samedi 10 janvier 2015

Ce que je reproche au numérique

Ce que je reproche aux sectateurs du numérique c'est de mener une guerre non déclarée. Ce sont des libertaires qui veulent détruire la société. Et pour cela, ils ont réussi un remarquable exercice de manipulation. Ils nous ont transformés en "consommateurs" et nous ont convaincus qu'ils voulaient nous libérer des "rentiers". Et qui sont ces rentiers ? Les taxis, les fonctionnaires, mais aussi toutes les professions libérales, ou tous les employés qui possèdent encore un syndicat, ou qui sont protégés par le droit du travail, et les chômeurs, qui sont payés à ne rien faire ! Autrement dit, tout le monde, à moins d'être un SDF. Et même pas. Car il existe des gens bien plus pauvres ailleurs, et qui travaillent. Un SDF est un rentier qui s'ignore ! 

Et qui sont nos robins des bois ? Des multimilliardaires qui doivent leur fortune à leur capacité à lever des fonds auprès d'autres libertaires, des gosses de riches, qui ont fait les mêmes très coûteuses études qu'eux. Il est fini le temps des Carnegie, des Rockfeller ou des Watson (IBM), qui construisaient des empires en partant de rien. Et encore, Amazon, Google et Facebook existent. Mais il y a aussi une multitude de gens qui ne doivent leur argent qu'à une heureuse levée de fonds pour un projet qui n'était guère plus qu'une illusion. J'ai vécu la bulle Internet qui fut un grand moment de prestidigitation. 

Le plus désagréable pour moi sont les techniques qu'emploient ces personnes. Il s'agit d'utiliser l'inertie de notre système. De masquer les effets réels, les externalités, qu'a leur action. Et lorsque le consommateur découvre qu'il est aussi un chômeur, et qu'il n'y a plus d'indemnité de chômage, c'est trop tard. Notre libertaire a vendu son entreprise. Il est milliardaire pour de vrai. D'ailleurs, leur méthode est redoutable. Car, en économie, tout se joue à la marge. C'est elle qui détermine les prix. Il suffit de faire basculer n'importe quoi pour que tout le reste suive. Un jour les taxis, le lendemain il n'y a plus de droit social, et l'homme en est réduit à vendre sa force de travail. Sauf, bien sûr, celui qui tire les ficelles du dispositif. Le marché, c'est pour les autres. 

Et savez-vous ce qu'attaquent ces gens ? Ce sont les droits de l'homme. Ce sont les règles que la société a élaborées, très patiemment, pour construire un monde digne de nous. Et ces règles sont là pour "équilibrer les forces", et pour faire que nous puissions être libres. Car il faut en permanence que la société contrebalance les effets de la liberté, qui, sans cesse, cherche à réduire l'autre en esclavage. C'est d'ailleurs cela le projet que nos bons libertaires ont pour nous. Mais ils ne nous le disent pas. Nous ne comprendrions pas. Et nous résisterions au changement. 

(Bien sûr, je ne reproche rien au numérique, à la poudre, à l'énergie nucléaire ou aux options financières, ce que je regrette, c'est l'usage qui en est fait.)

Ce qui a déclenché ce billet est ici.