lundi 30 avril 2018

Le changement selon Obama ?

Barack Obama aurait été dans le droit fil des luttes sociales du 68 américain, disait un invité de l'émission dont il est question dans mes précédents billets. L'élection de Donald Trump a marqué un recul brutal.

Mais, qu'a fait Barack Obama ? me suis-je demandé. Certes, son opposition a eu l'habileté de bloquer ses mouvements, alors qu'initialement il avait une majorité absolue. Mais il n'a pas semblé faire de grands efforts pour imposer ses idéaux. Et si M.Obama et le parti des intellectuels croyaient qu'il suffisait "d'être", de tenir quelques beaux discours, pour que le monde change ?

("Le changement c'est maintenant" ?)

Les idéaux de 68

Le printemps de Prague a été l'envers du 68 français. Alors que les étudiants français voulaient renverser l'ordre bourgeois, à Prague on voulait renverser le marxisme, pour profiter des bienfaits de la société (petite) bourgeoise (élire ses représentants, pas de censure, pas de pénurie alimentaire...). On entendait cela dans l'émission dont il est question dans mon précédent billet.

On parle très sérieusement des "idées de 68". Mais quelles idées ? N'ont-elles pas été qu'une excuse à un mouvement d'humeur ? D'ailleurs, le parcours des "intellectuels" de l'époque, type Cohn-Bendit, en gros de Mao à Macron, ne montre-t-il pas que, pour eux, les idéaux ne sont là que pour justifier leurs intérêts du moment ?

A bas les mandarins !

68, révolte contre les "mandarins". France Culture consacrait plusieurs émissions à ces événements. Une fois de plus il ressort que les jeunes étudiants trouvaient que leurs enseignants étaient insupportables. Ils n'étaient pas au courant des idées à la mode à l'époque, et ils n'écoutaient pas leurs élèves. De vieux cons, autrement dit.

Qu'en était-il ailleurs ? me suis-de demandé. J'ai pensé à ma famille. Une partie est faite de paysans corréziens, qui sont devenus ouvriers. Mais qui, probablement, n'avaient jamais renoncé au rêve de revenir à la ferme. Ils étaient des gens de devoir. Ils n'avaient pas eu une vie facile, mais ils ne s'étaient jamais rebellés. Et ils s'attendaient certainement à ce que leurs enfants fassent comme ils avaient fait vis-à-vis de leurs propres parents. Ils croyaient aussi, peut-être, inconsciemment, que les dits enfants leur seraient reconnaissants d'avoir pu étudier. (Pour cela, ils exagéraient leur mérite, car l'éducation s'était répandue.)

68 serait-il lié à un changement social ? Les codes de la France rurale sont entrés en conflit avec les attentes d'une France d'intellectuels ?

(D'où il ressort aussi que je suis un prof soixante-huitard. Je considère mes élèves comme des égaux. Mais pas eux. Ils préfèrent à mes exercices de simulation que je leur raconte des histoires...)

Trompeuse raison ?

Je me suis toujours méfié de la philosophie et des démonstrations de mathématiques. Elles donnent une satisfaction suspecte. J'y ai toujours senti une menace d'aliénation.

Les fonctionnaires chinois étaient sélectionnés en fonction de leurs talents poétiques. La raison semble capable de créer un univers totalement artificiel, accessible seulement à quelques-uns. Le pouvoir de séduction qu'il exerce sur les autres leur fait accepter le statut d'inférieur. C'est ainsi que l'on peut fonder un équilibre social stable ? Seulement son artificialité finit toujours par être démentie par les faits.

Voilà la théorie qui justifie ma méfiance vis-à-vis des paradis artificiels.

dimanche 29 avril 2018

Raison de la raison

La raison rendrait-elle les hommes idiots ? Aussi bien les philosophes des Lumières que Heidegger, Nietzsche ou Hegel croyaient qu'ils avaient trouvé l'explication ultime du monde, de la vie ou autre. D'où : massacrez, vous avez notre absolution ? Et si le rôle de la raison était de prendre le contre-pied des mouvements de foule, pas de jeter de l'huile sur le feu ? Et si la solution à un problème n'était pas à chercher dans le passé, mais à inventer ?

Le rôle de la raison, c'est de nous forcer à faire du neuf, en montrant l'échec du vieux ? C'est d'épuiser ses raisons ? C'est ainsi que se créent les conditions d'émergence de l'avenir ?

Principe d'une éducation efficace ?

"Il y un "rapport vital de l'interprète à la chose dont parle directement ou indirectement ce texte"" (phrase de Bultmann, citée par Paul Ricoeur, cité par Jean Grondin.)

Prolongement du billet précédent. Il semble que l'on ne puisse pas "comprendre" si l'on n'a pas déjà une intuition de ce que l'on doit comprendre. Pour trouver, il faut chercher. Et, d'ailleurs, on ne trouve pas toujours ce que l'on cherche (jamais ?), mais ce n'est pas grave.

Et si cette idée était le principe d'une éducation efficace ?

Explication

On raconte que le physicien Paul Dirac faisait une démonstration. Un des auditeurs l'interpelle : je ne comprends pas ce que vous écrivez en haut à gauche. Dirac continue. Pourquoi ne répondez-vous pas ? lui demande-t-on. Parce que c'était une affirmation, pas une question, dit-il.

J'ai longtemps cru que l'on devait répondre à toutes les questions. J'ai fini par constater que ce n'était pas efficace. Pour comprendre quelque chose, il faut que les circonstances soient favorables. Les personnes qui m'ont été le plus utiles m'ont dit des choses que je n'ai pas comprises.

samedi 28 avril 2018

La malédiction de la richesse

Un proche est très affecté par la transformation d'un ami. Alors que ce dernier était simple et charmant, depuis qu'il est devenu formidablement riche (c'est un entrepreneur qui a vendu une partie de son capital), il est totalement différent.

Moi aussi, j'ai rencontré ce phénomène. Au départ, on aurait pu parler de génie. L'homme transforme, seul contre tous, un métier. Ses idées sont extraordinairement brillantes et surprenantes. Elles sont à la fois simples et révolutionnaires. Je ne peux rien faire d'autre qu'être éperdu d'admiration. Mais il réussit. Et, alors, il n'y a pas d'autre mot, il devient con. L'innovateur se mue en infect donneur de leçons, stupides. Car s'il était un expert de son domaine, il ne connaît rien au monde. Il a des idées du café du commerce. Le révolutionnaire se transforme en (néo)conservateur. L'humilité laisse la place au contentement de soi. Il a peur. Il s'isole. Et, souvent, il se détruit physiquement.

Difficile d'expliquer ce qui se passe. C'est un peu comme si la mécanique qui lui avait permis de réussir tournait désormais à vide, et se retournait contre lui. Le pouvoir absolu corrompt absolument ? Et si c'était l'adversité qui nous rendait sympathiques ?

Qu'est-ce que la base ?

La base de FO veut en découdre avec le gouvernement. Le nouveau dirigeant du syndicat la représente. J'ai entendu cela, hier, chez France Culture.

Qu'est-ce qu'une base ? Souvent, c'est une minorité agissante. Est-elle représentative de la majorité ? La question n'a probablement pas beaucoup de sens. Tout ce qui compte, c'est, qu'effectivement, elle obtienne ce qu'elle veut. La majorité se trouvera devant le fait accompli. En fait, notre régime politique est probablement peu démocratique. Mais, dans certains cas, la majorité peut aussi faire entendre sa voix. En "creux". Paradoxalement, par l'inaction. Car la minorité peut avoir besoin de la majorité. Et cela peut être le cas pour les syndicats. En effet, leur problème est qu'ils n'ont aucune représentativité. Leurs adhérents sont peu nombreux et en grande partie des professionnels du syndicalisme. S'ils veulent survivre, ils doivent étendre leur base...

vendredi 27 avril 2018

Velib

Plus de Velib, depuis que la Mairie de Paris a changé de concessionnaire. Vu de loin, cela ressemble à un scénario habituel. Un donneur d'ordre public, qui n'a aucune idée des réalités de la vie, et qui conçoit des utopies. Et des fournisseurs qui lui disent ce qu'il a envie d'entendre. Le tout c'est de décrocher le contrat, ensuite on verra. Finalement, les réalités se rappellent à eux, et c'est le désastre. Attendez les Jeux olympiques, vous n'avez encore rien vu ?

Peut-être aussi a-t-on voulu favoriser une petite entreprise, plutôt qu'une grosse ? Sans savoir qu'il est plus facile à une grosse de mettre en oeuvre un grand projet qu'à une petite ? En revanche ce qu'il y a de curieux dans cette histoire, c'est que l'on n'y emploie pas la "stratégie de l'avenant". La pratique du BTP est de décrocher un contrat coûte que coûte, puis, une fois en place, en améliorer la rentabilité, par des avenants. C'est ainsi que le prix du projet finit souvent par être de plusieurs fois ce qu'il était dans le contrat initial.

Ici, la mairie inflige des pénalités à son sous-traitant, et celui-ci l'insulte dans les journaux.

Décidément, le Vélib est une affaire d'amateurs ?

(Article du Monde.)

Communication présidentielle

Tu avais une petite mine. Tu avais une belle cravate. Un présentateur de télé me parlait un jour de sa frustration. Ce qu'il disait semblait laisser indifférents ses proches. Seul les intéressait ce à quoi il semblait.

C'est le paradoxe de la communication. Ce ne sont pas les mots qui font le message reçu par l'auditeur. Je crois que c'est ce que sait M.Macron. Alors, il parle en actes. Quel message veut-il faire passer ? Je fais respecter les lois, je défends mes idées ? Je suis courageux, moi ?

Le retour des majorités

L'extrême droite casse la grève ! disait France Culture, il y a quelques semaines. Un groupuscule s'était battu avec des grévistes d'une université. Curieusement, France Culture ne s'était pas ému que des étudiants puissent bloquer une université et empêcher leurs camarades d'étudier.

Ce que 68 a révélé est qu'il était normal de faire grève, de bloquer des universités, de casser du matériel, de frapper des policiers... Aucune justification n'était demandée, et l'irresponsabilité était garantie. Les fonds publics dédommageaient les sinistrés. Il n'est peut-être pas étonnant que l'on ait tant parlé de "minorités" depuis lors. Tout leur était permis. Ce qui est étrange, lorsque l'on pense que le mouvement a démarré sous un général. Aurait-il été un faible, sous des dehors de matamore ?

Voilà qui est peut-être en train de changer. Passerions-nous de l'ère des minorités, à l'ère de la majorité ?

(L'économie parle de temps de cycle de 60 ans, en serait-il de même pour les changements sociaux ?)

jeudi 26 avril 2018

Nouvel entrepreneur

Un nouveau type d'entrepreneur est apparu ? Fraichement diplômé de Normale sup ou polytechnique, un pèlerinage aux USA, dans une de ses meilleures universités (un concept typiquement français), lui a révélé sa vocation : entrepreneur et héros de la transformation numérique. Il va remplacer les hommes par des ordinateurs. C'est "l'ubérisation".

Sa réussite  ? Avoir trouvé un investisseur. Facile : il appartient à une communauté de diplômes et de pensée qui possède les finances mondiales.

Le mouvement a débuté lors de la bulle Internet. "Révolution culturelle" ? Notre élite technocratique s'empare du monde, pour la transformer par la puissance de son intellect ? Que donnera le contact avec la réalité ?

De la vie heureuse

Quatre-vingt dix pages et deux euros. Introduction sans peine à la pensée des Stoïciens, ai-je pensé, d'abord. Puis : quel Tartuffe, ce mec ! Car, on trouve toute une tirade étonnante, dans laquelle il dit tout ce qu'on lui reproche. En particulier, d'être un des hommes les plus riches de son temps. Facile dans ces conditions d'écrire : satisfaisons-nous de notre sort ! On croirait entendre un de nos oligarques parler au pauvre : contente-toi de ce que tu as, et surtout ne viens pas contester mes possessions. Il s'excuse : au moins, j'essaie de me corriger, tout le monde ne peut pas en dire autant ; et faites ce que je dis, pas ce que je fais.

Mais que dit-il ? "On vit mal quand on ne sait pas bien mourir". Belles formules creuses, le style a plus d'intérêt que le fond ? Sénèque, auteur pour version latine, pas philosophe pour un sou ? Mais ce n'est peut-être pas aussi simple que cela. Le stoïcisme semble une philosophie de la liberté individuelle, d'aristocrate. Et cela ne va pas sans quelques subtilités. C'est une lutte contre l'aliénation, contre ce qui fait perdre le contrôle de soi. Mais s'il ne faut pas se faire piéger par la société, il ne faut pas non plus s'en exclure ! De même, c'est une philosophie austère, mais qui ne refuse pas le plaisir, s'il est honnête. Le plus curieux c'est l'objet que Sénèque donne à la vie. Ce n'est pas apprendre à mourir, ou bien mourir, mais atteindre au "sublime". La vie comme esthétique ? Le soixante-huitard, ivre de liberté individuelle, aurait-il mieux fait de lire Sénèque que Mao ou Lénine ?

("La mort a été pour eux un passage à l'immortalité". Le sublime semble tout de même souvent dans les belles morts.)

mercredi 25 avril 2018

Danger : célibataire

On croyait que c'était un Jihadiste, c'était un célibataire. Un Canadien tue une dizaine de personnes. Il révèle une minorité opprimée : les célibataires laissés pour compte (INCELS, en anglais). (Article du Monde.) La police va-t-elle être contrainte d'inventer la fiche C, pour célibataire ?

Exemple d'énantiodromie ? Alors que l'on ne parle que de défendre les minorités, jamais les minorités ne se sont senties aussi mal et n'ont eu autant envie de faire sauter la société ? Vive l'intégration ?

Information

Je vais des informations de France Culture à celles de France Info, à la recherche de la météo. Au passage je capte une même information et deux interprétations différentes. Dans les deux cas, il s'agit du gouvernement. Pour France Culture, M.Macron fait des concessions à M.Trump, dans l'affaire iranienne, et le premier ministre va recevoir les syndicats de la SNCF, ce qui montre qu'il recule, commente un syndicaliste. France Info interroge un chercheur. Il explique avoir lu la presse américaine, qui parle de discussions complexes entre MM.Macron et Trump. Il n'est pas possible d'en tirer une conclusion à l'emporte pièce. Quant à la SNCF, le premier ministre reçoit les syndicats pour parler de la dette de leur société, pas de la grève en cours. Ce qui, à l'envers, peut faire penser que le syndicaliste de France Culture prend ses désirs pour des réalités, et que c'est lui qui est sur le point de craquer.

Qui croire ? En tout cas, cela montre à quel point il est facile de manipuler l'information.

Entrepreneur : comment réussir ?

Qu'est-ce qui fait réussir un marchand de journaux ? La question m'a été posée il y a une quinzaine d'années, par le Syndicat de la Presse Quotidienne Régionale. Après un peu plus d'une centaine de rencontres, je suis parvenu à une réponse inattendue : l'optimisme. Le métier est extrêmement dur. Or, il y a des gens qui ne voient que le bon côté de l'adversité ! C'est extrêmement surprenant. Généralement, ce sont des autodidactes. Initialement avoir fait des études poussées semble un handicap. Les choses changent lorsque l'entreprise dépasse un certain seuil (on passe de la TPE à la PME), la rationalité donne alors un avantage concurrentiel.

J'ai retrouvé ce phénomène dans d'autres secteurs. L'entrepreneur qui réussit est beaucoup plus une personne d'instinct que de raison. Peut-être aussi que le fait de n'avoir pas fait de brillantes études le met à des positions où il est au contact de là où se trouve l'innovation : au ras des pâquerettes ? Et le force à apprendre un métier, même s'il ne s'en rend pas toujours compte.

Un moment critique est le passage de la phase instinctive à la phase rationnelle.

(J'ai aussi rencontré des surdiplômés qui étaient fort peu rationnels, et entrepreneurs.)

mardi 24 avril 2018

Keynes, démon tentateur ?

Gouverner, c'est pleuvoir, disait François Hollande. Pour Keynes, c'était dépenser. Un homme politique peut-il résister à une justification "scientifique" du clientélisme ? Que lui doit notre situation actuelle, sachant que durant des décennies les gouvernants furent keynésiens ?

Quelle est sa justification ? Paul Krugman donne un exemple de sa bonne marche. Des étudiants organisent un partage de gardes d'enfants au moyen d'un système de coupons. Pas assez de coupons. On tésorise. Le système se bloque. On imprime du coupon, ça redémarre.

Le keynésianisme semble donc être un remède à une des maladies du système monétaire. Mais ce n'est pas une panacée. En économie, comme en médecine, rien ne peut être systématique.

Joie

Et si "joie" avait une acception qui ne nous est plus familière ? Bergson semble en parler comme s'il s'agissait d'un sentiment ultime. "La joie" est un roman de Bernanos, aussi. La joie serait ce qu'éprouve le grand mystique, le bienheureux. Pour nous la vie est faite de bien des désagréments. Ce que j'appellerai, laidement, la résistance au changement. Lui, voit dans ces obstacles, apparemment irrationnels, un petit signe que nous fait Dieu. La beauté du monde. Il en comprend la signification. Loin d'être un obstacle, ils le guident sur le chemin du progrès. Peut-être est-ce ce qu'entend Bach par "Jesus que ma joie demeure" ? Bach est parvenu à la maîtrise ultime de son art, qui ne peut-être qu'un don de Dieu ? Et qui lui procure un bonheur délicieux ?

Les personnages des films de Bresson semblent aussi des mystiques joyeux. Jusque dans les années 60, l'art paraît avoir été parcouru par un courant mystique. Depuis, la joie nous a fuis ?

(La joie de "fille de joie" viendrait-elle, par dérision, de cette acception ?)

lundi 23 avril 2018

En marche sur l'eau ?

Emmanuel Macron pourrait-il refaire en Europe, ce qu'il a fait en France ? Les partis européens se disloquent, et il pourrait en rassembler bien des morceaux ? Et, de 0, se retrouver à la tête du plus gros parti européen ?

Bergson faisait du progrès une lutte de l'esprit contre la matière. La plupart d'entre-nous sont arrêtés par la matière, les obstacles. Les "mystiques", non. M.Macron serait-il, dans son genre, un mystique ?

La fabrique industrielle du génie

​“It is safer to have a whole people respectably enlightened than a few in a high state of science and the many in ignorance.” "Il est plus sûr d'avoir un peuple entier raisonnablement éclairé qu'une minorité très instruite tandis que la multitude reste dans l'ignorance." (Thomas Jefferson, traduit par Jean-Jacques Auffret.)

Tocqueville et Flaubert auraient probablement eu des doutes quant à cette affirmation. La situation actuelle explique leurs raisons. Peut-être en France plus qu'aux USA, nous avons un peuple "raisonnablement éclairé". Mais cela a un prix : l'effondrement du niveau de notre élite. En effet, contrairement à ce que l'on dit, le génie ne résulte pas d'une mise en concurrence du nombre le plus grand possible, mais d'une concentration de nos moyens d'enseignement sur quelques individus, quasiment n'importe lesquels (ce qui a été le cas jusqu'ici). Au fond, la naissance a très peu d'influence sur le génie. En revanche, il n'y a pas de génie sans sélection (aléatoire !).

De même que le cinéma a remplacé le théâtre, nous avons peut-être une découverte à faire. Comment utiliser les moyens dont nous disposons pour que quelques individus puissent, à nouveau, avoir un concentré de formation, et deviennent, à nouveau, des génies ?

Paul Ricoeur

Double exploit. Un Que sais-je intéressant et un philosophe qui écrit simplement. Explication : le dit philosophe est canadien, pas français.

Son sujet : Paul Ricoeur. En ces temps de célébration de mai 68. Il est à propos de parler de lui. Car il en a été un des résultats. Il était doyen de l'université de Nanterre en ces temps glorieux. Et ses étudiants l'ont coiffé d'une poubelle. Si bien qu'il est parti enseigner ailleurs. Aujourd'hui, on se demande si, à côté de Daniel Cohn Bendit, Paul Ricoeur ne serait pas un philosophe parmi les plus grands.

Paul Ricoeur s'est nourri de la pensée allemande. Mais il en a montré la faille, qui se retrouve dans l'oeuvre de Sartre : c'est une pensée de la mort, et de l'achèvement. Elle cherche une solution ultime. De ce fait elle débouche sur le nihilisme (ce qui lui a fait jeter de l'huile sur le nazisme, pourrait on ajouter). Ce faisant, elle rejoint la science. La science croit qu'il n'y a pas autre chose que ce qu'elle voit. Comme elle ne voit rien, il n'y a rien.

Paul Ricoeur est un philosophe de la vie, et le propre de la vie, c'est l'inachèvement. Car la vie est invention. Pour lui, il y a quelque-chose "au delà" de ce que l'on voit. On y a accès par l'herméneutique. C'est à dire par l'analyse du sens, non immédiat, des récits produits par la société. (Par exemple Blanche neige peut être une histoire pour enfant, ou une métaphore des saisons, et peut-être bien plus encore.) L'homme n'est ni totalement déterminé, comme le croit la science, ni un démiurge, comme le croit l'entrepreneur américain. Le progrès de la vie vient, subtilement, du mélange du volontaire et de l'involontaire. Comme le dit Spinoza, l'homme et la nature possèdent un élan vital, qui les pousse à aller de l'avant, c'est ainsi qu'il faut entendre "volonté". Mais leur chemin est parsemé d'épreuves. Ces épreuves ne sont pas les énigmes du sphinx. Elles n'ont pas de solution. Ce sont des occasions de créer ce qui n'était pas encore concevable. Ce sont ces moments de création qui font avancer l'horloge du (vrai) temps. Et c'est cette avancée, ce progrès, que racontent nos récits, et que décode l'herméneutique. C'est ainsi que l'on peut aller au delà de ce que voit la science moderne, et retrouver la pensée antérieure, la pensée du sacré, mais grâce à des outils de notre temps, scientifiques. C'est ainsi que l'on peut retrouver l'espoir, une "seconde naïveté".

dimanche 22 avril 2018

French Tech et omelette

Que sort-il de la French Tech ? Rien. Le Monde l'explique : la French Tech a créé une nuée de start up, mais aucune ne grandit. Rendez-nous notre argent public ?

Et si le gouvernement avait eu autre chose en tête ? La French Tech a transformé notre image. Nous étions des braillards, des accros de l'avantage acquis, des attardés pathologiques, nous sommes maintenant dans le coup. Surtout, finie la France bureaucratique, à elle l'entrepreneuriat. Et on ne passe pas du statut de fonctionnaire à celui d'entrepreneur en un claquement de doigts. Des pertes massives sont inévitables. On ne fait pas d'omelette sans casser d'oeufs. Au moins, l'omelette, ça c'est de la French Tech.

(Pourquoi nos start up ne grandissent-elles pas ? Mon explication : nos entrepreneurs sont des salariés dans l'âme. Ils cherchent un job sympa. L'Etat et les fonds d'investissement leur versent un salaire pour faire ce qui leur plaît. Le changement demande un changement de mentalité. Il surviendra le jour où nos entrepreneurs-diplômés, à cours de fonds, comprendront qu'ils ne peuvent plus trouver d'emploi salarié ? Machiavélique gouvernement ? Autre spécialité française ?)

Clémenceau Macron ?

M.Macron a adopté la technique de Clémenceau. Il interpelle ses opposants et lutte pied à pied pour défendre ses idées. C'est une hypothèse. Et, en outre, comme Clémenceau, il fait respecter la loi, dans les universités ou ailleurs.

J'entendais l'autre jour des journalistes débattre de son dernier débat avec des journalistes. Ils disaient, d'une certaine façon, que M.Macron, paradoxalement, en revenait aux principes de la démocratie. Car la 5ème République n'a rien de démocratique. Ce qui est compatible avec mon hypothèse Clémenceau : Clémenceau fut le champion de la démocratie parlementaire, l'homme dont les discours à la Chambre renversaient les gouvernements.

Et si, après M.Trump, M.Macron faisait advenir le rêve du démocrate militant, que celui-ci a été incapable de réaliser lorsqu'il était au pouvoir ?

(L'émission de France Culture dont il est question plus haut avait retrouvé un étrange enregistrement de la préparation d'une interview de G.Pompidou par J.M.Cavada. Ce dernier, non seulement expliquait ce qu'il allait demander, mais ne savait plus que faire pour ne pas froisser le président...)

samedi 21 avril 2018

Trump, prix Nobel

MM. Donald Trump et Kim Jong Un vont-ils recevoir le prix Nobel de la paix ? Si la Corée du nord met un terme à son isolement, et signe un armistice avec la Corée du sud, cela serait naturel.

Voilà qui serait un affront à nos démocrates militants, un nouvelle enterrement de Mme Clinton, et un étrange paradoxe. Si tu veux la paix, prépare la guerre ?

Société post intellectuelle ?

Triste France Culture ? Elle dénonce les dérives du monde, mais personne ne s'en soucie ?

A un moment, le monde semble avoir été guidé par ses idées. Et puis, on s'est rendu compte qu'il se passait des choses qui les contredisaient. Ses paroles étaient inopérantes ? Et l'intellectuel a commencé à découvrir que son prêche rencontrait le désert. L'intellectuel a deux armes. Ses idées d'abord. Mais pour qu'elles soient agissantes, il faut qu'on les croit. Ensuite, il va au secours du chaos et des luttes sociales triomphantes. Mais, là encore, rien ne va plus.

Ne faut-il pas s'inquiéter de ce qui va suivre ? La raison va-t-elle faire les frais du naufrage de l'intellectuel ?

vendredi 20 avril 2018

Paradoxe de l'écologie

J'ai été surpris de découvrir la puissance du ministère de l'écologie. Il y a quelque-chose d'étrange dans ce gouvernement. Car M.Macron semble souvent du côté de M.Trump. Il pense que c'est l'économie qui fait la richesse d'une nation, et qui fournit des emplois. Les autocars ont du bon, et les normes environnementales, qui empêchent le petit peuple d'avoir un logement dont il a les moyens, sont un mal.

Mais, peut-être que le bon jugement demande, au préalable, une instruction à charge et à décharge ?

Romanticism, a very short introduction

Le Romantisme est peut être plus d'actualité qu'on ne le croirait. En effet, son sujet est l'erreur que constitue l'oubli de la nature. A son époque, deux courants de pensée affirment que l'on peut s'en affranchir, qu'il n'y a que l'homme d'intéressant, que tout le reste est inerte. Il y a d'abord la Révolution française, et Kant. Pour eux, l'homme trouve la vérité dans sa raison. Il y a ensuite la Révolution industrielle, anglaise, son matérialisme et son utilitarisme. Pour elle, l'homme crée les seules richesses qui comptent (ce que l'on appelle aujourd'hui le PIB).

Mais le Romantisme est aussi de son temps. Avec la science, et Spinoza, il fait tomber Dieu de sa position surplombante, pour le placer dans la nature (Dieu = nature). En outre, les révolutions ont donné le pouvoir aux masses. Il n'est plus le monopole d'une élite. Le Romantisme est un mode d'expression adapté à cette nouvelle réalité. Finis les salons et leurs beaux esprits, bonjour les best sellers et les grands sentiments accessibles à tous.

Son idée, donc, est que le génie du monde est dans la nature. L'art en est l'expression. Son héros est le poète. Sa force, unique ? "L'intuition". Mais c'est un aussi un homme d'action, de combat. Et celui-ci a pour nom la communauté, et son lien constitutif : l'amour. Autre différence avec les révolutions de la raison, qui conduisent à l'individualisme. Comme on peut le constater aujourd'hui.

jeudi 19 avril 2018

M.Macron et la dispute

M.Macron semble avoir un talent rare. Il aime disputer avec ceux qui ne partagent pas son point de vue. "Vous avez vos questions, j'ai mes réponses", disait Georges Marchais. Presque toujours, la discussion politique est une confrontation de monologues. La raison en est que, sans une prudence de tous les instants, il est facile de faire des erreurs fatales. Mme Le Pen, lors du débat télévisé de la présidentielle, en donne l'exemple. Voilà pourquoi :
  • Le "framing". C'est ce qu'a tenté Mme Le Pen. Il s'agit d'induire une réponse par la formulation de la question. Mme Le Pen a violemment attaqué M.Macron. Elle s'attendait à ce qu'il devienne agressif, et qu'il perde la face. Il a désamorcé l'attaque, en lui disant "pourquoi tant de haine ?". Son procédé s'est retourné contre elle. Peu de gens seraient capables de cette manoeuvre. 
  • Le bien et le mal. Nous sommes si sûrs d'avoir raison que la contradiction est impossible. Du coup, nous perdons nos moyens lorsque l'on ne nous tient pas le discours attendu. Comme Condorcet, nous devenons des "moutons enragés". Ce qui nous amène au point suivant :
  • La politesse. Nous sommes formés pour éviter le conflit. D'une part, cela nous amène à avaler des couleuvres. D'autre part, celui qui perd son sang froid perd la face. Mais la politesse n'excuse pas tout :
  • La paresse intellectuelle. Le psychologue Robert Cialdini dit que la seule chose que l'homme optimise, c'est son cerveau. Il l'utilise le moins possible. Nous ne sommes pas formés à décortiquer en temps réel la parole d'un interlocuteur. Retour au premier point, et sensibilité à la manipulation. 
D'ou, trois questions pratiques :
  • La force de M.Macron ? M.Macron est peut-être l'idéal de Socrate et des existentialistes : un homme qui a trouvé ce à quoi il croit. Comme Clémenceau, il a peut-être des principes chevillés au corps, et ces principes résistent à l'examen. Parmi eux se trouve, qui sait ?, celui selon lequel l'autre peut être convaincu par le raisonnement. 
  • Indestructible Macron ? Clémenceau, ne l'était pas. Par exemple, il lui est arrivé, dans un discours brillant, de faire sauter son propre gouvernement. (Mais c'était peut-être un acte manqué : il était épuisé par sa tâche.)
  • Comment devenir Macron ? Entraînement ? "Accouchement" à la grecque, façon Socrate ? Il faut se confronter au bain glacé de la contradiction, pour parvenir à ce qui est stable en soi ?

Politiquement correct

Qui oserait discuter les affirmations féministes ? Penser qu'un régime peut être autre que démocratique ? Qu'un scientifique peut avoir des idées qui ne soient pas de gauche ?... Le politiquement correct est partout. On dit même qu'il minerait le Front national et Laurent Wauquiez, qui ne parviennent pas à s'extraire de ce cadre de pensée.

Et pourtant. Comment se fait-il que des gens comme Alain Finkielkraut soient élus à l'Académie française ? Que l'on parle de "Bobo" ?... C'est qu'il y a des forces, dans la société, qui n'obéissent pas aux idées. Les anthropologues expliquent que ce qui guide notre comportement se cache dans une sorte d'inconscient collectif, qu'ils nomment "culture". Contrairement à ce que croit le publicitaire capitaliste, ou l'intellectuel de gauche, on ne change pas le monde par le mythe et la parole. A moins, peut-être, qu'ils ne provoquent une révolution ?

mercredi 18 avril 2018

Entrepreneuriat français

Depuis trois ans, le hasard fait que je passe mon temps avec des entrepreneurs. Constat :
  • Il y a le clan des surdiplômés : les jeunes sont aux prises avec l'idéologie de la numérisation (ou plutôt de l'ubérisation) de la société, il sont synchro avec les fonds d'investissement - j'ai quelques doutes sur la durabilité de ces affaires ; les plus âgés sont sur des sujets plus solides, mais j'ai quelques doutes sur leur motivation à créer autre chose que de petites entreprises. 
  • Il y a le clan des autodidactes. C'est la surprise. Car ils innovent dans le domaine du conventionnel (la machine agricole, par exemple). Ce sont des experts d'un métier, et ils ont trouvé une idée qui a un marché (parfois mondial). C'est généralement remarquablement intelligent. Le Français a du génie ! Et ils n'ont pas froid aux yeux, ils n'ont pas peur d'aller vendre à l'autre bout du monde. Mais ce qui m'inquiète est qu'ils ne connaissent pas les méthodes de management qui leur permettraient de tirer le maximum de leurs idées, et éventuellement d'éviter la faillite. Eux ont beaucoup de mal avec le monde financier, dont ils ne connaissent pas les codes. 
Un échantillon significatif ?

Danger, transformation numérique ?

Il faut transformer la société par le numérique. C'est ce que l'on a appelé, dans les années 80, le "reengineering". Pourquoi ? Probablement parce que le numérique est la seule innovation dont on dispose. La numérisation (ou ubérisation) de la société est un acte de foi ? D'ailleurs, le principe de précaution n'est pas passé par là : on ne cause guère de ses conséquences. En voici quelques-unes :
  • Le "paradoxe de Solow". Depuis qu'il y a des ordinateurs, on n'a aucune preuve qu'ils font ce que l'on attend d'eux : entretenir la croissance. La corrélation croissance / informatique semble même négative. Il y a un ver dans le fruit. 
  • Le développement durable. Nous remplaçons le soubassement inerte et durable de la société (le papier, notamment), par un soubassement vivant, qui doit être en permanence alimenté en énergie. Cela demande des ressources énormes. Outre la question de la pollution, pourrons-nous toujours fournir cette énergie ? Qu'arrivera-t-il si elle subit une coupure ? 
  • La cybersécurité. Le danger que présente la voiture autonome n'est pas qu'elle écrase de temps à autre un piéton, comme elle le fait aujourd'hui, mais qu'elle en tue des millions, parce qu'Internet à été infecté par un virus. Le jour où tout sera interconnecté, que se passera-t-il si un réseau électrique s'arrête de fonctionner l'hiver, ou si l'approvisionnement en nourriture d'une région est arrêté ? Et il y a mieux. Il semblerait qu'un réseau hyperconnecté devienne naturellement instable. Et si, soudainement, s'interrompaient les flux vitaux pour la société ? 
Que faire ? L'intellectuel moderne est "engagé". En sortant de Normale Sup, il devient soit une pasionaria du Bien, soit un fauve ubérisateur. Ne serait-il pas utile qu'il reprenne de la hauteur, et qu'il considère la société de l'extérieur ? Et si c'était en confrontant le numérique à ses limites que l'on parvenait à comprendre son potentiel et comment l'utiliser ?

mardi 17 avril 2018

Le savant et le politique

Cédric Villani se comparait à Lavoisier. Lavoisier était un scientifique devenu politique. Et qui a mal fini. (Mais peut-être était-ce parce qu'il était noble et, de surcroît, fermier-général ?) Il aurait pu parler de Max Weber. Pour Max Weber le savant ne peut pas être un politique. (Livre.)

Et si ce mélange de genre était un mal de notre temps ? Le scientifique est engagé, et ses états de service sont devenus arguments d'autorité. Mais la science donne-t-elle des solutions définitives ? Peut-elle prédire l'avenir ? Ce que produit le scientifique engagé ne peut-il pas être que biaisé par ses a priori ? Non scientifique donc ? Le rôle du scientifique n'est-il pas d'être "au dessus" de la société, de l'observer de l'extérieur ? Le rôle du politique, c'est-à-dire de vous et de moi, n'est-il pas d'utiliser ce que met à notre disposition la science, notamment, pour en tirer un projet de société selon notre goût ? Comme le disait Weber ?

Communication présidentielle

M.Macron serait-il en train de trouver une façon efficace de communiquer ? Il convoque des journalistes qui ne pensent pas comme lui, et ils parlent des sujets du moment, sans politesse excessive.

Il faut du talent pour employer cette méthode. Visiblement, M.Macron a un plaisir certain à affronter le mécontent. Martin Seligman qualifierait cette capacité "d'optimisme" : M.Macron est enchanté par ce qui rendrait la plupart d'entre-nous fous : une opposition frontale. Clémenceau lui ressemblait probablement.

Ce qui me fait penser que c'est efficace vient de ce que cela ressemble à un phénomène paradoxal, que j'ai souvent observé. Il suffit qu'un dirigeant discute avec des gens mécontents, en reprenant leurs arguments !, pour faire cesser le mécontentement. Mon hypothèse ? Drame de la solitude. Ce qui crée l'inquiétude d'une société, c'est la conviction que son dirigent n'est pas au courant de ce qui s'y passe (ou qu'il est incompétent). Découvrir que le dirigeant existe et qu'il est ferme dans ses convictions, rassure ses collaborateurs. Le mécontentement est un appel au secours.

lundi 16 avril 2018

Enquête artificielle ?

Cédric Villani disait, en substance : l'Intelligence artificielle doit être notre priorité, sinon nous serons distancés par les Chinois et les Américains. Imaginons-nous Pasteur dire : la génération spontanée, c'est bien, parce que tout le monde y croit ? Pour être innovant, il faut faire comme tout le monde ?

Les mêmes arguments ont été utilisés dans les années 80, pour pousser la première mode de l'IA. Alors c'était le Japon qui faisait peur. Il y a une vingtaine d'années, des rapports écrits par des esprits d'élite, en très haut lieu disaient : "le haut débit créera les usages". Autrement dit si la France est alimentée en Internet à haut débit, il s'ensuivra une croissance économique sans précédent. Où est-elle ?

Sommes-nous encore capables de penser ? Et si c'était dans l'intelligence naturelle qu'il fallait investir ?

(Quant aux personnes que je rencontre, elles disent "l'IA c'est l'avenir", mais aussi "on ne fait pas d'affaires avec l'IA"...)

Homosexualité animale

France Culture parlait d'homosexualité animale, hier. Après l'avoir niée, la science en viendrait aux faits.

Si je lis correctement Konrad Lorenz, le doute est permis. Selon lui les comportements animaux sont suscités par des "déclencheurs". Il donne de nombreux exemples qui montrent que les relations sexuelles ne sont pas liées au "genre". Le "genre" est une invention humaine moderne, si l'on en croit Florence Dupont.

La société nous bourre de préjugés, qui déforment notre vision du monde ? Même lorsque l'on s'appelle "scientifique" ?

dimanche 15 avril 2018

Syrie

Syrie, curieuse affaire. On y tue par centaines milliers. Mais lorsqu'il s'agit d'utiliser des gaz, le reste du monde s'indigne.

Quelle interprétation donner à ce paradoxe ? Ce qui compte avant tout est de se faire respecter. L'Occident a dit : pas de gaz. S'il ne réagit pas, il perd la face ?
Et, d'ailleurs, pourquoi le régime syrien utilise-t-il ce type d'arme ? Pour s'assurer que le reste du monde est bien vigilant ? Qu'il n'est pas possible de faire ce qu'il veut ?...

Le testament français

Un héros de notre temps ? Ou plutôt un personnage à la Clint Eastwood ? Un russe raconte la vie de sa grand mère française, perdue au fond de la Sibérie. Elle a vécu, quasiment dans son intégralité, l'histoire de l'Union soviétique. Elle a connu des circonstances terribles. Pourtant elle est restée fidèle à elle-même. Sans plier devant quoi ou qui que ce soit. A la fois russe et française. Qui pourrait en dire autant ?

Première surprise : ce jeune russe, qui ne connaît rien de notre pays, en a une vision qui n'a rien de caricatural. Il la doit à une caisse de journaux français d'avant la première guerre, aux souvenirs personnels de sa grand mère et aussi à la littérature classique française, qui n'est pas censurée en Union soviétique (contrairement aux études historiques). Cette France, de la 3ème République, c'est peut-être celle dont beaucoup de Français sont orphelins. Sa culture rayonne, et ce dans ses ridicules mêmes. Est-ce ce qui a donné à sa grand mère une force intérieure qui a impressionné ceux qui l'ont approchée ?

Ensuite, dans cette Union soviétique, on vit. La guerre y est effroyable, on y connaît la famine, il y a des camps, on retrouve bien ce que qui s’écrit ailleurs sur elle... Mais on y reste humain. Curieusement, j’ai retrouvé ici beaucoup de ce j'entendais dans ma famille. Y compris, d'ailleurs, des souvenirs de ma jeunesse dans une banlieue communiste. Des avantages d’appartenir au petit peuple ? Il est isolé des atrocités politiques ?

Finalement, ce livre est une interrogation sur ce que cela signifie d'être français ou russe. Est ce entrapercevoir ce qui se cache derrières les dérèglements d’une culture ? Transcender ses paradoxes ? Voilà ce que je me suis demandé.

Où l’on voit aussi que seul un étranger peut écrire aussi bien français. (Il est maintenant académicien.)

samedi 14 avril 2018

Philosophie française

Effarante indigence de la philosophie française ? Comparons-la à la puissance de la pensée allemande : n'y a-t-il eu de philosophes que les Grecs et les Allemands ?

En dehors de quelques exceptions, comme Rousseau ou Bergson, la philosophie française semble calquée sur celle de Voltaire, et des "philosophes" de la Révolution, comme Condorcet. Ce sont des polémistes : dogmatisme d'une pauvreté affligeante (on trouve la vérité dans sa tête, disent-ils). Il s'illustre d'ailleurs au temps de l'affaire Dreyfus. Car c'est l'affrontement d'une forme de refus du présent, à des enragés du concept abstrait de "vérité". Dreyfus a été une victime innocente de cette histoire à plus d'un titre ?

Morale de Michel Winock ? La France demeure marquée par le désir d'absolu du catholicisme, son intolérance congénitale. Chez nous il n'y a pas de débat mais des guerres de religion ?

(Surtout, cela montre à quel point il est difficile de penser. Nous reproduisons la société qui nous fait en croyant l'affronter.)

The goal

Ce livre fut un énorme best seller du management. Il traitait de la "théorie des contraintes". Et son fil rouge était "Think". Le héros, un dirigeant sur lequel le sort s'acharnait, avait un mentor qui, à chaque fois qu'il venait lui demander de l'aide, disait "think". Ce qui paraissait un peu ridicule.

C'était un livre de circonstances, avec des implications très pratiques. Toutes les techniques de management partent de l'idée qu'il n'y a pas de contrainte. Depuis Taylor, le mot d'ordre est : poussez vos machines à fond. Or, n'importe quel système de fabrication a des goulots d'étranglement. Si l'on produit plus qu'il ne peut absorber, on obtient des stocks inutiles. On gaspille. Les Japonais, qui faisaient alors trembler les USA, avaient compris cette vérité. Du fait de leur culture, ce sont des as de la contrainte.

Qui parle encore des Japonais ? "Il est interdit d'interdire" : il y a quelque chose, dans notre culture, qui fait que nous n'avons pas envie que l'on nous parle de contraintes. Et si c'était la contrainte qui donnait à la vie sa valeur ? Et si affronter les contraintes, c'était, justement, penser ?

vendredi 13 avril 2018

Gros bouton rouge

M.Trump va-t-il finir comme Al Capone ? Non pour quelque délit sérieux, mais victime de subtilités juridiques ? Une lutte à mort est engagée entre lui et ses adversaires. Tous les coups sont permis.

Et si l'attention que porte M.Trump à la Syrie n'était qu'un moyen d'allumer un contre-feu ? Démocrates, vous avez vos juristes retors, moi j'ai la bombe nucléaire ?

Le journal d'un homme de trop

Un être inutile croit un instant au bonheur. C'était une illusion. Il meurt de tuberculose.

S'apitoyer sur son sort est certainement une jouissance. A l'époque, romantique, de Tourgueniev, c'était le mal de la jeunesse fortunée.

jeudi 12 avril 2018

Possédés ou démons

Les démons s'appelaient les possédés. Le roman de Dostoievsky a changé de nom de mon vivant. Ces démons sont les intellectuels. Ils sont possédés par des idées abstraites qui les rendent fous et destructeurs. Ce sont des "nihilistes". Voilà pourquoi ce roman plaisait tant à Camus. Mais ces démons sont utiles. Car, ils se chargent de nos pêchés. En se noyant, ils nous en débarrassent.

Faut-il noyer l'intellectuel ? Mais a-t-il besoin de nous ? La "destruction créatrice" de droite a une version de gauche : la dialectique de Hegel. Ce fut la grande théorie du marxisme. On amène le changement en opposant à la société son contraire. L'intellectuel se sacrifie pour l'intérêt collectif. Il se jette dans le néant pour que la société, par réaction, retrouve un sens.

(Reste la question : comment éviter que les intellectuels ne nous entrainent avec eux, ne serait-ce que par contamination ? Probablement, il faut faire un examen approfondi de leurs idées, pour rechercher les pistes de transformation, non violentes, de la société qu'elles nous indiquent. Ce qui semble être la recommandation de Hegel.)

Mémoires d'un chasseur

Voici un livre subversif. Ce que je n'avais pas compris la première fois que je l'ai lu. D'ailleurs, il ne m'avait laissé aucun souvenir. Il m'était apparu comme une habituelle et rassurante histoire du peuple russe éternel.

Mais le chasse n'est pas qu'un massacre. C'est aussi l'occasion de se promener dans la nature. On y rencontrer le petit peuple. Et on découvre qu'il est fait d'êtres humains. Et peut-être même des seuls êtres humains qui peuplent la terre. Car, que ceux qui les dirigent, et les méprisent, sont  ridicules !

Phénomène étrange, quand on y réfléchit bien. Depuis, la société a-t-elle beaucoup évolué ?

mercredi 11 avril 2018

Le paradoxe du commercial

Un de mes clients me disait de laisser ma montre avant de partir à un rendez-vous avec le directeur commercial de son entreprise. On ne se rend pas assez compte du danger que présente le commercial. Sa force est qu'il sait se vendre. Sa motivation, c'est l'argent. Il va où il est le plus facile de le gagner. C'est plus souvent chez son employeur que sur le marché. Voilà probablement ce que pensait ce client. Avec une certaine raison.

J'ai beaucoup travaillé, à un moment, avec des structures commerciales. Elles ont à leur tête un "grand frère". Un commercial qui a réussi, et qui guide ses troupes par l'exemple, sans rien leur pardonner. Il sait qu'il a plus à gagner à faire travailler ses collaborateurs qu'à profiter de son employeur. C'est peut-être comme cela que l'on résout le paradoxe du commercial. Mais il faut être parvenu à assembler une force de vente suffisante. C'est sans doute pour cela que l'on dit que le meilleur commercial est le patron. Et que j'ai noté que, sans qu'on le sache toujours, tous les entrepreneurs étaient de remarquables vendeurs.

(Mais ils vendent rarement de manière conventionnelle. Ils établissent généralement de puissantes relations de confiance avec leurs clients.)

Le mage

La recette du best seller ? Le héros est pris dans un labyrinthe. Est-ce vrai, est-ce faux ? Où est la réalité, ou est l'illusion ? Les rebondissements se succèdent sur 600 pages. Avec, en plus, une dose d'érotisme, très conventionnel. Mais, c'est aussi l'histoire d'une expérience existentielle, au sens de Camus et de Sartre. Ce qui permet de réinventer la forme du roman. Le Graal de l'intellectuel moderne. Et de donner au lecteur bonne conscience. Il ne se distrait pas, il pense. Décidément, l'Anglo-saxon est très fort.

Quand l'intellectuel veut être artiste, il n'y a plus d'art ? L'art est incompatible avec la raison ?

mardi 10 avril 2018

L'Anglais tel qu'en lui-même ?

"nous étions anglais : dès le jeune âge habitués à porter le masque et dressés pour le mensonge." (John Fowles)

Outre la perfidie, l'objectivité est le propre de l'Anglais ?

Gallieni

Taxis de la Marne. Il nous faut un Gallieni. Pour éviter que la grève de la SNCF ne paralyse la France, il faut organiser un transport par bus et taxis. Voici ce que l'on m'écrivait.

Mais je crois que le gouvernement est plus Pétain (version 14 18) que Gallieni. Ne compte-t-il pas sur l'épuisement de la grève ? Et, plus elle aura été longue et coûteuse, moins elle aura de chances de se reproduire. Qu'est-ce qui fait, d'ailleurs, que cette grève semble pouvoir être moins efficace que les précédentes ? Peut-être le non paiement des jours de grève ? L'affaire aurait été préparée de longue date ? La caractéristique de nos gouvernements ce n'est pas le courage de Gallieni, c'est le vice de Talleyrand ?

Forme d'art de la guerre. Ce n'est peut-être pas ce que l'on attendrait d'un régime démocratique.

Faut-il payer wikipedia ?

Wikipedia demande régulièrement de l'argent : payez, puisque vous utilisez. Sophisme ou argument valable ?

D'autres logiques peuvent s'appliquer. Prenons celle de Bob Dylan. Il a fait fortune en défendant toutes les bonnes causes. Pour autant, il n'a pas suivi l'exemple des députés communistes, qui recevaient le salaire des gens qu'ils défendaient. Il doit considérer que son immense richesse n'est qu'une juste rémunération des gains qu'il a fait faire à la société.

Comme Bob Dylan, Wikipedia obéit probablement à la logique de la charité. Dans une église, tout le monde ne paie pas. Le rapport entre le don et les revenus est une question de foi. Mais la force de l'institution, ce qui compte le plus pour wikipedia ou l'Eglise, est le fait de la masse. Ma présence est un denier du culte.

lundi 9 avril 2018

Intelligence et émotion

L'émotion intervient dans nos décisions. Or, nous ne savons pas comment fonctionne l'émotion. Donc nous ne pouvons pas la transmettre à la machine. L'IA ne sera jamais une intelligence. Voilà ce que dit un article.

Ce que cela signifie, peut-être, est qu'il existe des cas indécidables. Le pour égale le contre. La machine ne sait pas trancher. L'homme si.

Grève des universités

J'entendais un ministre dire que la grève des universités avait une explication. Elle est le fait d'élèves qui n'ont plus rien à perdre. Ils savent qu'ils n'auront pas leur diplôme. C'est certainement vrai, mais c'est désobligeant. Et il est regrettable de mettre des gens en situation d'échec.

J'ai eu l'impression que l'on a traité l'université comme nos colonies. Vous voulez l'indépendance ? On va vous la donner. Mais, tous les jours, vous le regretterez, car on ne vous a pas enseigné la recette pour réussir. De même : vous voulez tous un diplôme ? on va vous le donner. Mais il n'aura aucune valeur. Et vous serez bien plus à plaindre intellectuels ratés, qu'honnêtes travailleurs.

Il aurait fallu repenser l'université, pour qu'elle puisse absorber le flot d'étudiants, et qu'elle leur soit utile. Mais ce n'est pas comme cela que se passe le changement en France. Pour autant, ce n'est pas parce que l'on fait tout pour qu'il échoue, qu'il est condamné. La caractéristique du français, c'est sa capacité à se débrouiller.

Directeur de la transformation

Je rencontre pas mal de directeurs de la transformation, ou équivalent. Pourquoi ? Parce que la transformation a du mal à se faire. On ne les écoute pas. Et ils ne sont pas soutenus par celui qui les a nommés. On se demande même s'il voulait changer les choses... D'où vient le problème ? De notre carrière, qui nous donne une ascension linéaire et une vision biaisée du monde. Contrairement à ce que nous croyons, l'organisation n'est pas un être hiérarchique qui obéit à la raison, et aux ordres.

Comme souvent, la recette de la transformation est évidente a posteriori. La première des choses à faire est de relire la phrase ci-dessus. Ensuite, il faut acquérir une légitimité. Cette légitimité vient de la compétence que vous suppose l'organisation. Généralement cette compétence est très modeste, bien loin de celle que vous vous attribuez. Mais ce n'est pas grave. L'étape d'après est de rencontrer les hommes clés du changement pour savoir en quoi vous pouvez leur être utile. C'est ainsi que l'on finit par comprendre la situation de l'entreprise, et comment exprimer le changement de façon à ce qu'il soit vu comme la réponse aux problèmes de tous. Voilà mes recommandations.

Je constate aussi qu'il est assez facile de redresser une situation que l'on croit désespérée. On a fait du bon boulot, mais il ne rencontre pas d'écho. Une possibilité alors est de reformuler son travail en démarche de conseil. Ensuite, il faut en expliciter les bénéfices pour l'entreprise. Puis définir les étapes de mise en oeuvre nécessaires à la réussite du projet, sous la forme, encore une fois, d'une méthode à paramétrer. C'est alors que l'on peut rencontrer un dirigeant pour lui montrer tout l'intérêt du projet, et lui demander comment le mettre en oeuvre. (C'est à dire comment paramétrer la dernière étape du changement.) Au préalable, il est recommmandé de tester ces idées sur quelques collègues, pour la mettre au point.

dimanche 8 avril 2018

Science de l'influence

J'ai compris qu'il était un escroc lorsqu'il m'a offert un café, me disait un ami suédois.

La découverte de la science de l'influence est une conséquence de mon étude du changement. L'influence obtient notre consentement en court-circuitant notre esprit critique. La manipulation est histoire de "désinformation", bien sûr. Cette désinformation est peu une question de "fake news", mais plutôt de "framing", de formulation qui induit une conclusion incorrecte. Les Etats, les entreprises, les lobbys, les mieux pensants en premier,... nous soumettent à une intense manipulation. Mais elle est surtout dans la relation d'individu à individu. Tu n'auras pas de dessert, si tu ne fais pas tes devoirs, est une manipulation. Pourquoi fait-on aimer le dessert aux enfants, d'ailleurs ?

L'usage massif de la manipulation est-il causé par ce que Nietzsche a appelé "la volonté de puissance" ? Hier l'homme réglait ses comptes à coups de poing. Maintenant, le terrain de combat est psychologique. Mais l'objectif est le même : détruire l'autre, ou le réduire en esclavage ? "Mère, je suis idiot" auraient été les derniers mots de Nietzsche. Et s'il en était de même de nous ?

Mais, imaginons que, d'un seul coup, nous décidions d'utiliser l'intelligence de nos contemporains. Par exemple d'aimer nos enfants. Ne pourrait-on pas en attendre un miracle ?

Protectionnisme

La France produit pas loin d'un film par jour. L'industrie cinématographique française est étonnamment forte, compte tenu de la taille du pays. (Derniers chiffres.) Elle n'est pas écrasée par celle des USA.

Cela ne résulte-t-il pas d'une forme de protectionnisme ? En particulier, d'un mécanisme de financement généreux (distribué par le CNC). Mais peut-être aussi du système des intermittents.

Le protectionnisme aurait donc une forme d'efficacité. Mais, celui-ci est-il efficient ? Est-ce une dépense dont nous avons les moyens ? D'autres secteurs de l'économie ne mériteraient-ils pas de l'aide ?

samedi 7 avril 2018

Force de l'Américain

Dans un article, l'économiste Paul Krugman explique l'expérience quasi mystique qui l'a converti au keynésianisme.

Je crois que c'est un phénomène très américain. L'Américain travaille d'arrache pied, et, un jour, il voit la lumière. Cela peut être Frank Sinatra qui invente une façon de chanter, un basketteur de petite taille qui transforme la hauteur de ses sauts par une discipline de fer, ou un universitaire du management qui met au point une nouvelle théorie. Et alors, ce qui m'a toujours surpris, il devient parfaitement "répétable". Il prêche l'évangile avec une patience, un talent, une clarté  confondants. Il ne se lasse jamais. Il est ce que les Américains appellent un "professionnel". Dieu l'a élu. Le doute ne pourra plus jamais le toucher.

Il devient d'une étonnante efficacité. Le plus grand compliment que l'on puisse faire à une personne est de dire qu'elle est "focalisée sur un objectif". C'est un thème récurrent à Hollywood. On y voit l'homme déterminé mettre en pièces la Mafia, un gouvernement, ou le monde. Paul Krugman en est un bon exemple.

(Peut-on faire une hypothèse sur l'origine de ce phénomène étrange ?)

Je fais peur

Un commentaire a attiré mon attention sur la question de la "peur". Je n'y avais jamais songé. De fil en aiguille j'ai pensé qu'il m'arrivait de faire peur. C'est surprenant, parce que l'on me dit que je suis aussi rassurant. Paradoxe ?

Je fais peur au grand personnage, notamment. L'explication est peut-être la suivante. Quand j'écoute quelqu'un, je cherche, inconsciemment, ce qu'il a d'admirable, l'histoire que je vais raconter sur lui. Or, chez l'homme puissant, je ne trouve rien. Et pourtant je fais des efforts. Je fronce le sourcil, je me creuse la tête. Je l'encourage à poursuivre. Je me dis que, comme en allemand, tant que je n'ai pas entendu la fin de la phrase, je ne peux rien comprendre. Mais elle ne vient toujours pas... Le propos me semble terriblement banal, il n'est pas rigoureux. Ce n'est pas cohérent avec la quantité d'études qu'a faite mon interlocuteur. Il y a sûrement quelque chose que je ne saisis pas... Ne pas trouver la complicité à laquelle il est habitué lui fait perdre contenance. Une fois, quelqu'un m'a dit : mais que devais-je répondre ? Comme s'il avait été l'élève et moi le professeur.

(En revanche, je trouve toute une richesse d'expérience et de réflexion dans le reste de la population. Ce à quoi elle ne s'attend pas.
Ce qui ne signifie pas que le haut personnage soit sans talents. Seulement, il ne les utilise pas. Ou il juge, peut-être, que la morale réprouverait ceux qu'il emploie. Ce que je crois erroné. Décidément, je suis irrécupérable.)

vendredi 6 avril 2018

Indépendance de la justice

Lula, au Brésil, est condamné par un juge qui s'est affiché avec des personnalités de droite, disait France Culture, ce matin.

Cela discréditerait-il la justice ? Imaginons, qu'en France par exemple, la justice se dise de gauche, faudrait-il refuser son jugement ? D'ailleurs, pourquoi ce type d'information n'est-il pas donné par France Culture lorsque l'on fait un procès à un homme politique, chez nous ?

Le changement, art de la guerre nucléaire ?

La systémique explique pourquoi j'ai toujours tort. Dans un système, notre premier réflexe est systématiquement faux. Mais il montre ce qu'il faut faire : le contraire de son intuition. Exemple ?

Le problème, c'est la solution
Nous vivons dans un système individualiste. Dans un système basé sur l'homme, tout problème a un responsable humain. Donc un coupable. Effectivement, il n'y a pas longtemps à chercher. On trouve vite quelqu'un qui dérègle le système, pour son bénéfice propre. Mais, son pouvoir de nuisance vient de son rôle, critique. Il est indispensable ! Pensez, par exemple, à un agent de maintenance, ou à un président de la République.

Que veut dire faire le contraire de son intuition ? C'est constater que, s'il sait paralyser le système, il est peut-être le seul à pouvoir le faire fonctionner. On se trouve alors devant un problème compliqué : à quelle condition va-t-il changer d'état d'esprit ?

Anxiété de survie
Ne pas faire l'inverse de l'inverse : croire se le mettre dans la poche en le traitant en victime. Car, il ne fait pas son devoir. Ce qui est inadmissible. Le changement est rédempteur. Mais, sans anxiété de survie, il ne bougera pas. Tolérer son comportement, c'est condamner le système. Il change, ou c'est Hiroshima.

Anxiété d'apprentissage
Et ce peut être Hiroshima. Car, il ne sait peut-être pas comment changer ! Il peut déclencher une panne ou faire voter des impôts, mais non faire marcher la machine ou l'Etat. C'est la question de "l'anxiété d'apprentissage". Il a besoin de conditions qui lui permettent de trouver, seul, la solution qui lui manque. C'est souvent le "donneur d'aide" de la théorie d'Edgar Schein qui les lui fournit. Mais, cela c'est une autre histoire.

Comme dans Dr Folamour,  le changement est un rodéo sur le dos d'une bombe atomique.

jeudi 5 avril 2018

Transhumanisme

C'est le GAFA qui serait derrière le transhumanisme. Dommage que l'émission qui débattait d'ouvrages parlant de tranhumanisme ne se soit pas interrogée plus sur les raisons de ce fait.

Car les dirigeants des grandes entreprises américaines se pensent différents de nous. Ils ont des pouvoirs surhumains. C'est faire advenir, éventuellement au péril de nos vies, ce que conçoit leur esprit. C'est cela "le progrès", selon eux. Ayn Rand a écrit, sorte de Marxisme inversé, qu'il y avait des gens qui créent, et des parasites (le reste de l'humanité). L'idée n'est pas neuve. Il y a beaucoup d'histoires qui montrent l'entrepreneur seul face à la masse. Par exemple, affrontant ses ouvriers, les armes à la main, dans les premiers temps de la révolution industrielle. On retrouve aussi cela lors de la guerre du Péloponnèse. Les oligarques, en dépit de leur petit nombre (mais appuyés sur les esclaves et les métèques" - immigrés), prennent souvent le dessus sur la plèbe.

Le noble, lui aussi, se sent autre que le commun. Mais il ne semble pas vouloir l'éliminer. Il vit dans un écosystème et chacun y a sa niche écologique. D'ailleurs l'éducation est une barrière à la concurrence.

Et si le transhumanisme était une conséquence inattendue de l'égalité ?

La fin des utopies

L'économie de marché a gagné ? Ce qui signe que la défaite des mouvements de grève actuels n'est pas tant un rapport de forces défavorable que le fait qu'aucune nouvelle idéologie n'ait pris le relais des précédentes. Tout ce que l'on nous propose n'a pas marché.

Cela semble illustrer une théorie de Hegel. Chaque nation apporte au développement du monde un principe nouveau. Puis l'atout devient handicap. Elle ne pourra plus relever la tête. Le mouvement s'arrête lorsque les nations se sont rejointes et qu'une organisation globale a émergé.

Il n'est pas impossible que ce soit le sens du mouvement actuel. L'éducation étant à peu près la même partout, nous sommes des Schtroumpfs. Maintenant, tous ces Schtroumpfs veulent un boulot, pour éviter de se retrouver dans une poubelle. C'est ce que l'on appelle la justice. Une fois qu'elle est là, on peut envisager, ensemble, de considérer ce qui menace l'espèce. Messieurs les écolos ne mettez pas la charrue avant les boeufs ?

mercredi 4 avril 2018

Changement présent

Les querelles idéologiques se trompent. Le changement qui se passe en France, et ailleurs, est bien plus fondamental que ce qu'elles croient. Ce changement n'est que la conséquence des transformations qui ont modifié la société et ses aspirations.

Ce qui est remis en cause ne vient pas du 20ème siècle, mais du 19ème, et parfois de bien avant, me semble-t-il. J'ai critiqué Hayek, et pourtant je soupçonne maintenant qu'il avait raison. Il pensait que la société moderne se recomposait désormais en permanence. Ce qui est faux, puisque, d'une part il y a une évidente continuité dans la culture d'un pays et même d'une entreprise, et que, d'autre part, nous dépendons d'infrastructures qui évoluent lentement. Mais c'est aussi juste, sur une échelle de temps plus longue, parce que nous n'avons plus de places assignées dans la société, dès la naissance, comme il y a encore quelques décennies. Les avantages ne sont plus acquis. La société est devenue fluide. Cela s'est fait avec l'uniformisation de l'éducation. Plus surprenant, tous les pays ont quasiment adopté le même modèle.

Le changement n'étant pas nommé, il se fait à l'aveugle. Il rencontre les résistances de l'ancien régime et ses dysfonctionnements. C'est aussi bien un gouvernement qui continue à prendre ses électeurs pour des demeurés, que des syndicats dont la doctrine vient du temps de Marx, ou encore des universités qui n'ont été pensées pour rien, et surtout pas pour la société moderne.

Start up nation

Le fondateur de Dassault Systèmes me disait que les Américains (Boeing) et les Allemands (Mercedes et VW) avaient été les premiers à acheter Catia. Airbus, PSA et Renault sont arrivés des années après. Ce qui caractérise la grande entreprise de France est probablement d'être un "late adopter". Ou peut-être, pire, d'écraser le petit pour extraire son savoir. Renault, par exemple, a bien compris l'intérêt de Catia. Mais, en échange d'un contrat, il voulait contrôler le capital de son fournisseur.
Ce qui a fait le succès de Dassault Systèmes, c'est IBM. Elle disposait d'un réseau de vente mondial. Voilà pourquoi il est, malheureusement pour nous, une bonne idée d'installer son entreprise aux USA.

Et cela résout le second bug de la "start up nation". Ce dont je parle dans mon précédent billet. Le dirigeant français veut n'en faire qu'à sa tête. Aux USA, l'entrepreneur est pris dans un carcan. Il est éjecté s'il devient gênant (cf. Uber). Mais, ce sera un titre de gloire. Et il pourra repartir de plus belle.

Le Français n'est pas inapte à bâtir de grandes sociétés. Y compris dans des domaines de haute technologie (cf. Free, OVH, mais aussi les SSII). Mais nous le faisons à la française. C'est à dire sans argent, par le système D, un client venant s'ajouter à un autre client, les contrats devenant de plus en plus gros.


Le paradoxe du business plan

L'entrepreneur français veut lever de l'argent. Mais il n'est prêt à prendre aucun engagement. J'ai remarqué ce phénomène systématiquement. Et je ne suis pas le seul à l'avoir vu. Que signifie-t-il ?

Hypothèse. Ce qui motive l'entrepreneur, c'est la liberté. Il veut suivre son bon plaisir. Et il soupçonne que cela ne servira pas les intérêts de l'investisseur. L'entrepreneur français est une danseuse.

(Deux exemples : des gens qui levaient des fonds parce qu'ils en avaient marre de devoir vivre dans des locaux incommodes, ou parce qu'ils ne savaient pas faire payer suffisamment leurs clients pour ne pas être contraints de passer leur temps à solliciter le secours de l'Etat.)

mardi 3 avril 2018

La fin de la Corée du nord ?

La culture du sud arrive au nord. Le début de la fin de la Corée du nord ? Car la culture étrangère est la plus perfide des influences. Cela vous détruit un pays en un rien de temps.

Etrangement, aucun militant des droits de l'homme ne semblait se préoccuper de la Corée du nord. M.Trump aura réussi l'inconcevable ? D'ailleurs, l'Arabie saoudite est en train de plier. La Russie, la Syrie et l'Egypte n'ont qu'à bien se tenir ?

Intéressante histoire coréenne. C'est Xi Jinping qui aurait acculé la Corée du nord en lui coupant les vivres. Comme quoi l'effet Trump est plus subtil qu'on ne le croit ?

Et si Tocqueville s'était trompé ?

La Révolution n'a rien changé, dit Tocqueville dans l'Ancien régime et la Révolution. Les révolutionnaires n'ont fait que reprendre la structure bureaucratique du royaume. Et déjà Le roi voulait faire le bonheur de ses sujets contre leur volonté ! Il me semble qu'il n'est pas allé jusqu'au bout de son raisonnement. Voici comment je lis l'histoire de France depuis la révolution.

Les réformateurs ont considéré que tout était bien en France d'Ancien régime, sauf les nobles. Ils ont donc conservé exactement le même système, en particulier sa culture, mais en cherchant un moyen de choisir à la naissance ce qui serait l'aristocratie du moment. C'est le rôle de l'Education nationale, qui ne forme pas, mais qui sélectionne.

Voilà qui explique un phénomène curieux. Pourquoi parle-t-on, à la SNCF en particulier, de "lutte des classes" ? Eh bien, parce que nous en sommes restés au régime féodal. La SNCF, par exemple, est administrée par des grands seigneurs, qui doivent leur rang à leur naissance. Le petit peuple, qui n'a que quelques années d'études après le bac, brosse le gravier sur les voies. Comme l'expliquait fort bien Hyacinthe Dubreuil, il y a un siècle, le génie inutilisé du manant devient pouvoir de nuisance.

(Ce qui montre, aussi, un curieux aspect culturel de la France : nous pensons que nous sommes finis dès la naissance. "Changement" n'est pas français. Tocqueville avait tout de même raison.)

Réforme

A une époque je faisais souvent un exercice qui m'amusait beaucoup, mais qui était très désagréable à mes clients. Je demandais à leurs équipes ce qu'était la stratégie de leur entreprise. Systématiquement, ce que j'obtenais n'avait rien à voir avec ce que les dirigeants avaient en tête.

Notre gouvernement est probablement confronté à ce même phénomène. Qu'essaie-t-il de faire ? On juge les intentions de M.Macron sur son vêtement, sur son passé... D'ailleurs le phénomène fonctionne dans les deux sens. Tous nos gouvernants pensent que nous les avons élus pour faire ce qu'ils ont en tête. Or, nous les avons élus pour faire ce que nous avions en tête.

Voilà pourquoi la communication ne part pas de moi, mais de l'autre. Je dois exprimer ce que je veux faire, à partir de son référentiel.

Alors, que veut faire M.Macron ? Depuis quelques décennies notre société connaît des dérives qui la rendent dysfonctionnelle. Par exemple, notre système de retraite n'est pas prévu pour une telle proportion de retraités. Ce qui crée un cercle vicieux, qui fait qu'il est de moins en moins soutenable, et de plus en plus injuste. Il en est de même de tout, de l'Education nationale à la SNCF. Il s'agit maintenant de faire entrer le diable dans la boîte. M.Macron vrai "président normal" ?

Le gouvernement s'y prend-il bien ? Evidemment non. Mais on apprend en faisant. Généralement par la crise. Et, comme je le disais à une amie, au sujet de l'entreprise dans laquelle elle travaille, la situation est devenue trop dangereuse pour que je propose mes services.

lundi 2 avril 2018

Paradoxe allemand

Le parti d'extrême droite allemand est particulièrement fort dans une région où il y a trois pour cent de chômage, et pas d'immigrés. (Article de Politico.) Pourquoi ???

Et si, paradoxalement, ce que l'on a appelé "populisme" n'était qu'une revendication à ne pas être pris pour un niais par une "élite" gouvernante ?

(“The post-1989 liberal elite assumed that governance is a kind of enlightened administration on behalf of an ignorant public,” Zielonka writes. It seems the public didn’t agree.)

La raison a toujours tort

Hegel parle d'un phénomène curieux. La dialectique. La caractéristique de la raison semble l'erreur. Cette erreur, un moment triomphante, provoque une réaction brutale. Elle porte en elle-même sa négation.

Ce qui est inquiétant, c'est que les faits semblent lui donner raison. D'ailleurs, il a bâti son raisonnement sur un examen de l'histoire. Comme le disait un des rédacteurs des limites à la croissance, un mathématicien spécialiste de la dynamique des systèmes du MIT, l'histoire semble faite de bulles spéculatives. La société va de crise en crise. (La prochaine pourrait être la dernière.)

Conclusion ? Si vous êtes convaincu de quelque-chose, c'est probablement faux, et même c'est susceptible de vous nuire gravement. Une seconde conclusion, que tire Hegel, est que si l'on prend conscience de ce phénomène, on peut le maîtriser. Le mécanisme est le suivant. On émet une idée, donc. On cherche alors ce qui l'annihile. Cela signifie qu'il faut passer à un niveau supérieur de raisonnement. Pour que l'idée fonctionne, il lui manque quelque chose qui appartient à son contraire. C'est une mécanique qui n'a rien de mécanique. En fait, elle demande à la raison de faire preuve d'intelligence.

Et voilà mon exemple favori. On est après guerre. Comme toujours, les gouvernants français se disent que si l'Allemagne retrouve sa puissance économique, elle repartira en guerre contre la France, et cette fois-ci ce sera la solution finale. Ils veulent donc disloquer l'Allemagne. Mais, comme toujours, les Anglo-saxons s'y opposent. Alors Schumann dit à Adenauer : faisons comme si vous n'étiez pas vaincu, et moi vainqueur, mais égaux. Mettons notre industrie dans un pot commun. Adenauer est surpris, et séduit. Ils créent la communauté du charbon et de l'acier. Or, c'est avec le charbon et l'acier que l'on fait les canons. Pour un développement durable, votons Hegel ?

Raison dépressive

Il y a un curieux décalage entre la vie et ce que l'on en écrit sur elle. Lorsque l'on lit les philosophes, ce que je fais actuellement, on voit le malheur partout. Mais, les malheureux se considèrent-ils comme des malheureux ? Je n'en ai trouvé jamais aucun témoignage, au contraire. Je n'ai d'ailleurs découvert que récemment que j'appartenais à une famille de misérables.

Il est possible que les gens malheureux se suicident. Et, là aussi, il y a un paradoxe. Ce blog cite un article du Monde traitant des suicides de France Télécom. Les employés de France Télécom se trouvaient malheureux, alors que les prestataires de service qui travaillaient pour eux les considéraient comme des privilégiés.

Cela signifie qu'il y a là certainement un problème de raison qui déraisonne. Cela ressortit aux propos sur le bonheur d'Alain ? Mais, pour repenser droit, il faut peut-être un coup de main de la société. On a peut-être besoin d'aide pour comprendre que l'on n'est pas si malheureux que cela. Et qu'on peut, même, changer la situation. Le suicide est un drame de la raison, et de la solitude ?

(Durkheim ne me semble pas très loin de cette conclusion...)

Grève et changement

Je m'apprête à hiberner pendant 6 mois. J'ai fait l'erreur de m'installer en banlieue. Or, sans SNCF, plus de banlieue. (Et, après la grève, il y a l'été, et la France ne travaille plus en été.)

Au moins, la grève a un bénéfice, elle donne un sujet de discussion. Pourquoi y a-t-il une grève ? pour commencer. La Poste s'est transformée, sans difficulté. Le secteur public a fait l'objet d'une vague de transformations, dans les années 90, aussi. Il est donc probable que la SNCF souffre surtout d'un management faiblard. Il est possible que la question soit ancienne.

Il est aussi possible qu'il y ait eu un autre moyen de réforme que l'affrontement. Le gouvernement a fait une erreur ? S'il cède, ce sera sa dernière : il aura prouvé qu'il est faible. Ce qui est préoccupant, lorsque l'on considère les alternatives que l'on nous propose un peu partout en Europe.

Reste la SNCF. Est-il acceptable que l'intérêt particulier bloque un pays ? Le problème n'est pas neuf. Marc Bloch attribuait la défaite honteuse de la France, en 40, à la fois à la démoralisation de l'état major, et aux grèves des usines d'armement. Déjà. Le pays est-il incapable de changer ?

(La réponse est non. Le changement tient du miracle.)

dimanche 1 avril 2018

Changement de train

Tel train a été supprimé. Il n'a pas pu sortir du hangar. Voilà, en substance, ce que j'entends régulièrement.

Que ferais-je, si j'étais à la SNCF ? Je testerais le train bien avant son départ prévu. De façon à en utiliser éventuellement un autre s'il est en panne. Je doute qu'il y ait des problèmes de mise en oeuvre de cette idée qui soient insurmontables.

Et si le problème n'était pas involontaire ? Et si certains personnels exploitaient des trucs bien connus pour montrer que rien ne va, donc qu'il faut plus de moyens ? Cela ne serait pas surprenant. Pendant longtemps la SNCF a fonctionné sur le mode lutte des classes. Chaque nouveau combat rapportait aux "exploités" de nouveaux acquis. Et si, à l'envers, les dits exploités savaient ce qu'il fallait faire pour que tout aille mieux, radicalement, quasiment sans moyens ?

Et si cela était le cas, partout dans le service public ?

(Un tel changement est-il possible ? Question de systémique. Pour qu'il y ait des exploités, il faut des exploiteurs. Les hauts fonctionnaires peuvent-il se voir autrement que comme les grands seigneurs d'un monde féodal ?)

Escroquerie

Le bon escroc est honnête. Sa victime croit faire un mauvais coup. Voilà ce que dit l'observateur scientifique que cite parfois ce blog. L'escroquerie est sous-estimée. Le phénomène est plus subtil qu'on ne le croit.

L'escroquerie semble reposer sur les mêmes bases que l'injonction paradoxale, ou la dissonance cognitive. Nous avons en nous quelque chose d'inconscient que nous n'avons pas la force de mettre en cause. L'escroquerie nous suggère, implicitement, de suivre notre pente naturelle.

Ce qui est inconscient est multiple, et rarement honteux. Ce peut être, par exemple, l'amour de notre métier. Il y a une histoire fameuse qui a vu toute une population construire une route pour quelqu'un qui ne représentait rien. C'était peut-être aussi de l'abus de faiblesse : ces gens n'avaient pas de travail, mais une famille à nourrir, probablement. Ils étaient prêts à suivre ceux qui leur proposaient un emploi. Les pauvres sont certainement les premières victimes de l'escroquerie.

Ce peut aussi être la peur des rats, comme dans 1984. Ou, "plutôt rouge que mort", la peur de la mort, qui vous rend lâche. Mais aussi la peur de la vie, qui vous fera choisir la mort (les jihadistes ?). Et l'escroc est, lui-même, sujet à ce phénomène. Il raconte souvent une histoire à laquelle il a intérêt de croire. Et c'est pour cela que l'on croit en lui : nous savons assez bien détecter les gens honnêtes... Voilà pourquoi les devins n'échangeaient pas de regard de complicité, mais, au contraire, se percevaient comme des ennemis.

Morale ? Voilà qui pourrait être une question de "vertu" : la capacité à ne pas céder à nos penchants naturels, inconscients. Toute la question de la liberté est là. Ce n'est pas une affaire de contrainte physique, mais d'emprise morale. Les anciens ont consacré beaucoup de textes à cette question. Peut-être faudrait-il les relire.

(Dans la série, les "sciences de l'influence".)