mercredi 8 décembre 2021

Paul Valery et le déclin de l'Occident

Curieux qu'en ces temps de remise en cause, on ne parle pas de Paul Valery. 

Une de ses thèses était que l'Occident avait donné au monde le bâton pour se faire battre. En effet, il était à l'origine d'inventions extraordinaires. Les autres cultures étaient incapables de le rattraper. Or, ces inventions, il les leur avait données. Si bien que, du fait du déséquilibre démographique, il ne serait bientôt plus rien. 

Voilà qui n'est pas un raisonnement d'économiste. L'économiste dit : plus il y a de monde qui produit, plus chacun s'enrichit. J'ai donc intérêt à donner mes inventions. Bien entendu, dans le monde de l'économiste, il ne peut pas exister de personnes ou de nations mal intentionnées. Il n'y a, d'ailleurs, pas de nation tout court. 

Cela pose, tout de même, la question des raisons du comportement de l'Occident. Deux explications possibles :

  • Le savoir-faire aéronautique de la France remonte à la nuit des temps. La France a été le pionnier du domaine. Un temps, on mourrait même pour le progrès. Son industrie actuelle est le fruit de subventions massives. Tout cela ne compte pas pour le salarié qui dirige Airbus. Son intérêt, en quelque sorte, est de brûler le Van Gogh pour se chauffer. 
  • L'Occident, du moins ses classes dirigeantes, est en proie à un étrange phénomène de haine de soi. C'est mystérieux. Mais les intellectuels (cf. Les Bohèmes, les Surréalistes, la contre-culture moderne), qui forment l'élite occidentale, sont particulièrement touchés. 
L'auto destruction de la société serait-elle une pathologie d'une société excessivement individualiste ? 

mardi 7 décembre 2021

Le surhomme et la loi d'Internet

Notre société est totalement numérique. La cyber criminalité devient donc une menace mortelle. Qui vise-t-elle ? Le faible ! (Article.)

Autrement dit, vous et moi. Car, que pesons-nous, nous les amateurs d'Internet, face à un spécialiste ? Ou à une organisation criminelle ? 

D'ailleurs, que pensent de nous ces génies du numérique ? 

Dans Les caves du Vatican, André Gide imagine le caprice d'un être parfait, qui précipite d'un train un voyageur ridicule. L'esprit d'Internet ? 

Villette de Charlotte Brontë

Villette, édition 1952 de l'université d'Oxford, de Charlotte Brontë. Hasard du rangement.

Au dix-neuvième siècle, lorsque l'on était pauvre, on ne pouvait pas se marier. Mariage, qui était la grande affaire de la vie. Une jeune femme, pauvre, décide de partir à l'étranger chercher fortune. Car il semble y avoir de la place pour les services de gouvernantes étrangères. Elle arrive dans le pays de Labassecour, avec son port de Boue-Marine, sa ville de Bouquin-Moisi, son fils ainé de monarque répondant au nom de duc de Dindonneaux, et sa capitale, Villette. (Il s'agit, je soupçonne, de la Belgique.) On y parle français. Elle se fait embaucher par une école pour jeunes filles, l'enseignement étant une des industries de la ville. Elle y rencontre, par un hasard qui fait étonnamment bien les choses, des proches, fortunés, dont elle avait perdu la trace depuis dix ans.

Livre construit un peu curieusement, avec des histoires qui émergent et disparaissent brutalement, sans qu'il y ait un fil conducteur véritable. Plus biographie et anthropologie que roman. 

Notre pauvre coeur trouvera-t-il le bonheur ? En tout cas, ce livre est l'occasion de portraits tout en nuances, pleins d'humour. C'est aussi un livre de femme, qui dément les thèses des féministes modernes. Non la femme du dix neuvième siècle ne se sentait pas opprimée par l'homme. Le livre de femmes est un miroir de celui écrit par l'homme, d'ailleurs : on n'y voit que des femmes, elles tirent les ficelles de la société, et s'affrontent dans une lutte à mort ; les hommes y sont "le beau sexe", pas très futés, et essentiellement jugés sur leur apparence. 

C'est aussi un livre d'Anglais, très content des valeurs, saines, de sa nation, et très méfiant vis-à-vis des Papistes, et de leur doucereuse hypocrisie, ou de l'art quand il heurte le bon sens populaire. On y aperçoit le Français, mais de très loin : insupportablement arrogant. 

Pour le Français, une leçon de ce livre est que la Belgique est une France à visage humain. 

Cohabitation à la française

M.Macron a tous les pouvoirs, et, pourtant, il a un formidable contre-pouvoir : il n'est rien en termes de démocratie locale. Il n'a quasiment aucun maire, conseiller général ou régional, ou sénateur, dans son camp. Le peuple lui a imposé une cohabitation. 

Depuis de Gaulle, au moins, nos gouvernants fulminent. Ils pestent contre une cohabitation qui les empêche de gouverner. Alors ils font tout pour avoir tous les pouvoirs. Mais ça ne marche pas. Même au temps de De Gaulle, le peuple lui avait imposé un sénat opposé à ses vues ! Puis il y a eu la cohabitation gauche droite, puis droite gauche. De fort bonnes années, d'ailleurs. Mais, voilà que l'on a voulu y mettre un terme. Le mandat du président a maintenant la même durée que celui du député. Ce qui a produit une série de présidents omnipotents, dont la politique a suscité l'ire générale. Jusqu'à l'arrivée d'un M.Macron, Jupiter sans base. 

Ce qu'impose le peuple à son élite, ce sont les idées de Montesquieu. Il ne peut pas y avoir liberté sans division des pouvoirs. La démocratie est réalisée quand ces pouvoirs opposés s'entendent. 

(Définition de l'élite ? Des esprits qui se disent supérieurs, parce qu'ils ont lu Montesquieu, alors qu'ils ne l'ont pas compris ? Tandis que le peuple ne l'a pas lu, mais l'a compris ?)

lundi 6 décembre 2021

Lumière et changement

L'astrophysicien David Elbaz (reçu par Etienne Klein, chez France Culture) disait que l'évolution semblait avoir un sens, celui de la lumière... L'univers produit de plus en plus de lumière. En particulier, les être vivants sont, par kilo, considérablement plus émetteurs que le soleil. Car, plus un corps est "structuré", plus il est émetteur. 

Voilà qui est rassurant. Peut-être que nous ne sommes pas là par hasard, contrairement à ce que dit la théorie de Jay Gould.

Il est régulièrement question, dans les ouvrages qui portent sur le changement, et la vie, d'une sorte de travail difficile d'élaboration de la "complexité". Un jeu de combat et d'équipe entre principes opposés. Un peu façon Yin et Yang.

L'effet de serre illustrerait peut-être une des phases typiques de cette lutte éternelle, disait David Elbaz. La "serre" empêche l'émission de lumière. Le vivant doit donc adopter une nouvelle organisation, se réinventer, pour ne pas imploser. 

Les pensées de Pascal


La réputation de Pascal serait-elle surfaite ?

Les pensées sont des notes prises par Pascal, des réactions à la pensée d'autres auteurs, dans le but de composer une démonstration qui aurait convaincu, par la raison, les libertins de se convertir au catholicisme. Ce qui fait que c'est un livre qui n'a aucune originalité quant à son fond. D'ailleurs, ce n'est pas un livre. Les fragments n'avaient pas d'ordre, ce sont les différents éditeurs de l'oeuvre qui en ont choisi un (par éditeur). 

La partie qui me semble la plus intéressante correspond aux errements et à la vanité des prétentions de la raison. Cela vient de Montaigne. Ensuite, il y a une réponse aux attaques contre l'incohérence des textes religieux. C'est, carrément, de l'escroquerie intellectuelle. En effet, Pascal explique systématiquement que c'est parce que le texte est incohérent qu'il prouve la véracité de la religion ! D'où des raisonnements indignes d'un esprit scientifique. Puis il met à contribution les avancées de la science de son temps : de l'infini et des probabilités pour les nuls. Et finit dans des considérations d'apothicaire concernant les miracles et autres sujets hautement profonds. Pour un peu, on avait droit à un débat sur la température des flammes de l'enfer. 

Ce que démontre Pascal, c'est que le calcul est incompatible avec la foi véritable. 

Fin d'épidémie ?

Lorsque l'on a commencé à parler de la version "petit o" du coronavirus, on a entendu dire qu'elle semblait avoir des caractéristiques qui rendraient inefficaces les vaccins actuels, et qu'elle paraissait relativement bénigne. Elle ne tuerait pas. (Mais, elle a commencé en Afrique, qui a une population beaucoup plus jeune que la nôtre, et donc moins à risque, si le nouveau virus se comporte comme l'ancien.)

Intelligent virus ? Il nous propose une sorte de paix des braves ? On le laisse passer, et il ne nous tue plus ? 

Est-ce pour cette raison que les virus ont une telle part dans notre ADN ? Le virus, agent du changement génétique ? 

Pas très scientifique tout cela, mais c'est une belle histoire. En tout cas, cela a une conséquence pratique. Si c'est le cas, il n'est peut-être pas intelligent de concevoir un vaccin qui l'arrête. Car, qui sait ?, notre petit o pourrait laisser la place à une version pi bien plus méchante. Et si la nature obéissait à la loi du Talion ? 

dimanche 5 décembre 2021

Changement surréaliste

Les Surréalistes, si j'en crois Lagarde et Michard (billet précédent), ces purs intellectuels, en voulaient à la culture, et à la société. Ils pensaient que le génie était inconscient, que la société l'étouffait. D'où écriture automatique, drogues, etc.

Les romantiques pensaient de même, et les Bohèmes, et aussi la contre culture moderne de Bob Dylan. Le Bobo est un Surréaliste. Ce qui peut expliquer qu'il s'en soit pris à la culture occidentale, qu'il voyait comme une oppression.  

(Paradoxe : le poète, en se révoltant a détruit l'éducation, ce qui fait que, sans éducation, l'on ne comprend plus rien à la poésie, et que l'on ne peut plus en écrire.)

Un sujet pour M.Blanquer ? Les études font tellement de mal à ceux qui les réussissent qu'ils cherchent à éliminer la cause de leurs tourments ?

Lagarde et Michard


Rencontre avec un Lagarde et Michard du XXème siècle (édition de 1965). Travail colossal. Il synthétise les oeuvres de dizaines d'auteurs, en les illustrant par quelques textes marquants. Et il décrit, brièvement, l'évolution de la pensée française. 

Tout devient simple. En particulier j'ai compris pourquoi tel ou tel poète a marqué son époque. Cela ne tient pas, toujours, à la beauté de son style ou à l'intérêt qu'a pour nous les sujets qu'il a traités, mais à la nouveauté de ses idées, qui ont changé la littérature qui l'a suivi. 

Que nous avons de la chance d'avoir une telle culture ! ai-je pensé. Mais aussi : grand recul ! Que les interminables pages de wikipedia sont ridicules et inefficaces, en comparaison. D'ailleurs elles s'intéressent beaucoup plus aux potins qu'à l'oeuvre. Même nos philosophes modernes semblent avoir les idées moins claires sur Sartre et Camus, par exemple, que Lagarde et Michard, qui étaient leurs contemporains. (Camus n'est pas décrit comme un existentialiste, par exemple, ou défini par son opposition à Sartre, comme ayant raison ou tort, ainsi qu'on le fait aujourd'hui, mais comme le créateur d'un nouvel "humanisme".)

Le plus surprenant, peut-être, est leur attitude vis à vis des auteurs dont ils parlent. Elle est, pour reprendre le terme à la mode, formidablement "bienveillante". Il n'y a pas de "bons" et de "mauvais". Tous ont un parcours, généralement chaotique, qui a abouti à une oeuvre, et c'est cela qui compte. Tous contribuent à la culture française, à son rayonnement. 

Ce qui ne veut pas dire qu'il n'y ait pas de critique. Par exemple, il est dit de Sartre qu'il a du génie et de la générosité, mais que, lorsqu'il s'engage dans la politique, c'est "au détriment de l'élaboration esthétique". Ce que Lagarde et Michard n'acceptent pas, c'est la facilité, le relâchement. Pour Bertold Brecht, on lit : "idéologie sommaire" et "saine vigueur technique efficace". Ce qu'ils recherchent, c'est le talent. Une leçon ?

samedi 4 décembre 2021

James Bond a trouvé son maître, il est chinois

MI6, les services secrets anglais, appellent à l'aide. Ils ne sont pas de taille à lutter avec la Chine. Son effort de guerre technologique ridiculise les moyens anglais. (Nouvelles de la BBC d'il y a quelques jours.)

Il y a quelques années, on entendait parler de la "vieille Europe", et d'une Chine nouvel Eldorado, et nouveau paradis terrestre des forces du progrès. Sommes-nous gouvernés par des innocents ? 

Maintenant, tout est numérique. Les cyber criminels parviennent déjà à paralyser des entreprises. Demain une nation ? Face aux moyens considérables, et à la détermination, des Chinois et autres Russes, les innocents vont-ils reprendre leurs esprits ?