mercredi 22 septembre 2021

La bonne façon de réformer ?

Enquête sur le programme Territoires d'industrie. Son but est de favoriser la réindustrialisation du pays, en partant du terreau industriel local. 

Au lieu d'imposer d'en haut, comme il le fait d'ordinaire, le gouvernement laisse l'initiative à ce que le programme appelle un "binôme élu, industriel" de volontaires. 

Voilà qui change, effectivement, du jacobinisme :

  • L’Etat fait un diagnostic rigoureux et honnête. 
  • Il identifie un potentiel, et le moyen de l’exploiter. 
  • Il n’intervient pas directement, mais met à la disposition de volontaires, dont il a décrit les caractéristiques, la « boîte à outils » dont son analyse montre le besoin (y compris concernant ses propres services, dont il décrit les défauts avec objectivité), ainsi qu’un plan directeur pour guider un projet.
Et quand il y a volonté locale, ça marche, et pour relativement pas cher. 

Problème ? La volonté. Ce type de démarche repose sur l'initiative. Comment réformer le pays, dans son ensemble, dans ces conditions ? 

Par le "nudge". Le gouvernement semble jouer sur des réflexes conditionnés (tout cela s'inscrit dans des "contrats" avec l'Etat, c'est associé à des subventions...). Et ensuite, l'émulation : l'élu va au secours de la victoire. Il suffit de quelques réussites pour que tout le monde suive. 

Admirables Anglais

Pourquoi la France s'évertue-t-elle à intervenir chez ses anciennes colonies ? Nos intellectuels disent que le colonisateur est haïssable. Et, lien de cause à effet ?, il semble évident que nos ex colonisés trouvent le Français haïssable. Je me demande depuis toujours pourquoi nous ne sommes pas cohérents. 

Paradoxalement, les Anglais, alors qu'on pourrait penser que leur "diviser pour régner" a laissé le monde à feu et à sang, ont beaucoup mieux réussi leur coup. Leurs colonisés les admirent, rêvent de s'installer chez eux, et leur font former leurs élites. (Il faut dire qu'ils ont su conserver des universités dignes de ce nom.) 

Serait-il temps que le Français se regarde dans une glace ? 

Transition climatique : retour sur terre

Augmentation du prix de l'énergie. L'économie repart. Et, il n'y a pas de vent. Ce qui fait que l'Allemagne doit brûler du charbon. Et M.Poutine en profite pour jouer de son pouvoir de nuisance. Et l'Europe condamne les mines de charbon polonaises. Mais où les Polonais vont-ils trouver de l'énergie et des emplois ? Et comment les pauvres, partout en Europe, vont-ils parvenir à absorber les hausses de prix ? (France Culture, hier matin.)

Et voilà. Le changement ce n'est pas que des petites filles qui affrontent les grands de ce monde, ce n'est pas que des décrets, c'est aussi des réalités déplaisantes, sur lesquelles les grands n'ont aucun pouvoir. Si on veut les éviter, il faut un minimum de planification dans le changement... Avec la solidarité comme principe.

mardi 21 septembre 2021

Tous complotistes

L'incendie de Lubrizol par France Culture (Les pieds sur terre), l'autre jour. 

Une journaliste, dont la famille habite à Rouen, enquête. Elle annonce que le gouvernement a confié le dédommagement des victimes et l'étude des impacts de la pollution à Lubrizol, louche. Elle interviewe une association de riverains, qui mène une contre enquête. Elle visite le site avec une représentante de Lubrizol, qu'elle présente comme une employée modèle de la world company.

Imaginons que notre journaliste, ou sa famille, aient été employées par Lubrizol, auraient-elles trafiqué les données d'enquête ? Pensent-elles que leurs concitoyens sont moins honnêtes qu'eux, ou, qu'au contraire, aucun homme n'est honnête lorsque son intérêt est en jeu ? Mais, si c'est le cas, n'y a-t-il pas de multiples conflits d'intérêt dans cette enquête ? Et son contenu : preuves ou insinuations ? 

La théorie du complot expliquée ? Même l'immaculée France Culture ne peut résister à la tentation ?

Et aussi la raison d'être de la justice : juger à charge et à décharge ? (Et pourquoi c'est un travail difficile, et long ?)

Great India

Les Indiens jouent un rôle important en Angleterre, notamment en politique. La raison en est culturelle. Ils ont des compétences utiles à la société moderne que n'ont pas les natifs. On voit aussi leur émergente domination aux USA où beaucoup de multinationales sont dirigées par des Indiens. Contrairement aux Américains (et aux Français, d'ailleurs), les études scientifiques ne leur semblent pas honteuses. 

Ce qui me laisse penser qu'un jour un Indien pourrait être premier ministre anglais, sans, qu'au fond, cela ne gêne grand monde. L'Angleterre pourrait-elle devenir une réserve indienne ?

Metavers

L'avantage d'être vieux est de revoir renaître régulièrement les mêmes nouveautés. L'infâme GAFAM parle maintenant de Metavers. L'artificiel va coloniser le réel. Rien de neuf. (Article.)

Pourquoi de telles idées renaissent-elles ? Mêmes raisons que pour la voiture autonome : le GAFAM a des masses d'argent dont il ne sait rien faire. Seule idée : imposer l'idéologie qui sous-tend son modèle, par KO. Comme on le lisait à l'époque de la Nouvelle économie, au moment de la chute de l'URSS, il y a quelque-chose dans la culture américaine qui la pousse à vouloir dominer le monde ?

Combat désespéré ? "Réchauffement climatique : le secteur du numérique génère plus de gaz à effet de serre que l'aviation" lit-on, "En imaginant que les émissions du secteur du numérique restent stables d'ici 2050, elles représenteront 35,1 % des émissions globales d'ici là." 

lundi 20 septembre 2021

Changement et culture

Chaque culture a sa façon de conduire le changement, voici ce que j'ai observé (un exemple de "loi forte des petits nombres" !) :

  • La conduite du changement est généralement conçue comme une question de lien social. C'est jouer sur les forces souterraines, qui agissent sur un groupe humain. 
  • L'as de la conduite du changement, c'est le nord africain. Seulement, il lui manque le cap, la forme de rationalité occidentale. Quand il le trouve, il fait des miracles. C'est un plaisir de travailler avec lui. 
  • A l'autre extrémité, il y a le nordique. Lui ne comprend rien au changement. Strictement rien. Apparemment son comportement est totalement organisé par des règles quasi explicites. Le protestantisme certainement. Et cela explique probablement pourquoi autant de libéraux ou d'anarchistes sont protestants : ils n'ont pas besoin de société. Dans ces conditions, le changement se fait en concevant en groupe un plan d'action, qu'on suivra méthodiquement. Sans aucune capacité de changer de cap, si les événements changent. En revanche quand la machine est lancée, c'est un bonheur. Un de mes meilleurs souvenirs. 
  • La France est dans un entre-deux inconfortable. Il y a de la rationalité, et de la société. Malheureusement pas mélangées, y compris au sein d'un même individu. C'est probablement aussi vrai des pays latins. Mais mes rares expériences italiennes ou espagnoles étaient autrement plus agréables que les françaises.
  • Paradoxalement, les Anglo-saxons sont assez proches des Français. En plus nordiques, mais tout de même un peu sociaux, très pragmatiques, et plutôt agréables. 
  • A un moment, j'ai travaillé avec de Japonais. Le changement se faisait en deux temps. Un fourmillement, apparemment irrationnel, ou tout le monde avait le droit de dire n'importe quoi, et pendant lequel, par essai et erreur, le projet se formait, puis une phase planifiée, d'exécution parfaite. C'est peut-être comme cela qu'évolue une culture qui a une forte fibre collective. 
  • Le plus curieux est que le changement paraît un sujet de conversation universel. Tout le monde est plus ou moins frustré de ne pas parvenir à faire ce qu'il juge évidemment bon. 

Qui sont les perdants du changement ?

Il n'est pas juste de dire que la "classe moyenne" a souffert. Certains de ses membres se portent mieux que jamais. Par exemple certains retraités forment une nouvelle "leisure class". Il y a longtemps des études américaines disaient déjà qu'il était difficile de trouver un profil type des perdants du changement. Par exemple, un nombre significatif était dans les classes les plus éduquées, alors qu'elles sont supposées avoir le vent en poupe. 

Je me demande si la solution à ce paradoxe n'a pas quelque chose à voir avec le mot "mérite". Les dominants attribuent leur succès à leur "mérite". Nous vivrions en "méritocratie". Or, pour commencer, si le "mérite" semble toujours être associé aux mêmes formations, le moyen d'y accéder n'a plus rien à voir avec ce qu'il fut encore il y a trente ans. 

Et, surtout, et si les perdants étaient ceux qui avaient le réel "mérite" ? Chester Barnard explique que la colonne vertébrale d'une entreprise est faite de ceux qui poursuivent l'intérêt général. Il appelle ces gens des "exécutifs". Les autres suivent leur intérêt égoïste. "Exécutif" = méritant ?

Or, son insistance sur l'intérêt collectif n'est-elle pas un obstacle pour l'ambitieux ? Une raison de mise au chômage pour "résistance au changement" ?

(C'est ce qui semble être arrivé en Russie : ceux qui faisaient avancer le pays ont été les premières victimes de son virage libéral des années 90, qui a vu l'émergence des "oligarques".)


Jeunesse optimiste ?

Enquête sur la jeunesse. Ce n'est pas ce que j'entends à la radio (enquête de Challenge, commentée par Telos.)

  • Elle serait plus préoccupée par la fin de mois que la fin du monde (ce qui est normal : elle doit gagner sa vie)
  • Ses valeurs sont plus collectives (entraide...) et moins individualistes que celles des générations anciennes. 
  • Elle est plutôt optimiste. 
Jeunesse pragmatique ? Voilà qui augure bien de l'avenir ? 

(Et pose la question de savoir si les journalistes, qui ne nous donnent pas cette image de la jeunesse, ne projettent pas sur elle leurs fantasmes... de vieux blancs, individualistes et inquiets.)

dimanche 19 septembre 2021

Examen du gouvernement

Mise en examen de membres du gouvernement pour sa gestion de l'épidémie. J'ai entendu dire qu'il était question, notamment, d'abandon de poste. Un ministre aurait-il les mêmes devoirs qu'un capitaine de vaisseau ?

Qu'en penser ? 

Les Athéniens jugeaient leurs amiraux pour abandon de citoyens, même lorsqu'ils avaient gagné une bataille. L'élu est un élu, un représentant, il va avec son mandat de rendre des comptes. Cela ne sert pas à grand chose, probablement, à la personne concernée (surtout lorsqu'elle est exécutée, comme chez les Athéniens), mais c'est une leçon pour les autres. Y compris pour le citoyen : nous avons des devoirs que nous ignorons. 

C'est peut-être aussi un antidote contre la théorie du complot...