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lundi 10 août 2015

Le changement : bon programme politique ?

Il y a eu les Existentialistes, les Structuralistes, les Nouveaux philosophes... J'ai l'impression, en écoutant Michel Onfray, que la pensée de chaque génération de philosophes a été motivée par la volonté de s'opposer à la précédente, de prendre sa place. C'était une question de carrière, voilà tout. J'ai vu la même chose dans l'entreprise : la motivation de beaucoup de décisions, par exemple acheter tel ou tel logiciel, n'a rien à voir avec l'intérêt collectif. Cela sert l'ascension d'un ambitieux, qui veut scier la branche sur laquelle son chef est assis. 

Nos hommes politiques nous parlent de "changement". On s'est habitué à attendre le salut d'une réforme radicale. Mais avons nous raison ? Toutes les réformes ont raté. J'en suis arrivé à penser que les intentions d'après guerre étaient excellentes. En particulier leur humanisme. Ce qui n'a pas marché était la façon de les mettre en oeuvre (technocratique). Ou, peut-être, était elle adaptée à une phase de reconstruction, mais pas à notre ère de stabilité. Toutes les réformes qui ont été tentées, quant à elles, reflétaient une idéologie. Peut-être même un sentiment opposé à celui des pères du monde des trente glorieuses : la haine de son prochain. L'Allemagne me semble illustrer ce qui s'est passé. A l'origine de ses difficultés, il y a l'absorption de l'Allemagne de l'Est qui rate. Mais les causes du problème sont interprétées comme une perte de compétitivité. Cela autorise la remise en cause du modèle social du pays. Mouvement qui va s'étendre à l'Europe. 

Notre responsabilité est peut être de ressusciter l'esprit d'après guerre et de se demander comment faire fonctionner correctement les institutions qu'il a essayé de construire. 

dimanche 14 juin 2015

Le socialisme peut-il entraîner le capitalisme dans sa chute ?

M.Clinton démantèle le New Deal et la réglementation qui protégeait son pays d'un retour de 29. M.Schröder liquide l'héritage de Bismarck, et M.Blair l'Etat providence anglais, le modèle de l'Europe d'après guerre. Le socialisme français est postmoderniste donc ouvertement "anti Lumières". En quelques décennies, le socialisme s'est suicidé. Conséquences ?

L'histoire mondiale de ces derniers siècles pourrait s'expliquer par l'affrontement de deux idées concernant l'homme. (Thèse de Marshall Sahlins, ici.)
  1. Il existe deux types d'hommes. Les vrais et les animaux. L'Angleterre le pense. Et ce dès que ce pays prend sa forme moderne, au Moyen-âge. Le capitalisme, vu comme la concentration de ce que la vie a de bon entre quelques mains, en découle. C'est explicitement la doctrine du néoconservateur moderne. 
  2. L'homme est un. Il partage une qualité commune : "l'humanité". Idée des Humanistes puis des Lumières et des radicaux, qui gouvernent la 3ème et 4ème République. Concept central : "liberté". L'homme est libre lorsqu'il pense par lui-même. Ce qui signifie qu'il se dégage de l'obéissance aveugle à des "coutumes". Car leur objet est généralement de lui faire servir des intérêts qui ne sont ni les siens, ni ceux de l'humanité ("aliénation"). 
Le socialisme sauve le capitalisme
Le socialisme (Marx) est un détournement de la seconde idée selon le principe de la première. C'est celui qui produit, qui crée. Le propriétaire est un parasite. D'où une "lutte des classes".

Il semble que notre société, nos "acquis sociaux", résulte de cette idée :
  • Bismarck, pour museler le risque insurrectionnel, invente les régimes sociaux. 
  • Les USA, pour endiguer la tentation soviétique, vont faire profiter le peuple d'un cocon de protection et de prospérité. 
Pour Donald Sassoon, sans le socialisme le capitalisme n'aurait pas vécu. Et il semble effectivement vrai qu'en le forçant à distribuer, un peu, ses gains, il a créé un marché colossal et multiplié les capacités productives du monde. Et il lui a épargné des révoltes. 

La fin du capitalisme ?
La petite entreprise face à la grande, le travailleur précaire face au CDI, le subalterne face au supérieur, le malade face au bien portant, le jeune face au retraité, n'importe quelle nation face aux USA... Quasiment tout le monde est faible par rapport à quelqu'un. Et, il n'y plus personne pour défendre leur cause... Comment cela va-t-il se finir ?

Retour au modèle anglais féodal, ou athénien, ou même américain des origines ? Modèle "Mad Max" : îlots d'humanité décadente entourés de barbarie ? Ou, plus simplement, le capitalisme a tué ce qui lui permettait de vivre ?

(SASSOON, Donald, One Hundred Years of Socialism: The West European Left in the Twentieth Century, New Press, 1998. Par ailleurs, l'émergence des "deux idées" est peut-être liée à l'invention de l'individualisme. Auparavant les sociétés étaient "holistes", probablement. Au sens où l'homme se voyait comme membre d'un tout, et pas comme une entité autonome. C'est plus ou moins l'idée de Marshall Sahlins, qui, en outre pense que notre modèle culturel est fondé sur l'idée que l'homme est porteur du mal.)

vendredi 5 juin 2015

Comment un système se détruit-il ?

Comment se détruisent les systèmes ? Mon analyse concernant les évolutions du monde me fait entrevoir un processus que je n'attendais pas. Suis-je tombé sur une loi de la nature ? En tout cas, cela est plus subtil que le cercle vicieux dont parle Bateson. Points clés :
  • Une partie du système, la technocratie dans ce cas, prend le dessus. Elle devient un système à part entière. Il y a détournement de but, au sens de Merton : elle sert ses intérêts exclusifs (oligarchie). 
  • Le système prend en quelque sorte possession de ses membres. (Au sens "possédés".) Ils sont enivrés de leur puissance. Perte de libre arbitre. 
  • Les autres parties du système réagissent. Mais comme des systèmes. Elles dénoncent la prise de pouvoir mais pour affirmer qu'elles doivent remplacer l'usurpateur (cf. le soixante-huitard qui veut détruire l'éducation ou le libéral, déréglementer le droit au licenciement). Leur petit jeu leur met à dos ceux qui ne partagent pas leurs intérêts. C'est à dire la majorité. Ce qui renforce l'élément dominant. 
  • Mieux, il récupère la critique pour pousser ses intérêts (par exemple, faire du système éducatif une formation de technocrates et de la technocratie une "entreprise" qui maximise ses revenus).  
Issue ? Le système se nourrissant de lui même finit par crever. Ou il y a émergence d'une conscience qui sauve l'édifice. Il faut que chaque organe comprenne son interdépendance aux autres et qu'il les convainque de collaborer. Question. Comment créer cette prise de conscience ?

Tout d'abord, elle a deux composants. Le libre arbitre, pour commencer. Le constituant d'un organe (par exemple un haut fonctionnaire) doit se dégager des idées reçues de son système. Ensuite, la prise de conscience de la dimension collective de la solution à nos problèmes. Finalement cela doit conduire à une prise de pouvoir du système auquel il appartient par cet homme libéré. (Il est ce qu'Edgar Schein appelle un "hybride", il est dans le système, mais ne lui obéit pas.) Il est probable qu'il ne faut pas libérer beaucoup de monde pour transformer la société. En effet, les "possédés" ne s'opposent pas au changement. Ils ne font que suivre ce que leur dit leur système. Nos présidents, par exemple, peuvent faire n'importe quelle politique, pourvu qu'ils président.

Reste à savoir : quelles techniques utiliser pour réveiller et aider à l'action ?

mardi 2 juin 2015

Et si nous étions à un seuil de l'histoire humaine ?

Après cinq siècles, peut-être, d'une course folle, les forces du changement sont mortes. C'est ce que dit Trinh Xuan Thuan (billet précédent). L'Occident hyper individualiste est "réductionniste". Il ne voit pas la richesse du monde, sa beauté. Il ne comprend pas qu'il est "holiste". Il est aveugle à son aspect incertain, chaotique, qui est le propre de la liberté. Il veut l'expliquer, le déterminer, le dominer. Et cette erreur, extraordinairement destructrice à long terme, est formidablement fructueuse à court terme. Elle lui a permis, en quelques siècles, de transformer la planète. Et elle a forcé des cultures apparemment plus sages à s'adapter, ou à crever

Dans une série de billets, j'ai dit que nous étions sous la coupe de la technocratie, devenue oligarchie. Les deux phénomènes sont liés. La technocratie, écrit Max Weber, est la conséquence naturelle du "désenchantement du monde". L'homme croyant avoir percé ses lois, il sait ce qui est bien. Tout le travail de l'humanité ne consiste donc plus qu'à appliquer le plan qui en résulte. C'est le rôle d'un bureaucratie. 

Les crises que nous connaissons viennent de là ? L'élan s'est brisé. Il a rencontré le mur de l'absurde. Désormais ce qui a séduit l'humanité et provoqué sa transformation, la science et la technologie, nous fait peur. Elles ont pris une vie qui leur est propre. Elles menacent l'humanité. Celle-ci va devoir être créatrice, si elle ne veut pas être détruite ?

(En démarrant ce blog, je ne m'attendais pas à déboucher sur ce type d'idée...)

lundi 1 juin 2015

Crépuscule de l’humanité

Armageddon-poster06.jpg

Bientôt, près de chez vous ?

Suite de ma tentative de prospective. Le résumé de mes billets précédents présente un curieux spectacle. La technocratie a été instituée pour distribuer la prospérité. Or, elle vit maintenant aux crochets de la société. Plus étrange, elle se nourrit des révoltes qu’elle provoque ! Ou va-t-on ? J’ai repéré trois scénarios.

2030 / 50, plus possible de maintenir les conditions de vie de la population mondiale. Elle devra décroître rapidement. Vue la quantité de bombes atomiques en circulation, on peut s’attendre au pire.

Le chaos
L’avenir est imprévisible. Un événement inattendu, météorite, tremblement de terre, épidémie... peut faire dérailler le cercle vicieux et forcer l’humanité à retrouver ses esprits.

Raison et conduite du changement 
Le moins probable ? On prend le contre-pied du cercle vicieux actuel. L’homme comprend qu’il n’y a pas de bons et de mauvais, mais que le salut, c'est l'autre. Pour cela, il faut qu’il parvienne à penser en dehors du système auquel il appartient. Il doit se libérer. Alors, de machine, il deviendra créateur, et il remettra la technocratie à sa place de « bien commun » au service de la collectivité. Mais cette liberté ne peut pas être acquise totalement en dehors du système, comme l’a cru 68. Car, pour faire bouger un système, il faut en connaître les lois. Bref, il sera libre, lorsqu’il ne pensera plus pour le système, mais lorsque le système pensera pour lui. 

dimanche 31 mai 2015

Technocratie et changement, 70 ans de rodéo

Donc, la technocratie est aux commandes. Je poursuis mon exercice de prospective. Comme le montre les travaux de John Kenneth Galbraith tout semble parfaitement organisé : « affluent society », appelle-t-il la société de son époque. Il n’y a que des esprits chagrins qui peuvent se plaindre. La suite de notre histoire, c’est 70 ans de rodéo. Non seulement la technocratie tient en selle, mais elle se métamorphose. Elle change pour ne pas changer.

Deadwood rodeo 1.jpg
Grand oral de l'ENA
« Deadwood rodeo 1 » par Gary Chancey — [1]. Sous licence Domaine public via Wikimedia Commons.


Premier symptôme curieux : le « phénomène bureaucratique » dont parle Michel Crozier et quelques autres théoriciens d’après guerre. Une bureaucratie énorme, soviétique, se développe. Le modèle technocratique, c’est le haut qui commande, et le bas qui exécute. C’est le Taylorisme et « l’organisation machine » selon la formule de March et Simon. Et ce à tous les niveaux : de l’OS au médecin, ils appliquent tous des procédures. Le phénomène n’ira qu’en accélérant.

Puis 68. Révolte nihiliste. Pour mettre du piment dans son ennui ? Conséquence inattendue. Les théories gauchistes qui veulent libérer l’individu, suscitent un tel chaos dans l’enseignement, qu’elles provoquent une réaction technocratique. Dorénavant les « bonnes écoles » se méfient de la liberté et n’ont plus d’autre ambition que le diplôme, l’assurance d’une place dans la technostructure. Elles fabriquent des bourrins. C’est aussi, en réaction, le coup d’envoi néoconservateur. Les possédants se sentent attaqués.

72. Les limites à la croissance. Notre modèle de développement, par croissance matérielle, n’est pas soutenable. Il consomme plus qu’il ne produit.

Puis il y a les crises des années 70. Les USA accusent la bureaucratie. L’Etat doit s’alléger.  L’Europe privatise ses services publics. Elle découvre alors qu’elle a des monopoles. Zut. La grande entreprise doit devenir entrepreneuriale, lit-on dans tous les journaux de management. Mais, puisqu’elle est dirigée par des technocrates, elle se transforme technocratiquement : reengineering (l’entreprise pilotée par ordinateur), Lean (l’entreprise se vide de sa substance créative).

Années 80, la technocratie absorbe les thèses libérales. Le dirigeant, l’énarque en premier, s’auto proclame « entrepreneur » et gagne beaucoup d’argent. Il utilise « les mécanismes du marché » pour mettre ses équipes et ses sous-traitants, à qui il donne de plus en plus de son métier, « en concurrence parfaite ». Cela fait baisser leurs prix. Ce qu’il appelle « créer de la valeur ». Et plus besoin de faire de recherche, le marché crée l’innovation dit la théorie néolibérale. Mais, pour maintenir ces conditions de « marché », il a besoin de toujours plus de technocratie. Couches de management, juristes, acheteurs, contrôleurs de gestion, qualiticiens, progiciels de gestion, consultants… La grande entreprise n’est plus qu’un mécanisme de contrôle.

En 89, le mur de Berlin tombe. Bouffée d’air. Par le biais des supply chains, la technocratie occidentale exploite la main d’œuvre à coût nul et sans droits de l’homme de l’Est. En échange, elle transfère le savoir-faire occidental.

2007, nouvelle crise. On espère la « destruction créatrice ». Google va terrasser le mastodonte technocratique. Et même s’il ne fait que l'abattre sans les remplacer, ce sera un bien. Car, après le feu, il faudra bien que ça reparte de la racine. Mais, une nouvelle fois, la technocratie y voit un espoir : la transformation numérique va la rendre, par miracle, créative, et réduire sa propre technostructure.

Où en est-elle aujourd’hui ? Elle est devenue une oligarchie. De service public institué pour distribuer les fruits de la croissance, elle fait donner à plein son pouvoir de nuisance monopolistique. Elle vide la société de sa substance. D’où déflation. 

samedi 30 mai 2015

1945, les fées se penchent sur le berceau de l’humanité

Dans cette étape de mon raisonnement, essai de modélisation des organes qui constituent notre société. Par structuration des idées qui sont apparues dans ce blog. Cette partie est insatisfaisante. Ce qui compte, c’est l’esprit plus que la lettre. Bref, j’espère que le lecteur verra la lune et pas mon doigt…

Les constituants de la société
Sous composants
Commentaires
Les travailleurs de l’esprit
Humanistes

Ils cherchent l’épanouissement de l’homme. Pour eux la dimension sociale, « l’humanité », est critique. Erasme, La Boétie, Le mouvement radical français, Arendt et Camus, Lewin, le CNR et Stéphane Hessel…
Nihilistes

L’épanouissement de l’homme résulte d’un combat. Il faut détruire la société, pour reconstruire l’idéal. (Cf. Hegel / Marx / 68.)
Libertaires / laisser faire
Il y a dans la nature des lois qui permettent à l’individu de vivre sans supervision sociale. Laisser faire. Ce sont les héritiers des physiocrates des Lumières. Aujourd’hui, ils parient sur les lois du marché corrigées par les banques centrales (voir Hayek, monétarisme).
Les travailleurs de la matière
Luthérien
Arbeit macht frei. Glorification du travail « manuel » en contraste avec le travail « intellectuel », corrupteur. Luther s’est opposé à Erasme. On retrouve ici probablement les défenseurs de la dignité du peuple : PC, FN…
Les liens sociaux
Religion (culture)
C’est la structure implicite de la société. La culture d’une société est constituée par les règles implicites qui gouvernent les comportements de ses membres (par exemple la politesse). Nous sommes tous des garants de ses lois. Mais il peut y avoir spécialisation, qui conduit au prosélytisme. Par exemple, l’Eglise, les ONG, ou une société comme ENRON. Ici se trouvent les combattants du communisme et le Consensus de Washington.
Technocratie (normes)
C’est la structure explicite de la société. Elle est constituée de travailleurs de l’esprit, qui font respecter les règles de fonctionnement explicites de la société. Fonctionnaires, juristes, qualiticiens, contrôleurs de gestion… La technocratie ayant mis la main sur le système éducatif est désormais une question d’héritiers. Ses membres sont favorables aux thèses nihilistes ou libertaires (s’ils se perçoivent comme des entrepreneurs).
Marchands (échanges commerciaux)
Les marchands sont aux nœuds des réseaux d’échange. Leur Dieu est le marché, qu’ils instrumentalisent, mais qu’ils ne subissent pas. Ils rejoignent les théories du laisser-faire.
La propriété
Le capital productif / l’entrepreneur
Le capitalisme semble avoir produit le changement que l’on connaît parce qu’il a concentré entre quelques mains des moyens de production importants. La compétence de l’entrepreneur est de modifier les flux monétaires. Il manipule la société pour qu’elle ait envie d’acheter à ce qu’il invente (valeur monétaire).
La monnaie / le système financier
Dans un monde capitaliste, hyper interdépendant, ou tout est marchand, la circulation de monnaie joue un rôle déterminant. En effet c’est elle qui détermine la valeur des choses, et des êtres, et ce que ces derniers peuvent ou non faire. Les théories monétaristes (laisser-faire) modernes voient les banques centrales comme les régulateurs du marché.
Les possédants
Les possédants sont des héritiers. Ils défendent le statu quo. C’est la « première droite » de René Rémond, qui s’est opposée à la Révolution. C’est aussi le néoconservateur moderne. Ils se rattachent naturellement aux théories du laisser-faire libérales.

Le plus intéressant est de voir comment tout a commencé.
Après guerre, accord général pour dire « jamais plus cela ». Il faut créer des « conditions » dans lesquelles l’homme n’aura plus la tentation du totalitarisme.

Mot d’ordre : progrès. La technocratie va prendre tout le monde de vitesse. Elle organise la reconstruction de la société et la diffusion de l’innovation technologique. Les travailleurs de l’esprit protestent, ils y voient une menace totalitaire (cf. La route de la servitude de Hayek ou l’œuvre d’Arendt). Les possédants (néoconservateurs) trouvent injuste que l’on fasse profiter le peuple de la prospérité. Mais ils ne pèsent pas lourd dans l’élan qui emporte le monde. D’autant que beaucoup de gens y trouvent leur compte. Les travailleurs de la matière sont prospères. Les combattants du communisme (les religieux) pensent gagner leur bataille, et convertir le monde, par « massification » d’une classe moyenne de petits possédants. Ce qui crée un marché colossal pour le capitalisme. Eh puis, il y a une forme de paix. La tentation totalitaire semble s’être éloignée.

Jusqu’à ce que le modèle flanche. Alors, les mécontentements, qui étaient muselés, fusent à nouveau. Chacun prêche pour sa chapelle. 

vendredi 29 mai 2015

Le rêve de nos pères

Etape clé de mon travail de prospective : prendre conscience d’où nous venons. Et de ce que cela signifie. 

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Le monde d'après guerre
"Goldenes-Zeitalter-1530-2" by Lucas Cranach the Elder - Unknown. Licensed under Public Domain via Wikimedia Commons.


A la Libération, l’humanité a fait un rêve. Elle a conçu une utopie sans précédent. Elle s’est prise pour Dieu. Elle a cru que la science avait mis un terme à l’histoire. Qu’il était possible de créer le paradis sur terre. Un paradis qui serait purement humain. Totalement isolé des contingences naturelles. L’homme devenait architecte. Il concevait un monde idéal. Puis le réalisait. Aussi bien à l’Est qu’à l’Ouest, les commissariats au plan ont dirigé les nations. Les citoyens sont devenus des exécutants de leurs plans.

Ce processus avait probablement deux moteurs. D’une part il fallait reconstruire un monde détruit par la guerre. Ensuite, la guerre a été une source sans précédent d’innovations. Il fallait en faire profiter la planète. L’agent du changement a été la technocratie, la bureaucratie. Partout, aussi bien entreprise qu’Etat, elle est devenue monstrueuse. Et elle a mené un changement dit « dirigé ». C'est-à-dire de haut en bas.

Ses moteurs épuisés, l’humanité s’est retrouvée dans le lac. Mais ce n’est pas ce qui doit nous faire peur. Le danger, c’est « l’énantiodromie ». En édifiant un monde totalitaire, nous avons voulu nier la réalité première de la nature. A savoir l’incertitude et la liberté. Or, vouloir aller contre la nature produit un formidable retour de balancier. Nous pouvons nous attendre à des moments difficiles.

Les limites à la croissance nous avertissent-elles de ce qui va nous arriver ? Depuis les années 70, le mécanisme de développement s’est retourné. Au lieu de construire il détruit. Mais, plus il crée de pauvreté, de chômage, de guerre, de pollution… plus on demande de croissance… 

jeudi 28 mai 2015

Le monde en crise, essai de prospective

Pour pouvoir parler de changement, il faut savoir dans quelle situation on se trouve. Je consacre 5 billets à une analyse des forces qui jouent sur le monde depuis la Libération. Afin d’essayer de savoir ce qui se passe aujourd’hui.

Modélisation
Ma tentative de modélisation se fonde sur des idées centrales en anthropologie et en théorie de la complexité. A savoir que la société est faite « d’organes », qui ont des « fonctions ». Mais, cela peut produire un effet pervers que le sociologue Robert Merton a appelé « détournement de but ». L’organe oublie qu’il est membre d’un corps. Il croit qu’il est essentiel. Il en résulte un conflit et une crise. Le symptôme en est ce que Dostoïevski a appelé le « possédé ». L’organe produit des illuminés qui n’ont plus de libre arbitre. Ils sont aux mains d’une idéologie : le jihad. L’organe tente de coloniser le corps. (Cancer ?)

Tout savoir sans rien payer, un résumé des 5 billets
Mes conclusions. Il y a eu perte de solidarité entre les organes de la société mondiale. La technocratie, le modèle soviétique !, a gagné. Elle est devenue autonome. L’histoire de nos 70 dernières années est celle d’un cercle vicieux. La technocratie refuse de changer. La technocratie, Etat et grande entreprise, asphyxie le monde. Elle crée la crise. Elle y réagit par un processus toujours plus technocratique qui nous asphyxie toujours plus. Le phénomène est étrange. La crise provoque des révoltes. A chaque fois, la technocratie les récupère pour se renforcer !
Le discours libéral pour commencer. La technocratie l’a absorbé. Elle s’est transformée en monopole servant ses intérêts. En oligarchie. Dans ce modèle, l’homme, de créateur de connaissances, est devenu rouage, facteur de coût. La technocratie nous considère, collectivement, comme une machine. Et elle nous forme pour l’être. Notre Education nationale n’a pas d’autre objectif que de produire des technocrates. Et ce en réaction au chaos des idées soixante-huitardes.
Où cela va-t-il nous mener ? Impossible de le dire. Ce qui est sûr est que nous connaissons une crise de notre modèle social, mondial, sans précédent. Dennis Meadows, un des auteurs des Limites à la croissance, pense justement qu’une catastrophe est probable. En tout cas, il serait sain que l’homme retrouve son statut de créateur, que les organes partagent à nouveau un sentiment d’appartenance au corps social, et que la technocratie redevienne un bien commun au service de l’humanité.
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« 1984-Big-Brother » par Frederic Guimont ; Original uploader was ChemicalBit at it.wikipedia1984comic.com (former Art Libre licence stated here) ; Transferred from it.wikipedia. Sous licence FAL via Wikimedia Commons.


Comment changer ? Aussi bien le néolibéralisme que 68, que les autres mouvements de remise en cause du système existant, partent d’idées justes. Ce sont des réactions contre le totalitarisme. Mais leur aveuglement leur fut fatal. Ils n’ont pas vu plus loin que leurs intérêts catégoriels. Ce qui a provoqué une contre-réaction violente. Pour mener le changement, il faut, avant tout, prendre conscience de notre dépendance aux autres. Ce qui exige, paradoxalement, de nous libérer du diktat de « l’organe » auquel nous appartenons. Liberté. Mais aussi de la pensée unique qu’essaie de nous imposer le totalitarisme technocratique. 68 n’a pas eu totalement tort. Mais il faut aussi pouvoir jouer avec les ressorts du système.