dimanche 11 janvier 2015

Paresse sociale

Pierre Portugaels m'envoie un article (La psychologie des tire-au-flanc de Nicolas Guéguen, dans Cerveau et Psycho, n°67, janvier - février 2015) sur un curieux phénomène : la paresse sociale. Mes élèves m'en parlent souvent. On leur donne à faire beaucoup de travaux de groupe. Ce qui les déresponsabilise, et les démotive.  Mettre un individu dans un groupe fait, souvent, baisser son efficacité.

L'article donne aussi quelques contre-poisons :
  • Évaluation collective et individuelle.
  • Faire payer le groupe pour ses brebis galeuses.
  • Tirer parti de l'effet nouveauté : dans les nouveaux groupes, les participants cherchent à épater la galerie.
  • Certaines personnes sont insensibles au phénomène, et peuvent servir de modèles aux autres. 
  • A l'inverse les "narcissiques", se croyant meilleurs que les autres, ne font plus rien en groupe. 
  • Enfin, les cultures individualistes sont beaucoup plus sensibles au phénomène que les cultures collectivistes.
A quoi on peut ajouter :
  • Robert Cialdini (Influence, science and practice) a repéré un phénomène identique. "Pluralistic ignorance". L'homme se repose sur le groupe pour décider. C'est comme cela qu'un crime a beaucoup plus de chances de pouvoir se commettre en face d'un groupe que d'une personne seule. 
  • Jean-Pierre Schmitt a beaucoup travaillé sur la responsabilisation des équipes. Il est moins efficace de responsabiliser l'individu que le groupe. Contradiction ? Non. Car, sa technique consiste à donner un objectif au groupe et à lui demander de s'organiser pour l'atteindre (contrat). Ensuite, c'est le groupe qui fait pression sur l'individu. Il est possible que, comme dans les équipes de foot, il y ait une sorte de spécialisation. L'individu devient à nouveau responsable. Ce qui déresponsabilise, c'est l'effet troupeau ?
  • J'ai animé beaucoup de focus groups. Clairement, la créativité que l'on obtient avec cette technique est sans comparaison avec tout ce que peut faire un homme seul. Le groupe a des capacités totalement différentes de celles de ses parties.
  • Finalement, l'armée s'est intéressée à la raison des actes d'héroïsme : pour le groupe. 
Cette analyse me fait me demander si le groupe ne peut pas avoir, au moins, deux effets sur l'homme :
  • L'effet troupeau, paresse sociale. Homme animal.
  • L'héroïsme. Le groupe est porteur d'une mission. Il va naturellement spécialiser ses membres. Exercer sur eux une pression sociale. Plus encore, leur donner une énergie qu'ils n'auraient pas pu avoir seuls. Finalement, il va en tirer un résultat inconcevable en considérant chacun de ses membres séparément. Le groupe a une identité. Il est devenu une sorte "d'être". Homme aliéné. 
A quoi on peut ajouter le phénomène du "leadership", dont la métaphore est Ulysse attaché au mat, au passage des sirènes. Le "leader" conserve son libre arbitre, sa lucidité, et permet au groupe de changer, quand la situation l'exige.
(Le focus group ne serait pas un groupe, au sens lien social du terme, mais plutôt une "société d'individus" en interaction les uns avec les autres.)