mardi 31 août 2021

Résistance au changement : le mal de l'humanité ?

La tendance de l'homme et de l'entreprise, c'est le statu quo. Thème qui fait consensus chez les universitaires du management. Ils pestent contre nos vices.

La société n'est que normes. Elle élimine les renégats. Ne nommons-nous pas "élite" des êtres qui ont subi deux ou trois décennies de sélections quasi quotidiennes par la conformité ?

Curieusement, les universitaires du management ne se demandent pas pourquoi, à l'envers, l'entreprise ou la société change aussi facilement. Le dirigeant de France Télécom a accumulé 70md de dettes, sans aucune opposition. Idem pour celui d'Alcatel, qui a fait à peu près tout le contraire de ce qu'il fallait faire, jusqu'à ce que disparition s'ensuive. Et que dire des réformes du gouvernement, dont, article après article, on apprend qu'elles sont allées dans le mauvais sens ? Envahir l'Afghanistan et s'en retirer n'a demandé qu'un claquement de doigts au président américain. 

Conclusion ? La façon dont se fait le changement obéit à des normes culturelles. Dans notre société soit il coince, soit il est incontrôlé. Il est probable que nous devons changer les mécanismes qui régissent notre société de façon à trouver un juste milieu. Ce qui est peut-être ce dont la démocratie est le nom. 

Le temps de l'innocence ?

Je relis les oeuvres d'Emmanuel Macron. 

Ma première impression, il y a quatre ans, de l'introduction de Révolution était condescendante, je l'avoue. Dissertation d'un bon élève de quatrième qui raconte ses vacances (ce qui est plutôt un exercice de cours primaire). Il y a tout y compris le style endimanché. Aspect gentiment touchant aussi. Emmanuel Macron veut nous "réconcilier" (sous-titre). La France est belle. Lui-même a bénéficié de son ascenseur social. C'est grâce au dévouement de ses hussards noirs qu'il est ce qu'il est. Il a eu du mal. Il a connu l'échec. Mais, quand on veut on peut. C'est l'enseignement qu'il tire de sa longue vie. C'est pour cela qu'il est un combattant de la liberté d'initiative. 

Je n'aurais pas dû sourire. Cette introduction donne une inquiétante impression de ceux qui nous dominent :

  • C'est cela notre élite ? Imagine-t-on un Pompidou écrire un tel texte ? (Il est vrai que M.Giscard d'Estaing a peut-être fait pire...) 
  • Je suis beaucoup plus vieux que M.Macron, et déjà de mon temps l'enseignant dévoué à la cause commune, et surtout qualifié, n'était plus. Et encore j'ai eu la chance de vivre dans une banlieue communiste, pour laquelle l'enseignement signifiait encore quelque-chose. L'ascenseur social n'existe plus, sauf pour quelques privilégiés, qui n'en ont pas besoin. 
A tort ou à raison, je pense qu'Emmanuel Macron a des compétences rares, notamment celle de faire bonne figure à l'étranger, d'être increvable, d'aimer son pays, et, surtout, d'avoir la capacité à se remettre en cause. Mais, il part de loin. Avec de telles idées, il n'est pas étonnant que la dite élite puisse croire qu'il suffise de traverser la rue pour trouver du travail. 

lundi 30 août 2021

Porter : les conséquences

Conclusion des deux billets précédents concernant les travaux de Michael Porter appliqués à la France. 

Nous pensons mal. Le discours ambiant (voir la loi PACTE) concernant l'économie compare nos petites entreprises aux entreprises allemandes. Il conclut à leur manque de dynamisme. Pour les aider, il demande la suppression des contraintes réglementaires. 

Ce discours est totalement FAUX. Le patron français est "infiniment" plus entreprenant que l'Allemand. La force de l'Allemagne est, exactement ce que dit Michael Porter, le collectif, "l'esprit réseau". L'Allemagne "chasse en meute". Ce qui fait la prospérité d'une entreprise, c'est son environnement immédiat, parce qu'il la stimule. On ne demande pas à une PME d'avoir une stratégie sophistiquée, ce qui a un coût considérable, mais de faire profiter ses clients de ses compétences. Elle doit être "concentrée" sur son métier. 

Le problème de la France ce sont ses ex "champions nationaux". En rompant les ponts avec le tissu local, ils ont détruit l'environnement nécessaire à son développement. Or, fournir cet effet d'entraînement était leur raison d'être ! C'est pour cela qu'ils sont dirigés par des hauts fonctionnaires : pour faire la politique de la nation ! En outre, en optant pour une stratégie de leadership par les coûts, un management gestionnaire, et non d'innovation, ils ont détruit leur propre avantage concurrentiel, si bien que, pour certains, ils ne sont même plus français (Arcelor, Alcatel...) ! 

On peut même se demander si l'abandon de l'industrie, dont on souffre tant aujourd'hui, n'est pas le résultat de cette stratégie gestionnaire. En effet, le "marché" donnait moins de valeur à l'industrie qu'au service. D'où l'intérêt, à court terme, de délocaliser la production. 

En tout cas, le pays est dans un piège. Ce que Michael Porter appelle le "scénario de l'abondance". Celui qui a transformé la Grande Bretagne d'usine du monde en pays pauvre. Les politiques qui donnaient l'impression de créer des richesses détruisaient ce qui le permettait. 

Comment s'en tirer ? Est-il encore temps d'essayer de raccorder ce qui nous reste de "champions" au tissu économique national ? (Cela semble mal parti : les délocalisations s'accélèrent.) Peut-on partir d'en bas ? Relancer le pays de ses PME en les aidant à reconstituer des dispositifs de "chasse en meute" ? Cela semble compliqué. D'autant qu'un tel re décollage demanderait un grand élan d'enthousiasme, à mon avis. Or, "on a été laminé par le système" me disait une activiste du développement local : le petit peuple des petites entreprises et des petites collectivités locales a souffert de décennies de réformes et est déprimé... 

Ne cherchons pas de coupables, mais des idées !

L'ère des associations ?

Petit débit Internet ? Opérateurs ne sont pas intéressés ? Une coopérative a monté un réseau radio et pense même poser de la fibre. Créer un opérateur serait-il plus simple qu'on ne le dit ? (Article.)

Et si beaucoup de problèmes avaient de telles solutions ? Et si les gros monstres qui prétendent devoir leur efficacité à leur taille n'étaient finalement pas du tout efficaces ? A un moment où le pays constate sa "perte de souveraineté" et le coût croissant de ses services publics, associons-nous ? 

dimanche 29 août 2021

Changement et intellocène

France Musique a "une ligne du parti", ai-je fini par penser en l'écoutant. Il faut faire aimer la musique contemporaine. Or, le peuple lui résiste. Solution : mélanger classique et contemporain. 

Cela semble avoir toutes les caractéristiques de la conduite du changement telle que comprise par la culture (au sens anthropologique) du peuple des intellectuels. 

Ce qui est premier est une idée. Cette idée n'est pas du ressort du débat, mais plutôt d'un phénomène qui ressemble à la mode. (Probablement parce que, pour l'intellectuel, il ne peut pas avoir débat puisqu'il n'y a que des vérités et des mensonges.) Ensuite, il y a établissement d'un "consensus". L'idée gagne une minorité dominante, qui impose le silence, par une forme d'intimidation (cf. la cancel culture), au reste de la communauté intellectuelle. Implicitement, il est supposé que si les intellectuels parlent d'une seule voie, le peuple adoptera leur opinion. 

Les avantages compétitifs de la France

Voici un essai d'application des travaux de Michael Porter (billet d'hier matin) à la France :

La grille de Porter

Facteurs de production. 

  • La massification de l’enseignement supérieur a produit une « dé spécialisation » des formations, qui, en outre, ne répondent ni aux aspirations d’une partie de la société, ni à une partie significative des besoins de l’entreprise. 
  • Délocalisation. La chute de l’URSS a fourni à l’économie de marché une main d’œuvre asiatique considérable et initialement à coût quasi nul. L'entreprise n’a plus d’incitation à innover. 

Demande. 

  • Lorsqu’elles « se délocalisent », les entreprises étrangères emmènent avec elles leurs partenaires. Ce sont des « clusters mobiles ». Ce n’est pas le cas de la grande entreprise française. Cela pourrait expliquer le déficit de la balance commerciale française. 
  • La grande entreprise française semble obéir à une logique de sous-traitance et de leadership par les coûts et non de créativité. 
  • Appauvrissement de la population et chômage. Elle recherche les prix faibles, et ne pousse plus à l’innovation l’économie locale. Les grandes entreprises considèrent leur main d’œuvre comme un coût, non comme un marché leader. 

Support. 

  • Le « numérique » pourrait avoir été une tentation, pour les grandes entreprises, d’éliminer leur « home base », pour accéder directement au client. Ce qui réduit le tissu de PME, et fait perdre aux grandes entreprises des sources d’information et de créativité capitales, la raison de leur avantage concurrentiel. 

Concurrence. 

  • Dès qu’il y a consolidation, la stimulation concurrentielle s’étiole. Or, la consolidation est une tentation culturelle française, dont les entreprises ne jurent que par l’effet d’échelle. 

Conclusion

On est ici devant ce que Michael Porter appelle le scénario « abondance », avec tous les symptômes d’une dégradation d’avantage concurrentiel (amélioration initiale de la rentabilité des grandes entreprises les encourageant à persévérer dans l'erreur, repli sur soi du tissu économique, augmentation de la dette publique).

Sa particularité est qu’il semble en grande partie être dû au choix des ex « champions nationaux » d’une stratégie de leadership par les coûts, qui n'est pas durable. En outre, la politique nationale a consisté principalement en l’élimination des contraintes imposées à l’entreprise, alors que la contrainte est synonyme d’innovation, et l’ingrédient principal du succès.

Réconcilier la France

Réconcilier la France. C'est le sous-titre du livre d'Emmanuel Macron. S'en souvient-il encore ? 

Non seulement il n'a pas réussi, mais ses décisions jettent de l'huile sur le feu. 

France, cas désespéré ? Illusions de campagne ? Ou faut-il garder le cap, c'est en cherchant que l'on trouve ?

(Phénomène bien connu pour celui qui s'intéresse au changement : il a peut-être mis le doigt sur le problème du pays, mais l'idée initiale qu'il avait pour le résoudre n'était pas la bonne...)

samedi 28 août 2021

Les ennemis de nos ennemis

Kaboul. Un attentat était prévu, il a eu lieu. 

Voilà qui place le monde devant un curieux problème. Il y a pire que les Talibans. Il reste une poche de terroristes qui menacent le monde de chaos. L'ennemi de mon ennemi étant un ami, cela change beaucoup de choses. Les Russes, les Chinois et les Pakistanais se demandent que faire de cette menace à leur porte. L'UE s'inquiétait déjà d'une vague de réfugiés, et s'il y avait, en plus, quelques terroristes dans leurs rangs ? Le président Biden est en difficultés, mais, dès qu'il aura retiré ses troupes, l'Afghanistan ne sera plus que le cauchemar des autres. 

En attendant, et s'il proposait aux Talibans de joindre leurs forces contre leur ennemi commun ? Peut être qu'ainsi il se créerait des liens durables ? Premier pas vers un apaisement ? 

The competitive advantage of nations de Michael Porter



Livre de 800 pages très indigeste mais probablement très important. 

Publié pour la première fois en 1990, par Michael Porter, LE spécialiste de la stratégie d'entreprises, il a mobilisé des moyens considérables pour disséquer l'économie de dix nations et en déduire ce qui fait « l'avantage concurrentiel des nations ». 

Ce livre pourrait être fondamental, en effet, s'il a raison, cela veut dire que les politiques publiques et les stratégies de nos grandes entreprises sont victimes, depuis 50 ans, d'un biais systémique. 

Pour commencer, voici une tentative d'exposé des conclusions de Michael Porter. Leurs conséquences seront analysées dans deux billets suivants. 

Idée directrice

Une entreprise isolée recherche le statu quo. Pour croître, elle a besoin d’un stimulant extérieur. Il lui est fourni par sa « home base », son territoire d’origine. Message principal, tout en découle. 

Le mécanisme à l'oeuvre

Ce stimulant, cet « avantage concurrentiel des nations », est une combinaison de quatre forces, qui se matérialisent, physiquement, géographiquement, par des « business clusters ». La proximité est, en effet, une condition nécessaire d’établissement de la « confiance », sans laquelle rien ne peut être. 

Ces conditions, très spécifiques, créent un cercle vertueux. Non seulement elles poussent les entreprises à croître et à innover, mais elles forment un incubateur exceptionnellement puissant pour l’entrepreneur. Et elles donnent au tissu « socio économique » la faculté de tirer parti, avec rapidité et efficacité, des courants porteurs mondiaux. Michael Porter parle de « productivité ». Le « business cluster » est radicalement plus efficient que le « marché », ou la grande entreprise verticalement intégrée. Et ce parce que l’information circule mieux que dans le marché (confiance), et qu’il y a une stimulation que l’on ne trouve pas dans l’entreprise intégrée. 

Un point critique, mais contrintuitif, de l’analyse de Michael Porter est que la raison d’être du succès d’un cluster est essentiellement une question de handicaps (« selective competitive disadvantages »). Car la contrainte force à l’innovation. Exemples : salaires élevés, normes sociales exigeantes, voire, pour la Hollande, incapacité de cultiver des fleurs à l’air libre. Un relâchement de ces contraintes produit une dislocation du cluster et de l’avantage concurrentiel national. Il donne l’exemple de secteurs économiques américains dominants qui ont disparu pour avoir préféré la délocalisation à l’innovation. 

D’où un second résultat, encore plus contrintuitif. Les membres du cluster tendent à s’opposer à la pression que leur impose le cluster. Outre la délocalisation, Michael Porter montre qu’ils y réussissent souvent en attaquant le stimulant ultime : la « rivalité ». Et ce, essentiellement, par fusion de concurrents, en bâtissant des monopoles ou des oligopoles. S’ils y parviennent, démarre un cercle d’autant plus vicieux qu’il a pour première conséquence une augmentation de leur rentabilité (effet de la diminution des contraintes). L’effondrement du cluster s’achève par « l’isolement », le repli sur soi. En outre, un business cluster produisant, selon Michael Porter, des « externalités positives » (il apporte plus à la communauté qu’à ses membres) son délitement a l’effet inverse. 

Les étapes du développement économique d'une nation

Toujours plus contrintuitif, et encore plus fondamental, est le principe qui préside au succès d’un cluster. Les mots clés sont « innovation » et « upgrading ». Il s’agit de créer un creuset d’innovation « auto entretenue », qui se renouvelle par réinvention et progrès (« upgrading »). L’exemple type, en 1985 et peut-être toujours aujourd’hui, est la Suisse. Le pays développe des savoir-faire de plus en plus sophistiqués, les salaires et les exigences sociales deviennent de plus en plus élevées. Il y a plein emploi, et même garantie de l’emploi. D’où demande locale précurseur et contrainte qui exige encore plus d’innovation. Ce phénomène ne peut se produire que si la rivalité entre entreprises locales est intense. 

Enseignement fondamental. Ce qui fait la force d’une entreprise, c’est son environnement LOCAL (« home base »). Et ce parce qu’il crée les conditions de sa compétitivité MONDIALE. (Ce raisonnement est le même pour une entreprise qui a une implantation « communale », et un marché plus large que son implantation.) 

Michael Porter distingue 4 étapes de développement économique : 

  1. Facteur de production. La nation dispose de ressources abondantes à très bon marché (pétrole, personnel à bas salaire…). Cette phase est un piège dont les USA sont la seule nation riche en ressources naturelles qui ait pu se tirer. Ce sont leurs « handicaps » qui expliquent le succès des autres nations développées. 
  2. Investissement. La nation garde un avantage « coût », mais se dote, à coups d’investissements lourds, de moyens de transformation puissants, elle améliore la technologie qu’elle achète à l’étranger. 
  3. Innovation. Une réaction spontanée se déclenche, mue par une vive concurrence interne et qui crée une économie de plus en plus sophistiquée et des conditions de vie toujours meilleures pour les citoyens. L’exemple type, comme dit plus haut, est la Suisse. A noter que, dans les années 80, Michael Porter note l’exception de l’Italie, économie alors hyper dynamique sans être passée par l’étape investissement, et avec un gouvernement dysfonctionnel. 
  4. Abondance. C’est le cas de la Grande Bretagne d’après guerre, et peut-être encore aujourd’hui. Le pays vit de sa gloire passée. Perte d’avantage concurrentiel, appauvrissement d’une partie de la population, et retour à l’étape Facteur de production : la pauvreté fournit, en particulier, un personnel à bas coût. 

Cercle vicieux

Deux thèmes développés par Michael Porter sont particulièrement utiles pour saisir les implications des idées qui précèdent : 

  • A l’inverse du cercle vertueux de l’innovation et de la « home base », il y a le cercle vicieux de la gestion par les coûts. Il conduit l’entreprise à rechercher l’effet d’échelle, en croyant que sa « home base » est un handicap : suppression de la concurrence locale, salarié ou sous-traitant considérés comme coûts, exigences sociétales insupportables. L’entreprise, de plus en plus fragile face à des concurrents avantagés par de meilleurs facteurs de production nationaux, peut être acquise par l’un d’entre eux, qui cherche à pénétrer un marché riche. 
  • Le rôle de l’Etat est grand dans les premières phases de développement de l’avantage concurrentiel. Ensuite son intervention est presque toujours contre productive : l’agenda politique est à court terme, contrairement à ce que demande la construction d’un avantage concurrentiel, et sous l’influence de lobbys qui veulent mettre un terme à la pression qui fait le succès du cluster. 

Autres conséquences

Ces business clusters sont de tous types et de toutes natures : d’Hollywood à la Silicon Valley, en passant par les producteurs italiens de carreaux de céramique. 

Cela conduit à une dernière observation contrintuitive : les clusters mondiaux ne sont jamais en concurrence frontale. En effet, ils ont des spécificités propres à leur culture (au sens anthropologique du terme) qui ne sont pas reproductibles par une autre culture. L’Allemagne produit de grosses voitures, par exemple, et la France des petites. D’où résulte un cercle vertueux mondial : plus les cultures nationales possèdent de tels clusters et plus elles ont de produits à échanger entre elles. 

Pour cette raison, Michael Porter explique qu’il n’y a pas d’industrie dépassée, ou « d’industrie d’avenir ». Au contraire. Plus une industrie est ancienne, plus ses avantages concurrentiels sont puissants. Si elle disparaît, c’est qu’elle n’a pas réussi son « upgrading » (elle est piégée à l’étape « abondance » de son développement). 

Les forces qui créent l'avantage des nations, schéma d'analyse

Voici un survol des forces qui font l'avantage des nations, selon Michael Porter. Elles se renforcent les unes les autres et forment « système » (au sens « systémique » du terme). On a là le modèle d'analyse qu'il applique systématiquement :

  • Les facteurs de production. C’est, en particulier, à l’heure où la connaissance est devenue un facteur économique essentiel, les compétences humaines, les qualifications professionnelles, spécialisées principalement, dont on dispose. 
  •  La qualité de la demande. Le cluster, dans son domaine, contient une partie du marché mondial, qui est la plus avancée. Cela permet à la fois de faire des études de marché sur place, et de disposer d’influenceurs mondiaux. 
  •  Le support. Un cluster est un écosystème d’un grand nombre de métiers complémentaires, dont les constituants vivent dans une collaboration permanente, à la recherche d’innovations. Ils collaborent de manière informelle, non organisée, « anarchique » au sens premier du terme. Ils ont la particularité d’être, dans leur domaine, de très haut niveau, et, paradoxalement, de ne pas être repliés sur le territoire : ils apportent au groupe leur connaissance de ce qui se fait de mieux dans le monde. 
  • La culture d’entreprise nationale et la « rivalité ». Tout ce qui précède est éminemment culturel. Une entreprise allemande n’est pas organisée comme une entreprise italienne, et ces types d’organisation sont un avantage ou un handicap selon les marchés. Mais le moteur du cluster, ce qui fait qu’il est de plus en plus créatif, est probablement ce que l’on appellerait aujourd’hui « coopétition ». Une forme de concurrence qui pousse à vouloir dépasser l’autre, tout en le faisant profiter de ses avancées. La métaphore la plus adaptée pourrait être celle de la course au prix Nobel entre chercheurs : à la fois ils veulent être les premiers à faire une découverte, et ils publient leurs résultats au fur et à mesure qu’ils les obtiennent. Dans le cluster ce phénomène vient en grande partie du partage de fournisseurs. Ces forces s’exercent généralement sur une aire géographique limitée, de façon à ce que les membres du cluster soient exposés les uns aux autres le plus possible. Par exemple, toute l’industrie automobile allemande se concentre sur 5 villes, proches les unes des autres. Finalement, il existe un critère pour juger un cluster : sa capacité à générer des « start up ». Plus c’est le cas, meilleure est sa santé.  

vendredi 27 août 2021

French Tech et French Connection

La French Tech n'aurait-elle pas des choses à apprendre de la French Connection ? 

Pour une fois, la France a dominé le monde. Elle a écrasé l'Allemagne sur son propre terrain : la chimie. La drogue française avait une qualité exceptionnelle. Et tout l'empire colonial a été mis à profit pour pénétrer le marché de tous les profits : les USA. Les Québécois, notamment, ont joué les premiers rôles. Ils étaient fiers de montrer qu'eux, les oubliés de l'histoire, pouvaient se hisser aux sommets internationaux, et rivaliser avec les mafias italiennes ou juives. Ce fut surtout une grande leçon d'entrepreneuriat. Des self made men, qui prennent des risques énormes et font preuve de ressources infinies pour faire des gains énormes, dont ils font profiter le petit commerce, et qu'ils investissent judicieusement dans des secteurs d'avenir. Ce qui les a perdus (au moins certains d'entre eux), c'est l'hybris. Par exemple, tant qu'ils intoxiquaient les Américains, ils avaient la bénédiction du gouvernement français. Ils se sont attirés les foudres divines le jour où ils ont approvisionné le marché national. 

On murmure qu'ils auraient été, les fameux chimistes, à l'origine des cartels colombiens. 

En attendant, ils avaient prouvé, à nouveau, "qu'impossible n'est pas français". 

(Inspiré d'un reportage de France Culture.)

Ténébreuse gauche ?

Emission sur la gauche "anti lumières". Cette gauche particulièrement influente accuse les idées des Lumières de tous les maux. Problème : la gauche, traditionnellement, était le parti du "progrès". Or, ces thèses l'amènent à reprendre des idées de la philosophie allemande, compromise avec le nazisme (aussi anti Lumières), à s'aligner sur l'extrême droite réactionnaire, et à refuser la révolution, donc à donner raison à l'Ancien régime ! 

Tout ceci semble être une réaction à la guerre. En fait, j'en ai identifié plusieurs autres :

  • Un courant lié à la systémique, pense que ce qui compromet notre avenir est une science fondée sur la croyance en l'individu, dont le triomphe est la physique, et qui détruit la société, qu'elle ignore. Il faut créer une science de la société, des systèmes et de la complexité (cf. Edgar Morin). 
  • Un autre courant (Harendt, Camus...) pense que le mal est le "nihilisme", qui provient de la croyance (de l'intellectuel, en particulier) en des absolus. Sa conséquence est le totalitarisme. 
  • Un troisième courant, dominant, a estimé que la guerre avait une origine économique, la crise de 29, due à un manque de réglementation. D'où les accords de Bretton Woods.
Et si tous ces gens voyaient midi à leur porte ? Et s'il était dommage qu'ils n'aient pas pensé à parler entre eux ? Et si les lumières, c'était le dialogue ?

jeudi 26 août 2021

Pacifier le Taliban

Biden au cocotier ? Je sens la presse, grand arbitre de la morale, hésitante. Ne doit-elle pas en faire un bouc émissaire ? Il est vrai qu'il ne fait que poursuivre la politique de MM. Trump et Obama, mais, tout de même...

J'ai tendance à croire le contraire. Comme l'ont découvert nos présidents, il est plus difficile de conquérir le pouvoir que de le conserver. On nous parle beaucoup de "pédagogie", mais, en termes de pédagogie, il n'y a que l'expérience qui vaille. C'est au Taliban, maintenant, d'apprendre. Peut-être, d'ailleurs, qu'il a un peu appris du passé : si mes souvenirs sont bons, il a fait une première tentative de gouvernement, qui a mal tourné. 

Quant aux USA, ils ne font plus le show. Pour la Chine, le Pakistan, l'Iran ou la Russie, fini de rire. Ils vont devoir vivre avec une nuisance qui est à leur porte. 

Reste le peuple afghan. C'est peut-être là que réside la responsabilité de l'Occident. Il va falloir jouer "entreprise libérée". Apprendre à utiliser l'influence plutôt que la force, pour éviter aux Talibans de céder à de fâcheuses tentations. 

The Europeans


Voilà qui ressemble à The age of innocence. Vers 1840, à proximité de Boston. Des neveux oubliés, qui vivaient en Europe, font leur apparition dans une famille de la haute société. 

Les Américains sont riches, oisifs, mais puritains et donc terriblement coincés. Les Européens, qui ont parcouru le monde, sont pleins de joie de vivre et de fantaisie. Choc des cultures. Il sera salutaire. 

Court, léger et enlevé. Et aussi portrait d'une époque durant laquelle la culture européenne illuminait le monde, et les USA vivaient dans des ténèbres provinciales. 

mercredi 25 août 2021

Le bon arbre est un arbre mort

Un arbre mort vaut plus qu'un arbre vivant, me disait-on. 

Paradoxalement, il en a été de même de Flaubert ou de Baudelaire. 

C'est un des paradoxes du marché. Il donne de la valeur à ce qui est nocif. L'air pur ne vaut rien, l'eau pur ne vaut rien, la terre vierge ne vaut rien, les services que l'on se rend au sein d'une famille ne valent rien, le pétrole ne vaut que par son coût d'extraction... Une entreprise vaut plus cher en pièces que d'un seul tenant, alors qu'elle n'est pas viable en pièces, etc. 

Un des maux les plus dangereux de notre temps, c'est le marché libre. En effet, c'est lui qui fixe la valeur des choses et de la vie. Et il le fait d'une façon perverse. 

Marché et aliénation

L'économie de marché fait-elle notre malheur ? C'est ce que pensent certains. Seulement, la solution qu'ils proposent, plus de marché, ne satisfait pas les autres. Ce qui fait que, bien qu'ils partagent le diagnostic, ils préfèrent ne pas en envisager les conséquences. 

Qu'est-ce qui pourrait rendre toxique le marché ? Il semble avoir un talent fou pour exploiter nos failles. Nous aimons le sucre ? Il nous en fournit à gogo, et nous transforme en obèses. Il s'oppose, d'ailleurs, à toutes les règles sociales. On interdit la drogue ? Voilà qui est bon pour les affaires ! Et c'est probablement cet effet pervers qui le rend si dangereux : et s'il était en train d'exploiter une faille dont nous n'avons pas conscience ? 

Que faire ? L'ennemi du marché semble être le groupe humain, ce que l'on appelle la "société". C'est cela qu'il essaie sans cesse de faire exploser. Si le groupe est uni, il peut imposer au marché ses valeurs. C'est, d'ailleurs, ce que l'on tente de faire en ce qui concerne l'émission du carbone. Autrement dit, le marché n'est pas plus un mal que tel ou tel jeu, le tabac, l'alcool ou les sucreries, ce qui est un mal, c'est de se laisser dominer par lui. 

mardi 24 août 2021

Punk

Une émission sur les Punks commence par un discours du président Giscard d'Estaing. Cela m'a projeté dans ma jeunesse et j'ai compris, brutalement, pourquoi leur devise était "no future". (France culture)

Le punk fait de la musique sans savoir en faire et invente une musique. Parce qu'il n'a pas de quoi se vêtir, il invente un style vestimentaire. Et il est de droite pour provoquer la gauche, bien pensante, dominante, et qui lui bouche l'avenir, si j'ai bien compris. Et c'est efficace. Le Punk trouve un sens à sa vie ! 

J'ai toujours rêvé d'une sociologie qui caractériserait les forces qui parcourent une société. Peut-être éviterait-elle le désespoir ? 

Finir dignement

Ce blog cite un anthropologue qui a étudié un EHPAD. Il a mis deux ans à s'en remettre. Il y a vu des êtres humains qui ne l'étaient plus. Il en avait tiré la théorie selon laquelle ce qui expliquait cette situation déplorable était des enjeux économiques. 

Une amie me racontait que sa grand mère, corse, s'était retirée de la civilisation pour vivre ses dernières années. La bonne façon d'échapper à la loi du marché ?

lundi 23 août 2021

L'anthropocène commence il y a dix mille ans

Margaret Thatcher a réussi un grand coup le jour où elle a convaincu les citoyens anglais qu'ils étaient des contribuables. L'Etat était devenu un boulet. Les écologistes ont fait de même lorsqu'ils ont inventé "anthropocène". Le combat pour la transition climatique était gagné. 

Eh bien, le coronavirus nous raconte une autre histoire. Il nous dit que l'anthropocène est né il y a dix mille ans, comme le pensent d'ailleurs les archéologues. En effet, c'est alors que l'homme a commencé à bouleverser son écosystème et s'est engagé dans le jeu du gendarme et du voleur avec les conséquences (imprévues) de ses actes. Le dernier avatar de cette histoire est la pandémie en cours. 

Et c'est là que se trouve le changement dans lequel nous nous sommes engagés. Il ne se limite pas à la transition climatique. Pour la première fois dans son histoire, l'homme a découvert les conséquences involontaires de son action, et il ne les supporte plus. Le nom du changement, c'est "responsabilité". 

Les bases de ce raisonnement sont ici.

Etat jardinier

Augustin de Romanet a parlé d'un "Etat stratège", et plus "instituteur" comme actuellement. 

Je me demande si "Etat jardinier" ne serait pas mieux. Comme dans les théories d'Isaac Getz concernant "l'entreprise libérée".

Le jardinier fait avec ce qu'il a. Il ne rêve pas d'Amérique. Tout son art est d'encourager ce dont il sent le potentiel. Il n'a aucun pouvoir. Pour réussir, il doit comprendre la plante, et savoir l'encourager. Et être conscient que ça ne marche pas à tous les coups. 

Le jardinage s'apprend, ou, du moins, les talents se cultivent. Par le compagnonnage et par la pratique. 

dimanche 22 août 2021

Louise Michel

Heureux les simples d'esprit ? Louise Michel, c'est le nihilisme. Faisons sauter le gouvernant et, par miracle, le bonheur surgira. Religion du progrès et rêve de martyr. Avec une telle foi chevillée au corps, on peut traverser les pires cataclysmes sans vaciller. Force extraordinaire. La vie des saints expliquée. 

On l'a oublié, mais, en ces temps, Les misérables étaient un brûlot : une incitation à la révolution. Louise Michel se disait l'incarnation d'un de ses personnages. 

(Inspiré par France Culture. Alors, être une femme était un atout : durant la commune elles furent, dit-on, bien pires que les hommes, mais on ne les fusillait pas. Et je ne suis pas sûr que Clémenceau et Victor Hugo se seraient donné autant de mal pour sortir un homme de prison...)

Transition et risques

Chaque été, il semble qu'il y ait des catastrophes terribles. L'année dernière, c'était l'Australie, cette fois, l'Allemagne, la Belgique, le Canada, l'Algérie (apparemment des incendies criminels), et peut-être encore d'autres pays. 

Question : la politique de "transition climatique" est essentiellement à long terme. Cela ne nous fait-il pas oublier les risques immédiats ? Et si y remédier avait pour conséquence imprévue de contribuer au long terme ? (Ne serait-ce qu'en nous faisant prendre conscience de notre dépendance à la nature.)

samedi 21 août 2021

Le paradoxe du vaccin

Le vaccin Astra Zeneca semble avoir des effets durables, ce qui ne serait pas le cas de celui de Pfizer. (Article déjà cité.)

Cela pourrait tenir à leur principe : l'ARN messager ne passe pas par le noyau pour programmer des cellules périphériques, ce n'est pas le cas d'un vaccin classique. Ce qui semblerait dire que le système immunitaire a besoin de cet apprentissage. 

Le paradoxe est que les craintes que suscitait l'ARNm venaient de ce que l'on avait peur qu'il pénètre le noyau et atteigne et modifie notre ADN, alors que c'est justement parce qu'il ne le fait pas qu'il ne serait pas efficace à long terme. 

Si c'est le cas, ce serait une mauvaise nouvelle pour l'industrie de l'ARNm.

Citation : “When you deliver RNA, like the Pfizer vaccine, you deliver a finite number of mRNA molecules which are eventually cleared from the system,” he said. “But when you deliver the adenovirus, as AstraZeneca does, you deliver a template which then keeps producing these mRNAs that then produce the spike protein, so there’s no ceiling.

Il n'y a que l'intention qui compte ?

Abélard aurait été à l'origine de l'idée que l'intention compte seulement, pas l'acte, lisais-je. 

Ce qui m'a fait penser à un cousin qui a été renversé par une conductrice, qui, découvrant qu'elle était entrée dans un sens interdit, avait fait une brutale marche arrière. Evidemment, aucune intention de nuire.

Heureusement que notre justice ne fait de l'absence d'intention qu'une circonstance atténuante ?

Il est vrai qu'il est difficile d'établir les intentions. Mais, peut-être, savoir que l'on peut être condamné sans même avoir l'intention de mal faire, amène l'homme à éviter de suivre ses impulsions ? Nous ne sommes pas supposés ne pas maîtriser nos actes ? Principe de la responsabilité civile ?

vendredi 20 août 2021

L'immigration comme arme

"L'UE parle de l'utilisation des migrants comme arme". Lit-on dans Politico.eu de mercredi. La Biélorussie attire des migrants venus d'Irak pour les expédier dans l'Union Européenne. Depuis l'usage de cette "arme" par la Turquie et le Maroc, apparemment tout le monde s'y met.

EU MINISTERS TALK WEAPONIZATION OF MIGRANTS: EU interior ministers meet today to address the situation in Lithuania, which in recent weeks has seen a surge of migrants, primarily from Iraq, crossing its border with Belarus — their journeys facilitated by the regime of authoritarian leader Alexander Lukashenko. 

Le plus étrange dans cette affaire est que les autres nations de l'UE semblent parler ouvertement de cette question, mais pas les médias français. Cancel culture ?

Décroissons ?

Débat sur la conquête de l'espace (un précédent billet), France Culture. Une participante répète, "il faudra décroître". 

La décroissance est une croyance, ai-je pensé. Un dogme. Car "croissance" recouvre tout et son contraire. Personne n'est mécontent de voir son enfant "croître". Quelqu'un qui ne croît pas est un nain. L'histoire de l'univers est une question de croissance : les atomes se combinent en molécules, qui deviennent elles-mêmes des êtres complexes. 

Et c'est peut être ce que cherche à mesurer notre "croissance", le PIB. Ces combinaisons de plus en plus complexes et sophistiquées ? Et c'est peut-être, au contraire de ce que disait la dogmatique interviewée, ce qu'on reproche à notre mesure de la croissance : prendre pour de la croissance ce qui ne l'est pas ?

jeudi 19 août 2021

Drôle de vaccin

Dans ma jeunesse, il y avait un magicien qui ratait ses tours. En est-il de même avec le vaccin anti covid ? Apparemment, il n'empêche ni d'attraper, ni de diffuser la maladie. Au mieux, il réduirait sa dangerosité et l'engorgement du système médical. (Ce qui est peut-être tout ce que demandent nos gouvernants.)  Mais, il y a beaucoup de confusion quant aux résultats des études qui sont menées. Et la confiance ne règne pas. (La troisième injection, que recommandent certains n'aurait-elle pas des enjeux financiers ? lit-on.) - Article de Financial Times.

Pourquoi ce vaccin ne marche-t-il pas aussi bien que le BCG ?

Peut-être parce que c'est un des premiers vaccins qui donne, tout de même, des résultats face à un virus. Le virus, jusque-là, défiait le vaccin. 

Qu'il continue à jouer au chat et à la souris avec celui-ci montre probablement que nous ne comprenons pas comment fonctionne le corps humain et ses mécanismes de défense. Voilà qui devrait être un passionnant sujet de recherche !

("A rise in vaccinated people becoming infected with coronavirus has cast doubt over the lasting efficacy of Covid-19 vaccines, according to new studies, including one that found protection gained from the BioNTech/Pfizer shot declined more rapidly than that from the AstraZeneca jab.") 

Plus d'ingénieurs ?

Un marronnier de ce blog est la mesure du nombre de vues par Google. Pour un billet, j'ai le choix entre trois valeurs. Et les écarts peuvent aller de un à cent ! 

Voilà un des changements de notre temps. Deux choses caractérisent le diplômé moderne, selon moi : il se dit "le meilleur", et il utilise des outils, sans les comprendre. L'ingénieur de mon temps cherchait, avant tout à comprendre. Pour cela, il avait une démarche "scientifique". Il expérimentait, jusqu'à trouver une modélisation qui expliquait correctement le phénomène qu'il voulait décrire. 

mercredi 18 août 2021

Industrie : les motifs du crime

Autour de moi, on s'interroge : mais qui est donc derrière la disparition de l'industrie en France ? On cite le président Giscard d'Estaing. Mais il me semble surprenant qu'il ait, seul, eut cette idée. Elle devait être dans l'air que respirait notre élite. 

Un article chinois nous donne peut-être une piste. Il a été écrit en 2015 et se demande si la Chine doit aller vers les services. Réponse : NON ! Et voilà pourquoi :

"While the need to maintain its industrial might is influenced by its own development story, there are untold number of lessons to be drawn from developed nations. The United States is one such example. Once the world's largest industrial producer, in the 1980s it started to out-source manufacturing. The service sector not only flourished but actually replaced manufacturing as the backbone of the economy, eventually accounting for as much as 70 percent of the economy. Without the support of a real economy, it was only a matter of time before the bubble burst, triggering the 2008 mortgage crisis that spiralled into the worst economic disaster since the Great Depression. The United States is now trying to claw back the lost advantages of its industrial sector. This time, however, by focusing on innovation it aims to create a stronger sector that is able to compete globally."

Michael Porter dit, par ailleurs, que le boom des services viendrait du démontage de la chaîne de la valeur de l'industrie. Les services liés au produit sont désormais vendus séparément. 

Voici l'hypothèse que je formule : les Américains ont compris qu'en séparant fabrication et services, il y avait beaucoup d'argent à gagner, la rentabilité du service étant meilleure que celle de la fabrication. Mauvais calcul ? Cherchaient-ils un bénéfice rapide (ce type de manoeuvre s'appelle "arbitrage" chez les financiers) ? En tout cas, il est possible que, la France, mouton de Panurge, ait suivi l'exemple américain. 

L'économie est-elle une science ?

Un ami me transmet le lien d'une émission de France culture qui s'interroge sur le statut de l'économie : est-ce une science ?

Curieusement, elle n'a pas cité JK. Galbraith, qui estimait, preuves à l'appui, qu'elle n'était que la rationalisation des intérêts de tel ou tel lobby. 

On y entendait que l'économie a commencé par être mathématiques pures, se fichant de la réalité, puis, aujourd'hui, elle se dit science, car expérimentatrice, "comme la médecine". (L'émission date d'avant l'épidémie.) Malheureusement, elle fait des expériences qui ne sont pas reproductibles. 

En fait, la science, ce sont les deux à la fois : des expériences et de la théorie. C'est, comme le disait l'émission, ce qu'a fait Elinor Ostrom. Seulement, même dans son cas, ses conclusions ne sont pas simples à reproduire. Une autre définition de la science : comme la chance, elle sourit aux esprits éclairés ? 

mardi 17 août 2021

Capra et le rêve américain

Frank Capra, c'est le rêve américain. Le fils d'immigré italien, pauvre comme Job, qui devient le plus grand réalisateur américain, en partant de zéro, et peut-être de moins, et, en racontant son histoire. 

Histoire d'un mythe fondateur des USA ? C'est la lutte du bien et du mal, entre un groupe de malfaisants et un sans grade, qui possède la foi du charbonnier dans les valeurs du pays, et qui finit par avoir le dessus. Paradoxalement, la corruption et l'innocence sont les deux mamelles des USA ?

Les continuateurs de cette traditions seraient Sylvester Stalone et Clint Eastwood. 

(Inspiré par Toute une vie de France Culture.)

Acceptabilité

Entrer dans un monde que l'on ne connaît pas, c'est apprendre tout un vocabulaire. 

C'est ce qui m'arrive avec le monde public et para public du développement économique. On y trouve des quantités de sigles mystérieux : CRTE, AdCF, ADGCF, ANCT, PACTE, NOTRe, ZAN, mais aussi des Territoire d'industrie ou des coeurs de ville, des clusters et des agences de développement, et, encore, des "tiers de confiance", ou "l'acceptabilité". 

Comme en philosophie, tout cela est supposé être su sans avoir besoin d'être expliqué. Comme en philosophie, tous ces mots cachent des réalités que le citoyen ne soupçonne pas, et pourtant, qui l'illuminerait, s'il les comprenait. Par exemple ZAN, zéro artificialisation net, est le mea culpa du politique, qui reconnaît avoir férocement bétonné. 

Acceptabilité est un autre genre de mea culpa. Mais il a du mal à pénétrer les esprits supérieurs. C'est l'idée, très allemande, qu'une politique publique ne peut réussir, tant que quelqu'un est prêt à se faire exploser pour l'arrêter. Tant qu'il y a ZAD ou Gillet jaune, il n'y a pas acceptabilité. C'est l'envers de la pensée dominante qui croit à l'idéal, et à l'utopie. 

lundi 16 août 2021

La roche Tarpéienne et le Minitel

Le Minitel est notre bonnet d'âne. Et pourtant... 

J'entendais une émission qui disait que la France a longtemps était très en retard dans le domaine des télécom. Jusqu'à ce que son administration décide de construire le réseau le plus moderne du monde. Tout électronique. Et elle a réussi. Et cela aurait "fait" Alcatel. Le minitel aurait été produit dans la foulée. 

Tentons un enseignement ? Une administration éclairée peut être plus efficace que le marché (ce que l'on voit, d'ailleurs, lors des guerres). Mais son vice est l'envers de sa force : l'idée fixe. Elle tue l'innovation et la pensée "déviante". Une administration est probablement une structure d'exécution, l'idée qui doit la diriger doit lui être extérieure... 

La conviction, ça se construit

J'ai essayé d'aider une jeune fille qui avait des problèmes avec les mathématiques. J'ai fini par comprendre que, en mathématiques comme ailleurs, elle procédait toujours de la même façon. Elle commençait par se faire une idée approximative du sujet, puis, celle-ci étant incorrecte, elle se tapait la tête contre les murs, en maudissant le sort. 

Je me demande si ce n'est pas le mal de notre temps. On ne peut probablement rien faire sans conviction. Seulement, elle ne sort pas toute faite de sa tête, comme on le croit aujourd'hui. Elle se construit par enquête. Elle "émerge". 

dimanche 15 août 2021

Incurable France ?

Max Weber disait, en substance, que la seule personne incompétente dans un Etat était celle qui le dirigeait. 

Le principe de la démocratie est de donner le pouvoir à quelqu'un comme vous et moi. Dans la pratique, le mécanisme électoral fait qu'il s'agit d'un politique, ou d'un inspecteur des finances. Ce qui est encore pire. 

Or, cet incompétent se comporte comme s'il était omniscient, et décide de notre vie. 

Comment éviter cet effet pervers ? Que les compétents administrent le pays ? C'est à dire que la population se gouverne elle-même. C'est le modèle de la "gestion des communs" d'Elinor Ostrom.

Elinor Ostrom tire son analyse d'observations. Pourquoi ne cherchons-nous pas à les imiter ? 

Peut-être parce que la situation actuelle nous va bien. Nous attendons tout du président, tout en sachant qu'il ne peut rien. Ce qui nous permet de critiquer son incompétence. Et donc de nous donner l'impression d'agir, sans n'avoir rien à faire ?

Le temps du nudge

Principe du "nudge" : avant d'agir, de prendre une décision, il faut essayer de comprendre... C'est la prose de M.Jourdain. Et, c'est, au fond, ce que l'on aimerait tant que notre gouvernement fasse. C'est probablement la mère de toutes les revendications. 

Or, notre gouvernement utilise les virtuoses du "nudge" pour ne pas avoir à nous comprendre. Pourquoi aurait-il à nous comprendre, puisqu'il a raison ?

Pensée inachevée, dirait Hegel ? Quel nudge aurait-il utilisé pour débloquer nos dirigeants ?

samedi 14 août 2021

Comment devenir intelligent

Au début de l'histoire de ce blog, une amie, ancienne éminente journaliste, avait trouvé un jeu : elle m'envoyait une nouvelle et, quasi immédiatement, je publiais un billet en réaction. A ce rythme, ce blog produirait probablement une dizaine de billets par jour, et peut-être plus !

Ces dernières décennies, on a entendu dire que l'être intelligent était, en quelque-sorte, sorti de la cuisse de Jupiter. Il pensait seul et n'avait besoin de personne. 

Et s'il était bien plus intelligent de ne pas penser seul, quelle que soit son intelligence, mais, plutôt, de chercher l'environnement qui est le plus apte à vous stimuler ? Et si l'existence d'un tel environnement expliquait pourquoi, par exemple, la France a, au cours de son histoire, parfois eu du génie ? (Et pourquoi elle n'en a plus ?)

Service et industrie

Dans un ancien ouvrage de Michael Porter (The compétitive advantage of nations) est écrit qu'il n'y a pas de service sans industrie. Pierre Velz dit à peu près la même chose : le poids économique total de l'industrie serait le triple de son poids apparent. 

Ce qui laisse entendre que la doctrine qui a voulu que l'avenir soit aux services, et pas à l'industrie, ne serait probablement pas économique. Faut-il y voir une idéologie ? Le courant écologique aurait-il commencé bien plus tôt qu'on ne le dit ?... 

Mystère. 

(Une note sur l'industrie, qui montre l'importance des définitions... Notes du conseil d'analyse économique.)

vendredi 13 août 2021

L'art de convaincre

Le Financial Times s'interroge sur les meilleures tactiques pour amener une population à se faire vacciner

Les tactiques les plus évidentes : imposer (la France est citée en modèle, pour une fois !), et le pot de vin seraient contre productives. 

Que faire ? Segmenter et comprendre les raisons de résistance. L'article identifie deux segments de résistants : les jeunes, pour qui le calcul risque / bénéfice ne conduit pas à une décision évidente, et ceux qui se feraient vacciner, si c'était plus simple. 

Quant à la France, on y voit que ceux qui ne veulent pas se faire vacciner sont très minoritaires, et que le taux de vaccination est relativement élevé. Pourquoi notre président, alors, semble-t-il aussi furieux ? 

(On apprend aussi, dans une autre nouvelle, que les employeurs américains hésitent à rendre le vaccin obligatoire : quand on n'arrive pas à recruter, on évite de mécontenter l'employé...)

Passoire anglaise

Je me suis demandé si Tinker, Taylor... avait à voir avec l'affaire Kim Philby. Non. Mais ce qui est surprenant est que d'une certaine façon l'affaire Philby est bien plus redoutable que ce que raconte John Le Carré. En effet, au moins cinq hauts fonctionnaires anglais coopéraient avec les Soviétiques. C'est un peu comme si, séduits par les idées d'une autre nation, une promotion d'inspecteurs des finances travaillait pour elle... Terrible et ridicule à la fois ? 

Nos démocraties ont une faille ? Elles ne contrôlent pas ceux qui les dirigent ?

(L'autre jour, la BBC annonçait que l'Allemagne avait découvert un espion anglais, qui travaillait pour les Russes... Une fois acquises, les habitudes ont du mal à disparaître ?)

jeudi 12 août 2021

Attention, les Afghans arrivent ?

Si les Talibans conquièrent l'Afghanistan, il risque d'y avoir de grands massacres et des masses de réfugiés en partance pour l'Europe. Comment refuser l'asile à quelqu'un qui risque sa vie ? 

Apparemment, suite à la crise syrienne, l'UE aurait mis au point une méthode pour ce type de situation. (Laquelle ?)

Aurait-on pu essayer d'éviter les massacres ? Mais peut-être que nos gouvernements n'ont pas les moyens d'être subtils. Quand on est tout en haut d'une nation, on fait la guerre, ou l'on se retire, pas d'autre possibilité. Pas de progrès depuis le Viet Nam. 

(En tout cas, l'immigration devient une arme diplomatique, contre l'Union Européenne. Après la Turquie et le Maroc, ce serait au tour de la Biélorussie de l'utiliser. Il s'agit d'attirer des migrants chez soi et de menacer l'UE de les expédier chez elle, à moins que...

"European officials have repeatedly pointed fingers at the Belarusian regime, which is accused of actively helping people smugglers transfer migrants to Lithuania via flights landing in Minsk and with false promises, in what one European official described as a “desperate” move to put pressure on the EU." Politico.eu du 12 août.)

Tinker, Tailor, Soldier, Spy


John Le Carré. Une taupe des Soviétiques a infiltré le comité de direction des services secrets britanniques... Ne pouvant être sûr de personne, l'enquête est menée par l'un de ses membres, récemment mis à la retraite. A son tour, il va devoir infiltrer les services secrets anglais. Qui sont, décidément, une véritable passoire. 

Anti James Bond. Le héros est petit, gros, myope, moche, complexé, sa femme le trompe avec le premier qui passe, ce qui fait les choux gras des Soviétiques, mais il a une intelligence redoutable, c'est un genre de Colombo. Ils sont d'ailleurs tous comme cela dans cette histoire. Leurs qualités professionnelles sont l'envers de sévères failles psychologiques. C'est ce qu'il faut pour faire un métier aussi dangereux ?

C'est aussi l'histoire de Londres au crépuscule. On traverse une Grande Bretagne délabrée, mais qui se croit encore impériale, et qui entretient un service d'espionnage planétaire. Au fond, son complexe de supériorité en fait l'idiot utile des Soviétiques. Car, par leur taupe, et en jouant sur la bêtise des chefs anglais, c'est l'ensemble des services secrets britanniques dont ils tirent les ficelles ! Tout le jeu consiste à faire croire aux Anglais qu'ils ont une taupe à Moscou, et que cette taupe leur donne des informations critiques, pour qu'ils les troquent contre du top secret américain de la plus haute importance, qui va, en conséquence, directement chez les Russes. 

Grande leçon ? Si le succès tenait à la valeur ou à l'intelligence, nous serions tous soviétiques... ou allemands... ou français... ?

(Quant à Tinker, Tailor... c'est l'équivalent de "elle m'aime, un peu, beaucoup...")

mercredi 11 août 2021

Bon plaisir chinois

Investisseur, méfiez-vous de l'imprévisibilité chinoise ! dit le Financial Times. La foudre peut frapper l'entreprise qui suscite l'ire de ses autorités. 

Nos grandes entreprises, effectivement, ont-elles pris en compte ce paramètre ? Que feraient-elles, par exemple, si la Chine envahissait Taiwan ?...

Minitel : exception culturelle ?

Superfail de Guillaume Herner (France Culture) parle de Minitel. A chaque fois que je rencontre un dirigeant étranger un peu cultivé, il me regarde avec un air entendu : "ah, vous êtes français... les inventeurs du minitel !". Le minitel c'est le bonnet d'âne de la France. 

En fait, ce que disait l'émission de Guillaume Herner est que la France avait tout ce qu'il fallait pour inventer Internet. (Le plus curieux est que je pense avoir rencontré le héros de l'affaire.) Ce qui s'est joué est étrange : selon Guillaume Herner, c'est la société américaine dans son ensemble qui a fait réussir Internet, en absorbant (plutôt mal que bien) des idées étrangères, en les transformant en des produits, qui se sont diffusés partout. Quant à la société française, au contraire, elle a tout fait pour tuer l'idée dans l'oeuf ! 

Illustration des travaux de Michael Porter sur "l'avantage concurrentiel des nations" ! C'est la culture qui est créative !

Le tort est pervers

Un sujet que j'étudie actuellement est la PME. Une première série de gouvernements a dit : que la PME fasse place nette à la start up, elle est dépassée. Le gouvernement actuel : laissons une chance à la PME, c'est la législation qui l'handicape. Et moi, maintenant : nos PME sont exceptionnellement créatives. Mais le dirigeant est déprimé. 

Eh bien, nous avons tous quelque-chose en commun : nous prenons le dirigeant pour un attardé. Or, si l'on considère ce qui se passe là où les PME réussissent, on constate qu'elles sont bien moins autonomes que les nôtres. Ce qui fait la performance, ce n'est pas l'individu, mais le groupe. La force des Allemands, c'est le collectif. Ce collectif existait en France (sans que l'on s'en rende compte), il a disparu. Il faut le restaurer. 

Enseignement ? J'ai toujours tort, dit ce blog. Mais, on ne soupçonne pas à quel point le tort est profond. Ce n'est pas parce que l'on voit une erreur chez l'autre que l'on ne partage pas avec lui l'essentiel, erroné. On appartient tous à la même caverne, et il est extrêmement difficile de s'en extraire. 

mardi 10 août 2021

L'ère de la complexité

Un médecin me disait que, concernant l'effet des vaccins, "on pourrait parler des jours". Autrement dit, on ne savait rien. 

Un des grands paradoxes de cette histoire est qu'à l'origine des "théories du complot" que j'ai étudiées, il y a des chercheurs de première dimension. Alors que, de l'autre côté, il y a essentiellement des journalistes. Et l'argumentation des chercheurs ressortit à ce qu'on a appelé un temps le "principe de précaution". 

Ce que le virus a abattu, c'est "l'idéalisme", cette croyance solidement établie chez les Grecs, et chez nos intellectuels, qu'il y a des "vérités" immanentes, que l'on (= l'intellectuel) peut connaître par la "raison". Le virus nous fait découvrir l'empirisme. On ne sait du vaccin que ce que l'on observe, et l'on n'est pas capable d'en tirer des lois justes à tous les coups. En gros, "il semblerait qu'il n'arrête pas le virus mais qu'il en atténue les effets les plus graves", autrement dit qu'il nous permette de travailler, et de consommer, ce qui est la seule chose qui compte pour nos gouvernants. Quant aux effets à long terme : il faut attendre le long terme pour les connaître. 

Ce dont on est le plus sûr, me disait d'ailleurs ce médecin, c'est que le virus a fuit d'un laboratoire chinois. Autrement dit ce qui fut le complot ultime, au début de l'épidémie !

Edgar Morin devrait être heureux : nous découvrons que le monde est "complexe". Car la complexité, c'est justement l'incapacité à comprendre, tout en pouvant agir, mais sans être jamais certain de ne pas faire d'erreur. 

Vaccin et infertilité

Ma fille pense que le vaccin rend infertile, me dit-on. Je n'en reviens pas. Je tiens une théorie du complot. 

Eh bien pas tant que cela. Il y a du sérieux à l'origine de cette rumeur. (Article LCI.) Deux médecins "le Dr Mike Yeadon, qui jusqu'en 2011, est l'un des responsables de Pfizer et le Dr Wolfgang Wodarg, qui, lui, est un épidémiologiste allemand" estiment que les vaccins à ARN messager pourraient attaquer certaines protéines nécessaires au placenta. Ce que démentent vigoureusement d'autres médecins. 

Ce n'est pas tout. La mère ajoute : je suis de la génération Distilbène. Ma mère a été traitée avec ce médicament. Ma soeur a fait des crises d'épilepsie et subit un traitement médical contraignant depuis qu'elle a 14 ans, elle n'a pas pu avoir d'enfants. 

Alors, je trouve ceci : "Le scandale du Distilbène. Le Distilbène est une oestrogène de synthèse qui a été prescrite à 200 000 femmes enceintes en France entre 1948 et 1977 pour prévenir les fausses-couches. Mais chez les filles qu'elles portaient, cette molécule a provoqué des malformations génitales, des problèmes d'infertilité, des grossesses compliquées et des cancers particuliers du col de l'utérus, du vagin et du sein." (L'Express.)

Comment reprocher à quelqu'un qui a connu le "scandale du Distilbene" de craindre que demain il puisse y avoir un "scandale de l'ARN messager" ? Comme le disait Monsieur Macron : "Je ne peux pas vous demander d’avoir confiance en moi après qu’on vous ait menti si longtemps en ne partageant pas les informations, c’est vrai, et donc je pense que la confiance, ça se construit en disant tout, en partageant la totalité, en étant beaucoup plus transparent".

Les pasionarias de la théorie du complot ne feraient-elles pas bien de faire preuve d'un peu de mesure ? 

Littérature et vérité

Et si le roman disait mieux la vérité que la science ? C'est, semble-t-il, une idée reçue chez certains. On cite, à son appui, Proust. 

Or, Proust aurait probablement douté des qualités qu'on lui prête. Puisqu'il ne prétend pas que ses descriptions sont "vraies", mais qu'il est parvenu à trouver, en mélangeant des personnalités et des situations, des traits immuables de la vie. 

Peut-être l'auteur, tout simplement, ne fait-il qu'exprimer les idées reçues de son milieu ? Comme dans les romans d'espionnage, où l'on cherche à ce que l'ennemi confie à une "taupe" les questions qu'il se pose, ce n'est pas ce qu'il dit qui est important en tant que description de la réalité, mais en tant que préjugés de classe ? 

lundi 9 août 2021

La logique de l'oligarque

Ce blog cite un oligarque russe, qui explique qu'il ne comprend pas pourquoi on lui en veut, puisqu'il a joué au même jeu que les autres. Lui a gagné, les autres ont perdu. Il a la récompense qu'il mérite. Eux aussi.

L'oligarchie, au sens russe et actuel du terme, est un fait social. L'évolution de la société a amené au pouvoir une "élite", qui a cru qu'elle devait son succès à son talent. Elle a donc exploité sa position. Elle n'a pas compris qu'elle était là pour remplir une fonction sociale. Orienter un groupe humain. 

Du coup, le dit groupe humain a fini par prendre conscience qu'il avait beau faire ce qui lui semblait son devoir, sa situation se dégradait incompréhensiblement. 

Enseignement ? La division des tâches n'est pas viable. 

Régis Debray

L'autre jour, j'entendais un entretien entre Régis Debray et Alain Finkielkraut. Je l'écoutais parce que Régis Debray est une énigme. Comment a-t-il pu être révolutionnaire, puis devenir, diraient certains, "réactionnaire" ? A la droite du père Charles le grand ? 

Réponse : génération 40. Elle a réagi, en prenant les armes, contre la honte que fut la défaite de 40. Paradoxalement, Régis Debray et l'OAS même combat ? Seulement, deux interprétations différentes du "colonialisme" ? Enfermé dans une geôle, Régis Debray a compris qu'il n'avait pas de leçons à donner aux Indiens d'Amérique du Sud, et qu'il était attaché à sa nation. Heureux, qui, comme Ulysse...

L'entretien se terminait sur un accord entre les deux interlocuteurs : ils veulent réconcilier les Français. 

Rhétorique

La rhétorique art de convaincre, ou, ce qui est différent, de convaincre que l'on dit la vérité. Il y eût un temps où une classe s'appelait comme cela (la première). 

Je me demande si cette classe ne nous manque pas. En particulier aux techniciens. En effet, il est très difficile de savoir ce que l'on croit, et pourquoi on le croit. Bien souvent lorsque l'on nous demande pourquoi on a fait telle ou telle chose, on "rationalise", c'est à dire que l'on cherche une réponse conforme aux normes sociales, que l'on suppose attendue de nous, mais qui, généralement, n'a rien à voir avec la réalité de notre action. (Cf. l'explication formulée par l'amant que le mari découvre dans un placard.) 

Et pourtant, toutes nos actions, à mon avis, obéissent à une logique, tout à fait défendable, bien que, souvent erronée (cf. la devise de mon blog). Seulement, il faut du temps pour la faire émerger (ce qui est l'exercice de ce blog). Apprendre à faire cet exercice était probablement la mission de la rhétorique. 

dimanche 8 août 2021

Stratégie émergente et délibérée

Il y a deux types de stratégies, dit Henry Mintzberg (The rise and fall of strategic planning) : délibérée, et émergente. 

Délibérée : résulte d'une volonté, émergente : c'est le contraire. 

L’erreur que commettent nos gouvernements, probablement depuis au moins un demi siècle, est, implicitement, de croire que l'entreprise ne peut avoir qu'une stratégie délibérée alors qu’elle est, presque toujours, émergente. 

Cela change tout. Car, si un tissu économique ne se développe pas, cela ne vient pas de la bêtise du Gaulois (thèse de notre gouvernement), mais de conditions locales, qui vont « aspirer » l’entreprise. Les clients locaux demandent à leurs fournisseurs de se dépasser, pour pouvoir, eux-mêmes, dépasser leurs concurrents. 

La force de l’Allemagne, ce sont ces conditions locales, de même que celle d’Hollywood ou de la Silicon Valley.  

(Paradoxe : quand on se donne la peine d'étudier l'entreprise française, on constate qu'elle est beaucoup plus "délibérée" que l'entreprise allemande !)

La raison comme bug

En vieillissant, j'ai la désagréable impression que le mode de pensée que l'on m'a inculqué est totalement faux. 

C'est un mode de pensée mathématique. Il y a des situations dans lesquelles "il est évident que". Par exemple, il est évident que M.X fait très bien son travail, il devrait le faire savoir, cela lui apporterait des affaires, dont M.X a terriblement besoin. Mais M.X ne veut pas sortir de son lit. La seule chose qui puisse l'en tirer, c'est que les affaires viennent à lui ! Alors il déborde de vie. Il est méconnaissable. 

Si je persévérais dans la théorie, erreur dangereuse, je dirais que ce que je découvre, c'est la complexité. L'homme obéit à des mécanismes qui sont propres à chacun, et qu'est incapable de comprendre l'universalisme des mathématiques. L'homme est unique et parvenir à le comprendre est un travail à plein temps qui exècre les a priori

Mais, dans un monde complexe, tout est paradoxal. Car mon esprit "d'ingénieur français" n'est pas inutile. En simplifiant la situation, il me donne l'illusion d'apercevoir une lumière au bout du tunnel. Ce qui me donne la force de taper dans les murs et de recommencer. Et finalement, comme dans ces expériences de chiens soumis à des décharges électriques, je finis, par hasard, par toucher le bouton qui coupe l'électricité. 

Rationalité de l'irrationalité

Quand quelqu'un dit à quelqu'un d'autre, "vous savez, il écrit un blog", je suis toujours embarrassé. Je ne cherche pas les lecteurs. Car, je ne pense pas que ce blog soit compréhensible, à quelques synthèses d'ouvrages près, si l'on ne me connaît pas. Et pourtant, je l'écris. En effet, il me pousse à noter mes idées, et c'est en les notant qu'il m'en vient d'autres. Et, savoir qu'elles vont être lues me force à les écrire correctement. Un exercice qui, d'ailleurs, est un plaisir, probablement qui ressemble à celui qu'avait Brassens à écrire une chanson. 

Il semblerait que l'homme, moi en particulier, soit double. Il y a l'homme qui agit, et qui est irrationnel, et l'homme qui se regarde agir, et qui peut trouver du bon à son irrationalité... 

samedi 7 août 2021

Réac Churchill

Conférence, ancienne, sur Churchill (France Culture). Churchill aurait été une sorte de réactionnaire qui en serait resté à l'ère victorienne. En outre, pour lui, l'Angleterre était le champion des libertés, qui organisait la défense contre l'oppression (Napoléon, Louis XIV ?). Les autres hommes politiques eux, étaient... des politiques. Tout était compromis et négociation. En ces temps, il y avait des nationalistes, et des socialistes. Et on s'entendait avec eux. Hitler ? Nationaliste ET socialiste : business as usual. 

Dans cette histoire, ce serait le peuple qui aurait été intelligent. Il a compris que, pour mener une guerre, il avait besoin d'un Churchill, même s'il retardait. Mais, lorsque la guerre s'est achevée, il a fait revenir l'homme politique ordinaire, le dribbler. 

Drôle d'histoire ? Une élite de pendules arrêtées ? N'y aurait-il que la société, qui serait douée d'une réelle intelligence ?

L'intelligence comme fait social

Il faut que je fasse valider par mon chef. "Y a pas d'erreur possible, on est bien en France" dit Depardieu dans Les valseuses. Eh bien, là, il n'y a pas d'erreur possible, on est dans l'administration. 

Lorsque l'épidémie a libéré les hospitaliers ou les enseignants du carcan de leur administration, on a découvert qu'ils étaient formidablement sympathiques, et, accessoirement, compétents et intelligents. Qu'est-ce qui peut donc faire que certains types d'organisations humaines, en particulier la bureaucratie, transforment l'or en plomb, l'être humain en un exécuteur décérébré ? (En "cela" dirait Martin Buber.)

Le sociologue Robert Merton parle de "displacement of goals". On pourrait aussi citer Michel Crozier et, surtout, Kafka. Mais ils n'expliquent pas les causes du phénomène. 

Paradoxalement, c'est peut-être un théoricien du management, Michael Porter et ses "business clusters", qui s'approche le plus d'une solution de l'énigme. Il observe, avec beaucoup d'autres, que l'entreprise tend à faire du "sur place". Ce qui la force à donner le meilleur d'elle-même, c'est son environnement. On dirait son "écosystème". Dans certaines conditions, non seulement il lui fournit les moyens matériels du succès, mais surtout la stimulation intellectuelle qui l'amène à se transcender. 

Et si la raison d'être de la société c'était cela : non donner des ordres à l'être humain, mais créer les conditions de son autonomie ? Et si l'être humain devait rechercher les environnements humains qui vont le mieux le stimuler, le mieux convenir à son type de talent ? 

(PS. Rendons à César... Régis Debray parle de "milieu", ce qui est pour l'homme ce que le cluster est à l'entreprise.)

vendredi 6 août 2021

Changement climatique : risque d'ordre deux

Incendie de batterie. Un risque pour nos voitures, demain ? 

Le combat contre le changement climatique nous amène à adopter brutalement des technologies nouvelles. Or, l'expérience nous dit que tout changement a ses risques. 

On l'a oublié, parce qu'on a fini par maîtriser le risque de celles que nous utilisons, mais, lorsque l'on se plonge dans le passé, on constate que ça ne s'est pas fait sans mal, et que cela a demandé beaucoup de temps. Par exemple, longtemps les chaudières, merveilles de la science, ont explosé. Il en est de même de beaucoup de médicaments, dont on a découvert, après quelques années, qu'ils étaient nocifs. Et peut être même est-ce la cas de la voiture, qui tuait 15 ou 16000 personnes dans ma jeunesse, et encore 4000 aujourd'hui. 

Ce sont ces effets secondaires qui nourrissent le mouvement écologiste, qui est, avant tout, un doute quant au progrès. 

Ce qui serait bien, pour une fois, serait de concevoir le processus de maîtrise des risques en même temps que l'on se met à utiliser la nouveauté...

(Financial Times du 3 août : "Tesla ‘big battery’ fire fuels concerns over lithium risks. Latest incident comes as utilities around the world increasingly rely on lithium-ion to store renewable energy")

The age of innocence


L'aristocratie de New York, dans les années 1870. Monde oublié. Monde inconnu. L'Amérique a ses nobles, qui descendent des familles nobles européennes qui ont fondé le pays. Ils sont extrêmement riches, et oisifs. On s'y marie entre soi. New York est une ville provinciale, qui vit dans l'ombre de Paris et de Londres, paradis sur terre, de liberté et de culture.

Le roman adopte la trame d'Ethan Fromm. Un homme est pris entre deux femmes. Celle que lui a infligé le sort, et celle qui lui révèle sa nature profonde. Il est surtout pris au piège de la société. Dans le cas d'Ethan Fromm, il s'agit de la pauvreté. Ici, ce sont les conventions de l'aristocratie américaine. Comme pour Ethan Fromm, le livre se termine par une pirouette. 

Contemporaine de Proust, elle, aussi, évoque un "temps perdu", mais elle le fait, contrairement à Proust, avec une étonnante économie de moyens. 

jeudi 5 août 2021

Mémoire et changement

Si vous cherchez la définition de "palinodie" dans le Robert, vous lirez : "Les palinodies d'un homme politique." Puis, Proust : "Leurs palinodies tiennent moins à un excès d'ambition qu'à un manque de mémoire". 

Et si l'on se trompait sur la résistance au changement ? Implicitement, on croit que l'individu est agrippé à ses idées, et qu'il va préférer crever que d'en changer. Et s'il n'avait, simplement, pas de mémoire ? Et si c'était, en particulier, le cas de nos hommes politiques ? 

Statut et dépendance

Je pense qu'Edgar Schein se trompe (article sur humilité et complexité). Il aimerait que les forts deviennent humbles, d'eux-mêmes. Erreur classique. Les sciences du management n'ont pas arrêté de nous seriner qu'il y avait des modèles d'entreprises bien plus performants que les nôtres. Qu'avons-nous fait ? Rien. Nous nous laissons couler dans le sens de la facilité. 

Que faire, alors ? Développer les moyens de faire comprendre à l'individu de statut élevé qu'il dépend de la société. 

Des exemples ? Dans Stupeur et tremblements, le groupe de Japonais utilise la faille de l'individu pour lui rappeler qu'il n'est rien, seul. Chez nous, il y a la grève, ou la grève du zèle. 

Et l'individu ? Il a des moyens de dire non, de se faire respecter, même par plus fort que lui. Pour cela, il faut qu'il en appelle à son éthique. C'est ce que montre Maupassant, dans La petite Roque. Un propriétaire terrien, maire de surcroît, veut reprendre une lettre à un facteur, être fruste. Ce dernier refuse, au nom des principes qui lui sont consubstantiels. Il dit non à la menace, mais aussi à la corruption. 

Comment dire non : la clé de la vie dans une société complexe ?

mercredi 4 août 2021

Y a-t-il deux France ?

L'autre jour, je lisais dans politico.eu "Il est plus facile pour une chancelière allemande de lancer des ballons d'essai que pour un président français, dont la parole devient vite loi. Ce niveau de pouvoir s'accompagne de la tâche désagréable d'avoir à faire face à une opposition non pas au parlement mais d'un mouvement protestataire - petit peut-être, mais plutôt radical, et donc bien couvert par les médias."

Je n'avais pas l'impression qu'il était "bien couvert par les médias". Ce qui me fait demander, s'il n'y a pas deux France, celle à laquelle j'appartiens, et celle qui manifeste, et qui est "couverte par les médias", que je n'écoute pas. 

Cela m'a rappelé une conversation avec un voisin qui me disait que les médias avaient appuyé la candidature de M.Macron, alors que je pensais le contraire. 

Cela pourrait aussi expliquer pourquoi des amis se font censurer par les médias sociaux : ils ont la mauvaise opinion, dans le mauvais camp. 

Enseignement ? Le gouvernement n'emprunte probablement pas les bons canaux de communication. Et il n'écoute probablement pas les bonnes personnes...

mardi 3 août 2021

Qu'est-ce qui pourrait bien unir les Français ?

"Les Suédois ont l’intime conviction que leur modèle social est le meilleur et qu’ils sont les meilleurs dans les affaires. Ceci n’est peut-être pas vrai, mais ce sentiment donne de la confiance en soi et aide à regarder l’avenir avec un certain optimisme." (Témoignage

Les peuples du nord semblent soudés par le sentiment d'une supériorité certaine vis-à-vis du reste de l'humanité, en particulier du "club Med", France et autres pays du sud.

Quant à la France, son histoire donne le sentiment d'un étrange aveuglement stupidement fratricide. Les pays du nord auraient-ils raison ? Doit-on, avec M.Macron, déplorer de ne pas être danois ? (Où l'on voit au passage que M.Macron est bien français : tirer contre son camp est inconcevable au nord de l'Europe.)

Bill Belt, grand spécialiste du management, qui connaît bien la France pense, lui, que nous avons une force unique, surprenante : nous savons "penser en parallèle". C'est le bon côté de l'individualisme français : chacun n'en fait qu'à sa tête. Cela nous permet d'être extraordinairement plus efficaces que les autres peuples qui "pensent en série", qui ont besoin de procédures pour organiser l'action collective. 

Et si comme je le dis du club que j'anime, les Français étaient "des libertaires fédérés par des projets communs" ?

Industrie 4.0 : autre chose qu'une mode ?

Il y a cinq ou six ans, quand on m'a parlé d'Industrie 4.0, j'ai été surpris que cette idée resurgisse. Alors, quand je l'ai, de nouveau, retrouvée dans un rapport... 

Et pourtant, j'ai peut-être à nouveau tort. Pour diverses raisons, il faut "relocaliser". Or, par ailleurs, on n'a plus de terre à bâtir, écologie oblige, et l'éducation nationale ne produit que de gros intellects désabusés, qui ne trouvent plus de sens à la vie, et encore moins à l'industrie, surtout quand elle est à la campagne. 

L'industrie 4.0, c'est à dire une automatisation féroce, est une réponse à tout cela. Pour être compétitive, l'industrie, si elle veut rester en France, doit être performante, et surtout ultra intelligente. Elle doit retrouver le chemin du gain de productivité. Elle doit aussi occuper le bâti existant, et elle doit être plus séduisante que les start up, pour attirer le diplômé. 

Pour autant, cette Industrie 4.0 n'est pas un coup de marketing. Un des grands changements de notre temps, qui a été pauvre en innovation, c'est la démocratisation des logiciels les plus sophistiqués. (Témoignage.) Il y a de quoi faire beaucoup, pour pas cher. A condition d'être intelligent. 

lundi 2 août 2021

Aristote et Hegel juges de notre temps ?

Hegel aurait-il vu juste ? L'histoire récente de l'humanité semble être "dialectique" :

Après guerre, il y a eu l'ère technocratique. On savait ce qu'était le "bien", la société était organisée, de manière hiérarchique, pour le réaliser. Nous avions tous une marche à suivre. Pas question de s'en écarter. C'était le véhicule autonome avant la lettre. Ce modèle est arrivé en buttée, dans les années 70, 80. Puis, après un moment de flottement, avec l'effondrement de l'URSS, tout ce qui entravait le mouvement libertaire qui avait secoué le monde en 68 a disparu, et l'économie de marché a triomphé. Après la rigidité technocratique, le "nanny state", c'était, à proprement parler, l'anarchie, l'extrême inverse ! Plus de règles, des volontés s'entrechoquant feraient le meilleur des mondes, lisait-on. Le monde des brutes. Il y avait, tout de même, un point commun entre les deux opposés : l'hypothèse implicite d'un être décervelé. 

Le virus a sonné la fin du marché. Qu'est-ce qui va le remplacer ? Il semble qu'il faille en appeler à Aristote, pour répondre à cette question. Entre les "extrêmes", il y a le "juste milieu", l'endroit de la sagesse, dit Aristote.

Entre les extrêmes, technocratie et anarchie, il y a la société, ce que l'on appelle aussi la "liberté positive" : le juste nécessaires de culture collective qui stimule l'intelligence individuelle. 

Voilà, probablement, ce qui pourrait être le plan de route des nouvelles générations : trouver ce que tout ceci signifie, concrètement, et le mettre en oeuvre. Parviendrons-nous alors à la "fin de l'histoire", entrevue par Hegel ? L'homme sortira-t-il de son "aliénation", qui l'amène à se taper sur la gueule ? Aura-t-il la révélation de la "fraternité" ? 

Mais cela, c'est peut-être une autre histoire. 

Le temps retrouvé

J'ai pensé, comme beaucoup de mauvais lecteurs, que la fin me donnerait le sens de l'oeuvre. J'ai donc lu Le temps retrouvé de Proust. Le crime ne paie pas : ce livre est un naufrage. 

Une raison en est qu'il a été reconstitué après la mort de Proust. Si bien que certains passages n'ont pu être décryptés, et que l'enchaînement entre passages prête à confusion. Il me semble qu'il y a des incohérences et des répétitions. 

Mais, après tout, Proust ne disait-il pas qu'il connaissait la fin de son livre, avant de se mettre à l'écrire ? Eh bien, je ne suis pas convaincu que ses idées n'aient pas changé en cours de route. Car elles me semblent confuses. Or, ce qui se conçoit bien...

De quoi s'agit-il ? En gros, le narrateur retrouve la société qu'il a décrite jusque-là, après une longue absence. Tout a changé. La vieillesse a fait des ravages. Et l'ordre social est sens dessus dessous. Les escrocs d'hier sont les gloires d'aujourd'hui, et les personnalités qui dominaient, hier, la haute société, sont oubliées, ou ridiculisées. Lui-même est un raté, ce qui n'a pas changé. Mais il a une illumination : il porte une oeuvre. Et cette oeuvre, c'est la madeleine. Dans ce qui semble une récupération de la pensée grecque (pour les nuls ?), Proust estime qu'il existe des vérités immanentes, les "idées", et que ces idées, d'ailleurs, sont matérialisées par les dieux antiques. Le rôle de l'artiste est de les révéler. Ce faisant il révèle, aussi, la réelle nature du "temps", que nous masque les artifices de la société et de la raison. Ce qui semble être, cette fois, la théorie de Bergson, son cousin. C'est ainsi, probablement, qu'il faut interpréter "temps", dans "temps perdu" et "temps retrouvé" : la véritable nature du "temps". Malheureusement, toute son oeuvre dépend de sa mémoire, et, comme moi, il la perd. Et la mort s'approche, qui pourrait l'empêcher de mener à bien sa mission. 

Malheureusement, aussi, ses vérités éternelles me semblent un tissu de banalités. Ce qui me plaît, ce sont des phrases comme : "ces vieux archevêques sur lesquels il n’y a de solide que leur croix métallique et vers lesquels s’empressent les jeunes séminaristes". C'est brillant, élégant, léger, impertinent. De même son analyse de la guerre de 14, dont il voit l'arrière, est remarquable. Mais ces moments de grâce sont rares. 

Pour moi, Proust est un anthropologue. Il a le talent de faire revivre une époque. Il pratique la "thick description" de l'anthropologue Clifford Geertz. Et, probablement, pour peu qu'il s'en donne la peine, d'en voir les dessous avec une surprenante honnêteté intellectuelle. L'innocence de celui qui voit le roi nu. 

Le plus curieux dans cette oeuvre est sa séduction. Quand on la compare à celle de Tolstoï, de Joyce ou de Virginia Woolf, qui traitent, eux aussi, du temps et de l'instant, elle paraît extraordinairement mal construite. Ce sont eux les artistes, pas lui. Et pourtant quand on a lu Proust, tout semble faux. Une idée de Bergson : l'artiste ne peint pas le monde, il en change notre perception ? 

dimanche 1 août 2021

Le vaccin : dangereuse illusion ?

Qu'est-ce que l'expérience du monde a à nous apprendre de la lutte contre le virus ? (Article.)

Cela n'a pas filtré dans la presse (pourquoi ?), mais les scientifiques ne s'attendaient pas à ce que le vaccin arrête l'épidémie. Il ne pouvait que réduire le nombre de cas graves. Le vaccin cherche à protéger l'individu, il n'arrête pas la propagation. A Singapour, qui est en première ligne, trois quarts des personnes infectées sont vaccinées. La force du variant delta, résultat de la sélection naturelle ?, est qu'il se diffuse beaucoup plus rapidement que les versions précédentes. Curieusement, il semble s'être adapté au vaccin...

En effet, la mesure la plus efficace pour éviter que l'épidémie se répande demeure la "distanciation sociale". Or, les vaccinés se croyant protégés, vivent comme avant. (La meilleure raison de se faire vacciner : se protéger du comportement irresponsable des vaccinés ?)

Voilà qui ne va pas simplifier la communication de notre gouvernement.

Comment créer un cluster ?

Les billets précédents disent que le cluster fait des miracles. Peut-on créer des clusters ? 

La France possède des clusters, que je suis en train d'étudier. Leur succès vient, selon moi, de deux caractéristiques :

  • Une volonté. Un cluster est une histoire de dynamique de groupe. Cela démarre d'un noyau d'entreprises, parfois d'un seul entrepreneur. Puis, succès après succès, par bouche à oreille, d'autres entreprises s'agrègent. Phénomène un peu mystérieux, qui demande du temps, et ne peut se brusquer. 
  • Une animation. Les clusters français ont tous un dispositif d'animation qui présente les caractéristiques d'un "leader du changement", au sens des travaux sur le sujet d'universitaires comme Philip Kotter. Plus exactement de ce que Isaac Getz appelle "leader jardinier". Pour progresser le cluster a besoin que son mouvement soit organisé, coordonné. Mais cela ne peut se faire que par un travail de groupe. Il faut donc "quelque chose" qui fasse émerger le besoin collectif, puis qui organise la recherche de la méthode pour y répondre, et, finalement, fasse émerger le processus de mise en oeuvre de cette méthode. Cela demande un talent, qui n'est pas donné à tout le monde. 
Alors, peut-on créer des clusters ? On peut créer des conditions favorables, mais pas forcer le succès. 

L'exemple type est celui de la "Shop expert valley". La chambre de commerce locale a détecté un ensemble d'entreprises, qui ne se connaissaient pas, mais qui partageaient un même métier, unique en France : l'équipement des commerces. (Après coup, on a découvert qu'elles descendaient toutes de la même entreprise, pionnière de l'activité dans les années 60). Elle a mené une enquête pour connaître ces entreprises et leur demander leur intérêt pour un cluster, sachant qu'elle voulait qu'il soit aussi rapidement que possible autonome. Il a fallu quelques années, mais, petit à petit, les entreprises ont trouvé des sujets de coopération. 

Il est probable que cette coopération soit une bonne idée : les commerces mondiaux ont été secoués, mais pas tués, par le commerce électronique. Les boutiques doivent s'adapter, et se transformer. Il y a ici des enjeux numériques et environnementaux. Comment, seule, une TPE, qui ne fait que la production, pourrait-elle tirer parti d'une telle transformation ?