lundi 20 janvier 2020

On ne change pas une équipe qui perd

Il n'est généralement pas une bonne idée de changer une équipe qui perd :
  • En perdant, elle a appris. Elle sait ce que ne sait pas une nouvelle équipe. De toute manière sa fonction est beaucoup, infiniment, plus que ce qui a "perdu". Et cette fonction n'est pas facile à exercer. 
  • Ce n'est pas pour rien qu'elle est là. Les raisons qui l'ont fait choisir sont bonnes.
Qu'est-ce qui fait qu'elle perd ? Généralement une question de réglage. En fait, une erreur. Par exemple, elle a été recrutée pour faire ce qu'elle a fait durant sa formation (résoudre des problèmes), alors que, pour elle, sa formation a été une sélection, dont elle touche les dividendes. On a recruté un retraité, alors que l'on attendait une bête de course.

Bref, il est souvent plus facile de régler que de changer.

dimanche 19 janvier 2020

Qu'est-ce qu'une fake news ?

Le Monde réagit : ce n'est pas vrai que l'Australie aurait connu des incendies pires que ceux d'aujourd'hui. C'est une fake news. Certes. Mais pourquoi Le Monde réagit-il ? Parce qu'il est un "activiste de la cause climatique" et ce type de "fausse" information (oui, les feux ont été plus étendus, mais les dégâts comptent moins) nuit à sa cause ?

Lorsqu'on lit attentivement l'article, on voit, d'ailleurs, que "selon les experts" (lesquels ?) le réchauffement climatique ne "cause" pas, il "aggrave". Ce qui est extrêmement différent. D'autant que l'on peut se demander de "combien" il "aggrave". Beaucoup ou presque rien ? A ce sujet, j'ai aussi lu que les zones entretenues par les aborigènes n'avaient pas pris feu, et que l'on ferait bien de s'en inspirer...

Le climat est, réchauffement ou non, soumis à des sautes d'humeur. Je ne suis pas sûr que la certitude, surtout quant à une cause, soit le propre du scientifique. Cela amène à se demander : pourquoi parle-t-on autant de ces incendies ? Pourquoi ces photographies émouvantes de koalas et de kangourous ? Et si, pour notre bien, certaines personnes utilisaient des événements qui frappent les esprits pour nous convaincre de leurs thèses ? Et si c'était cela la cause des fake news, et des contre fake news ? Celui qui vit de fake news... ?

Et si, au lieu de jouer les activistes, Le Monde se préoccupait de rigueur intellectuelle ? Cela n'augmenterait-il pas ses ventes ?

(Hervé Kabla, rappelle que ce procédé est un rien criminel : parler exclusivement de réchauffement climatique fait oublier des gestes qui pourraient sauver des vies, et la nature.)

Facebook, le justicier

Plus prompt que l'éclair, Facebook m'envoie la note comminatoire suivante :
Diantre. Je me découvre grand criminel. J'enfreins les "Standards" avec un S majuscule, de la "communauté" (je croyais que Facebook était une société à but lucratif...). 

De quoi s'agit-il ? Dans une réponse à un commentaire, j'ai copié un lien vers un de mes billets. (J'ai ensuite publié le dit billet sur Facebook, sans encombre.) 

Ce n'est pas la première fois que cela m'arrive. Un commentaire innocent produit une condamnation sans appel. Le jugement de l'intelligence artificielle. 

A tort ou à raison, cela me fait croire que l'on vit dans un monde de justiciers. Mais, étrangement, le justicier ne s'en prend qu'au misérable. Dans le monde de surhommes de la Silicon Valley, la vie du peuple est gouvernée par des robots ?

samedi 18 janvier 2020

Enantiodromie et service publique

Une des idées de la systémique est que lorsque l'on ne tient pas compte de la complexité du monde, on obtient le contraire de ce que l'on veut. C'est l'énantiodromie. Cela semble être le problème actuel de la fonction publique :
  • Le serviteur est devenu souverain. Au lieu de remplir sa mission, le service public tend à adopter une stratégie de monopole. Ce qui est plus subtil qu'il n'y paraît. Notamment dans le cas de Radio France, qui voit sa mission non comme répondre aux attentes de ses auditeurs, mais leur enseigner ce qu'ils doivent penser. Le décalage est multiple. En effet, à l'époque où la radio était un réel service public, il existait une grande différence d'éducation entre ses animateurs et ses auditeurs. Les premiers étaient en droit de se croire des instituteurs. Alors qu'aujourd'hui, l'écart s'est inversé. 
  • Lutte des classes. Le plus surprenant est que la fonction publique a adopté un modèle de "lutte des classes", qui la fait aller de grève en grève. Non seulement cela ne correspond pas au modèle initial de la grève, du 19ème siècle, qui cherchait à équilibrer le rapport de force entre privilégiés et damnés de la terre, mais le propriétaire du service public, c'est le peuple, la démocratie, pas le "grand capital" de Georges Marchais, et ses membres sont, du fait de leur formation et de leurs prérogatives, dans une situation opposée à celle des mineurs d'hier. 

Baby boomers : la génération honteuse ?

Le paradoxe de notre temps : la génération d'après guerre est celle des parasites aux bons sentiments. Faut-il la condamner pour égoïsme et hypocrisie ? (Et destruction de la planète ?)

C'est l'histoire du jet de la première pierre. En effet, et nous, que laisserons-nous ? Car, eux nous ont laissés. Nous sommes leur cadeau à la planète, et, après tout nous ne sommes pas mal. Ils nous ont aussi laissé l'exemple de ce qu'il ne faut pas faire et leurs bons sentiments. A nous d'en profiter.

vendredi 17 janvier 2020

Le paradoxe de 68

Je me demande si une partie de notre histoire ne s'explique pas ainsi : l'Ancien régime a créé une culture d'un raffinement unique ; le rêve des révolutionnaires puis de la 3ème République a été de faire partager cette culture au peuple. Et cela par l'éducation.

68 a ruiné ce rêve en attaquant l'éducation. Il la voyait non comme un acquis inestimable, mais comme une contrainte. L'inculte voulait imposer sa culture.

Phénomène similaire à ce que subit l'entreprise familiale ? A la troisième génération, la famille propriétaire a oublié ce qu'était une entreprise, et la confond avec un Etat providence vis à vis duquel  on a des droits mais pas de devoirs ?

(Pour apprécier des escaliers roulants en marche, il faut les avoir connus arrêtés.)

La France, corporatiste par nature ?

Un curieux article disait que le mal de la France était le corporatisme. Le corporatisme nous montait tous les uns contre les autres. L'indice en était, comme les trois-cents fromages, les quarante-deux régimes de retraite.

Mais le corporatisme s'arrête-t-il là ? Tocqueville en fait déjà le mal du pays au temps de l'Ancien régime !
Il semble que le peuple français soit comme ces prétendus corps élémentaires dans lesquels la chimie moderne rencontre de nouvelles particules séparables à mesure qu’elle les regarde de plus près. Je n’ai pas trouvé moins de trente-six corps différents parmi les notables d’une petite ville. Ces différents corps, quoique fort menus, travaillent sans cesse à s’amincir encore ; ils vont tous les jours se purgeant des parties hétérogènes qu’ils peuvent contenir, afin de se réduire aux éléments simples. Il y en a que ce beau travail a réduits à trois ou quatre membres. Leur personnalité n’en est que plus vive et leur humeur plus querelleuse. Tous sont séparés les uns des autres par quelques petits privilèges, les moins honnêtes étant encore signes d’honneur. Entre eux, ce sont des luttes éternelles de préséance. L’intendant et les tribunaux sont étourdis du bruit de leurs querelles. « On vient enfin de décider que l’eau bénite sera donnée au présidial avant de l’être au corps de ville. Le parlement hésitait ; mais le roi a évoqué l’affaire en son conseil, et a décidé lui-même. Il était temps ; cette affaire faisait fermenter toute la ville. » Si l’on accorde à l’un des corps le pas sur l’autre dans l’assemblée générale des notables, celui-ci cesse d’y paraître ; il renonce aux affaires publiques plutôt que de voir, dit-il, sa dignité ravalée. Le corps des perruquiers de la ville de la Flèche décide « qu’il témoignera de cette manière la juste douleur que lui cause la préséance accordée aux boulangers. »
Et les corporations n'est-ce pas aussi une grande idée de Vichy - une période mal connue de notre histoire, mais qui a vu la naissance de la France moderne et de sa technocratie triomphante ? D'ailleurs, concernant la technocratie, il n'y a pas plus corporatistes que les "corps" de l'Etat. J'ai rencontré, il y a une vingtaine d'années, un homme qui avait voulu monter des clubs d'expatriés français à l'étranger. Il avait découvert que les membres des "corps" de polytechnique voulaient rester entre eux. Or, s'ils ne sont pas nombreux en France, ils le sont encore moins dans une ville étrangère...

Punition divine ? Comme dans l'histoire de la Tour de Babel, la nature a divisé notre peuple pour l'empêcher de conquérir les cieux ?

jeudi 16 janvier 2020

Dracula ou le jazz de la suceuse de sang

Annonce d'un spectacle pour enfants : Dracula version jazz.

On entend (France Musique) ses créateurs dire qu'au fond Dracula est un marginal, en conséquence de quoi il ne peut pas être fondamentalement mauvais. N'a-t-on pas été injuste à son endroit ?

Pour inviter à la remise en cause de nos idées reçues, Dracula est joué par une femme. (La femme a autant de droits que l'homme d'être un tortionnaire, et, en plus, elle a beaucoup de chemin à rattraper ?)

Spectacle pédagogique : fake Dracula pour les enfants ?

La crise de la démocratie

Pourquoi la démocratie est-elle en crise un peu partout ? Parce qu'elle est retombée sur son point faible : la légitimité de sa représentation. Voilà ce que l'on entend.

Depuis la Révolution, on se casse les dents sur le problème suivant : le peuple est souverain, comment déléguer sa souveraineté sans qu'elle se retourne contre lui ?

En économie, on appelle cela le "problème de l'agence". Je confie mon argent à quelqu'un pour qu'il en fasse quelque chose, comment puis-je m'assurer qu'il ne m'escroquera pas ?

Eh bien, s'il y a, régulièrement, du "dégagisme" dans l'histoire des démocraties, c'est que, justement, les "représentants" se transforment en "souverains". Le dégagisme, qui existe aussi bien en démocratie que dans l'entreprise est la façon, peu élégante certes, et pas très efficace, de faire régner la démocratie.

Comment souvent, il est probable que le problème soit mal posé. Une souveraineté ne peut pas se déléguer. La souveraineté est un "bien commun", elle doit être contrôlée et exercée par tous... C'est le véritable communisme.

mercredi 15 janvier 2020

Paul Verlaine

Je me suis mis à lire Verlaine. Observations :
  • Alors que Verlaine était le poète du peuple, il semble maintenant qu'il faille être un ultra intello pour le comprendre. 
  • L'apprécier est une question de culture, qui s'acquiert, et que je n'ai pas. Une hypothèse. 
  • Ce qui me frappe est ce qui rend son oeuvre différente de celle de Baudelaire. Baudelaire a des comptes à rendre avec la société, ce que je n'aime pas. Quant à ses poèmes, leur forme me semble beaucoup plus travaillée que celle des poèmes de Verlaine. Ces derniers sont légers, "aériens". Ils ressemblent, plus que ceux de Baudelaire, à ce que j'attends d'un poème. (Le poète est émerveillement devant l'incompréhensible, qu'il s'agisse du miracle de la beauté ou de l'apparente injustice du sort.)
  • J'entendais Paul Léautaud dire que Verlaine avait été un monstre. Comment un monstre peut-il produire une telle oeuvre ? A moins qu'il faille se noyer dans l'alcool pour parvenir à entrapercevoir le paradis ?