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mercredi 25 mai 2022

Honnêteté intellectuelle

J'ai retrouvé une phrase de Sartre, qui m'avait indigné lorsque j'avais 16 ou 17 ans. Il parle d'un jeune homme qui vient lui demander conseil, et dit que, lorsque l'on fait cette démarche, on sait toujours l'avis que l'on va recevoir. 

Je n'ai jamais compris que l'on puisse faire une telle affirmation. Quand on va consulter un médecin, on n'a aucune idée de ce qu'il va nous dire. Quant à moi, je me suis toujours méfié de mes idées et suis soucieux d'écouter ceux qui ne me ressemblent pas. Cela, d'ailleurs, amène fréquemment ce blog à changer d'avis. 

Je ne comprends pas comment on peut s'appeler Sartre, se prétendre philosophe, normalien, agrégé de philosophie (ce qui, en son temps, signifiait "esprit scientifique"), et balancer, sans sourciller de telles âneries. 

Le mal de la philosophie moderne, qui est tombée dans le sophisme ? 

dimanche 25 avril 2021

Jean-Claude Fasquelle, l'autodidacte

France Culture consacrait des entretiens à Jean-Claude Fasquelle, qui a dirigé l'éditeur Grasset. 

Pourquoi considérer un éditeur comme quelqu'un d'important ? peut-on se demander. En particulier, son chiffre d'affaires doit paraître un pourboire au dirigeant d'Amazon ou d'Apple. D'ailleurs, quels sont ses titres de gloires ? Il a eu beaucoup de prix littéraires, certes, mais qui se souvient encore des auteurs qui les ont obtenus ? Ils n'étaient que de leur temps. France Culture sacrifie à la grandeur de la France passée ?

Ce que j'en retiens est qu'il fut un bon éditeur alors que rien ne semblait l'y prédestiner, sinon qu'il était l'héritier d'une maison d'édition. Ce n'est que lorsque, contraint, à 23 ans, il a dû la diriger, qu'il a découvert qu'il aimait faire ce métier ! 

De l'efficacité de nos systèmes de repérage des talents ? pourrait-on se demander en ces temps de chasse à l'élite. 

(Sartre aurait été son antithèse, apparemment. Il aurait assimilé les auteurs qui écrivaient bien à des suppos du totalitarisme bourgeois, et serait parvenu, par l'intimidation, à faire de l'incorrection la norme des lettres françaises.)

vendredi 10 juillet 2020

Sartre et Camus, deux visages du néant ?

Sartre et Camus furent, en leur temps, des rock stars. Ils ont vendu un nombre colossal de livres, on se bousculait à leurs conférences, et, comme Bob Dylan, ils ont reçu le prix Nobel. Dans les années 50, le monde avait les yeux braqués sur la philosophie française. Puis la pop anglaise est devenue le phare de l'humanité.

Leur genre ? L'existentialisme. Et l'existentialisme, c'est "l'absurde". On est pris du sentiment de l'absurde lorsque l'on découvre que ce sur quoi repose notre vie est faux. Par exemple, la femme que j'aime n'est pas une femme mais un nuage d'atomes. Conséquence : angoisse existentielle.

Comment se fait-il que les frères philosophes soient devenus ennemis ? Une hypothèse est qu'il y ait deux façons de réagir à l'absurde. Plus exactement, il y en a trois. La première, la plus logique pour vous et moi, consiste à se faire sauter la cervelle. Mais, Sartre et Camus ne croyaient pas à l'absurde, à l'atome derrière la femme. Pour Sartre, il révélait qu'il y avait quelque-chose au delà de l'être, pour Camus, cette chose était à l'intérieur de nous. Nous n'avions pas vu ce qui comptait réellement pour nous. La vie est belle, le physicien, avec ses atomes, passe à côté de l'essentiel !

Alors que, pour l'homme ordinaire, l'absurde rend fou (du danger de la philosophie pour l'esprit faible), pour eux, il était, au contraire, une bonne nouvelle. Là où, à nouveau, ils se séparaient, c'était dans la conséquence de leurs croyances. Essayer de faire avec ce que l'on a (Camus) n'est pas la même chose qu'imposer le bien idéal à l'humanité (Sartre). L'un s'appelle l'empirisme, l'autre le totalitarisme.

jeudi 13 avril 2017

Empires et cités dans la Méditerranée antique

30 articles, brefs et clairs, sur quelques événements qui ont modifié le cours de l'histoire, et de nos vies. Transformations culturelles au Moyen orient, la Grèce, Rome, et pas mal de choses sur les Juifs anciens. 

C'est ce sujet que je connaissais le moins bien. Je ne pensais pas que "l'antijudéisme" était présent à cette époque. Après tout le monde romain était pragmatique. Un peu comme les USA modernes, il absorbait aisément les cultures conquises. En particulier leurs dieux et leurs religions. Il ne leur demandait pas de changement, sinon d'accepter des règles de bon voisinage. D'ailleurs, les élites romaines semblaient favorables aux Juifs, et  les élites juives semblaient séduites par la culture dominante (qui était grecque !). Mais c'est le peuple qui en a décidé autrement.  Peut-être parce que le petit peuple tenait fermement à ses traditions, et cohabitait mal avec ceux qui l'entouraient, ces derniers ne l'aimaient pas. Aussi, il était prêt au martyr pour conserver les dîtes traditions. Ce n'était peut-être pas le cas de tout le peuple, mais d'une minorité suffisamment efficace pour qu'elle entraîne avec elle le reste du groupe. Elle semble même avoir inventé le terrorisme, voire le djihadistes moderne. Les "sicaires" assassinaient au couteau leurs coreligionnaires. Les réactions qui en résultaient étaient si violentes qu'elles forçaient des autorités romaines, dépassées, à utiliser des moyens extrêmes (raser, quasiment, Jerusalem, et en chasser les Juifs), pour mettre un terme au trouble à l'ordre public. 

Un livre de Maurice Sartre, Texto, 2017

vendredi 10 juin 2016

L'escroquerie de Sartre

L'existentialisme, c'est tout con. Cela vient de Kierkegaard. Après Kant, Hegel cherche à bâtir le monde sur la raison. Cela part d'un bon sentiment. On ne peut pas connaître la réalité de la nature, autant bâtir un univers où il ferait bon vivre. Malheureusement cela débouche sur le néant, l'absurde. (D'où le nihilisme des possédés de Dostoïevski et les travaux de Marx.) Cela révolte Kierkegaard. Cette folie vient de ce que nous ne savons plus ce qu'exister, vivre, signifie, dit-il. L'existentialisme, c'est se débarrasser des effets pervers de la raison, pour retrouver le sens de la vie. 

Or, Sartre s'est fait le champion de l'existentialisme pour justifier Hegel et le nihilisme ! Il a récupéré l'existentialisme pour lui faire dire le contraire de ce qu'il signifiait ! 

(Le nihilisme est le mal de l'intellectuel : il ne peut plus penser que dans le cadre de ce qu'on lui a enseigné. Il vit dans un monde de concepts abstraits. Et ce cadre, comme le dit Gödel, est "incomplet". Il produit l'impuissance. L'intellectuel est condamné à l'absurde.)

jeudi 5 novembre 2015

Les mots de Sartre

Que c'est brillant ! Quel styliste ! Quelle ironie désespérée ! Quel bonheur de la formule ! Quelle facilité ! Quel dommage que Les mots soient uniques dans une oeuvre essentiellement de circonstance. Voilà ce que je me suis dit. 

Sartre raconte son enfance. Son père meurt à sa naissance. Sa mère et lui sont recueillis par le patriarche et grand père Schweitzer. Si bien qu'il se considérera longtemps comme le frère de sa mère. Souvenirs d'un "imposteur" : lui et les siens jouent une pièce de théâtre dans laquelle il a le rôle du génie. Celui qui sauvera l'humanité par son art. Il lui faudra des décennies pour devenir un homme comme les autres. 

En rapprochant ces mots de l'interview de sa fille adoptive, entendue sur France Culture, je me suis demandé si cela avait bien été le cas. Et s'il avait reproduit, avec cette fille adoptive, l'idéal qu'il avait vécu avec sa mère ? Et si sa pensée était restée celle d'un singe savant dont le seul désir est de plaire à quelque "autorité" ? Et si sa vie avait été en totale contradiction avec son oeuvre ?  

(SARTRE, Jean-Paul, Les mots, Gallimard, 1977.)

dimanche 15 décembre 2013

Qui suis-je ?

Une des observations de ce blog est qu’aucune idée n’est innocente. Elle est le reflet d’une vision du monde. Et, si elle est acceptée, elle a la capacité de transformer le monde selon cette vision. Cette idée vient de la systémique. Nous sommes des morceaux de systèmes, et partout où nous nous arrêtons, nous tentons d’installer notre système avec nous.

Quel est mon système ? Une piste m’a été donnée par Hannah Arendt. Pourquoi diable quelqu’un qui me ressemble aussi peu semble-t-il réagir comme moi ? Et si j’avais quelque chose en commun avec elle, et avec les gens qu’elle estimait, notamment Clémenceau, Camus et Kant ?

Je soupçonne que le point commun de tout ce monde est qu'il est sorti du peuple, grâce à l’éducation, mais sans couper ses racines (contrairement à Sartre, qu’Hannah Arendt méprisait). Peut-être que cela le place à égale distance du « collectivisme » de l'intellectuel, qui asservit le peuple par l’idée, et de l’individualiste, parasite social. C’est du moins ainsi que Clémenceau semblait se définir.

Si le système est celui de Kant, c’est peut-être un système « scientifique ». Il considère que le monde est incertain. Qu’il faut être sur le qui-vive (doute). Et que l’union fait la force. C’est un système qui reconnaît qu’il a besoin des autres systèmes. Et, même, que leur « conflit » est une dynamique nécessaire. (Cf. la vision qu’a Kant du fédéralisme.)

A suivre. En tout cas étrange exercice. Lire les autres, pour décoder sa propre pensée. 

samedi 8 juin 2013

Sartre, intellectuel engagé

Cette semaine, j’ai entendu des bribes d’un entretien entre France Culture et la fille adoptive de Sartre.

Sartre a été reçu premier à l’agrégation de philosophie, mais a-t-il été un philosophe ? Traditionnellement, le philosophe a la capacité de se dégager du monde, et de ses idées reçues. C’est ainsi qu’il va chercher la « sagesse », et, éventuellement, nous la faire partager. Sartre semble avoir pris « engagement » au sens littéral. Il s'est trouvé prisonnier de la vie. Il a été ballotté par les événements. Ils l’ont empêché de réfléchir. A tel point qu’il a dû se droguer pour tenir le rythme de publication qu’il s’était imposé. 

dimanche 26 mai 2013

Hannah Arendt

Je me suis interrogé sur Hannah Arendt : haïssait-elle le monde ? Je ne pouvais pas plus me tromper. Sa devise était « amour du monde » ! Hannah Arendt m’a certainement donné une grande leçon. Une leçon qui est peut-être au centre de sa pensée. Mon erreur n’était pas dans l’interprétation de son livre, mais dans celle de ses intentions. Voilà ce qui arrive lorsque l’on est intellectuellement paresseux. La paresse intellectuelle est le mal banal qui nous entraîne sur la pente douce du mal absolu.
Le plus étrange est qu’à mesure que je lisais la vie d’Hannah Arendt, je découvrais qu’elle a écrit ce blog. Apparemment, à probablement pas grand-chose près, nous avons les mêmes obsessions. Toujours est-il que la pensée d’Hannah Arendt est étonnamment explosive. Elle contredit tout le prêt à penser moderne. Elle a révélé à la société de son temps ses petits arrangements coupables. Comme moi, celle-ci a réagi brutalement.

Eichmann et la banalité du mal
Il n’est pas étonnant que les déclarations d’Hannah Arendt sur Eichmann aient été mal reçues ! Ce n’est pas ce qu’elle écrit d’Eichmann qui compte. (Eichmann est un pauvre type qui n’avait pas les capacités de comprendre ce qu’il faisait.) Mais c’est son opinion sur l’attitude de la communauté juive. Hannah Arendt dit d’elle ce que l’on dit de la France : son élite dirigeante a facilité le travail des nazis. Et cela en pensant faire le bien, ou un « moindre mal ». Or cette élite dirige Israël ! Et le procès Eichmann est une manœuvre politique de Ben Gourion, qui par ailleurs a des accords avec l’Allemagne (qui lui livre des armes).
On entre de plein pied dans la théorie d’Hannah Arendt. L’homme est conditionné par sa communauté. Les nazis ont réalisé le mal absolu en détruisant les conditions qui font de l’homme un homme digne de ce nom. C’est pour cela que tous les peuples ont réagi de la même façon à leur influence. Le seul antidote au mal est la pensée et le jugement. C’est à la fois le doute quotidien, le refus du prêt à penser et des bons sentiments. Mais aussi chercher, contrairement à ce qu’a fait le monde d’après guerre, à comprendre pourquoi nous avons basculé dans le mal absolu. Tant que nous ne connaîtrons pas les causes du totalitarisme, il nous menacera.

La société contre le politique
J’avais correctement compris que la grande affaire d’Hannah Arendt est la lutte entre la société et le politique. Le politique doit s’entendre au sens grec du terme. C’est le débat dont émergent les directions que doit suivre la cité. C’est ce débat permanent entre égaux qui fait l’homme. L’homme a donc besoin d’une « pluralité » d’hommes pour se constituer. Il ne peut devenir lui-même que par « l’action » au sein d’une collectivité. Le droit de l’homme premier est donc d'être membre d'une communauté.
L’évolution historique de la société la montre occupée à détruire le politique, afin de faire de l’homme une chose gouvernée par ses besoins physiologiques. Exemples ? La glorification du travail par Marx, travail qui jusque-là était l’apanage des animaux ; l’égalité des femmes, qui si elle ne s’inscrit pas dans un combat politique servira une forme d’asservissement. (Autre exemple : l’attaque récente contre l’Etat et les politiques, au nom du marché ?)

Science du politique
Hannah Arendt voulait établir une science du politique. Je ne sais pas si elle a réussi. En tout cas, voici quelques idées que j’ai retenues.
Comme Kant, et contrairement à Hegel, elle pense qu’il n’y a ni fatalisme, ni détermination. L’histoire n’est pas écrite, c’est l’action quotidienne qui la fait. Comme Kant, elle est contre la raison pure, et pour la raison pratique. Elle oppose la « vérité des faits », à la raison. La raison nous enthousiasme pour des idées abstraites, coupées du sens commun qui se construit par la discussion. C’est au nom de ces idéologies que l’homme détruit l’homme. En revanche, les hommes ou les sociétés possèdent au fond d’eux une richesse qui leur est particulière (par exemple l’idée du politique chez les Grecs ?). C’est elle qu’il faut préserver. C’est l’interaction de ces « richesses » humaines qui permet la créativité du débat politique.
Le totalitarisme commence par une combinaison élite / masse. L’élite pense de manière mécanique. Elle suit une idéologie. La masse, si je comprends bien, diffère du peuple en ce qu’elle est faite d’individus indistincts, il n’y a plus de communautés. Elite et masse ont en commun, donc, de ne pas penser, de ne pas être capables de juger. Juger ne demande ni un haut intellect, ni une connaissance des sciences de la morale. Mais un questionnement systématique, une conversation permanente avec soi-même, et la volonté de prendre des décisions avec lesquelles ont pourra vivre. De manière plus technique, Hannah Arendt pense que juger, c’est se vider (de ses préjugés). On voit alors le bien et le mal, comme on voit le beau et le laid en art. (D’où référence aux travaux de Kant sur l’esthétique.)
L’éducation est un sujet important. De même que chaque action est une renaissance et une réinvention de la société, l’enfant est la source ultime d’innovation. Il ne doit donc pas être endoctriné. Ses différences, sa connaissance de la culture à laquelle il appartient et sa capacité à raisonner doivent être développées (idées de Herder).
La reconnaissance de l’importance du groupe comme condition nécessaire de l’être humain pose un problème curieux. Elle contredit la prééminence des droits de l’homme, puisque ceux-ci sous-entendent que l’individu est une sorte d’électron libre. En outre, pas de droits de l’homme (ou de la femme !) sans communauté pour les faire appliquer. Elle semble dire qu’une société est un assemblage de communautés. Les communautés sont des êtres moraux qui ont leurs droits. Aucune ne doit dominer les autres (comme l’UE, au fond). L’assimilation par une communauté supérieure de communautés subalternes (les Juifs en Allemagne d’avant guerre, les noirs aux USA) doit être combattue.
Autres idées curieuses. L’ambiguïté. Lorsqu’aucune solution proposée n’est satisfaisante (assimilation ou sionisme dans le cas d’Hannah Arendt), il faut naviguer entre les deux. Pensée systémique ? La non-violence, aussi. Hannah Arendt pensait que la violence était une manifestation d'impuissance. Qu'en cas de difficultés, il fallait sonder les ressources de la non-violence en premier.

Hannah Arendt le néoconservatisme et la pensée française
On finit dans l’anecdote. Contrairement à ce que je pensais, Hannah Arendt était anti-neocon. Mouvement dont elle a rencontré les fondateurs en Allemagne (Leo Strauss). Pour elle, les néoconservateurs combattaient le totalitarisme par le totalitarisme. Plus exactement, ils faisaient de la démocratie un concept totalitaire.
Hannah Arendt connaissait très bien la France, pour y avoir vécu. Elle a soutenu Daniel Cohn-Bendit, dont les parents avaient été ses amis. Elle pensait qu’en voulant secouer la rigidité des règles administratives de son université, il avait failli faire tomber un Etat étrangement fragile. Pour elle, le plus grand penseur français était Camus. Quant à Sartre c’était une sorte de néant. Une pensée pseudo hégélienne incohérente, qui s’était raccrochée au Marxisme, avec lequel elle n’avait rien à voir, pour pouvoir dire quelque chose.

samedi 29 décembre 2012

Depardieu ou la révolte d’un être humain ?

Le gouvernement semble avoir cru qu’il ferait de Depardieu un bouc émissaire commode. A-t-il oublié que la France est spontanément du côté de l’opprimé, contre le pouvoir ?
Ce qui me frappe plutôt est que l’on traite maintenant Depardieu de « grand acteur ». Ces derniers temps on en parlait surtout comme d’un alcoolique aux excentricités ridicules. Un bouffon, en somme. Et qui ne faisait plus que de mauvais films. Probablement alimentaires.
Et s’il venait de prendre conscience de ce mépris ? Et s’il découvrait qu’il devait son succès à une intelligentsia, séduite par son extraction populaire, qui lui reproche maintenant d’être sorti de sa condition ? Un prolo qui aurait voulu penser ? Sartre contre Camus, acte 2 ?

dimanche 10 juin 2012

Albert Camus

Albert Camus n’était pas celui que je croyais.

Il n’était pas existentialiste ! Pour lui l’existentialiste était allemand, alors qu’il aimait les philosophes grecs.

Il n’était pas non plus philosophe, il se voulait artiste. Et l’absurde n’a pas été important pour lui. En fait, c’est peut-être plus sa vie que son œuvre qui est digne d’intérêt. Homme de convictions et de doutes, il a « osé penser », selon la devise de Kant.

Il s’est « révolté », il s’est dressé contre les dogmatismes. Il a cherché une « troisième voie » entre les pensées totalitaires de gauche et de droite. Ce qui lui a valu la haine de l’intelligentsia parisienne et de la presse, qui un moment l’avaient cru l’un des siens. (La droite a cherché à le récupérer, jusque dans la tombe : M.Sarkozy a voulu le transférer au Panthéon !)

Il s’est ainsi permis de critiquer l’Union soviétique, encensée par Sartre, ainsi que le terrorisme et ses victimes innocentes en Algérie, où il désirait qu'il y ait accord entre ses « peuples » européen et musulman (à l’image de ce qui s’est fait par la suite en Afrique du sud).

Il a aussi été le premier à s’inquiéter de la bombe atomique (immédiatement après Hiroshima), et n’a jamais oublié les Républicains espagnols victimes de Franco.

Algérien, venu du peuple le plus pauvre (père mort à la guerre de quatorze, mère servante et quasi handicapée mentale), souffrant toute sa vie de tuberculose, remarqué par un instituteur qui lui a permis de poursuivre ses études, résistant... il est resté fidèle à ses origines. Il a préféré sa mère à la justice : les hommes, les petits, à des concepts abstraits, qui n’ont peut-être que pour seul usage de les asservir.

TODD, Olivier, Camus, une vie, Folio, 1996. 

lundi 9 avril 2012

Sartre et le néant ?

Un article sur Sartre et de Beauvoir pendant l’Occupation. (Philosophies, Les mains à moitié propre de Sartre, Ingrid Galster).

Face à l’événement, le néant de leur pensée est sidérant. Ils ne risquaient pas la collaboration, ils n’étaient, simplement, capables de rien.

Sartre a été à Berlin en 1933 et 1934. Il n’a rien vu. Extraordinaire pour celui qui s’est ensuite présenté comme la conscience de son temps ! 

Que surnage-t-il de la pensée du couple ? Que Sartre se préoccupe de son destin d’écrivain, et que Beauvoir est inquiète pour son amant du moment, un élève de Sartre, normalien promis au service militaire…

samedi 7 avril 2012

Sartre contre Camus

J’entendais l’autre jour dire que Sartre aurait excommunié Camus, par ce que celui-ci aurait déclaré « entre la justice et ma mère, je préfère ma mère ». (La citation paraît discutée)

Ça semble effectivement une idée digne d’un existentialiste. L’existentialiste s’engage dans un combat (exprimé ici par « sa mère »), au pied duquel les idées reçues (si l’on entend « la justice » comme « texte de lois ») doivent s’incliner. C’est ça la liberté de l’homme.

Pourquoi Sartre, autre existentialiste, a-t-il condamné Camus sans jugement ? Ce procédé contraire aux droits de l’homme est-il existentialiste ? D’autant qu’en termes d’engagement, Camus avait une histoire qui aurait dû lui valoir le bénéfice d’un doute. N’avait-il pas a été résistant, alors que Sartre ne s’est découvert un sens critique qu’à la libération ?

À moins que Sartre n’en ait voulu à l’Untermensch Camus de l’avoir ainsi surclassé, et n’ait saisi la première occasion de rabaisser cet exemple désagréable pour sa conscience ? (à creuser)

Compléments :

samedi 11 février 2012

L’existentialisme pour les nuls

FLYNN, Thomas R., Existentialism A very short introduction, Oxford University Press, 2006.

L’existentialisme appartient à une très ancienne tradition, qui remonte à Socrate. Nietzsche et Kierkegaard sont des précurseurs du mouvement moderne (Sartre, de Beauvoir, Camus, Merleau-Ponty et Heidegger, sur une voie différente). C’est une philosophie de la liberté (individuelle).

Tout homme est bâti sur un choix initial, qui définit ses valeurs et auquel sa vie doit être fidèle (authenticité). Ce choix est au-delà de la raison. Il se découvre en cherchant la logique implicite du parcours suivi par l'individu. Il se révèle aussi lors de crises (nausée, angoisse existentielle) : l’homme confronté au néant, découvre ce qui compte réellement pour lui. C’est un acte de foi. C'est une forme de naissance : il ne sera un homme à proprement parler que s’il refuse le cours qui semble lui être imposé, s’il transcende son sort. Il se construira, par ses décisions et son action, en conformité à son choix fondateur (l’existence précède l’essence : on devient ce que l’on doit être, par l’engagement).

Cette liberté a beaucoup d’ennemis : la faiblesse de l’homme, qui a peur des conséquences de ses choix existentiels, le conformisme, le déterminisme (Freud) qui la nie, la pensée abstraite (Marxisme, religions) qui exige l’obéissance…

L’œuvre des existentialistes ne s’adresse pas à la raison, trop limitée. Pour transmettre leur enseignement, ils utilisent l’eidétique de Husserl, qui communique une expérience par une série d’exemples. D’où la place de l’art (engagé) dans leurs travaux.

Et leur théorie semble avoir découvert tardivement la société, qui y occupe une situation un peu inconfortable.

Remarque personnelle. Curieusement leur pensée ressemble à celle des protestants : l’homme (l’élu ?) a une vocation, son rôle sur terre est de l’accomplir. 

samedi 16 janvier 2010

Tristes Tropiques, Claude Lévi-Strauss


Livre de Claude Lévi-Strauss que j’ai retrouvé après un oubli de 9 ans. Je n’avais pas été convaincu par ses réflexions sur la vie et le monde, qui ne me semblaient pas étayées. Ses tentatives de prospective me paraissaient malheureuses. Des idées qui lui avaient traversé la tête ? Je n’ai pas changé d’avis.

C’est un grand et agréable écrivain, lorsqu’il compte ses aventures. Ce n’est pas un ethnologue mais un homme dont la vie est réflexion, et qui utilise la vie pour stimuler cette réflexion. Tocqueville était parti en Amérique pour analyser sa démocratie afin de comprendre l'avenir de la France, de même Claude Lévi-Strauss part à la recherche du rêve de Rousseau, qu’il admire immensément. Il cherche un idéal humain, présent en partie chez tous les peuples, particulièrement chez les peuplades néolithiques, et fort peu chez nous. Un « âge d’or » qu’il ne tient qu’à nous d’approcher.

L’écriture, l’effacement du mythe au profit de la raison (autrement dit la victoire des Lumières) nous auraient éloignés de cet âge d’or, pas loin duquel serait arrivé le Bouddhisme, « religion du non savoir ».
Les religions suivantes, Christianisme et Islam seraient allées de mal en pis. Particulièrement l’Islam, « où toutes les difficultés sont justiciables d’une logique artificieuse », qui aurait dressé un mur entre Orient et Occident empêchant une jonction, salutaire pour le second, entre Bouddhisme et Christianisme. 

Vision crépusculaire de l’histoire humaine, et particulièrement de notre civilisation, machine infernale à produire de l’entropie, du désordre (qu’il appelle « inertie »), et entre-temps à passer avec obstination à côté de ce qui fait le beau de la vie.

La seule activité digne de l’humanité, si je le comprends bien, consiste « à saisir l’essence de ce qu’elle fut et continue d’être, en deçà de la pensée et au-delà de la société ». Inspiration proche de celle des intellectuels de l’époque, gens de néant et d’absurde, Heidegger, Sartre ou Camus ? (La philosophie n’est pas un acte individuel mais une mode collective ?)

Et le structuralisme là dedans ? Une démonstration qui m’a laissé perplexe. Une tentative d’interprétation de l’art de la décoration d’un groupe d’indiens en fonction des règles organisant sa vie. Le fait qu’une fois peints ils ressemblent à des « cartes à jouer » semble avoir été l’intuition qui lui a permis sa découverte. Tout cela me semble fort peu scientifique car bien peu « falsifiable », comme disent les Anglo-saxons. Sans compter que je doute de la représentativité des « sauvages » qu’il a étudiés, et qui ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes.

Mais pourquoi donc s’est-il engagé dans ces théories compliquées et ne s’est-il pas contenté, lui qui semblait béni des Dieux, de profiter de la vie, sans explication ? N’était-ce pas le plus sûr moyen d’atteindre son idéal ?

dimanche 10 janvier 2010

Albert Camus

J’ai lu quelques livres de Camus, il y a vraiment très longtemps. Je n’en ai pas gardé grand-chose sinon le sentiment d’une sorte de bercement de l’esprit agréable. Caligula, découverte plus récente, injonction d’un ami, m’a semblé prétentieux, sans grand intérêt. Pas d’autre souvenir.

De ce que j’entends ou lit, au hasard et sans désir d’approfondissement, sort plus que le portrait de Camus, l’image de sa confrontation avec Sartre et Beauvoir, et l’intelligentsia parisienne.

D’un côté un homme du peuple qui n’a jamais renié ses attaches, de l’autre l’inquisition de la bien pensance intellectuelle bourgeoise qui sait ce qui est bien et mal et condamne sans appel.

vendredi 26 décembre 2008

Heidegger pour les nuls


Je rencontre Heidegger, par hasard, au cours de mon exploration de la pensée d’Europe centrale.
J'ai trouvé un livre remarquable sur lui (Martin Heidegger, par George Steiner, The University of Chicago Press, 1987). Ce qui ne corrige pas mon inculture philosophique. Elle s’exprime dans la suite. Qu’ai-je retenu ?

Qu’Heidegger semble avoir eu une énorme influence sur ses contemporains. Les œuvres de Sartre et Camus sont-elles autre chose qu’illustration ? (infidèle, selon Heidegger.) Ensuite qu’il s’en est pris à la pensée occidentale, celle de Socrate et de ses successeurs. Effectivement, nos idées paraissent avoir étonnamment peu évolué. Nous sommes sur des rails.

Question : qu’est-ce qu’être ? Pourquoi pas le néant ? Notre pensée a fait fausse route depuis deux millénaires et demi. Nous avons cherché la réponse (ou avons-nous évité une confrontation inquiétante ?) dans la raison, dans l’abstraction. Ce qui nous a amené à la science, à la technologie, à un monde artificiel, qui détruit le monde réel, et nous avec. Au contraire, la réponse, ou ses éléments, est en nous. En fait, vivre c’est chercher cette réponse, la construire. Réponse que l’on n’obtiendra jamais. La recherche est la réponse. De ce fait philosopher équivaut à vivre. On procède en spirale, en partant d’une première approximation, scientifique (probablement parce qu’on n’a pas mieux, initialement), puis en progressant par étapes : les aléas de la vie, si l’on sait leur être attentif, et exploiter les interrogations auxquelles ils nous soumettent, permettent de se rapprocher de plus en plus de l’essentiel. Moment important : la confrontation avec le néant, qui montre la vacuité de l’existence artificielle, et, du coup, laisse entrapercevoir la réelle nature de l’être.

Heidegger pensait que les Grecs présocratiques avaient été au plus proche de cette vérité. Que leur langue était le langage de l’être. Il a essayé de recréer un Allemand qui reproduirait cette langue originelle (d’où une œuvre difficile). Il croyait aussi que le seul langage capable d’exprimer l’être était la poésie.

Peut-être parce que le nazisme était une tentative de revenir aux origines du monde, une confrontation avec le néant, Heidegger y aurait cru, au moins un moment. Il n’a jamais renié cet engagement.

Pourtant, il ne me semble pas évident que la pensée nazie, pour le peu que j’en sais, soit en accord avec la pensée d’Heidegger, pour le peu que j’en ai compris. Le nazisme n’est-il pas une négation de l’individu ? La philosophie d’Heidegger n’est-elle pas le paroxysme de l’individualisme ? Ne parle-t-il pas, d’ailleurs, de l’aliénation de l’homme dans le groupe ? À moins qu’il y ait un point de rencontre ? La recherche d’un « être » universel, commun à tous. Peut-être voyait-il dans le nazisme une sorte d’opportunité scientifique qui pouvait amener le monde là où il devait aller ? (De même que, pour Adam Smith, la recherche de l’intérêt individuel conduit au bien universel.)
Tout cela me semble compliqué. Mais aussi à George Steiner, qui note qu’il n’est pas certain qu’Heidegger se soit réellement évadé de la pensée dominante. Que ses idées ont une traduction immédiate à la fois en termes de philosophie socratique et de pensée chrétienne. Heidegger disait être trahi par un langage qu’il n’avait pas pu épurer suffisamment des connotations de la pensée traditionnelle. Je me demande aussi s’il est bien raisonnable de démontrer par la raison que la raison est inefficace, qu’il faut la dépasser…

Finalement, que cherchais-je dans ce livre ? La description d’une culture d’un groupe d’hommes qui aurait eu des descendants modernes. Des idées qui expliqueraient des comportements actuels.
Beaucoup d’intellectuels se sont reconnus dans cette pensée. L’absurde a eu un gros succès dans la littérature d’après guerre. Mais n’était-ce pas parce que la guerre avait été le comble de l’absurdité ? La mise en cause dévastatrice de notre vision idyllique du progrès, fruit de la raison ? Une sorte de gigantesque gueule de bois ?

Quant aux Allemands, confrontés quelques années au néant, y ont-ils vu grand-chose d’intéressant ? Ou le néant ? La guerre n’a-t-elle pas démontré que si le chemin que nous suivions était dangereux, ou contre nature, nous étions incapables d’en trouver un autre ? Les idées d’Heidegger ne conduisent-elles pas, comme le Bouddhisme, à un rôle effacé de leurs disciples dans l’histoire ? Les gens qui agissent pensent peut-être mal, mais ce sont les seuls qui m’intéressent.

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