mercredi 31 mai 2017

Richard Ferrand

M.Ferrand a commis un crime. Il a fait travailler sa famille. Pistonner sa famille ou ses amis est un jeu national. Il est flagrant en ce qui concerne les stages. Le réseau relationnel joue à fond. Un cadre d'une grande entreprise dit qu'il ne cherche jamais de stagiaires : ils lui sont imposés par sa direction générale. Le dirigeant d'un département universitaire m'expliquait qu'il recrutait des élèves du 16ème, car leurs parents leur trouvaient des stages ; ce qui était bon pour les statistiques de l'établissement. Un homme que j'admire a occupé des postes très importants dans plusieurs très grandes entreprises. Curieusement, ses deux fils occupent des postes très importants dans ces mêmes entreprises. L'autre jour je disais un peu fort le nom d'un actionnaire de l'entreprise dans laquelle j'étais, lorsque je vois une tête se tourner : c'était son fils. Il m'est même arrivé qu'un conducteur de taxi me demande si je ne pouvais pas aider son enfant à sortir d'un lycée de banlieue. (Et je ne vous parle pas du jour où un taxi nous a pris, un collègue et moi, pour des députés...) Il suffit de regarder une affiche de théâtre ou de cinéma pour trouver des "enfants de". 

D'ailleurs, est-ce toujours un mal ? Si je travaille avec des amis, c'est parce que je les apprécie. D'ailleurs, j'ai même des relations professionnelles étroites avec des personnes avec qui j'ai eu des moments difficiles. Seulement, j'ai appris à les connaître. "My word is my bond", la confiance est fondamentale dans les affaires, et la vie. Or, celle-ci passe par une forme de népotisme. Car il est dur de juger les gens sur leur mine.

Mais, au fait, que dire de la presse ? Est-elle régie par une éthique sourcilleuse ? Par exemple, quid de sa relation au politique ou au gouvernement ? La vie privée du journaliste, en particulier, est-elle au dessus de tout soupçon ? Que signifie cette fureur de dénonciation ? Après l'affaire Fillon, la presse est-elle emportée par son élan ? Craint-elle quelque-chose du gouvernement ? Est-elle animée par un esprit nihiliste ?... à creuser. 

Intransigeance

Ce qui caractérise M.Macron, c'est l'intransigeance. Contrairement à ce qui se passait jusque là il semble insensible à la concession. Y compris au langage : il ne prend aucun soin de trouver une façon commerciale de présenter ce qu'il va faire. D'ailleurs, il ne semble pas tellement désireux d'en parler. Sa communication est non verbale ?

Pendant longtemps ce blog a eu l'impression que le jeu politique consistait à dire : il n'y a que deux partis, et l'autre est pire que moi. Ce qui produisait un cercle vicieux de médiocrité. La seule opposition réelle était le mouvement de foule. M.Macron semble avoir pris à contre ce système : je peux faire ce que je veux, il n'y a personne en face de moi ? Et, si je peux écraser la main de M.Trump, je n'ai pas peur d'une manifestation de la CGT ?

mardi 30 mai 2017

Brésil

Le président du Brésil est contesté. Le pays est en crise. Il semble victime de la malédiction de l'Amérique du sud. Il est pris dans une lutte des classes entre une gauche clientéliste et une droite exploiteuse. Le dénominateur commun du tout étant la corruption. Comment s'en tirer ? 

Le pays vit au gré des fluctuations du prix des matières premières. Il est incapable de faire des économies, en période faste, qui lui permettraient de subventionner, en période maigre, le développement d'entreprises non cycliques.

La Norvège a créé un fonds pour les périodes difficiles. C'est une solution simple et élégante à ce type de problèmes. Mais probablement pas compatible avec la culture du système politique brésilien.

(Il est aussi possible que c'ait été le principe de la dîme : l'Eglise prélevait un dixième des récoltes, qu'elle redistribuait en période de disette. Avec l'avantage de réduire l'offre dans les hauts, et de l'augmenter dans les bas. Avec effet inverse sur les prix.)

Stratégie électorale

Législatives. Je me renseigne sur les candidats qui se disputent mon suffrage. Surprise. Le candidat du mouvement présidentiel, Hugues Renson, est un ex proche de M.Chirac. Or, le député en place, M.Lamour, est un gaulliste. Pire : M.Debré, sans doute le meilleur ami de M.Chirac, appuie M.Renson, qu'il traite, lui aussi, "d'ami". 

Mon quartier a une autre particularité. C'est une sorte de village gaulois. Il résiste depuis longtemps au maire actuel de Paris, qui tente de s'y faire élire... La tactique de M.Macron semble partout la même. Il oppose au sortant quelqu'un de sa couleur, mais qui n'est pas contaminé par les pratiques politiciennes. Les aspirations de l'électorat, sans les désagréments de la politique ?

Si c'est le cas, c'est une manoeuvre brillante. 

lundi 29 mai 2017

Hacking

ENRON a été près d'une décennie synonyme du renouveau et du triomphe du modèle américain. Puis elle a fait une faillite frauduleuse. Un universitaire a expliqué alors que toute la culture d'ENRON reposait sur la subversion (identifiée à l'innovation). Quand on favorise la tricherie, il ne faut pas s'étonner qu'elle se retourne contre vous. 

A l'époque, on a traité ENRON de cas isolé. Or, si l'on y réfléchit bien, on nous encourage, depuis des années au "hacking". Or, le "hacking", c'est la fraude. Montesquieu a parlé "d'esprit des lois". Les sociétés sont bâties sur un principe. Que peut donner une société dont "l'esprit des lois" est la fraude ? Une société schizophrène ? 

Interprétation

Curieux François Mitterrand. Il était apparenté à la haute bourgeoisie charentaise, ce que la France fait peut-être de plus proche du capitalisme anglo-saxon (cf. Les destinées sentimentales de Jacques Chardonne). Or, il s'est converti au Marxisme, en 68. Pourquoi ? Parce qu'il pensait que le Marxisme était vendeur. Que la France en demandait. De même, et si l'image ridicule que nous avons à l'étranger venait de ce que nos politiques ont pensé que le Français réclamait de la "grandeur de la France", à la de Gaulle ?

Quant à M.Sarkozy, le film qui lui est consacré, semble dire qu'il a cru que nous partagions ses aspirations, "bling bling". M.Trump, pour sa part, a constaté, grâce à une émission de télé, qu'il y avait appétence pour le message "politiquement incorrect" qu'il véhiculait. 

Comme le disait M.Macron, M.Trump est un homme pragmatique. Quand il rencontre une résistance, il ne s'entête pas. En tout cas, ce qui manque encore, c'est ce que l'ouvrage de management appelle le "leader serviteur". C'est à dire, un dirigeant qui n'est pas aveuglé par des idées reçues, qui sait comprendre les aspirations (constructives et communes) de la nation, et s'en faire le champion. 

(Une réflexion qui s'applique à nous tous ? Soit nous plaquons sur les autres des idées préconçues, soit nous leur servons ce que nous pensons qu'ils veulent entendre, soit nous cherchons à les comprendre, dans toute leur complexité... "aime et fais ce que tu veux".)

dimanche 28 mai 2017

Président normal

Ce qui me frappe en lisant la presse internationale, c'est que M.Macron y paraît un président "normal". Depuis de Gaulle, au moins, la France était une sorte d'exception culturelle. Son président se comportait différemment de ses collègues. C'était une sorte d'extra terrestre. Très arrogant, quelque peu ridicule, accroché à des principes théoriques difficiles à comprendre, il les mettait mal à l'aise. Pour une fois, il semble que nous ayons un dirigeant qui partage les rites communs. 

(M.Sarkozy est peut-être le premier à avoir voulu entrer dans ce moule international. Mais, comme M.Berlusconi, du fait de ses excès, il paraît avoir été vu comme une caricature inquiétante.) 

Les oncles de Sicile

Quatre nouvelles de Leonardo Sciascia. La Sicile à quatre moments de son histoire. 

Où l'on voit que le romancier peut être le meilleur des anthropologues. Surtout s'il sait compter des histoires. Ici chaque événement est vu par les yeux d'un pauvre, instruit. Il donne la parole aux uns et aux autres, avec ce qui semble être une grande objectivité. Mais, à chaque fois, ce qui domine la nouvelle est le spectacle, fascinant, de l'hypocrisie dont les élites grandes ou petites font preuve dans ces moments là. 

samedi 27 mai 2017

France Info

France Culture traversant une période de deuil, j'écoute France Info. Il y a de la vie. 

Mais cela m'a fait redécouvrir un phénomène oublié. Le traitement par les médias de masse du drame sordide. Actuellement, c'est l'attentat de Manchester. Hier, il s'agissait d'un crime familial atroce. Il se passe alors quelque-chose de typique : on parle pour ne rien dire. Comme l'information va beaucoup plus vite que l'enquête, il faut meubler les temps morts. Donc on cherche de quoi parler. On interviewe les voisins, les victimes, l'homme qui a vu l'ours, on fait des enquêtes sur la taille de la salle de spectacle, sur tout et n'importe quoi pouvant avoir la moindre relation à l'événement. 

Quel peut-être la conséquence de cet acharnement médiatique ? Rendre concret l'événement, abstrait ? Nous communiquer une saine compassion ? C'est, au contraire, une forme de voyeurisme ? Cela fait du sujet, le terrorisme et la fracture sociale, une idée fixe, qui renforce le mal ?... 

Cela mériterait une étude. 

Ordre contre chaos ?

Coup d'oeil aux sondages. Il semblerait que j'ai vu juste : M.Mélenchon s'affirmerait comme l'opposant premier à M.Macron. Il est possible que nous ayons le choix entre trois options de gouvernement :
  • M.Macron, c'est l'ordre. Il propose un gouvernement fort, qui puisse réformer le pays rapidement. 
  • Les Républicains, les socialistes dans une moindre mesure, c'est le débat démocratique. Ils veulent une cohabitation. 
  • M.Mélenchon, c'est la lutte des classes. Il refuse tout en bloc.
D'après le sondage, l'opinion serait en faveur de la première option. Ce qui explique peut-être que les tenants de l'option deux se montrent modérés : ils s'affirment d'accord avec une grande partie du programme de M.Macron : faire jouer notre pouvoir de nuisance, non. Ce qui laisse une place à une opposition frontale. Celle de M.Mélenchon.

(Quant au FN, il semble avoir été victime de son leader.)