mardi 9 août 2022

Que sais-je ?

"Je voudrais que chacun écrivit ce qu'il sait, et autant qu'il en sait" (Montaigne) 

Cela devrait être la devise du consultant, mais aussi du médecin et du journaliste. 

On vit à une curieuse époque : tout le monde affirme tout savoir, sur tout. Du coup, on ne croit plus personne. 

Or, nous avons tous une expérience, et elle peut être, extrêmement, utile à ceux qui ne l'ont pas. Encore faut-il trouver en quoi elle consiste. Ce qui demande, auparavant, de se convaincre qu'on peut affirmer son ignorance, sans perdre la face. 

lundi 8 août 2022

Qu'est-ce que la politique ?

Politique ? Au sens grec, et probablement éternel du terme, c'est s'occuper du bien commun : la société. C'est le syndicat des copropriétaires. 

Comment, lorsque l'on a une famille et un travail, disposer du temps nécessaire pour comprendre ce qui se passe dans le monde ? Comment prendre, dans ces conditions, de bonnes décisions ? La question n'est pas complexe, mais compliquée. 

Les Grecs pensaient que, pour cela, il fallait un temps complet, et donc la richesse qui permet l'oisiveté. 

D'où le rôle du personnel politique. Il est payé pour comprendre ce qui se passe, et nous expliquer les choix qui se présentent, et leurs conséquences possibles. 

Seulement, comme souvent dans le changement, il n'y a pas qu'une possibilité. Et celle que la société choisit est "innovante" au sens de Robert Merton, c'est de la "triche". D'abord, le politique ne pense pas, il s'agite, il fait "l'important". Quant aux choix à faire, il ne se préoccupe pas d'en évaluer les conséquences. Au contraire, il tend à les masquer, de façon à faciliter le "changement". Et quand cela tourne mal, il met en cause nos décisions : vous l'avez voulu !

Solution ? "Big society" de David Cameron ? Que le citoyen s'intéresse un peu plus à la gestion de sa copropriété. Et qu'il tienne la bride un peu plus serrée à son syndic de copropriété. Il a maintenant la formation pour cela, et, peut-être le temps : ne lui a-t-on pas donné "les 35 heures" ? 

Google joue aux échecs

Je voyais l'autre jour une image de cimetière. C'était celui des projets avortés de Google. Les erreurs de Google sont une sorte de marronnier. Regardez comme c'est bien de rater ! nous dit-on. 

L'enseignement français refuse l'échec. Alors, nous nous vengeons en disant que l'échec est bien ?

Seulement ce n'est pas ce que l'on observe. L'échec est propre à l'apprentissage. Si on sait l'interpréter, il mène au succès. Si Google peut nous servir d'exemple, c'est du méfait d'avoir trop d'argent. On le gaspille en échecs, sans rien en retirer ! L'échec, ce n'est pas le cimetière ! 

dimanche 7 août 2022

Elite ?

N.Dufourcq porte les errements de notre politique industrielle au compte d'une "élite" coupée des réalités et facilement influençable. 

Pourquoi parle-t-on autant "d'élite" ? Pourquoi est-ce devenu un terme de dérision ? 

Probablement parce que le pouvoir est désormais entre les mains d'une caste : quasiment tous les postes importants sont tenus par des inspecteurs des finances. Or, il doit en être diplômé à peu près une dizaine par an... 

En outre, ces gens viennent de milieux sociaux très particuliers (Jacques Attali parle de la "France des 200 maternelles"), et font l'objet, par l'Education nationale, d'une homogénéisation violente : ils sont soumis, pendant des années, aux mêmes concours, et au même parcours. 

Cette situation est exceptionnelle, et peut-être unique au monde. 

Paradoxalement, c'est une élite qui ne correspond pas à nos normes culturelles. L'ENA est généralement une "école de la seconde chance". 

Or, cette élite, peu légitime et qui pense peu, a les caractéristiques que The Economist, et probablement tout étranger, attribue à la France : l'arrogance. 

(Mais attention, à ne pas tirer de cette analyse qu'il faut lui couper la tête ! Tout au contraire. Mais c'est une autre histoire.) 

L'école de Montaigne

J'imagine que l'on parle toujours de Montaigne, à l'école. En revanche Montaigne n'aurait pas aimé notre école. 

Il aurait dit qu'elle n'avait pas compris sa mission. Elle nous bourre le crâne. Alors que, au contraire, elle devrait "former le jugement". 

"On nous a tellement assujettis aux longes, que nous n'avons plus de libre allure." 

Quant à la superbe de l'enseignant ? "Il n'y a que les sots qui soient sûrs et résolus (déterminés)." D'ailleurs ne faut-il pas l'être pour croire avoir résolu "la plus grande et la plus importante difficulté de la science humaine (c'est-à-dire) la façon d'éduquer les enfants" ?

Qu'aurait-on dû attendre de lui ? "savoir descendre au niveau des allure puériles du disciple et les guider et l'effet d'une âme élevée, et bien forte." 

"La fermeté, la bonne foi, la sincérité sont la vraie philosophie (...) les autres sciences, qui ont d'autres visées, ne sont que du fard." "La plus grande partie des sciences qui sont en notre usage, sont hors de notre usage."

"Pour cet apprentissage, tout ce qui se présente à nos yeux sert de livre suffisant." "La fréquentation des hommes est extrêmement favorable, ainsi que la visite des pays étrangers." "On l'instruira d'avoir les yeux partout." 

"Avouer la faute qu'il découvrira dans son propre raisonnement, encore qu'elle ne soit aperçue que par lui, est un acte effectif de jugement et de sincérité, qui sont les principales qualités qu'il cherche." 

"Le vrai miroir de nos pensées est le cours de notre vie." 

samedi 6 août 2022

Iouri Andropov

Iouri Andropov n'est pas qui je pensais. 

A l'occasion d'une nuit des espions de France Culture, une émission d'Alexandre Adler a été rediffusée. Elle parlait, en partie, de Iouri Andropov. J'en avais un souvenir inquiétant : un patron du KGB prenant la tête de l'URSS, et mort prématurément. 

En fait, il aurait été le précurseur de la Glasnost. Un modéré intelligent. Il aurait pensé que la seule façon de sauver l'URSS, qui allait mal dans les années 70, et présentait les symptômes de pourrissement avancé, qui ont ressurgi dans les années 90, était une dose de pragmatisme (de "sociale démocratie" ?). Pour cela, il a dû contrer une courant concurrent, qui aspirait au Stalinisme et à un rapprochement avec la Chine. Il est parvenu à éviter une intervention soviétique en Pologne, que tramait ce camp. Ce serait ce dernier qui aurait commandité une tentative d'assassinat du pape, polonais, car celui-ci menaçait, en cas d'invasion, de mourir en martyr pour son pays... Mais, aussi, il a fait une efficace guerre à la corruption.

M.Poutine, l'anti Andropov ? Une carrière médiocre, un intellect limité, un passé d'oligarque, et, finalement, la guerre ? 

Méfiez-vous de ce que je vous dis

"Mes opinions, je les donne pour ce que je crois, non pour ce qui est à croire" (Montaigne)

A l'heure de la parole d'autorité, et de la cancel culture, voici une pensée bien venue ?

Où sont les certitudes de mon enfance ? La science triomphante qui aurait bientôt révélé tous les secrets de la nature ? Le progrès qui nous préparait des lendemains glorieux ?... De quoi est-on réellement sûr ? 

Mais aussi, croire dire "la vérité" est une insulte à son interlocuteur : c'est lui refuser le droit de penser par lui-même. 

vendredi 5 août 2022

Le virus de Knock

M.Biden a le covid, mais aucun symptôme, lisais-je l'autre jour. 

Cela m'a fait penser au "Tout homme bien portant est un malade qui s'ignore" de Knock.  

Knock était prescient ? La médecine business s'est emparée de la société et nous a asservis ? N'est-ce pas déjà le cas des personnes âgées ?

Prédiction auto réalisatrice ? Un ami me disait que sa jeune fille avait eu je ne sais quelle maladie, qui avait requis une intervention d'urgence, et qui était due à l'isolement : son système immunitaire ne s'était pas préparé à l'agression qu'il a subi lorsqu'il est sorti de confinement. Il paraît que le phénomène est courant. D'ailleurs, la BBC parlait d'un autre mal, du même type, qui aurait tué plus de deux cents enfants anglais. 

Apparemment, l'école serait un échange incessant de virus entre enfants. On y construirait au moins autant des systèmes immunitaires que du savoir ? Peut-être est-ce aussi le cas de la société ? 

Et si l'état naturel de l'homme bien portant était d'être malade ? Et s'il ne pouvait l'être qu'en société ? 

France : qu'est-ce qui cloche ?

Qu'est-ce qui cloche entre Monsieur Macron et la nation ? Eternelle question de ce blog. 

L'hypothèse de Tocqueville, et de l'Ancien régime :

  • Notre élite passe des études à l'Olympe gouvernementale. Comme celle d'Ancien régime, elle ne connaît pas la réalité. Elle ne vit que d'abstractions simplistes. 
  • Elle est convaincue d'être une élite, donc de nous apporter des idées que nous n'avons pas. Mais où les trouver ? Dans les modes qui parcourent la planète, et qui l'émerveillent. (Mais la stratégie, ce n'est pas imiter les autres !)
Application ? L'élite actuelle semble croire que :
  • Le salut de la nation viendra, comme ailleurs, de la "start up" (désormais "industrielle"), et d'un type d'entrepreneur, jeune, dynamique, qui parle bien, et qui lui ressemble. 
  • Le Français qui n'a pas compris cela est obsolète. Ce jugement s'applique non seulement à la masse des citoyens, mais aussi à celle des entrepreneurs. 
Explication du malaise actuel ? 
  • L'élite doit son pouvoir à l'électeur : vouloir l'éliminer, pour cause d'obsolescence, est suicidaire ! 
  • Elle dit défendre l'économie et les entrepreneurs, or les nôtres ne sont pas à son goût ! 
  • Elle n'a pas calculé les conséquences de ses idées : dans le meilleur des cas, la France, impécunieuse, n'a pas les moyens de financer le développement d'un monde de start up. Et de, très, très, loin.
Que faire, alors ?
  • "C'est le fonds qui manque le moins" : nos entreprises traditionnelles recèlent des richesses immenses, et qui, elles, coûtent peu à révéler. (Elles ont accumulé un savoir-faire considérable, alors que le startupper n'a dans la tête que le vent de ses études.)
  • La leçon allemande ou suisse est que c'est le "milieu" qui révèle ces richesses, et transforme l'entrepreneur : la communauté locale, et son système de financement propre, prend en main l'entrepreneur et l'amène à donner son meilleur. 
  • Or, comme le dit N.Dufourcq, en France les réformes gouvernementales ont dissous ces écosystèmes locaux... 
Serait-ce par là qu'il faut prendre le changement ?

(Tocqueville : “le gouvernement était déjà passé du rôle de souverain au rôle de tuteur” “tous pensent qu’il convient de substituer des règles simples et élémentaires, puisées dans la raison et dans la loi naturelle, aux coutumes compliquées et traditionnelles qui régissent la société de leur temps” “dans l’éloignement presque infini où ils vivaient de la pratique, aucune expérience ne venait tempérer les ardeurs de leur naturel”.)

Changement et boussole


Il s'est produit un changement étonnant depuis que j'ai écrit mon premier livre, il y a 20 ans : une génération spontanée d'experts du changement. Désormais, on sort de l'Education nationale diplômé en conduite du changement. 

Le changement est partout, pourtant rien ne change. 

Comment expliquer, alors, avec tout ce savoir-faire, le conflit qui mine le pays, l'échec des réformes gouvernementales, et l'état de notre économie ? 

Je constate le manque de "boussole" dans le changement. Une boussole a deux intérêts :

  • Elle demande un cap. Ce cap doit être un "changement de rupture" (par opposition à "incrémental"), ce que l'on appelle aussi un "stretch goal" ou un "changement de modèle économique". Autrement dit le changement doit être un changement : l'organisation ne doit plus être la même avant qu'après. Quand on observe de près nos changements, ils n'en sont pas. On installe tel ou tel logiciel, par exemple, mais, simplement, en espérant qu'il transformera l'entreprise. Non : la fin justifie les moyens, et pas le contraire. 
  • Ensuite la boussole guide. L'humanité semble incapable d'envisager le long terme, elle est dans l'instant présent. A chaque fois qu'elle rencontre une difficulté, elle cherche à l'escamoter. Le changement dévie de son cours, et le statu quo revient au galop. Homéostasie. La boussole rappelle le cap, et pourquoi on l'a choisi, et comment on compte l'atteindre. Et alors, miracle, le problème devient simple à résoudre. 
(Légende de l'illustration : "By Jacek Halicki - Own work, CC BY-SA 4.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=48106443)