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vendredi 22 juin 2018

Le chandelier enterré

Trois contes de Stéphane Zweig écrits dans l'immédiat avant guerre. Dans le premier on est aux derniers temps de Rome. C'est une réflexion, probablement, sur ce qu'est être juif. La communauté juive ne change pas. Elle est indifférente à l'histoire, et aux gloires du monde. Elle voudrait vivre tranquillement dans la pratique de ses rites, mais elle est sans cesse bousculée. Dès qu'elle croit pouvoir s'établir, c'est le drame. Comment interpréter cette suite de calamités ? Pourquoi Dieu semble-t-il injuste envers les justes ?...

Dans le second, les Juifs se sont laissés aller à vénérer d'autres dieux que le leur. Ce qui rend ce dernier fou furieux. Sa vengeance va être terrible. Mais Sarah sort d'entre les morts pour défendre ses enfants. Elle fait la leçon à Dieu. Et a le dernier mot. De la nature, très particulière, de la femme et du Dieu juifs ? Ou encore, rien ne peut arrêter la volonté du juste ? (Ce qui est, peut-être, aussi, la morale du premier conte.)

Finalement, un conte indien. Un homme, qui a tous les talents, ne veut faire aucun mal. Il finit par prendre le dernier des métiers de la société. (Faut-il y voir une morale ? Et si, à une autre place, il avait fait plus de bien que ceux qui l'occupaient ?)

lundi 16 novembre 2015

Le monde d'hier de Stefan Zweig

Comment l'Europe est passée de la lumière à l'ombre. Une écriture dépouillée, ultimement élégante et infiniment désespérée. 

Le monde d'hier, c'est celui d'avant 14. Curieusement, il ressemble à notre après guerre. C'est le monde de la sécurité. On croit que la raison et le progrès rendent impossible le malheur. Alors, la pensée n'a pas de frontières. Il n'y a d'ailleurs pas de passe-ports. L'intellectuel est européen. Zweig parle quatre langues, dans toute leur subtilité, et il est partout chez lui, et il est ami de tous les grands esprits de son temps. Vienne et Paris rayonnent. Mais c'est aussi une époque qui nie la nature et les exigences du corps. L'époque de Freud.

La guerre de 14 est un coup de tonnerre dans cet azur. Rien ne la laissait prévoir. Et si la prospérité avait fait perdre toute prudence aux peuples, et, peut-être encore plus, aux puissances économiques ? Et si elle les avait rendus cupides ? Après le chaos, l'entre-deux guerre revoit paix et prospérité. Mais la crise les bouleverse. Et les Allemands, qui abhorrent le désordre, vont élire quelqu'un qui puisse y mettre un terme : Hitler.

L'Europe du bonheur de vivre, du raffinement et de l'intelligence est morte, et Zweig se suicide. 

(ZWEIG, Stefan, Le monde d'hier, Les belles lettres, 2015.)

vendredi 6 novembre 2015

La France d'hier

Nulle part (...) on n'a pu éprouver plus heureusement qu'à Paris la naïve et pourtant très sage insouciance de vivre ; c'est là qu'elle s'affirmait glorieusement dans la beauté des formes, la douceur du climat, la richesse et la tradition. Nous autres jeunes gens assumions toute une part de cette légèreté et y ajoutions ainsi notre part ; les Chinois et les Scandinaves, les Espagnols et les Grecs, les Brésiliens et les Canadiens, chacun se sentait chez soi sur les rives de la Seine. Point de contrainte : il était permis de parler, de penser de rire, de gronder, chacun vivait comme il lui plaisait (...) (Paris, la ville de l'éternelle jeunesse, in Le monde d'hier de Stefan Zweig.)
Paris d'avant la guerre de 14. Méconnaissable. Où l'on comprend la fascination qu'a pu exercer notre pays sur le monde. Et où l'on se demande ce qui a bien pu nous arriver...