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lundi 26 novembre 2012

Anthropologie, une introduction

MONAGHAN, John, JUST, Peter, Social and cultural anthropology, A very short introduction, Oxford University Press, 2000. Un livre court, passionnant, sur ce qu’est l’ethnologie.

L’ethnologie étudie les sociétés humaines. Sa méthode d’analyse est « l’observation participative ». L’ethnologue vit dans une communauté et essaie de la comprendre en l’observant et en s’entretenant avec ses membres. Il compare les sociétés, et travaille sur leurs particularités. Qu’a-t-il découvert ? « Que les gens sont partout les mêmes, sauf dans leurs différences ». Les groupes humains se ressemblent en ce qu’ils sont représentés par une « culture », un concept qui est l’apport fondamental de l’ethnologie à la science. Cette culture, qui guide le comportement individuel, s’explique par la propension universelle de l’homme à l’ordre et à la classification. Pour le reste, elle doit s’adapter au contexte qui lui est propre. Voilà pourquoi, à un même problème, mariage, justice, éducation des enfants… chaque communauté trouve une solution différente.

La culture, construite sur une expérience partagée, non seulement organise notre vie, mais nous aide à passer ses moments difficiles. En fait, l’individu est en immense partie une construction sociale. Nos goûts, le choix de nos amis, la façon dont nous décodons le monde et interprétons notre expérience… sont façonnés par notre culture. Jusqu’à nos maladies qui, pour certaines (cf. l’anorexie en Occident), sont culturelles.

L’ethnologie est « fonctionnaliste ». Elle constate que nos comportements collectifs ont une « fonction », ils servent les intérêts du groupe et de l’individu. Elle se préoccupe aussi beaucoup de changement,  caractéristique première des sociétés humaines. Le changement est nécessaire lorsque les systèmes d’explication du monde utilisés par une société sont en défaut. Une nouvelle explication (nouvelle culture) apparaît alors, associée à un « prophète ».

Je me suis demandé en lisant ce texte si la fonction de l’ethnologie n’était pas avant tout la connaissance de notre propre société. L’ethnologie est « anti anti-relativiste ». Elle nous démontre le peu d’universalité des principes qui guident notre société.
Par exemple, partout où nous portons nos regards nous voyons une forme ou une autre de domination masculine. Mais n’est-ce pas parce que nous ne regardons que là où le mâle est susceptible de dominer ? N’est-ce pas le reflet de l’idée préconçue selon laquelle l’homme et la femme sont en tous points identiques ?
Et si, plus généralement, l’intolérance était une caractéristique de notre culture ? Et si sa particularité était une forme de totalitarisme intellectuel ?
Et si c'était cette erreur qui avait fait notre succès, et nos plus grandes découvertes ?

dimanche 25 novembre 2012

Les conséquences imprévues du progrès

Voici comment un ethnologue décrit l’évolution récente d’une communauté indonésienne. Peut-on y voir, en accéléré, les caractéristiques de la transformation du monde ? Travailler plus pour gagner moins ?
Chaque villageois était fermier, chaque femme était une tisseuse compétente, qui fabriquait les vêtements de sa famille, chaque homme était un charpentier et un scieur compétent, qui bâtissait la maison dans laquelle il vivait. Ces dernières années, cependant, au fur et à mesure que l’éducation est devenue accessible, d’autres sortes de possibilités sont apparues et des jeunes gens du village sont devenus maîtres d’école, policiers et infirmiers. Les parents ont désiré que leurs enfants aient accès à ces possibilités et aux revenus qui vont avec et donc aux produits de luxe et aux biens de consommation que seul l’argent peut procurer. Mais l’éducation demande aussi de l’argent. Pour ces raisons, et d’autres, beaucoup de Dou Donggo ont déplacé une grande partie de leur travail vers des cultures telles que les cacahuètes ou le soja, qui ne sont pas consommés par le fermier, mais vendus contre de l’argent dans la plaine. Les hommes quittent de plus en plus souvent le village pendant la saison sèche pour une emploi d'ouvrier dans les chantiers gouvernementaux. Alors qu’un passage à une économie de l’argent offre de grands avantages, tels que l’accès aux biens de consommation et à la médecine, il expose aussi les gens à de nouveaux risques. S’ils investissent trop de leurs ressources dans des cultures commerciales, ils se mettent à la merci de forces du marché qu’ils ne contrôlent pas, qui font que les prix de leurs récoltes obéissent aux fluctuations mondiales de l’offre et de la demande. Leur situation nutritionnelle peut aussi se dégrader, à mesure qu’un ensemble de cultures de subsistance est remplacé par une monoculture. En outre, la participation au marché du travail international peut augmenter les tâches domestiques de certains, puisque les femmes et les vieillards doivent travailler aux champs pour remplacer les émigrés et les jeunes, ce qui signifie double emploi. Parce que d’autres membres assurent la subsistance de la famille, le salaire de l’émigré peut être artificiellement réduit, puisqu’il n’a pas de charge familiale. (MONAGHAN, John, JUST, Peter, Social and cultural anthropology, A very short introduction, Oxford University Press, 2000.)