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mardi 29 mai 2012

Aliénation

J'entendais, dimanche matin, Pierre Rabhi parler d'aliénation à France Culture. Ce qui m'a fait penser, qu'il y a eu une mode chez les philosophes post hégéliens de l’aliénation. Aliénation ? Un terme technique qui signifie que l’homme a perdu sa liberté, et surtout qu'une chose s'en est emparée, la religion, par exemple.

Au fond cela n’a rien d’une considération abstraite. Il suffit d’ouvrir la radio pour entendre un économiste nous dire qu’il faut absolument améliorer la compétitivité de notre économie. Autrement dit, les intérêts de l’économie sont premiers. Le bonheur de l’homme est supposé être assuré par la main invisible du marché, selon l'expression élégante d'Adam Smith. Marx nomme ceci « aliénation économique ».

Mais l’économiste n’est pas le seul à en vouloir à notre liberté. Marx n’a-t-il pas aussi désiré pour nous la dictature du « prolétariat », une abstraction sans réalité tangible ? Et que dire de l’écolo, qui aimerait faire obéir l'homme à la « nature » (encore une abstraction) ?

Je me suis longtemps demandé pourquoi tout ce monde, qui se dit amoureux de la liberté, accepte d'être asservi. (Je pense en particulier aux Américains.) J’en suis arrivé à croire que ces théories s’appliquent à nous, mais pas à lui, qui tire nos ficelles. L’homme, le vrai, est libre. 

lundi 23 avril 2012

Irresponsabilité, moteur de l’économie ?

Anne Lauvergeon expliquait il y a quelques temps qu’elle a dû se livrer à un exercice contre nature, à savoir s’opposer à N.Sarkozy, qui voulait vendre des centrales nucléaires à M.Kadhafi. Ce qui sous-entend, qu’il est normal que l’entreprise soit irresponsable.

À vrai dire, c’est une idée habituelle dans le monde anglo-saxon. Sa justification étant que du mal nait le bien, suivant la théorie de la main invisible d’Adam Smith.

Je me demande parfois si l’irresponsabilité n’est pas une « innovation », c'est-à-dire un moyen élégant de gagner de l’argent. 
  • En effet, être responsable coûte cher. Par conséquent, si l’entreprise se décharge de ce coût sur la société, elle doit gagner plus que ce qu’elle devrait.
  • En outre, il n’y a probablement pas beaucoup de risques à être irresponsable : si l’entreprise met en danger la société, cette-ci devant se sauver, tirera d’affaire le coupable par la même occasion. 

vendredi 13 avril 2012

Apocalypse 2030 (suite)


The Economist visite une galerie marchande asiatique. Elle mesure plus d’un kilomètre et est pleine de pacotilles en cochonnerie. C’est la matérialisation des aspirations d’une nouvelle classe moyenne forte de milliards d’individus. (Mall of the masses)

L’Occident a été comme cela après guerre. Et c’est peut-être la meilleure démonstration des prévisions du Club de Rome : le modèle d’existence qui a gagné le monde est celui de la consommation ; mais, il n’est pas durable pour des raisons, finalement très simples, d’épuisement de ressources.

Le raisonnement d’Adam Smith, qui veut que la richesse des nations soit les biens matériels qu’elles produisent, est poussé à l’absurde ? Et peut-être avec lui le modèle capitaliste ?

mercredi 11 avril 2012

Réforme de la santé américaine et vices démocratiques

La réforme de la santé de M.Obama a suscité toutes les haines. Aujoud’hui elle est examinée par la Cour suprême, qui pourrait la démanteler. Or, entre-temps, elle a été appliquée, et elle fait l’unanimité. À quelques mises au point près, que ferions-nous sans elle ? (A Health Law at Risk Gives Insurers Pause - NYTimes.com)

Exemple des perversions des démocraties ? Les Républicains ont préféré jouer sur l’incohérence du savoir du peuple, plutôt que de la corriger. Ils pensent probablement qu’en suivant leur intérêt personnel, ils feront l’intérêt général, selon le principe d’Adam Smith.

Mais leurs armes semblent se retourner contre eux : ils sont victimes de divisions et risquent de perdre les prochaines élections. Si c’est le cas, changeront-ils de tactique ?

vendredi 30 mars 2012

The Economist contre la France

Le précédent article parlait de l’attaque de The Economist contre la France. Voici un certain nombre de raisons pour penser que cette attaque est marquée au coin de l’idéologie irraisonnée :
  • The Economist est un très vieux journal qui a été créé en 1843 pour une croisade : le libre échange. Depuis ses origines, il est très proche des intérêts de la City de Londres. The Economist est une pendule arrêtée, quoi qu’il arrive, il demande plus de libéralisation. Et lorsque cela ne fonctionne pas, comme le note régulièrement ce blog, The Economist accuse l’État et la démocratie d’incompétence.
  • The Economist vote Rajoy et Monti, deux libéraux qui cherchent à faciliter les licenciements dans leurs pays. Là ne semble pas être la solution à nos problèmes à court terme. Pourquoi ? Parce que nous sommes dans un cercle vicieux, et que ces mesures ne peuvent donner des résultats qu’à long terme. Surtout, parce que mettre des gens au chômage en période de crise accélère la crise. L’Allemagne s’en est bien gardée, d’ailleurs. Enfin, parce que le chômage espagnol est en parti dû à des réformes libérales anciennes qui ont rendu précaire le sort d’une grosse partie de la population, le reste étant parvenu à se protéger (la France a subi le même type d’expérimentation, cf. nos nuées d'intérimaires, mais ses conséquences sont moins marquées). D'ailleurs, un licenciement facile n'est pas évidemment bon pour la santé d'une économie. En effet, cela tend à créer une classe de prolétaires sans qualification. Or, depuis Adam Smith, le dieu de The Economist, on soupçonne que ce qui fait la richesse d'une nation, c'est la spécialisation des ses membres qui permet le gain de productivité maximal. Ce genre de réforme ne se fait donc pas en claquant des doigts, sous peine de créer des effets pervers.
  • The Economist nous menace des foudres du marché. Nous sommes surendettés, n’est-ce pas ? Curieusement, l’Angleterre connaît des crises depuis plus de 150 ans, et à chaque fois la City sort le même argument : l’Angleterre ne peut pas se payer un système social aussi généreux (déjà, il y a 150 ans !). Et à chaque fois ça se termine par une dévaluation. L’Espagne et l’Irlande étaient peu endettées et vont très mal. Les USA sont très endettés et vont bien. Le danger vient, curieusement, des amis de The Economist, les marchés financiers. S’ils comprennent qu’ils n’ont rien à gagner en spéculant contre notre dette, nous vivrons heureux. Pour le moment, c’est la BCE et ses mesures « non conventionnelles », qui sont notre garde fou.
  • Notre souci à court terme est donc de relancer notre croissance. Une idée pour cela me semble de faciliter la coopération entre pays européens. Si l’Allemagne, en particulier, se mettait à consommer un peu plus, ça ferait probablement beaucoup de bien à tout le monde, à commencer par l’Allemagne puissance commerçante, qui a besoin de clients en bonne santé… Quant à nos dettes, au poids de notre État… il serait dangereux de prendre des mesures précipitées.
Pour une fois, notre fameuse résistance au changement me semble bénéfique. 

mercredi 21 mars 2012

De l’erreur de la spécialisation

Adam Smith croit que la marche du monde va vers la spécialisation de l’individu, c’est ainsi que nous produirons de plus en plus et serons de plus en plus riches. Émile Durkheim pense qu’une société de spécialistes ne peut qu’entraîner interdépendance, puisque chacun a besoin de l’autre pour vivre.

Tout ceci est erroné, selon moi. Comme l’a noté Robert Merton au sujet des bureaucraties, l’homme spécialisé perd de vue les intérêts supérieurs de la société, il y a « détournement de but » (displacement of goals en VO). Illustration : le banquier américain.

J’en déduis donc que l’existence de chacun doit être conçue pour qu’il puisse se mêler aux autres et comprendre leur point de vue. Ce qui n’empêche d’ailleurs pas une spécialisation. Mais pas celle de la tour d’ivoire.  

mardi 6 mars 2012

Adam Smith et l’esprit du capitalisme

Lorsque l’on parle d’économie, on évoque rarement ses fondations. Il est vrai que nous vivons à l’époque du « bon sens », selon l’expression des ténors du gouvernement.

Il me semble que le capitalisme repose sur deux idées, exprimées par Adam Smith en 1776 :
  1. Le gain de productivité. On produit « toujours plus » (de biens matériels, dans la pensée de Smith). C’est la croissance. Et on l’obtient par une spécialisation toujours plus grande.
  2. L’échange, qui signifie, à nouveau, la spécialisation.
Le moteur du capitalisme d’Adam Smith n’est donc pas l’affrontement, la concurrence, mais la différenciation. (Question de « bon sens » : il n’y a pas de commerce, si tout le monde produit la même chose !) Il serait bien de s’en souvenir.

Ce qui l’oppose aux intérêts de l’individu, c’est le « travailler plus », qui tend à transformer la famille en une machine, et qui exerce une curieuse fascination sur notre société. « Arbeit macht frei » n’est-il pas le slogan des féministes ?

Comment mettre le capitalisme au service de l’homme ? Peut-être :
  • Avant tout, en se convaincant que l’homme est premier, l’économie seconde.
  • Aussi en étant vigilant, comme dans le sport, à ce que les règles qui protègent l’homme soient respectées. Notamment que sa spécialisation se fasse par le développement de ses talents et non par une transformation sous contrainte.
  • Enfin, en donnant au « produit » de « PIB », une définition qui lui permette de croître sans exiger notre esclavage, ou la destruction de notre écosystème. 

mercredi 29 février 2012

Pour que l’individualisme ne soit pas un parasitisme

Si ce blog a fait changer quelque-chose chez moi, c’est ma vision de l’individualisme.

Jusque-là je l’assimilais à un égoïsme destructeur de la société. Le mal ne peut pas faire le bien, contrairement à ce que dit Adam Smith.

Ce qui m’a amené à m’intéresser à la sociologie, la science des sociétés ; et à découvrir que sa terre natale était l’Allemagne du 19 et du début du 20ème siècle ; et à constater que j’étais proche de la vision de ses intellectuels, qui contrastaient « culture » (dimension sociale dominante) et « civilisation » (individu laissé à ses vices).

Mon  travail sur la RSE me fait voir les choses, et la pensée de Hayek, d’une nouvelle façon :
  • Pour que l’individu puisse être libre sans être un danger public, il doit être « responsable ». Cette responsabilité a un sens concret : c’est l’éthique, comportement fidèle aux prescriptions de valeurs partagées par l’humanité.
  • C’est ce que n’a pas compris Hayek. Confronté à la menace du totalitarisme d’État, il a voulu en revenir à l’individualisme honnête des origines. Il pensait y parvenir par quelques règles explicites. Mais il avait mal lu Max Weber : ce qui a fait le capitalisme digne, c’est le protestantisme, une doctrine sociale, une culture, non l’abjection ramenée au primaire.
Que faire ? Être libre en suivant des règles n’est pas un paradoxe, si l’individu est venu de lui-même à ces règles. Par conséquent, nous avons besoin d’un débat pour savoir à quelles valeurs nous désirons adhérer. En ce sens N.Sarkozy a probablement raison. Par contre, il se trompe lorsqu’il pense que nos valeurs sont néoconservatrices. Le néoconservatisme a certainement une place dans la société française mais pas comme principe fondateur.

Compléments :
  • HAYEK (von) Friedrich A., The Road to Serfdom, University of Chicago Press, 1994.
  • WEBER, Max, L'Ethique protestante et l'esprit du capitalisme, Pocket, 1989.

vendredi 17 février 2012

Comment changer la société ?

Je lis The Economist depuis longtemps. Ce journal a la particularité d’encourager tout ce qui est favorable à l’économie et au libre échange. C’est ainsi qu’il y a quelques temps, il s’offusquait que M.Sarkozy ait dû faire ouvrir des magasins de luxe, pour que Mme Obama puisse faire des emplettes un dimanche.

Mais, le dimanche, dans notre tradition, jadis catholique, est le sabbat juif, un jour de repos, et surtout de recueillement. Comme Adam Smith, The Economist veut-il faire de nous des machines de production ?

En tout cas, The Economist a compris que tant que nous serons soucieux de rendre notre économie compétitive, nous construirions le Métropolis de ses rêves. The Economist ne parle pas à notre raison, il livre une guerre d’influence et d’idées.

Comment changer notre avenir ? Nier le pouvoir de l'économie et vouloir créer un paradis national est impossible : elle dirige le monde. Il n’y aura de changement que s’il y a accord international pour adopter de nouvelles règles. C’est probablement l’enjeu qui se cache derrière le développement durable, et la responsabilité sociétale de l’entreprise, et de l’individu. 

jeudi 5 janvier 2012

Les marchés financiers menacés par les systèmes d’information

Les systèmes d’information qu’utilisent les marchés financiers seraient un point faible qu’exploiteraient des esprits malveillants « ayant des motifs non-économiques ».
Il est particulièrement facile de tirer les marchés vers le bas lorsqu’ils chancellent déjà, en utilisant des moyens tels que la vente à découvert, les options et les swaps. The war on terabytes
C’est curieux. Jusqu’ici je croyais que l’orthodoxie financière voulait que vente à découvert, options et swaps ne puissent jamais faire de mal, qu’il n’y avait que des idiots protectionnistes retardés (autrement dit des Européens) qui pensent le contraire… Quant aux malveillants, je les pensais le moteur même du système : n’est-ce pas ce que dit Adam Smith ? à moins qu’il ne puisse y avoir capitalisme sans égoïstes asociaux et que tout ce qui ne répond pas à cette définition le mette en danger ? 

lundi 2 janvier 2012

Durkheim et la transformation de notre société

Je n’avais pas bien lu La division du travail social de Durkheim. Son idée est la suivante :
  • Suivant Adam Smith, il y explique que la société moderne est caractérisée par la spécialisation. Si bien que nous sommes tous « organiquement » dépendants les uns des autres.
  • Fin de l’organisation sociale ancienne. Dans laquelle l’homme devait tout à une communauté particulière. Mieux : son histoire ne compte plus, il est avant tout membre d’un réseau.
Ce que je n’avais pas vu est que, s’il en est ainsi, cela élimine les sujets de conflit tels que nationalisme, identité nationale, FN ou immigration.

Est-ce que bien des problèmes actuels ne viendraient pas de ce que certains ont pris cette idée trop au pied de la lettre, et ignorent l'importance de la communauté et du lien social, et que d'autres n'ont pas compris le mouvement des siècles et s'accrochent à une organisation sociale dépassée ?

Compléments :
  • L’idée vient de NOIRIEL, Gérard, Le creuset français, Seuil, 2006.
  • Norbert Elias tente une démonstration pratique de la thèse de Durkheim.
  • Toute la pensée allemande d’avant guerre est l’antithèse de cette idée : elle défend la communauté contre les assauts de la « société » basée sur le contrat. (cf. par exemple, TONNIES Ferdinand, Community and Society, Transaction publishers, 1988.)

vendredi 9 décembre 2011

Taxer les riches à 80%

Aux USA, en 40 ans, le 1% le plus riche a doublé sa part des revenus de la nation. Cela a un inconvénient imprévu : en cette période de crise et de dette, son magot aiguise les appétits.

Quel serait le taux d’imposition marginal qui maximiserait les intérêts des USA ? se demandent des économistes fameux. Plus de 80%.

Raisonnement : les vigoureuses baisses d’impôts qu’ont connues de nombreux pays n’ont eu aucun impact notable sur leur croissance. Une baisse d’impôts encouragerait le top management à un comportement parasitaire, plutôt qu’à la « création de richesse ». Taxing the 1%: Why the top tax rate could be over 80% | vox

Alors, contrairement à ce que prétend Adam Smith, et bien d'autres avec lui, l'appétit du gain ne ferait pas le bonheur collectif ?


mercredi 5 octobre 2011

Les pays émergents volent notre emploi

Peu d’emplois sont à l’abri de la concurrence des personnels peu payés des pays émergents (surtout pas les intellectuels). Et leurs populations sont immenses. Bientôt nous serons tous, ou presque, au chômage ? (Gurgaon grief)

Ce qu’il y a de curieux dans cette affaire, c’est que d’ordinaire, c’est la spécialisation qui défend de l’externalisation.

Les dernières décennies semblent avoir été une sorte de « déspécialisation ». Les entreprises ont amélioré leur rentabilité non en faisant mieux leur métier (innovation), mais en simplifiant leurs tâches de façon à ce qu’elles puissent être confiées à des personnels émergents peu qualifiés.

Si l'on en croit Adam Smith, on a eu droit à une forme de destruction de PIB ?

jeudi 8 septembre 2011

The Western illusion of human nature, Marshall Sahlins

« La civilisation occidentale a été construite sur une idée perverse et erronée de la nature humaine ». Sahlins, Marshall, The Western illusion of human nature, Prickly paradign press, 2008.

Les Grecs d’il y a 25 siècles décrivaient leurs maux de la même façon que nous le ferions aujourd’hui. Le néoconservatisme, par exemple, y avait un autre nom, mais les mêmes effets. L’histoire est un éternel recommencement. 

Tout cela tient à une hypothèse inconsciente. Poussé par ses instincts, l’homme fait le mal. Il faut le contrôler par la culture (la loi et la morale).

De ce fait, notre histoire a été une oscillation entre deux tendances, bougeant en réaction l’une avec l’autre. 

La première, que l’on trouve chez Platon (ou dans les monarchies, plus récemment chez les néoconservateurs et dans notre haute administration), veut que le bien soit imposé au peuple par une élite bien née et correctement formée. La seconde estime que c’est l’équilibre de forces égales qui produit le bien (cf. la main invisible d’Adam Smith ou les théories de Rousseau).

Les deux peuvent coexister, d'ailleurs : l’élite égalitaire anglaise ou grecque, en concurrence parfaite, gouverne une masse à l’instinct bas.

En fait, cette hypothèse est fausse. La science constate que la culture a précédé (de millions d’années ?) l’homo sapiens, qui, par ailleurs, a un cerveau fait pour gérer une sorte d’écosystème extrêmement complexe (« le cerveau humain est un organe social »).

Et elle ne correspond à rien de ce que pensent les autres cultures. Elles estiment que « l’essence humaine existe dans et en tant que relation sociale », et, même, que l’humain est à l’origine de tout, autrement dit que l’animal descend de l’homme, ou est une forme d’homme. 

mercredi 24 août 2011

Martine Aubry avait-elle raison ?

Il y a corrélation inverse entre durée légale du travail et chômage. Le sud de l’Europe a de longues journées de travail, et beaucoup de chômage, c’est l’inverse au nord.

Un économiste éminent aurait trouvé une explication liée à la législation du travail. Elle rend embauche et licenciement difficiles au sud, plus faciles au nord. Au sud, quand la charge de travail augmente, on augmente les heures, au nord, on ajoute du monde. (Labour markets: Less work, more workers? | The Economist)

L’argument pourrait aller au-delà d’un simple partage du temps travaillé. Il y aurait peut-être une question de spécialisation, comme chez Adam Smith : au sud on fait mal un peu de tout, et cette économie peu productive crée peu d’emplois ; au nord, on serait plus spécialisé, donc globalement plus productif.

Si effectivement ce raisonnement tient, la mise en œuvre de la loi des 35h aurait été encore plus ratée que je ne le dis ordinairement…

samedi 4 juin 2011

Responsabilité et Entreprise

Une association professionnelle travaille sur le sujet de la RSE. Un dirigeant d’une entreprise adhérente se demande si elle ne devrait pas faire appel à un cabinet spécialisé.

Surprenant. Le sujet de la RSE c’est son nom, c'est-à-dire la responsabilité de l’entreprise vis-à-vis de la société. Comment peut-on imaginer de sous-traiter sa responsabilité ?

Ce qu’il y d’extraordinaire dans la question de la RSE est que l’on nous a convaincus qu’il s’agissait d’un sujet pour consultants ! « C’est compliqué, débarrassez m’en ».

Et si l’affaire du concombre meurtrier était une manifestation de ce même phénomène ? D’où vient l’E. Coli tueur ? Aucune idée, on en a perdu la trace. La grande innovation de ces dernières décennies a été la supply chain, chercher le moins disant mondial. Avec une telle supply chain on peut employer des enfants, tuer des mineurs ou brûler du charbon, personne ne le sait. La véritable économie que permet de faire une telle supply chain est de s’affranchir de ses responsabilités. Adam Smith n’a-t-il pas dit qu’en suivant son intérêt on fait l’intérêt collectif ?

Compléments : 
  • Mise en oeuvre de la RSE
  • LE changement que nous devons réussir : amener chacun (être physique ou moral) à se pénétrer de sa responsabilité vis-à-vis de la société ? 

jeudi 17 mars 2011

Logique du libéralisme

Le libéralisme, dans son acception moderne, semble une forme de conservatisme. Il cherche à faire que ceux qui profitent le plus de la société ne soient pas dérangés. Pour justifier ce statu quo, il a utilisé une série d’arguments, qui ont pour objet de démontrer que l’organisation sociale est optimale, voire naturelle :
  • Les droits de l’homme et la démocratie (dans la logique grecque où l’homme libre – comme l’esclave - l’est par nature).
  • La science. Darwinisme social et génétique. (Ceux qui dominent la société sont les meilleurs.)
  • La théorie du marché. Le marché s’autorégule, y toucher produit un résultat sous-optimal. (Idée fixe de l’économie depuis sa fondation par Adam Smith.)
Chacun de ces arguments a été retourné. Le peuple a exigé que les droits de l’homme et la démocratie soient appliqués à tous. La science nie les conclusions individualistes (l’homme est un animal politique oui social, pas un loup solitaire). L’expérience montre, à répétition, que le marché ne produit pas le meilleur des mondes, mais la crise, ou le monopole, une forme de régulation totalitaire.

Je me demande si le néoconservatisme ne représente pas le chant du signe du mouvement. Il a deux idées fortes. Le droit naturel (il est « évident » que certaines règles doivent diriger la société) et la bataille des idées (il faut convaincre le peuple de son infériorité naturelle par lavage de cerveau). Autrement dit, après avoir pensé que la raison était son alliée, le libéral voit maintenant son salut dans la manipulation.

Compléments :
  • L’idée générale de ce billet a été développée par les solidaristes au 19ème siècle.
  • Sur les droits de l’homme : Michel Villey.
  • Sur le néoconservatisme français : Pensée anti 68. Sur les fondations du néoconservatisme anglo-saxon : Ayn Rand.
  • Sur le droit naturel : Leo Strauss.
  • Certaines branches du protestantisme affirment que celui qui réussit sur terre est un élu de Dieu. Maintenant que la raison est défaite, cette idée va-t-elle être ressuscitée ? (TAWNEY, R. H., Religion and the Rise of Capitalism, Transaction Publishers, 1998.)

dimanche 6 mars 2011

Croissance impossible ou société dévastée ?

Pourquoi les salaires stagnent-ils depuis les années 70 ? Une question que se posent les économistes américains, et que d’autres devraient examiner. Il y aurait deux thèses. Stagnation or inequality.
  1. L’automatisation a liquidé les qualifications intermédiaires, et les pays émergents les sans qualification. Résultat : lutte des classes.
  2. Il n’y a plus rien à inventer. La croissance c’est fini. Et ce qui croît (Internet) ne crée que peu d’emplois. Pas de croissance signifie moins d’État : la société n’en a plus les moyens.
Ces deux thèses rejoignent certaines de mes observations. En particulier, il me semble qu’il y a panne d’innovation.

Mais je ne suis pas sûr que ce soit la fin de la croissance. 
  1. Dans toutes les entreprises que je rencontre, je constate partout un énorme potentiel inexploité. Comme disait John Kotter elles sont « over managed and underled », elles sont dirigées par des gestionnaires non par des entrepreneurs.
  2. Le moteur de la croissance, c’est la « division des tâches », selon Adam Smith. C'est-à-dire la spécialisation. Ne pourrions-nous pas être (beaucoup) plus spécialisés ?
Bref, entre les deux thèses je penche pour l’âge des ténèbres victorien.

Maintenant, il est aussi possible que l’on veuille une société qui ne se spécialise pas. Mais alors, je ne comprends pas bien la nécessité d’un État maigre. L’État représente la dimension sociale de l’existence, et celle-ci est par nature importante, au moins si l’on en juge par le temps que lui consacraient les sociétés qui nous ont précédés (y compris la récente société paysanne). 

mardi 1 mars 2011

Porte conteneurs et économie de marché

Le transport maritime de conteneurs se porte très bien, par contre celui de gros (charbon, acier, céréales…) est en crise. Pourquoi ? Le premier est dominé par quelques entreprises, le second en compte une multitude : incapables de se coordonner, elles ont augmenté leurs capacités en même temps. L'offre est excessive.

Désagréments de l’économie de marché plus à l'aise avec des biens de consommation qu'avec des bateaux ? La « main invisible » d’Adam Smith requiert du sang et des larmes ?...

lundi 28 février 2011

Profession libérale

Ce qui coûte cher au système de santé français c’est la volonté des professions libérales (médecins, mais aussi commerçants, petits patrons et paysans) de faire comme bon il leur semble dit, en substance, Bruno Palier.

Ces professions prédisposent à l’égoïsme ? Est-ce un hasard que Mmes Thatcher et Rand ou M.Sarkozy soient des rejetons de professions libérales ? Qu’Adam Smith, membre d’une « nation de boutiquiers », ait conçu l’idée d’un monde mû par l’égoïsme ?

Compléments :
  • PALIER, Bruno, La réforme des systèmes de santé, Que sais-je, 2010.