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jeudi 27 novembre 2014

Jean du Lac et l'universalité du changement

Jean du Lac est un spécialiste du redressement d’entreprises. Actuellement il mène une mission en Afrique. Il était de passage à Paris (où il avait attrapé un gros rhume). J’en ai profité pour lui demander si le changement différait d’un pays à l’autre. 


Il m’a répondu ce que disent les anthropologues. Le changement est une question d’hommes. Il est donc universel. Pour autant, chaque changement est unique ! Ce qui invite à l’humilité : on peut avoir réussi dix redressements, ce n’est pas pour autant que vous savez ce que vous réserve le onzième.

Quant à ses recettes, elles méritent d’être entendues… La plus fondamentale, à mon avis, est qu’il faut commencer un changement en rappelant à l’entreprise à quoi elle sert, qu'elle a une raison d'être ! Voilà qui crée la motivation. Ensuite, il faut communiquer, communiquer, communiquer, et aussi écouter… Une fois que le dialogue est établi, les solutions vont venir toutes seules ! De la base. Les gens ont les idées qu’il faut pour que ça marche. Une technique pour faciliter la transformation : trouver deux ou trois « pivots ».

Mais il n’y a pas que cela. Il y a aussi le commanditaire de la mission. « Il faut une totale liberté d’action » dit Jean du Lac. Impossible sans confiance. Comment l’établir ? En étant clair au début. Et surtout, une fois de plus, en communicant. C’est ainsi que l’on peut voir si l’on est réellement d’accord.

Et la nature du changement ? L’entreprise africaine doit inventer une culture qui lui est propre. Ce ne sera ni sa culture traditionnelle de « chef de village », ni la culture occidentale. Les Africains ont le talent qu’il faut pour créer du neuf. Le rôle de Jean du Lac est de les aider à faire émerger le modèle qui leur convient. 

vendredi 31 janvier 2014

Jean du Lac : redresser une entreprise africaine

Dans ce billet Jean du Lac parle d’une de ses missions. Occasion pour le lecteur d’en apprendre un peu sur l’Afrique, ses entreprises et leurs besoins ?

Une situation compliquée
L’entreprise est un concessionnaire automobile, garage et atelier. 200 personnes, regroupées, en fait, en 3 entreprises (une par marque distribuée). Chacune avait son dirigeant, son directeur financier, ses comptables, ses équipes.
Elles appartiennent à un groupe international, qui veut la vendre. Car sa présence dans le groupe n’a pas de logique économique, sinon d’être la "danseuse" de son fondateur.
Seulement, l’entreprise est dans une situation difficile. Elle perd beaucoup d’argent. Un plan de licenciement a été décidé, mais pas appliqué. "Ses personnels ne travaillent quasiment plus ou mal". Une partie du personnel est en grève depuis plusieurs mois. Le comportement des représentants du personnel est suicidaire. Ils font courir les bruits les plus désagréables sur l’entreprise à la fois à l’intérieur, et à l’extérieur de celle-ci. Ce qui n’est pas bon pour ses affaires…

Redonner du sens
Le dirigeant de l’entreprise démissionne. Jean doit assurer un intérim et réussir la vente de la société. Au premier coup d’œil, il est clair qu’il faut restaurer la réputation de l’entreprise. C’est elle qui fait sa valeur. Et elle dépend beaucoup de la qualité du travail de ses ateliers. Mais aussi du climat interne. Il faut éradiquer le défaitisme qui le pourrit.
Alors, Jean est en permanence sur le terrain. Il prend une série rapide de "petites" mesures qui frappent les esprits. Par exemple, il fait rénover l’accueil de l’entreprise. Il remplace le réceptionniste endormi, par une jolie femme dynamique. Il rationalise l’entreprise et ses ateliers. Il renvoie la plupart des expatriés chez eux, met à la retraite les personnels qui peuvent en profiter, promeut des cadres (dont deux femmes) jusque-là muselés. Il annonce un plan de départ négocié. Les représentants du personnel s’y opposent. La direction n’aura pas le courage de le mettre en œuvre, disent-ils. A la date annoncée, le plan est appliqué. Mais, Jean laisse deux jours à ceux qui voudraient profiter de sa précédente offre pour se manifester. Cette fois, les volontaires arrivent. Finalement, "ils représentent 100% des personnes concernées". Les représentants du personnel suivent.
En cinq mois, l’entreprise est transformée. Elle est redevenue rentable. On y travaille bien. L’ambiance est bonne. Les employés ont retrouvé un sens à leur vie professionnelle.

L'humain, pas la technique
Les employés de l’entreprise ont avoué à Jean qu’ils le trouvaient curieux. Il ne s’était pas comporté comme un Blanc. C'est-à-dire comme si son ethnie lui donnait une quelconque supériorité sur eux.

Jean du Lac croit que ce qui manque encore à l’Afrique, c’est la pratique du management. Pour le reste, techniquement, "ses cadres et ses employés sont souvent très bien formés". Ce sont de bons professionnels. L’entreprise africaine doit prendre confiance en elle. Et c’est là que nous pouvons l’aider. "En lui apportant notre expérience et en écoutant et intégrant nos différences". 

lundi 27 janvier 2014

Mama Benz et égalité des sexes

Jean du Lac m'a parlé des Mama Benz. Ce sont des Africaines qui, une fois leurs enfants élevés, entrent dans les affaires et font fortune (et achètent des Mercedes).

Elles illustrent une de mes idées sur la mise en oeuvre de l'égalité homme / femme. Aujourd'hui, comment faire carrière, pour une femme, lorsque l'on doit élever des enfants ? Solution : deux vies. La première pendant laquelle l'homme et la femme vivent en famille, sans espoir de carrière. Ils apprennent et se construisent. Ensuite, à nous la gloire.

vendredi 24 janvier 2014

Jean, l’Africain

Jean du Lac. Jean consacre aujourd’hui son temps à l’Afrique et à ses entreprises. A l’occasion d’un passage à Paris, je l’ai interrogé sur l’Afrique. Les journaux anglo-saxons ont-ils raison de dire qu’elle est la dernière « frontière » ? Comment participer à son développement ? Voici le premier de deux billets.

Un aventurier
Carrière paradoxale. Jean semble refuser le confort. Il démarre chez Ford. Immédiatement, il est remarqué. On lui promet une carrière météoritique. On lui propose un poste au siège de la société, Detroit. Son avenir est assuré. Mais il refuse. Il se lance dans l’entrepreneuriat. Pendant 30 ans, il va passer de projet en projet. Aujourd’hui, ses enfants ayant quitté son foyer, il vit une passion : l’Afrique. Il la connaît bien, pour y avoir passé beaucoup de temps. Il a surtout la particularité, pour un Français, d’être familier de toutes les Afrique. Aussi bien anglophones (il a rencontré Mandela !) et lusophones que francophones. Il y exerce trois types d’activité. Il est administrateur de société, il conseille des entreprises dans leurs opérations financières (levées de fonds, fusions acquisitions, etc.), et, pour une grande partie de son temps, il dirige le redressement d’entreprises. Le prochain billet sera consacré à ce sujet.

Quand l’Afrique s’éveillera ?
Pourquoi, soudainement, l’Afrique, homme malade du monde, est-elle l’endroit où il faut être ? Jean a toujours douté des idées reçues sur l’Afrique. Et si c’étaient elles qui avaient fait le malheur des Africains ? Pour lui, ni la richesse du continent, ni sa formidable croissance démographique ne sont les facteurs premiers du renouveau. Ceux-ci sont, d’une part, le retrait de l’influence extérieure (anciens coloniaux, USA et URSS, FMI et Banque mondiale) – elle fut désastreuse -, et le retour chez eux de cadres formés à l’Ouest et qui y ont réussi. Ils veulent transformer leur pays. Ce qui fait réussir l’Afrique, c’est que le changement, pour parler comme ce blog, est voulu par elle. Il ne lui est plus imposé (ou parfois moins) par les intérêts ou la bien pensance étrangers.
Cependant, parler de succès est prématuré. D’ailleurs, « l’Afrique » n’existe pas. Chacun de ses pays a une histoire propre. Le déclencheur du renouveau, c’est la rationalisation de l’Etat. Partout où l’Etat est dysfonctionnel, le chaos demeure. C’est, majoritairement, le cas en Afrique francophone. Elle ne parvient pas à se relever de la politique de De Gaulle et de ses successeurs. Ils ont joué des gouvernements comme de marionnettes.

Utilité d’un Français pour les Africains
Intérêt d’un Français pour les Africains ? Diriger et développer une entreprise est un art. L’Occident a des siècles d’expérience. Bien qu'il y ait de remarquables dirigeants africains c’est elle qui manque à l’Afrique. Cette expérience est plus humaine que technique. Car l’Afrique a des cadres et techniciens excellents. L’Occidental peut être utile à l’Africain s’il renonce à être missionnaire. S’il est un donneur d’aide, un catalyseur du changement. D’ailleurs, c’est moins les recettes du succès qu’on attend de lui, que le souvenir de ses échecs.

C’est ce que nous verrons dans un prochain billet.