L'Humanisme serait-il à l'origine d'une idée perverse qui saperait la durabilité de notre développement ? C'est ce que semblait dire Claude Lévi-Strauss, il y a déjà pas mal d'années.
Selon lui l'Humanisme de la Renaissance a fait une grave erreur en définissant l'homme comme "être pensant" et non comme "être vivant". Et en en faisant le maître de la nature. Ce qui lui donnait la permission de massacrer la nature, mais aussi les êtres humains qu'il pensait inférieurs.
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mardi 28 août 2018
vendredi 24 août 2018
Pensée sauvage
La pensée scientifique ne serait qu'une forme de pensée, aurait pensé Claude Levi-Strauss. La "pensée sauvage" est la forme de pensée qui est le fondement de toute pensée. En quelque sorte, elle est à l'opposé de la pensée scientifique, qui est individuelle, "orientée résultat" et bâtie sur des abstractions invisibles, et pourtant supposées absolues et plus réelles que la réalité tangible. La pensée sauvage est inconsciente, collective, pratique et empirique, relative. Sa préoccupation est principalement d'organiser l'expérience de manière à ce qu'elle soit utile. Son mode opératoire est, surtout, la classification. Elle se préoccupe de rendre le monde cohérent. Le mythe joue un rôle important. Il n'a pas de sens absolu, comme nous le croyons. Il n'y a pas de "mythe d'Oedipe", par exemple. Il est un bricolage que l'on adapte à une réalité du moment à des fins utilitaires, de mise en cohérence.
Voilà ce que j'ai entendu, et qui mériterait d'être approfondi.
(Freud donne peut-être un exemple de pensée sauvage individualiste : il a raconté un mythe d'Oedipe qui lui permettait d'illustrer, voire de donner une légitimité à, sa théorie.
Paradoxe : Claude Levi-Strauss est l'apôtre du structuralisme, qui est, justement, l'illustration de la pensée scientifique : la recherche de l'abstraction, absolue, qui explique le tangible.)
Voilà ce que j'ai entendu, et qui mériterait d'être approfondi.
(Freud donne peut-être un exemple de pensée sauvage individualiste : il a raconté un mythe d'Oedipe qui lui permettait d'illustrer, voire de donner une légitimité à, sa théorie.
Paradoxe : Claude Levi-Strauss est l'apôtre du structuralisme, qui est, justement, l'illustration de la pensée scientifique : la recherche de l'abstraction, absolue, qui explique le tangible.)
samedi 16 janvier 2010
Tristes Tropiques, Claude Lévi-Strauss
Livre de Claude Lévi-Strauss que j’ai retrouvé après un oubli de 9 ans. Je n’avais pas été convaincu par ses réflexions sur la vie et le monde, qui ne me semblaient pas étayées. Ses tentatives de prospective me paraissaient malheureuses. Des idées qui lui avaient traversé la tête ? Je n’ai pas changé d’avis.
C’est un grand et agréable écrivain, lorsqu’il compte ses aventures. Ce n’est pas un ethnologue mais un homme dont la vie est réflexion, et qui utilise la vie pour stimuler cette réflexion. Tocqueville était parti en Amérique pour analyser sa démocratie afin de comprendre l'avenir de la France , de même Claude Lévi-Strauss part à la recherche du rêve de Rousseau, qu’il admire immensément. Il cherche un idéal humain, présent en partie chez tous les peuples, particulièrement chez les peuplades néolithiques, et fort peu chez nous. Un « âge d’or » qu’il ne tient qu’à nous d’approcher.
L’écriture, l’effacement du mythe au profit de la raison (autrement dit la victoire des Lumières) nous auraient éloignés de cet âge d’or, pas loin duquel serait arrivé le Bouddhisme, « religion du non savoir ».
Les religions suivantes, Christianisme et Islam seraient allées de mal en pis. Particulièrement l’Islam, « où toutes les difficultés sont justiciables d’une logique artificieuse », qui aurait dressé un mur entre Orient et Occident empêchant une jonction, salutaire pour le second, entre Bouddhisme et Christianisme.
Vision crépusculaire de l’histoire humaine, et particulièrement de notre civilisation, machine infernale à produire de l’entropie, du désordre (qu’il appelle « inertie »), et entre-temps à passer avec obstination à côté de ce qui fait le beau de la vie.
La seule activité digne de l’humanité, si je le comprends bien, consiste « à saisir l’essence de ce qu’elle fut et continue d’être, en deçà de la pensée et au-delà de la société ». Inspiration proche de celle des intellectuels de l’époque, gens de néant et d’absurde, Heidegger, Sartre ou Camus ? (La philosophie n’est pas un acte individuel mais une mode collective ?)
Et le structuralisme là dedans ? Une démonstration qui m’a laissé perplexe. Une tentative d’interprétation de l’art de la décoration d’un groupe d’indiens en fonction des règles organisant sa vie. Le fait qu’une fois peints ils ressemblent à des « cartes à jouer » semble avoir été l’intuition qui lui a permis sa découverte. Tout cela me semble fort peu scientifique car bien peu « falsifiable », comme disent les Anglo-saxons. Sans compter que je doute de la représentativité des « sauvages » qu’il a étudiés, et qui ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes.
Mais pourquoi donc s’est-il engagé dans ces théories compliquées et ne s’est-il pas contenté, lui qui semblait béni des Dieux, de profiter de la vie, sans explication ? N’était-ce pas le plus sûr moyen d’atteindre son idéal ?
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