Affichage des articles dont le libellé est Attentats. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Attentats. Afficher tous les articles

samedi 28 novembre 2015

La démocratie n'est pas aimée

Au sujet des attentats de Tunisie, j'entendais dire que l'on n'aimait pas la démocratie. On l'a voit comme une forme de Djihad occidental.

Je pense surtout qu'elle est son propre ennemi. En effet, si elle était séduisante, comme elle le fut, tout le monde rêverait de l'imiter. Mais elle semble être soumise aux vices que décrit Thucydide dans La guerre du Péloponnèse : quand la démocratie n'est pas menacée elle se disloque. D'un côté les oligarques, de l'autre le peuple. Ou plutôt, chacun pour soi.

(Ce qui est aussi l'image que donne la France de L'étrange défaite, de Marc Bloch.)

Attentats et systémique

Le terrorisme est une prévision autoréalisatrice, ai-je entendu dire. Il crée des conditions qui le renforcent. Est-ce le cas, cette fois ? Que dit le systémicien ?
  1. C'est le système qui est à l'origine du problème. En le défendant, on renforce le problème. D'où cercle vicieux. 
  2. Pour résoudre le problème, l'homme s'en prend à la conséquence, l'individu, et pas à la cause, le système.
Application à nos attentats. Selon le systémicien, le terroriste n'attaque pas un système qui lui serait extérieur, il est produit par lui... En plus long :
  1. "On attaque nos valeurs, il faut les défendre". Les conditions qui suscitent le terrorisme pourraient être le chômage ou autre désagrégation sociale. Or, en dépensant de l'argent pour maintenir le statu quo, en faisant la guerre, on réduit les moyens qui auraient pu soigner le mal. Particulièrement en période de rigueur.
  2. "La cause des attentats, c'est le terroriste." Le terroriste n'est pas un être humain, mais un "barbare", qu'il faut l'éradiquer par le feu.  
Cause. Le système nous aliène : le changer devient inconcevable, puisque c'est, apparemment, se changer. Application au gouvernement :
  1. Il est l'élite du système. 
  2. Les attentats attentent à ses valeurs : culture, art de vivre, une minorité se révolte contre ceux dont l'idéal est la défense des minorités... 
  3. Il est plus facile de faire la guerre que de remettre en fonctionnement une société. Le gouvernement a tout intérêt à renforcer le cercle vicieux. 
Mais le système n'est qu'une modélisation. Il n'y a pas que le gouvernement en France, il n'y a pas que la France dans le monde, et le hasard peut parfois bien faire les choses.

(Remarque : on peut changer sans changer : le système sait évoluer sans modifier sa nature. Ce n'est pas tant le gouvernement qui est un problème que le statu quo.)

vendredi 27 novembre 2015

Attentat contre l'art de vivre français ?

France Culture expliquait que les attentats de la semaine dernière visaient l'art de vivre français. Je ne pensais plus que l'on en ait encore un. Curieusement, la description qui en était faite était proche de celle de Stefan Zweig. Avec une différence cependant : dans notre France, il n'y a plus d'artistes ou d'intellectuels renommés. 

France Culture disait que c'était une France de Bobos, de professeurs et de journalistes. La France qui a profité des transformations de la société ? Serait-ce ce qui lui est reproché, plutôt que son art de vivre ?

jeudi 26 novembre 2015

Retournement d'habits

Après l'Etat d'urgence, d'exception ?, et une possible modification de la constitution, et la guerre, le gouvernement demande maintenant que les rues soient pavoisées. 

Étrange. Ces gens ne sont-ils pas supposés être issus de 68 ? Anti de Gaulle, anti patrie, anti colonialisme, faites l'amour, pas la guerre... Ce n'est plus le retournement de pantalon de la chanson de Dutronc : tous les habits sont sens dessus dessous.

Le plus étrange n'est peut-être pas qu'ils en soient arrivés là, mais qu'ils l'aient fait sans la moindre hésitation. Et même sans se dire qu'un jour, peut-être, on remarquera le manque de cohérence de leur parcours. (Et comment croire désormais les engagements de gens capables de tels revirements ?)

Peut être est-ce dans la nature humaine ? Nous sommes des caméléons. Nos convictions restent en surface. Elles sont ce qu'il est bon de croire. Comme l'a montré le vote des pleins pouvoirs à Pétain, seule une petite partie de la population a de réelles convictions ? Socrate se retourne dans sa tombe ?

(Mais est-ce un mal ? Cette capacité à changer laisse aussi penser que l'on peut être terroriste un jour et bourgeois le lendemain. Notaires de Brel, cette fois.)

mercredi 25 novembre 2015

L'Etat Islamique peut-il être défait militairement ?

J'entendais hier matin un officier supérieur dire que l'Etat Islamique ne pourrait être défait sans attaque au sol. Et que personne ne voulait engager de troupes. 

Et il y a le précédent américain. Attentats du 11 septembre. Comme M.Hollande, M.Bush déclare la guerre au terrorisme. Et, contrairement à M.Hollande, M.Bush engage des troupes et des centaines de milliards. Résultat ? Le chaos. Et que dire de la Lybie ?

Caractéristique française ? On agit d'abord, on réfléchit ensuite ? 

D'ailleurs, l'Etat Islamique peut-il être défait militairement ? Ce n'est même pas un Etat. C'est une nuée de groupes disparates alimentée par le désordre. Quand on voit les dégâts qu'ont pu faire des groupuscules comme la Bande à Baader, on peut se demander ce qui va arriver avec autant de monde, formé et armé, en libre circulation. 

(Un autre commentateur de France Culture laissait entendre que tout le bruit fait autour de cette "guerre" ne servirait qu'à masquer le creusement des déficits à des fins électoralistes...)

Madrid, Londres, Paris

Attentats. Madrid, Londres, Paris. Ce qui est frappé est ce qui se fait remarquer. Peut être plus que ce qui agit ? A-t-on raison de se faire remarquer ? 

Y a-t-il des raisons électoralistes derrière notre discours guerrier ? Et si M Hollande avait voulu faire mentir ceux qui l'appellent Flamby ? Autre ? Danger : France = paratonnerre du terrorisme mondial ?

mardi 24 novembre 2015

L'ordre et le terrorisme

Pourrait-il y a voir un lien entre l'histoire d'Hitler et le destin de l'Etat Islamique ? Voici ce que raconte Stefan Zweig :
  • Années 20, crise. Un agitateur apparaît, Hitler. Ses troupes de fauteurs de troubles sont luxueusement équipées, profitent-elles des fonds des industriels ? 23. Tentative de putsch d'Hitler et de Luddendorf (plus ou moins équivalent allemand de Joffre). Mais la prospérité revient. On n'entend plus parler d'Hitler. 
  • Nouvelle crise économique. Hitler réapparaît. Ses troupes ont, à nouveau, un équipement flambant neuf. 1933, Hitler est élu. 
Stefan Zweig pense que c'est pour lutter contre le "désordre" que les Allemands ont voté pour Hitler. Durkheim désigne, par ailleurs, le désordre ou "anomie" (disparition des règles qui organisent la société), comme cause première du suicide.

Continuons, sans Stefan Zweig, il s'est suicidé. Guerre. L'Europe est dévastée. Les USA adoptent une tactique inverse de celle suivie après la première guerre mondiale : au lieu d'exiger le remboursement des dettes contractées par l'Europe, ils lui offrent le plan Marshall afin de relancer son économie. Car ils craignent que la misère ne fasse basculer le continent chez les Soviétiques. 

Ajoutons le point de vue d'Hannah Arendt. Pendant cette guerre, les individus ont eu le comportement de leur peuple. Les exceptions ont été quasi inexistantes. Chaque peuple réagit aux événements suivant sa culture propre. 

Enseignements ? 
  • Une forme de "désordre" serait-il à l'origine du terrorisme ? L'épicentre du désordre serait-il le Moyen-orient et ses relais les pauvres d'Occident ou d'ailleurs ? Pauvres pas uniquement musulmans, car de tous côtés on semble vouloir en découdre ?
  • Chercher une cause ou un coupable n'est pas efficace. Pire, c'est dangereux. 
  • Pour résoudre le problème, il faut remettre la société mondiale dans un fonctionnement qui respecte les hommes. Alors, comme les Européens d'après guerre, les individus ne changent pas, ce sont leurs comportements qui se transforment. 
  • Il faut éviter que cette remise en ordre soit le fait d'un Hitler...

dimanche 22 novembre 2015

Guerre au désespoir

Le gouvernement fait fausse route dit le philosophe Bernard Stiegler. Plus exactement, s'il joue les matamores c'est pour masquer son échec. Car, s'il y a guerre, elle est économique. La raison des attentats c'est "l'absence d'avenir de nos enfants". Sa cause, c'est la "disruption", le mot d'ordre de la Silicon Valley, dont une des formes est l'ubérisation. "Il s'agit d'aller plus vite que les sociétés pour leur imposer des modèles qui détruisent les structures sociales." Dans cette société devenue absurde, les jeunes n'ont plus "la moindre perspective". Réaction : "nous sommes tous soumis à cette tendance, qui consiste à trouver des boucs émissaires, à ne pas réfléchir, à cogner". 

"Ce n'est qu'en projetant un véritable avenir pour la planète que l'on pourra combattre Daech, c'est à dire le désespoir."

(L'article du Monde. Par ailleurs, Emmanuel Macron pourrait partager ce point de vue : "Nous avons une part de responsabilité, parce que ce totalitarisme se nourrit de la défiance que nous avons laissée s’installer dans la société". Cependant, les moyens que l'un et l'autre envisagent pour résoudre ce problème sont probablement différents.)