Jean Giono raconte qu'il a fait la première guerre mondiale, de bout en bout, comme seconde classe. Son unité se vidait, complètement, et était renouvelée. Avec son capitaine, il a été le seul survivant. Et il ne fut même pas blessé.
Il était donc possible d'échapper à la boucherie, même lorsque l'on était en première ligne. Par contraste cela montre l'état d'esprit des autres appelés : ils ne ménageaient pas leur vie.
Le plus curieux est qu'il a écrit pour justifier sa conduite, et dire que, finalement, il était le seul à avoir raison. Certes il n'avait pas refusé la guerre, puisqu'il avait servi. Mais il avait été un pacifiste de l'intérieur, qui n'avait tué personne. (Il n'est pas, non plus, allé jusqu'à manifester son mécontentement, en 1917.)
Pourquoi Jean Giono a-t-il voulu donner de lui-même l'image d'un héros (du pacifisme) ? Même l'armée ne lui a rien demandé. Qu'il ait eu peur était compréhensible. Et être un héros c'est, encore, être belliqueux.
Ce qui aurait été réellement intéressant aurait été qu'il se demande pourquoi ses camarades n'avaient pas flanché. Pourquoi, comme Achille, on peut trouver du bonheur dans une vie brève. Peut-être que cela nous aurait éclairé sur le sens de la vie, et sur l'attitude à adopter vis-à-vis de la mort ?
(Réflexions suscitées par une émission de France Culture.)
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mardi 18 février 2020
mardi 10 juillet 2018
Erreur de raisonnement
Qu'est-ce que la vie ? Mystère.
Ou question mal posée ? On a inventé un mot : "la vie", puis on l'a considéré comme une réalité ? Et on a cherché à l'expliquer ?
La vie n'est peut être qu'un concept. Une invention, comme tout ce que nous manipulons, "réalité" par exemple. Ce concept est utile, cependant. Au moins pour organiser notre comportement collectif. Mais il ne faut pas trop lui en demander ?
Ou question mal posée ? On a inventé un mot : "la vie", puis on l'a considéré comme une réalité ? Et on a cherché à l'expliquer ?
La vie n'est peut être qu'un concept. Une invention, comme tout ce que nous manipulons, "réalité" par exemple. Ce concept est utile, cependant. Au moins pour organiser notre comportement collectif. Mais il ne faut pas trop lui en demander ?
mardi 3 juillet 2018
La vie et le droit
On célébrait Simone Veil. Si j'en crois ce que j'entends, elle et son mari doivent la Panthéon à l'interruption de grossesse.
L'interruption de grossesse pose une étrange question : qu'est-ce que la vie ?
Les "pro life" américains disent que l'interruption de grossesse tue un être humain. Nous sommes tous d'accord sur le fait que cela n'est pas bien. La peine de mort n'existe d'ailleurs plus. La loi sur l'interruption de grossesse sous entend donc qu'avant un certaine maturité cellulaire, il n'y a pas de vie.
En conséquence, la vie, c'est posséder des droits. La vie n'est pas un phénomène biologique, elle est donnée par la loi.
L'interruption de grossesse pose une étrange question : qu'est-ce que la vie ?
Les "pro life" américains disent que l'interruption de grossesse tue un être humain. Nous sommes tous d'accord sur le fait que cela n'est pas bien. La peine de mort n'existe d'ailleurs plus. La loi sur l'interruption de grossesse sous entend donc qu'avant un certaine maturité cellulaire, il n'y a pas de vie.
En conséquence, la vie, c'est posséder des droits. La vie n'est pas un phénomène biologique, elle est donnée par la loi.
samedi 26 mai 2018
Intéressant
Est-ce que ce que tu fais est intéressant ? c'était une formule qu'employaient les polytechniciens, dans ma jeunesse. Cela me surprenait, car je n'attendais rien d'intéressant de mes études. Mais, en fait, comme eux, j'ai toujours cherché à faire un travail "intéressant". Qu'est-ce que cela signifiait ? me demandè-je maintenant.
Quelque-chose qui avait à voir avec la science ? Ce qui nous motivait était de participer au progrès. C'était un intérêt désintéressé ?
Intérêt a changé de sens. De général, il est devenu particulier. Désormais les polytechniciens ne poursuivent plus la gloire en servant la science et la patrie, ils font carrière. Et je ne suis plus de mon temps.
Quelque-chose qui avait à voir avec la science ? Ce qui nous motivait était de participer au progrès. C'était un intérêt désintéressé ?
Intérêt a changé de sens. De général, il est devenu particulier. Désormais les polytechniciens ne poursuivent plus la gloire en servant la science et la patrie, ils font carrière. Et je ne suis plus de mon temps.
samedi 3 mars 2018
Vie non commutative
Cela pourrait s'appeler le théorème de Clint Eastwood. Tirer d'abord et réfléchir ensuite, et son inverse, ne donnent pas le même résultat.
Cette propriété est la "non commutativité". La multiplication est commutative. Cinq fois deux égale deux fois cinq. Il en est de même de tout ce que l'on étudie dans un cours de maths. Or, la vie n'est pas commutative. Et c'est pour cela que l'histoire ne peut pas se remonter à l'envers, contrairement à ce que nous disent les physiques classique ou relativiste. La physique quantique est non commutative : l'observateur a une influence sur l'expérience. Ce qui fait qu'elle est probablement plus fondamentale que les autres théories.
L'homme ordinaire ne devrait pas sous-estimer ces considérations. Je soupçonne que le totalitarisme est "commutatif". Il résulte d'une forme de pensée qui nie la complexité du monde. La commutativité explique aussi peut-être pourquoi penser que l'IA peut remplacer l'homme est gravement stupide. La machine est commutative, contrairement à la vie. Morale : le pouvoir semble aller aux esprits commutatifs, aux machines. Justement aux gens qu'affronte Clint Eastwood.
(Venu de la "conversation scientifique" d'Alain Connes, inventeur de la géométrie non commutative, et d'Etienne Klein, chez France Culture.)
Cette propriété est la "non commutativité". La multiplication est commutative. Cinq fois deux égale deux fois cinq. Il en est de même de tout ce que l'on étudie dans un cours de maths. Or, la vie n'est pas commutative. Et c'est pour cela que l'histoire ne peut pas se remonter à l'envers, contrairement à ce que nous disent les physiques classique ou relativiste. La physique quantique est non commutative : l'observateur a une influence sur l'expérience. Ce qui fait qu'elle est probablement plus fondamentale que les autres théories.
L'homme ordinaire ne devrait pas sous-estimer ces considérations. Je soupçonne que le totalitarisme est "commutatif". Il résulte d'une forme de pensée qui nie la complexité du monde. La commutativité explique aussi peut-être pourquoi penser que l'IA peut remplacer l'homme est gravement stupide. La machine est commutative, contrairement à la vie. Morale : le pouvoir semble aller aux esprits commutatifs, aux machines. Justement aux gens qu'affronte Clint Eastwood.
(Venu de la "conversation scientifique" d'Alain Connes, inventeur de la géométrie non commutative, et d'Etienne Klein, chez France Culture.)
jeudi 22 décembre 2016
Rajeunir c'est possible
Expérience : des cellules et des souris rajeunissent. "Changement épigénétique". Le changement n'est jamais sans contre-parties. Le traitement pourrait aussi provoquer le cancer. Pour le moment. Va-t-on rajeunir ? Peut-être n'est-ce pas totalement contre nature ? La société permet à l'homme de faire ce dont, seul, il est incapable, pourquoi ne l'aiderait-elle pas à éviter les obstacles à la vie ?
(Article.)
jeudi 26 mai 2016
Sens +
Sens + est le nom d'une association. Notre vie n'a plus de sens, elle veut nous aider à en retrouver un.
Je me demande si cette vie sans sens n'explique pas en partie le combat du gouvernement et de la CGT. La CGT veut représenter des valeurs fortes. Il n'est pas important qu'elles ne soient pas universelles. Ce qui compte est que des gens soient prêts à se battre pour elles. D'ailleurs, le combat, voire l'oppression, renforce la minorité. C'est le phénomène État Islamique.
Changement du principe de fonctionnement de notre société ? Après l'ère de l’hédonisme et du calcul égoïste, en reviendrait-on à l'heure de la gloire ? (Et de la guerre ?)
jeudi 23 avril 2015
Complexité, vie et changement
La vie, c'est ce qu'il y a entre l'inerte et le chaos. Et elle a des propriétés des deux. Elle possède une structure, mais elle peut changer. La vie, c'est ce qui peut changer, tout en conservant l'essentiel. Changer pour ne pas changer. Voici ce que dit la Théorie de la complexité. Où l'on retrouve la définition du changement qu'a adoptée ce blog. Et qui n'est pas dans toutes les têtes, loin de là.
Le changement est un combat permanent. Il ne peut jamais être gagné. Mais il peut être perdu.
Le changement est un combat permanent. Il ne peut jamais être gagné. Mais il peut être perdu.
samedi 18 avril 2015
Le sens de la vie
Sisyphe pousse sa pierre, et trouve du plaisir dans le travail bien fait. C'est le souvenir que j'ai gardé des idées de Camus. C'est comme cela qu'il donne du sens à une vie fondamentalement absurde.
J'ai une vision différente des choses. Chaque génération se trouve en face d'une nouvelle partie d'échecs. Et elle doit faire preuve de génie pour déjouer les ruses nouvelles de son adversaire. Et ce jeu est formidablement stimulant.
samedi 6 décembre 2014
Quête de sens : moteur de l'humanité ?
Citation de Camus entendue dans une émission de radio et retrouvée sur wikipedia :
La fin justifie les moyens ? Cela est possible. Mais qui justifie la fin ? À cette question, que la pensée historique laisse pendante, la révolte répond : les moyens.
Tout cela est mystérieux. Mais wikipedia explique :
Bien que Camus réfute les religions parce que « on n'y trouve aucune problématique réelle, toutes les réponses étant données en une fois », et qu'il n'accorde aucune importance à l'avenir : « il n'y a pas de lendemain », sa révolte n'en est pas pour autant amorale. « La solidarité des hommes se fonde sur le mouvement de révolte et celui-ci, à son tour, ne trouve de justification que dans cette complicité ». Tout n'est pas permis dans la révolte, la pensée de Camus est humaniste, les hommes se révoltent contre la mort, contre l'injustice et tentent de « se retrouver dans la seule valeur qui puisse les sauver du nihilisme, la longue complicité des hommes aux prises avec leur destin ».
Explication à la Hannah Arendt ? Ce qui fait le sens de la vie, c'est la solidarité des hommes qui se révoltent, collectivement, contre le fait que la vie n'a pas, et ne peut pas avoir, de sens. Elle est "absurde".
L'homme, parce qu'il a une "raison", veut un monde qui ait du "sens", c'est-à-dire qui obéisse à des lois explicites. Il arrive effectivement, périodiquement, à construire "une bulle de sens". Tout ou presque devient prévisible. Mais les événements évoluent (la bulle consomme ce qui lui permettait de fonctionner, les agents pathogènes, qu'on croyait éliminés, s'adaptent à nos traitements...), les parois se fendillent, l'absurde y pénètre sous la forme de guerres, d'épidémies... Et surtout de la folie suicidaire qui consiste à détruire le sens même de la vie, selon Camus : la solidarité entre hommes (autrement dit, le principe de la définition actuelle du libéralisme). Et tout est à recommencer.
Cette "bulle de sens", création collective, est une "oeuvre d'art". Elle n'est pas le fruit de la raison individuelle. Mais d'une sorte de coup de génie collectif. Et surtout, elle "marche", c'est-à-dire 1) que le monde redevient prévisible, la bulle et son environnement semblent en accord et 2) que chaque homme y est heureux, mais heureux pour des raisons "esthétiques", il trouve à l'édifice quelque chose de "beau", plutôt que fonctionnel.
(Mon idée de la "bulle de sens" est le monde des Trente glorieuses et son esthétique du progrès technologique. Quant au processus de changement qui se produit à la dislocation de la bulle, il pourrait être celui décrit dans un autre billet. La société, être collectif, apprend, sans faire appel à notre raison, des chocs qu'elle subit en aveugle. Si elle parvient à trouver une configuration dans laquelle elle ne prend plus de chocs, le changement cesse.)
L'homme, parce qu'il a une "raison", veut un monde qui ait du "sens", c'est-à-dire qui obéisse à des lois explicites. Il arrive effectivement, périodiquement, à construire "une bulle de sens". Tout ou presque devient prévisible. Mais les événements évoluent (la bulle consomme ce qui lui permettait de fonctionner, les agents pathogènes, qu'on croyait éliminés, s'adaptent à nos traitements...), les parois se fendillent, l'absurde y pénètre sous la forme de guerres, d'épidémies... Et surtout de la folie suicidaire qui consiste à détruire le sens même de la vie, selon Camus : la solidarité entre hommes (autrement dit, le principe de la définition actuelle du libéralisme). Et tout est à recommencer.
Cette "bulle de sens", création collective, est une "oeuvre d'art". Elle n'est pas le fruit de la raison individuelle. Mais d'une sorte de coup de génie collectif. Et surtout, elle "marche", c'est-à-dire 1) que le monde redevient prévisible, la bulle et son environnement semblent en accord et 2) que chaque homme y est heureux, mais heureux pour des raisons "esthétiques", il trouve à l'édifice quelque chose de "beau", plutôt que fonctionnel.
(Mon idée de la "bulle de sens" est le monde des Trente glorieuses et son esthétique du progrès technologique. Quant au processus de changement qui se produit à la dislocation de la bulle, il pourrait être celui décrit dans un autre billet. La société, être collectif, apprend, sans faire appel à notre raison, des chocs qu'elle subit en aveugle. Si elle parvient à trouver une configuration dans laquelle elle ne prend plus de chocs, le changement cesse.)
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