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vendredi 26 juillet 2013

La crise : décongélation et expérimentation ?

Kurt Lewin est fameux pour avoir modélisé le changement comme un phénomène de décongélation des paradigmes qui guident nos comportements collectifs. Le tableau ci-dessous présente cette modélisation (D’après Exploring corporate strategy, de Gerry Johnson et Kevan Scholes, Prentice Hall, janvier 1999.)

Supposons que ceci soit juste. Où en est le monde dans son changement ? Et quelles pourraient être les forces de la conformité ?
  • Je me demande, pour cette dernière question, s'il ne s'agit pas du néolibéralisme, avec, pour élément avancé, The Economist. 
  • Lorsque la crise a frappé, on l'a interprétée comme due à une insuffisance de néolibéralisme. D'où la rigueur. Mais le doute gagne. Je me demande si les différentes révoltes et tentatives de changement de régime ne sont pas des expérimentations. Plutôt ratées pour l'instant. Et les idées ne sont pas très neuves. Début de phase d'expérimentation ?


Symptômes

Etapes
Pression de la conformité
Rumeurs et signaux
Questions inquiétantes
Mécanisme de “ décongélation ”
Essai d’interprétation par rapport à l’ancien mécanisme



Besoin de changement ressenti
Anticipation de l’organisation
Pression politique pour ne pas remettre en cause les valeurs établies



Vues divergentes sur les causes et les remèdes
Flottement




Recherche d’information
Test d’appui “ politique ”
Recherche d’information
Interprétation de l’information comme justifiant le statu quo



Test des nouvelles idées
Expérimentation
Résistance aux nouvelles idées




Nouvelle “ congélation ”

mardi 28 octobre 2008

Paul Krugman

Paul Krugman, qui vient de recevoir le dernier prix Nobel d’économie, a la particularité d’écrire des livres compréhensibles. Il retrouve ainsi les habitudes de Smith, Pareto, Say, Schumpeter, Hayek…
  • J’espère que cela va encourager ses collègues à abandonner leurs équations. Depuis qu’ils appellent « théorèmes » leurs résultats, ils pensent détenir la vérité, alors que leurs théorèmes découlent d’hypothèses qui n’ont aucun rapport avec la réalité ; et que, comme l’a compris la physique, on ne peut rien prétendre si cela n’a pas fait l’objet de quelques prédictions « falsifiables », qui n’ont pas été prises en défaut (voir L’économie n’est pas une science) ; et que les hypothèses que cachent ces équations sont auto-réalisatrices : elles nous poussent à prendre des décisions qui les valident.
  • Il me semble que la démocratie réelle est une démocratie athénienne (Changer de changement) : un débat d’idées contradictoires qui génère de nouvelles idées qui dépassent ces contradictions (apparentes) et qui rallient l’unanimité. Il n’est pas possible d’avoir un tel débat si ceux dont dépendent notre avenir masquent l’idéologie qui les dirige sous le voile de la complexité.
Compléments :
  • Le comportement de nos économistes modernes ressemble à celui des médecins de Molière. Les mathématiques ont remplacé le Latin ? Les médecins de Molière étaient de mauvais latinistes, les économistes sont de mauvais mathématiciens. Long Term Capital Management est un hedge fund : arbitrage des écarts de rendement entre obligations et produits dérivés. Il a été fondé par MM. Merton et Scholes, à partir du modèle financier à qui ils doivent le prix Nobel 97. En septembre 1998, LTCM a connu une crise qui aurait emporté l’ensemble des places financières mondiales si de grandes banques mondiales, entraînées par la Réserve fédérale américaine, n’étaient intervenues. Problème ? Le modèle ne prenait pas en compte la possibilité d’une illiquidité du marché. L’analyse faite par Bouchaud et Potters (Théorie des risques financiers, collection Aléa Saclay, 1999) du CAPM, base de la théorie financière actuelle, semble montrer que les hypothèses prises par lui ont pour principal avantage de simplifier les calculs :
les fondements théoriques de cette définition du risque sont de plusieurs ordres (…) les calculs utilisant la variance sont relativement élémentaires (…) le théorème de la limite centrale (…) semble fournir une justification solide et générale ». Une autre conséquence de ces hypothèses, lors du krach de 87 : la stratégie proposée par Black-Scholes correspond à « vendre une certaine fraction de son portefeuille lorsque le marché baisse », fraction fixée par la théorie de Black Scholes. Or « lors du krach de 1987, cette stratégie s’est révélée totalement inefficace (la situation de krach étant l’extrême inverse d’un univers gaussien). D’autre part, la généralisation de cette pratique a eu un effet déstabilisant sur le marché (puisqu’une baisse entraîne alors mécaniquement des ordres de vente), qui a contribué, d’après la commission Brady, à amplifier le phénomène du krach.
  • Une hypothèse fondamentale de l’économie et des sciences du management est que l’homme est mauvais : GHOSHAL, Sumantra, Bad Management Theories Are Destroying Good Management Practices, Academy of Management Learning and Education, 2005, Volume 4, n°1. Autre hypothèse fondamentale : Utilitarisme.