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lundi 16 août 2010

Histoire de l’Allemagne

Rovan, Joseph, Histoire de l’Allemagne, Seuil, 1999. Voici l’histoire de l’Allemagne vue par un Allemand. J’en retiens :
  • Une définition inattendue de la germanité, à laquelle pas grand-chose de l’Europe n’échappe. C’est avant tout l’empire de Charlemagne, dont la vocation était d’être le protecteur du christianisme et de la civilisation occidentale, d’être « au dessus » des autres États. C’est aussi les territoires qui ont été conquis par les Germains. L’Allemagne et l’Autriche en premier, mais aussi, pas loin, Les Pays Bas, la Suisse, la Flandre, l’Alsace, la Lorraine, la Bourgogne, la Provence (ex Lotharingie). Et les pays frères : Angleterre et les pays nordiques. La France a mal tourné, ses rois francs ayant été assimilés par leurs administrés. Mais il y a aussi les anciennes colonies de l’Est.
  • Ces prétentions à l’immensité se sont heurtées à une structure étatique fragile. Empereurs faibles, élus, trois siècles de lutte avec le Pape… Puis, réforme de Luther, qui débarrasse l’Allemagne de son lien avec Rome, et éclatement de l’empire en principautés fortes et homogènes. Depuis toujours, l’essence de l’Allemagne c’est le fédéralisme. La guerre de Trente ans puis les guerres révolutionnaires transforment l’Allemagne en une sorte de non man’s land. Elles suscitent une réaction de révolte contre la France, qui devient l’ennemi héréditaire.
  • La nation allemande se construit contre les principes de la France révolutionnaire, démocratie, raison, individualisme, universalisme. C’est avant tout un montage théorique, fait par des universitaires. On réinvente un passé moyenâgeux glorieux, « une communauté de sang et de destin », un peuple ayant une supériorité biologique, un droit à l’hégémonie européenne, qui « devra se donner un mode d’être politique qui lui soit propre », une histoire tragique faite de « machinations et de trahisons ». Tout ceci est mû par une volonté de « force et de puissance », mais aussi par le succès matériel.
  • Bismarck tente de réaliser cette nation. Mais, bien que brillamment orchestrées, ses manœuvres séparent définitivement Allemagne et Autriche, et laissent un édifice fragile aux prises aux forces centrifuges (notamment Alsace Lorraine, qu’il a été forcé à acquérir par son opinion), causes des futurs conflits et de l’extension territoriale actuelle, réduite au minimum, de l’Allemagne.
  • Le demi-siècle d’après guerre a été avant tout motivé par la recherche de « calme » et « d’ordre ». Mais, quelles seront les forces qui pousseront l’Allemagne dans les prochaines décennies ? Joseph Rovan semble penser que sans Europe forte, « une vraie puissance politique et militaire », l’Allemagne pourrait choisir « une voie nationale particulière ». Mais laquelle ?

mardi 3 août 2010

Origines du ressentiment de l’Allemagne pour la France

Pourquoi l’Allemagne nous en a-t-elle tant voulu et a-t-elle insisté pour nous faire trois guerres, qui l’ont dévastée ?

Parce que lorsqu’elle était faible, et la France forte, au XVII et XVIIIème siècles, c’était notre territoire d’exercice : « l’Allemagne devient le champ de bataille de la grandeur française. » Nos troupes la saccageaient en long, en large et en travers lors de guerres interminables qui lui firent perdre la moitié de sa population (guerre de Trente Ans), que c’est là que Louvois a expérimenté son innovation de la « terre brûlée », que les rois de France en extrayaient des territoires à l’image de ce que firent en Chine les puissances européennes.

Curieusement, « La France devient l’ennemi héréditaire de l’Allemagne », alors que de notre côté, nous n’avons pas de sentiment particulier à son endroit.

Enseignement pour tous les bienpensants ? Ce qui contente leur conscience fait le malheur d’autrui et leur vaut des ennemis mortels ?

(Suite de ma lecture d’Histoire de l’Allemagne de Joseph Rovan.)

dimanche 1 août 2010

Homme providentiel

Quel est le poids de l’homme providentiel dans la marche de l’histoire ? Je me pose cette question à l’occasion de la Réforme allemande (ma lecture du billet précédent).

Luther était peut-être exceptionnel, mais il était un homme de son temps. Et ses idées plaisaient beaucoup aux puissants à qui elles donnaient les biens de l’Église. D’ailleurs elles prônaient le respect de l’ordre et de la hiérarchie. Par contre, les dits puissants n’ont pas toléré des variantes de gauche, égalitaires, de la pensée de Luther, telles celle de Müntzer.

La Réforme suscite des révoltes de petits nobles et de paysans qui accélèrent le grand changement social en cours. Il voit l’Allemagne se fédérer en principautés unifiées, qui asservissent les dits nobles et paysans, et tiennent à distance un empereur faible.

Je doute de plus en plus de l’homme providentiel, les sociétés ont des cours dont il est bien difficile de les faire dévier. 

Intolérance

Lorsque nous parlons des guerres de religion et de la révocation de l’édit de Nantes, il est habituel de déplorer la stupidité de la France, son aveuglement.

Or, en lisant Histoire de l’Allemagne de Joseph Rovan, je découvre qu’il en était partout de même, « puisque tolérer l’erreur est un crime envers Dieu ». Et il faudra à l’Allemagne la boucherie de la guerre de Trente ans pour comprendre qu’elle ne peut pas uniformiser ses croyances qu’elle doit être une fédération d’unités homogènes.

Vivrions-nous à une époque ignorante et révisionniste ?