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mardi 22 juin 2021

Boris Cyrulnik

A posteriori, l'enfance et même la jeunesse de Boris Cyrulnik ont été un cauchemar. Il n'a quasiment pas connu ses parents. Il est pris par la rafle de Bordeaux. A 6 ans, il a l'idée de se cacher dans des toilettes. Ce qui en fait peut être un des seuls survivants de la dite rafle. Il est caché et passe de famille en famille, sans pouvoir aller à l'école. Après guerre, il fait la navette entre deux personnes qui veulent l'adopter. Il ne comprend rien à ce que lui enseigne l'école (puisqu'il n'y a jamais été), mais, miracle, une institutrice détecte son talent. Quand il commence ses études de médecine, il n'est pas éligible aux bourses d'étude et doit travailler chaque matin trois heures avant ses cours... 

C'est fou ce qu'il en faut peu pour qu'une vie bascule d'un côté ou de l'autre. C'est d'ailleurs ce qu'il dit des Allemands, qu'il a connus surhommes avant leur défaite, et gentils immédiatement ensuite. Qu'elle est grande l'influence de la société sur l'homme ! 

Il a côtoyé la folie humaine, et c'est ce qui a fait sa vocation : en comprendre la cause.

(Emission A voix nue de France Culture.)

lundi 23 septembre 2019

Les mille jours qui font un homme

M.Macron a créé une commission qui va proposer des mesures pour améliorer les conditions des mille premiers jours de la vie (démarrant à la conception). Ils sont critiques pour l'avenir de l'homme. C'est un enjeu de santé publique. (La Croix.)

Elle est dirigée par B.Cyrulnik, et semble s'inspirer de ses travaux.

Voilà qui aurait dû susciter bien des débats.

Est-ce très "libéral", pour un gouvernement libéral, de dire aux gens ce qu'ils doivent faire ? Comment se fait-il que les humains aient besoin de conseils pour élever leurs enfants, ce qui semble aussi naturel que se nourrir ? Un acte anti-féministe : ce sont les femmes qui sont en première ligne, lorsqu'il s'agit des mille premiers jours de l'enfant ? Les travaux de B.Cyrulnik montrent que la résilience est un phénomène mystérieux, éminemment lié au hasard (par exemple des jumeaux peuvent être traités différemment l'un de l'autre) : l'enfer ne risque-t-il pas d'être pavé de bonnes intentions par une commission d'apprentis sorciers déterministes ? (Par exemple : et si c'était plus les riches que les pauvres qui souffraient dans leur enfance, alors qu'il est plus facile de changer la vie des pauvres que des riches ?)...

A moins que la commission soit là pour se poser ces questions, et d'autres. Et qu'elle soit suffisamment diverse pour ne pas leur trouver une même réponse.

lundi 12 décembre 2016

Qu'est-ce qu'une saine hygiène de vie ?

"Ce qui protège le mieux nos fonctions cognitives, c'est l'hygiène de vie : les exercices physiques, les efforts intellectuels, le réseau affectif familial et amical, les petits stress qui nous éveillent et les vacances qui nous engourdissent créent des alternances qui empêchent la routine et donnent la sensation de vivre. Le sport de bas niveau, le mariage, l'amitié et les désaccords intellectuels sont nos meilleurs médicaments. L'hérédité et les traumatismes ont un faible effet sur les vieillissements morbides." (Boris Cyrulnik, De chair et d'âme.)

mercredi 7 décembre 2016

De chair et d'âme

"Les neurosciences posent aux psychologues des problèmes de science fiction : comment un douillet affectif invente une manière de vivre qui le mène au bonheur ; comment l'organisation parfaite d'une société devient une fabrique de merveilleux sadiques ; comment l'urbanisme technologique attire les damnés de la terre qui s'y installent avec leurs processus archaïques de socialisation par la violence ; et comment ce nouvel univers façonne le cerveau des enfants qui s'y développent.
La conscience n'est plus ce qu'elle était. Les neurones créent un lien biologique dans le vide entre deux personnes ; les nouvelles galaxies affectives sculptent des formes étranges dans la pâte à modeler de nos cerveaux ; les déterminants humains sont si nombreux et de nature si variée que la durée d'une existence leur donne à peine le temps d'émerger. Chaque histoire humaine est unique. "

Les facteurs qui font de l'homme ce qu'il est sont incompréhensibles. Or, jusqu'ici, nous l'avons cru ultra simple. Certains ont pensé qu'il était tout d'âme, d'autres de matière. La science l'a étudié en multipliant les spécialités et les spécialistes. Elle a fini par comprendre que cela ne l'amenait nulle part. Le point de départ de l'enquête c'est la complexité, et le hasard. 

Pour autant, si la science n'a pas trouvé ce qu'elle cherchait, elle n'a pas travaillé pour rien. L'histoire d'un homme est une question "d'attachement". En effet, sa vie est un apprentissage permanent de l'inconnu. Cet apprentissage se fait par une exploration prudente. Sa condition nécessaire est une "base de sécurité", d'où partir à l'aventure et vers laquelle revenir, pour reprendre des forces. Bref, si vous n'allez pas bien, c'est probablement une question d'attachement.

A quoi ressemble une base de sécurité ? Ce peut-être un parent, dans son enfance, la société, l'idée de Dieu... Si vous n'avez pas une base correcte, vous devrez inventer la vôtre. Et là, tous les coups sont permis. Mais c'est mon interprétation.

(CYRULNIK, Boris, De chair et d'âme, Odile Jacob, 2006. Très bien écrit, et plein d'observations surprenantes.)

mercredi 7 septembre 2016

Résonance

Boris Cyrulnik raconte une histoire inquiétante (De chair et d'âme). Le comportement d'une enfant nouvelle née entre en "résonance" avec une idée inconsciente de sa mère ("je me disais que moi quand je serai grande, je saurais aimer"). Du coup la seconde va prêter à la première une personnalité que ne peut pas avoir un bébé, et lui appliquer le traitement qu'elle rêve d'appliquer à son enfant depuis toujours. 

Nous agissons sur des interprétations fausses ? Si cette tendance ne fait pas plus de dégâts, c'est probablement parce que la société corrige nos erreurs. Sauf lorsqu'elle ne peut pas intervenir, comme ici. Il ne reste plus alors qu'à compter sur la résilience de l'homme ?

lundi 22 septembre 2014

Résilience, connaissances de base

Connaissances de base ? Ce livre ne prend pas la peine de définir des concepts qui semblent le sous-tendre : « tuteur de résilience », « base de sécurité », « mentalisation » !

La résilience, elle, est définie. C’est « la reprise d’un nouveau développement après un traumatisme ». C’est un « processus biologique, psycho affectif, social et culturel ». Et le dit traumatisme semble une sorte d’AVC ! Le cerveau subit des dommages irréversibles. Il doit se re câbler. « La résilience consistera à tourner autour du « trou noir » que forment les modifications neuronales du stress pour retrouver par un néodéveloppement du réseau neuronal altéré une fonctionnalité satisfaisante, mais évidemment différente. »

Curieusement, c’est le lien social qui est la dimension clé de la reconstruction du cerveau de l’individu. Avec ou sans traumatisme, l’homme ne peut vivre seul sans subir des « dégâts biologiques provoqués par l’isolement affectif ». D’où la notion de « tuteur de résilience ». D’ailleurs, ce tuteur, « personne de confiance » est, de préférence, multiple (« les systèmes familiaux à multiples attachements sont les plus protecteurs »), et il peut changer. Le tuteur le plus efficace serait-il la société ? Il est dit, ainsi, que la culture (au sens ethnologique) joue un rôle décisif dans l’absorption de gros traumatismes collectifs.

Il existe des moments critiques où se construit notre capacité à encaisser les chocs. En particulier dans la prime enfance et durant la grossesse. Faute d’un environnement affectif correct alors, l’homme traînera sa vie durant un lourd handicap. Plus tard, la capacité de résilience semble se constituer au gré des « rencontres significatives ». L'homme établit une « base de sécurité » (de plus en plus large ?) à partir de laquelle il peut explorer le monde.

En réalité, rien n’est jamais perdu. Quand il s’agit de se reconstruire, l’homme est plein de ressources. Notamment, il semblerait que la « narration », mettre des mots sur sa vie, lui donner un « sens », soit critique. Ce serait une caractéristique propre à l’homme moderne, en comparaison, par exemple, avec l’homme de Neandertal. Mais ces mots doivent avoir quelque chose d’exact. Mentir à quelqu’un sur un moment traumatique, par exemple sur les premiers temps de son enfance, est nuisible.

Bref, l’homme est à la fois étonnamment résistant et fragile.

Tout cela ne dit pas ce qu’il faut faire face au stress et au traumatisme. La solution se trouve peut-être dans l’avant dernier chapitre. Il traite des limites de nos capacités de résilience. Les limites qu’il ne faut pas franchir. Quelles sont-elles ? « La solitude ( ; ) le non sens (…) l’impossibilité de donner sens à son fracas ( ; ) la honte (…) se placer (…) en retrait des relations qui aident à la résilience ».

Cyrulnik, Boris, Jorland, Gérard, (sous la direction de), Résilience, connaissances de base, Odile Jacob, 2012.

lundi 20 août 2012

l'expert "d'assurance" champion inconnu de la résilience?


Que ce soit après un dégât des eaux, un incendie, un accident automobile ou encore après une casse machine, un défaut de  produit, une pollution, un accident…L’expert intervient toujours en situation de crise.
Il y est «projeté » en son cœur et son premier travail est de comprendre, en toute indépendance d’esprit – un immense sujet – ce qui a déclenché cette crise et ce que cause cette crise.
Il est ensuite, de façon assez schématique, force de proposition pour  déclencher la sortie de cette crise, mais dans un cadre référentiel complexe constitué par la police d’assurance applicable, le droit, la technique, l’économie et le social.
 Loin d’être un spécialiste de la résilience (lire Boris CYRULNIK), je m'interroge sur les situations dans lesquelles intervient l’expert, ne sont elles pas des cas systématiques de résilience ?
Chaque sinistre ne suit-il pas un processus : équilibre existant –contrainte(s) – déséquilibre- modification des contraintes et nouvel équilibre.
N’y a-t-il pas un vrai sujet sur le rôle, la formation et l’utilisation des experts pour qu’ils puissent s’inscrire totalement et sciemment dans ce processus ?
N’est ce pas une voie naturelle de développement durable ?

jeudi 8 janvier 2009

Le petit chef, mal français

Le blog Les cadres sur le divan publie un compte rendu d’interview, Boris Cyrulnik : "pratiquez la politesse en entreprise". La souffrance de l’employé vient du « petit chef ». C'est un tortionnaire.
Ce que ces idées m’ont inspiré :
Ne sommes nous pas tous des petits chefs ?
Qu’est-ce qu’être un petit chef ? Avoir raison même quand on a tort. Penser que les idées qui nous passent par la tête valent mieux que les lois de la société.
Une étude citée par "Surtout ne changez rien", dit que "l’avis du Français moyen vaut autant que celui d’un grand professeur". Un ami universitaire qui, entre beaucoup d’autres, a créé une branche des mathématiques, a corrigé les erreurs d'un prix Nobel… raconte des quantités d’anecdotes de cadres ou de dirigeants français qui ont essayé de lui démontrer qu’ils connaissaient mieux son métier que lui !
L’Éducation nationale est-elle là pour nous apprendre quelque chose ou pour nous sélectionner ? Une fois jugés supérieurs, ne sommes-nous pas supposés tout savoir ? N’est-ce pas notre caractéristique générale : nous pensons tout savoir sans rien connaître ?
Dans une comparaison France / USA, Pascal Baudry observe le comportement des jeunes mères. Eh bien la jeune mère française ressemble beaucoup à un petit chef. Les critiques qu’elle fait à ses enfants semblent sans rime ni raison. À moins qu’elles n’affirment sa domination ?
N’est-ce pas là ce que Michel Crozier appelle "le bon plaisir" : le Français se crée des petites bulles qu’il administre comme un noble d’Ancien régime.
Je me demande si, pour résister à un petit chef (à nous tous), il ne faut pas en revenir aux recettes de l’Ancien régime, relire Saint Simon et Molière. Quid de la stratégie du courtisan ? Ou du principe de l’honneur (cf. Montesquieu et Philippe d’Iribarne) ?...
Complément :