dimanche 1 août 2021

Le vaccin : dangereuse illusion ?

Qu'est-ce que l'expérience du monde a à nous apprendre de la lutte contre le virus ? (Article.)

Cela n'a pas filtré dans la presse (pourquoi ?), mais les scientifiques ne s'attendaient pas à ce que le vaccin arrête l'épidémie. Il ne pouvait que réduire le nombre de cas graves. Le vaccin cherche à protéger l'individu, il n'arrête pas la propagation. A Singapour, qui est en première ligne, trois quarts des personnes infectées sont vaccinées. La force du variant delta, résultat de la sélection naturelle ?, est qu'il se diffuse beaucoup plus rapidement que les versions précédentes. Curieusement, il semble s'être adapté au vaccin...

En effet, la mesure la plus efficace pour éviter que l'épidémie se répande demeure la "distanciation sociale". Or, les vaccinés se croyant protégés, vivent comme avant. (La meilleure raison de se faire vacciner : se protéger du comportement irresponsable des vaccinés ?)

Voilà qui ne va pas simplifier la communication de notre gouvernement.

Comment créer un cluster ?

Les billets précédents disent que le cluster fait des miracles. Peut-on créer des clusters ? 

La France possède des clusters, que je suis en train d'étudier. Leur succès vient, selon moi, de deux caractéristiques :

  • Une volonté. Un cluster est une histoire de dynamique de groupe. Cela démarre d'un noyau d'entreprises, parfois d'un seul entrepreneur. Puis, succès après succès, par bouche à oreille, d'autres entreprises s'agrègent. Phénomène un peu mystérieux, qui demande du temps, et ne peut se brusquer. 
  • Une animation. Les clusters français ont tous un dispositif d'animation qui présente les caractéristiques d'un "leader du changement", au sens des travaux sur le sujet d'universitaires comme Philip Kotter. Plus exactement de ce que Isaac Getz appelle "leader jardinier". Pour progresser le cluster a besoin que son mouvement soit organisé, coordonné. Mais cela ne peut se faire que par un travail de groupe. Il faut donc "quelque chose" qui fasse émerger le besoin collectif, puis qui organise la recherche de la méthode pour y répondre, et, finalement, fasse émerger le processus de mise en oeuvre de cette méthode. Cela demande un talent, qui n'est pas donné à tout le monde. 
Alors, peut-on créer des clusters ? On peut créer des conditions favorables, mais pas forcer le succès. 

L'exemple type est celui de la "Shop expert valley". La chambre de commerce locale a détecté un ensemble d'entreprises, qui ne se connaissaient pas, mais qui partageaient un même métier, unique en France : l'équipement des commerces. (Après coup, on a découvert qu'elles descendaient toutes de la même entreprise, pionnière de l'activité dans les années 60). Elle a mené une enquête pour connaître ces entreprises et leur demander leur intérêt pour un cluster, sachant qu'elle voulait qu'il soit aussi rapidement que possible autonome. Il a fallu quelques années, mais, petit à petit, les entreprises ont trouvé des sujets de coopération. 

Il est probable que cette coopération soit une bonne idée : les commerces mondiaux ont été secoués, mais pas tués, par le commerce électronique. Les boutiques doivent s'adapter, et se transformer. Il y a ici des enjeux numériques et environnementaux. Comment, seule, une TPE, qui ne fait que la production, pourrait-elle tirer parti d'une telle transformation ?

samedi 31 juillet 2021

Vikings et Charlots : match retour

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Oeuvre de Nicholas Roerich, en provenance de wikipedia Link

Dans un précédent article, je comparais Suédois et Français, ce qui était pas à notre avantage. Et pourtant...

J'ai étudié à l'INSEAD. Le principe pédagogique de l'INSEAD, c'est l'équipe. Mais les égos des élèves de l'INSEAD sont tels que l'équipe ne dure pas longtemps. Je me retrouve donc, un jour, seul avec un Suédois pour préparer un "cas" de marketing. 

Juste avant, je m'étais occupé de la stratégie de Dassault Systèmes. En y arrivant, j'avais découvert qu'elle n'avait aucune méthode pour analyser un marché et concevoir une stratégie produit. J'avais donc, moi l'ingénieur, étudié des livres de marketing et créé ce qui est toujours ma méthode d'écriture de business plan, et le cours de marketing que j'ai donné pendant des années, et qu'on m'a même proposé de publier. Avant d'arriver à l'INSEAD, j'avais appliqué cette méthode à toute l'offre produit FAO (dont j'étais responsable) de Dassault Systèmes. (Ce travail a eu pour conséquence de faire prendre conscience à la direction actuelle que nous étions sortis du marché... D'où un changement qui s'est déroulé pendant mon séjour à l'INSEAD.) 

J'avais donc une méthode éprouvée (et, depuis, validée par les ans !). Et j'ai été extrêmement surpris de faire l'objet de critiques destructrices de mon Suédois, par ailleurs employé de McKinsey, en ces temps l'élite du conseil en stratégie. N'arrivant pas à progresser, en dépit de mon habitude des milieux hostiles, je lui ai suggéré de faire le devoir seul. A ma grande surprise, devant tant de franchise, il m'a dit en être incapable ! 

On ne le sait pas assez, mais le Français est bien souvent comme moi, il peut faire beaucoup de choses seul. Ainsi, ai-je rencontré récemment un dirigeant qui s'est implanté en Chine après une exploration du pays façon routard. Pourquoi ne sommes-nous pas respectés, alors ? Y compris et avant tout par les autres Français, et par le premier d'entre eux ? Parce que nous sommes extrêmement intransigeants, et qu'il est difficile de vivre avec nous, peut-être. 

Qu'est-ce qu'un cluster ?

Business cluster, de quoi s'agit-il ? (suite.) Le « business cluster » est un réseau complexe, un écosystème complet, d’organisations publiques et privées qui ont atteint une masse critique produisant une réaction en chaîne d’améliorations, d’innovations, de start up… Ces business clusters sont de tous types et de toutes natures : d’Hollywood à la Silicon Valley, en passant par les producteurs italiens de carreaux de céramique. 

Michael Porter parle de « productivité ». Le cluster est radicalement plus efficient que le marché, ou la grande entreprise verticalement intégrée. Cela est est dû à quatre forces qui se renforcent et se stimulent mutuellement : 

  • Les facteurs de production. En particulier des universités et un personnel de très haut niveau. 
  • La qualité de la demande. Le cluster, dans son domaine, contient, la partie « pionnière » du marché.
  • Le support. Un cluster est un écosystème d’un grand nombre de métiers complémentaires, dont les composants ont la particularité d’être, dans leur domaine, de très haut niveau, voire du meilleur niveau mondial, et de collaborer intimement les uns avec les autres, mais de manière informelle, non organisée, « anarchique » au sens premier du terme. 
  • Le mode de management des entreprises et de concurrence entre elles. Le moteur du dispositif est probablement ce que l’on appellerait aujourd’hui « coopétition ». Une forme de concurrence qui pousse à vouloir dépasser l’autre, tout en le faisant profiter de ses avancées. La métaphore la plus adaptée pourrait être celle de la course au prix Nobel entre chercheurs : à la fois ils veulent être les premiers à faire une découverte, et ils partagent leurs résultats au fur et à mesure qu’ils les obtiennent. Cela est peut-être aussi le talon d’Achille du cluster : dès, par exemple, que ses entreprises se consolident, la stimulation concurrentielle s’étiole, et le cluster se délite. 
Et tout ceci a la particularité d’être ramassé en relativement peu de place, de façon à ce que ses membres soient exposés les uns aux autres le plus possible.


vendredi 30 juillet 2021

Transparent président

Je ne peux pas vous demander d’avoir confiance en moi après qu’on vous ait menti si longtemps en ne partageant pas les informations, c’est vrai, et donc je pense que la confiance, ça se construit en disant tout, en partageant la totalité, en étant beaucoup plus transparent” (déclaration de M.Macron rapportée par Politico.fr mercredi). 

M.Macron aurait-il été touché par la grâce ? 

Le cluster ou la relance ?

Les observations de Michael Porter lui font dire que, seule, l’entreprise tend au statu quo ! Elle n’innove ni ne se développe. 

Pour croitre, elle a besoin d’un stimulant extérieur, qui lui est fourni par sa « home base », son territoire d’origine. Pour Michael Porter, ce stimulant, cet « avantage concurrentiel des nations », c’est le business cluster. Ce sont des conditions très spécifiques, qui vont donner au tissu « socio économique » local la faculté, en quelque sorte, de tirer parti avec une très grande rapidité et efficacité, des courants porteurs.  

Or, il y a un quasi consensus concernant le fait que la culture française stoppe très tôt la croissance de l’entreprise. Une étude est allée jusqu’à parler du « syndrome de Peter Pan » : l’entrepreneur français veut rester petit. 

Et si l'on avait là une idée pour le développement économique du pays ? (à suivre)

jeudi 29 juillet 2021

Humilité et complexité

Dans Humble Inquiry, Edgar Schein dit la chose suivante :

Nous vivons dans un monde complexe. Cela signifie que nous sommes tous dépendants les uns des autres. Personne ne doit se censurer, sous peine de faire perdre au groupe une information essentielle. Reconnaître cette dépendance conduit à l'humilité. Et le langage de l'humilité, c'est le questionnement. 

Où en sommes-nous aujourd'hui ? Probablement dans le monde de la simplicité. En tout cas, si l'on en croit Edgar Schein, dans un monde où l'on affirme, sans écouter. Et cela tient à la notion de "statut", qui est caractéristique de notre organisation sociale simpliste. La personne qui a un statut élevé n'est dépendante de personne. Elle dit la loi. C'est le principe de l'armée. Mais pas du commando.

Devons-nous nous préparer au changement ? 

L'intellectuel est-il un homme ?

Boris Cyrulnik raconte que ses camarades n'ont pas compris qu'il veuille faire des études. L'intellectuel était un efféminé. L'homme digne de ce nom travaillait de ses mains et apportait son salaire à sa famille. 

Une étude de la classe moyenne américaine dit qu'elle partage ce point de vue. Il n'est pas impossible que Camus ait aussi été de cet avis. Lorsqu'il constate qu'il ne trouve pas d'emploi qui lui convienne, il envisage de passer l'agrégation. Mais, étant tuberculeux, il ne peut obtenir de bourse d'étude. C'est un peu aussi l'histoire de mon père, pour qui l'agrégation fournissait un emploi par défaut. (Il ne m'a jamais donné de conseil, sinon de ne pas être enseignant !) Sa réussite, c'était sa vie de famille. 

Après l'ère du tout intellectuel va-t-on en revenir à la société d'après guerre ? Une autre forme de relocalisation ?

mercredi 28 juillet 2021

Space cowboys

Que cache le tourisme spatial ? se demandait France Culture, samedi dernier. 

Peut-être le Far West, si j'en crois un invité. D'abord des myriades de satellites qui font de la 5G sans 5G, et ensuite l'univers ! 

Voilà qui semble conforme à la culture américaine. Bien sûr, rien de très compatible avec la "transition climatique". Mais, le pionnier de l'Ouest, dit-on, faisait brûler sa maison pour  en retirer les clous, quand il déménageait. Les planètes, il y en a partout dans l'espace...

Et si le Far West avait été le nom du "monde d'avant", des décennies que nous avons vécues et qui ont fait gagner des dizaines de milliards spéculatifs aux conquérants de l'espace ? Et s'ils essayaient, dans un dernier effort, de combattre la fermeture du monde ? 

L'intellectuel et le cauchemar

"Orwell est pourtant peut-être l’un de ceux qui ont le mieux analysé les cauchemars totalitaires du 20e siècle, dont nous venons tous. Il s’est en particulier concentré sur l’usage politique du langage et donc sur le rôle particulier des intellectuels, dans la fabrication des cauchemars. " Big brother, cet inconnu, de France Culture.

En un temps où l'intellectuel est aux commandes du monde, ne devrait-on pas se demander s'il ne nous fabrique pas quelque cauchemar ? 

mardi 27 juillet 2021

Le vaccin ou la guerre civile ?

Relisons Michel Winock ? (La fièvre hexagonale.) L'affaire du vaccin ne ressemblerait-elle pas à une des guerres civiles dont nous avons le secret ?

Quels en sont les ingrédients ? On s'insulte au nom de grands principes. D'un côté, on affirme qu'il n'y a que les imbéciles qui ne comprennent pas l'efficacité absolue du vaccin, et de la science en général. De l'autre, on parle d'étoile jaune. Comme les deux ont tort, et qu'ils ont en face d'eux des gens très intelligents qui peuvent le leur démontrer, cela peut durer longtemps. 

Et c'est pour cela que, jadis, tout se terminait dans le sang, et quasiment le génocide, si l'on pense aux Huguenots. Il y a, peut-être, tout de même, un progrès. 

Ce que nous ne parvenons pas à comprendre, c'est que le monde est complexe. Il n'y a pas d'absolu. Le vaccin est un pari façon Pascal, et il est dans la responsabilité du gouvernement d'imposer ce qu'il pense bon pour la collectivité (quitte, ensuite, à passer en jugement). Surtout, le grand problème est que nous sommes incapables de profiter de l'intelligence collective. Du coup, le sort de tout un peuple se retrouve entre les mains d'une personne qui a déjà bien assez à faire sans cela. 

Changer sans changer

Temps de bilan. Eniantrodromie. Nos gouvernants, certains d'être les forces du bien, dictent leur loi au peuple. C'est le cas de l'UE. Et l'appareil politique de la France a été restructuré pour une "globalisation", contraire à ses valeurs, et maintenant en panne. D'où super régions, intercommunalités géantes et autres machins dysfonctionnels, qui provoquent une abstention massive. Quant à ses "champions nationaux", qui devaient tirer le tissu industriel, emmenés par leurs hauts fonctionnaires parachutés de l'Etat, ils ont fait cavalier seul, et sont maintenant plus étrangers à nos intérêts que les étrangers. D'où déficit béant de notre commerce extérieur. Quand à l'UE n'est-elle pas transformée en passoire par les intérêts commerciaux de l'Allemagne, alors que le reste du monde est férocement protectionniste ?

Guillotine ? Il n'y a rien de plus dangereux que le changement. Après 50 ans de réformes, nous sommes payés pour le savoir. Et si l'on se réappropriait, par le bas, tous ces dispositifs ? Et si les sous-traitants français recolonisaient nos "champions" (après tout leurs hauts fonctionnaires - PDG sont encore sensibles à notre pouvoir de nuisance) ? Et si la démocratie reprenait la main sur les structures politiques ? Et si l'on convainquait l'Allemagne qu'un aussi puissant pays a d'autres options que de faire allégeance à la Chine ?...

lundi 26 juillet 2021

Enseigner la complexité : ce qu'il ne faut pas faire

Pour inspirer Edgar Morin, je pourrais me donner en contre-exemple. 

Il y a quelques années, je cherchais à leur faire comprendre la complexité du monde en demandant à mes élèves de noter ce qui les frappait comme "paradoxal". Par exemple, pourquoi, à chaque fois que je lui serre la main, telle personne va se laver les mains ? On découvrait ainsi qu'il y a quelque-chose au delà de nos interprétations immédiates. 

Or, cet exercice semblait terroriser les élèves. A tel point qu'une année, une promotion s'est mise à faire un pastiche (très réussi) de ce blog, en pensant que ce devait être ce que j'attendais d'elle. Paradoxe !

Cette même année, j'ai proposé à la promotion un autre petit exercice : me dire ce qu'elle aimerait changer dans l'option, et me faire des propositions pour cela. L'année précédente, j'avais fait ce même exercice, en fin d'année, et j'avais constaté qu'il était facile de remédier aux "frustrations" des élèves avec un peu de bonne volonté et les moyens dont nous disposions. Mais, cette fois, la promotion s'est engagée dans une sorte de grande enquête qui a mis l'université sens dessus dessous. 

Après coup, j'ai compris qu'elle pensait que j'attendais certainement cela d'elle. 

Le plus surprenant, dans cette affaire, ce sont les résultats d'un troisième exercice. Je demandais aux élèves de faire une étude "anthropologique" de l'entreprise dans lesquels ils réalisaient un stage. Cette fois : miracle. Sans avoir rien compris aux questions que je leur posais, ils y ont répondu brillamment. Tout n'était que paradoxe. Ils s'étaient mis à considérer le monde avec étonnement. 

Qu'en ai-je tiré ? Que les jeunes générations sont shootées à la note. Tout leur talent consiste à chercher à comprendre ce que désire le professeur, pour le lui dire, et avoir une bonne note. N'étant pas un universitaire, je ne partageais pas la culture de mes collègues. D'où le désarroi de mes élèves. En revanche, une fois qu'ils sont arrivés dans le monde réel, de l'entreprise, leur bon sens s'est remis en marche. 

En bref, pour "apprendre" la complexité, tout est une question de conditions ?

La métamorphose du dirigeant

En France, la critique est toxique. Particulièrement lorsqu'elle s'adresse au dirigeant de PME. Notamment, il n'en faudrait pas beaucoup pour penser que la loi PACTE le prend pour un arriéré, incapable de développer son entreprise comme le fait l'Allemand. Le dernier espoir qu'a notre gouvernement, pourrait-on parfois même penser, c'est que cette arriération provienne de lois qui ligotent l'initiative de l'entrepreneur. C'est pour cela qu'il en ajoute de nouvelles... 

Il n'est pas impossible, pourtant, que le chef d'entreprise soit moins idiot qu'on ne le dit. Sa tactique serait "pour vivre heureux vivons caché". Et cela s'explique très bien. En France, il n'y a que des coups à prendre à faire connaître son succès, ou à avoir trop d'ambition. Seulement, quand on reste chez soi, sans être informé de ce qui se passe au dehors, on est le jouet des événements. Et si le dirigeant devenait un "explorateur" ? Ne serait-ce pas plus agréable et moins risqué ? 

De "vivons cachés" à "explorateur" = nudge ? 

(Témoignage d'un dirigeant transformé.)

dimanche 25 juillet 2021

Enseigner la complexité

A l'occasion de son centième anniversaire, j'entendais Edgar Morin regretter que ses idées n'aient pas influencé l'Education nationale. Puis, quelques temps après, le ministre de l'éducation annonçait qu'il constituait un Think Tank dans lequel se trouvait Edgar Morin. 

Si j'étais la mauvaise fée de l'histoire, je dirais qu'Edgar Morin n'a pas la fibre pédagogique. Mes amis, pourtant des intellos verts, s'étonnent que je parvienne à lire ses oeuvres. Effectivement, on s'y perd. Même ses synthèses sont des tissus de banalités et phénomènes savants pour conversations de salon, qui ne semblent mener nulle part. Ce qui manque, c'est une ligne directrice. 

En fait, je pense qu'elle y est : c'est ce qu'il nomme "l'éros". Au départ de tout changement, il y a ce qu'Albert Hirschman appelle "a bias for hope". Quelque-chose qui vous donne "envie d'y croire". 

Ce qui compte, c'est le point de départ, donc. C'est découvrir que le monde est complexe. Ce que cela signifie. Et cela provoque une sorte d'émerveillement, mêlé de crainte. Ensuite, la théorie vient naturellement. 

Vikings et Charlots

Qui ne rêverait pas de vivre, et surtout de travailler, en Suède ? (Témoignage.) Dans ce pays le dirigeant n'est pas un petit chef, mais un homme de consensus, les syndicats cherchent l'intérêt général, les employés viennent au travail pour travailler, et non pour quelque nécessité de développement personnel, les entreprises se serrent les coudes, quand elles sont à l'étranger... Intelligence collective ?

Mais alors, pourquoi la performance économique de la Suède n'écrase-t-elle pas celle de la France ? Peut-être parce que les gens heureux n'ont pas d'histoire. Le Suédois consacre le juste nécessaire au travail. Le Français lui, gaspille beaucoup, mais dépense tellement d'énergie, qu'il avance tout de même. 

Une hypothèse. 

samedi 24 juillet 2021

Pierre Messmer

Qui était Pierre Messmer ? Souvenir lointain de lui en premier ministre. J'avais pensé en ces temps qu'il était une gloire du gaullisme de second ordre que l'on avait sorti d'un placard. Tous ces héros de la résistance n'étaient plus de leur temps. 

En fait, il n'en était rien. C'est du moins ce qui semble ressortir d'un entretien avec France Culture. Apparemment quelqu'un de droit et de posé. Avec un sacré courage : il a mené une charge à la baïonnette à El Alamein, et il a perdu, comme il se devait, la moitié de ses hommes, mais il a dit à son supérieur tout le mal qu'il pensait de sa tactique, ce qui n'est pas l'usage dans l'armée, et il s'est évadé d'un camp vietnamien, ce que bien peu de gens ont réussi. Pour le reste il a été neuf ans ministre de la défense, et ce au moment de la guerre d'Algérie. Puis, comme Jacques Delors plus tard, alors qu'il avait dirigé le pays pendant la maladie de G.Pompidou, il a pensé qu'il n'avait pas les compétences pour être président de la République. 

Apparemment, il n'était pas convaincu par l'utilité de la réforme du septennat et par l'euro. Dans ce dernier cas, il voyait qu'il y avait incompatibilité entre une monnaie unique et une politique sociale française généreuse. Ce en quoi il avait probablement raison. 

Je et Tu de Martin Buber


Peut-être un traité de la relation à l'autre ? me suis-je demandé en écoutant Ayyam Soureau parler de Martin Buber. 

Je et Tu est un petit livre, qui, comme souvent en philosophie, affirme sans expliquer ce qui justifie ses affirmations. Comme les ouvrages d'Emmanuel Levinas, dont l'inspiration est proche, il a une forme quasiment poétique. Mais il est plus simple et plus aisé à comprendre que l'oeuvre de Levinas. 

Martin Buber est, effectivement, le philosophe de la relation. L'homme n'est, ne se forme, que par la relation qu'il a avec l'autre, et le monde. Mais cette relation le "Je Tu" n'est qu'épisodique, inattendue, miraculeuse. Puis, tout bascule dans le "Je Cela", la routine mécanique. Cela ressemble à Bergson parlant du temps. Le Je Tu est un moment anti-Kantien, d'ailleurs : l'espace d'un instant les deux composants de la relation pénètrent la nature l'un de l'autre, donc, la nature éternelle du monde. C'est ainsi que l'on trouve Dieu. Le sens de la vie, ce sont ces moments miraculeux. 

Comme dans La condition de l'homme moderne, d'Hannah Arendt, il y a des périodes, aujourd'hui en particulier, où le Cela s'étend sur tout. L'homme ne vit plus. Tout est réglé et mécanique. 

Commentaire

Qu'en dit ma pensée qui n'est que pratique ? Qu'il y a effectivement des moments où "il se passe quelque-chose". Et, surtout, des moments où j'ai l'impression d'être passé à côté de quelque-chose. Ce qui est généralement le cas. Pourquoi ? Faute de n'avoir pas été attentif. Mais surtout parce que j'ai été incapable de remettre en cause une sorte d'idée reçue, une pensée mécanique, de changer, quasi instantanément. Le Pygmée est dans le "Je Tu" avec la forêt vierge, de même que l'alpiniste et sa paroi, ou le navigateur solitaire et la mer ? En revanche, la science et, en particulier la physique, est dans le "Je Ça". Elle "artificialise" le monde.

C'est une question de "présence au monde" dirait un philosophe, ou comme je l'écris pour le changement "d'in quiétude" (en deux mots). Mais ce n'est pas que cela. 

Tabarly donne peut-être un bon exemple de ce que signifie être dans le "Je Tu". Un ouragan jette son bateau sur une côte. Il fait hisser toutes les voiles. Le bateau se met à l'horizontale. La quille ne touche plus le fond. Ce qui lui permet de repartir vers la mer. Il a subi des dégâts, mais il peut rejoindre son port. Pour moi, le "Je Tu", c'est, l'espace d'un instant, comprendre que tout ce que l'on croit depuis toujours est faux, et, surtout, trouver, et c'est là le miracle, ce qui est juste. Etre dans le "Je Tu", c'est parvenir à débrancher la raison, et à s'extraire du lavage de cerveau auquel nous soumet la société depuis nos origines. 

Et c'est peut-être pour cela que Martin Buber dit que ce sont ces moments qui nous forment. Car, à chaque fois, nous apprenons quelque-chose de fondamental. Nous nous débarrassons d'un bagage qui était, en réalité, un handicap. 

L'originalité de son oeuvre est de répéter que la relation est symétrique. Quand je suis dans le "Je Tu" avec l'ouragan, je lui apporte autant qu'il m'apporte. De même Dieu a besoin des hommes. Il n'y a pas de Dieu pour les légumes. 

L'histoire est peut-être une oscillation, une sorte de Yin et de Yang, entre des forces sociales qui tentent de nous transformer en choses, et une sorte d'élan vital qui veut nous empêcher de devenir des légumes. Il est d'ailleurs probable que, de toute manière, une victoire trop complète de la société conduit à des catastrophes, ce que l'on a appelé un temps "colère divine", et au réveil, en sursaut, du Je Tu. 

Quant à nous, pauvres individus, peut être qu'à force d'essayer, on parvient au Je Tu ?

Vaccin et responsabilité

Que sait-on du vaccin contre le coronavirus ? Qu'il n'est pas totalement efficace, mais qu'il peut freiner la propagation de la maladie, probablement surtout si l'on maintient une forme de "distanciation sociale". 

En outre, on ne peut pas être sûr qu'il soit sans risques. Comme le dit le dirigeant de Moderna : il faudra attendre dix ans pour en connaître les risques à dix ans. Ce qui n'a rien de surprenant. Le Mediator, par exemple, semblait initialement un progrès. Idem pour l'amiante, ou même le tabac. Il arrive régulièrement, depuis des siècles, que l'on découvre des effets secondaires d'une innovation qui avait des effets premiers bénéfiques. 

Autrement dit, ce que le gouvernement demande à la population, c'est de faire un choix difficile. C'est une prise de risques personnelle, dans l'intérêt général. Dans ces conditions, accuser ceux qui doutent d'arriération n'est ni juste, ni efficace. C'est ne pas douter qui est anormal, voire "diabolique".

Et si, comme on le dit aujourd'hui, le gouvernement "changeait son logiciel" ? Et s'il comprenait que les "gens bien" ne sont pas où il le croit ? Cela rendrait-il sa communication, soudainement, efficace ? Nudge ?

vendredi 23 juillet 2021

De l'efficacité de la pédagogie

Ces gens qui manifestent contre la vaccination obligatoire... Il faudrait leur faire de la "pédagogie". Leur montrer la fausseté de leurs croyances. Voilà ce que disait l'autre jour un invité de France Culture. 

Pédagogie. Fléau de notre temps ? Que quelqu'un vous explique que ce que vous croyez est faux, est-ce que cela vous donne envie de le croire, lui ? D'ailleurs, de quel droit vous donne-t-il des leçons ? N'est-ce pas un sophiste, qui utilise son art de la parole pour vous embobiner ? Le monde est dirigé par ce type de personne depuis des décennies, et on a bien vu où ça nous a menés... 

Bien sûr, on ne va pas faire de la "pédagogie" au pédagogue. Ça ne marcherait pas mieux qu'avec vous et moi. Et si on tentait autre-choses : au lieu de parler, écouter ? Ecouter dire ce que chacun sait et a sur le coeur. Et chercher si tout cela ne serait pas que différentes facettes d'une même réalité. La démocratie, pas la pédagogie ?

L'entrepreneur et l'Education nationale

Que faire des "décrocheurs" ? La réponse de l'entrepreneur : a-t-il un "projet" ? Si c'est le cas, il m'intéresse. (100 chances, 100 emplois.)

Et si, pour l'entreprise, la motivation était plus importante que le diplôme ? (Et si le diplôme faisait perdre la motivation ?) Une idée que l'Education nationale devrait méditer ? 

Le complot a la vie dure

Origine du virus : le laboratoire chinois est devenu l'hypothèse la plus probable. (Le Monde.)

Hypothèse d'autant plus vraisemblable que la Chine refuse toute enquête sur son territoire. 

La question que cela pose est : pourquoi notre establishment a-t-il voulu fermer la bouche de ceux qui émettaient cette hypothèse, au nom du complotisme ? Se poser cette question ne l'amènerait-il pas à adopter un communication qui a un peu plus d'efficacité lorsqu'il parle de vaccin ? 

jeudi 22 juillet 2021

Drôle de vaccin ?

Le vaccin est-il efficace contre le coronavirus ? Une étude dit que c'est mieux que rien. Le vaccin n'empêche pas totalement d'être contaminé ou d'être contaminant, loin de là. Mais, si une grande part de la population est vaccinée, cela devrait significativement ralentir la diffusion de la maladie. 

Voilà qui est nouveau, et qui explique peut-être bien des réticences. On pensait que les vaccins étaient totalement efficaces. On en découvre un qui ne l'est pas. Et il va falloir faire avec les variants, qui lui demanderont probablement de s'adapter (s'il y parvient ?)... Quelques observations :

  • Le "bug" de la communication du gouvernement, et de la presse, vient peut-être de là : elle est extraordinairement agressive, accusant les récalcitrants d'arriération, alors que le vaccin n'est qu'un pis aller, quasiment un aveu d'impuissance. Dans ces conditions, l'humilité ne serait-elle pas le principe de communication le plus efficace ?
  • Notre science est peut-être en train d'arriver à ses limites. L'économie parlerait probablement de "rendements décroissants". Il va certainement falloir envisager d'autres champs de recherche que ceux que nous labourons depuis quelques siècles.

La culpabilité de l'histoire

Ma grand mère me disait qu'en l'an 2000 on mangerait des pilules. Tout le monde pensait comme elle, dans les années 60. Ce qui paraissait malsain, c'était ce qui était naturel. Paul Newman fait bombarder, par un le héros d'un de ses films, une petite fille à l'esprit pur, de rayons gamma des marguerites. Voilà comment l'on fait des découvertes bonnes pour l'humanité. D'ailleurs, il n'y a pas si longtemps, je lisais un article américain qui s'inquiétait de ce que, chez les pauvres, les enfants allaient jouer dans la nature lorsqu'ils rentraient de l'école. Pas étonnant qu'ils ne fassent pas d'études. 

Nos idées sont collectives. Le plus surprenant, en conséquence, est l'effort actuel pour réécrire le passé. 

Tout cela est peut-être la manifestation d'une pathologie sociale. Pour une raison à déterminer, il existe actuellement une obsession d'être le bien absolu. Un bien qui serait éternel. Universalisme et anti relativisme. Paradis sans confession. Pour cela ce bien est défini de manière plus ou moins arbitraire. Et tout ce qui diffère de cet absolu est condamné. 

mercredi 21 juillet 2021

Le procès d'Hannah Arendt

Parler du procès Eichmann, c'est faire le procès d'Hannah Arendt. (Eichmann à Jerusalem, son livre.) C'était à nouveau le cas dans un débat de France Culture. Observations :

  • J'ai lu ce livre, et je n'entends pas chez les autorités intellectuelles qui en parlent ce que j'ai vu. C'est une source d'inquiétude : peut-on croire ces autorités, lorsqu'elles parlent de sujets que je ne connais pas ? En particulier, le portrait d'Eichmann par Hannah Arendt est extrêmement détaillé, et donne, effectivement, à penser que c'est un "pauvre type". D'ailleurs n'avons nous pas tous rencontré des "pauvres types" qui déplacent des montagnes ? Or, ce ne n'est pas ce que dit l'expert, pour lui seul un génie peut-être un as de la logistique ferroviaire.
  • Hannah Arendt adopte un raisonnement systémique, à la fois pour Eichmann, et pour la collaboration. En particulier, sa thèse est la "banalité du mal". La société a continué à appliquer ses procédures de paix, et celles-ci ont été utilisées pour faire le mal (les trains ont continué à rouler, par exemple). Ce qui est aussi la thèse de La Boétie. Or, on ne peut pas attaquer une telle thèse simplement en disant qu'Hannah Arendt n'a pas bien fait son travail d'enquêtrice, comme le font les experts.
  • Ce que l'on reproche, en fait, surtout à Hannah Arendt, c'est d'avoir dit que les Juifs s'étaient déportés eux-mêmes. J'ai cru comprendre que les participants au débat estimaient que la "banalité du mal", au fond, s'appliquait bien au fonctionnaire français, mais en parler au sujet des Juifs était une preuve d'insensibilité. Ce qui est juste, mais comment rechercher la vérité sachant qu'elle ne peut que faire souffrir beaucoup de gens ?
  • Le plus curieux a été souligné par Régis Debray, en conclusion. Comment se fait-il que l'on parle toujours d'un livre qui est si vivement attaqué ? On peut se le demander pour beaucoup d'autres ouvrages portés à la célébrité par des éditeurs qui ne partageaient pas leurs vues. Peut-être ces derniers sont-ils sensibles à certaines de leurs qualités littéraires ? 

Les petites jambes du virus

Il y a quelques temps, un élu local demandait à un scientifique pourquoi le virus avait épargné les campagnes lors de sa première vague, mais pas à la seconde. 

Réponse : le virus ne s'arrête pas aux frontières, il est porté par les humains. Ainsi les premiers pays touchés ont été ceux qui avaient le plus de contacts avec Wuhan : Singapour, et l'Italie, pour l'Europe. Lorsque le premier confinement a été levé, les régions qui avaient été contaminées sont entrées en contact avec celles qui ne l'avaient pas été. 

Ce qui me semble aller dans le sens d'une hypothèse faite à l'époque de l'émergence du variant indien : les riches Indiens, ne pouvant se faire soigner en Inde, sont venus en Angleterre (traditionnelle terre d'accueil des grandes fortunes), et, de là le virus s'est déplacé un peu partout en Europe. 

Tout cela laisse penser que la meilleure protection contre le virus n'est peut être pas le vaccin seul, qui semble avoir beaucoup de mal à jouer au chat et à la souris, mais de se déplacer "intelligemment". 

mardi 20 juillet 2021

Le sens de la manifestation

 La CPME envoie la pétition suivante :

Pass sanitaire : non, les chefs d'entreprise n'ont pas à être menacés de 45 000 euros d'amende et d'un an d'emprisonnement !

 

La CPME lance une pétition pour s’opposer à cette pénalisation abusive et à ces sanctions totalement disproportionnées.

 

 

La vaccination est la solution pour éviter un nouveau reconfinement qui serait désastreux pour nos entreprises. Dans ce contexte, si la mise en place du pass sanitaire peut s’entendre, en faire peser, dans les secteurs concernés, le contrôle et la responsabilité sur « les exploitants d’un lieu ou établissement, le responsable d’un évènement ou exploitant de service de transport » pose problème.

Il n’est en aucun cas acceptable, ainsi que cela figure pourtant dans le projet de loi relatif à l’adaptation de nos outils de gestion de la crise sanitaire de les menacer d’un an d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende.

Un restaurateur, un exploitant de salle de cinéma, par exemple, iront en prison s’ils n’ont pas contrôlé les personnes souhaitant y accéder. C’est clairement excessif.

Signer la pétition 
 

On entend dire que le manifestant est idiot. Il parle d'étoile jaune, c'est ridicule. Mais n'est-ce pas l'expression, maladroite, d'un sentiment qui mériterait d'être écouté : une inquiétude face aux réflexes de nos gouvernants ?

Contre Pride

On entend qu'en Europe de l'Est les partis politiques ont quasiment comme unique programme la condamnation des pratiques sexuelles non traditionnelles. Et si la seule raison de ces politiques était d'être désagréable à l'Occident ? 

Il y a quelques décennies est apparue une nouvelle façon de conduire le changement : la "Pride". L'idée était que, si l'on proclame bien fort une idée, elle finit par s'imposer. 

Or, tout porte à croire que, à la longue, le résultat de cette tactique est exactement le contraire de celui que l'on recherche. 

Voilà qui devrait figurer dans les livres de cours sur le changement ?

lundi 19 juillet 2021

La justice contre le garde des sceaux

La justice s'en prend au garde des sceaux. Petits meurtres entre amis ? Résistance au changement ? La justice fait ce qu'elle reproche au ministre de faire (elle utilise son pouvoir pour défendre ses intérêts) ?... 

Mais, peut-on parler de "justice" ? En France, l'organisation ne représente pas les gens qui la constituent. Il n'est pas possible, par exemple, de parler de "l'éducation nationale" ou des "chambres de commerce". Elles recouvrent toutes une multitude de cas particuliers. Et, parmi ceux-ci, il y a des personnes étonnantes. Et elles sont nombreuses.

C'est pourquoi les seules réformes qui ont une chance d'améliorer ces organisations s'appuient sur ces compétences, et ne cherchent pas à les faire changer par décret...

L'innovation est un jeu d'équipe

L'innovation, sait-on ce que c'est ? Deux exemples peut-être contre intuitifs :

  • Le groupement d'entreprises Atlanpack a amené les PME du packaging à l’export et, plus étonnant, a fait entre Cognac sur le marché, considérable, de spiritueux tels que la Vodka (80 millions de bouteilles par an - ce qui représente, au prix de la bouteille de vodka, le CA de quelques licornes). 
  • Le cluster Equin, organise le tissu économique Auvergne Rhône-Alpes pour qu'il profite d’une nouvelle préoccupation de la société : le bien être du cheval.
Enseignement ? L'innovation est, très probablement plus un mouvement de société que le fait d'un individu isolé, contrairement à ce que l'on dit. Pour en profiter il faut assembler une masse critique de compétences et provoquer une sorte de réaction en chaîne qui fait que tout ce monde de détenteurs de compétences va se mettre à travailler ensemble et à produire "quelque chose de nouveau", et même un flux sans cesse renouvelé d'innovations. 

L'occasion fait le larron ? C'est le désir de la société (le bien être du cheval) qui, d'un seul coup, peut donner un intérêt à une "masse critique" d'entreprises, d'universités ou autres qui s'ignoraient les unes les autres. Et qui, sans cela, n'auraient eu aucun sens, aucun lien entre elles.

Mais, cette masse critique était-elle réellement là par hasard ? Ce n'est pas certain. En général, il semble qu'elle ait une origine et une parenté que l'on a oubliées. (Ce qui est évident pour Atlanpack, groupement d'entreprises de packaging, qui a pour origine les besoins des producteurs de Cognac.)

L'urgence n'est pas climatique

On attendait une vague de faillites d'entreprises incapables de rembourser le PGE. C'est parti pour être pire. Les entreprises ne parviennent plus à s'approvisionner en "intrants" (matières premières, composants électroniques...). Cela tient à ce que la Chine et les USA ont relancé leur économie avant l'Europe. Si bien qu'ils absorbent ces fameux "intrants", y compris ceux qui sont produits par l'UE. Et qu'ils protègent leurs entreprises. La situation des entreprises françaises est extrêmement grave. A court terme, les syndicats professionnels font des pieds et des mains pour éviter que les contrats qui étaient signés avant la crise ne soient dénoncés. (Rapport CPME.)

L'UE, la France en particulier, est gros Jean comme devant. Si son économie est balayée, il n'y aura plus "d'urgence climatique". Il n'y aura plus d'émission de quoi que ce soit. 

dimanche 18 juillet 2021

La fabrique de l'élite

Lorsque l'on regarde les CV de linkedin on observe un phénomène qui pourrait se décrire ainsi : 

Les élèves des grandes écoles de mon temps ont maintenu droit à un traitement de privilégiés. A en croire leurs CV, on leur offre à la sortie de ces formations une sorte de tourisme intellectuel au sein des institutions mondiales, ou françaises, les plus prestigieuses. 

Les "grandes écoles de mon temps" sont devenues des "écoles d'élite". C'est probablement un moyen de les distinguer des nombreuses formations, apparemment de même durée et contenu, qui sont apparues depuis, du fait de la "massification" de l'enseignement supérieur. 

Ce que ce constat a de surprenant, c'est que ceux que nous considérons aujourd'hui comme des génies, ou des personnalités exceptionnelles, n'ont pas eu ce parcours. Les Bergson, Durkheim et autre Curie ou de Gaulle ont dû faire leurs preuves en partant du bas de la pyramide. Et leurs camarades de promotion y sont souvent restés. 

Alors même que toutes les études montrent que notre "élite", du fait de l'affaissement du niveau de l'Education nationale, est moins bien formée qu'elle le fut, elle commence dans la vie en pensant qu'elle est finie ?

Raison et facilité

Pourquoi les universitaires du management du début des années 90 ont-ils eu tort ? Parce qu'ils n'avaient pas prévu l'ouverture de l'Asie et sa main d'oeuvre à bas coût. 

Certes les modèles d'organisation complexe qu'ils défendaient étaient probablement plus efficaces que le type d'entreprise que nous avons eu, mais ils demandaient une forme de talent pour être mis en oeuvre. Plus exactement ce que l'universitaire appelle "conduite du changement". Non seulement il était beaucoup plus facile d'installer des "supply chains" internationales, mais, surtout, il était beaucoup plus facile d'en parler. On remplaçait un salaire français par 0 (un salaire chinois) dans un tableur, et on annonçait une grosse économie, dont on accordait une grande partie à son client. Bien sûr, une fois sur place tout n'était pas aussi simple qu'on l'avait prévu. Seulement, celui qui était sur place n'était pas celui qui avait mis un 0 dans un tableur. D'ailleurs, pour l'avoir fait, il avait obtenu une promotion. 

C'est le même phénomène qui s'est produit avec les printemps arabes. La démocratie était séduisante, mais pour s'installer elle avait besoin de "conduite du changement". Ce qui a triomphé était la solution à moindre effort. 

Et voilà pourquoi il faut se méfier des beaux discours, tant que l'on ne vous explique pas de manière convaincante comment ils vont être mis en oeuvre. 

samedi 17 juillet 2021

Abstraction et feedback positif

J'ai longtemps cru au raisonnement abstrait, comme moteur du changement. Peut-être un biais comportemental induit par mon éducation. 

En fait, j'ai été aussi long à me rendre compte de mon erreur, parce que cela semblait marcher. Jusqu'à ce que je comprenne, récemment, que le raisonnement ne convainquait personne, sauf moi. C'était mon enthousiasme qui faisait que l'on me suivait, et non mes belles paroles qui mettaient en mouvement ceux avec qui je travaillais. D'où le flop de mes livres. (Et de tous les livres, me semble-t-il : quand ce sont des best sellers, c'est que l'on croit y trouver ce qui n'y est pas !)

Comment procéder, alors ? Feedback positif. C'est Monsieur Jourdain et sa prose. Il y a des moments où nous "faisons bien". Ce sont ces moments qu'il s'agit de retrouver, pour les répéter. 

Pourquoi ? Il est possible que l'abstraction passe à côté de l'essentiel. Le feedback, lui, part de la réalité, et de ce qui "marche" dans la réalité. Théorie de la complexité ?

Mauvais PACTE ?

La loi PACTE de 2019 voulait transformer la PME en ETI. L'argumentaire du gouvernement s'appuie sur une comparaison entre la France et l'Allemagne. L'Allemagne a beaucoup plus d'ETI que la France. Or les ETI allemandes sont très exportatrices, contrairement aux PME françaises. La loi PACTE vise à éliminer tout ce qui est susceptible d'empêcher la croissance de la PME. 

Le travail que je mène avec l'association des interpreneurs semble montrer que ce diagnostic est radicalement faux. D'abord, dans les années 90, il y avait autant d'ETI en France qu'en Allemagne ! 

L'explication de leur disparition, mais aussi du creusement du déficit du commerce extérieur français, vient, très probablement, de ce que le champion national français n’a pas emmené ses sous-traitants à l’export, comme l'ont fait les entreprises de beaucoup d'autres nations. D’où la faillite d’une partie de nos ETI sous-traitantes. Ceci ne tient peut-être pas à une question de nationalisme. Ainsi une entreprise française a été "emmenée" à l'étranger par un donneur d'ordre japonais. Il semblerait que ce soit plutôt du fait d'un moindre lien entre client et fournisseur. Dans un exemple, un donneur d'ordre français a demandé à un sous-traitant de l'accompagner en Chine. Mais, une fois là, celui-ci s'est rendu compte qu'il lui fallait trouver des fournisseurs locaux, ce qu'il ne savait pas faire. Dans l'exemple japonais, le donneur d'ordre avait préparé le terrain. 

Quel serait le bon PACTE ? Que nos PME reconquièrent nos champions nationaux. Des exemples que nous avons examinés montrent que c'est faisable. Cela demande probablement de commencer par amener PME et grandes sociétés à se retrouver dans des lieux communs. Puis à établir entre opérationnels des liens de confiance, par apprentissage de la coopération grâce à des projets menés en commun. Alors, l'atout de la PME est d'apporter son agilité à la multinationale. C'est à la PME d'être force de proposition. C'est à elle d'amener des idées neuves. 

vendredi 16 juillet 2021

La faillite du nudge ?

Faites-vous vacciner, on vous donnera du cannabis. Il semble que toutes les nations aient des difficultés à faire vacciner leurs citoyens, et que pour faire changer les choses elles aient recours à de multiples techniques. (France Culture, jeudi matin.) 

Cela ne semble pas donner de bons résultats. Mais où est le "nudge", cette technique qui permet de changer les comportements sans effort ? De rendre les gens "rationnels" ? Une question que l'on se posait déjà par rapport à l'intelligence artificielle. 

Décidément, ce virus aura fait beaucoup de victimes...

La révolution que l'on annonçait est arrivée


On m'a conseillé ce livre. Jean Viard est apparemment un homme connu et influent. Si j'en crois ce qu'il écrit, il a étudié le FN marseillais pour le compte de Science Po, et il vit une partie de son temps à Paris, à l'hôtel, et dans un restaurant de l'Odéon qu'il a transformé en bureau. Certainement un point d'observation idéal pour un anthropologue. 

Si je le comprends bien, on a espéré un "monde d'après", puis on n'y a plus cru, mais, on constate maintenant que la France a changé. Elle est méconnaissable ? A moins que ce ne soit le monde d'avant avant ?

La France se recompose. Le livre donne l'impression que sa population se réapproprie son territoire. Un peu comme si le confinement était définitif. La frontière reprend un sens. Jet set et mondialisation, c'est fini ? Cet espace est divisé en 3. La métropole, qui est un "hub" au sens aérien du terme, où se croisent les flux internationaux et nationaux. La campagne cultivatrice, qui ne change pas. Et, au milieu, majorité du territoire, qu'il appelle "ville jardin", un espace nouveau, dont une partie de la population est télé travailleuse et dont l'innovation est le "tiers lieu" (tentative du bobo expatrié de recréer un espace civilisé chez les ploucs ?). 

Et maintenant, le problème. Cette nouvelle France n'a pas de représentation politique. Cela tient en grande partie à ce que (dans sa volonté de nous adapter à l'ère "de la mondialisation et de la jet set" ?) le politique n'a fait qu'inventer des dispositifs abstraits que personne ne comprend, d'où des taux d'abstention exceptionnels aux élections (une prévision vérifiée aux élections régionales récentes). En outre, ils sont totalement inadaptés à la réalité que révèle l'épidémie. 

Jean Viard semble penser que le trio région, département, commune qui a géré l'épidémie, avec l'Etat en soutien, va émerger comme nouvelle organisation du pays. Pour le reste, il fait des propositions pour rendre démocratiques les abstractions créées par nos gouvernants et les nouvelles organisations territoriales. Par exemple ? donner deux votes à chaque citoyen, un pour sa ville de résidence, un pour sa ville d'emploi. Plus généralement, modifier la carte électorale en fonction des zones géographiques qui ont un sens pour le citoyen. 

Ce livre, surtout, semble dire qu'au sommet de la France on ne voit plus le monde de la même façon qu'avant. Le Gilet jaune, par exemple, qui, hier, était l'émanation de forces rétrogrades, est maintenant un fait de société, au côté du bobo. La révolution, c'est peut-être cela. Mais quelles vont en être les conséquences ? Que faire pour qu'elles soient favorables ? Pour un prochain livre ?

Jurisprudence Gilet jaune

L'UE veut éliminer le réchauffement climatique, montrer au monde qu'elle est exemplaire. Pour cela elle veut prendre des décisions extrêmement contraignantes. Mais, un mot la fait trembler : Gilet jaune. (Voir paragraphe "une erreur politique ?" ici.)

On a dit que les Gilets jaunes étaient de pauvres types. Eh bien, il faut reconnaître qu'ils ont réussi un coup de publicité extraordinaire. A un moment où l'on parle tant "d'impact", ils sont parvenus à avoir un "impact" international. 

jeudi 15 juillet 2021

Fragile Europe

Pitoyable Europe ? Elle cède à tous les chantages. Ce qui encourage encore plus de chantage. Et même à croire que l'on peut vivre de chantage sans avoir à se fatiguer. Comment donner spectacle plus affligeant ? Et pourquoi ? Parce qu'elle est conduite par l'intérêt particulier (une livraison de sous-marins allemands à la Turquie, par exemple), qui lui-même décide de l'action nationale, qui elle-même décide de l'action européenne. (Article de Télos, de la Turquie et de l'Europe.)

Dilemme du prisonnier ? L'Europe est un conglomérat d'individualités, et quand l'individu optimise son intérêt, il produit un choix collectivement désastreux, et qui se retourne contre ses intérêts ? Comment introduire une dimension sociale dans l'UE ? Autrement dit, comment la rendre intelligente ? 

L'Américain est-il un peu chinois ?

Mes études sur le changement m'ont fait arriver à une constatation inattendue. L'Américain n'est pas le bourrin que l'on dit. Son art du changement n'est pas celui du passage en force. 

Donald Trump illustre cette idée. Il sent une tendance que personne n'a vue (rejet des élites dominantes). Il l'exploite tellement bien, que, quasiment seul, en quelques mois, il sort du néant pour devenir candidat des républicains et vaincre Mme Clinton, en faisant tomber, de quelques voix, des Etats qui semblaient tellement sûrs, tellement teint démocrate dans la masse, qu'il n'y avait pas besoin de les défendre. 

L'art de l'Américain, de Goldman Sachs, autre exemple, c'est de sentir la tendance, la mode. C'est l'art de la spéculation. C'est l'art du navigateur. C'est le Tao chinois. 

Et c'est peut être ce que n'ont pas compris les Chinois. Au fond, ils ont un énorme complexe de supériorité. Ils continuent à croire qu'ils possèdent une culture hors pair, et qu'il leur suffit d'acquérir la technologie occidentale pour redevenir le centre du monde. Mais, il est bien possible qu'ils aient été défaits à leur propre jeu : la systémique. 

mercredi 14 juillet 2021

La France des donneurs de leçon

Pas possible d'ouvrir la radio sans entendre quelqu'un parler de réchauffement climatique. Rien de neuf, son opinion ne résulte pas de trois ans d'un travail de thèse, mais simplement du bruit ambiant. Et pourtant la personne se prend évidemment pour une autorité. C'est pour cela qu'elle se croit autorisée à nous donner des leçons. A nous avertir du malheur qui nous attend, nous dangereux esprits enténébrés. Sans comprendre qu'elle s'adresse à plus de soixante millions d'autorités climatiques. 

C'est certainement le même phénomène qui fait que le prénom d'une personne dévoile son âge. Nous pensons tous la même chose au même moment. La société, en quelque sorte, pense pour nous. 

A cela s'ajoute, probablement, un phénomène propre à notre société, dont parlait le précédent billet : du fait de nos diplômes, nous nous prenons tous pour "l'élite", et, au moins en France, l'élite sait tout.

Cela peut-il changer ? 

Elite révolutionnaire ?

Une question pour 14 juillet : les révolutions résultent-elles d'un excès d'élite ? Un article ancien de The Economist rappelle une théorie qui le prétend. 

Si une société produit une élite qu'elle ne peut pas employer, elle la mécontente. Et l'esprit de l'élite, fort peu pratique, se prête naturellement aux théories révolutionnaires. Le phénomène serait cyclique. 

1789 en serait un exemple : l'élite bourgeoise trouvait que l'aristocratie l'empêchait d'exercer son talent. 

Curieusement, l'article ne parle pas de l'Allemagne d'avant-guerre. Là, l'élite était au chômage. Terreau idéal pour le Nazisme ? Peut-être en était-ce aussi de même de la Russie d'avant 17 ?

Il y aurait donc deux types "d'élite". Celle qui occupe les fonctions les plus en vue, et celle qui en est privée. Derrière "élite", il faut peut-être entendre un certain niveau d'instruction. La tension entre ces deux "élites" viendrait de ce que la seconde n'a pas l'emploi qu'elle pense mériter, alors qu'elle a les moyens intellectuels de juger que la première n'est pas compétente. Ce que celle-ci ne comprend pas, car elle croit, comme l'ancienne aristocratie, qu'elle possède une légitimité innée. Et que rien n'existe en dehors d'elle. Surtout pas une "élite". 

mardi 13 juillet 2021

L'émergence d'Edgar Morin

Edgar Morin a cent ans, disait la radio. Je l'entendais se plaindre que cela n'avait pas été suffisant pour nous faire comprendre son combat. 

C'est aussi ce que je pensais en écoutant un donneur de leçons nous expliquer que désormais tout le monde, même les hommes d'affaire, comprenait que les arbres ne pouvaient pas monter au ciel, notre modèle de croissance infini était évidemment condamné. 

C'est l'éternel argument de Malthus. Argument qui passe à côté d'un principe fondamental de la théorie de la complexité : l'émergence. La vie semble procéder en deux temps, d'abord une accumulation linéaire, puis une transformation, l'émergence d'une organisation de ce qui s'accumulait : d'abord des cellules, puis un être complexe, d'abord des briques, puis une maison. C'est ainsi que les précédents réchauffements climatiques ont produit des glaciations. C'est cela la complexité.

Mais tout le monde n'a pas aussi mal compris les idées d'Edgar Morin que notre donneur de leçons. Les hommes d'affaires, eux, ont un esprit naturellement systémique. Ils connaissent l'irrationalité humaine. Ils savent profiter des modes qui s'emparent de la société. "The trend is our friend" dit-on dans ces milieux. Bon anniversaire Edgar Morin ?

Le complot, c'est la solitude ?

Le film "la gifle", sujet d'une discussion philosophique, chez France Culture. (Démocratisons la philosophie ?) Est invitée une personne qui est présentée comme une spécialiste du cinéma, une autorité. 

Je pense qu'à l'époque du film, le public s'y est reconnu. Conflit de générations. D'un côté, un père divorcé tente d'élever sa fille. De l'autre, celle-ci aspire à la liberté. Dans la scène de la gifle, Isabelle Adjani fait un numéro d'hystérie dont elle a le secret, et Lino Ventura est le Français ordinaire, muré dans ses principes, qui absorbe l'adversité, jusqu'à ce qu'il ne parvienne plus à se contrôler. 

La dite "spécialiste" ne semble pas savoir qui est Lino Ventura. Et ne pas connaître tellement mieux Isabelle Adjani. Lino Ventura, selon elle, est une brute préhistorique (un lutteur ? un catcheur ?) qui frappe et projette "à un mètre" un être sans défense. Un traquenard monté par le réalisateur. 

Problème de notre temps ? L'intellectuel a pris le pouvoir est croit pouvoir dire n'importe quoi ? En cela est-il différent de celui qu'il considère comme un "pauvre type" et qui dit, lui aussi, ce qui lui passe par la tête ? Et si c'était le débat contradictoire qui rendait intelligent, et pas les diplômes ? 

Le nudge est un nudge

Il y a très longtemps, une dirigeant m'a raconté qu'elle avait constaté que ses collègues passaient beaucoup de temps en pause cigarette. Alors, elle a décrété des pauses cigarettes officielles. Ce que tout le monde a trouvé très généreux. Et ce qui lui a fait gagner trente minutes de travail par jour et par personne. 

C'était du nudge avant le nudge. L'intérêt d'avoir mis un nom sur cette pratique est que, maintenant, on peut en être spécialiste, et cela rapporte. Il y a des cabinets de conseil en nudge. 

C'est, une fois de plus, l'histoire de Monsieur Jourdain. Mettre un mot sur quelque chose lui donne de la valeur. La mère de tous les nudge. 

lundi 12 juillet 2021

Angleterre à vendre

Ce matin le Financial Times annonçait que les fonds d'investissement, qui débordent d'argent, achètent les entreprises anglaises, dont le Brexit a fait baisser les prix. 

Phénomène, qui, curieusement n'intéresse personne. D'un côté, il y a ceux qui font tourner la planche à billets, notamment aux USA, les maîtres du monde, de l'autre, il y a ceux qui travaillent, qui créent, et qui ne valent rien. Dans un précédent billet, je disais que l'ensemble des PME françaises vaut une fraction d'une société comme Apple. Cela m'a toujours étonné que les USA n'aient pas déjà acheté le monde. 

Pour une fois, la France semble l'avoir compris. La French Tech s'est spécialisée dans la levée de fonds. Elle vend des licornes, nom moderne du "château en Espagne". D'ailleurs, c'est peut-être aussi l'idée qu'ont eue les Chinois : il suffit d'inventer de l'argent pour acquérir, pour rien, la compétence des nations... 

Nudge

Les autorisations de sorties, l'information chaque soir, c'était du "nudge" ! Une émission de France Culture le disait. 

Ce qu'il y a de curieux en France, c'est que l'on a toujours une guerre de retard. Le gouvernement découvre cette technique après tout le monde. Et, bien sûr, y voit une panacée. Si les Américains le font, cela ne peut être que bien. 

L'intérêt de l'émission était de dire le bon et le mauvais nudge. Les deux étant aussi vieux que le monde, rappelait un invité. 

Le bon consiste à étudier les comportements humains pour comprendre leur logique, avant d'agir. A l'envers de ce que font nos gouvernements, depuis, là aussi, la nuit des temps. Bonne nouvelle, donc ! Ensuite il s'agit de trouver des "petits trucs" pour prendre des bonnes décisions. (C'est ce qu'un temps les Japonais appelaient "poka yoke", typiquement : un noeud à son mouchoir pour ne pas oublier de faire quelque-chose, ou ne pas ranger ses chaussettes en vrac.)

Le mauvais (qui s'appellerait "smudge") cherche à influencer nos comportements à notre insu (un des sujets d'intérêt de ce blog), en profitant de nos "biais comportementaux", et ce, en particulier, dans les situations d'urgence, où nous sommes particulièrement sans défense. 

Un de mes exemples de nudge préféré est celui de Parmentier. Voyant que le peuple ne veut pas de ses pommes de terre, il fait entourer un champ par l'armée, ce qui provoque un réflexe pavlovien chez le Français : le vol. 

D'où la question que posait l'émission : le nudge prétend nous faire aller dans le sens de notre intérêt, ou dans celui de l'intérêt général. Mais qui les définit ?

L'écolo et le tourisme spatial

Etonnant que les écologistes ne protestent pas contre la nouvelle mode du tourisme spatial. L'heure de bonheur du milliardaire a une empreinte carbone monstrueuse ! (Si l'on additionne la construction de la fusée et sa consommation.) Et que dire de la pollution qu'elle entraine et des autres dommages à notre écosystème ? 

Peut être les écologistes se disent-ils que, vue la fiabilité de nos fusées, ce tourisme devrait vite passer de mode ? 

Mais alors, pourquoi ne pas en profiter, tant qu'il dure ? Par exemple en exigeant une forme de taxe carbone des milliardaires de l'espace ? Pourquoi ne pas remettre au goût du jour la pratique des indulgences du Moyen-âge : en échange de la pollution de la planète, le milliardaire donne une partie de sa fortune pour une action caritative ?

dimanche 11 juillet 2021

Le changement qui n'a pas dit son nom

 Les dirigeants généraux d'intercos ont un coup de blues. Qui sont ces gens bizarres ? Au dessus des communes, les précédents gouvernements ont créé des groupements ou "intercos", qui ont le pouvoir économique. Ces intercos sont non démocratiques (leurs membres sont élus par les élus des communes) et frustrent les maires qu'elles coiffent. Les directeurs généraux dirigent les services de l'interco.

Pourquoi ce blues ? Parce que les intercos ont perdu. Le citoyen ne les reconnaît pas, et l'épidémie a redonné du poil de la bête au maire. 

Il y a derrière ceci une nouvelle fondamentale. Les gouvernements précédents ont fait, sans le dire et en contravention complète avec les principes de la démocratie, une série de réformes radicales.

Ces réformes visaient à adapter la France à un changement qu'elle rejetait : la globalisation du "digital", des grandes métropoles, grandes régions, etc. Or, d’une part l’aspect non démocratique des structures politiques qui en ont résulté conduit à leur rejet (explication de l'abstention massive aux dernières élections), et, d’autre part, l’épidémie les a mises en échec, et a montré, a contrario, l’efficacité de la « France traditionnelle » (frontières nationales, maires…). 

La question qui se pose maintenant à nous : comment vivre avec l’héritage de ces réformes ?

La gloire d'Albion

Il est dit que Boris Johnson veut ramener l'Angleterre à l'ère victorienne, ère glorieuse. 

Je ne suis pas certain que ce fut le cas. Je pense même que c'est le contraire. Le travail sur Disraeli que je cite dans ce blog, laisse plutôt entendre que la puissance coloniale de l'Angleterre masquait le fait que l'avenir se jouait ailleurs, dans le progrès technique. L'Allemagne était en pleine ascension. Et l'Angleterre, déjà, devait aborder les conflits avec les nations européennes avec beaucoup de prudence. Et on a vu, en 14, qu'elle avait raison de le faire.

Les véritables moments de gloire anglaise, selon moi, ont été Elisabeth première et Napoléon. Dans les deux cas, le pays avait conscience d'être un outsider. Et sa classe dominante a fait bloc dans l'adversité, avec humilité. Elle a fait preuve de talent dans la perfidie. Gagner le match, par le penalty, comme au rugby. Utiliser les rigidités intellectuelles de l'adversaire, en particulier son sens de l'honneur. C'est ainsi qu'elle a défait Napoléon sans beaucoup payer de sa personne, sauf quand il y avait avantage évident (la marine). Son coup de génie a été d'accueillir en Angleterre des financiers du continent, qui ont inventé la finance moderne. Ils ont permis de financer les armées alliées par le déficit. 

L'histoire se répètera-t-elle ?

samedi 10 juillet 2021

Musique féminine

France musique promeut la femme musicien. Des compositrices du temps passé n'ont pas la gloire qu'elles méritent. Sexisme. 

Pourtant, l'histoire de leur vie ne semble pas conforme à cette théorie. Pour être musicienne, en ces temps reculés, il fallait être ultra privilégiée : professeurs particuliers, mais aussi concerts privés !, les femmes des beaux milieux ne fréquentaient pas la racaille. Et elles ont connu ce qu'il y avait de mieux en termes de génies musicaux, et en ont été hautement appréciées, si j'en crois France Musique. 

Il y avait un biais culturel, bien sûr, qui leur était consubstantiel. Mais aucune raison de penser que, si leur musique avait plu, elle ne leur aurait pas survécu. Et, d'ailleurs, ce propos n'est pas désobligeant à leur endroit : l'explication du succès posthume de l'homme pourrait être que, vivant de son travail, il avait plus de raisons qu'elles de chercher à séduire le "marché". 

Il demeure de tout cela que le musicien classique y gagne une extension de son répertoire. Et que cela entre en concurrence avec le contemporain, autre combat de France Musique. Une autre raison d'être féministe ? 

Anti Tao

Le Tao dit qu'il faut comprendre dans quel sens coulent les événements, pour en profiter. 

Curieusement pour quelqu'un qui parle de changement, je constate que toute ma vie n'a été qu'anti Tao. Si je m'étais laissé aller, j'aurais pu soit faire un travail passionnant, soit être très riche. Et, qui sait ?, peut-être les deux à la fois. Pourquoi me suis-je opposé à mon destin ? D'abord, parce que je ne comprenais pas ce que l'on me disait, qui me paraît maintenant évident. Je fus invraisemblablement idiot. Mais ensuite parce que, paradoxalement, je ne peux pas concevoir ces vies comme heureuses. Je ne parviens pas à les regretter. Etrangement, il semble que j'ai besoin d'une sorte d'inconfort. 

Suis-je une exception ? Ou l'homme en puissance a-t-il besoin, pour devenir réalité, de s'opposer aux éléments ? 

vendredi 9 juillet 2021

La bataille du plot

Paris aurait été défiguré par ses pistes cyclables. Une émission de France Culture, jeudi matin. 

La mairie aurait profité du confinement pour infliger une défaite à ce qu'elle considère semble-t-il comme les forces du mal : les automobilistes ? Seulement, quand on agit dans l'urgence, on n'a pas toujours beaucoup de temps pour penser ? 

La mairie aurait commencé par refuser la critique, apparemment en arguant du fait qu'elle ne pouvait venir que du RN. Elle se raviserait. 

Comment se fait-il que le maire, qui, certainement, aime sa ville, ne se soit pas rendu compte des dégâts occasionnés ? Vit-il dans un autre monde ? Un monde coupé de celui des employés municipaux, qui, eux doivent agir dans la vitesse et la précipitation, au gré des caprices du monarque ? L'exemple même du changement en France ? 

La simplification de l'entreprise

Dans les années 80, Michel Crozier voulait "simplifier" l'entreprise. Qu'est-ce que cela signifie ? Que son organisation bureaucratique la rend lourde et rigide. Surtout, le potentiel humain est mal, ou pas, utilisé. En "libérant" l'individu, on n'a plus besoin de couches de hiérarchies. L'organisation devient agile et "apprenante", intelligente. Elle est "lean and mean" comme disent les Anglo-saxons. 

Avec la pénurie de main d'oeuvre, voici une question qui pourrait se poser de nouveau. Il est aussi possible qu'il y ait un rééquilibrage des rémunérations. En 30 ans, l'augmentation des salaires du top management a été spectaculaire. Cela ne concerne pas uniquement les PDG. Même un cadre relativement secondaire peut gagner autant qu'un grand patron des années 80. Ce management, et son coût, est certainement condamné par la simplicité. En revanche, comme on la vu lors de l'épidémie, on manque de "petit personnel"...

jeudi 8 juillet 2021

Greed and fear

"Le CAC 40 est à la fête et pas seulement à la Bourse de Paris qui signe un semestre record avec 18% de progression. L’espoir de la sortie de crise sanitaire l’emporte sur la peur du variant Delta. Et cela se sent à Aix où jamais les Rencontres économiques n’ont signé un tel carré VIP." Disait La Tribune, samedi dernier. 

Les Anglo-saxons parlent de "greed and fear". Ce qui caractérise le grand patron, ce sont des "instincts animaux". Quand il fait beau, il est le maître du monde. Quand le ciel se couvre, il est terrorisé. Il est incapable de voir loin. Serait-ce une force ? Comme M.Trump, il est shooté à l'adrénaline. S'il n'a pas de tête, il a de puissants réflexes, et surtout une terrible volonté de survie ? Voilà ce qu'a retenu la sélection naturelle. 

(PS. Je lis ce matin (vendredi 9) : "La bourse plie devant le variant delta"...)

Inflation ?

La demande est supérieure à l'offre. C'est vrai pour les matières premières, mais cela semble toucher, comme le disait un précédent billet, aussi les hommes. Car je soupçonne que, contrairement à ce que croient les économistes, on entre dans un changement structurel.

Dans ces conditions, on peut soit faire "mieux avec moins", ou "payer plus cher", pour éviter d'avoir à changer, et c'est l'inflation. 

L'inflation est une bonne nouvelle, disent les éconistes. Réellement ? Seuls les forts (individus ou groupes de pression) ont une capacité de nuisance suffisante pour maintenir leur pouvoir d'achat. Aux autres les actes désespérés. Et notre pays est faible et endetté et il aura besoin de s'endetter encore plus pour éviter que les faibles ne soient désespérés... 

Le Français est très malin individuellement, mais très bête collectivement. C'est probablement ce qui doit changer, si l'on veut éviter des moments difficiles. 

(PS. Quelques chiffres, concernant les matières premières.)

mercredi 7 juillet 2021

Sartre contre Camus, la revanche

On rejoue Sartre contre Camus. Avec l'avantage, de plus en plus, au second. 

Camus écrit "L'homme révolté". Sa thèse est que la croyance en l'absolu produit le totalitarisme. C'est une thèse qui n'a rien d'original, et qui semble solidement étayée par l'expérience et d'autres auteurs. A cela Sartre répond que Camus, dans son livre, a cité des philosophes, sans bien connaître leur oeuvre. Autrement dit, l'élite, le normalien agrégé de philosophie, ne se bat pas avec la racaille. L'aristocratie usait du même procédé avec Voltaire. 

Ne serait-il pas utile que l'école normale supérieure se demande comment éviter que sa formation de philosophes n'accouche de sophistes ? Et, accessoirement, d'esprits totalitaires ? Sujet pour thèse d'ancien élève ?

Pénurie de main d'oeuvre

Pénurie de main d'oeuvre, le grand problème du moment. On entend aussi que le confinement a été un temps de prise de conscience... Or l'économie repart. Elle a besoin de bras.

Cela fait longtemps que les "petits" ne parviennent pas à recruter : petite entreprise, petit territoire loin des métropoles, petit job déconsidéré (comme les fameux soudeurs dont la pénurie semble être fatale à nos EPR)... Et tout cela pris ensemble est peut-être plus une majorité qu'une minorité. 

Quand je suis né, il y avait 100.000 chômeurs en France. Après guerre, il était facile de trouver un emploi, parce que l'emploi était idiot, et que la France se reconstruisait. Puis, la production de masse a rencontré des difficultés. Dans les années 80, les universitaires du management ont parlé "d'entreprises apprenantes", et de "Lean Manufacturing", des organisations dans lesquelles le groupe humain doit être intelligent. Mais la chute de l'URSS a tout arrêté. On a trouvé, en Asie, une moitié de l'humanité qui pouvait faire un travail de robot. 

Cela est fini. On est ramené 30 ans en arrière. On doit en revenir à l'organisation complexe. 

D'où adaptation structurelle, qui ne va pas de soi. En effet, la spécificité de la France, c'est une Education nationale qui produit des exclus, et, en masse, des technocrates. Or, c'est ce dont on n'a plus besoin. 

mardi 6 juillet 2021

Rapport Barrot

"pour le rebond des territoires en sortie de crise, les solutions viendront des territoires. Ils ont été touchés de manière différenciée par la crise ce qui les pousse à reprendre leur destin en main. Il appartient à l’Etat de les accompagner dans cet élan. La stratégie c’est coopérer, territorialiser et régénérer." Le député Jean-Noël Barrot publie un rapport concernant le "rebond économique des territoires". (Interview.)

Autrement dit, on s'attend à ce que la relance parte d'en bas, du "territoire", d'un morceau de France qui a une cohérence interne. Pour réussir, l'union, locale, fait la force (coopérer), il faut faire effet de levier sur ses atouts (territorialiser) et adapter ses ressources à la demande locale (régénérer), notamment en modifiant, localement, l'offre de l'Education nationale.

Non seulement le changement n'est plus imposé d'en haut, non seulement l'Education nationale ne fait plus la loi, mais, on ne nous dit plus que le Français est un inadapté. 

Qu'est-ce qui a changé ? C'est la fin de la parenthèse asiatique. Il n'y a plus de main-d'oeuvre "à bas coût". Les chaînes de fabrication et d'approvisionnement qui n'ont besoin que d'hommes-robots, c'est fini. Hier, c'était à l'homme de s'adapter à l'entreprise, maintenant, c'est à l'entreprise, et à la nation, de tirer parti du talent humain ?

L'entreprise à l'écoute


Je me demandais si Emmanuel Macron ne tentait pas de faire du changement à la Michel Crozier. Du coup, j'ai lu L'entreprise à l'écoute, écrit au début des années 90. Il se trouve que j'ai rencontré Michel Crozier à ce moment là et qu'il y a et avait une telle proximité entre nos idées, que je les trouvais "évidentes". Mais n'avais-je pas tort, une fois de plus ? Voici ce que je retiens de ma lecture. 

Tout est dans le titre : "écoute". Notre société, nos dirigeants en particulier, n'écoutent pas, ils imposent ce qui leur passe par la tête. Et, puisqu'ils ne connaissent rien à la réalité, il en résulte des désastres. Michel Crozier en arrive à dire qu'il faudrait apprendre à notre élite à écouter. (Mais peut-on se prétendre "élite", si l'on ne sait pas écouter ?) A la fin des années 80, il pensait que la société avait saisi son message. Au début des années 90, il comprend qu'il a perdu la partie. 

Bien sûr, le livre est fait de multiples études de terrain, qui montrent, à l'américaine, que, quand on écoute, on gagne, on fait même des miracles. Mais, je soupçonne que le coeur n'y est plu. D'autant que la réussite de l'entreprise à l'écoute produit des phénomènes consternants. Ainsi dans deux cas sur trois, il est question de succès exceptionnels provoquant des mouvements sociaux violents ! Conclusion : en France on a le droit de faire le bien de l'entreprise et de ses employés, mais à condition de ne pas le dire !

Michel Crozier, comme tout le monde alors, n'a pas compris ce que signifiait la fin de l'URSS. Il constate que le production de masse, c'est fini. On entre dans l'ère "post industrielle". L'entreprise va devoir faire preuve d'une capacité d'adaptation exceptionnelle. Ce qui signifie qu'elle doit se "simplifier" se défaire de sa bureaucratie, qui assèche son intelligence, et laisser, donc, le maximum d'autonomie à ses personnels, l'initiative étant la règle du jeu. Il faut "organiser" cette autonomie. (On retrouve la définition qu'Henri Bouquin donnait au contrôle de gestion : "organiser l'autonomie".) Et ce de façon à ce que l'entreprise devienne "apprenante". Sacré défi !

En cela, il rejoint une pensée qui m'apparaît maintenant comme dominante à l'époque dans les cercles internationaux du management. Les best sellers s'appellent "Lean Manufacturing", "Organisation apprenante", etc. 

Michel Crozier n'avait pas anticipé que la chute de l'URSS réveillerait l'Asie. Contrairement à l'Afrique, la culture de ce continent se prêtait au modèle taylorien propre à la bureaucratie. Avec l'avantage de personnels à coût quasi nul. Le modèle de domination bureaucratique a pu échapper à la complexité, et connaître 30 ans de gloire. Et, même mieux, du fait de ces bas coûts, se libérer de la contrainte du gain de productivité, jusque-là principe fondamental de l'économie. Or, il exige la connaissance du métier et la pensée complexe, "géniale", de l'entrepreneur traditionnel : voilà pourquoi le financier fut "le maître du monde", pour reprendre le titre d'un film. 

En conclusion ? D'abord, il faut lire Michel Crozier. Cette fois, le monde est clos. La simplicité doit remplacer la bureaucratie simpliste. L'humanité doit devenir intelligente, collectivement, car nous sommes face à un problème extrêmement complexe ! L'exemple même étant que la France a, à la fois une pénurie de personnels, et 3 millions de chômeurs ! 

Ensuite, il se pourrait qu'il y ait bien plus derrière la bureaucratie que ce que l'on croit. Que Lénine ait fait de l'URSS une bureaucratie ou que la multinationale ou l'Etat français soient des bureaucraties libérales, n'est pas innocent. La bureaucratie est, très probablement, l'expression naturelle d'une volonté de domination. Une volonté qui ne peut pas écouter. 

lundi 5 juillet 2021

EPCI

Conférences EPCI et clusters. EPCI ? Groupements de collectivités. Donc, il y a des communes, des groupements de communes. Et des groupements de groupements de communes. Et, plus ou moins au dessus, des régions. Il y a aussi l'Etat, et l'Europe, qui s'agite de plus en plus. Si vous êtes perdu, vous êtes excusable. 

Et ces EPCI, comme les régions et les communautés de communes, ont un pouvoir économique. D'ailleurs la conférence parlait du rôle des "clusters" (groupements d'entreprises) comme outil de mise en valeur du potentiel économique d'un territoire. 

De ces EPCI s'occupent des gens bien, me semble-t-il. Grande conscience professionnel et sens de l'intérêt général. Mais des gens qui semblent jouir de beaucoup de liberté de décision. Il en est peut-être de même partout dans ce que le monde administratif et politique appelle le "mille-feuille". 

J'ai repensé à ce que disait Marc Bloch de la France du Moyen-âge. Des seigneurs qui ont tous les pouvoirs, mais des paysans qui leur opposent leur inertie et jouent des multiples dysfonctionnements du système pour ne pas obtempérer. La France : un délire de lois et une population de "sans grades" qui ne suivent que leur conscience ?

Chambre des députés : à réinventer ?

Curieuse situation. Notre président a probablement de bonnes chances d'être réélu. Mais il n'a pas de parti. Au lieu d'élire un président il faut remplir la chambre des députés d'inconnus dont le seul mérite est de lui permettre de présider. 

Il y a un double problème, probablement. L'électeur ne se reconnaît plus dans un certain type d'homme politique. On "n'est" plus communiste, comme on "est" supporter de l'OM. D'autre part, l'histoire récente a montré que nos gouvernements étaient gouvernés par des modes, en outre venues de l'extérieur. Les deux questions sont évidemment liées : ces gens sont des girouettes.

Mme Merkel est "pragmatique". Elle a beaucoup changé de cap. On pourrait la croire sans conviction. Mais elle a un objectif, qui est probablement l'intérêt de son pays, la défense de ses valeurs, et elle louvoie pour parvenir à son but. Idem pour nos élus locaux. Maires et sénateurs, en majorité, se confondent avec l'identité de leurs terroirs. Ils font bien plus que défendre leurs intérêts, ils croient en eux. Ils n'aspirent pas au pouvoir, pour le pouvoir.

Conclusion ? Il faut réinventer une fonction pour le député. Une fonction qui fasse qu'il soit si heureux d'être député, qu'il n'ait pas d'autre ambition ?

dimanche 4 juillet 2021

Les bénéfices du tourisme

La renaissance des campagnes dit que sur 150md de recettes du tourisme français, 100md viennent des Français. 

Réflexe gaulliste ? On s'enorgueillit de ce que beaucoup de gens nous rendent visite. Mais, pour la plupart, ils ne font que passer. Leur destination est ailleurs. En outre, dans l'ensemble, ils dépensent peu. 

Question : on parle de chiffre d'affaires, mais quels sont les coûts de ce tourisme, notamment en termes de gène pour le Français commun, qui n'a pas grand chose à y gagner ? N'y aurait-il pas un moyen d'avoir un tourisme de meilleur qualité ? Moins nombreux, mais plus agréable ? Et peut-être qui nous aime plus ? 

(PS. J'ai interviewé un professionnel du tourisme. Il partage ce diagnostic. Pour lui, dans les 100 millions de touristes, il y en aurait au moins 30m sans intérêt. La course au chiffre serait essentiellement politique : tout ministre rêve de pouvoir annoncer des records, et, surtout, que la France est le premier pays touristique au monde.)

Refus d'obtempérer

Une coiffeuse me disait qu'elle s'en serait bien passée, mais que, vus les risques de son métier, elle avait jugé plus prudent de se faire vacciner. 

Je me demande si elle ne représente pas mieux le comportement du Français que la théorie que véhiculent les médias : son peu d'enthousiasme pour la vaccination serait lié à une forme d'arriération. 

En effet, qu'entend-on ? Que le corps médical est réticent. Or, qui est mieux informé que le corps médical, plus scientifique, et même plus dévoué à l'intérêt général ? Certainement pas le journaliste, qui nous fait la leçon. (D'ailleurs, lui, est-il vacciné ?)

Même les nouvelles ne sont pas franchement favorables au vaccin. On lit que l'on n'est pas sûr que les vaccinés soient protégés. Peut-être croit-on que si suffisamment de gens sont vaccinés, l'épidémie s'arrêtera, même si le vaccin n'est qu'imparfaitement efficace. Mais cette théorie est-elle solide ? Et si son principal intérêt était une forme de paresse intellectuelle ? L'élu a-t-il demandé à être élu pour résoudre des problèmes complexes, ou pour jouer les grands seigneurs ? Le changement c'est pour les autres ?

Et si le doute vis-à-vis du vaccin était le rêve des Lumières ? Des citoyens qui pensent par eux-mêmes ? Et si cela changeait le rôle de gouvernant ? 

(Politico, jeudi premier juillet : "si le nombre total de nouveaux cas de contamination est en forte baisse, la part du variant Delta — qui a d’abord émergé en Inde — a doublé en l’espace d’une semaine pour en représenter désormais 20%. Le président du Conseil scientifique, Jean-François Delfraissy, l’a dit hier matin sur France Inter : il s’attend à une quatrième vague à la rentrée, “beaucoup plus nuancée que les trois premières”, certes. Ses effets devraient en effet être largement atténués par la couverture vaccinale. Le variant Delta fait en effet des ravages en Russie, où la part de personnes vaccinées est trois fois inférieure à celle de la France. Plus près de nous, il inquiète le Royaume-Uni, où il est attrapé par des personnes immunisées, même si la vaccination semble permettre d’éviter hospitalisations et décès." En Israël aussi.)


samedi 3 juillet 2021

Les médias font-ils l'opinion ?

J'entendais une émission de France Culture s'inquiéter de l'émergence de C News. Contrairement aux médias traditionnels, comme France Culture, parfaitement neutres, ce serait une chaîne d'opinion. Cela sent le soufre. (Emission.)

Fox News à la française ? Mais les médias font-ils l'opinion, comme on semble le croire chez France Culture, ou est-ce l'inverse ? Si le groupe Bolloré finance cette chaîne, n'est-ce pas parce qu'il sent qu'il y a un marché ? 

Et si c'était ceux qui pensent le contraire qui avaient fait son succès ? 

Nous sommes tous des voleurs chinois ?

Vous ne savez pas tenir vos résolutions ? Pensez à la méthode du voleur chinois. Le voleur déplace tous les jours imperceptiblement ce qu'il veut voler, jusqu'à ce que ce soit hors de vue. Voilà ce que je lisais. 

Curieusement, c'est une technique qu'utilisent des gens que je connais. Ils assistent à des conférences que donne une sommité qu'ils veulent rencontrer. A force de les voir, la dite sommité se convainc qu'elle les connaît. Seulement, la technique est bien moins évidente qu'il n'y paraît. Ils sont peut-être bien plus chinois que le voleur. 

Car, nous sommes tous des voleurs chinois : comme je n'ai pas beaucoup de volonté, je ne vais faire que des petits pas. Et, finalement, je ne fais rien. 

Il est possible que, s'il y a une bonne technique, c'est celle que l'on appelle, dans les travaux sur le changement, le "projet périphérique", c'est aussi la "méthode du vaccin". On attaque de manière détournée la question critique. On travaille sur un échantillon, par exemple. Mais, si l'on réussit, on sera imité. Le changement se fera, sans effort. 

Dans le changement ce qu'il y a de chinois, ce n'est pas le vol, mais la complexité du monde, qui produit des effets "non linéaires". Les grands changements sont faits par des petits mécanismes. 

vendredi 2 juillet 2021

Le temps des célébrités

La vie d'Eric Tabarly (France Culture). 1964. Il pense faire une course qui n'intéresse personne. La transatlantique. Il la gagne. Le général de Gaulle cherche des héros. Eric Tabarly devient une célébrité du jour au lendemain. Alors, il côtoie les autres célébrités. Johnny Halliday et Sylvie Vartan, Brigitte Bardot et Alain Delon, viennent sur son bateau. 

Ma toute première enfance fut le temps des célébrités. On n'en a plus le souvenir aujourd'hui. Il y avait eu une première génération, après guerre : les Aznavour, Jacques Brel, Barbara, Brassens, Cousteau, Aroun Tazieff, Paul-Emile Victor... Puis une seconde à ma naissance : Johnny, Sheila, Antoine, Françoise Hardy, etc. Et célébrité avait un sens que n'a pas "people", sauf lorsqu'il parle d'une vedette américaine : on ne voyait qu'eux, on ne parlait que d'eux, quasiment rien venant de l'étranger ne parvenait à passer. On repeignait même le sous-marin des Beatles en vert. 

Ces gens ont vite disparu, ils ont vieilli prématurément. Tabarly me semblait un "has been", lorsqu'il la gagné la Transat pour la seconde fois, en 1976. En dehors de Serge Gainsbourg qui s'est adapté. 68 leur a-t-il été fatal ? Ensuite nous n'avons plus eu de célébrités. 

Qu'est-ce qui expliquait leur génération spontanée ? Un reste de la France grande puissance d'avant guerre, pays qui avait fasciné le monde, et dont personne ne se doutait du déclin ? Le chant du cygne de sa culture ? La volonté d'en garder l'illusion ?...

Kim Bo Ris

On se voit rarement tel que l'on est. Les Anglais se sont crus James Bond, un Ecossais athlétique d'un mètre quatre-vingt-dix auquel aucune femme ne résiste. Maintenant ils imaginent que leur île est Singapour. Mais n'est-elle pas plutôt la Corée du Nord ? 

Car leur stratégie n'est-elle pas celle de MM.Kim Jong-Un ou Poutine : exister par son pouvoir de nuisance ? Et, surtout, par le coup tordu. 

Peut-être avons-nous besoin de parasites ? Non seulement, ils révèlent nos failles, mais, surtout, ils s'en prennent à des valeurs tellement importantes pour nous que nous les avions crues des acquis définitifs, que nous les ignorions. Le coup tordu nous force à en redécouvrir l'importance. Ce qui ne tue pas renforce. 

Le parasite maintient l'homme sur ses gardes. Boris Johnson, hygiène de l'esprit ?

jeudi 1 juillet 2021

Spéculation durable ?

Depuis dix ans, je reçois régulièrement des mails, de la même personne, m'annonçant un crash financier, pour demain. Le crash final. 

Ma théorie, sur cette question, est que la spéculation est durable, simplement parce que, dès qu'une bulle éclate, les banques centrales la regonflent. D'ailleurs, elles gonflent même, comme actuellement, quand il n'y a pas de bulle. Keynes a gagné, par KO.

Il y a des gens qui sont sous le robinet, des financiers, ou, ce qui est équivalent, des dirigeants salariés de multinationales ou des fondateurs de start up. Les virtuoses de la bulle. Ils s'enrichissent à chaque gonflage. Ensuite, ils ne savent pas quoi faire de leur argent. Alors, ils l'investissent dans une nouvelle bulle. Et, quand elle éclate, on leur redonne de l'argent pour rejouer. Si cela ne provoque pas de crise sociale, c'est parce que cette spéculation ne touche pas les biens de grande consommation, à l'exception de l'immobilier (d'où les gilets jaunes). Et peut-être aussi parce que la démocratie parvient à contenir la volonté de domination de l'oligarque. 

C'est une théorie.


Le triomphe des gilets jaunes ?

Les gilets jaunes avaient raison... On entend maintenant cela. 

Ils auraient fait un bon diagnostic. L'Etat coûte de plus en plus pour en faire de moins en moins. Ce n'est pas pas une question de justice sociale. C'est une question d'incompétence. Ainsi que le dirait les théoriciens du management, il faut un "reengineering" : ce qui était fait au seul nom de l'efficacité économique a eu les effets inverses de ceux attendus.

mercredi 30 juin 2021

L'intelligence artificielle est-elle intelligente ?

L'intelligence artificielle tombe sur un os : déterminer ce qui est semblable. (Article.)

Ennuyeux. Imaginons que vous lui confiiez votre sécurité, et qu'elle ne vous reconnaisse pas...

Or, c'est un exercice qu'un enfant ou un animal font instantanément. 

On nous dit que l'IA nous bat aux échecs ou au go, donc est plus intelligente que nous. Mais est-ce de l'intelligence, ou de la puissance de calcul ? Après tout, ma calculatrice calcule plus vite que moi, et calcule même ce que je ne peux pas calculer. D'ailleurs, pour le programme d'échecs, les échecs sont tout, alors que pour nous, ils ne sont qu'une goutte d'eau dans une diversité en réinvention permanente. 

De surcroît, c'est un problème aussi vieux que l'analyse de données, la question du "clustering". Rien de neuf, contrairement à ce que l'on nous a annoncé ?

En tout cas, dit l'article, cela pose une question : qu'est-ce que l'intelligence ? Peut-être aurait-il fallu commencer par là ? 

Le féminisme est-il un élitisme ?

Il semblerait que tout le programme électoral d'Hillary Clinton ait été de prouver qu'il n'y avait plus de "plafond de verre" pour les femmes. Ce qui fait qu'elle s'est fait battre par quelqu'un qui passait pour un pauvre type. Ce qui est d'ailleurs aussi le cas de Joe Biden. Une autre forme du "coup de pied de l'âne". 

Et si le féminisme moderne était un élitisme ? me suis-je demandé en écoutant les revendications de quelques femmes à la radio, qui me rappelaient celles de Mme Clinton. Elitisme au sens moderne du terme : volonté de domination ?

mardi 29 juin 2021

Vive le praticien ?

Boris Cyrulnik se définissait comme un "praticien", pas un chercheur. 

Je me reconnais bien dans cette idée. J'ai eu à quatre occasions la possibilité de faire une thèse, à chaque fois dans des conditions honteusement exceptionnelles. J'ai toujours refusé. Et pourtant, depuis l'école primaire, on me considère comme une caricature de chercheur. 

Pour moi, la recherche se fait au contact de la vie, pas dans le confort d'un laboratoire. C'est un peu la dialectique du maître et de l'esclave, que l'on attribue à Hegel. On n'apprend qu'en se confrontant à la réalité. Le véritable chercheur est un esclave ?

Cela fait du bien de dire du mal

Penser que nos maux sont dûs à des personnes, en particulier à des proches, c'est ne rien comprendre à la systémique. La société est un système. Ce sont ses dysfonctionnements qui causent nos difficultés, qui nous jettent les uns contre les autres. L'Ancien régime parlait de "trouble à l'ordre public". 

La critique est-elle inutile pour autant ? Elle peut, elle aussi, être systémique. Comme l'explique Bergson, le rire est un moyen élégant de remettre l'autre à sa place. Celui qui "dit du mal" est un lanceur d'alerte, d'une certaine façon.  

Et dire du mal est peut être une première étape de raisonnement. On commence par s'en prendre à son prochain, puis, on en arrive à se demander s'il n'est pas le symptôme d'un dysfonctionnement systémique ? 

Ne censurons pas notre mauvaise humeur ? 

Faut-il voter pour voter ?

Quelle abstention ! Démocratie en danger ? 

Quels sont les enjeux de cette élection ? Pour commencer, en dehors des sortants, il n'y avait que des inconnus. Même le FN ne fait plus le spectacle, depuis qu'il recrute des mercenaires venus de partis traditionnels. Ensuite, une nouvelle équipe régionale aurait-elle fait mieux que l'ancienne ? En tout cas, dans la grande tradition française, elle serait, par principe, repartie de zéro, sans même prendre la peine de tirer de conclusions de l'expérience passée. On a évité un changement.

Vous voulez que l'on vote ? Donnez-nous envie de nous déplacer ? dit le Français ?

lundi 28 juin 2021

Benjamin Stora

Benjamin Stora était interviewé par France Culture. 

J'en retiens sa vision de l'accession du Parti Socialiste au pouvoir. Ce fut un peu : sous la plage, les pavés. Les soixante-huitards étaient de joyeux drilles, idéalistes. Ils ont découvert bien vite que, derrière le PS, il y avait les énarques. Adieu l'utopie, et la belle vie. Conséquence : la tristesse de M.Mélenchon ?

Je retiens aussi son enfance en Algérie. Contrairement à ce que je pensais, Albert Camus n'était pas isolé. Beaucoup croyaient à une option que l'on appellerait maintenant "sud africaine". Mais le temps de Mandela n'était pas venu ? 

Voilà qui ferait un beau sujet d'"uchronie" : et si l'Algérie était maintenant une ou plusieurs régions françaises ? 

(D'ailleurs, Mandela n'était pas aussi novateur qu'on le dit. Les Romains ont accordé la citoyenneté à leurs colonies...)

Le changement en France, simple question de coopération ?

"Certains des défauts traditionnels véhiculés par la tradition des Français, la tendance à intellectualiser, à conceptualiser, la demande de clarté logique, la passion individualiste et le culte des relations humaines et du moralisme apparaissent désormais, sinon comme des qualités, du moins comme de possibles ressources. Un monde où la qualité primera la quantité, où la ressource humaine primera la ressource matérielle, est un monde où les Français seront beaucoup plus à l'aise que dans celui de la quantité et de la standardisation. (...) Ce qui manque généralement, ce ne sont pas les ressources mais la capacité à mobiliser et à orchestrer leur mise en oeuvre (...) la capacité à faire coopérer des personnes plus libres devient à la fois plus difficile et plus décisive dans le monde nouveau de l'innovation." (Michel Crozier, L'entreprise à l'écoute.)

Est-ce toujours d'actualité ?

Et si, dans un monde où l'innovation prime, l'esprit français était une ressource que nous ne percevons pas ? Et si révéler ce potentiel avait un nom : équipe ? 

dimanche 27 juin 2021

Réhabilitation du petit blanc

Raisins de la colère, saison 35, ou plus ? L'autre jour, j'entendais parler d'un film américain. On y voit les "petits blancs" ruinés par la crise des subprimes. Ils prennent leur voiture, et partent à l'aventure. Culture américaine : "land of opportunity", et jamais abattu. Et code de l'honneur : c'est à l'homme de faire son destin. 

Le petit blanc, dont on a dit qu'il était un résistant à la modernité, un raciste, un sexiste, un condamné aux poubelles de l'histoire, deviendrait-il respectable ?

Un ennemi est un ami vu de dos ?

(Ce qui m'a fait penser à mon père. Lui aussi a connu des difficultés terribles. Il n'a jamais protesté, il a cherché, calmement, à se tirer d'affaires par ses propres moyens. Mais, curieusement, alors que le sort l'avait projeté à 10000m de profondeur, il n'a jamais cherché qu'à regagner la surface. Pourquoi n'a-t-il pas utilisé le génie invraisemblable dont il avait fait preuve, pour atteindre 10000m d'altitude et se mettre définitivement à l'abri ? Pourquoi s'être contenté d'une vie de galérien ? Le sens de l'honneur du "petit", quelle que soit sa couleur ?)