samedi 16 février 2013
Le siècle des utopies ?
vendredi 16 janvier 2009
Les marchés parient sur l'explosion de la zone euro
Un article de Jean Quatremer.
L’écart entre taux d’intérêt que paient les pays de la zone Euro pour leurs dettes a brutalement augmenté. Auparavant, le marché ne faisait pas de différence entre ses membres. Puisque dorénavant il en fait, c’est qu’il pense qu’ils vont se séparer.
The Economist (L’Euro, qu’en dire ?) avait noté le phénomène il y a quelques temps. C'était un bien : il force les pays les moins sérieux à plus de rigueur, pour ne pas sortir de la zone.
Mais ce renchérissement des taux, qui, comme souvent en régime capitaliste, est un cercle vicieux, est particulièrement pervers en période de crise : plus le pays s'endette pour redresser son économie, plus le marché doute de lui, lui fait payer chère sa dette et complique son redressement.
La zone Euro envisage de demander à ses membres de promettre la rigueur une fois la crise passée, et de créer des obligations européennes : chacun paierait ses emprunts au même prix.
J’en reviens à mes idées de Greed and Fear. Il me semble que contrairement à ce que pensent les Anglo-saxons, les marchés ne « veulent » pas le bien de l’humanité, mais ont été infiltrés par ce qu’elle a de plus abjecte. Ils essaient de s’enrichir par destruction du tissu social, en exploitant ses failles, ses alliés objectifs, qui sont nos tendances à l’individualisme, au chacun pour soi. Dans le cas de l’UE, ce pourrait être l’orgueil allemand, qui est las de devoir supporter tant de médiocres, ou, parallèlement, des parasites (le « free rider » de la théorie économique) qui exploiteraient le groupe à leur profit et le condamnerait à mort pour inefficacité.
La solution ? C’est la solidarité et un contrôle accru de la gestion des pays de la zone. Ce qui ne me tue pas, me rend plus fort, aurait dit Nietzsche. Mérite du marché ?
Si la zone résiste, il « s’intéressera » probablement à d’autres proies moins coriaces (À vendre, pays pauvre).
Compléments :
- Semble donner raison à Polanyi (POLANYI, Karl, The Great Transformation: The Political and Economic Origins of Our Time, Beacon Press 2001).
- Sur l’histoire de l’Europe, et les obsessions de quelques-unes de ses nations : L’Europe est-elle une communauté ?
- The logic of collective action : stratégies individualistes.
samedi 10 janvier 2009
Le triomphe des OGM
- Monsanto est l’idéal type de l’entreprise américaine, déterminée et concentrée sur son objectif, quasiment indestructible. Le titre de l’article dont j’ai tiré ce résumé « betting the farm » (ça passe ou ça casse) dit tout.
- Il me fait penser à la théorie de Polanyi. Notre histoire récente est celle de l’illusion du marché. Cette illusion détruit tout ce qu’elle touche, c’est pour cela que les pays riches veulent s’en protéger, en l’expédiant chez ceux qui ne peuvent le faire. C’est la même chose pour les OGM : les pays riches en ont peur et les ont vendus aux pauvres. Eux n’ont pas les moyens d’être inquiets. Le capitalisme a besoin de pauvres et se les fabrique ?
- Schonfeld, Erick, Betting the farm, Business 2.0, Septembre 2005. Les Américains ne semblent pas plus favorables que les Européens aux OGM, seulement ils ne savent pas qu’ils en consomment. C’est du moins ce que dit cet article, pro OGM.
- POLANYI, Karl, The Great Transformation: The Political and Economic Origins of Our Time, Beacon Press 2001.
dimanche 5 octobre 2008
À la découverte de la philosophie allemande
Il y a quelques années (Biographie orientée changement) j’ai écrit mon expérience pratique des transformations de l’entreprise. Et découvert que ce que je disais avait été dit avant moi. Pour commencer par la dynamique des systèmes de Jay Forrester (mon premier contact : travaux de Peter Senge). Poursuite avec des ouvrages fondateurs de sociologie, psychologie, ethnologie et économie. Bizarrement ce que j'avais entendu en MBA n'avait pas grand intérêt. Plus idéologique que scientifique ?
J’ai fini par voir une parenté entre les œuvres dans lesquelles mon expérience se reconnaissait. La plupart provenait des scientifiques d’Europe centrale du 19 et du début du 20ème siècle. Les Max Weber, Joseph Schumpeter, Kurt Lewin, Friedrich List, Norbert Elias, Karl Polanyi, parmi d’autres.
Leur particularité ? Avoir fait entrer la dimension sociale dans la science.
La science dominante est une science de l’individu, pas de la société. Une science qui reflète le tropisme anglo-saxon. La science de langue allemande me semble avoir été une réaction contre ce biais. Au fond, sa découverte a été la sociologie, la science de la société. Découverte qui s’est étendue aux autres disciplines scientifiques.
Tous ces travaux ont beaucoup en commun. Karl Marx, par exemple, a-t-il l’originalité qu’on lui prête aujourd’hui ? Ou partageait-il des idées communes ?
Progressivement, j’en suis arrivé à penser qu’Hegel et Kant n’étaient pas que des philosophes au sens où je l’entendais jusque-là. C'est-à-dire des discoureurs confus, détachés de la réalité. Mais, qu’au contraire, ils avaient joué un rôle capital dans la description de la découverte que faisait tout un peuple. Leur travail était aussi scientifique, aussi concret, que celui des chimistes, biologistes, physiciens et autres ethnologues.
Je pars de très loin. Je n’ai jamais étudié la philosophie. J’ai très tôt décidé qu’il s’agissait d’un outil de manipulation qu’utilisait ce qu’on appelait de mon temps le « gauchiste ». (Que j’aie réussi à passer le bac en dépit de mon ignorance montre qu’il était déjà fort bien engagé dans la chute qui a fait de lui ce qu’il est aujourd’hui. D’une certaine manière je dois en rendre grâce au dit « gauchiste ».) J’ai donc cherché des textes d’introduction.
J’ai vite compris que je ne les trouverais pas en Français. Même les Que sais-je ? se destinent aux initiés, à l’étroit cénacle des intellectuels. Ces textes sont d’autant plus difficiles à comprendre que leur style prétentieux m’exaspère. C’est probablement leur fonction.
Le monde anglo-saxon m’a sauvé. Contrairement à la France, l’Amérique ne fait pas de la connaissance un bien que l’on n’acquiert qu’après de terribles épreuves, et une perte de temps colossale, le moyen de sélection d’une élite. Elle en voit l’utilité intrinsèque, et elle cherche à la rendre la plus accessible possible.
Je ne suis pas très loin dans mes études. D’ailleurs je soupçonne que le temps nous a fait perdre une partie du sens de ces textes. Je crois qu’ils tentaient de rationaliser une expérience pratique. Ce discours théorique est difficile à comprendre sans le contexte qui l’a fait. Aujourd’hui on le rattache à des traditions qui ne lui étaient pas toujours liées.
Premier résultat : il me semble que ce qui me plaisait dans la pensée allemande vient de très loin, de très profond, du cœur de la culture allemande. Et je crois y reconnaître (biais ?) des questions que je me pose.
(à suivre)
mardi 2 septembre 2008
Voyage à Tokyo
Quand le Japon s'est éveillé...
Je connais mal l’histoire japonaise. Ce que j'en ai retenu :
En 1854 le commodore Perry et ses canonnières ouvrent à l'influence pacificatrice du commerce les portes d’un Japon replié sur lui-même. Il s’ensuit une modernisation du pays. Spectaculaire. Point d'étape : 1905, guerre avec la Russie. Elle est ridiculisée. La modernisation continue, ainsi que l’expansion coloniale. Guerre de 40. Défaite, reconstruction et développement explosif.
Aujourd’hui, le pays est riche, il fait peu de bruit, il est l’ami des puissants sans faire de tort aux autres, le meilleur élève de la classe. Je crois que le Japon s’est constitué en forteresse.
Ce qui m'intéresse dans cette histoire est comment le Japon a évité la dislocation qui aurait dû résulter de l’application de règles extérieures (les lois du marché occidentales) à son équilibre intérieur (« Tragedy of the commons » de Governing the commons). Il a fait un double mouvement.
- Attaque, refus de la domination étrangère.
- Absorption de son savoir en le transformant à la japonaise. Exemple : techniques de production américaines, dont le pays a fait un « reengineering », la raison de son succès industriel (Lean manufacturing).
En 2002, quand j'en suis arrivé aux dernière pages de mon premier livre, une synthèse de mon expérience de terrain, j'ai abouti à une conclusion totalement inattendue. J'avais réinventé les techniques japonaises. (Plutôt, adapté à notre culture.)
Le Changement en France : apprendre le Judo ?
Citation de mon dernier livre (transformer les organisations) :
Le comportement de l’homme peut être de deux types : « rationnel » (typique du Puritanisme), il tend à transformer le monde ; « ritualiste » (typique du Confucianisme), il accepte le monde tel qu’il est et cherche à s’y conformer au mieux. Tout deux sont présents simultanément, mais sont plus ou moins dominants. D’ailleurs, il semble y avoir un parallèle entre eux et l’organisation de notre cerveau : l’aspect ritualiste correspond au fonctionnement du cerveau « animal » ; l’aspect rationnel à celui du cerveau « supérieur ». Ainsi le Ritualisme est une sorte de reflexe du groupe, un mécanisme très efficace dont on ne comprend les résultats qu’avec difficulté. Par exemple : dans certaines traditions, les participants aux sacrifices d’animaux mangent les bêtes sacrifiées : une fonction latente du rite peut-être de réguler la consommation d’animaux ; de même les invitations entre amis, les échanges de cadeaux… renforcent la solidarité du groupe concerné. À l’opposé, la rationalité permet une décision rapide dès que le groupe « comprend » la situation à laquelle il est confronté. Ces deux comportements sont complémentaires : quand l’avenir est flou, l’inconscient collectif est aux commandes, mais dès que le monde devient compréhensible, être rationnel donne un avantage déterminant.J'en tire deux idées :
- La force de l’Occident a été d’avoir poussé très loin le rationalisme, la ligne droite. Mais il se heurte maintenant à la complexité du monde. « Passer en force » n’est plus possible. En quelque sorte, il doit apprendre le judo.
- La science qu’il a développée ne lui montre pas la seule bonne route, comme il le croyait, mais elle l’aide à prendre des décisions judicieuses lorsqu’il se trouve à une bifurcation. Ce que j’appelle « méthodologie ambulatoire » correspond à cela : transformer la science en une aide à la décision de l’homme. C’est ainsi que les Japonais ont transformé le management scientifique de Taylor, et les sciences du management.
En complément :
- Ozu avait raison. Alors que la famille japonaise formait une cellule unie, les générations sont maintenant séparées. Les personnes âgées ont découvert les maisons de retraite.
- Ma vision du Japon comme une forteresse m’a était inspirée par un article d’Eamonn Fingleton (Why the Sun is still rising, 2005, que l’on trouve à l’adresse : http://www.unsustainable.org/), un journaliste américain basé au Japon. Il a remarqué que le Japon contrôlait des « goulots d’étranglement » industriels, des technologies indispensables, des monopoles. Le fait que l’on ne s’en rende pas compte me fait croire qu’il a plus un comportement défensif qu’offensif.
- Les deux types de comportements viennent de WEBER, Max, Sociologie des religions, Gallimard, 2006.
- L’action des principes de l’économie de marché sur les sociétés : POLANYI, Karl, The Great Transformation: The Political and Economic Origins of Our Time, Beacon Press 2001. (Me semble dire la même chose que Governing the commons sous un autre angle de vue.)
- Sur le Lean Manufacturing : GM et Lean manufacturing. Un aperçu des techniques japonaises : BERANGER, Pierre, Les nouvelles règles de la production, Dunod, 1987.
- Un judoka d'entreprise français : Ronald Berger-Lefébure, Animateur du changement.