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mardi 12 mai 2020

Re localisation : le nom du changement ?

On parle de re localisation. On s'attend à ce que ce soit l'inverse de la délocalisation : que ce que l'on fabrique en Chine soit fait ici. Erreur.

La re localisation consiste à renverser la logique de la standardisation mondiale, plaquée de l'extérieur. Il s'agit de partir du "local" comme source de création, de même que le sculpteur voit dans le bloc de marbre la potentialité d'une statue.

Chaque culture a son génie propre. Tout le monde sait fabriquer des voitures. Mais pas les mêmes. Les Japonais, les Allemands, les Italiens, les Américains, les Français produisent des types de voitures très différents, et complémentaires. C'est particulièrement vrai en ce qui concerne le tourisme. Le tourisme d'hier, c'était l'uniformité, les hôtels identiques, le bling bling, la neige et la mer. L'inculture uniforme du parvenu à Rolex. Le tourisme de demain, ce pourrait bien être la lenteur, la cuisine familiale, les produits et les fêtes du coin, la découverte de la nature et de la culture locales. Le touriste comme anthropologue ?

On ne va donc pas produire ce que produisaient les Chinois. On va regarder quelles sont nos compétences propres et ce que l'on peut faire avec elles d'unique et original, d'enthousiasmant. Et c'est cela que l'on échangera avec d'autres produits uniques et originaux, enthousiasmants, issus d'autres cultures.

Histoire d'amour de la France et de l'Etat : fin ?

La caractéristique de la France, pour un étranger, est l'Etat. Elle ressemble à la Chine ou à l'URSS.

Quant à nous, que l'on parle de Louis XI, d'Henri IV ou de Louis XIV, notre histoire paraît celle de la constitution d'un Etat tout puissant dirigé par des grands commis d'élite (Sully, Richelieu, Colbert), menant le pays sur la voie du progrès. Ce modèle est toujours celui de la France moderne.

La Révolution a voulu l'abattre. Ni Dieu ni maître, "société d'individus", dont la liberté est garantie par quelques lois venues de la raison. Mais, pour faire la guerre, il faut un pouvoir fort. D'où empire et monarchie. La 3ème République semble avoir voulu corriger les erreurs de la Révolution : il existe un lien social. Les découvertes de Pasteur le démontraient. L'association, la solidarité, le contrat entre égaux, c'était la société et la liberté. Mais la France a été une nouvelle fois vaincue. Le technocrate a pris le pouvoir en 40. D'où un Etat en béton armé, taylorien.

La Révolution, c'est maintenant ?
Et la suite ? L'éducation supérieure de masse a retiré ses atouts à l'élite. L'élite d'hier l'était parce qu'elle avait une formation différente de celle du peuple. Elite et peuple étaient deux espèces différentes. On a maintenant les conditions nécessaires d'une déconcentration du pouvoir, peut-être de la fameuse résilience, qui est à la mode.

Si elle se fait, elle doit éviter deux erreurs du passé :
  • L'impuissance. Si elle ne veut pas se faire écraser par les autres nations, la France a besoin d'un système de coordination qui lui permette d'orienter, vite et bien, l'effort collectif. 
  • L'inégalité. Une France d'individus est une France qui crée des conditions hétérogènes pour le développement des personnes. Le terrain idéal pour un coup de force d'une nouvelle aristocratie. 

lundi 11 mai 2020

La France d'après : 3ème République 4.0 ?

Je mène actuellement une enquête sur la France d'après le confinement. Surprenant.

Unanimité de mon échantillon qui n'est peut-être pas significatif (mais qui compte quand même pas mal de gens divers, des politiques aux médecins en passant par les entrepreneurs) :

"L’Etat centralisateur, c’est fini. Plus personne ne lui fait confiance." La France jacobine a dysfonctionné, au contraire des institutions politiques locales. Les régions et les territoires vont prendre le pouvoir sur un Etat bureaucratique sclérosé. En même temps le pays va se reconstituer en partant du bas, de son essence, en quelque-sorte. Le tissu entrepreneurial va se transformer. Les "idées, elles existent" me dit-on. Elles sont bloquées par les procédures administratives. En outre, les citadins ont découvert la ruralité. Grâce au télétravail, ils vont revenir à leurs racines et apporter aux territoires, à leurs commerces et à leurs entreprises, le progrès technique dont ils avaient besoin pour devenir modernes, forts et résiliants.
France 1899.jpg
Par Giovanni Roncagli (1857-1929) — Scan da: Giovanni Roncagli (1857-1929), "Atlante Mondiale Hoepli", Milano, Ulrico Hoepli, 1899, Domaine public, Lien

Une France dynamique serait-elle prête à naître ? Voilà qui serait inattendu.

J'entendais l'autre jour un disciple de M.Mélenchon dire que la France jacobine n'avait pas que des défauts : elle garantit l'égalité de traitement à laquelle nous sommes si attachés.

Le défi que le virus nous lance : libérer l'initiative du bas, sans perdre la coordination et la justice par le haut ? Girondin et Jacobin ? Le numérique en plus ? IIIème République 4.0 ?

(Interview d'Hugo Lambert : le Lab territorial.
Interview de Jean-Claude Mairal.)

dimanche 10 mai 2020

Crise du modèle étatique français

L'Etat fait l'unanimité. Il s'est ridiculisé.

Rien n'a changé depuis l'ancien régime. La France est construite sur le modèle d'un souverain bienveillant et omniscient et d'un peuple d'enfants. Cette crise a révélé que l'Etat ne savait rien, et, même, que sa haute administration était dirigée par des incompétents. D'où le ridicule : droit de retrait massif, mais production de normes à tort et à travers. 

Ce qui a révélé, plus inattendu, qu'il était multiple et que ses voix se contredisaient ! Chaque fonctionnaire est un souverain, et il prend ses concitoyens pour des attardés ? Depuis quelques années, voire décennies, on parle de "révolte contre l'élite", on en comprend maintenant la cause ?

Et après ? Rien faire ? Peut-on réformer l'Etat sans le détruire, et obtenir encore pire ?