dimanche 31 mai 2020

Thinking and reasoning

Comment l'homme pense-t-il ? La science enquête. Elle va d'erreur en erreur !

Quel est le sujet de l'étude, pour commencer ? La nouveauté. Comment l'homme résout des problèmes inconnus, mal définis.

Il y a d'abord Freud et la psychanalyse. Mais, la science d'aujourd'hui ne considère pas ces travaux comme scientifiques. En effet, ils reposent sur "l'introspection". Or, on a découvert que l'homme mentait : il invente des raisons à son comportement. Ensuite, il y a eu le "béhaviorisme". En réaction à la psychanalyse, on considère l'homme comme une boîte noire, qui serait "conditionnée" par son environnement. Une fois de plus la réalité dément la théorie. Celle-ci prétend que l'homme est déterminé (est une machine), alors que tout prouve le contraire. En particulier, la décision ressortit à une sorte de "coup de génie" ("insight") imprévisible. C'est ce que dit la Gestalt, un autre courant scientifique. Curieusement, il paraît avoir été abandonné alors qu'il semblait explorer des voies prometteuses.

Aujourd'hui, la théorie qui a le vent en poupe est le "cognitivisme". Elle est inspirée par les ordinateurs, vus comme modèle du cerveau, et par l'économie. L'économie prétend que l'homme est rationnel. La science teste cette hypothèse. Cela a donné une série, quasi infinie, de "biais cognitifs". On soupçonne maintenant que ces biais tiennent aux conditions de l'expérience. Notre pensée est adaptée à notre vie, et pas aux expériences de laboratoire, qui sont, en fait, celles d'une salle de classe. Et, effectivement, ceux qui les réussissent sont les bons élèves à gros QI.

On en est arrivé à un modèle "dual" de pensée humaine. Il y a la pensée "de type 1", qui est une pensée intuitive, quasi immédiate, mais qui demande un long apprentissage. C'est elle qui nous permet de faire des choses extrêmement complexes, sans nous en rendre compte, conduire une voiture tout en écoutant la radio, par exemple. C'est aussi la pensée de l'expert et du champion d'échecs. La pensée "de type 2" est la pensée abstraite, lente, que l'on cultive à l'école. Celle du scientifique. Elle n'est pas propre à l'homme, mais serait particulièrement développée chez lui. Elle serait liée à un type particulier de mémoire, la "mémoire de travail". C'est une mémoire temporaire de faible capacité. La pensée de type 2 permet de faire des hypothèses, et de se projeter dans l'avenir.

L'hypothèse qu'a faite l'économie est qu'il n'y a que la pensée de type 2 qui compte, et qu'elle est parfaite. Cela est faux. Et d'autant plus faux que la pensée de type 1 bat parfois la pensée de type 2 sur son propre terrain !

Au fond, l'intérêt de ces travaux est, avant tout, de nous retirer nos idées fausses sur la façon dont nous pensons. Idées dangereuses parce qu'elles justifient bien des décisions qui engagent l'avenir de l'humanité. En fait, ce sont ces erreurs qui semblent révéler la nature de notre pensée.

samedi 30 mai 2020

La nature de la France : la défiance ?

Le Farnçais est exceptionnellement critique de son gouvernement. Quelles sont ses raisons ?

Le Français se défie de tous les Français. Le président de la République est un cas particulier d'une règle générale ! D'ailleurs le Français juge encore plus mal l'opposition que le gouvernement ! (La grande déprime des Français, Telos.)

Very chic brainstorming

Very Chic Brainstorming, titre Politico. M.Macron convoque les plus grands esprits de la planète pour l'aider à concevoir le monde d'après. Après la commission Attali, la commission Macron ?

Problème : ces gens sont les champions du monde d'avant. Celui-là même qui a montré qu'il n'était pas résilient. Larry Summers, par exemple, a été LE promoteur de la déréglementation. Quant à Paul Krugman, il a prophétisé que l'euro ne tiendrait pas...

M.Macron, une guerre de retard ?
VERY CHIC BRAINSTORMING: Emmanuel Macron chose Nobel Prize-winner Jean Tirole and former chief economist of the IMF Olivier Blanchard to coordinate a group of 25 high-level experts to devise recovery plan recommendations by the end of 2020, Le Monde reports. Their themes: fighting inequalities, climate change and demographics.
 Who’s in: It’s like a U.S. Democratic economic policy council in exile on the Seine, with Clinton and Obama White House alumni including Larry Summers and Laura Tyson, not to mention New York Times columnist Paul Krugman.

vendredi 29 mai 2020

Europe de la santé

L'UE deviendrait-elle un Etat ? Naissance de l'Europe de la santé. La politique de la santé des Etats pourrait être coordonnée au niveau européen, avec laboratoires européens, stocks et moyens communs et médecins sans frontière. En tout cas, il semble que l'Europe libérale soit derrière nous.

Ce qu'en dit Politico :
Mark down Thursday as the soft launch for the Commission’s campaign to change its authority over health matters in the EU treaties. Its proposal to erect a €9.4 billion standalone health program in the next long-term EU budget is just the “first stage” in building a “health union,” Commission Vice President Margaritis Schinas said on Thursday. Now no one’s talking about treaty changes, he was quick to add — that would be “premature.” But, taking note of German Chancellor Angela Merkel’s declaration that “nothing is off the table” and French President Emmanuel Macron’s call for a “Europe de la sante” (or “Europe of health”), Schinas added: “If the moment is right, this will happen.”
Even without a treaty change, Brussels wants to push its powers to the limit, with capitals on board. Health Commissioner Stella Kyriakides invoked the idea of “flying doctors” on Thursday. A draft Council program from the next three EU presidencies — Germany, Portugal and Slovenia — suggests joint treatment facilities and EU-level drug development labs. And of course, after the shortages and hoarding of medical supplies that marked the beginning of the pandemic, everyone is interested in EU stockpiles.

La marche : le secret du succès ?

"Deux intellectuels assis vont moins loin qu'une brute qui marche" (Audiard)

Ne serait-ce pas la recette du succès de l'entrepreneur américain ?

On pare celui qui a réussi des toutes les vertus. Alors qu'il a été, mais c'est essentiel, déterminé et qu'il a eu de la chance ?

jeudi 28 mai 2020

Stress post covid ?

Je remarque, autour de moi, beaucoup de gens qui souffrent de maux bizarres.

Je me demande si ce n'est pas une conséquence du confinement. Nous avons vécu, et nous vivons encore, une période d'incertitude. Il y a énormément de non dit. On le découvre lorsque l'on aborde la question du long terme, au delà du temps du chômage partiel. Or, le stress s'évacue par la parole, observe le psychologue. Or, le confinement, pour beaucoup, a été une coupure de liens sociaux... Le stress s'est accumulé ?

Ne nous étonnons pas si nous constatons des comportements bizarres ?

Etes vous utile ?

L'épidémie de coronavirus a révélé que certaines professions peu payées et peu considérées étaient essentielles au fonctionnement de la société. Faudrait-il revoir la notion "d'utilité" ?

Le vent de populisme actuel est probablement produit par le mécontentement de populations auxquelles on n’a pas trouvé "d’utilité".

Les travaux sur le "reengineering" des entreprises dans les années 80 ont montré que les personnels "sans utilité" que l’on avait supprimés (essentiellement la hiérarchie intermédiaire) possédaient le savoir-faire de l’entreprise. Sans eux, l’entreprise avait perdu la mémoire. (Corporate amnesia, The Economist, 20 avril 1996.)

Il y a l'utilité qui se voit (l'éboueur ou le médecin), et celle qui ne se voit pas, parce qu'elle est sociale, elle est partagée entre beaucoup de gens.

mercredi 27 mai 2020

Le CNER : impossible n'est pas français ?

Les agences de développement, vous connaissez ? Curieusement, c'est une vieille institution montée après guerre par les entreprises pour coordonner la reconstruction.

Il se trouve que ces inconnues ont fait des miracles pendant le confinement."En moins de 10 jours, l'agence de développement Terres de lorraine a réussi le tour de force de créer une filière complète de production de gel hydro-alcoolique."

Cela a demandé de trouver une entreprise qui avait un processus de production proche de celui qui était nécessaire (les agences connaissent bien les entreprises qu'elles suivent), d'obtenir un agrément (eu en un jour contre plusieurs semaines, grâce à l'intervention d'un député local), de trouver les fournisseurs de matière première, et les clients (EHPAD et communautés de communes), et les véhicules de livraison (communautés de communes et armée).

Quand la France se mobilise...

Mais c'est une France qui, jusque-là, était méprisée, et à laquelle on retirait de plus en plus de moyens...

Le restaurateur se rebiffe

Le virus devait rayer le restaurateur de la carte ? Eh bien certains ont fait de bien meilleures affaires qu'en temps normaux.

La recette ? Ils sont sortis de chez eux. Plus exactement, ils ont exporté ce qui faisait leur particularité. (Article.)

(Ce qui, au passage, semble confirmer ce que je pensais : bien des restaurants chinois ou italiens font un bien plus gros chiffre en vente à emporter qu'en salle.)

Une leçon pour tous les entrepreneurs pétrifiés ?

mardi 26 mai 2020

Incivilité du Français : facteur de crise ?

"Une fois résorbés les dysfonctionnements les plus importants engendrés par l’entrée en confinement, les montants d’incidents de paiement sur effets de commerce sont restés en avril en moyenne 75 % plus élevés qu’en 2019." dit la lettre CODINF.

Cela tient, en dehors de General Electric, qui a voulu importer en France la culture américaine et imposer des baisses de prix de 20% à ses fournisseurs, à des comportement incivils. L'entreprise française ne paie pas ou invente des excuses pour ne pas payer (la lettre cite une bonne dizaine de manoeuvres frauduleuses).

Cette incivilité française menace de produire, "gratuitement", une vague de faillites. C'est la crise par prédiction auto-réalisatrice.

La résilience est aussi une question de bonne éducation.

Histoire de la vie de Casanova

Relecture plus de trente ans après. Ce livre est un extrait des mémoires de Casanova (dix volumes). Il se limite à quelques-unes de ses amours. Car Casanova ne fut pas qu'un amoureux, ce fut aussi un aventurier qui ne rechignait pas à l'escroquerie.

Casanova, c'était "l'homme qui aimait les femmes", au sens de Truffaut. Il tombe amoureux de toutes les femmes qu'il rencontre, comme si c'était la première, et comme si sa vie en dépendait. Pour conquérir, il se ruine et déploie des trésors de galanterie et d'esprit. Une forme d'amour courtois.

Quant à la femme, elle n'est pas ce que nous en dit le féminisme moderne. Elle est supérieure à l'homme, car elle maîtrise parfaitement ses impulsions, contrairement à lui, et sait ce qu'elle veut. Au fond, Casanova et ses semblables sont des "hommes objets". Ils ne séduisent pas. Ils sont sélectionnés à la suite d'un processus raffiné et complexe.

A noter une rencontre avec Voltaire, dont Casanova sort meurtri. Voltaire faisait passer une étonnante vivacité intellectuelle pour de l'esprit et se piquait de connaître et de juger la poésie italienne, sans en comprendre les subtilités, et en ressentir l'émotion. Voltaire, homme de raison, Casanova, homme de coeur ?

lundi 25 mai 2020

Principe de précaution : victoire par KO ?

En chiffres, l'épidémie de coronavirus semble mineure, et, pourtant, l'économie mondiale s'est arrêtée. Et, des ultra libéraux, comme les USA, aux ultra dirigistes, comme la Chine, il n'y a pas eu d'exception. Même du côté des religions, dont, pourtant, on aurait pu attendre des miracles. La Mecque est vide.

Le principe de précaution répondrait-il à une aspiration fondamentale de l'humanité ?

Problème : peut-on prendre le risque de millions de chômeurs ? En 1929, la crise a eu de fâcheuses conséquences...

Cela conduit à une nouvelle définition du principe de précaution. Il s'agit de construire une société suffisamment solide pour qu'elle n'ait pas besoin de s'arrêter totalement en cas d'accident.

Contre le GIEC ?

Il y a quelque-chose d'étrange. Il y a vingt ans, dans un cours, j'avais pris le réchauffement climatique comme exercice de "stratégie en environnement incertain". Ce qui m'avait amené à faire une enquête et à lire une excellente étude sur le sujet. Et pourtant, je me méfie du GIEC. Et, je me demande si cette méfiance n'est pas partagée par beaucoup de gens. Mystère ?

Des organismes comme le GIEC sont des lobbys, ce qui discrédite leur discours. D’autant qu’ils ne tiennent pas compte d’autres opinions, même pas des travaux antérieurs du Club de Rome, pour le GIEC. On ne peut pas parler de RSE, et ne pas appliquer ses principes.

(A l’origine de tout cela, il y a un manque de confiance vis-à-vis de son prochain ?)

dimanche 24 mai 2020

France stratégie ou le nouveau Plan ?

Depuis quelques-temps, je m'intéresse aux travaux de France Stratégie, qui est l'héritière du Commissariat au Plan.

France Stratégie ausculte la société et en tire un diagnostic qui surprend ceux à qui j'en parle : on y retrouve toutes les critiques que l'on fait à l'Etat !

Pendant la guerre, le Conseil national de la résistance, l'union de toutes les forces qui combattaient Vichy, avait fait ce travail. Il avait produit des lignes directrices pour l'après guerre. Ensuite, la France, pourtant si divisée, s'était unie autour de la notion de partage des fruits du progrès. Le Commissariat au Plan avait pour mission de consulter les forces qui constituaient le pays pour établir par consensus la prochaine étape de la transformation du pays. Il en résultait un Plan

Et si France Stratégie préparait une nouvelle forme de Plan ?

Quand l'intelligence artificielle nous mène en avion

Je découvre que je dois partir à Buenos Aires. C'est Google qui l'a inscrit dans mon agenda. Il a déduit cela d'une des pièces jointes à un mail d'un client.

Exemple d'application des "robots" supposés automatiser les tâches répétitives

Je dois être un cas particulier, car j'ai l'impression que les initiatives de l'IA, certainement si géniale, me font énormément perdre en productivité. C'est peut-être pour cela que l'on dit qu'avec l'IA, il n'y aura pas de place pour tout le monde dans le monde de demain ? L'IA aura éliminé les marginaux comme moi.

samedi 23 mai 2020

L'Etat doit-il redevenir planificateur ?

Une idée commence à germer : nous devons reconstruire notre économie ; or, il y a eu un précédent : 45. En ces temps, la France a été planificatrice ; et avec succès...

Effectivement, nous ne sommes pas en face d'un redémarrage, mais, plus probablement, d'une réinvention du modèle de nos entreprises. La "relocalisation" ne signifie pas faire comme les Chinois mais sortir des procédures standardisées (cf. les chaines hôtelières) pour tirer parti des particularités de notre "patrimoine".

Il y a eu déplacement de valeur. Ce qui signifie nouveaux marchés. Si elles trouvent un projet qui en profite, les entreprises peuvent se faire financer. Il y a beaucoup d'argent pour cela. Mais, les entreprises, seules, parviendront-elles à se réinventer (et à nous éviter une crise) ?

Après guerre la modernisation d’une économie qui vivait des colonies s’est faite par nationalisation. (WORONOFF, Denis, Histoire de l’industrie en France du XVIème siècle à nos jours, Le Seuil, 1994.)

Ce n'est pas envisageable aujourd'hui. Mais le changement pourrait être guidé de façon à ce que les bonnes idées de certains profitent à tous, qu'une dynamique nationale se crée, et que l'entrepreneur renonce à l'acharnement thérapeutique et choisisse de donner un nouveau souffle à ses projets.

Etat chef d'orchestre ? Son véritable rôle ?

(J'entendais dire un producteur de France Musique, qu'en musique, comme avec un préservatif, c'était mieux sans chef d'orchestre, mais que c'était moins risqué avec.)

Délocalisation de la recherche

Depuis quelques temps j'évolue dans le monde de la recherche.

Ce qui me frappe, c'est que ce que l'on considère comme start up ne l'est pas. Le temps de maturation de la technologie et du marché est beaucoup trop long pour qu'une entreprise normale puisse parvenir à survivre aussi longtemps, même avec l'appui d'investisseurs.

Elle se maintient grâce à une fiction. Crédits d'impôts et budgets de recherche. Mais c'est tout de même bancal. Comment piloter un projet qui ne débouchera que dans vingt ans, lorsque l'on n'a aucun espoir de ventes, entre-temps ?

Que les choses ont changé depuis mes débuts. J'ai lancé à l'époque des projets qui, probablement, n'ont commencé à trouver leur marché que dix ans plus tard, voire plus. Mais c'était la règle du jeu. Les bénéfices de la société permettaient, très largement, de financer sa recherche. En outre, il était autrement plus facile de monter ce genre de projet qu'avec une start up. En quelques rendez-vous, entre collègues, l'affaire était réglée. Le dirigeant de start up doit faire preuve de talents extraordinaires, et a très peu de temps à consacrer à ce qui fait la réelle nature de son entreprise.

Ce que j'en déduis est que l'entreprise a réussi à se débarrasser de son activité de recherche et développement et à la faire financer par la collectivité. Mais c'est très inefficace.

(Je comprends mieux, maintenant, pourquoi à une époque, il y avait tout un discours sur le fait que la grande entreprise "ne pouvait pas" être innovante. Seule la start up l'était.)

vendredi 22 mai 2020

Un écosystème ne se préserve pas

Le fait que les cimetières soient pleins de gens indispensables en dit long sur les écosystèmes. (Billet précédent.)

Si une espèce disparaît "l'écosystème" se reconstitue avec ce qu'il a. (Cela tient probablement à ce que l'écosystème, dans son ensemble, a les moyens de remplacer la fonction perdue.) Ce n'est pas le même écosystème.

Conserver les écosystèmes n'a donc probablement pas beaucoup de sens. Pour autant, les exploiter comme nous le faisons (avec sa conséquence en termes d'épidémies) n'est probablement pas meilleur. Il faut trouver un moyen intermédiaire : en tirer partie, en y participant ?

Les cimetières sont pleins de gens indispensables

Fort modestement, un ami me disait que les cimetières étaient pleins de gens indispensables.

Ce à quoi j'ai répondu que c'était pourquoi je tenais à sa vie.

Le bon sens populaire n'est que sophismes.

jeudi 21 mai 2020

Le coronavirus aurait-il tué la 5G ?

On s'interroge sur l'utilité de la 5G, en France.

L'épidémie a montré que le territoire était mal équipé en termes d'infrastructure numérique. Or, la 5G va amplifier le déséquilibre entre régions. En outre, elle est eco unfriendly, pour de multiples raisons. Et on ne sait pas très bien quels sont ses bénéfices. (Sans compter que l'on est totalement dépendant de matériels étrangers.)

Changement ? Le temps des modes et du marketing laisserait-il la place à la réflexion ?

(5G : entre risques sanitaires et risque d'une répartition inégale sur le territoire, certains parlementaires souhaitent la création d'une commission d'enquête.)

La misère sexuelle de Guy de Maupassant

Apparemment, Guy de Maupassant aurait fini sa vie en léchant la porte de l'institution qui le soignait. Il était réduit à l'état de loque par la syphilis. (Une émission de France Culture.)

Infecte société du 19ème siècle qui condamnait ses membres à la misère sexuelle ? Et si nous pensions, de temps à autres, à la changer ?

mercredi 20 mai 2020

Petit traité de manipulation : le biais de confirmation du biais de confirmation

Méfiez-vous de votre biais de confirmation ! nous dit-on.

Une entrée pour mon "petit traité de manipulation" ?

Le biais de confirmation signifie que nous ne testons la validité de nos idées qu'en les soumettant à des épreuves qui sont susceptibles de les confirmer. Par exemple, si je crois au réchauffement climatique, je vais prendre chaque vague de chaleur comme une confirmation de mon point de vue. Mais un froid exceptionnel me laissera indifférent.

Einstein souffrait d'un biais de confirmation. Quand il a voulu démontrer que sa théorie marchait, il a proposé de mesurer la courbure que faisait subir aux rayons du soleil la masse de Vénus. Toute la science est comme lui. Cela s'explique parce qu'il est très peu probable que l'on puisse retrouver dans le comportement de la lumière les prédictions exactes d'Einstein. Autrement dit, dans la vie courante, le biais de confirmation n'est pas un mal.

La découverte de ce biais en est la directe application... Les travaux sur les biais de confirmation viennent de recherches sur l'irrationalité humaine. Elles résultent d'une réaction à la "science" économique, qui postule la parfaite rationalité humaine. Les scientifiques ont placé leurs cobayes dans des circonstances artificielles, qui ont mis en défaut leurs réflexes naturels, et ont prouvé ce que les scientifiques voulaient prouver.


Internet : nous sevrer de notre dépendance aux USA ?

Le confinement a révélé une réalité inattendue. Notre problème n'est pas tant notre dépendance à la Chine que celle que nous avons vis-à-vis des USA. Car la vie du pays a dépendu d'Internet. Et Internet, ce n'est pas nous.

Cependant, ma thèse est qu'il ne faut pas exagérer la difficulté de rattraper notre retard.

Les Chinois ont montré que l’avantage concurrentiel de la Silicon Valley tient à peu de choses. Par ailleurs, c’est le modèle « lean start up », les technologies numériques se sont démocratisées. Il est relativement facile à un petit commerce, par exemple, de disposer d’un site marchand comparable à celui d’Amazon.

Surtout, nous avons été victimes d’un lavage de cerveau idéologique – sans aucune base scientifique - qui nous a fait croire que le succès du GAFA était dû au « talent » de quelques-uns. En réalité, le talent est collectif. Sans terreau favorable, il n’y a pas de génie.

En conséquence, il faut chercher les conditions qui permettent à ce « terreau » de se reconstituer, à des processus d’intelligence collective de renaître.

(On peut imaginer, par exemple, une fédération de petits acteurs, sur le modèle de l’économie sociale ou du développement open source, qui est redoutablement efficace. Ce qui compte, c’est un groupe organisé, et motivé.)

mardi 19 mai 2020

Après le coronavirus : forteresse Europe ?

L'UE annonce un fonds de relance de l'économie de 500md€.

Elle parle aussi de constituer de "champions" comme ceux que l'on trouve en Chine ou aux USA, et, pour le permettre, de revoir ses règles de concurrence interne. Tout en parlant de "coopération plus étroite" et des limites du concept de nation. (Politico.)

Vers une Union Européenne unie ?

TSF Jazz

Des amis m'ont conseillé d'écouter TSF Jazz. Cela diffuse de la bonne humeur.

J'ai découvert que j'avais tort, comme d'habitude. Pour moi, il y avait le jazz optimiste des origines et le jazz moderne, abstrait, qui me déprime.

J'ai découvert un autre jazz, qui peut être joyeux, ou mélancolique, mais pas déprimant. Le jazz de la vie.

Ce que j'appelais le jazz moderne est le jazz de Radio France, un jazz d'intellectuel. Le propre de l'intellectuel est d'aimer le drame et la misère. Tout ce qu'il touche devient déprimant. Il transforme l'or en plomb. Un vieux thème de ce blog.

lundi 18 mai 2020

Changement incrémental et changement de rupture

Le confinement a illustré les théories sur le changement...

Il a été un changement de rupture. D'un seul coup, la vie a changé.

Et cela nous a permis de constater que, sans le percevoir, nous avions subi un changement incrémental. Pourquoi avons-nous laissé le ciel s'obscurcir ? Le tourisme est-il vital ? L'économie mondiale, et la santé, doivent-ils être gérés en juste à temps ?...

Le changement incrémental, c'est le théorème de la grenouille. On raconte que, soit une grenouille, si vous la placez dans de l'eau froide, et augmentez doucement sa température, vous pouvez cuire la grenouille sans qu'elle bouge. Il en est de même de l'homme.

Tous des médecins ?

Le personnel médical a gagné l'estime de tous.

On me disait que les banques jouaient, elles aussi, les médecins. Elles alimentent en argent les entreprises en difficulté. Elles le feraient bien. Voilà que nous découvrons que nous sommes tous un peu médecins. Nous découvrons, par exemple, l'importance des entreprises : sans elle, pas de travail, pas de vie.

Les crises révèlent que nous sommes tous interdépendants les uns des autres. La joie des responsabilités ?

dimanche 17 mai 2020

Le retour de l'inflation ?

Je lisais les mémoires de Casanova, qui parlait d'un temps où il y avait des "quarantaines", lorsque l'on arrivait dans un port. Ce type de coût a été éliminé. A bon escient ? Les mesures de protection contre le virus ne risquent-elles pas de coûter cher ? Ne risque-t-il pas d'y avoir une inflation des biens de consommation courante ?

Curieusement, il est question de cette inflation masquée depuis longtemps. La théorie d'alors était que la société avait évolué, mais que les changements n'avaient pas été perçus par la grande majorité de la population, pour cause d'endettement (de la population et de l'Etat, qui subventionne, par exemple, le chômage).

Et s'il y avait eu un changement dont on n'avait pas perçu le coût, parce qu'il était masqué ? Coût qui tenait à ce que l'on prenait des risques de plus en plus grands, risques que l'on présentait comme "innovation" ?

L'énigme du libre échange

Dans son introduction à L'économie politique de Friedrich List, Emmanuel Todd observe que c'est le libre échange qui a ruiné l'Angleterre victorienne, et qui ruinait l'Amérique, à l'époque du Japon triomphant, dans les années 80 et 90, à laquelle il écrit. Les nations fortes ont protégé leurs industries naissantes.

Comment justifier, dans ces conditions, la pratique du "libre échange" ? Une question à se poser alors que l'UE semble aujourd'hui le dernier bastion de cette idéologie ?

Emmanuel Todd note aussi un fait curieux. En dehors de Friedrich List, aucun auteur sérieux d'économie n'est autre chose que libre échangiste ! Ce qui, en retour, le justifie !

Emmanuel Todd commet-il une erreur ? Tous les membres d'une "nation" ne pensent pas forcément appartenir à une nation. Ils suivent leur intérêt, et celui-ci peut être de faire la fortune d'une autre nation. C'est comme cela que Colbert a fait venir en France le savoir-faire qu'elle n'avait pas.

Mais peut-être que les "libres-échangistes" sont différents des personnes attirées par Colbert. Ils ne semblent pas vouloir s'installer quelque-part en particulier. Ils sont citoyens du monde. Ils ressemblent aux monarques de l'ancien régime qui, tout en se faisant la guerre, étaient parents, et avaient des liens plus forts entre eux qu'avec leurs sujets ?

samedi 16 mai 2020

Action Research

Action Research, une technique à redécouvrir ?

Action Research a été la grande mode des sciences humaines d'après guerre. Elle a notamment été appliquée dans le règlement des conflits sociaux (par exemple conflits entre communautés immigrées aux USA). Pendant la guerre on l'a utilisée, par exemple, pour savoir comment communiquer au peuple américain (elle a conclu, en substance, que, conformément à la culture américaine, il fallait lui dire la vérité). Elle a eu une longue influence, mais le terme a été oublié.

Action Research, c'est le contraire de la façon dont le monde a été dirigé ces dernières décennies. Ce monde a appliqué "d'en haut" des théories, sans se préoccuper de savoir si elles donnaient bien ce que l'on en attendait. Théories multiples d'ailleurs. Un exemple en est le marché, supposé mener à l'optimum humain. Dans les années 90, l'Amérique a cru que la chute de l'URSS enlevait le dernier obstacle au capitalisme, et que nous allions vivre heureux, sans plus de crise, et que la croissance mondiale serait, éternellement, d'au moins 4% ("nouvelle économie"). A l'inverse se trouve la théorie du "care", la compassion donnant le droit d'intervenir dans la vie de l'autre. Mais c'est probablement Internet qui a produit le plus d'idées farfelues. Par exemple, on a cru que ce serait un paradis libertaire, puis qu'il répandrait la démocratie, mais aussi que tout serait logiciel et qu'il n'y aurait plus d'intervention humaine dans sa vente ("no touch"), etc.

Tout cela a donné le contraire de ce qui était annoncé. Phénomène qui s'appelle l'énantiodromie.

Action Research part de la réalité des hommes, comme être sociaux (elle travaille avec des groupes, pas des individus), et essaie de comprendre ce qui se passe. Si elle détecte une insatisfaction, elle propose ses services. Acceptés ou non. S'ils le sont, elle tente de créer des conditions qui facilitent la recherche par le groupe humain de ce qui cause ses difficultés, et de solutions qui lui conviennent. Pour cela, elle va, notamment, lui proposer le secours de la "science", c'est-à-dire de méthodes qui semblent avoir marché par le passé. De cette expérience va résulter une évolution de la dite "science".

Irrational Exuberance de Robert Schiller

Le travail qui a valu le prix Nobel à Robert Schiller. A relire à l'heure où l'on s'interroge sur ce qui cloche dans les idées qui ont guidé le monde ces temps derniers ?

Il est paru en 96, bien avant l’éclatement de la bulle Internet. Il a un instant influencé Alan Greenspan, le patron du Fed, avant qu’il ne retombe dans la folie collective.

Il fait la liste de toutes les raisons connues pour lesquelles les acteurs de l’économie peuvent avoir un comportement irrationnel (ce faisant mettant à mal le dogme dominant de l’économie moderne, qui repose sur leur rationalité).

Il produit un graphique, devenu fameux, qui permet de prédire les bulles spéculatives. L'hypothèse rationnelle est que la valeur d'une entreprise est ce qu'elle peut rapporter. On voit que, périodiquement, le rapport entre ces deux valeurs s'envole. Ce sont des temps de spéculation.

Un peu pénible à lire, toutefois.

vendredi 15 mai 2020

Locavorisme : vous connaissez ?

"Le locavorisme est un mouvement prônant la consommation de nourriture produite dans un rayon restreint autour de son domicile, afin de limiter les impacts environnementaux de l’alimentation." (France Stratégie.)

"Relocalisation", "circuits courts"... sommes-nous en train de changer ?

En tout cas, le premier objet de notre créativité pourrait bien être le vocabulaire.

(On parle aussi de "biorégions" : "Les biorégions sont des régions qui se définissent par des limites naturelles au sein desquelles l’émergence d’une communauté y serait plus propice.")

A Primer on Decision Making, J.G.March : les décisions ne se prennent pas !

Les décisions surviennent… sous-titre du livre !

Un état des lieux des travaux en théorie de la décision extrêmement exhaustif et brillant, écrit par un « pape » de la discipline. Un temps co auteur d'Herbert Simon, inventeur de la notion de "rationalité imitée", grand nom de l'Intelligence Artificielle, et prix Nobel d'économie.

Il met en lumière de nombreux faits curieux, par exemple qu’il est parfois plus « stable » pour un système d’avoir des opposés qui s’affrontent qu’une seule opinion (cf. gauche et droite, qui se définissent l’une par rapport à l’autre mais ne laissent pas beaucoup de place à d’autres pensées), ou que c’est un avantage concurrentiel des professions à haut risque (pilote d’essai, P-DG…) d’avoir une vision erronée de leurs chances.

Autres faits surprenants :

  • La probabilité de survenue d’un événement est évaluée en fonction du souvenir d’événements similaires.
  • Les événements marquants sont sur-représentés. 
  • Les événements peu certains sont ignorés. 
  • Le hasard est ignoré, l’homme tend à sur-évaluer l’impact de ses décisions. 
  • L’homme tend à filtrer seulement les informations qui justifient son opinion. 
  • Il préfère les histoires aux explications abstraites. 
  • Il préfère les informations marquantes. 
  • Face à des informations contradictoires, il se limite à une seule possibilité. 
  • Il tend à sélectionner les informations qu’il pense acceptables par la communauté, et à éliminer les autres (ce qui est vu par les chercheurs comme une technique nécessaire au maintien de l’édifice social).

Autrement dit, la rationalité humaine est un mythe !

Quant au message principal, on le trouve dans le sous-titre : "decisions happen". Les décisions "surviennent". Rien dans la science ne laisse penser que l'on "prend" une décision. Le phénomène de la décision, ne se fait pas n'importe comment, mais il a quelque-chose du miracle.

Il faut une solide motivation pour prendre la décision d'attaquer ce livre, et de le lire jusqu'au bout.

Paris est une poubelle ? (Suite)

Décidément, le réservoir des inconnus de La République En Marche est sans fond. On annonce qu'après M.Villani, le mathématicien qui ne fait plus de mathématiques, M.Griveaux, l'exhibitionniste honteux, et Mme.Buzyn, le médecin qui ne fait plus de médecine, un certain M.Guérini, homme d'affaires qui ne fait plus d'affaires, se présenterait à la Mairie de Paris. Un autre sacrifié ?

Ces équipes d'inconnus ont, en fait, des origines connues. LREM a joué les voitures balai des ambitions déçues. Il y a, par exemple, les ex Jupé, derrière le premier ministre. Mais aussi les ex DSK, généralement des anciens d'HEC, comme lui, et leurs proches. Profils identiques : aucune expérience et la fréquentation précoce des cercles politiques, auxquels ils apportent leur génie attesté par leurs diplômes. Ce sont les startupers de la politique. Ils ne savent rien sinon que tout est à changer. Le gouvernement est entre les mains de bandes de copains. Il suffit de lire wikipedia, et de suivre ses liens pour s'en convaincre.

Le népotisme est-il un mal ? Tout dépend ce que cela donnera. On ne fait pas d'omelette sans casser des oeufs. La fin justifie souvent les moyens...

(A moins que M.Macron ne trouve, au niveau local avec lequel il se réconciliera peut-être, des hommes politiques solides qui remplacent son équipe de bras cassés ?)

jeudi 14 mai 2020

Le retour en force du principe de précaution

Ceux qui voulaient la peau du principe de précaution risquent d'en être pour leurs frais.

Car si l'Etat avait fait preuve de prudence, la crise ne lui coûterait pas des centaines de milliards, et n'aurait pas fait autant de morts, aujourd'hui, dit France Stratégie.

Mais la précaution n'est peut être pas ne rien faire. Il faut bâtir une société résiliente.
Une réévaluation de la notion de précaution entraînerait une refonte significative du référentiel de nos politiques publiques, de leurs grands objectifs et de certains de leurs outils ; elle semble particulièrement adaptée à une époque caractérisée à la fois par l’identification de bouleversements majeurs et inéluctables à court et à moyen terme (liés notamment au changement climatique et à l’érosion de la biodiversité) mais dont les conséquences concrètes et territorialisées ne sont pour l’instant que mal connues. Et c’est précisément quand l’État ne sait pas tout qu’il doit déployer des politiques de précaution (Livret séminaire soutenabilité covid 19 du 19 mai 2020 de France Stratégie)
(France Stratégie recommande le stress test : dislocation de l'UE, guerre, etc.)

Sex and repression

Malinowski, un des pères de l’ethnologie moderne, s’attaque à la psychanalyse.

Il a vécu, lors de ses missions d'étude, dans une société qui croit que le père d’un enfant est un oncle maternel. Ici, ce que Freud a observé s’applique au père culturel, non au père génétique.

Les maladies qu’analyse la psychanalyse seraient-elles le résultat du conflit entre l’instinct de l’individu et les règles de la société, sa culture ?

En tout cas, la psychanalyse ne sera pas une science tant qu’elle refusera de se pencher sur les travaux d’autres disciplines scientifiques.

Un livre agréable qui parle de vie et de souvenirs, plus que de froide théorie.

Le monde d'après : des politiques qui font confiance au peuple ?

France Stratégie s'interroge sur la raison de la défiance de l'opinion vis-à-vis du gouvernement, et des rumeurs qui la parcourent.

Et si cela venait de notre manque de confiance, les uns par rapport aux autres ?

Un gouvernement qui prendrait ses électeurs pour des égaux, voilà ce qui serait une révolution.

"Et au-delà des premiers instants de la crise, un partage public des données, des hypothèses et des projections qui alimentent le gouvernement dans ses réflexions apparaît susceptible de renforcer la compréhension et l’adhésion de l’opinion aux mesures qui sont prises – et on a vu qu’une telle adhésion active était essentielle à l’efficacité de ces mesures. Cela suppose donc une certaine confiance, non pas des citoyens envers les sciences ou envers les politiques, mais des politiques envers les citoyens et des citoyens envers eux-mêmes."

mercredi 13 mai 2020

Meta Trump ou pourquoi M.Trump est populaire

Comment les Américains peuvent-ils tolérer un président qui n'arrête pas de se contredire ? Et pourtant les sondages disent que les élections américaines sont incertaines.

Explication systémique ?

Nous sommes des gens de raison, donc nous jugeons que tout doit être raison (sauf ce que nous faisons !). Mais il y a la foi. J'ai vécu au temps du Parti Communiste. Ses partisans croyaient ce qu'il disait quelles que soient sa vérité et sa cohérence. Même Jean-Paul Sartre, normalien et major de l'agrégation de philosophie, peut-il y avoir mieux en termes de raison ?, croyait. Il y a aussi la religion, raillée pour ses incohérences par Voltaire et les philosophes des Lumières, et pourtant qui tient ferme.

Comme Jean-Paul Sartre, qui ne voulait pas "désespérer Billancourt", le croyant a ses raisons, que la raison ne comprend pas. Il pense qu'il y a une raison au dessus de la raison. C'est même l'argument de certains docteurs de la loi : les contradictions des textes sacrés révèlent un au delà. "Aime et fais ce que tu veux", dit Saint Augustin.

Le système américain ? M. Trump a compris que ce qui comptait était son comportement et pas ses paroles (la recette du populisme). La presse "d'opposition" a compris que dénoncer les incohérences de M.Trump faisait vendre. Ce qui, en retour, renforce la popularité de Trump... Tout le monde y gagne.


Monde d'après : quels scénarios ?

J'ai découvert qu'il y avait une très forte aspiration a se débarrasser d'un Etat centralisateur dont l'administration s'est ridiculisée pendant l'épidémie. Ce serait facilité par Internet.

Et le contraire ? Un monde parcouru par des épidémies, où chacun reste chez soi ou se déplace dans une cellule isolée, et est alimenté par des circuits d'approvisionnement protégés, où des Instituts Pasteur jouent le rôle de système immunitaire collectif, où les mouvements de chacun sont pistés par leur téléphone, devenu obligatoire. Le rêve d'Uber, sans Uber. L'homme comme cellule d'un corps social.

Y a-t-il un prospectiviste dans la salle ?

L'Etat, demain : le retour du plan ?

Les mêmes causes, les mêmes effets ? Et si, comme en 45, l'Etat redevenait planificateur, pour ordonner l'effort de reconstruction ? Voici ce que dit France Stratégie :
"l’anticipation ne se réduit pas à la précaution, en particulier lorsque s’impose à la puissance publique un défi de redémarrage économique, après la mise à l’arrêt que constitue le confinement généralisé. Sans singer ce qui a été accompli au sortir de la Seconde Guerre mondiale, l’idée de « planification » peut être remise au goût du jour, compte tenu notamment de plusieurs impératifs : renforcer l’indépendance (nationale ou européenne) dans la production de certains biens et services stratégiques, conduire nos sociétés vers la neutralité carbone, favoriser une gestion sobre des ressources, ce qu’il est impossible d’obtenir en laissant les acteurs privés en disposer comme ils le souhaitent.
Pour atteindre de tels objectifs, le niveau européen semble incontournable, à la fois au niveau de la conduite de politiques publiques orientées vers le long terme et au niveau de l’effort de recherche nécessaire pour inventer et déployer les outils adéquats. Aussi bien en matière de transition écologique qu’en matière de solidarité, l’ampleur des actions nécessaire plaide pour une coordination européenne des politiques publiques.
D’un autre côté, la construction de politiques résilientes, adaptées aux ressources et aux vulnérabilités des différents territoires, ne peut sans doute pas être pilotée au seul niveau national, mais doit reposer également sur l’échelon local, plus apte à identifier les multiples dimensions des difficultés rencontrées par les acteurs (individus, entreprises, associations...) et les réponses disponibles immédiatement pour faire face à telle ou telle catastrophe."

mardi 12 mai 2020

Re localisation : le nom du changement ?

On parle de re localisation. On s'attend à ce que ce soit l'inverse de la délocalisation : que ce que l'on fabrique en Chine soit fait ici. Erreur.

La re localisation consiste à renverser la logique de la standardisation mondiale, plaquée de l'extérieur. Il s'agit de partir du "local" comme source de création, de même que le sculpteur voit dans le bloc de marbre la potentialité d'une statue.

Chaque culture a son génie propre. Tout le monde sait fabriquer des voitures. Mais pas les mêmes. Les Japonais, les Allemands, les Italiens, les Américains, les Français produisent des types de voitures très différents, et complémentaires. C'est particulièrement vrai en ce qui concerne le tourisme. Le tourisme d'hier, c'était l'uniformité, les hôtels identiques, le bling bling, la neige et la mer. L'inculture uniforme du parvenu à Rolex. Le tourisme de demain, ce pourrait bien être la lenteur, la cuisine familiale, les produits et les fêtes du coin, la découverte de la nature et de la culture locales. Le touriste comme anthropologue ?

On ne va donc pas produire ce que produisaient les Chinois. On va regarder quelles sont nos compétences propres et ce que l'on peut faire avec elles d'unique et original, d'enthousiasmant. Et c'est cela que l'on échangera avec d'autres produits uniques et originaux, enthousiasmants, issus d'autres cultures.

Histoire d'amour de la France et de l'Etat : fin ?

La caractéristique de la France, pour un étranger, est l'Etat. Elle ressemble à la Chine ou à l'URSS.

Quant à nous, que l'on parle de Louis XI, d'Henri IV ou de Louis XIV, notre histoire paraît celle de la constitution d'un Etat tout puissant dirigé par des grands commis d'élite (Sully, Richelieu, Colbert), menant le pays sur la voie du progrès. Ce modèle est toujours celui de la France moderne.

La Révolution a voulu l'abattre. Ni Dieu ni maître, "société d'individus", dont la liberté est garantie par quelques lois venues de la raison. Mais, pour faire la guerre, il faut un pouvoir fort. D'où empire et monarchie. La 3ème République semble avoir voulu corriger les erreurs de la Révolution : il existe un lien social. Les découvertes de Pasteur le démontraient. L'association, la solidarité, le contrat entre égaux, c'était la société et la liberté. Mais la France a été une nouvelle fois vaincue. Le technocrate a pris le pouvoir en 40. D'où un Etat en béton armé, taylorien.

La Révolution, c'est maintenant ?
Et la suite ? L'éducation supérieure de masse a retiré ses atouts à l'élite. L'élite d'hier l'était parce qu'elle avait une formation différente de celle du peuple. Elite et peuple étaient deux espèces différentes. On a maintenant les conditions nécessaires d'une déconcentration du pouvoir, peut-être de la fameuse résilience, qui est à la mode.

Si elle se fait, elle doit éviter deux erreurs du passé :
  • L'impuissance. Si elle ne veut pas se faire écraser par les autres nations, la France a besoin d'un système de coordination qui lui permette d'orienter, vite et bien, l'effort collectif. 
  • L'inégalité. Une France d'individus est une France qui crée des conditions hétérogènes pour le développement des personnes. Le terrain idéal pour un coup de force d'une nouvelle aristocratie. 

lundi 11 mai 2020

Les coûts imprévus des pays à bas coûts : le mat chinois ?

On découvre une nouvelle conséquence imprévue des délocalisations, une de celles qui avaient été oubliées des business plan. Les pays délocalisateurs se retrouvent privés d'une partie de leur capacité de production. Et si les pays de délocalisation profitaient de leur avantage ?

La France d'après : 3ème République 4.0 ?

Je mène actuellement une enquête sur la France d'après le confinement. Surprenant.

Unanimité de mon échantillon qui n'est peut-être pas significatif (mais qui compte quand même pas mal de gens divers, des politiques aux médecins en passant par les entrepreneurs) :

"L’Etat centralisateur, c’est fini. Plus personne ne lui fait confiance." La France jacobine a dysfonctionné, au contraire des institutions politiques locales. Les régions et les territoires vont prendre le pouvoir sur un Etat bureaucratique sclérosé. En même temps le pays va se reconstituer en partant du bas, de son essence, en quelque-sorte. Le tissu entrepreneurial va se transformer. Les "idées, elles existent" me dit-on. Elles sont bloquées par les procédures administratives. En outre, les citadins ont découvert la ruralité. Grâce au télétravail, ils vont revenir à leurs racines et apporter aux territoires, à leurs commerces et à leurs entreprises, le progrès technique dont ils avaient besoin pour devenir modernes, forts et résiliants.
France 1899.jpg
Par Giovanni Roncagli (1857-1929) — Scan da: Giovanni Roncagli (1857-1929), "Atlante Mondiale Hoepli", Milano, Ulrico Hoepli, 1899, Domaine public, Lien

Une France dynamique serait-elle prête à naître ? Voilà qui serait inattendu.

J'entendais l'autre jour un disciple de M.Mélenchon dire que la France jacobine n'avait pas que des défauts : elle garantit l'égalité de traitement à laquelle nous sommes si attachés.

Le défi que le virus nous lance : libérer l'initiative du bas, sans perdre la coordination et la justice par le haut ? Girondin et Jacobin ? Le numérique en plus ? IIIème République 4.0 ?

(Interview d'Hugo Lambert : le Lab territorial.
Interview de Jean-Claude Mairal.)

Le virus et le mathématicien

Un mathématicien, professeur de statistiques, répond à un de mes billets. Un peu long, mais très intéressant.
Pour ce qui est de ta question sous tendue par la phrase : corona virus : le waterloo de l’IA ? Je trouve effectivement que c’est le moment de se la poser,  même si insister sur ce point avec le terme de "waterloo"  est  certes un peu caricatural mais c’est là une critique nécessaire, car elle montre les écueils  classiques  de l’IA, c’est-à-dire avoir beaucoup de données validées,  pour au minimum fonctionner dans des conditions acceptables.
Or dans le cas du coronavirus, les données ne sont pas centralisées au niveau mondial, d’où des collectes de données incomplètes, parcellaires ou erronées. De plus, la connaissance par le milieu médical des vrais paramètres clefs concernant le Covid19 est très très partielle, car ces paramètres sont hyper changeants et surtout ce changement se produit tous les jours(*)  d’une école  de santé à l’autre, d’une expérimentation à l’autre. Ceci obère fâcheusement  le fait de faire apprendre par un moteur d’I.A  type réseau de neurones, les possibles  évolutions des malades atteints, en particulier quand on a une mauvaises connaissance des situations finales possibles,  ça revient à de l'apprentissage supervisé  (le seul qui marche vraiment en IA d’ailleurs) pour lequel on n'a malheureusement pas les configurations potentielles finales sûres  et validées à atteindre.
D’où ce sentiment factuel (pour l’instant) que l’approche I.A. pure n’a pas donné des résultats probants. Seuls les mathématiques via les modèles épidémiologiques (fondés sur un système d'équations au dérivées partielles EDP du type : SIR (Susceptibles, Infectés et Retirés (car Guéris)  ou SEIR (plus complet, rajout de l’état d’Exposés), aboutissent à des solutions de types lois de Poisson ou lois exponentielles pondérées (ceci c’est des maths appliquées et rarement de l’I.A.).  Disons que si ces approches ont été parfois  efficaces,  exemple : un modèle du type SIR a assez bien prévu l’évolution de l'épidémie de chikungunya à la Réunion (en particulier la deuxième vague),  malheureusement ce type de prévisions est  en général  soit trop alarmiste (modèle de Neil Ferguson de l’Imperial college de Londres qui prévoyait 300.000 à 500.000 morts en France et qui a paniqué E.Macron), soit  au contraire le modèle est plus près de la réalité mais à condition d’être recalculé  très souvent, ce qui freine un peu l’enthousiasme, car, après tout, ce qu’on attend d’un modèle, c’est de la prévision et pas de la vérification de l’existant. Ceci dit c’est déjà pas mal d’avoir des ordres de grandeur…
Conclusion : quand on connait mal la population que l’on doit analyser  et sur laquelle on doit faire des calculs de prévision ou des modèles,  on a de grandes chances de dire des "conneries". La théorie des sondages, par exemple, nous le dit, si l'on ne peut redresser un sondage par une bonne connaissance de la distribution des strates de cette population, on prédit des sottises (voir prévisions électorales lors de l’élection présidentielle de Eltsine en Russie,  par les instituts français, pourtant réputés : 20% d’erreur, etc.
Dans le cas du Corona virus Covid19, sauf à affiner les connaissances très fluctuantes, on est comme dans le cas de l’élection présidentielle en Russie, quiconque prédit… risque gros pour le moment, mais à la longue on y parviendra avec une certaine précision, qui s’améliorera avec le temps… on fera de la prévision... rétrospective!!.
(*) Par exemple on avait dit que les malades prenant certains médicaments inhibiteurs de l’angiotensine II (des anti hypertension ) étaient plus vulnérables que d’autres dans la phase  dite de l’orage cykotinique, or il se trouve que certains hôpitaux testent cette classe de médicaments qui pourraient être au contraire positifs contre le Coronavirus. De même le Dialtazem un beta bloquant contre l’angine de poitrine donne des résultats très positifs dans la phase aiguë de la maladie, alors qu’il était considéré comme nocif dans une première analyse.   
Je profite d’être en phase d’écriture pour répondre à ta deuxième question, celle sur le  nombre de victimes du Coronavirus égal à 0 au Cambodge.  C’est une excellente question, que je me suis posée  depuis longtemps et qui prouve qu’on ne sait pas tout sur le Coronavirus. Cette question,  on   pourrait  la poser aussi à propos du  Rwanda (0 mort pour  12.000.000  d’habitants), de l'Ethiopie, 5 morts mais pour 108.000.000 d’habitants, du Viet Nam, 0 mort pour 98.000.000 d’habitants etc.). Ces résultats surprenants comparativement à ceux des USA, de l’Italie et de la France, etc. laissent supposer qu’il y a des causes non encore connues  à ce jour pour expliquer cette disparité. En fait il y a certainement de multiples causes dont voici une liste non exhaustive:
  • Le manque immense de connaissances sur l’étiologie des maladies à coronavirus, en général, 
  • La pollution : elle fait partie des bonnes idées qui semblent logiques mais qui  sont infirmées immédiatement : exemple la pollution des grands pays européens et des USA, on pourrait d’ailleurs y ajouter la Chine qui a eu un nombre de morts supérieur à ce qu’elle a annoncé, mais des pays comme le Viet-Nam ou le Cambodge ou Addis Abeba ou Bombay c’est de la pollution à la puissance 2 par rapport à Paris ou Londres et pourtant ces pays ont un faible niveau de morts comparés à leur population. 
  • La Latitude : là il semble qu’il y ait une légère corrélation avec la latitude : Sahel nord de l’Equateur + Inde + Amerique Centrale,  Afrique des lacs, versus USA/ EUROPE. Certes pas absolue mais intéressante : peu de morts au Sahel: (Sénégal, Mali, Niger, Nigéria, Cameroun, RCA, etc., Soudan.) Ethiopie, Yemen,  en Inde en Birmanie  en Thailande, au Zaire, etc. ? Oui mais quid de la Turquie, de l'Iran, du Brésil : des exceptions qui confirment  la règle? 
  • La densité, là encore ça semble une bonne idée : Paris, Londres, New York, Philadelphie, Madrid, Milan, Turin Barcelone, Bruxelles, Istanbul, etc. sont des villes super denses mais alors quid de Bombay, Calcutta, de Ho Chi Minh Ville, Hanoï, de Taipeh, ou Seoul. La densité ne suffit pas pour expliquer la mortalité  ou alors appuyée par une autre  caractéristique : la distanciation et l’hygiène ?
  • Les mesures de distanciation et de protection (masques, distances et propreté) et respect fort de ces consignes. Les pays qui ont totalisé le plus de morts sont des pays où les consignes de port de masque et distanciation n’ont pas été respectées au départ, d’où le confinement. Ces pays un peu livrés au début "au  chacun pour soi", et  gérés selon des directives contradictoires ont réagi un peu plus tard que les pays aux tendances soit autoritaires : Viet Nam, Cambodge, Laos, Chine, Philippines, Birmanie, certains pays d’Amérique Centrale, Rwanda, etc.  Soit au contraire ayant un sens civique  fort et des us et coutumes fondées sur l’hygiène et le respect des consignes  de protection : Corée du Sud, Taiwan, Japon, et à un degré moindre : Hong Kong,  Thaïlande,  . 
  • Enfin les statistiques et leur fiabilité il est évident que si dans nos pays européens ou occidentaux en général, on peut dire que les statistiques sont peu dépendantes  des  circonstances  ou du contexte (quoi que?) ce n’est pas le cas dans certains pays dont la liste est longue. De ce fait certaines statistiques données par l’OMS peuvent être sujettes à caution et au minimum à sévère questionnement. 
  • La présentation de ces statistiques : même dans les pays les plus libéraux et démocratiques on peut néanmoins s’étonner de la présentation brute des chiffres et du manque de nuance et de recul associés. Même chez nous (en France) si on avait présenté les chiffres dans leur contexte diachronique, on aurait eu quelques surprises, voici, ci joint une liste fournie par l’INSEE que m’a envoyée un ami, ça mérite une certaine discussion non ???

Décès enregistrés (recensés) par l’INSEE
  • 1er trimestre 2015 : 172.983;  
  • 1er trimestre 2016 : 159.792;  
  • 1er trimestre 2017 : 173.197
  • 1er trimestre 2018 : 174.67;. 
  • 1er trimestre 2019 : 171.918;  
  • 1er trimestre 2020 : 157.371

dimanche 10 mai 2020

Le coronavirus et le laboratoire

Finalement, la presse française s'est mise à écrire sur la possibilité d'une fuite du coronavirus d'un laboratoire chinois. Pendant longtemps, elle nous a dit que cela ressortissait à la théorie du complot.

L'hypothèse semble d'autant plus sérieuse que, contrairement au passé, le gouvernement chinois paraît fermement décidé à ne pas rechercher les causes de l'épidémie. Ce qui laisse penser qu'il les connaît.

L'attitude de la presse française est surprenante. Et peut-être aussi celle des milieux médicaux. Car, la première fois que j'ai entendu évoquer cette hypothèse, c'était bien avant le confinement, dans un laboratoire de recherche, et par un de nos meilleurs chercheurs. Ensuite, un autre médecin m'a expliqué que les laboratoires étaient des endroits propices aux mutations. Ce qui est évident. (En outre, les Soviétiques ont envisagé d'utiliser le virus de Marburg, un parent d'Ebola, comme arme de guerre. Des chercheurs auraient été contaminés.) Peu de temps après, j'ai trouvé un article sur le sujet sur le site de Mediapart, dont l'argumentation correspond à ce qui est dit aujourd'hui. Curieusement, il a disparu.

Il reste un aspect mystérieux de l'affaire. Pourquoi a-t-on parlé de VIH ? Immédiatement, la rumeur a été contrée, en expliquant que c'était une illusion statistique. Mais ce contre-argument était-il sérieux, ou visait-il à nous rassurer ? Il se trouve que le hasard de mes missions m'a fait rencontrer, il y a quelques années, un laboratoire qui travaillait sur le virus du sida. On l'utilise, comme les nanoparticules, pour ses capacités à traverser le système immunitaire. Si on lui retire ce qui le rend pathogène, il peut permettre un traitement ciblé. (On peut aussi chercher à modifier la génétique humaine, avec des effets transmissibles.)

Et si la presse envisageait de "parler vrai" ?

La résilience des réseaux : Six Degrees de Duncan Watts

En cette période où l'on s'intéresse à la résilience, faut-il relire les études faites sur les réseaux ?

Le triomphe d’Internet a été l’occasion de nombreuses recherches sur les réseaux sociaux. Ce livre montre comment des modélisations simples donnent une idée de mécanismes complexes. Par exemple comment l’homme communique, et arrive naturellement à se retrouver dans un monde surpeuplé.

On y voit aussi apparaître les propriétés fascinantes des systèmes : plus un réseau de communication souffre, plus il tend à multiplier les courts-circuits, et plus il devient résistant ; son point faible, ce qui lui permet de se transformer, se réduit alors à une maille bien cachée.

Un exemple frappant : la résilience du réseau de sous-traitants de Toyota.

Mais faut-il prendre le modèle pour la réalité ? L’auteur semble ignorer que l’homme peut se mouvoir, communiquer, et qu’il n’y a pas que le lien qui compte, mais aussi les nœuds du réseau (les individus). Un livre facile et intéressant.

L’auteur, qui ne devait pas avoir beaucoup plus de trente ans, y décrit sa marche irrésistible vers la gloire.

Crise du modèle étatique français

L'Etat fait l'unanimité. Il s'est ridiculisé.

Rien n'a changé depuis l'ancien régime. La France est construite sur le modèle d'un souverain bienveillant et omniscient et d'un peuple d'enfants. Cette crise a révélé que l'Etat ne savait rien, et, même, que sa haute administration était dirigée par des incompétents. D'où le ridicule : droit de retrait massif, mais production de normes à tort et à travers. 

Ce qui a révélé, plus inattendu, qu'il était multiple et que ses voix se contredisaient ! Chaque fonctionnaire est un souverain, et il prend ses concitoyens pour des attardés ? Depuis quelques années, voire décennies, on parle de "révolte contre l'élite", on en comprend maintenant la cause ?

Et après ? Rien faire ? Peut-on réformer l'Etat sans le détruire, et obtenir encore pire ?

samedi 9 mai 2020

Coronavirus : Waterloo de l'intelligence artificielle ?

Le mythe de l'intelligence artificielle est-il mort ?

Avant la pandémie, on lisait que "une intelligence artificielle a démontré que Shakespeare n'a pas écrit son oeuvre" ou encore que "une intelligence artificielle a surclassé tel ou tel médecin".

Comment se fait-il qu'alors que l'on a des millions de cas, "big data" !, "une intelligence artificielle" ne nous ait pas dit des choses renversantes sur ce virus, et la façon de s'en protéger ? On en reste à des statistiques primitives, qui montrent des facteurs aggravants, corrélés à la presque totalité des décès.

D'ailleurs, pourquoi n'a-t-on pas été plus rapide dans l'exploitation des données de l'épidémie ?

Braine-L'Alleud - Butte du Lion dite de Waterloo (1).jpg
By Jean-Pol GRANDMONT - Own work, CC BY 2.5, Link



(Un article sur le sujet :

USING AI TO TREAT COVID-19:
Not a day seems to go by without researchers or companies making headlines by releasing new computer models that, they say, will help clinicians better diagnose and treat COVID-19. Less noisy are the experts who are raising doubts and warning that half-baked technology could end up creating more problems that it helps solve.
Bombshell analysis:
Last month, a team of AI researchers analyzed dozens of computer models to diagnose and treat COVID-19. Their review was scathing: All of the models had been trained with unfit and insufficient data, they found — in one case with information collected from just 26 patients, while thousands would have been needed. All of them, they concluded, were unfit to support doctors with potential life-or-death decisions. How is it possible that not a single model stood up to their scrutiny?)

Le coronavirus au Cambodge

Les effets heureux du confinement ont fait que j'ai organisé une réunion avec un ami qui s'est installé au Cambodge, et sillonne beaucoup les environs (et le monde, d'ailleurs).

Ce pays n'a quasiment pas été touché par le virus. (Les dernières statistiques que j'ai vues parlaient d'un mort). Un groupe d'une quarantaine de touristes français, un peu âgés, infecté par le virus, a été remis sur pieds localement, et est revenu en bon état chez lui.

Comment expliquer cette situation ?

Dès février, des équipes de médecins chinois sont arrivées et ont formé les médecins locaux. Traitement : chloroquine et antibiotique. Pas de confinement, peu de commerces fermés, mais quelques mesures d'hygiène sociale. Le port du masque est systématique, depuis des années, cela du fait de la pollution. C'est perçu comme une forme de politesse. Ce qui "évite de postillonner". Le ventilateur est partout, et individuel...

Mais aussi population très jeune, comme ailleurs en Asie du sud est.

Les participants à la réunion étaient bouche bée : décidément, nous sommes un peuple arriéré.

vendredi 8 mai 2020

Fauteurs de complots

Complotisme : et si, on attaquait la cause plutôt que le symptôme ?

"par le sectarisme, le refus du pluralisme et de l’audace intellectuelle, l’institution se sclérose et la démocratie s’étiole, mais aussi, la science s’appauvrit. On ne peut assimiler la pensée rationnelle à des dogmes indiscutables et la libre pensée à un déni de réalité. La raison est l’outil incontournable de la science. Mais l’instrumentalisation de la rationalité et de l’esprit scientifique à des fins de grande ou de petite politique les discrédite et favorise en retour leurs antithèses, l’erreur de jugement, le populisme et le complotisme qui font déjà flores en tout lieu." (https://www.telos-eu.com : covid 19 enjeux de savoirs et de pouvoirs.)

Et si cette cause était "l'instrumentalisation de l'esprit scientifique" par des institutions "sclérosées". Sclérose qui explique aussi la "cacophonie gouvernementale", et les dysfonctionnements de l'Etat central qu'ont révélés l'épidémie ? "Enjeux de pouvoir" produisant un contrôle de l'information, qui, en réaction, produit ce qu'ils veulent éliminer ? Et si c'était ceux qui se plaignent du complotisme qui en étaient la cause ?

(Solution ? Rien de mieux que le débat et l'esprit critique pour éliminer le complotisme, et nous sortir, tous ?, de la "sclérose" ?)

Des causes de diffusion d'une épidémie

Honte à la France. Comment se fait-il que le virus tue autant chez nous, et moins en Allemagne ?

En fait la Dordogne (et nombre significatif de départements qui sont en "sous-mortalité" par rapport à 2019) fait honte à l'Allemagne : les décès y sont inférieurs aux normales saisonnières.

Cela signifie probablement qu'il n'y a pas que la gestion de la crise par le gouvernement qui entre en jeu. Les pays qui ont reçu des gens contaminés, alors qu'ils n'étaient pas conscients du danger, ont probablement connu un départ d'épidémie brutal et quasi incontrôlable.

Ensuite, je découvre que la "distanciation sociale" n'a rien de neuf. Un dirigeant me disait qu'elle était pratiquée dans son entreprise depuis longtemps, dès qu'il y a une épidémie de grippe ou de gastroentérite. Un ami, qui vit au Cambodge, m'expliquait aussi que, dès l'automne, les gens y portent des masques. Il se peut donc qu'il existe des facteurs culturels favorables ou non à la diffusion d'une épidémie.

Une autre personne me parlait de l'Afrique. Elle regrettait que l'on n'ait pas écouté les médecins locaux, qui sont fréquemment confrontés à des épidémies. Le manque d'humilité, comme facteur aggravant ?

Il serait certainement utile de faire des travaux sérieux sur le sujet.

(PS. Depuis que cet article a été écrit, un "foyer" a été trouvé en Dordogne, et l'Allemagne "reconfine" partiellement...)

jeudi 7 mai 2020

Licenciements massifs aux USA : mesure culturelle

Il y aurait 33 millions de chômeurs aux USA (cf. bas du billet). Licenciements massifs.

Réaction culturelle américaine. Lors des crises les entrepreneurs américains licencient, toujours, massivement. Un dirigeant américain me disait, il y a déjà bien longtemps, que l'entreprise était son bien, en conséquence de quoi, il pouvait en faire ce qu'il voulait. Ce point de vue est accepté par la société, puisque chaque Américain aspire à être un entrepreneur.

 En fait, il y a une forme de fiction dans ce raisonnement. Car, lorsque l'Etat injecte autant d'argent dans l'économie, l'entrepreneur peut difficilement justifier sa nature de démiurge. Quant au salarié, il est probable que, implicitement, il fait confiance à l'Etat pour relancer l'économie. Il espère que le chômage sera de courte durée. L'homme a besoin de croyances. Celles de l'Américain sont le marché et le self made man. Il est prêt à avaler toutes les balivernes plutôt que d'y renoncer.

Cependant, comme souvent, tout n'est pas bien ou mal. La fin justifie parfois les illusions. L'entreprise américaine utilise les crises pour corriger ses dérives (elle tend à se bureaucratiser) et redevenir efficace. Si la crise ne tourne pas mal (comme en 29), elle en sort renforcée.

Par contraste l'entreprise française, sous respirateur artificiel, n'est pas incitée à évoluer. Par les temps qui courent, c'est préoccupant.

(Financial Times : US jobless claims of 3.2m take pandemic toll beyond 33m 
More than 3m Americans filed for first time unemployment benefits last week, taking the number of applications since the coronavirus lockdowns began seven weeks ago to 33.5m. The number of initial jobless claims fell to almost 3.2m in the week ended May 2, the US labour department said on Thursday, down from 3.85m the previous week. That compared with economists’ expectations for 3m.)

Beyond Greed and Fear

Un autre livre sur l'irrationalité humaine.

La théorie classique veut que les marchés soient rationnels. Hersh Sheffrin démontre le contraire.

Curieusement, il ne faut pas aller loin pour cela. Exemple d'expérience : sur certains marchés les prix dépendent de très peu de paramètres, or, quand ces paramètres sont figés, ces prix peuvent néanmoins être victimes de réelles danses de Saint-Gui : c’est la « non rationalité » humaine qui entre en jeu.

La lecture de ce type de livre pose une question : on sait depuis bien longtemps que le raisonnement de l'économie officielle sur laquelle se sont appuyés les gouvernements est faux, pourquoi n'ont-ils jamais vacillé dans leurs certitudes ?

(Réponse : parce qu'attaquer les bases d'une théorie n'est pas suffisant : il faut une autre théorie ? L'homme, en particulier s'il est politique, a horreur du vide ?)

mercredi 6 mai 2020

Le Big Bang du baby boom ?

Ce sont les baby boomers qui meurent du coronavirus, disent les statistiques. Si l'on a arrêté la planète, quitte à prendre le risque d'une crise plus terrible que celle de 29, c'est pour sauver la génération 68.

Drôle de génération 68 : elle a fait évoluer les valeurs de la société avec ses intérêts. Hier, elle combattait la famille, maintenant elle a étendu le mariage à tous, et fait de la famille une tribu, dont elle est le patriarche. Notamment.

Voici comment je lis ce curieux article : Covid-19, le premier ennemi déclaré de la génération inoxydable.

On pourrait aller plus loin : le monde qui explose et dont personne ne veut, c'est aussi celui que nous ont légué les baby boomers, la génération hyper-matérialiste-grande-consommation-jeuniste-après-moi-le-déluge... L'égoïsme "inoxydable" des baby boomers va-t-il causer un "big bang" final. Vont-ils nous entraîner dans leur naufrage ?

Ou faut-il dire, comme les Chinois, que toute crise est une chance ? Celle-ci a montré à l'humanité ce qu'elle ne voulait pas voir : imperceptiblement elle s'est déshumanisée. Sauver les coupables serait-il le premier pas vers la rédemption ? L'acte fondateur d'une nouvelle société ?

(Qui demande aux parents de sortir de l'emprise des grands parents ? Suite de mon billet sur le passage à l'âge adulte.)

Peuple de charlots ?

Comparaison France - Allemagne (article de Telos).

Le système de santé allemand a absorbé la crise sans moufter. Le nôtre a tenu grâce aux exploits des médecins. Résultats : 6000 morts en Allemagne, 25000 chez nous.

Et maintenant, l'Allemagne va mettre dix fois plus d'argent dans son système que nous.

Qu'est-ce qui fait de nous des pitres ?

mardi 5 mai 2020

Le paradoxe international français

Quand j'interviewe un dirigeant, il me dit que les autres contrées ont des "réseaux" dans les pays étrangers. Si bien qu'il est relativement facile, voire naturel, à une entreprise d'exporter, même lorsqu'elle est petite. L'entrepreneur français, lui, doit se débrouiller seul. Et il peine.

Or, paradoxalement, nos représentations à l'étranger sont parmi les plus puissantes au monde, elles semblent même sans rapport à notre taille... Allez comprendre.

L’économie en perspective de J.K. Galbraith

Une histoire de l'économie fort agréable à lire ! (Ce qui mérite d'être signalé.)

J.K. Galbraith explique non seulement que l'économie classique est basée sur des hypothèses fausses, mais que si elle a eu une vie aussi longue, c'est simplement parce qu'elle est favorable aux « puissants » (et aux économistes). D'ailleurs, il montre que chaque théorie économique a plus ou moins inconsciemment justifié les idées de classes dominantes ou montantes.

Il explique qu’il faut faire sauter la barrière (que l'on doit à Keynes) entre micro et macro économie, car les mesures macro économiques sont impuissantes pour réparer les grands problèmes de la société (exemple : le chômage) dont les causes sont micro économiques, et se trouvent dans le comportement de l’homme ou du groupe humain, qui n’est pas celui que lui prête l’économiste classique.

Un exemple : dans les années 30, les économistes du brain trust de Roosevelt ont découvert que, contrairement à ce qu'affirmait la théorie classique, l'économie était dominée par un tout petit nombre d'entreprises. Le problème de l'époque, qui avait été amené par l’avènement des ces oligopoles qui se trouvaient en situation de force par rapport à leurs employés, était un cercle vicieux de baisse des prix. Ils ont donc proposé d'amener ces quelques entreprises, par négociation, à relever leurs prix.

(Remarque : à rapprocher de la systémique ? On y voit 1) les fameux cercles vicieux, sujets de la systémique ; 2) l'élimination du problème, grâce à une solution à énergie faible, parce qu'on a repéré le blocage, qui est « micro économique ».)

A relire ?

lundi 4 mai 2020

La crise ou le choc des contraires ?

"Le cri d'alarme du médiateur des entreprises sur les dérapages incontrôlés des délais de paiement" titrait Challenges.

Déjà que les entreprises payaient mal, maintenant, elles ne paient plus. Comportement irresponsable, en temps de crise.

Au même moment, Nordine Saïdani, jeune entrepreneur auquel on ne demandait rien, décide de lancer une campagne Zéro délai de paiement.

Etrange nature humaine. De quel côté la société va-t-elle aller ?

Le chaos dans le système solaire

Ouvrage de circonstances ?

L’avenir est imprévisible.

Le bel équilibre des équations newtoniennes n’est qu’apparent : elles cachent le chaos et l’indétermination.

Par exemple, on est incapable de savoir si le triplet, Lune, Terre, Soleil est stable à long terme, ou si le système solaire n’est pas susceptible d’éjecter une de ses planètes.

C’est ce qu’a découvert Poincaré, il y a plus d’un siècle. Tenter d’expliquer le mouvement des planètes a été une aventure, en voici le récit.

Le monde d'après en un mot ? Devenir adultes ?

Un ami a dû être opéré en urgence, alors qu'il était porteur du coronavirus. Opération ultra périlleuse. A tel point qu'il a été surpris par la joie de l'équipe chirurgicale à son réveil.

Il en est sorti avec une estime immense pour la médecine, et le dévouement de ses personnels. Et en se posant un grand nombre de questions sur l'existence.

En particulier, il s'est demandé si nous n'étions pas des adolescents gâtés. Notre changement en un mot : devenir adultes ?

(Citation : "Au réveil, alors que je comprenais que j’étais hors de danger, je me retrouvai dans la salle de réanimation réservée aux malades du Covid. Là, je vis mes frères et mes sœurs humains, inconscients et luttant pour leur vie. Mon cœur fut submergé de compassion envers eux, qui souffraient plus que moi et dont certains allaient mourir seuls, en silence. Par contraste, l’ambiance de cette salle était vibrionnante et pleine de vie. Une ruche. La détresse et l’espoir se mêlaient en moi et me balançaient violemment de tous côtés dans le ressac d’émotions entrechoquées. J’étais au milieu d’eux, sauvé, incongru, impuissant.” Le réveil de l'adulte ?)

dimanche 3 mai 2020

Science anxiogène ?

Ce qui surnage des communications scientifiques est inquiétant. Inutilement ? C'est surtout contradictoire.

On parle de seconde épidémie de coronavirus. Certains laissent entendre que le seul moyen de se protéger est que toute la population soit infectée. Belle perspective. Pour autant on n'est pas sûr qu'avoir été atteint protège. On parle d'épidémies annuelles, sur le modèle de la grippe. Le virus resterait longtemps dans l'air, ce qui signifierait qu'il ne s'attrape pas simplement par crachats. Mais, aussi, il résisterait peu à la chaleur. On a aussi lu que le BCG protègerait, ainsi que le groupe sanguin O. Il y a aussi des médicaments qui marcheraient, mais ils sont contestés. Il y a encore une course à la mise au point de vaccins (un enjeu financier colossal : faut-il se méfier ?), mais certaines autorités médicales la disent vaine...

Paradoxalement, les mesures les plus efficaces semblent non médicales. C'est un minimum de "distanciation sociale", quelques mesures d'hygiène (se laver les mains), et un sain équilibre alimentaire (facilitons l'accès de tous à une nourriture saine, cela évitera à la sécurité sociale de rembourser des traitements médicaux ?)

Dans un monde dominé par les intérêts des lobbys du médicament, de telles solutions, gratuites, sont-elles acceptables ?

En tout cas, grande leçon et rappel : la science ne voit juste qu'a posteriori. A son meilleur, elle n'est qu'hypothèses, essais et erreurs. Un rappel qui pourrait nous être utile :

Hygiène acte II ?

On l'oublie souvent, mais ce qui aurait permis l'accroissement de l'espérance de vie n'est pas tant la médecine que l'hygiène. (Cela s'explique peut-être parce que la médecine rapporte plus que l'hygiène...)

Une conversation m'a rappelé ce fait. Une personne qui, de par sa fonction est invitée à de nombreux événements officiels, me disait qu'elle les évitait en période de voeux de nouvel an, parce qu'il y avait un danger très élevé d'y attraper la grippe. Cela ne m'était pas venu à l'esprit, mais il se peut qu'il y ait quelque-chose de pathogène dans notre mode de vie.

La crainte de l'épidémie va peut-être nous faire adopter des mesures d'hygiène sociale bénéfiques.

(D'autant que cela pourrait rendre moins meurtriers, donc moins tentants, les attentats.)

samedi 2 mai 2020

La crise ou le retour à l'essentiel ?

La faiblesse de l'entreprise française est qu'elle ne "chasse pas en meute". L'individualisme était la caractéristique du paysan français, il a créé des coopératives. Les entreprises devraient-elles créer des coopératives, pour exporter leurs produits, ou mettre des moyens en commun ?

Raymond Lévy répond que ce serait réinventer la roue (interview). Car c'est exactement le rôle des chambres de commerces. Elles se sont égarées, et ont été mises en pièces par nos gouvernements successifs.

Il y a quelque-chose d'étrange. Pourquoi les CCI sont-elles sorties de leur "raison d'être" ? Pourquoi ont-elles fait des choses compliquées, ce qui risque de leur être fatal, alors qu'il suffisait de bien faire ce pour quoi elles étaient faites ?

Peut-être peut-on évoquer le "displacement of goals" du sociologue Robert Merton ? Il avait constaté que les employés des administrations se donnaient des objectifs qui n'avaient rien à voir avec ceux de leur institution.

Mystère. Mais je me demande si l'histoire des CCI n'est pas aussi la nôtre. Peut-être que nous nous évertuons à faire des choses contre nature ?

Confinement et harcèlement

Une psychologue me disait que le confinement est propre au harcèlement. Un certain nombre de cadres de haut niveau (en particulier des femmes ?) sont pris en injonction paradoxale entre des "petits chefs" rendus hystériques par les événements et les obligations familiales nouvelles. Cas exceptionnels ?

Que faire dans ces cas ? Le plus important est d'en prendre conscience. Il n'est pas normal de mal se trouver dans sa vie. Ensuite, il faut en parler. Et cela demeure un harcèlement : des mesures ont été prises pour le prévenir.

(L'injonction paradoxale, un des best sellers inattendus de ce blog.)

vendredi 1 mai 2020

Des fleurs toute l'année

Mon retour en banlieue m'a fait découvrir que le citadin est idiot. (C'est effrayant, lorsque l'on songe que l'on a certainement des certitudes aussi stupides concernant des sujets qui concernent notre vie, ou l'avenir de l'humanité !)

J'ai découvert, par exemple, qu'il pouvait y avoir des fleurs toute l'année. Mon jardin est toujours fleuri, parce que les espèces ont des périodes de floraison différentes. Un arbuste, dont je n'avais pas bien compris le fonctionnement, s'est mis à fleurir le 15 décembre, par exemple. Et il n'a pas arrêté depuis. J'ai été aussi surpris par la durée de floraison des rosiers.

Ce qu'il me semble est que, contrairement à ce que l'on entend, la plante réagit à son environnement. Elle ne ferait pas preuve de prescience. Mais le temps entre aussi en jeu. Elle réagit en fonction des capacités qu'elle a acquises. En outre, il est probable que l'évolution des événements n'est pas chaotique (le climat ne change pas radicalement d'un moment à l'autre), ce qui permet à la plante de ne pas être "prise par surprise". 

Je ne serais pas surpris qu'il en soit de même de l'homme. Nous réagissons aux événements par des réflexes. Ceux-ci sont construits par notre évolution, et sont extrêmement complexes, et pertinents. 

(Il y a peut-être aussi, une forte dose de hasard, ce qui ferait qu'à des événements apparemment similaires, nous ne réagissons pas forcément de la même façon.)

Sartre, Camus, le savant et le politique

Weber a écrit Le savant et le politique. Livre fameux. Il y explique que le savant ne doit pas être un "leader". Il doit apporter son savoir. C'est au politique de décider. (Un résumé.)

Camus était un politique, et Sartre un savant. Ils illustrent la thèse de Weber. Sartre a voulu faire taire Camus, au motif que lui, Sartre, était un vrai philosophe, alors que ce n'était pas le cas de Camus qui, non seulement n'était pas normalien, mais n'avait même pas l'agrégation. (Bien sûr, on ne dit pas ce genre de choses. Mais cela sera évident aux gens qui connaissent l'esprit des grandes écoles.)

Sartre, qui n'avait pas eu une attitude très glorieuse pendant la guerre, au contraire de Camus, a poursuivi sa carrière en faisant l'apologie de l'URSS totalitariste, au nom de la libération des peuples.

C'est probablement parce que l'on est un savant que l'on ne peut pas penser. On ne voit pas plus loin que son domaine d'hyper spécialisation. Quand on fabrique des marteaux, le monde est fait de clous.

Et si l'on remettait les savants à la place qu'ils n'auraient jamais dû quitter ?

jeudi 30 avril 2020

Dirigeant : que faire face à une crise ?

Pourquoi les entreprises disent-elles qu'elles vont devoir réduire leur activité de 30 à 50% ? (Un précédent billet.) Parce que, effectivement, beaucoup de leurs activités traditionnelles ne vont pas survivre.

Que faire alors ? Oublier le long terme, pour regarder le court terme. On découvre alors des tas de choses fondamentales à faire, toute une énorme activité.

Par exemple, c'est le moment de réfléchir pour savoir ce qui est porteur, et ce qui ne l'est pas. Pour tester de nouvelles technologies, etc. Cela ne coûte rien, à l'échelle de ce qui se joue pour l'entreprise, et cela se fait vite. Et imaginez que vous découvriez une idée qui a même une toute petite chance de rendre votre société exceptionnellement rentable. Eh bien, même si vous n'avez pas d'argent, vous allez en trouver !

Hier ce qui rapportait c'était la production, aujourd'hui, c'est l'idée.

(Je fais actuellement ce travail avec quelques entreprises : la créativité est extraordinaire. Essayez, vous verrez, c'est génial !)

Le boom du plexiglass

Mort de l'open space et boom du plexiglass. Conséquence imprévue du virus.

Les épidémies sont des "points singuliers" diraient peut-être les mathématiciens. Il y a rupture de continuité. L'après est différent de l'avant. C'est pourquoi le déterminisme (croyance de beaucoup de scientifiques) ne peut être justifié ? Et pourquoi le prospectiviste a toujours tort ?

mercredi 29 avril 2020

L'attitude paradoxale de l'entreprise à la crise

Je mène une étude sur la réponse de l'entreprise à la crise. Ce qu'il y a d'amusant est que les deux formulations opposées de l'attitude à adopter par rapport à la crise obtiennent une réponse identiquement affirmative de mes interviewés.
  • Ils sont d'accord pour dire que leur activité va être réduite de 30 à 50%, et qu'ils doivent adopter les mesures qui s'imposent. (Le patron de PME serait-il un adepte du "principe de précaution" ?)
  • Mais, lorsqu'on leur dit que l'histoire montre que c'est dans les crises qu'émergent les leaders de demain, ils trouvent que c'est une évidence. 

L'affaire Dreyfus et la vérité

Ce qui se joue aujourd'hui en Chine, dans le corps médical ou ailleurs, ressemble peut-être à ce qui s'est passé lors de l'affaire Dreyfus.

Il y avait d'un côté le camp de la vérité, et de l'autre celui qui pensait qu'il y avait plus important que la vérité. Que cette vérité remettait en cause ce qu'il était, et que c'était inacceptable. Et ce même si cela signifiait qu'il protégeait un espion, et donc qu'il mettait en danger la sécurité de la nation !

Curieusement, comme le montre le cas du colonel Picard, ou une étude faite par Serge Delwasse sur l'école polytechnique, l'armée était probablement partagée, exactement comme le pays. D'un côté elle était le pilier de "l'ancien régime", de l'autre elle était à la pointe du progrès et des idées nouvelles.

Ce que révèle le coronavirus est probablement un conflit de ce type. D'un côté l'appareil refuse toute critique, comme une menace existentielle, de l'autre, si l'on veut éviter le pire, il faut que l'on comprenne ce qui s'est passé.

mardi 28 avril 2020

Domination : caractéristique culturelle de l'Occident ?

Récemment, j'ai découvert que ce que l'on peut appeler, faute de mieux, une "pensée intellectuelle de gauche" a pour dogme que la culture occidentale est fondée sur la domination. Ai-je raison de penser que cette idée est ridicule ? Quelques faits, qui pourraient la confirmer :
  • Une de mes missions actuelles me fait travailler sur le lithium. Je constate, une fois de plus, que beaucoup de pays vivent de "l'exploitation" de leurs ressources naturelles, par une main d'oeuvre "exploitée". Elles n'ont pas cherché à développer des industries de transformation. La Chine a compris ce piège. Mais elle a fait comme l'Occident, en pire, elle s'est mise à exploiter les pays en développement. Il semble que, pour que la domination marche, elle ne doit pas dépasser certaines bornes. Les Chinois ne l'ont pas compris. Ils agissent comme des éléphants dans un magasin de porcelaine. 
  • La France semble exclusivement occupée à l'affrontement. Elle ne défend pas ses intérêts internationaux. La presse, en particulier, ne juge pas le citoyen suffisamment intelligent pour l'informer. Quant aux pays du nord, qui semblent plus solidaires, ils tendent à reporter l'exploitation sur les peuples qu'ils jugent "inférieurs". 
  • La politique menée dans les entreprises ces trois dernières années, dite "du marché", a consisté à les vider de leur substance pour enrichir fonds d'investissement, consultants et dirigeants salariés (qui ont tous fait les mêmes études et appartiennent aux mêmes milieux que les intellectuels). Il en est résulté une panne de croissance et une croissance des inégalités. D'où jeu à somme nulle. De fait, affrontement entre "classes". 
  • Les intellectuels, qui dénoncent la domination, sont aussi ceux qui ont le plus profité de ces derniers temps. C'est le diplôme qui contrôle l'ascenseur social. Et ils contrôlent les diplômes. Ce qui confirme leur thèse : si toute la société est porteuse du virus, leur appartenance à la société fait qu'ils en sont porteurs. La contre-culture est un aspect de la culture. 
  • Une caractéristique de cette société semble être, comme dans les modèles de Gramsci ou des Lumières, la manipulation des esprits. Cela est revendiqué par l'entreprise comme par l'intellectuel, qui combat l'entreprise. 
Faut-il sortir de ce modèle ? Est-il propre à toute la société ou est-ce une sous-culture ? Serait-il l'aspect négatif de ce qui, par ailleurs, serait une qualité ?... Immense mystère.

Qui croit-on ?

Comment détermine-t-on, en général, si une opinion est juste ou non ? Le "bon sens", selon Gramsci, que je viens de découvrir, me semble la réponse à la question.

Si l'opinion est contraire au "bon sens", elle est rejetée. Deux cas :
  • Je soupçonne qu'elle cache une critique de ce que je suis, de ce que j'ai fait. 
  • Elle semble contraire au "politiquement correct" et pourrait me valoir des désagréments si je l'adopte. 
La libre pensée est le contraire du bon sens. Elle exploite le "paradoxe", ce qui contredit notre "bon sens", pour explorer ce qui conditionne nos décisions réflexes (ce que cache notre "bon sens"), et chercher si ces fondations ne sont pas viciées, c'est-à-dire ne nous conduisent pas à aller contre notre intérêt.

(Cf. Aristote et la démagogie.)