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vendredi 14 août 2009

Forte Europe ?

Es-on victime d’une fiction : celle de la faiblesse de l’Europe ? Les Américains nous ont convaincus que nous étions des ratés, et que l’avenir appartenait aux puissances neuves que sont la Chine, l’Inde, et éventuellement la Russie et le Brésil. N’étaient-elles pas surpeuplées, donc potentiellement riches, et n’y avait-il pas que l’économie qui comptait ?

Il y a aussi la culture. Chine et Russie sont assises sur des nationalités qui ne les acceptent pas. Le cas de l’Inde a l’air encore plus compliqué, avec la question de la caste, qui est d’autant plus bizarre, qu’elle se pose localement et non globalement, si j’ai bien compris (i.e. il n’y a pas de solidarité de caste). Je ne connais pas le Brésil, mais il ne me semble guère impressionnant.

L’Europe, par contre, est bâtie sur des nations solides. Elle peut avoir des difficultés avec ces nations, entre nations, mais non avec son peuple. Parvenir à faire fonctionner tout cela ensemble est il compliqué ? L'UE doit être, seulement, forte dans les grandes occasions (par exemple : Iran et Europe). Une question demeure : les pays de l’Est. Les plus proches de la Russie ont été traditionnellement des zones de turbulence, soumises à des influences externes. Faire de ces pays des démocraties aussi solides que celles de l’Ouest : une urgence ?

La faiblesse de l’Europe, c’est son idéologie. Elle a passé des décennies à persuader le monde que ses appétits colonialistes l’avaient détruit, qu’elle était une grande criminelle. Non seulement elle s’est affaiblie aux yeux de pays qui n’ont pourtant rien à lui envier en termes de colonialisme et de massacre des droits de l’homme, mais elle traîne un complexe qui la rend incapable de volonté. Elle doit retrouver ses convictions, et donc bonne conscience.

C’est encore l’Amérique qui est la plus forte : elle est une grande nation homogène. Certes, j’ai quelques doutes sur sa direction actuelle, qui la font ressembler à un village à la Potemkine, mais, en cas de difficulté, elle réagira sûrement bien.

Compléments :
  • Mes idées sur l'Inde (à approfondir) viennent principalement de V.S Naipaul, L'Inde, et Louis Dumont, Homo Hierarchicus.

dimanche 1 février 2009

Youssou N’Dour

France Musique parle de l’enfance de Youssou N’Dour. Il est le fils d’un noble et d’une mère griot. Son père a exigé de sa mère qu’elle arrête de chanter. Ce n’était plus de sa condition. Et elle a transmis sa vocation contrariée à son fils. Son père a été mis, à son grand désagrément, devant le fait accompli.

Cette histoire illustre une théorie de l’ethnologue Louis Dumont et contredit celle de Renaud.

Pour Renaud, l’homme est violent et la femme douce, « sauf Madame Thatcher ». Pour Louis Dumont, dans un monde hiérarchique, tout le monde est inférieur, ou supérieur, à quelqu’un. Par exemple la femme est inférieure à l’homme, mais supérieure à l’enfant, qu’elle élève pendant ses premières années.

De ce fait, elle imprime sa vision du monde sur ses petits. Si elle est malheureuse de son sort, et envie celui de l’homme, elle va transmettre ses fantasmes à ses fils (généralement à l’aîné). C’est comme cela que se propage le machisme, de génération en génération. Mais sa protection, et son admiration sans limite, peut aussi enlever toute personnalité à ses enfants.

Et le fils de Madame Thatcher ? C’est un faible.

Compléments :

  • Dans le même esprit : voir les romans de Mérimée, et le « Polytechnique, rêve de toutes les mères » de Flaubert (Bouvard et Pécuchet).
  • DUMONT, Louis, Homo hierarchicus, Gallimard, 1966.

mercredi 17 décembre 2008

Inde : équilibre miraculeux ?

The Economist se félicite de la démocratie indienne (The democracy tax is rising / special report on India).

Mais il en donne une image effrayante. Une nuée de partis, des alliances qui semblent aller et venir (l’alliance gouvernementale est constituée de 13 partis). Sur 522 députés, 120 font l’objet de poursuites judiciaires, dont 40 accusés de crimes.

Ce qui semble compliquer les choses est ce que Norbert Elias appelait le « nous », le niveau ultime d’intégration. Les pays occidentaux ont un « nous » qui correspond à la nation. Le Liban est divisé en communautés. En Inde, le « nous » semble influencé par la caste. Or, non seulement il y a beaucoup de castes, mais la caste est une réalité locale.

Est-ce parce que l’Inde est une démocratie que The Economist lui trouve autant de qualités ? Ou est-ce vraiment l’attachement de l’Inde à la démocratie qui tient ensemble ses composants volatiles ?

Le système des castes en Inde : DUMONT, Louis, Homo hierarchicus, Gallimard, 1966.