lundi 29 septembre 2014

Changements universitaires

Aurais-je trouvé les raisons des changements que j’observe chez mes étudiants ? (Troisième article sur le sujet.)

Henri Bouquin, qui dirigeait l’unité dans laquelle j'enseigne, abordait le contrôle de gestion comme une science. Une science que l’on pourrait peut-être appeler le « contrôle des organisations ». Comment les organisations font-elles pour mener à mener à bien leur mission ? Ses livres synthétisaient toutes les sciences qui avaient trait au sujet : modélisations de type systémique, sciences humaines, sciences du management. Il avait tout lu et tout compris. Il s’était entouré d’une remarquable brochette d’universitaires de sa trempe, par exemple Michel Fiol (d’HEC) et Raymond Danziger (son prédécesseur), et d’intervenants extérieurs qui, tout en étant des dirigeants, partageaient sa perspective scientifique. Ils poursuivaient une sorte de quête de la vérité. De ce fait, ils publiaient peu. Ils considéraient d'ailleurs les stars de l’université américaines comme des faiseurs. D’où le profil des élèves, et leur intelligence élégante, qui m’a tant frappé : ils étaient faits à leur image. 

Mais les Amerloques ont eu le dernier mot ! Aujourd’hui, nous avons une sorte de génération Sarko. Des jeunes gens ayant avant tout une grosse énergie, et peu embarrassés par les bonnes manières. Il n’est plus question de science, mais de réussite. Et pour cela, la fin justifie les moyens. Ils recrutent des intervenants extérieurs, sur leur modèle, qui sont flattés de pouvoir se dire enseignants à Dauphine.

Il demeure cependant une énigme. Pourquoi l’université ancienne, avec sa concentration de grosses têtes, était-elle rentable, alors que la nouvelle, qui n’en compte plus aucune, ne l’est pas ? (à suivre)