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mardi 28 juin 2016

Douanier Rousseau

Samedi dernier, visite à l'exposition Douanier Rousseau d'Orsay. J'ai regretté qu'elle ait cédé à la mode qui veut, depuis quelques-années, que l'on mélange des oeuvres. J'aurais préféré rester dans l'univers de Rousseau. Et ce d'autant que les autres oeuvres font un contraste désagréable, et qui ne leur est pas favorable. Elles ont, elles aussi, besoin de construire leur univers.

Une question qui s'est posée aux contemporain de Rousseau était : sait-il peindre ? Il ne semble pas avoir appris. En revanche, il a une technique très supérieure à celle  des Beaux Arts. Il a créé un monde à lui. Mais un monde qui nous parle.

Peut-être nous dit-il, comme l'autre Rousseau, de nous méfier de la société ? A trop forte dose, elle assèche le génie, l'art et le coeur ?

dimanche 30 décembre 2012

2013, crises, cycles et modèles

Quelques idées reviennent régulièrement depuis le début de ce blog. Tout d’abord, c’est un blog de crise. Et la crise est un changement subi qui demande un « dégel » douloureux de nos certitudes. Ensuite, que le monde passe régulièrement du Yang au Yin, et inversement. Autrement dit après une phase macho et libérale, la société et ses valeurs reviennent en force. Enfin, que j’ai toujours tort. Petit à petit ce blog en arrive à des modélisations simples de l’évolution des choses.
  • Notre cycle libéral ressemble à celui qu’a connu le 19ème siècle. Un afflux de main d’œuvre permet à certains une accumulation de capital. Ce capital concentré permet d'innover. Jusqu’à ce que le déséquilibre d'accumulation provoque une crise (un demi-siècle de guerres, la dernière fois). D'où replâtrage = systèmes de solidarité. Le plus amusant, peut-être, est de voir apparaître régulièrement les mêmes idées. Comme au 19ème, nous découvrons que ce qui nous semblait simple bon sens était manipulation, qui voulait donner une preuve « scientifique » de ce que le riche devait être riche. Pour connaître la réussite littéraire, il suffit de dépoussiérer les succès de la fin du 19ème.
  • Le modèle anglo-saxon pourrait être celui de la piraterie. Un groupe d’hommes se met d’accord, par un contrat plus ou moins explicite, pour exploiter un filon. Organisation naturellement démocratique. Une fois le filon mis à jour, il peut-être exploité par un monopole bureaucratique. D’où une dialectique adhocracie (pirate) / monopole, bien connue des livres de management. Ce dispositif conduirait, comme en Grèce, à deux classes : hommes libres (philosophes) / esclaves.
  • Le modèle naturel de la France, serait-ce la République ? L’économie sociale ? La République n’a rien à voir avec la démocratie, qui est une assemblée libertaire refusant l’existence même de la société. La République, au contraire, est dirigée par l’intérêt général. C’est un dispositif qui permet à des individus égaux de vivre libres. Notre histoire depuis les Lumières pourrait être le changement que réclame ce modèle. C'est-à-dire une répartition égalitaire de lacapacité de penser. Le changement aura réussi, lorsque les institutions de la 3ème République pourront fonctionner, sans instabilités. Et que l’on pourra jeter le despotisme éclairé de la 5ème.
  • N’est-ce pas la capacité de fascination que suscitent ces modèles qui leur fournit leur énergie ? L’esclave anglo-saxon veut devenir maître, et ses efforts démesurés font fonctionner la société, et permettent l’oisiveté de la classe dominante. (Cf. l’histoire de la City.) De même, en France, c’est le provincial (avant guerre) et l’immigré qui veulent s’intégrer à l’élite nationale qui donnent à celle-ci les moyens de ses désirs. Mais, un modèle social qui repose sur l’exploitation de l’homme par l’homme est-il durable ? 
  • Un modèle qui pourrait expliquer tous les autres... La vie serait le triomphe de la complexité sur la concurrence parfaite, qui ne laisse émerger que des clones identiques. Cette complexité serait forcée à l'innovation par l'attaque de parasites simplistes (virus notamment). Retour au Yin et au Yang ? A la lutte éternelle entre la société, raffinée et sophistiquée, et l'individualisme, à intellect restreint ?

mardi 11 décembre 2012

Confucius et le libéralisme

Confucius aurait aimé travailler à la définition des mots, paraît-il. Il semblait penser qu’elle déterminait la bonne santé du monde. Je me demande s’il ne voulait pas dire que les mots ne sont pas neutres, ils sous entendent comment réaliser ce qu’ils désignent. Un exemple :

Que veut dire libéralisme ? Il semblerait qu’il y ait une définition française et une définition anglo-saxonne. Sur le fond, il y a accord. Il s’agit de la liberté de l’homme. Mais libéralisme n’est pas que cela.

Pour des gens comme Montesquieu, Rousseau et Pierre Manent, être libre c’est ne pas se faire asservir. La liberté résulte d’un « équilibre des forces », dit Rousseau. Mais n’est-ce pas l’image même de la France ? France dont les dysfonctionnements garantissent notre liberté ?

Madame Thatcher, elle, répond que la société n’existe pas. L’Anglo-saxon est libre, parce qu’il n’y a rien au dessus de lui. Et, effectivement, la haute société anglo-saxonne est libre, depuis l’âge des ténèbres.

Chaque définition est donc lourde de conséquences. L’Anglo-saxon ne veut pas de société, il la détruit en divisant pour régner. Le Français sait la fatalité de la société. Alors il la veut dysfonctionnelle. Il la paralyse.

Cependant, ce n’est pas pour autant qu’il ne peut pas y avoir de passerelles entre nous. Selon France Culture, la pensée libérale anglo-saxonne, follement anarchiste, aurait séduit Michel Foucault. 

dimanche 1 juillet 2012

La sélection naturelle est-elle sociale ?

Pourquoi parlons-nous une langue du sud, alors que nous sommes un pays du Nord ? me suis-je demandé. Parce que les Francs ont choisi d’être les descendants des Romains, porteurs de la civilisation ? Ce qui m’amène à une idée curieuse. Hier, ce qui était admiré était au sud. Aujourd’hui, l’Europe est dominée par les pays du nord, les barbares d’il y a peu. 

D’ailleurs, la fameuse « paresse » que l’on nous reproche n’est-elle pas la manifestation d’un art de vivre évolué ? Les classes dominantes anglaises ne donnent-elles pas l’exemple même d’une telle « paresse » ? Mais le raisonnement doit-il s’arrêter là ? Les civilisations orientales, voire l’Afrique des origines, ne sont-elles pas plus agréables que nos mondes modernes ?

J’en reviens aux théories nazies, qui voulaient que la civilisation, trop douce, soit régénérée par le sauvage ? Ou à Rousseau et Lévi-Strauss, et à leur paradis perdu ? Ou à la théorie de Spencer Wells : plus la société se développe, plus elle contraint l’homme, jusqu’à lui imposer des mutations génétiques ?

À chaque fois que l’homme a été menacé, il a trouvé des solutions sociales à ses problèmes. De ce fait, sa population a crû, mais au détriment de l’épanouissement du grand nombre.

Le plus étrange dans l’affaire, c’est que les ultra-individualistes Anglo-saxons sont probablement les principaux moteurs de cette perte de liberté. Car, d’eux vient la Révolution industrielle, qui a multiplié la population mondiale par plus de 10. Leur élite a certainement profité de l’asservissement de son prochain qui en a résulté. Mais une caste de privilégiés peut-elle se maintenir ? Poussés par leur intérêt individuel, ils font le jeu de la société, qui finira par les égaliser ?

La sélection « naturelle » ne choisit pas les individus pour eux-mêmes, mais pour servir l'espèce ?

vendredi 22 juin 2012

Une société sans mal peut elle exister ?

Je me demande si un grand nombre de gens que je lis n'ont pas fini par penser que seule une catastrophe peut nous débarrasser de notre addiction au mal, ou des vices de notre société. (Suite de ma réflexion.)

J’en doute. Une société post chaos serait probablement un monde à la Mad Max. L'idée du mal y aurait un net avantage concurrentiel, d’autant plus que ce qui bloque la croissance aurait été éliminé, la planète ayant été vidée d’une partie de sa population. Comme le dit The Economist, les crises renforcent le capitalisme.

Elinor Ostrom a mieux à proposer :

Sauvés par Elinor ?

Elinor Ostrom s’est intéressée à la gestion d’un « bien commun » par une population. Elle s’est rendu compte que quelques règles permettaient de la réaliser (voir compléments). Dans notre cas, le « bien commun » est peut-être « Gaia », l’écosystème planétaire condition de la prospérité de l’espèce.

Ce qui me frappe en lisant « Cradle to Cradle » est que nous commençons à avoir un des éléments nécessaires au modèle d’Elinor Ostrom. À savoir une forme de modélisation de l’interaction entre l’homme et la nature : aujourd’hui nous produisons des déchets nuisibles, alors qu’il faudrait qu’ils soient utiles, que ce ne soit pas des déchets. Et, nous avons les moyens de passer d’un mode de fonctionnement à l’autre.

Bien sûr, mettre en place un tel système est un changement (au sens de ce blog) extrêmement complexe. La crise de la zone euro n’est certainement qu’une aimable plaisanterie en comparaison. Mais, au moins, nous avons une lueur au bout de notre tunnel.

Compléments :
  • Lecture obligatoire : Governing the commons.
  • Autrement dit le bug de fonctionnement de l’espèce humaine est de croire que la mort doit suivre la naissance, alors qu’une espèce peut-être éternelle et se réincarner continument. (L’éternité me semble un peu longue, disons plutôt quelques milliers d’années.)
  • Quant à notre avenir il pourrait réaliser les rêves de Rousseau et de Lévi-Strauss : une communauté en équilibre avec son écosystème. Mais une communauté mondiale, non pas une tribu.
  • Quand au mal, il ne faut pas l’attaquer, ou le déplorer, mais l’ignorer. Il a fait son temps.

vendredi 9 mars 2012

Cœur et raison : trouver l'équilibre

Ce blog pense que, pour combattre le populisme, particulièrement efficace actuellement, il faut une éducation de la raison.

Malheureusement, cette éducation a une conséquence inattendue : le bobo, l’hypocrisie et la bienpensance. Bref, comme l’avait probablement compris Rousseau, éducation et raison tendent à engendrer des créatures contre nature.

Je me demande si tout n’est pas une question de mesure et d’équilibre.

Notre système éducatif fabrique des théoriciens sans cœur, élevés hors sol ou des éjectés, incultes et sujets à la manipulation. Ne serait-il pas mieux d’avoir un début de vie moins théorique et qui donne une grande part à la vie sociale et pratique, puis une formation de la pensée qui se fasse au cours de l’existence ?

Compléments :
  • Rousseau : « tout fut perdu quand ils commencèrent à étudier » (Discours sur l’inégalité). Je soupçonne d’ailleurs qu’il était la première victime du mal.

dimanche 4 mars 2012

Qui connaît ce grand humaniste Konrad LORENZ?

Quel bonheur de re découvrir Konrad LORENZ au hasard d'un article jauni datant de 1980 (?) exhumé lors du tri de mes archives perdues!

LORENZ né à Vienne en 1903, a été prix Nobel de Médecine en 1973 pour ses découvertes sur "l'organisation et la mise en évidence des modes de comportement individuel et social". Il s'agit du seul prix Nobel jamais remis à un spécialiste du comportement.Ces travaux constituent les fondements d'une nouvelle discipline de la biologie : l'éthologie ou l'étude du comportement des espèces animales. LORENZ, est surtout un vrai humaniste et ce malgré un passage délicat en 1940, qui lui a valu de nombreuses attaques de la classe scientifique. Ce biologiste de formation, a succédé à KANT à la chair de philosophie de KONIGSBERG.

Dans cet article, LORENZ, alors âgé de près de 80 ans, explique pourquoi le comportement de l'homme du XXème siècle est suicidaire et propose des remèdes. Il rappelle qu'il a publié en 1969 "l'agression" ouvrage dans lequel il explique que les animaux, les hommes y compris, ne sont pas les bons sauvages chers à JJ ROUSSEAU. Ils sont agressifs et hiérarchisés ainsi, l'animal privé d'exercer son agressivité tombe malade.

Est ce à dire que l'homme n'est qu'un animal? LORENZ précise que l'Homme possède des facultés propres acquises par l'instinct et l'inné, mais il n'est pas une page blanche à la naissance. Il n'est donc pas malléable à merci et son comportement ne peut être modifié dans n'importe quelle direction. Les travaux de Konrad LORENZ, et d'autres, ont permis à la pensée biologique de se faire une place dans les sciences du comportement humain.

Nous ne serions donc pas égaux et la base de cette inégalité est d'origine biologique ce qui sous tend qu'il existe des différences de capacités entre les hommes. LORENZ explique que l'égalitarisme a une responsabilité dans ce qui se passe dans le monde (de 1980).

Les analyses scientifiques et philosophiques de LORENZ débouchent sur un véritable humanisme et une vision prémonitoire. Déjà en 1973 LORENZ parle des huit péchés capitaux :
  1. le surpeuplement,
  2. la dévastation de l'environnement,
  3. la tiédeur de l'homme moderne,
  4. la course contre soi-même,
  5. le risque de dégradation génétique,
  6. la rupture de la tradition,
  7. la contagion de l'endoctrinement,
  8. le développement de l'arme nucléaire.
LORENZ détermine une marque d'auto-domestication qui modifie physiquement et moralement l'espèce humaine vers plus d'intelligence et moins de fierté. Ce phénomène est poussé par l'espace sur le globe, qui se réduit sous l'influence du commerce et des communications qui poussent vers une uniformité accélérée. (On est en 1973!) Le phénomène sélectif naturel, qui a fait notre grandeur, n'est aujourd'hui gradué que par la seule capacité économique...

LORENZ de conclure que la catastrophe est inéluctable et le remède est l'éducation.

N'est ce pas là une vision très prémonitoire de ce que nous voyons aujourd'hui? Ne faudrait il pas vite relire LORENZ? Je vous le recommande car c'est riche, très riche!

dimanche 12 février 2012

Y a-t-il des civilisations supérieures ?

M.Guéant affirme qu’il existe des civilisations supérieures. Question de « bon sens ». Le mien ne s’y retrouve pas. Qu’est-ce qu’une civilisation ? Comment classifier des civilisations ?

mercredi 1 février 2012

L’art de la relation client : conclusion provisoire

Quel enseignement tirer de ma série sur « l’art de la relation client » ?

Que l’individu ne pèse pas lourd face à l’entreprise.

Je lis beaucoup les Anglo-saxons. Je les vois très inquiets de la menace que constitue pour la liberté humaine l’Église ou l’État, mais jamais des dangers que représente l’entreprise. Pourtant, non seulement les entreprises sont devenues bien plus puissantes que certains États, mais encore elles tendent à se liguer, explicitement ou pour des raisons systémiques.

Rousseau pensait que seule une « égalité de forces » pouvait nous éviter l’asservissement. Ce raisonnement fait l’hypothèse que la logique de la vie est l’affrontement. Il me semble que tant que l’on fera ce type d’hypothèse, il n’y aura que mesure et contre-mesure. Nous ne serons libres que lorsque nous serons convaincus que nous sommes dans le même bateau ?

lundi 30 janvier 2012

Choisir un président (4) : leadership

La théorie du leadership joue un rôle central dans la culture anglo-saxonne et dans les cours de MBA. Peut-on l’appliquer à nos élections ?

Traditionnellement, le leader est le pasteur du troupeau. Aurions-nous besoin d’un Führer ? En fait, la définition des théories du management sont plus acceptables pour notre amour-propre. Le leader, selon John Kotter (Leading change), est l’homme qui sait « conduire le changement ». Il a une vision pour l’avenir du groupe, et elle réussit.

Cette vision (parfois appelée « stretch goal ») paraît évidente à tous. Autrement dit, il y a probablement de l’intérêt général là-dedans, comme chez Kant et Rousseau. Mais cela va peut-être plus loin que chez eux : l’intérêt général pourrait avoir besoin d’une « réinvention » pour être opérationnel. C’est d’ailleurs ce que dit Chester Barnard (The Functions of the Executive), un autre théoricien des sciences du management.

Dans l’entreprise, cette réinvention se nomme nouveau « modèle économique ». Pour une nation on parlera de « projet de société ». Un tel « projet » n’est pas unique. Ce qui compte est qu'il réponde aux problèmes perçus par la nation - qui se résument probablement à l’idée que notre situation n’est pas « durable ». Et ce n’est pas « the one best way » de Taylor, un processus pour machine. C’est un problème à résoudre ensemble, le leader donnant un objectif à atteindre et une méthode de travail au groupe. 

Napoléon fournit une métaphore explicative : s’il a le génie de la stratégie, il ne peut réussir sans son armée. Paradoxalement cette stratégie semble à la dite armée la solution de la bataille, alors que c’est à elle de se sacrifier pour la gagner.

mardi 10 janvier 2012

Pour une 6ème République ?

Si l’on confronte notre 5ème République avec les idées des Lumières, on obtient quelque chose de ridicule : un exécutif, qui donne des ordres au législatif.

Comment fonctionnerait un système selon le goût des Lumières, au fait ?

Le législatif (l’assemblée nationale) aurait pour mission de comprendre l’intérêt général, ou « bien souverain ». L’exécutif le mettrait ensuite en place.

Cela demanderait un nouveau type de députés. Non seulement, ils ne devraient pas être à la botte du pouvoir ou d’un parti, comme aujourd’hui, mais ils ne devraient pas non plus être exclusivement des lobbyistes pour les intérêts particuliers de leurs électeurs. L’expression de l’intérêt général sortirait de leurs débats. Ce qui leur demanderait d’être des esprits supérieurs.
L’intérêt commun, seule source de légitimité, s’exprime dans ce que Rousseau appelle la volonté générale. Celle-ci, à son tour, se traduit en lois.
( …) On accède aux lumières, non en se fiant à l’illumination d’un seul, mais en réunissant deux conditions : d’abord choisir des « hommes éclairés », c’est-à-dire des gens bien informés et capables de raisonner ; ensuite les conduire à chercher « la raison commune », en les mettant donc en situation de dialogue argumenté. (TODOROV, Tzvetan, L’esprit des Lumières, Le Livre de Poche, 2006)
Compléments :
  • Le bug vient probablement de De Gaulle, qui estimait que seul le système monarchique, dans lequel le roi est susceptible de connaître l’intérêt général était adapté à la France. 

jeudi 8 septembre 2011

The Western illusion of human nature, Marshall Sahlins

« La civilisation occidentale a été construite sur une idée perverse et erronée de la nature humaine ». Sahlins, Marshall, The Western illusion of human nature, Prickly paradign press, 2008.

Les Grecs d’il y a 25 siècles décrivaient leurs maux de la même façon que nous le ferions aujourd’hui. Le néoconservatisme, par exemple, y avait un autre nom, mais les mêmes effets. L’histoire est un éternel recommencement. 

Tout cela tient à une hypothèse inconsciente. Poussé par ses instincts, l’homme fait le mal. Il faut le contrôler par la culture (la loi et la morale).

De ce fait, notre histoire a été une oscillation entre deux tendances, bougeant en réaction l’une avec l’autre. 

La première, que l’on trouve chez Platon (ou dans les monarchies, plus récemment chez les néoconservateurs et dans notre haute administration), veut que le bien soit imposé au peuple par une élite bien née et correctement formée. La seconde estime que c’est l’équilibre de forces égales qui produit le bien (cf. la main invisible d’Adam Smith ou les théories de Rousseau).

Les deux peuvent coexister, d'ailleurs : l’élite égalitaire anglaise ou grecque, en concurrence parfaite, gouverne une masse à l’instinct bas.

En fait, cette hypothèse est fausse. La science constate que la culture a précédé (de millions d’années ?) l’homo sapiens, qui, par ailleurs, a un cerveau fait pour gérer une sorte d’écosystème extrêmement complexe (« le cerveau humain est un organe social »).

Et elle ne correspond à rien de ce que pensent les autres cultures. Elles estiment que « l’essence humaine existe dans et en tant que relation sociale », et, même, que l’humain est à l’origine de tout, autrement dit que l’animal descend de l’homme, ou est une forme d’homme. 

mardi 24 mai 2011

DSK consentant

L’affaire DSK se dirigerait vers un rapport sexuel entre adultes consentants.

Je me demande si, longtemps, cet argument n’aurait pas été irrecevable en France. Les héritiers de la République et de Rousseau pensaient qu’il ne pouvait pas y avoir contrat entre un oligarque et une chambrière, qu’un contrat entre forces disproportionnées est fatalement léonin.

Il est vrai qu’encore avant, trousser les domestiques était certainement un signe d’une robuste constitution. Serait-ce cela le néoconservatisme : un retour vers l'Ancien régime ?

Compléments :

jeudi 28 octobre 2010

Religion de l’Homme


Durkheim estime que la religion moderne est celle de l’Homme. L’Homme s’entendant comme ce que nous avons tous en commun – à ne pas confondre avec l’utilitarisme égoïste anglo-saxon. Cette religion est née avec les Lumières, elle a été théorisée par Kant et Rousseau, et sa patrie est la France. Elle est le seul moyen d’apporter un peu de cohésion à une humanité dont les éléments sont éloignés par « le progrès incessant de la division des tâches » inhérent à notre mode de développement. Elle est une continuation de la religion chrétienne qui a « érigé (l’individu) en juge souverain de sa propre conduite ». C’est la religion de la raison. Nous devons l’utiliser pour prendre des décisions qui sont bonnes pour l’Homme.

Vu l’état de l’humanité, il semble que nous ayons encore beaucoup de travail à faire dans l’art du bon usage de la raison… 

lundi 18 octobre 2010

L’homme est nécessaire à la nature ?

L’homme serait un facteur favorable à la biodiversité. C’est l’idée la plus surprenante que je retiens du Développement durable de Sylvie Brunel.

Du coup, j’en viens à me demander si nous sommes manipulés par des idéologies erronées. L'idéologie anglo-saxonne de la nature vierge et de l’homme nuisible. Mais aussi la doctrine rousseauiste qui veut que la société corrompe tout et qui pleure sur une communauté initiale et bénie de chasseurs cueilleurs, après laquelle Lévi-Strauss a couru toute sa vie.

Et si, comme dans la pensée chinoise, l’homme était au centre du monde, au sens ou il est essentiel pour son bon équilibre ? Et si les inquiétudes de Rousseau et des écologistes anglo-saxons tenaient non à un vice de l’homme en général, mais à celui de leur société propre : une forme de parasitisme, non durable ?

lundi 2 août 2010

Libéralisme

En réfléchissant à ce blog, je découvre que l’on y trouve deux définitions de « libéralisme », au moins dans son acception initiale :
  • Celle de Rousseau, pour qui la liberté de l’homme ne s’obtient que par une « égalité de puissance » : aucun homme ne doit pouvoir en asservir un autre. Avec regret d’un paradis perdu.
  • Celle de Mill, qui pense que la société doit, avant tout, créer des hommes de caractère. C’est de l’affrontement de leurs idées que surgira le progrès et le bien.
Il est possible qu’il faille mélanger les deux : la société doit développer des individus vigoureux, faire fructifier leurs talents, mais veiller à ce qu’ils ne puissent pas souffrir d’une insuffisance de « pouvoir ». (Ce à quoi Mill était sensible : cependant, il avait surtout peur que l’individu d’exception ne soit écrabouillé par la masse.)

mercredi 30 juin 2010

Violences primitives

Étude du comportement des chimpanzés. Ils sont extrêmement agressifs, tuant de grands nombres de congénères. Et ils se battent pour des territoires – entrepôts de nourritures. Et ils font une guerre d’équipe, non de duels. L’homme primitif, qui devait s’apparenter au Chimpanzé, doit-il sa « tendance à se réunir autour de concepts abstraits » à ces dispositifs guerriers ? La société serait-elle née de la guerre ?

Cela signifie-t-il, contrairement à ce que croyait Rousseau, que nous avons la guerre dans le sang ? Et qu’il n’y a pas besoin d’être agriculteur pour avoir des biens à défendre ? 

samedi 16 janvier 2010

Tristes Tropiques, Claude Lévi-Strauss


Livre de Claude Lévi-Strauss que j’ai retrouvé après un oubli de 9 ans. Je n’avais pas été convaincu par ses réflexions sur la vie et le monde, qui ne me semblaient pas étayées. Ses tentatives de prospective me paraissaient malheureuses. Des idées qui lui avaient traversé la tête ? Je n’ai pas changé d’avis.

C’est un grand et agréable écrivain, lorsqu’il compte ses aventures. Ce n’est pas un ethnologue mais un homme dont la vie est réflexion, et qui utilise la vie pour stimuler cette réflexion. Tocqueville était parti en Amérique pour analyser sa démocratie afin de comprendre l'avenir de la France, de même Claude Lévi-Strauss part à la recherche du rêve de Rousseau, qu’il admire immensément. Il cherche un idéal humain, présent en partie chez tous les peuples, particulièrement chez les peuplades néolithiques, et fort peu chez nous. Un « âge d’or » qu’il ne tient qu’à nous d’approcher.

L’écriture, l’effacement du mythe au profit de la raison (autrement dit la victoire des Lumières) nous auraient éloignés de cet âge d’or, pas loin duquel serait arrivé le Bouddhisme, « religion du non savoir ».
Les religions suivantes, Christianisme et Islam seraient allées de mal en pis. Particulièrement l’Islam, « où toutes les difficultés sont justiciables d’une logique artificieuse », qui aurait dressé un mur entre Orient et Occident empêchant une jonction, salutaire pour le second, entre Bouddhisme et Christianisme. 

Vision crépusculaire de l’histoire humaine, et particulièrement de notre civilisation, machine infernale à produire de l’entropie, du désordre (qu’il appelle « inertie »), et entre-temps à passer avec obstination à côté de ce qui fait le beau de la vie.

La seule activité digne de l’humanité, si je le comprends bien, consiste « à saisir l’essence de ce qu’elle fut et continue d’être, en deçà de la pensée et au-delà de la société ». Inspiration proche de celle des intellectuels de l’époque, gens de néant et d’absurde, Heidegger, Sartre ou Camus ? (La philosophie n’est pas un acte individuel mais une mode collective ?)

Et le structuralisme là dedans ? Une démonstration qui m’a laissé perplexe. Une tentative d’interprétation de l’art de la décoration d’un groupe d’indiens en fonction des règles organisant sa vie. Le fait qu’une fois peints ils ressemblent à des « cartes à jouer » semble avoir été l’intuition qui lui a permis sa découverte. Tout cela me semble fort peu scientifique car bien peu « falsifiable », comme disent les Anglo-saxons. Sans compter que je doute de la représentativité des « sauvages » qu’il a étudiés, et qui ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes.

Mais pourquoi donc s’est-il engagé dans ces théories compliquées et ne s’est-il pas contenté, lui qui semblait béni des Dieux, de profiter de la vie, sans explication ? N’était-ce pas le plus sûr moyen d’atteindre son idéal ?

lundi 28 décembre 2009

Liberté, égalité, fraternité

Petit à petit, j’ai compris que la devise de la France n’était pas ce qu’elle signifiait pour moi. Cela s’est fait en 3 étapes :

  1. Histoire intellectuelle du libéralisme de Pierre Manent affirme que le libéralisme a été le problème central de la réflexion des philosophes des Lumières : comment faire que l’homme ne puisse pas être asservi par un autre homme ? La « liberté », c’est ne pas pouvoir être asservi, et ne pas en avoir le désir, ajoute Rousseau.
  2. Ensuite, c’est le Contrat Social. Rousseau y explique que pour que l’homme ne puisse pas être asservi, il doit y avoir une « égalité de puissance ». « L’égalité », c’est avoir la même force que l'autre, ce n’est pas lui être semblable.
  3. Enfin, ce matin, en lisant The Enlightenment de Peter Gay, j’observe que l’on y parle de « brotherhood ». Et si la fraternité était cela : pas un sentiment fraternel mais la conviction que nous sommes tous frères, avec tout ce que cela implique ? Avec l’égalité on peut avoir une liberté guerrière (équilibre de la terreur), avec la fraternité, elle n’est plus possible.

Dans Liberté, égalité, fraternité, liberté est l’objectif, égalité et fraternité seraient deux conditions nécessaires, espérées suffisantes ?

Promenades de Rousseau

Les rêveries d’un promeneur solitaire ont été mon livre de poche de la semaine dernière.

Inconsciemment, je pensais que le livre serait à l’image de son titre : des considérations agréables et vagues sur la vie, la nature. Or, j’ai trouvé une suite des Confessions. Rousseau se lamente insupportablement sur son sort, dans une sorte de délire de persécution que j’ai du mal à comprendre : alors qu’il croit que l’humanité lui est hostile, elle lui accordera le panthéon seize ans après sa mort.

La curieuse idée suivante m’est venue. Rousseau semble s’être brouillé avec les autres philosophes des Lumières, lorsqu’il s’est coupé d’eux. J’ai l’impression qu’il a voulu alors appliquer ses théories, en quelque sorte « revenir à la nature ». Ce que je comprends de ce livre, c’est que la tentative a été un échec, qui aurait été raillé par ses amis. Les rêveries ne seraient rien d’autre qu’une tentative de défense.

Bien maladroite me semble-t-il. Non seulement il ne paraît pas capable de rester longtemps à la campagne, mais encore, il y mène la vie d’un riche oisif. D’ailleurs, un de ses plaisirs est de s’acheter l’affection des enfants de pauvres en leur offrant des cadeaux. Le plus étonnant est ce qu’il dit des raisons pour lesquelles il a mis ses enfants aux Enfants trouvés : il avait peur que sa femme les élève mal !

Rousseau était-il un dangereux idéologue ? Un bobo ?