vendredi 31 janvier 2020

Dirigeants : êtes-vous martyrs ou entraineurs ?

J'ai souvent rencontré des dirigeants qui m'ont dit qu'ils faisaient parfaitement leur travail, seulement, en amont on en aval d'eux, cela n'allait pas. Quelques temps plus tard, ils avaient été licenciés.

C'est se mettre en position de martyr. On sait que l'autre est en tort, mais on le laisse persévérer, quitte à en payer, soi-même, les conséquence. (Le bénéfice d'être une victime, c'est d'avoir une très bonne conscience ?)

Le conseil que je donne dans ces situations, et qui est parfois entendu, est de se considérer responsable de ce qui ne va pas, tout en n'empiétant pas sur les prérogatives de celui qui fait mal son travail. Jusqu'ici les gens qui ont suivi ce conseil ont réussi à le mettre en oeuvre. Mais, alors, on leur a dit qu'ils n'avaient fait que leur devoir. Dans ce triste monde, il ne faut pas attendre la reconnaissance de ses pairs ! Seulement, avec le recul, je pense pouvoir affirmer qu'ils ont été récompensés. Non seulement ils n'ont pas été licenciés, mais ils ont été appelés à de grosses responsabilités.

Et, si, au fond, on avait là un test (implicite) de la capacité d'une personne à diriger : faire gagner une équipe qui perd ? N'est-ce pas ce qui est demandé à un entraîneur ?

Pour vivre heureux, vivons maintenant ?

Marc Aurèle dit, en substance : ne nous préoccupons pas du passé et de l'avenir, nous ne sommes surs que du présent, puisqu'il n'y a que lui qui existe. Marc Aurèle était un empereur, et on dit que gouverner, c'est prévoir...

Les stoïciens, dont Marc Aurèle était élève, voulaient éliminer la souffrance de la vie. La souffrance, selon eux, n'est qu'une "vue de l'esprit". Si l'on sait maîtriser sa raison, on ne souffre plus. (C'est aussi ce que dit le "développement personnel" moderne.)

Seulement, il y a plusieurs façons de la maîtriser. Et jouer les autruches n'est pas la meilleure, cher empereur. En particulier, si l'avenir fait peur, on peut se demander pourquoi. En général, c'est parce qu'il nous met en face d'une situation inhabituelle : nous nous sentons désarmés. (C'est le mécanisme de la dépression.) En conséquence, si l'on veut désamorcer la crainte, il faut chercher comment résoudre le problème. Impossible n'est pas humain.

jeudi 30 janvier 2020

Coronavirus du SARS : une explication

Opportunément, en cette période d'épidémie de coronavirus, France Culture diffusait un cours sur le coronavirus du SARS du début de notre siècle : "le virus venu de nulle part".

Voici ce que j'en retiens.

Ce fut un virus qui se communiquait par relation de proximité (par éternuements). Ce sont les hôpitaux qui ont répandu la maladie. Les personnels hospitaliers ont été sévèrement touchés. Paradoxalement, les enfants étaient épargnés, et tout le monde n'était pas aussi sensible au virus. 10% des personnes infectées mourraient. L'épidémie s'est arrêtée en été. Le virus était une mutation venue de la chauve-souris à l'homme en passant par la civette. Il semble que ce soit le mode de vie chinois qui soit à l'origine de l'épidémie : le Chinois mange quasiment tous les animaux, et ceux-ci, qui ne devraient jamais se rencontrer, sont mélangés dans des marchés. L'amélioration du niveau de vie du Chinois a augmenté sa consommation. Dans le cas du SARS, la croissance de la demande en civettes a amené l'apparition d'élevages industriels de civettes, favorables à l'évolution et à la dissémination d'un virus.

En écoutant ce cours, j'ai pensé que la nouvelle épidémie avait probablement une origine similaire. Toutes les grandes épidémies semblent avoir la même cause : le "progrès" amène l'humanité à des pratiques "contre nature". Ce qui produit une conséquence imprévue : l'épidémie, comme résultat de déséquilibre de l'écosystème.

Mais, qui ne tue pas renforce, dirait Nietzsche. Jouer avec le feu n'a pas que des désavantages...

La conquête de l'espace pourrait-elle résoudre les problèmes terrestres ?

L'économiste John K. Galbraith imaginait que la fusée serait le moteur de l'économie. Pour ne pas connaître de crises, l'économie doit être tirée par des besoins toujours croissants. Pendant et après la guerre, les dépenses militaires avaient ce rôle. Il pensait que la conquête spatiale prendrait le relai.

La conquête de l'espace a quelque-chose d'inquiétant : toutes les conquêtes ont suscité des épidémies. Lorsque des vies qui se sont développées séparément se rencontrent, les premiers temps sont destructeurs. Cependant, elle a aussi des avantages :
  • Elle offrirait un emploi à la partie aventurière de la population, qui ne vit que pour le danger. 
  • Elle stimulerait l'innovation. Elle aurait des retombées terrestres. 
  • Nous ferions des découvertes qui modifieraient notre vision du monde et de nous-mêmes. 
  • Elle serait un spectacle, façon Hollywood, celui de l'intelligence humaine confrontée à l'inconnu. 

mercredi 29 janvier 2020

Le surprenant retour en grâce d'Albert Camus

C'est la troisième fois que j'entends une émission de France Culture à la gloire d'Albert Camus, en quelques semaines.

Surprenant. Le crédo de la gauche intellectuelle, dont France Culture est l'organe, est le postmodernisme, autrement dit des absolus imposés par des virtuoses de la raison. Or, Camus assimile les absolus au "nihilisme" (à la destruction de la vie par l'idéologie), et, comme le disait l'émission, combattait pour la "vérité", moyen qui ne peut être tordu à la justification d'aucune fin. Ce n'est pas étonnant qu'il ait fait, en son temps, l'objet d'une retentissante excommunication de la part des intellectuels français : il niait tout ce qu'ils étaient. Et, aussi, que le président Hollande ait choisi d'oublier le centenaire de sa mort (ce que rappelait une autre émission) ?

Pouvoir changer d'opinion est tout à l'honneur de l'intellectuel. (A condition qu'il en ait changé autrement que par l'influence de son milieu ?)
(Curieusement, les experts de Camus ne semblent pas avoir bien compris ce qu'il appelle "révolution" et "révolte"...)

De l'utilité des absolus pour éviter l'énantiodromie ?

Quand on veut trop quelque-chose, on obtient son contraire. C'est l'énantiodromie, une propriété des systèmes, et une des idées fixes de ce blog...

Direction d'entreprise, gouvernement du pays, éducation des enfants, vie personnelle, syndicalisme... nous sommes tous menacés d'énantiodromie. Comment se soigner ?

L'éniantrodromie pourrait bien être la maladie de l'absolu. Quand on croit qu'il y a une seule bonne direction, on finit par être victime d'une sortie de route. Car la vie, peut-être bien, n'est pas absolu, principe fixe, mais changement.

Pour autant, les absolus ne sont peut-être pas inutiles. Ils encadrent la route. Tout l'art de la vie serait de parvenir à trouver une voie médiane, si l'on en croit Aristote et son Ethique à Nicomaque.

mardi 28 janvier 2020

Moral des troupes

Un spécialiste du redressement d'entreprise me racontait que la première chose qu'il faisait en arrivant était de repeindre les locaux et d'afficher les indicateurs qualité de la société. Il ne savait pas pourquoi, mais il obtenait immédiatement des gains de productivité importants.

Je lisais récemment un livre ancien sur le "Lean six sigma". Il y est répété qu'un impact (imprévu ?) de ce type de techniques est que les employés se prennent d'intérêt pour leur entreprise. Ce qui a un effet surprenant sur sa performance.

D'ailleurs, je me souviens d'une conférence à laquelle participaient des officiers supérieurs, récemment diplômés de l'école de guerre. Selon eux, le moral des troupes était le paramètre principal de succès d'une bataille. (Un autre officier me disait que c'était pour cela que quoi qu'il arrive, le soldat devait être impeccablement rasé. Le relâchement était le début de la défaite.)

Bien sûr, cela n'a rien de neuf. On a tous lu dans les journaux de management qu'il était bon d'augmenter "l'engagement" des personnels. Mais ainsi exprimé cela paraît ridicule. Manipulation.

Et si les dirigeants devaient se pencher sur la question ? Si leurs employés s'intéressent à leur travail, l'entreprise y gagnera beaucoup. Mais comment faire pour qu'ils s'y intéressent ?

Entreprise : un modèle pour la démocratie ?

Curieusement, les spécialistes de la démocratie ne s'intéressent pas à l'entreprise. Or, le propre de notre démocratie actuelle est d'être dominée par un "exécutif" puissant. Ce qui est le modèle de l'entreprise. Ne pourrait-on pas apprendre d'elle ? Quelques observations :
  • Ce qui permet à une entreprise d'être une tyrannie, ce sont ses économies. Mais, dès qu'elles ont disparu, l'entreprise doit faire face au marché. Que l'on le veuille ou non, pour qu'une entreprise soit concurrentielle, elle doit être bien dans sa peau. Et cela demande que tout le monde s'y trouve bien. 
  • Les employés n'exigent pas grand chose. Ils ont une image de ce qu'est un "bon emploi". Ils ne veulent pas plus. Par exemple, des ouvriers d'usine veulent ne pas avoir à craindre le licenciement ; les commerciaux veulent que leurs efforts paient ; les ingénieurs veulent que leur travail soit jugé à sa valeur... 
  • Ce que l'on demande au dirigeant, ce sont deux choses :
  1. Faire son travail de dirigeant. C'est une occupation qui s'apparente à celle de l'homme politique : cérémonies, dîners, etc. 
  2. Changer le "modèle économique" de l'entreprise. Il est faux de dire que l'entreprise doit s'adapter sans cesse. Il y a des modèles (cf. Apple ou Google) qui marchent, et d'autres qui ne marchent pas. Quand on est dans le second cas, le dirigeant doit amener l'entreprise dans le premier. 

lundi 27 janvier 2020

Long comme une grève sans fin

J'avais prévu que la "grève de la retraite" ne s'achèverait pas, eh bien, j'avais vu juste. Ce n'était pas difficile à prévoir, puisque c'est toujours pareil.

La question qui se pose est : pourquoi est-ce comme cela ? Certains diront que nos syndicats n'ont d'autre programme que d'abattre le gouvernement. Avec aussi peu de subtilité, on ne peut pas faire grand chose.

Mais on peut aussi se demander pourquoi on a de tels syndicats. Ce blog cite une "sociologie des syndicats" qui explique que, longtemps, ils ont, simplement, défendu les intérêts de leurs adhérents, dans des "conflits" locaux. Puis ils ont été réformés, sur le modèle de l'Etat, et financés par l'entreprise et l'Etat. Ce qui leur a fait perdre leurs adhérents, devenus inutiles à leur économie (et le contact avec la réalité ?).

A qui a profité le crime ?

Pasteur et le consensus scientifique

Le GIEC est la manifestation du consensus des scientifiques quant au réchauffement climatique.

Il y a là dedans quelque-chose d'inquiétant, qui n'a rien à voir avec le GIEC, mais avec le mot "consensus". En effet, si l'on se souvient de tout ce que l'on nous a enseigné à l'école, le progrès scientifique s'est fait contre le consensus scientifique. A l'époque de Pasteur, on croyait à la génération spontanée, Einstein a fait face à l'éther, et lui-même s'est opposé à la mécanique quantique, et que dire de la dérive des continents ou des théories de Darwin ? N'est-ce pas la marche même du progrès, de la découverte, d'apporter du nouveau, de l'inconcevable ?

Le consensus n'est-il pas scientifique ? N'y a-t-il plus de "progrès" de la science ?...

dimanche 26 janvier 2020

L'élection du saint esprit ?

J'entendais un médecin expliquer qu'au coeur de la crise de la médecine, il y avait la déconsidération de la "main". Ce que nous appelons "élite" n'est plus qu'ENA, pur esprit. Et cet esprit ne comprend rien à la médecine, à la santé, à l'humain. Et c'est le chaos.

On a beaucoup parlé de financiarisation, voire de retour du capitalisme, mais la caractéristique de notre temps n'est-elle pas là ? L'intellect pur est aux commandes du monde ?

Cela est plus nouveau qu'on pourrait le penser. Par le passé, même un polytechnicien du corps des mines était passé... par la mine. Un ingénieur des ponts, faisait des ponts, et des métros, et y perdait parfois un bras. Le normalien, aussi Bergson ou Durkheim qu'il soit, enseignait dans le secondaire. Croire que l'on peut arriver à la tête d'une entreprise, d'un hôpital ou de la nation à la suite d'un concours est tout neuf.

Monde d'illuminés ?

Création d'emploi : Dunkerque et l'effet écosystème

Les entreprises s'installent à Dunkerque. Pourquoi ? "Accompagnement des collectivités locales" (par exemple facilité pour trouver des terrains pour étendre son usine), "triangle de capitales" à proximité, "troisième port de France", et une population qui a la "culture de l'industrie".C'est ce que l'on appelle un "écosystème" favorable. Il n'est pas certain que nos hommes politiques aient pensé à le cultiver, ces derniers temps.

Mais il y a un changement. Car, ce que cette vidéo a de curieux est que ce qu'on y voit n'est pas écologique. Ce n'est pas culturel, non plus. C'est de l'industrie lourde et polluante. Seulement cette industrie fournit de l'emploi. Et l'emploi redevient, mais un peu tard ?, une préoccupation de nos dirigeants ?

Réchauffement climatique : plus d'espoir ?

J'entendais Etienne Klein, hier, parler du réchauffement climatique. Il m'a semblé dire quelque-chose de très juste : la hausse de température résulte d'un phénomène d'inertie. C'est l'accumulation d'effets séculaires de l'activité humaine qui produit la hausse de température. Autrement dit, elle va continuer à monter quoi que l'on fasse.

Ce qui signifierait qu'il ne faut pas penser pouvoir l'arrêter, comme nous le disent les écologistes, mais il faut, au contraire, se mettre en ordre de bataille pour faire face à cette nouveauté. (Ce n'est pas non plus une raison pour faire comme si de rien n'était !)

(Une nouveauté, d'ailleurs, dont les conséquences sont difficiles à prévoir : il est connu depuis longtemps que le précédent réchauffement a produit une glaciation sur une partie de la planète - les systèmes de régulation thermique du globe ayant été bloqués par la fonte des glaces.)

samedi 25 janvier 2020

Cuvier

Cuvier est inventeur de l'anatomie comparée. Ce qui lui a permis de reconstituer des animaux disparus, à partir de quelques ossements. Entre autres.

Il a vécu à l'époque de la Révolution. Elle est, aussi, une révolution scientifique, une exploration enthousiaste de champs de recherche nouveaux, par des gens nouveaux. Le Muséum d'histoire naturelle est créé en 1793.

Cuvier, qui avait 24 ans à cette création, comme Napoléon, fut, comme ce dernier, la bonne personne au bon moment. Avec lui, émerge toute une génération de naturalistes maintenant célèbres.

Comme quoi, il se pourrait bien que se soient les événements qui font l'homme. Tout au plus peut-on dire qu'il y a des dispositions ? Il y a, actuellement, des Cuvier dans la population, mais pas les circonstances favorables à leur éclosion ?

(Inspiré par une émission de France culture, sur Cuvier.)

Ecole Montessori

L'école Montessori est-elle efficace ? Je me méfie de ce que l'on en dit. Une raison en est que je pense que ce qui fait son succès, quand il y a succès, n'est pas lié à sa méthode.
Observations personnelles sur ce qui accélère l'apprentissage:
  • L'exemple, et le milieu dans lequel on vit. Quand je n'avais probablement pas beaucoup plus de deux ans, j'avais remarqué qu'en faisant des gribouillis sur une feuille et en dé focalisant mes yeux, j'avais l'impression de voir une écriture. Fils d'intellectuel ? Idem pour un de mes cousins, fils d'un professeur de faculté : il ne marchait pas encore qu'il s'installait sur un canapé, en position assise, avec un livre sur les genoux, comme son père. Ce qui était surprenant.
  • La taille de la classe. Les nobles avaient un précepteur. Dans une grande classe, on n'apprend rien. (J'ai dû passer l'essentiel de ma scolarité à discuter avec mon voisin.) 
  • L'esprit du temps, et de la classe. Stefan Zweig explique comment il est devenu un grand écrivain : écrire était à la mode, en son temps, et tous ses camarades écrivaient (après, le football a remplacé la littérature !). 
  • La démarche pédagogique. "L'expérience accélérée". Faire passer une personne par le processus de découverte de l'humanité, mais en beaucoup plus rapide, par une expérience bien choisie. 
  • Le plus important ? Donner la soif d'apprendre et apprendre à apprendre. 

vendredi 24 janvier 2020

La nature du Français : la mesquinerie ?

Je voulais expliquer à quelqu'un l'importance que pourrait avoir, dans un procès américain, le nom d'une fameuse "lanceuse d'alerte" locale. Je cherchais une comparaison en France. Une autorité morale dont la parole serait comme un coup de tonnerre pour l'opinion. Je ne l'ai pas trouvée.

Eva Joly ? Charles de Gaulle ? Même l'affaire Dreyfus ne fournit personne de totalement inaccusable. En France, on doute de tout le monde. Il n'y a pas de héros. Quel que soit son passé. On le soupçonne toujours de quelque mauvaise intention.

C'est, probablement, notre premier défaut, selon nos critiques étrangers. Ils nous le reprochent depuis des siècles. Ils y voient un signe de notre médiocrité constitutive : nous envions les grands, mais, comme nous n'avons ni le courage ni le talent pour devenir grands nous mêmes, nous les dénigrons. Nous voulons les rabaisser à notre hauteur. C'est la raison de notre "égalitarisme" forcené, répète-t-on.

Il y a un fond de vérité dans notre appréciation, cependant. L'homme est complexe. Il n'est pas entièrement bon, ou mauvais, comme le croient certaines nations. D'ailleurs, qu'est-ce que cela veut dire ? Notre culture a peut-être ses saints. Mais ils vivent au milieu de nous, et ils meurent ignorés.

Le mal de la France : le vingt / quatre-vingts ?

Le directeur technique d'une unité d'ingénierie me disait que le mal de son entreprise était le "vingt quatre-vingts". Les gens font bien ce qui est important, et mal le reste. Et c'est le reste qui les perd.

Je me suis demandé si ce n'était pas notre mal national. En effet, cela ressemble beaucoup à ce que je rencontre un peu partout depuis trente ans.

Faut-il désespérer ? Faut-il rêver de devenir allemands ? Eux qui font tout bien ?

J'ai constaté, à chaque fois que j'ai rencontré cette question, qu'il y une façon de formuler les quatre-vingts restants comme quelque-chose d'unique. Et, qu'alors, il devient important. Mais, aussi, qu'à ce moment, on arrive à résoudre la question simplement et immédiatement. L'idée est d'en faire un paquet, et de le confier à ceux qui sont responsables de son exécution.

On fait du quasi allemand, avec une méthode qui ne l'est pas du tout. Mais comment en tirer une méthode générale ?

jeudi 23 janvier 2020

Paul Léautaud

France Culture rediffuse d'étonnants entretiens entre Paul Léautaud et Robert Mallet. Ils datent de 1950. Ils ont fait de Paul Léautaud un homme connu.

Amusant jeu de rôles. Paul Léautaud, c'est un gamin de quatre-vingts ans, grognon, rigolard, et pas toujours honnête, et Robert Mallet, l'homme sérieux de trente-cinq ans.

Quelle culture ! Ils savent tout sur la littérature, dans le moindre détail, ils citent, de mémoire, des poèmes entiers... Et, surtout, quel art de la parole. Non seulement mot juste, mais aucune concession. Et argumentation polie, mais concise et intransigeante. (Je ne veux pas parler d'un "intellectuel", c'est un adjectif ! Oui mais c'est un adjectif qui est devenu substantif. Vous n'utilisez pas "étudiant" ? Si. Eh bien, c'est un adjectif devenu substantif.)

Paul Léautaud, c'est notre monde à l'envers. Il n'a pas fait d'études. Il a vécu dans la misère, pour pouvoir cultiver son art, à sa guise. (Ne serait-ce pas le marché et la concurrence qui produisent l'innovation, comme on me l'a enseigné en MBA ?) C'est le hasard qui l'a fait connaître. Car il était si intransigeant qu'il n'a quasiment rien publié. Il est célèbre par son journal. Il a été tapé et édité par une de ses compagnes. La fortune lui est arrivée sur le tard. Il n'a rien su en faire. Il voulait écrire la vérité, et écrire en français correct, sans aucune concession, le français de Ronsard et de Verlaine. Il aurait honni l'anglais, et le français moderne (et ce blog !), qui se contentent d'une phrase "qui se comprend". Il est allé jusqu'à bannir la poésie, alors qu'il en était un expert incomparable, et que dire un poème pouvait le porter aux larmes.

Un monde de culture à côté duquel nous sommes passés...

Haine de soi : trait culturel ?

Apparemment, tous les peuples ont pensé qu'ils étaient "les hommes", les vrais, et que les autres étaient des "barbares". D'où le nom qu'ils se sont donné : "le pays des purs", etc. Ce qu'il y a de curieux avec l'Occident, c'est que cela ne semble pas vrai. La haine de certains s'étend même jusqu'à l'espèce humaine. D'où vient cette idée ?
  • "Bohème" (1830) ou "contre culture" (1960). Phénomène lié à la grande bourgeoisie, mais aussi à l'éducation. Le jeune bourgeois, oisif et éduqué, se retourne contre son père, alors que jusque-là le fils voulait imiter le père (voire prendre sa place). 
  • Religion, qui classe tout en "bien" et "mal", et qui croit en un pêché originel.
  • Forme de parasitisme : le jeune ne veut pas grandir, il veut conserver sont statut d'oisif, et accuse la société de le réduire à l'esclavage ?
  • Dans la culture anglo-saxonne, il existe un culte des espaces vierges. Apparemment, ce serait un des ressorts du mouvement écologiste.
  • Travaux sur les développement durable : le moteur du développement humain serait, en quelque sorte, l'auto agression. En agressant la nature et l'humanité, l'homme produit une réaction de celles-ci qui, par le danger qu'elles lui font courir, le contraignent à être créatif. "Destruction créative".
Mystère. Faut-il s'en inquiéter ? Comme souvent en systémique, l'apparence cacherait-elle des conséquences imprévues, dans ce cas, favorables à l'humanité ? Mystère.

mercredi 22 janvier 2020

A quoi ressemblera l'après syndicalisme ?

Partis politiques, syndicats, c'est fini ? Une société homogène ne se constitue plus en groupes susceptibles d'avoir une représentation fixe ? Va-t-on vers des mouvements "auto organisés" ? Quelque-chose qui ressemblerait à la "gestion des biens communs" étudiée par l'économiste Elinor Ostrom ?
  • A l'image des méthode de la programmation en "open source" (ou du modèle wikipedia), des "rites" prêts à l'emploi. (On se compte sur les réseaux sociaux, et on se retrouve sur les ronds-points.) 
  • Il faut un objectif pour lequel on est prêt à aller jusqu'au bout. Lorsqu'on l'obtient, on s'arrête (ce qui manque à la grève des retraites, ou aux Gilets jaunes), par exemple "fermeture de..." 
  • Il n'y a pas besoin de "porte parole". 
  • En revanche, il peut y avoir besoin d'une "intelligence" en amont : il faut transformer la grogne en un objectif à atteindre, qui va, effectivement, éliminer le problème qui a suscité le mécontentement. (Voir, à titre de bon exemple, l'analyse de White Working Class : la grogne de la classe moyenne américaine vient d'une dégradation de ses conditions de vie, or, il suffirait de mettre en place des programmes de formation pour résoudre le problème tout en aidant l'économie.) Là aussi, cela peut être un rite. 
  • Ce qui compte est la crédibilité, donc la détermination. 

La Dauphine de Louis XIV

A une époque de relecture de l'histoire à la recherche d'illustres femmes inconnues, il est curieux que l'on n'ait pas déjà consacré plusieurs films à la femme du petit fils ainé de Louis XIV, la dauphine.

Le duc de Saint Simon en parle beaucoup dans ses mémoires, ainsi que Madame de Sévigné.

Faute d'être belle, elle avait beaucoup d'esprit, et Louis XIV ne pouvait se passer d'elle. A tel point que, alors que, après avoir eu plusieurs fausses couches, elle était à nouveau enceinte, Louis XIV a voulu qu'elle l'accompagne dans un déplacement. Lorsqu'on lui en a signalé le danger, il a répondu que, quoi qu'il arrive, cela ne mettait pas en danger sa descendance.

Selon elle c'était les favoris qui gouvernaient un royaume. Louis XIV se laissait dire ces impertinences. Mais ce qui devrait encore plus séduire les féministes, c'est qu'elle fut infidèle à son royal dauphin.

Qui veut jouer le rôle de la dauphine de Louis XIV ? Santerre - Marie Adélaïde of Savoy, Versailles

mardi 21 janvier 2020

Grève : le ridicule tue ?

Grève interminable. Quelles leçons en tirer ?

Voyage au bout de l'absurde ? Une des idées de la systémique est que lorsque l'on pousse à l'absurde un principe, on obtient son contraire (énantiodromie). C'est ce qui arrive lorsque l'homme ne pense plus, lorsqu'il n'est plus qu'une machine. La grève est devenue une caricature de grève.

Les théories sur la négociation de crise disent, probablement justement, que le critère de succès dans ce type de situation est non seulement d'être prêt à mourir pour sa cause, mais aussi que cela soit perçu par l'autre camp. Or, le gouvernement, manifestement, ne prend pas au sérieux les grévistes.

Finalement, cette grève est peut-être un deuil. C'est l'épreuve qu'il faut à une partie de la population pour comprendre que le monde a changé ?

Retraites, corporatisme, libéralisme et Proudhon

Et si le combat des retraites était bien plus qu'une question d'intérêt financier ? Une thèse dont je parle depuis peu est qu'il pourrait s'y jouer la fin du corporatisme français.

Quel est le mobile du crime ? Le "libéralisme" ? Remplacer les corporations par le marché ? L'homme est un loup pour l'homme ? Après tout, de gauche ou de droite, toutes les forces qui influencent le pouvoir sont, depuis des décennies, libérales.

Seulement, il y "quelque-chose qui s'appelle la société", pour paraphraser Mme Thatcher. L'homme, comme l'animal, est lié à son milieu, et élevé par lui. Le libéralisme n'existe pas et n'a jamais existé. (C'est un fantasme d'intellectuel, qui croit devoir tout à ce qui se trouve dans son cerveau, et rien au reste de la société ?)

Or, entre le corporatisme et la "société d'individus" libérale, se trouve, justement, l'écosystème dont parle Proudhon. La société s'organise naturellement en groupes (ou en "équipes" ?), qui se coordonnent les uns par rapport aux autres, pour réaliser des tâches communes.

Vers une "troisième voie" ?

lundi 20 janvier 2020

Le libéralisme a vaincu ?

L'enlisement de la grève des retraites, n'est-ce pas la victoire définitive du libéralisme ?

L'erreur des syndicats a été de défendre des intérêts catégoriels, et pas un modèle de société. A partir du moment où le privé s'est mis à licencier, et s'est ouvert à la concurrence, le sort du modèle de l'Etat providence bureaucratique, et de ses syndicats, était scellé.

N'ont-ils pas été les "idiots utiles" du changement ? Car, justement, l'esprit du libéralisme, c'est l'intérêt particulier, et celui du syndicalisme, l'intérêt général.

Voilà qui est digne de Sun Zu. Pour perdre votre adversaire, il suffit de faire entrer dans son cerveau une idée qui va le faire aller, de bonne foi, contre ses intérêts ? On appelle cela "l'aliénation".

On ne change pas une équipe qui perd

Il n'est généralement pas une bonne idée de changer une équipe qui perd :
  • En perdant, elle a appris. Elle sait ce que ne sait pas une nouvelle équipe. De toute manière sa fonction est beaucoup, infiniment, plus que ce qui a "perdu". Et cette fonction n'est pas facile à exercer. 
  • Ce n'est pas pour rien qu'elle est là. Les raisons qui l'ont fait choisir sont bonnes.
Qu'est-ce qui fait qu'elle perd ? Généralement une question de réglage. En fait, une erreur. Par exemple, elle a été recrutée pour faire ce qu'elle a fait durant sa formation (résoudre des problèmes), alors que, pour elle, sa formation a été une sélection, dont elle touche les dividendes. On a recruté un retraité, alors que l'on attendait une bête de course.

Bref, il est souvent plus facile de régler que de changer.

dimanche 19 janvier 2020

Qu'est-ce qu'une fake news ?

Le Monde réagit : ce n'est pas vrai que l'Australie aurait connu des incendies pires que ceux d'aujourd'hui. C'est une fake news. Certes. Mais pourquoi Le Monde réagit-il ? Parce qu'il est un "activiste de la cause climatique" et ce type de "fausse" information (oui, les feux ont été plus étendus, mais les dégâts comptent moins) nuit à sa cause ?

Lorsqu'on lit attentivement l'article, on voit, d'ailleurs, que "selon les experts" (lesquels ?) le réchauffement climatique ne "cause" pas, il "aggrave". Ce qui est extrêmement différent. D'autant que l'on peut se demander de "combien" il "aggrave". Beaucoup ou presque rien ? A ce sujet, j'ai aussi lu que les zones entretenues par les aborigènes n'avaient pas pris feu, et que l'on ferait bien de s'en inspirer...

Le climat est, réchauffement ou non, soumis à des sautes d'humeur. Je ne suis pas sûr que la certitude, surtout quant à une cause, soit le propre du scientifique. Cela amène à se demander : pourquoi parle-t-on autant de ces incendies ? Pourquoi ces photographies émouvantes de koalas et de kangourous ? Et si, pour notre bien, certaines personnes utilisaient des événements qui frappent les esprits pour nous convaincre de leurs thèses ? Et si c'était cela la cause des fake news, et des contre fake news ? Celui qui vit de fake news... ?

Et si, au lieu de jouer les activistes, Le Monde se préoccupait de rigueur intellectuelle ? Cela n'augmenterait-il pas ses ventes ?

(Hervé Kabla, rappelle que ce procédé est un rien criminel : parler exclusivement de réchauffement climatique fait oublier des gestes qui pourraient sauver des vies, et la nature.)

Facebook, le justicier

Plus prompt que l'éclair, Facebook m'envoie la note comminatoire suivante :
Diantre. Je me découvre grand criminel. J'enfreins les "Standards" avec un S majuscule, de la "communauté" (je croyais que Facebook était une société à but lucratif...). 

De quoi s'agit-il ? Dans une réponse à un commentaire, j'ai copié un lien vers un de mes billets. (J'ai ensuite publié le dit billet sur Facebook, sans encombre.) 

Ce n'est pas la première fois que cela m'arrive. Un commentaire innocent produit une condamnation sans appel. Le jugement de l'intelligence artificielle. 

A tort ou à raison, cela me fait croire que l'on vit dans un monde de justiciers. Mais, étrangement, le justicier ne s'en prend qu'au misérable. Dans le monde de surhommes de la Silicon Valley, la vie du peuple est gouvernée par des robots ?

samedi 18 janvier 2020

Enantiodromie et service public

Une des idées de la systémique est que lorsque l'on ne tient pas compte de la complexité du monde, on obtient le contraire de ce que l'on veut. C'est l'énantiodromie. Cela semble être le problème actuel de la fonction publique :
  • Le serviteur est devenu souverain. Au lieu de remplir sa mission, le service public tend à adopter une stratégie de monopole. Ce qui est plus subtil qu'il n'y paraît. Notamment dans le cas de Radio France, qui voit sa mission non comme répondre aux attentes de ses auditeurs, mais leur enseigner ce qu'ils doivent penser. Le décalage est multiple. En effet, à l'époque où la radio était un réel service public, il existait une grande différence d'éducation entre ses animateurs et ses auditeurs. Les premiers étaient en droit de se croire des instituteurs. Alors qu'aujourd'hui, l'écart s'est inversé. 
  • Lutte des classes. Le plus surprenant est que la fonction publique a adopté un modèle de "lutte des classes", qui la fait aller de grève en grève. Non seulement cela ne correspond pas au modèle initial de la grève, du 19ème siècle, qui cherchait à équilibrer le rapport de force entre privilégiés et damnés de la terre, mais le propriétaire du service public, c'est le peuple, la démocratie, pas le "grand capital" de Georges Marchais, et ses membres sont, du fait de leur formation et de leurs prérogatives, dans une situation opposée à celle des mineurs d'hier. 

Baby boomers : la génération honteuse ?

Le paradoxe de notre temps : la génération d'après guerre est celle des parasites aux bons sentiments. Faut-il la condamner pour égoïsme et hypocrisie ? (Et destruction de la planète ?)

C'est l'histoire du jet de la première pierre. En effet, et nous, que laisserons-nous ? Car, eux nous ont laissés. Nous sommes leur cadeau à la planète, et, après tout nous ne sommes pas mal. Ils nous ont aussi laissé l'exemple de ce qu'il ne faut pas faire et leurs bons sentiments. A nous d'en profiter.

vendredi 17 janvier 2020

Le paradoxe de 68

Je me demande si une partie de notre histoire ne s'explique pas ainsi : l'Ancien régime a créé une culture d'un raffinement unique ; le rêve des révolutionnaires puis de la 3ème République a été de faire partager cette culture au peuple. Et cela par l'éducation.

68 a ruiné ce rêve en attaquant l'éducation. Il la voyait non comme un acquis inestimable, mais comme une contrainte. L'inculte voulait imposer sa culture.

Phénomène similaire à ce que subit l'entreprise familiale ? A la troisième génération, la famille propriétaire a oublié ce qu'était une entreprise, et la confond avec un Etat providence vis à vis duquel  on a des droits mais pas de devoirs ?

(Pour apprécier des escaliers roulants en marche, il faut les avoir connus arrêtés.)

La France, corporatiste par nature ?

Un curieux article disait que le mal de la France était le corporatisme. Le corporatisme nous montait tous les uns contre les autres. L'indice en était, comme les trois-cents fromages, les quarante-deux régimes de retraite.

Mais le corporatisme s'arrête-t-il là ? Tocqueville en fait déjà le mal du pays au temps de l'Ancien régime !
Il semble que le peuple français soit comme ces prétendus corps élémentaires dans lesquels la chimie moderne rencontre de nouvelles particules séparables à mesure qu’elle les regarde de plus près. Je n’ai pas trouvé moins de trente-six corps différents parmi les notables d’une petite ville. Ces différents corps, quoique fort menus, travaillent sans cesse à s’amincir encore ; ils vont tous les jours se purgeant des parties hétérogènes qu’ils peuvent contenir, afin de se réduire aux éléments simples. Il y en a que ce beau travail a réduits à trois ou quatre membres. Leur personnalité n’en est que plus vive et leur humeur plus querelleuse. Tous sont séparés les uns des autres par quelques petits privilèges, les moins honnêtes étant encore signes d’honneur. Entre eux, ce sont des luttes éternelles de préséance. L’intendant et les tribunaux sont étourdis du bruit de leurs querelles. « On vient enfin de décider que l’eau bénite sera donnée au présidial avant de l’être au corps de ville. Le parlement hésitait ; mais le roi a évoqué l’affaire en son conseil, et a décidé lui-même. Il était temps ; cette affaire faisait fermenter toute la ville. » Si l’on accorde à l’un des corps le pas sur l’autre dans l’assemblée générale des notables, celui-ci cesse d’y paraître ; il renonce aux affaires publiques plutôt que de voir, dit-il, sa dignité ravalée. Le corps des perruquiers de la ville de la Flèche décide « qu’il témoignera de cette manière la juste douleur que lui cause la préséance accordée aux boulangers. »
Et les corporations n'est-ce pas aussi une grande idée de Vichy - une période mal connue de notre histoire, mais qui a vu la naissance de la France moderne et de sa technocratie triomphante ? D'ailleurs, concernant la technocratie, il n'y a pas plus corporatistes que les "corps" de l'Etat. J'ai rencontré, il y a une vingtaine d'années, un homme qui avait voulu monter des clubs d'expatriés français à l'étranger. Il avait découvert que les membres des "corps" de polytechnique voulaient rester entre eux. Or, s'ils ne sont pas nombreux en France, ils le sont encore moins dans une ville étrangère...

Punition divine ? Comme dans l'histoire de la Tour de Babel, la nature a divisé notre peuple pour l'empêcher de conquérir les cieux ?

jeudi 16 janvier 2020

Dracula ou le jazz de la suceuse de sang

Annonce d'un spectacle pour enfants : Dracula version jazz.

On entend (France Musique) ses créateurs dire qu'au fond Dracula est un marginal, en conséquence de quoi il ne peut pas être fondamentalement mauvais. N'a-t-on pas été injuste à son endroit ?

Pour inviter à la remise en cause de nos idées reçues, Dracula est joué par une femme. (La femme a autant de droits que l'homme d'être un tortionnaire, et, en plus, elle a beaucoup de chemin à rattraper ?)

Spectacle pédagogique : fake Dracula pour les enfants ?

La crise de la démocratie

Pourquoi la démocratie est-elle en crise un peu partout ? Parce qu'elle est retombée sur son point faible : la légitimité de sa représentation. Voilà ce que l'on entend.

Depuis la Révolution, on se casse les dents sur le problème suivant : le peuple est souverain, comment déléguer sa souveraineté sans qu'elle se retourne contre lui ?

En économie, on appelle cela le "problème de l'agence". Je confie mon argent à quelqu'un pour qu'il en fasse quelque chose, comment puis-je m'assurer qu'il ne m'escroquera pas ?

Eh bien, s'il y a, régulièrement, du "dégagisme" dans l'histoire des démocraties, c'est que, justement, les "représentants" se transforment en "souverains". Le dégagisme, qui existe aussi bien en démocratie que dans l'entreprise est la façon, peu élégante certes, et pas très efficace, de faire régner la démocratie.

Comment souvent, il est probable que le problème soit mal posé. Une souveraineté ne peut pas se déléguer. La souveraineté est un "bien commun", elle doit être contrôlée et exercée par tous... C'est le véritable communisme.

mercredi 15 janvier 2020

Paul Verlaine

Je me suis mis à lire Verlaine. Observations :
  • Alors que Verlaine était le poète du peuple, il semble maintenant qu'il faille être un ultra intello pour le comprendre. 
  • L'apprécier est une question de culture, qui s'acquiert, et que je n'ai pas. Une hypothèse. 
  • Ce qui me frappe est ce qui rend son oeuvre différente de celle de Baudelaire. Baudelaire a des comptes à rendre avec la société, ce que je n'aime pas. Quant à ses poèmes, leur forme me semble beaucoup plus travaillée que celle des poèmes de Verlaine. Ces derniers sont légers, "aériens". Ils ressemblent, plus que ceux de Baudelaire, à ce que j'attends d'un poème. (Le poète est émerveillement devant l'incompréhensible, qu'il s'agisse du miracle de la beauté ou de l'apparente injustice du sort.)
  • J'entendais Paul Léautaud dire que Verlaine avait été un monstre. Comment un monstre peut-il produire une telle oeuvre ? A moins qu'il faille se noyer dans l'alcool pour parvenir à entrapercevoir le paradis ? 

Qu'est ce qu'une "stratégie" ?

Quelle est votre définition de "stratégie" ?

Ce n'est probablement pas la mienne. Car je réponds : "avoir envie de faire ce que les autres n'ont pas envie de faire".

La question m'a été posée par un client, il y a très longtemps. Il dirigeait un laboratoire pharmaceutique et ses nouveaux propriétaires lui avaient demandé ce qu'était sa stratégie. Il ne comprenait pas le sens du mot.

Je lui ai dit que son entreprises vendait une multitude de médicaments de niche. C'était astucieux, car ils jouissaient d'une forte image de marque, il n'avait besoin d'aucun marketing, et qu'il était quasi impossible pour un concurrent de le déloger. Comme les Vietnamiens, ses troupes étaient des fourmis enterrées. Indestructibles du ciel. Or, ses concurrents, eux, étaient accro aux "blockbusters", grosses recherches, gros marketing, gros risques (mais peu d'intelligence).

Cette histoire m'est revenue en lisant la stratégie du nouveau directeur de mon ancienne école. Il vise Shangaï et son classement. Voilà ce que dit Wikipedia des origines de l'école en question :
Elle a pour but de former des ingénieurs généralistes pour l’industrie naissante (« les médecins des usines et des fabriques »), à une époque où les institutions supérieures forment plutôt des cadres de l'État.

L'enjeu de la réforme des retraites : la fin de la France corporatiste ?

Une analyse originale (ici). Ce qui se jouerait avec la réforme des retraites serait un changement structurel de la France.

La caractéristique de la France serait un modèle corporatiste (cf. les fameux régimes de retraite). Il produirait une défiance généralisée, chacun se crispant, avec hargne, sur son intérêt mesquin, au détriment de l'intérêt général. Au delà de la question budgétaire, ce serait donc la nature de la France que le gouvernement aurait voulu changer. Il aurait voulu nous rendre sympathiques.

Voilà qui expliquerait la féroce résistance au changement de l'ancien régime.

(Corporatisme : un héritage de Pétain ?)

mardi 14 janvier 2020

Le mal profond de l'Iran : un régime dysfonctionnel ?

L'Iran abat un avion civil. Le peuple manifeste bruyamment.

Car cette bavure trahit le mal de l'Iran : le dysfonctionnement. Le régime iranien marche très mal. Et le peuple est mécontent. Voilà la véritable menace qui pèse sur la tête de son pouvoir religieux. (POLITICO EU.)

(Où l'on voit que la démocratie est une fin et pas un moyen ? Le véritable besoin d'un peuple est de vivre bien ? Sa revendication : que les trains arrivent à l'heure ? Le droit de vote lui permet, simplement, de se faire entendre quand il n'est pas content, sans avoir besoin de faire une révolution ?)

Ni vu ni connu, M.Macron manoeuvre

Qui sait ce que fait M.Macron ? Apparemment, il s'est rapproché de M.Orban. Or, M.Orban était dénoncé, hier, comme un affreux populiste. Que cherche à faire M.Macron ? Changer l'équilibre Européen au profit de ses idées ? Se rapprocher de l'est de l'Europe, Lebensraum allemand ?...

En tout cas, comment se fait-il que le représentant du peuple informe aussi peu le peuple de ce qu'il fait ?

France, championne de l'attractivité industrielle

Etrangement la France est beaucoup plus attirante pour l'entreprise industrielle que l'Allemagne et l'Angleterre. Comment cela se fait-il ? Ne sommes-nous pas un peuple de grévistes à la fiscalité punitive ?

(Article du Monde.)
L’étude fait ressortir que certaines filières industrielles françaises exportatrices (construction aéronautique et spatiale, construction navale, pharmacie) attirent des sous-traitants et des partenaires, dont « un grand nombre d’entreprises à capitaux étrangers [qui] viennent produire en France » et entrent dans les chaînes d’approvisionnement de groupes comme Airbus, EDF, Danone ou Sanofi.
Nos grandes entreprises attirent des sous-traitants qui, eux-mêmes, probablement, utilisent la sous-traitance locale. Intéressant cercle vertueux qui montre peut-être le danger des délocalisations, et l'intérêt des champions nationaux (à condition qu'ils ne soient pas mal gérés !).

lundi 13 janvier 2020

L'Allemagne conquiert l'espace

Hasard. Je découvre la video ci-dessous. Armé d'une règle à calculer, Werner von Braun parle de la conquête de l'espace. En ces temps, l'espace faisait rêver. Et on savait faire rêver de l'espace.
Mais, curieusement, ce que Werner von Braun avait prévu ne s'est pas passé. Pour lui, la première étape de la conquête de l'espace serait la construction d'une station orbitale, qu'apparemment il savait construire. De là, l'homme partirait à la conquête des planètes, avec de petits véhicules.

On a employé des moyens plus simples pour atteindre la lune. Un trajet direct. Cela s'explique peut-être par le fait que Werner von Braun, au moment du film, ne possédait pas de fusée assez puissante. D'autant que ses idées viennent probablement de plus loin, et que le défi russe a dû stimuler immensément la recherche américaine.

Cependant, je me suis demandé s'il ne parlait pas en Allemand. Une conquête de l'espace allemande, avec les moyens américains, aurait certainement été sérieuse et méthodique. Elle n'aurait pas été une mode. Et aujourd'hui l'homme serait installé sur Mars ?

2001 Odyssée de l'espace

Ayant parlé de HAL, l'Intelligence Artificielle de 2001 Odyssée de l'espace, je suis allé me renseigner sur son compte. J'ai revu des extraits du film sur YouTube.

En fait, les dysfonctionnement de l'ordinateur sont une question de psychologie. Ce que je n'avais pas saisi. On a demandé de mentir à un ordinateur qui se vente de dire la vérité, toute la vérité. Du coup ça lui fait perdre le nord. Et il devient humain. (Nouveau test de Turing : une machine qui ment sans disjoncter est un homme ?)

Surtout, il y eu un livre avant le film. Et tout y est expliqué. Mais, de ce fait, tout est désenchanté. Ce qui rend 2001 passionnant, c'est que l'on n'y comprend rien.

Je me suis demandé si ce n'était pas ce qui a fait le succès des grands textes religieux. Ils avaient une signification banale, mais, heureusement, on l'a perdue. Il nous est resté le mystère. Et c'est en essayant de le décrypter que notre esprit fait des miracles ?

(Mais on peut aussi dire que, inconsciemment, les auteurs du roman et de ces textes ont saisi des interrogations essentielles, universelles, qu'ils n'ont pas comprises.)

dimanche 12 janvier 2020

Hummer ou la culture de l'Amérique

La marque Hummer, les gros camions militaires devenus véhicules civils, a disparu il y a dix ans. Que s'est-il passé ? C'était une marque de GM. GM avait besoin de faire des économies. Hummer avait passé de mode. GM a supprimé une marque... Aussi simple que cela.

L'histoire de Hummer avait commencé de la même façon. les Américains avaient vu ce véhicule durant la guerre du golf. Schwarzenegger a voulu en acquérir un. GM a pensé qu'il y avait une bonne affaire à réaliser : le transformer en un véhicule civil...

Ce qui est bon pour l'Amérique est bon pour GM.  Et inversement. Bienvenus en Amérique.

Qu'est-ce qu'un bon gouvernant ?

Le psycho-sociologue des entreprises James March dit que le bon "leader" est un plombier et un poète. A l'heure où l'on s'interroge sur notre démocratie et ses impasses, faudrait-il relire James March ?
  • Plombier, parce que le gros de son travail est de faire arriver les trains à l'heure. 
  • Poète, parce qu'il doit, de temps à autre, réinventer l'entreprise qu'il dirige. Ce qui signifie être capable de sortir des sentiers battus, et réenchanter le monde. Comme le fait un poète. 
Si c'est juste, cela expliquerait beaucoup de choses. Depuis longtemps nos gouvernants ne sont ni l'un ni l'autre. Nous nous enfonçons dans la grisaille, et les trains ne partent plus.

Comment juger notre gouvernement actuel ? Comme un apprenti ? Apprenti plombier, apprenti poète ? Et espérer qu'il ne sera pas apprenti sorcier ?

samedi 11 janvier 2020

Fragile France Musique

France Musique est en proie à des grèves intermittentes. La situation des personnels de cette radio est curieusement précaire :
Le changement comme deuil ?

Qu'est-ce que la réalité ?

Quel est notre avenir ? Voyons nous la réalité, ou l'essentiel nous est-il caché ? Comment concilier la vie telle que nous la voyons et telle que la science la représente ?... Et si l'angoisse existentielle était le simple signal du dysfonctionnement de la raison ?

Notre erreur n'est-elle pas d'utiliser la raison a priori, alors qu'elle n'est qu'un outil ?

L'homme expérimente, et, au fur et à mesure qu'il progresse, la raison interprète, modélise. La réalité se forme petit à petit ? La lumière est ?

En revanche, dès que la raison fonctionne à vide, elle délire ?

vendredi 10 janvier 2020

Appauvrissement du langage

France Culture diffuse la nuit des émissions anciennes. Ce qui me frappe est la qualité de la langue qu'emploient les animateurs et les invités. Non seulement il n'y a pas de faute de français, mais leur vocabulaire est à la fois riche et précis, sans répétition. C'est l'art du mot juste.

Et pourtant, beaucoup de ces gens ont fait relativement peu d'études. Tous ne sont pas allés au lycée, et, de toute manière, le lycée est, probablement encore dans les années 50, l'expérience qui marque une scolarité. Même lorsque l'on est prix Nobel ou ministre, on se souvient encore avec émotion, et admiration, de certains de ses professeurs. On ne parle guère de l'enseignement supérieur. La personnalité s'est construite avant.

Si ce qui se conçoit bien s'énonce clairement, il est possible que la force de l'école de ce temps ait été qu'elle apprenait à réfléchir.

Un changement auquel il faudrait que l'on réfléchisse, justement, est comment combiner "masse" et "qualité".

Proudhon, l'enfant terrible du socialisme

Comme Marx, Proudhon a beaucoup publié. Mais, contrairement à lui, ses idées n'ont pas surnagé, à moins qu'elles aient été influentes sans qu'elles aient été enseignées... Ce livre va-t-il nous permettre d'y voir clair dans ce mystère ?

L'anti-Marx
Proudhon a vécu à une époque de grands chambardements. Trois rois, une république, et un empereur ! Et des révolutions et des combats de rues, sans arrêt. Plus la révolution industrielle.
Proudhon est le type même de l'autodidacte. Enfant de pauvres, il est repéré pour ses capacités intellectuelles. Malheureusement, toute sa vie, il sera rattrapé par la misère. Si bien qu'il ne parviendra jamais à recevoir une éducation correcte. Il passera son existence à la poursuite de la connaissance, à lire, mais aussi à écrire, avec un talent fou, énormément, au gré de l'enthousiasme et de l'indignation. Ce sera aussi un homme d'action, il sera député durant la seconde république, et sa voix portera fort. Mais, avant tout, c'est une conscience. La liberté de parole incarnée. Un homme qui n'a peur de rien. Il agace, mais, aussi, on respecte son courage.
Le seul qui l'ait poursuivi de sa haine est Marx. Marx a essayé de le gagner à sa cause. Mais Proudhon ne l'a pas trouvé digne d'intérêt. Ce qui est tout à fait normal, puisque leurs idées sont diamétralement opposées. Celles de Marx, l'intellectuel grand bourgeois, entrent dans la catégorie des "absolus" contre lesquels Proudhon s'est battu. Il estimait que l'absolu menait au totalitarisme, dirait-on peut-être aujourd'hui.

L'anarchie positive
Comme les gens de son temps, Proudhon est émerveillé par le savoir et la science. C'est ce qui lui donnera un optimisme increvable. Il pense régler les problèmes de la société grâce à elle. Il veut créer une science de la société. Il semble un pionnier de la sociologie et de la systémique.
Pour lui, l'équilibre naturel de la société est celui dans lequel l'homme est totalement libre, dans une égalité parfaite. Proudhon décrit ce que l'on nommerait aujourd'hui un "écosystème". La société en équilibre est un être ("être social"), constitué de groupes homogènes (communes, ateliers), fédérés par leurs relations économiques, et animés par le flux du progrès et des échanges économiques (l'équivalent de la circulation sanguine, chez l'homme ?).
L'équilibre des rapports de forces entre les groupes produit une justice "immanente" (qui s'oppose au concept de justice "absolue" de la religion).
Voilà ce qui explique que rien n'aille, que la crise succède à la crise. La cause en est le déséquilibre que crée l'inégalité. Pour contrer ce déséquilibre artificiel, il faut un système de maintien de l'ordre, l'Etat. Mais, sous la pression des intérêts divergents, représentés par les partis politiques, il n'est pas durable. Et toutes les solutions alternatives, notamment socialistes, ne sont qu'une variante de la même idée. Donc, elles ne peuvent que remplacer une tyrannie par une autre.

La démocratie c'est le mal
Et voilà, peut-être, l'idée qui permet de comprendre ce que son oeuvre a, toujours, de profondément original. Ce qui le sépare, violemment, des penseurs de son temps, et de notre temps, c'est l'objectif qu'il assigne au changement. L'urgence, pour lui, est la condition du pauvre. Il faut le sortir de la misère, lui donner un bon travail, et lui apporter la dignité. C'est ainsi qu'il parviendra à la liberté. Le changement doit être social, économique, et non politique. La démocratie n'est pas un objectif, mais une conséquence. Pire : chercher à la réaliser, sur fond d'inégalité sociale, ne fera qu'empirer le mal.
Chacun voit midi à sa porte ? Proudhon est pauvre, les révolutionnaires, Marx en tête, sont riches ? Plus étrange : et si toutes les idées qui ont secoué notre monde étaient celles d'intellectuels bourgeois, servant les intérêts, catégoriels, des intellectuels bourgeois ?

Changement systémique
En son temps, on ne parle que de révolution. Lui pense que le changement doit être pacifique, on dirait "systémique" aujourd'hui. Il doit se mener "par le bas", par l'économie, grâce aux efforts de quelques-uns. Sans que personne n'ait rien vu, il n'y aura bientôt plus qu'une classe moyenne.
Sa science de la société contient une théorie du changement (des mécanismes qui produisent le changement). C'est celle des "antinomies". Cela ressemble aux idées d'Aristote, plus qu'à celles de Hegel. Si je comprends bien : tout problème que l'on cherche à résoudre se prête à deux solutions extrêmes, il faut trouver l'équilibre entre les deux. Par exemple, il veut la liberté totale pour l'homme, tout en reconnaissant l'existence d'un "être social" (la société forme un "système", dirait-on aujourd'hui). Chaque extrême est un danger. Le bonheur est au milieu.
Mais, comment il comptait mener le changement n'est pas clair pour moi. Il est possible qu'il ait estimé que si quelques producteurs parvenaient à s'unir, ils créeraient une économie séparée, qui gagnerait, progressivement, toute la société. Il a, surtout, tenté de créer une banque, qu'il pensait levier du changement. Son but aurait été de remplacer le capital par le travail. Le travail aurait été rémunéré, par la banque, en lettres de change, échangeables contre des biens. Cela paraît mystérieux. J'imagine qu'avec un tel système, il n'était plus possible d'accumuler du capital. Plus probablement, monétariste avant l'heure, il considérait que l'argent causait l'inefficacité de l'économie, il fallait l'éliminer.
Et "la propriété c'est le vol", qui l'a rendu célèbre ? Autre illustration de sa théorie. L'homme seul n'est capable de rien. La création est collective. Double conséquence. D'abord, posséder les moyens de production donne la possession du "bien collectif". Injuste, et probablement pas durable. Ensuite, il faut de tout pour faire une oeuvre collective : il n'y a pas de gens qui aient une "capacité" supérieure à celle des autres, il n'y a que des compétences complémentaires. Il se serait moqué de notre "guerre des talents"...

Contre tous
La révolution de 48 le fait brutalement passer de la théorie à la pratique. Ses écrits lui valent d'être élu député. Il se retrouve au milieu de la mêlée. Mais en s'opposant à tout le monde. On veut une révolution politique, il veut une révolution sociale, on veut faire le changement par le haut, il veut le faire par le bas, il veut créer une classe moyenne unique, on ne rêve que de luttes des classes. En particulier, il s'oppose au suffrage universel. Il a quelques bonnes raisons pour cela.
D'abord, sans éducation, le peuple ne sait que suivre des "sentiments". Il est inconscient de son intérêt véritable. Avec notre vocabulaire actuel, Proudhon aurait dit que le peuple est une proie facile pour les populistes. Et c'est, effectivement, ce qui arrive avec Napoléon III. La République élit un empereur ! (Pour être honnête, Napoléon III met un terme au chaos qu'a produit l'affrontement des intérêts particuliers que le suffrage universel a portés au pouvoir, la République allant jusqu'à réprimer dans le sang, des milliers de morts, une révolte de chômeurs, qui en est la conséquence !)
Ensuite, et c'est l'argument central, le peuple est souverain, et toute représentation est incompatible avec cette souveraineté. En effet, le représentant devient souverain. C'est ce qu'en économie on appelle la question de "l'agence". C'est, d'ailleurs, le problème auquel les démocraties occidentales sont actuellement confrontées, et le thème d'un livre récent de Pierre Rosanvallon.
Il avait aussi prévu que les représentants seraient des intellectuels. Et, là aussi, il est d'une originalité renversante. Alors que l'intellectuel affirme être, du fait de son intellect, le représentant par nature de la société, Proudhon estime qu'un être collectif est fait de multiples fonctions. De même qu'il serait ridicule de réduire l'homme à son cerveau, de même le "système humain" n'a de sens que dans sa complexité. (Et l'intellectuel n'est pas ce que l'humanité a de mieux : "le savant est une merde".)

Cultivons notre jardin 
Curieusement, il n'est pas impossible que sa vie ait été un succès. Son combat s'est orienté, à la fin, vers l'émancipation de la classe ouvrière. Il pensait qu'un préalable était que son esprit collectif s'éveille, qu'elle prenne conscience de sa situation, qu'elle apprenne à penser. Puis qu'elle se fédère, s'entraide. Tout cela devait se faire en marge de l'activité politique, qui ne la concernait pas. La plus efficace stratégie, pour elle, était l'abstention. La croissance de l'abstention était le meilleur signal qu'elle puisse lancer au pouvoir. Elle l'amènerait, un jour, à la prendre en considération. Apparemment ses oeuvres ont été très lues et bien comprises par les ouvriers, et ont influencé le syndicalisme.
Mais, aussi, cela explique qu'elles n'aient pas été diffusées dans les hautes sphères de la société.

Messieurs, un génie ?
Proudhon est vraiment très surprenant, en conclusion. En son temps, il a été extraordinairement prescient. D'ailleurs, on a l'impression qu'il parle de notre époque. Il explique l'élection de D.Trump, par exemple. Mais, surtout, ses idées sont à l'opposé de tout ce que l'on nous enseigne, et même de ce qui semble le simple bon sens (par exemple que l'intellectuel doive représenter le peuple). N'auraient-elles pas un siècle d'avance sur la science, qu'elle soit systémique, sociologie, ou économie ?

Il reste des mystères pour moi, dans cette pensée, mais ils sont plus dûs à mes limites qu'au livre, qui est excellent.

jeudi 9 janvier 2020

"Droits de l'hommisme" expliqués ?

Comme moi, France Culture s'interrogeait sur le curieux succès de l'expression "droit de l'hommisme". Création du FN, elle est maintenant employée par un grand nombre de gens "respectables". Débat entre personnes de convictions divergentes. Quelques remarques m'ont frappées :
  • "Droit" est entré dans le vocabulaire de la revendication. Autrement dit, lorsque l'on revendique quelque chose, on formule sa demande sous la forme d'un "droit". En conséquence, si l'on peut qualifier n'importe quoi de droit, les "droits de l'homme" ne sont plus que banalité insignifiante. 
  • "Universels". Les droits de l'homme sont universels, disait un intervenant. Toutes les nations les ont signés. En conséquence, si l'on peut argumenter que quelque chose ressortit aux "droits de l'homme", tout le monde doit l'appliquer sans discuter. 
  • "Genre". La question du genre serait au coeur du sujet. La théorie du genre conduit à une redéfinition de l'organisation de la société. C'est donc un changement social, qui ne dit pas son nom, et qui ne peut pas être imposé sans discussion (d'autant qu'en allant contre la différenciation naturelle des sexes, il n'a pas que des avantages).
  • "Politique". Justement, les sociétés ne parviennent plus à se gouverner, parce qu'elles ne parviennent plus à concevoir un projet politique, global. Les "droits de l'homme" ne sont pas suffisants pour organiser une société. Surtout, en insistant essentiellement sur la dimension individuelle de l'existence, ils empêchent l'homme de se préoccuper de sa dimension sociale. 
L'animateur parlait aussi de "perte d'enthousiasme". Les droits de l'homme ne font plus vibrer personne.

Ce qu'il en ressort est que, dans la confusion qui résulte d'un emploi excessif de l'argument des droits de l'homme, on ne sait plus à quoi ils correspondent. Ce n'est peut être pas tant un problème d'enthousiasme que d'indignation...

Les vertus de l'intellectuel

A l'occasion des soixante ans de la mort de Camus (le 4 janvier dernier), il était loué par France Culture. On disait aussi beaucoup de mal de Sartre, résistant de la vingt cinquième heure, et auteur d'une oeuvre qui ne lui a pas survécu. La clique de Sartre a qualifié Camus de "philosophe pour classes terminales", parce qu'il n'était pas agrégé de philosophie. Alors que la pensée philosophique de Camus, qui cherche à mêler les deux aspirations historiques de la philosophie, était certainement bien plus profonde que celle de Sartre.

En 2013, le centenaire de Camus est passé inaperçu. Peut-être n'était-il pas encore bien de dire du bien de Camus ? Car longtemps l'opinion a été dominée par celle des "intellectuels", dont Sartre était le premier représentant, et à laquelle s'opposait Camus.

L'évolution de France Culture, radio d'intellectuels, montre qu'une des qualités de l'intellectuel est de pouvoir changer d'opinion. Au fond, ce n'est pas un doctrinaire. Peut-être est-il en train de découvrir que penser n'est pas croire et que sa formation, qu'il a fort peu utilisée, l'y préparait ? On ne naît pas intellectuel, on le devient ?

mercredi 8 janvier 2020

Modes et convictions

Management fad disent les Anglo-saxons. Les entreprises suivent des "modes de management". Il en est de même des Etats (cf. la mode des "start up nations"). Est-ce idiot ?

Pas nécessairement, faire comme ses concurrents évite de se faire distancer par eux. En outre, les modes de management correspondent à des consensus sociaux. Beaucoup de gens croient encore que l'Intelligence artificielle peut faire des miracles, par exemple.

Bien entendu, les modes de management tournent généralement mal. Ce qui est mauvais pour ceux qui y ont cru. Quoi qu'il y ait des artistes du retournement. Certains s'appellent des "prospectivistes". C'est l'art de la girouette.

Mais tout le monde n'est pas comme cela. Ce qui fait la girouette, c'est l'absence de convictions. Mais il y a des gens qui en ont. Comme le disait Sartre "on ne naît pas homme, on le devient". Eux se sont construits.

La conviction serait-il ce qui différencie le dirigeant salarié, issu des grandes écoles, de l'entrepreneur, le "self made man" ?

Portrait de la femme qui gagne

Hillary Clinton aurait personnifié le stéréotype de la femme que les Américains haïssent. C'est ce qui expliquerait son échec. Quant à Donald Trump, il serait le "real man" de la culture locale. Analyse de Joan C. Collins dans White Working Class.

Les stéréotypes ont la vie dure. Mais, paradoxalement, sont-ils fatals ?

Quelle est la dirigeante que l'on aime ? Mme Merkel. Mutti. Une femme politique qui représenterait la compétence et la maternité serait imbattable. D'ailleurs, c'est l'histoire de Mme Merkel : elle a liquidé un à un les hyper machos de la politique allemande, de tous les camps, justement en jouant sur leur point faible : leur complexe de supériorité.

Et si l'égalité se jouait sur la différence assumée, et même sur ses faiblesses ? Le secret du succès de M.Trump ?

mardi 7 janvier 2020

Qui a tué Edwin Drude ?

Edwin Drude est le dernier roman de Dickens. Il est inachevé. Dickens est mort en son milieu (il le publiait en feuilleton). Ce qui est malheureux parce que l'on ne saura jamais qui a commis le crime dont il parle. Si bien qu'une grande quantité de fins ont été publiées. France Culture en parlait, il y a quelques temps.

Ce serait l'histoire de deux jeunes gens qui doivent se marier. Mais un sinistre personnage est jaloux du promis, qui est Edwin Drude. Ce dernier disparaît. Qui est le coupable ? Mais l'affaire est plus compliquée qu'il n'y paraît, car il n'est pas sûr que les jeunes gens se soient vraiment aimés...

Ce qui m'a frappé est que ceux qui ont essayé de la conclure ne parlent pas du roman précédent de Dickens, le seul que j'ai lu. En effet, on y voit quelqu'un que l'on croit mort, mais qui réapparaît sous une fausse identité. Il devait se marier avec une personne, qu'il ne connaît pas. Et qui ne l'aime pas, quand elle le rencontre (elle veut épouser un riche, il est pauvre), mais qui finit par changer d'avis. D'autres personnages, de bons deviennent mauvais, mais c'est un jeu pour tromper les vrais mauvais... Dickens ou le changement ?

Morale ? Pour interpréter un fait, nous projetons nos a priori, or, ils sont issus de notre expérience, limitée par nature. Il est  probablement plus pertinent de penser que l'on ne sait rien, et de partir, non de soi, mais de ce que l'on cherche à interpréter.

(Une autre hypothèse est que Dickens, lui non plus, ne connaissait pas le dénouement de son ouvrage.   Ce serait ce qui l'aurait tué. Il serait à la fois victime et coupable. D'autant qu'il menait une vie un peu louche. Jekyll en Hyde ?)

The sea wolf

Roman de Jack London. Un sur-homme autodidacte parti chasser le foc repêche un intellectuel naufragé. Il en fera un homme.

On retrouve les obsessions de Jack London. "The Sea Wolf", c'est lui, s'il était resté marin (voir Martin Eden). Pour le reste, c'est très mal fichu. Cela commence comme une aventure maritime, puis cela vire, sans crier gare, à la robinsonnade. Parfois Jack London paraît plus intéressé de décrire la façon de se sortir d'un naufrage, quand on est un nul, que de poursuivre le fil de l'histoire. Quant aux personnages principaux ils sont peu crédibles. En particulier le Jean-Paul Sartre qui se transforme, en quelques mois, en un Schwartzenegger.

Jack London n'était jamais aussi bon que lorsqu'il décrivait la vie des aventuriers, et jamais aussi mauvais que lorsqu'il jouait les philosophes ? Le vice de l'autodidacte ?

lundi 6 janvier 2020

Education nationale : la fabrique de l'autisme ?

Ce qui me frappe est la tension qui existe dans les entreprises d'ingénieurs. L'Education nationale a fait de l'ingénieur un autiste, qui pense qu'il existe une solution mathématique à tout, et qu'elle se trouve sur un papier. Lorsqu'il doit avoir une relation, ordinaire, avec un être humain, il perd ses moyens. Peut-être est-ce là la raison qui faisait que l'on appelait Condorcet un "mouton enragé".

Certaines autres formations apprennent, au moins, à "faire de la politique", au sens grec du terme. C'est à dire à jouer son rôle de membre d'un groupe humain, en contribuant au débat qui doit décider de l'avenir commun. Malheureusement, le Français croit au primat des idées et de l'abstraction, et cet art du politique tend sans cesse à être ramené à des équations.

Avant l'avénement de l'école pour tous, l'art du politique devait être un résultat naturel de la vie en collectivité. Peut-être serait-il bien de se demander comment le faire revenir à l'école ? Ce qui pourrait aussi être dans l'intérêt de l'enseignant, en lui faisant échapper à ce qu'Edgar Morin a appelé "la lutte des classes".

Jack Kerouac

"A mon âge, on ne lit pas, on relit." Pourquoi pas "Sur la route", de Jack Kerouac ? me suis-je dit. Je devais avoir seize ans quand je l'ai lu pour la première fois. J'en garde un bon souvenir, sans me souvenir de quoi il parlait. Sinon que ça n'avait rien de révolutionnaire.

Cette fois, j'ai été arrêté dès les premières pages. J'ai eu l'impression d'une rédaction de collège.

J'air regardé ce qui était écrit de la vie de Jack Kerouac. Effectivement, le livre n'a pas été édité pour ses vertus littéraires, mais parce qu'il était la voix d'une nouvelle génération. C'était un coup marketing propre à la culture américaine, la véritable "start up nation".

Il en a fallu peu pour que personne n'entende parler de Jack Kerouac ? Et que personne n'explique son succès commercial par le génie de l'auteur ?

dimanche 5 janvier 2020

Lolita se libère ?

Les affaires Matzneff, Polanski, DSK, Weinstein, Epstein révèlent peut-être un mal incompréhensible par le petit peuple. La "libération de la parole" n'est pas un slogan d'activiste hystérique, comme ce dit peuple aurait tendance à le croire ? Elle correspond à une réalité ?

Une explication possible, selon Lolita. Lorsqu'elle est enlevée, Lolita est consentante et, avant de rencontrer Humbert Humbert, elle a eu des relations sexuelles avec un enfant de son âge. Et pourtant l'histoire va bouleverser sa vie, et mal se terminer. Au moins dans notre culture, un enfant n'a rien à faire avec un adulte.

Une hypothèse pourrait être que la liberté des moeurs de 68 a libéré des prédateurs et que ceux-ci ont commis des dommages. Ce qui se libère aujourd'hui, c'est cette souffrance, propre aux classes supérieures de la société ?

Gabriel Matzneff

Gabriel Matzneff fait l'objet d'une plainte. Je me rappelle de lui, il y a déjà bien longtemps, chez Bernard Pivot. Il était considéré avec intérêt par la société la plus recommandable, à la surprise du bon peuple. Ce qu'il y a d'étrange, surtout, est que ce qu'on lui reproche est écrit dans ses livres.

D'ailleurs, je crois qu'il dit quelque part, en substance, que, pour un adolescent, il est le plus sûr initiateur à la sexualité qui soit. Meilleur, donc, qu'un partenaire du même âge. 

Pourquoi est-il poursuivi maintenant, et pas alors ? On parle aussi de "tourisme sexuel" ? Mais est-il le seul à s'y être livré, et même à avoir écrit sur le sujet, en particulier dans la classe morale ? Ceux qui ont vécu par les valeurs de 68 pourraient-ils en périr ?  

samedi 4 janvier 2020

L'intelligence artificielle va-t-elle éliminer l'espèce humaine ?

Dans 2001, Odyssée de l'espace, l'Intelligence artificielle veut éliminer l'équipage du vaisseau spatial qu'elle aide à piloter. Elle réussit partiellement.

Prescience ? N'est-ce pas elle qui a causé les accidents de 737 Max ?

Ou bon sens ? L'Intelligence artificielle ne doute pas. Elle a raison. Mieux : ceux qui veulent la débrancher ne peuvent que vouloir faire le mal. Il faut, dans l'intérêt général, les éliminer.

Les USA frappent l'Iran, et après ?

Les USA éliminent un général iranien. C'était probablement l'homme le plus important du régime, plus important même qu'un premier ministre. Quand M.Trump a parlé de réplique à l'attaque de son ambassade, il n'a pas exagéré.

Cela ressemble aux méthodes des Russes lors des prises d'otages au Liban : ils découpaient en petits morceaux ceux qu'ils soupçonnaient d'être coupables. C'était efficace.

Le rôle et le succès du général iranien posent une question que l'on n'aborde pas souvent. L'Iran est-il, comme le dit M.Trump, un facteur de déstabilisation redoutable ?

Peut-être qu'il n'y a pas débat sur la question dans les hautes sphères du pouvoir mondial. Ce qui change est la façon de résoudre le problème. Hier, on croyait à la négociation, et aux vertus pacificatrices (corruptrices ?) du marché, maintenant, on estime qu'il faut se faire respecter ?

Comprendre une nouvelle

Certains de mes billets donnent lieu à des interprétations erronées. Ce qui est facile à expliquer. Je me parle à moi-même. Mes billets sont donc une étape de ma réflexion. Mais les étapes d'avant n'apparaissent pas toujours. Ce qui est d'autant plus traître que j'avance généralement par contradiction avec moi-même.

Il semblerait que Proudhon ait souffert de ce type de difficultés. Par exemple, on a cru qu'il soutenait Napoléon III, lorsqu'il l'attaquait. Mais, plus étrangement, alors qu'il publiait comme il respirait, et que chacune de ses oeuvres comptait des centaines de pages, que l'on a encore du mal à percer, il semble avoir été compris par les gens les moins éduqués, justement ceux à qui il s'adressait.

Il y a plusieurs façons d'interpréter un texte. Le facteur déterminant est la confiance en celui qui l'a recommandé, ou en son auteur. Surtout, le texte arrive chargé de tout ce que l'on sait de ce dernier. Savoir que Marc Aurèle était (plus ou moins) un stoïcien change tout au décryptage de son oeuvre, par exemple.

Voilà pourquoi il n'y a pas d'oeuvre sans vie, et se prétendre historien est une gageure ?

vendredi 3 janvier 2020

Apprendre à décoder les Fake news

L'Intelligence artificielle a le moral en berne. Pour autant, il ne faut pas oublier comment elle a été promue. C'est instructif en un temps où l'on parle Fake news, et l'on se demande pourquoi on ne croit plus les scientifiques.

On nous a dit, "l'IA est meilleure que l'homme aux échecs, DONC, elle est meilleure partout".

Il se trouve qu'un professeur de mathématiques, ancien d'IBM, me disait qu'à l'époque de sa gloire, IBM avait mis des ressources considérables pour chercher des solutions aux maux de la planète. Les algorithmes étaient les mêmes que ceux que l'on utilise aujourd'hui. Ce qui changeait était la puissance des ordinateurs. Mais, vus les enjeux, on avait le temps...

Résultat. Effectivement, dans certains cas l'ordinateur faisait des découvertes surprenantes, caractérisant une pathologie avec 3 ou 4 facteurs. Mais, dans d'autres, c'était un désastre. L'expérimentation a fini par être abandonnée.

Les Fake news ne sont pas qu'une question de populistes, elles sont aussi une question de marketing...

The name's Ghosn, Carlos Ghosn

Une théorie de ce blog est que Carlos Ghosn est victime d'un drame de la pauvreté. Eh bien ce drame pourrait être fini. Hollywood va payer cher les droits de ses aventures. Et, s'il joue au chat et à la souris avec les Japonais, il y a même de quoi faire une série.

Si j'en crois la presse anglaise, il préparait son coup depuis longtemps. Et il aurait été transporté dans le coffre d'un instrument, d'un groupe de musiciens venus lui donner la sérénade. Au passage, on voit l'intérêt d'être petit (il mesurerait 1m67).

Curieuse affaire, en tout cas. Acte manqué des Japonais ? Ils ne savaient pas comment se dépatouiller de ce procès, et de l'image qu'il donnait de leur justice ? Ou perfidie asiatique : désormais M.Ghosn devra vivre sur ses gardes, comme une bête traquée ? A moins que ce n'ait été un coup du sort, façon "mon nom est personne", pour donner du piment à la vie d'un homme exceptionnel qui menaçait de devenir un "has been" ?

jeudi 2 janvier 2020

Le FN, compagnon de route du libéralisme ?

Il y a quelques années, j'ai fait involontairement une curieuse expérience.

J'avais proposé à des étudiants un exercice de conduite du changement : qu'aimeraient-ils faire changer dans leur "master". J'avais fait l'exercice l'année précédente et il avait donné des demandes telles que cours d'anglais, formation aux ERP, entraînement aux entretiens d'embauche... Je voulais leur montrer qu'ils pouvaient satisfaire leurs demandes avec leurs propres moyens.

L'affaire n'a pas tourné comme prévu. Les groupes ont commencé par se coordonner. Si bien qu'ils ont obtenu tous le même résultat. Ils ont cherché à changer l'université ! Ils voulaient qu'elle s'étende à l'étranger, qu'elle parle anglais, qu'elle conquiert le monde. Je me suis demandé, après coup, si les élèves ne pensaient pas que c'était ce que j'attendais d'eux...

Lorsqu'ils m'ont exposé leurs conclusions, ils ont aussi parlé de leurs aspirations. Etrangement, ils avaient des valeurs "de droite" lorsqu'il s'agissait de l'entreprise et de leur carrière, mais "de gauche" pour leur vie personnelle et la société. Et des frustrations : pourquoi ne leur expliquait-on pas ce qu'ils devaient faire ? Une société n'avait-elle pas besoin d'une police et d'une armée, d'ordre et de respect de l'ordre ?

Totalitarisme ? Appel à l'URSS ? Voilà qui m'a ébranlé et m'a révélé que j'étais un enfant de 68. Et voilà la conclusion que j'ai fini par en tirer :
  • Les enfants sont faits par la société. Ce que ces étudiants m'ont dit est ce que la société leur a enseigné. Et cette société est de gauche et de droite. D'où des idées contradictoires.
  • Mais ce que la gauche et la droite ont en commun est le libéralisme, au sens "liberté négative", interdit d'interdire et déréglementation. Or, on a besoin de règles, dans la vie. "L'anomie" produirait-elle, par réaction, le nationalisme et autres fondamentalismes ?
Indirectement, ils avaient bien répondu à ma question : ils auraient aimé un enseignement plus directif. D'où le succès grandissant de l'enseignement en alternance, forme d'apprentissage ? L'antidote au FN ?

Réaliser les ambitions du féminisme

Le féminisme dit : il y a un plafond de verre.

Mais, il y a peut-être aussi un plancher de verre ? Combien y a-t-il de pompières qui meurent dans des incendies ? De CRSes victime d'un tir de pavé ? De militairees qui tombent au Mali ? De maçonnes ? De videuses de poubelles ? Comment se fait-il qu'il y ait beaucoup plus de femmes qui aient mention très bien au Bac que d'hommes ou qui se présentent à HEC ? Qu'elles ne constituent que 3,5% de la population carcérale ? Et que l'espérance de vie des femmes soit au moins dix ans de plus que celle des hommes ?

Le féminisme gagnera-t-il le jour où la société aura compris qu'il n'y a pas de sots métiers ?

mercredi 1 janvier 2020

Le changement des changements : donner ce que l'on a ?

La génération de mes parents disait qu'elle avait donné à ses enfants ce qu'elle n'avait pas eu.

Ce qui est surprenant : comment peut-on donner ce que l'on n'a pas ?

Il est vrai qu'il est difficile de savoir ce que l'on possède. Il est bien plus facile de voir ce qui ne va pas, et de demander le contraire. Mais est-on sûr qu'il sera bien mieux ?

Qu'avons-nous ? Il y a eu une remarquable uniformisation de la société. On n'est plus conditionné dès la naissance pour occuper une position sociale. Nous sommes tous des intellectuels. Certes, il demeure des différences, mais elles sont essentiellement artificielles. Lien de cause à effet ? Une des caractéristiques de notre époque a été l'in certitude. Il y a peu de gens qui soient totalement insensibles au doute. "L'anxiété de survie" est une condition nécessaire de changement, dit Edgar Schein...

Nous avons certainement beaucoup plus que cela. Et si nous le cherchions, pour changer ?

Le changement des années 20 : le développement durable ?

Tristan Bernard, parlant des Allemands : "on disait "on les aura", eh bien, on les a eus". Il semblerait que ce soit ce qui se passe avec le développement durable. Après en avoir beaucoup parlé, tout le monde est en train de s'y mettre. Et cela signifie de très grandes manoeuvres :
  • Les Etats mettent en place des systèmes d'incitation, massive, mais aussi encouragent la formation de sortes "d'écosystèmes" d'entreprises et de chercheurs, de façon à accélérer, brutalement, l'innovation et la mise en oeuvre de procédés radicalement plus vertueux. 
  • Les banques contrôlent ce qu'elles financent. 
  • On veille, au moins le dit-on, à ce qu'il n'y ait pas de perdants, c'est à dire à accompagner ceux qui vont devoir s'adapter. 
  • La tendance n'est pas tant au neuf, à la technologie révolutionnaire (ce n'est pas encore le temps du biomimétisme, en particulier), qu'à l'amélioration accélérée de l'existant : il n'est pas dit que la voiture à essence ne puisse pas émettre moins de CO2, sur la durée de sa vie, que la voiture électrique, par exemple. 
Mais cela ne se présente pas comme un "halte à la croissance", ou comme la victoire du hippie vivant d'herbe et d'amour. Ce sont les ingénieurs et les chimistes qui s'annoncent comme les grands gagnants du prochain changement. Et, quasiment par définition, il se pourrait bien que ce soient des spécialistes d'industries qui nous semblent aujourd'hui les moins nobles, comme la métallurgie ou le recyclage, et que l'on a laissées, en conséquence, polluer. Ce qui va aussi dire que cela va être très bon pour l'emploi. Et qu'il faudra concevoir des filières de formation permanente, se mettant continûment à jour de l'évolution des besoins pratiques et des découvertes.

Après des décennies de raison pure, entrerions dans les temps de la raison pratique ?

Années 20 : réinventons la démocratie ?

Impliquer le peuple dans les décisions de l'exécutif, voici ce dont on parle de plus en plus, à la fois en France, et en Europe, et certainement ailleurs.

Cela résulterait-il de la vague de "dégagisme" qui a saisi l'Occident ? On soupçonne qu'elle résulte d'une dérive de la démocratie. L'exécutif a pris le pouvoir, sans contrôle démocratique. Le monde a été dirigé par des personnes qui n'avaient aucune leçon à recevoir, et, en conséquence, aucun compte à rendre. Toute proportion gardée, c'est la définition de la tyrannie.

Comment faire marcher cette nouvelle démocratie ? Je crois, surtout, que ce que le peuple attend, ce n'est pas un changement politique, mais l'amélioration de sa situation. Au fond, la première requête est d'être écouté, ce qui ne demande pas de réforme tonitruante. Mais il ne suffit pas de l'écouter, il faut trouver des solutions qui changent effectivement sa situation. Elles doivent répondre à ses aspirations, mais aussi au potentiel de la situation ("potentiel" au sens d'Aristote). Cela demande du talent de gouverner. C'est ce que les sciences du management appellent le talent de "leader".

(Illustration de ce nouvel esprit :
“Our main objective is to create the conference as an interactive, open and inclusive reflection that reaches out to all citizens,” European Commissioner Dubravka Suiča told Brussels Playbook when asked how the European Commission plans to turn the preliminary road map for the Conference on the Future of Europe, approved by the European Parliament, into a concrete plan of action. “We need to use all possible means, including for example digital tools, to give citizens from all walks of life an equal opportunity to discuss their hopes, expectation and concerns,” she added. The conference aims to bring the bloc closer to its citizens, and “find concrete proposals to improve the way in which the EU works,” according to the European Parliament think tank. (Politico))

Années 20, années folles ?

68 a eu une conséquence inattendue. La société était bien plus libre sous le terrible Général qu'ensuite. Plus cela va et plus le monde est triste. Tout propos peut être retenu contre vous. Le mot d'ordre officiel est "name and shame". On nous invite à "balancer".

Voilà qui aurait fait trembler mon père. Il avait connu la guerre. "Délation" était un mot qui le mettait hors de lui. Sa famille avait eu à en souffrir. Une souffrance qui n'est pas concevable, et qui ne s'exprime pas.

Et grâce au "numérique", le grand progrès de notre temps, nous vivons dans le Panopticon de Jeremy Bentham. Tous coupables.

Le monde est devenu chiant. Et si l'on changeait les choses ?