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dimanche 8 février 2009

Sarkozy imite Bush ?

On n'a pas besoin de lumière, quand on est conduit par le Ciel.

Nicolas Sarkozy aurait-il emprunté la piste de George Bush ?

L’histoire américaine de ces dernières années semble assez mal connue en France. Il y eut d’abord la Nouvelle économie, dans les années 90, sorte de millénarisme : l’économie de marché avait gagné le monde, plus de crise, une croissance comme on n’en a jamais vu. Enron en prophète : il faut installer le marché au sein même des entreprises. D’ailleurs, grâce à Internet, elles sont devenues inutiles, elles vont disparaître. Il n’y aura plus qu’un marché et qu’une offre atomisés. Et une petite élite pour en tirer les ficelles. Éclatement de la bulle Internet. Violente réaction de la population : mort aux escrocs ! Les dirigeants d’Enron et de Worldcom sont condamnés à un quart de siècle de prison. George Bush, candidat de la morale, est réélu triomphalement. Triste diagnostic : George Bush est le pyromane en chef ! Pour éviter une crise, l’État américain regonfle la bulle et les Neocon triomphants redonnent un lustre nouveau à l’idéologie de la nouvelle économie. C’est notre crise, « the big one ». Cette fois-ci l’élite économique anglo-saxonne doute.

Je n’ai pas une grande connaissance de Nicolas Sarkozy, mais ce que l’on en dit fait apparaître un possible scénario d’interprétation de sa logique. Je vais donc lui faire un procès d’intentions.

Je suis frappé par le flou de son programme. Il est possible qu’il ne soit pas flou à dessein, mais que son moteur soit « travailler plus pour gagner plus », qu’il cherche à installer une sorte d’économie de marché basée sur la concurrence, qui amène miraculeusement, sans avoir rien à faire, au bonheur éternel. C’est ce que  pensait Adam Smith (« main invisible »), ce que croit toujours la plupart des économistes et des scientifiques du management (tous enfants de Smith), et les néoconservateurs.

Si c’est le cas il y a peu de chances qu’il ait renoncé à cette idée : elle est peut-être sienne depuis ses origines ; il est difficile de changer, quand on n’a pas d’idée de rechange (« anxiété d’apprentissage ») ; et contrairement aux Anglo-saxons il n’a pas été frappé en pleine face par l’échec de ses convictions. Au contraire, le modèle français semble réussir (La France comme modèle ?). 

Le danger n’est pas là. Il est dans le déficit de l’économie française. Un article du Monde disait que les dernières mesures annoncées étaient une « concession sociale à la dureté des temps ». C’est exactement cela dont nous n’avons pas besoin : de concessions. Le consensus mondial veut une relance massive. Or, la France n’a pas besoin d’être encouragée au manque de rigueur. Or, entre deux mesures d’effets équivalents, il peut avoir des conséquences à long terme extrêmement divergentes. Le micro crédit de Mohamed Yunus fait des miracles, alors que les énormes fonds de la Guerre à la pauvreté des gouvernements américains d’après guerre se sont perdus dans les sables. S’il faut une relance, ses effets doivent être étudiés avec soin, et sa mise en oeuvre contrôlée. Pas un chèque en blanc.

Parce que George Bush croyait proche une ère de béatitude, il a accumulé sans inquiétude d’énormes déficits. Des déchets radioactifs dont il n’est pas certain qu’ils n’ont pas définitivement hypothéqué l’avenir du pays. C’est ça l’idéologie : la foi remplace la pensée. Pour nous ses conséquences seraient d’autant plus graves qu’il y a peu de chances qu’un Obama succède à un Bush : en France un idéologue en cache un autre. Martine Aubry semble en être restée aux luttes sociales du début du siècle, son credo ? Avancée sociale = réduction du temps de travail.

Compléments :

mardi 19 août 2008

Braquage à l'anglaise

Histoire vraie. Le gouvernement anglais ne peut pas faire condamner un activiste, coupable de sévices, parce qu’il possède des photos compromettantes d’un membre de la famille royale. Les services secrets décident de manipuler une équipe de marginaux, de les promouvoir au rang du grand banditisme, bref de les amener à cambrioler la banque qui contient les fameux documents.

Et il se passe ce qui arrive à tout plan imparable conçu par un esprit supérieur : l’imprévu. Les services secrets n’arrivent pas à intercepter les cambrioleurs, moins stupides qu’on le croyait ?, à la sortie du casse. Or, ceux-ci trouvent dans la banque beaucoup plus que les photos recherchées (et 4m£ de l’époque) : le roi du porno local y avait entreposé la comptabilité des pots de vin qu’il versait à la police, et un de ses établissements y plaçait les films des ébats de ses clients : une partie de l’élite politique du pays.

Angleterre éternelle ?

Drôle d’image de l’éducation que l’Angleterre donne à ses élites. L’amour du coup tordu, le culte du secret, une croyance aveugle en sa supériorité intellectuelle, un mépris total des règles de la démocratie. Et, certainement, un mépris encore plus grand pour un peuple d’Untermenschen. À côté de cela, des passe-temps qui révèlent probablement qu’une culture qui est par trop contre nature ne peut être imposée à l’homme sans sérieux dommages. Même l’hypocrisie n’est pas ce qu’elle est ailleurs : une tentative désespérée de se conformer à des règles inaccessibles. Si ces hommes politiques cachent leurs penchants, ce n’est pas par honte (ils s’amusent au milieu du public de leurs pairs), mais parce qu’ils savent qu’ils ne sont pas goûtés par la morale publique, qu’ils font profession de défendre.

Le modèle de Robert Merton

Quant au comportement des policiers, corrompus, il me semble décrit par la modélisation du sociologue Robert K. Merton. Ce que dit un de mes livres :

L’homme, lorsqu’il doit « s’Adapter », c'est-à-dire faire un choix d’existence ou prendre une décision, doit tenir compte des règles de la culture à laquelle il appartient. Deux contraintes lui sont imposées : des objectifs que la Société juge désirables (occuper un poste élevé) ; des moyens acceptables de les atteindre (faire des études supérieures). Il peut donc choisir cinq types de solutions :

Conformité : il parvient aux objectifs approuvés par la Société en employant des moyens « légaux » (c’est un haut-fonctionnaire qui a fait des études brillantes).

Innovation. « La fin justifie les moyens », il réussit par des moyens déloyaux. C’est le comportement du malfaiteur, du manipulateur, du sportif qui se dope, de l’homme politique qui utilise son pouvoir pour forcer des entreprises à financer ses campagnes, du dirigeant qui falsifie ses comptes…
L’Innovation suit le mécanisme de l’hypocrisie, « hommage que le vice rend à la vertu » selon La Rochefoucauld : c’est une tricherie qui semble si bien coller aux règles de l’entreprise qu’on en félicite les auteurs.

Ritualisation. Les objectifs n’étant pas jugés atteignables, il se donne l’illusion de maîtriser son environnement en sacralisant sa tâche quotidienne, les « moyens ». C’est souvent le cas de l’expert, du bureaucrate, du fondamentaliste.

Repli. Moyens et objectifs sont jugés inaccessibles. Il y a repli sur soi. C’est le cas du Sans Domicile Fixe, qui vit au jour le jour, sans espoir, de l’exclu. C’est aussi ce que les psychologues appellent « résignation apprise » : l’expérience a montré à la victime de ce mal que tout effort était vain.

Rébellion. Refus de la culture dominante.

Innovation

Dans le cas des policiers (et des politiciens), on a un exemple d’innovation : les moyens étant jugés hors d’atteinte, on triche.L'innovation est un problème majeur pour toute entreprise, particulièrement en période de changement : comment éviter cette « innovation » ? Ce mal a tué Enron et Worldcom, et failli être fatal à IBM. L’innovation vient d’objectifs trop ambitieux, et de moyens trop difficiles à employer : le monde anglo-saxon a, pour l’homme, une grande exigence de réussite matérielle, tout en le contraignant fermement (morale protestante). Pas étonnant qu’il innove. D’autant moins étonnant que le culte de l’individu qu’on y pratique laisse l’homme seul face à ce difficile exercice. Et que, d’ordinaire, c’est l’aide de la société qui nous permet de le mener à bien.

Conformité

Bien sûr, tout le monde n’échoue pas. Ceux qui réussissent (conformité selon Merton) s'appellent des héros. Ici, il y en a plusieurs : un inspecteur de police, et les cambrioleurs.

Compléments :

  • MERTON, Robert K., On Social Structure and Science, The university of Chicago press, 1996. Quant à l'innovation d'Enron : EICHENWALD, Kurt, Conspiracy of Fools: A True Story, Broadway Books, 2005.