre 2016

La méthode socratique

Socrate faisait découvrir à son interlocuteur qu'il avait, au fond de lui, la vérité. D'après les témoignages que l'on donne de sa technique, il paraît qu'il pouvait faire aboutir son interlocuteur à tout et son contraire.

On dirait aujourd'hui que la méthode socratique fait émerger notre "connaissance tacite". Cette connaissance n'a probablement rien d'une vérité divine. C'est plutôt ce que notre expérience nous a permis d'accumuler, inconsciemment. Certaines choses nous paraissent "évidentes", alors qu'elles sont incompréhensibles pour le reste du monde. Socrate nous permet de les exprimer et donc de les partager.

La technique de Socrate est utile. Mais comment éviter la manipulation ? Technique Clémenceau ? "La guerre est une affaire trop grave pour la confier à des militaires." Il s'agit de ramener l'univers que l'on ne connaît pas (statistiques ou art militaire) à ce que l'on connaît. Alors, on sait tester la cohérence du propos. Si vous découvrez que ce que Socrate vous dit conduit, dans votre monde, à une impossibilité, c'est que Socrate se trompe !

L'Amérique n'est pas la France

Nouvelle affaire des emails de Madame Clinton. Patatras. Coup de théâtre. On disait l'élection pliée. Tout est à refaire. Le Français est atterré. Lui qui croît à la vérité. Mais il n'en est pas de même aux USA. 

Probablement, la vérité n'existe pas, là-bas. Ce qui compte, c'est la capacité du champion à faire face à l'aléa. Tout lui est pardonné, viol, crime, parjure..., pour peu qu'il sache affronter l'adversité avec talent. Bill Clinton en a fait la démonstration. Ce qui a été fatal à Nixon, ce n'est pas le Watergate, mais sa gueule de triste sire. Et si le principe de la culture américaine, au sens de Montesquieu, était "l'optimisme", au sens du psychologue ?

Voilà. Dieu a lancé un nouveau défi à nos deux héros. Lequel d'entre-eux, va le mieux en tirer profit ?

Le fanal bleu

Colette, c'est la marquise de Sévigné du 20ème siècle ! Quelle facilité ! C'est une découverte. Je n'avais rien lu d'elle. 

Dans Le fanal bleu, elle raconte les petits événements de sa vie de vieille dame. Elle est clouée au lit, par une arthrite. Sur son lit est un écritoire et une lampe, le fanal bleu. Son horizon, c'est sa fenêtre. Mais elle n'est pas triste. Son existence est remplie de petits bonheurs. Surtout de celui que lui procure son extraordinaire talent d'écriture, je crois. Je ne sais pas si cela a une grande portée, mais c'est charmant, et d'une grande élégance de simplicité. C'est un peu d'anthropologie de son petit milieu, d'artistes célèbres.

Pourquoi ne parle-t-on pas de Colette aujourd'hui ? Pourtant elle a été, bien avant l'heure, une femme libérée, scandaleuse et comblée par la vie, et qui doit son indépendance à elle-seule. 

dimanche 30 octobre 2016

Chatbot

Chatbot, le mot qu'il faut prononcer pour avoir un rendez-vous, me disait-on. Le chatbot est un robot qui cause. Il paraît que c'est la mode du moment. C'est curieux. J'ai rencontré le chatbot à la fin des années 90. C'était à la mode déjà. Bulle Internet. Mais ça ne marchait pas. Puis en 2008. Cela ne marchait toujours pas. Puis maintenant. 

J'ai l'impression que ces modes sont financières. L'entreprise que j'ai rencontrée en 2000 puis en 2008, avait fait l'objet de deux levées de fonds. Elle est partie aux USA, où elle a été achetée. Et si les fonds avaient un sixième sens ? Celui de la mode spéculative. Ils n'investissent pas dans ce qui a une utilité, mais dans ce qui a le potentiel de susciter l'engouement du décideur ? C'est le système financier qui se nourrit de lui-même ? (Au détriment de la société réelle ?)

La faillite du marketing

Quelqu'un me disait, il y a quelques temps, qu'il avait écrit un Que-sais-je ? dont on lui avait assuré qu'il en tirerait une belle notoriété. En même temps il avait rédigé l'article de wikipedia sur sa spécialité, en faisait abondamment référence à ce qu'il avait écrit. Et il s'est arrangé pour que, lorsque l'on tape les mots qui le concernent sur Google, il sorte en premier. Et pourtant, en trois ans, cela ne lui a pas rapporté la moindre offre d'emploi. Que des demandes de service gratuit !

Et pourtant, je crois que cet homme a un savoir-faire, rare, qui manque aux entreprises. (Et, en plus, il faut du talent pour maîtriser aussi bien les systèmes de référencement Internet. Je n'aurais pas pensé que c'était possible.) Méfions-nous des idées reçues, revenons-en aux fondamentaux ?

samedi 29 octobre 2016

Le changement oui, l'amélioration, non ?

Dans la Bible, le serpent parle d'amélioration. Ne serait-il pas une amélioration de "connaître" ? Seulement, celui qui "connaît" ne peut pas rester au paradis. Il y a injonction paradoxale. 

Si l'on veut la connaissance et le paradis, il faut "changer". Cela demande de considérer ces deux concepts et de se demander ce qu'il y a, au dessous, de plus fondamental. Qu'est-ce que le paradis, qu'est-ce que la connaissance ? Et si le paradis n'était pas l'état, béat, du légume ? Et si la connaissance était tout sauf recherche de la certitude ? Et si le bonheur se trouvait dans une quête, inquiète, permanente et sans but ? Et si l'on "n'était" pas, mais l'on devenait ? 

Le problème de notre temps est la confusion entre amélioration et changement. Le serpent flatte nos faiblesses. Il nous monte contre notre famille, notre culture, et même notre santé. Seulement, nous ne sommes rien sans elles. Notre identité c'est elles. Que faire ? Utiliser le serpent. Ou changer pour ne pas changer. Voilà pourquoi le nationaliste crève. Il ne peut rien contre celui qui comprend le serpent.  La définition initiale de paradis semble être "jardin clos" (oasis ?). Elle n'était pas durable. 

(Mécanisme "dialectique", dit le philosophe.)

Assurance vie et justice sociale

Un ami s'est penché sur la question des assurances vies. On cotise généralement à une assurance vie pour recevoir une retraite complémentaire. Ce qui est utile au nombre grandissant de gens qui sortent, pas toujours volontairement, du salariat. Le gouvernement aurait fait passer une loi selon laquelle il peut suspendre le paiement de retraites. En effet, les assurances vies seraient fragiles. (Il aurait lu cela dans le Canard Enchaîné.)

Donc, vous cotisez pour quelque-chose qui ne vous rapportera peut-être rien ! Mieux. D'après ce que j'ai compris, pour recevoir une retraite de l'ordre de 1000€/mois il faut 5 ou 600.000€ de capital. Ce qui permet de mettre un prix sur une retraite. Imaginons que vous soyez un fonctionnaire (retraite assurée) un peu élevé, qui peut compter sur une retraite de 5000€ par mois. C'est l'équivalent d'un capital de 2,5 à 3m€. (Même raisonnement pour un couple.) Toujours mieux : l'homme des 600.000€ a de bonnes chances de payer l'ISF, pendant des années, pour quelque-chose qui ne lui servira à rien, mais pas celui des 3m, dont le capital est garanti par l'Etat ! 

Exemple parmi d'autres de mesures qui n'ont pas l'effet escompté ? 0) Le grand fauve du capitalisme a les moyens d'échapper à tout ; 1) reste le petit porteur de capital, il est désigné à la vindicte populaire ; 2) lui même se retourne contre le fonctionnaire, qu'il considère comme un profiteur. Et si vouloir la "justice sociale" conduisait à la guerre civile ?  

vendredi 28 octobre 2016

Anne Pingeot

Anne Pingeot a publié la correspondance échangée avec François Mitterrand. J'ai entendu quelques-uns des propos qu'elle a tenus à France Culture, la semaine dernière. 

J'ai appris (entre autres choses) qu'elle descend par sa mère de polytechniciens ascendant un maréchal de 14 (Emile Fayolle), et par son père de centraliens ascendant Michelin (dont un grand père, inventeur du briquet). Elle a rencontré François Mitterrand, lorsqu'elle avait 14 ans. Il jouait au golf avec son père. Ils se sont reconnus dans leur souffrance partagée. L'existence dans un milieu de bourgeoisie provinciale est un martyre. 

Effectivement, la famille de François Mitterrand n'a pas grand chose à envier à celle d'Anne Pingeot, d'après wikipedia. Elle aussi est pleine de polytechniciens. Son frère ainé l'était, un frère cadet a été général d'armée, un autre maire, une sœur a été mariée à un marquis... Son père, ingénieur des chemins de fer, dirigeait une entreprise familiale. 

Prémisses de 68 ? Tentation de vouloir jouir de ce que peut immédiatement apporter sa position sociale sans en assumer les obligations ?

Hyacinthe Dubreuil, libérateur de l'entreprise

"L'entreprise libérée" est une des idées majeures qui soit apparue ces dernières années. On découvre qu'elle a eu un précurseur. Hyacinthe Dubreuil.

C'est un homme au parcours hors du commun : ouvrier, syndicaliste, employé de Ford aux USA, il devient, finalement, un théoricien du management de haut vol. Une partie de ses travaux a été réalisée avec un polytechnicien, le colonel Rimailho. Lui aussi a une carrière surprenante. Elle va de la mise au point du canon sans recul, avant 14, aux machines Bull, en passant par l'invention de ce que les Anglo-saxons ont appelé, des décennies plus tard, "activity based costing", et le conseil en organisation. Les idées que nous croyions neuves sont quasiment centenaires ! Et, en plus, elles ont été appliquées.

Nous possédons un des très grands théoriciens du management, qui le connaît ?

L'ESCP organise une conférence en l'honneur de Hyacinthe Dubreuil. On y verra Isaac Getz, promoteur de l'entreprise libérée, Alain d'Iribarne, éminent sociologue, Jean-Pierre Schmitt, spécialiste de l'organisation et de Dubreuil, et des dirigeants d'entreprises "libérées" (car ce n'est pas que de la théorie), entre autres. (Participants, ci-dessous.) 24 novembre 2016, 14h, sur le campus parisien de l'ESCP.

Inscription ici : http://registration.i-escpeurope.eu/content/hommagehdubreuil. C'est gratuit. Voici le programme :



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jeudi 27 octobre 2016

La transformation digitale : faire de nous des numéros

Je lisais quelque part que quelqu'un, qui était présenté comme une gloire intellectuelle de notre temps, estimait que puisque l'on avait des données, tout était fini. Désormais, nos problèmes allaient se résoudre par un brassage de données et un calcul de la seule bonne décision. 

L'argument est vieux. Les scientifiques de l'ère moderne ont cru que la science résoudrait les problèmes humains ; les débats d'idées seraient remplacés par la résolution d'équations. Depuis, les incultes de la Silicon Valley ont pris la place des philosophes des Lumières, et le "digital" celui de la science. On n'a que ce que l'on mérite ?

La transformation digitale porte bien son nom. Il s'agit de transformer l'homme, et la nature, en chiffres. Même le totalitarisme est victime du chiffre ! Il devient d'une stupidité abyssale.