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mardi 28 juin 2022

Attrape-moi si tu peux

"Les sous-variants BA.4 et BA.5 d’Omicron sont capables d’échapper de façon notable aux anticorps produits après vaccination ou après infection naturelle" (Le Monde.)

Ce blog avait oublié un moment le coronavirus. 

Voici une de ses nouvelles caractéristiques : "attrape-moi si tu eux" ? Il joue au gendarme et au voleur avec nos systèmes de défense, individuels et collectifs ? 

Une leçon de complexité pour les nuls, Monsieur Edgar Morin ? 

(Comme je le disais récemment, cela peut faire la fortune du gendarme...) 

lundi 27 juin 2022

Economie de marché

Le marché est la panacée. Il s'auto-organise pour trouver spontanément et immédiatement une solution optimale. Voilà ce que disaient les autorités scientifiques de ma jeunesse. 

L'expérience justifie-t-elle cette affirmation ?

Les enjeux internationaux de Christine Okrent observaient que le confinement du covid a fait s'effondrer les prix du pétrole. Les producteurs n'ont pas investi dans l'exploitation des gisements. Puis, quand l'économie est repartie, et que la guerre en Ukraine a à nouveau fait monter les prix, ils ont cherché à remplir leurs coffres. La production n'est pas repartie. 

Actuellement, j'interviewe des entrepreneurs. Le covid, aussi, leur a fait énormément de mal. Une entreprise qui démarre a très peu de ressources. Le temps c'est de l'argent. Le moindre accroc et c'est le drame. (Et, d'ailleurs, un drame humain. Car, l'entrepreneur "est" son projet. Pour lui, il se bat jusqu'au bout de ses ressources physiques, comme le fait le champion sportif.)

Les théories économiques ne tiennent pas compte des inerties de la société, de son "irrationalité". Ou plutôt de sa "complexité" au sens de "la théorie de la complexité". Elles sont radicalement fausses, parce qu'elles sont incapables de comprendre ce qui est évident pour chacun d'entre nous. 

Mais ce n'est pas le plus grave. Ce qui l'est est que nos "autorités scientifiques" soient incapables de regarder en face leurs erreurs, et d'en tirer des enseignements. Le prix Nobel est un bonnet d'âne ?

lundi 28 mars 2022

Condorcet et Mme Hidalgo

1,5%. Intentions de vote attribuées à Mme Hidalgo, selon le dernier sondage que j'ai vu. On peut douter de la précision du chiffre, mais, pour ce qui fut le parti le plus puissant de France, c'est bien peu. Comment expliquer que quelqu'un d'apparemment si peu populaire ait été aussi longtemps mairesse de la plus grande ville de France ?

Cela signifie que Condorcet s'est mis le doigt dans l'oeil. Comme beaucoup de ses amis, il pensait que le vote était l'expression juste de la volonté populaire. Or, pour commencer, comment savoir ce que quelqu'un va donner une fois élu ? Et, surtout, le candidat est le résultat d'un processus de sélection. Et la sélection produit un biais qui conduit à l'envers des intentions initiales. Il fait émerger un homme, ou une femme, d'appareil, plutôt qu'un leader du changement. Autrement dit un virtuose du moyen, et non de la fin. Systémique pour les nuls. 

Mais la complexité n'a pas dit son dernier mot. Elle sauve la démocratie. Car, à long terme, l'électeur parvient à se faire entendre. A force de "voter contre", il fait bouger le système, et "dégage" les conséquences imprévues du vote. Edgar Morin qualifierait la pensée de Condorcet de "simplifiante". Il lui donnerait sans doute une mauvaise note en "mathématique sociale". 

lundi 14 mars 2022

Les externalités du progrès

L'ordinateur est sensible au rayon gamma. Or, le rayon gamma est partout. Résultat ? Un pilote automatique qui se débranche, un comptage électoral faux... Problème sérieux lorsqu'il s'agit de commande de type "discret", zéro ou un (j'accélère ou je freine, par exemple.)

C'est pourquoi, de plus en plus, les systèmes de contrôle sont redondants. 

Seulement, la miniaturisation constante des composants électroniques pose de nouvelles difficultés : contrairement aux anciens composants, ceux des nouvelles générations sont sensibles à des impulsions électriques infimes... 

Voilà ce que disait l'émission de radio Radiolab. 

Ce qui amène à s'interroger sur le progrès, au sens où on l'entend depuis quelques siècles. Il est de notoriété publique que l'on commence par en voir les avantages, avant d'en percevoir les "externalités négatives". Externalités que l'on met des décennies à maîtriser de manière "satisfaisante". Seulement, la question que l'on ne se pose pas est : et si ce progrès était une sorte "d'attrape nigaud". Et si l'innovation consistait à masquer habilement son coût réel ?

mardi 1 février 2022

Le rasoir de Spinoza

Conséquence imprévue du coronavirus : j'utilise un rasoir électrique. En revenant du marché, le premier jour du confinement, j'ai constaté que j'avais oublié de renouveler mon savon à barbe. J'ai ressorti mon rasoir électrique. Et j'ai trouvé qu'il rasait mieux que je ne le pensais. 

En fait, je n'ai pas un rasoir électrique, mais trois. Or, l'un après l'autre, ils se sont arrêtés de marcher. L'âge ? Je me suis demandé s'ils n'avaient pas été asphyxiés par les poils de barbe. Mais, pas possible de les démonter. Et, il vaut peut-être mieux ne pas le faire. Donc, je me suis mis à les secouer. Miracle. L'un après l'autre, ils sont repartis. 

Etait-ce le poil la cause de la panne ? Si oui, que coinçait-il ? A moins que le mauvais diagnostic n'ait eu la bonne conséquence ? Le rasoir avait besoin d'être secoué. D'ailleurs, ce que je dis n'explique pas pourquoi ce n'est parfois qu'au dix ou vingtième essai que le rasoir part. Comme souvent, la réelle cause du changement est ma volonté de ne pas baisser les bras, et de ne pas avoir peur de faire des choses stupides. En s'agitant comme une mouche contre une vitre, on finit par trouver la sortie. Rien de pire que la raison.

Quel est l'intérêt de cette histoire ? Elle contredit Spinoza et quelques autres. Il semble évident que tout n'est que causes et conséquences. Mais ma panne a-t-elle une cause ? Le cancer, d'ailleurs, a-t-il une cause ? N'est-il pas juste de dire qu'il résulte de la combinaison de circonstances particulières. Circonstances que l'on n'est pas capable de définir précisément. 

Niels Bohr disait qu'il paraissait que les fers à cheval portaient bonheur même lorsque l'on n'y croyait pas. C'est peut-être la même chose pour les causes. 

mercredi 19 janvier 2022

Société résiliente

Qu'est-ce qu'une société résiliente ? 

Internet a été à l'origine de la mode de la théorie des réseaux. Celle-ci a une réponse à cette question. Un réseau résilient répartit la charge de traitement de l'information entre ses noeuds. Son équivalent social est donc le contraire de l'organisation d'une armée, d'une multinationale ou de la République française. 

Mes recherches m'ont fait aller au delà de ce modèle. Le "milieu" a un rôle critique dans la stimulation de l'individu. Ce milieu est, en quelque sorte, l'écosystème immédiat du dit individu. Pour un renard, c'est la forêt dans laquelle il vit. Pour Apple, c'est la Silicon Valley. Dans ce modèle, le réseau n'est pas homogène, comme la nature, il présente des paysages différents.

Comment concilier ces deux modèles ? La théorie des réseaux fait l'hypothèse implicite d'un réseau représentable sur une feuille de papier, par des traits entre points. Elle ne prend en compte qu'un type de lien entre individus. Dans la réalité, nous appartenons à de multiples réseaux. Nous avons de multiples "milieux". Il est même possible que le "milieu" puisse être défini en fonction de l'individu : c'est un milieu sans milieu. Chacun est au milieu, ne serait-ce que parce qu'il se déplace. 

Comme le dit la phénoménologie : méfions nous de la science, elle prétend voir objectivement la réalité, alors qu'elle repose sur des hypothèses culturelles implicites ? 

vendredi 14 janvier 2022

Le hasard et la raison

Qui l'eut dit ? Madame Pécresse a de bonnes chances d'être élue présidente. Si c'est le cas, son premier mérite aura été d'avoir cru à sa bonne étoile. Ce qui n'a pas été le cas de beaucoup de ses concurrents. Ils doivent s'en mordre les doigts. 

J'ai toujours pensé que si M.Juppé avait été un homme politique normal, il serait aujourd'hui président. 

L'homme politique normal est indestructible. Il croit à sa chance. Et, effectivement, une élection est une question de chance. L'élection de M.Macron l'a démontré, qui a été une succession d'événements imprévisibles. Et c'est à nouveau le cas avec la survenue de M.Zemmour. Non seulement il faut compter avec la chance, mais il est même possible que celui qui n'obéit qu'à la raison ait toujours tort !

dimanche 26 décembre 2021

Changement systémique

Ce blog étudie le changement depuis qu'il existe. Ce qui arrive est stupéfiant. Pourtant, c'est prévu par la systémique. 

En effet, la société est en train de changer, radicalement. Et cela touche les principes mêmes qui gouvernent nos comportements. Montesquieu aurait parlé d'une changement de "l'esprit des lois". 

Par exemple, il y a une pénurie mondiale de ressources humaines. Du jour au lendemain, le dirigeant, qui se tapait sur les pectoraux en clamant qu'il était un "premier de cordée créateur de valeur", n'est plus rien. Maintenant, il doit être "séduisant". Car le jeune veut servir une juste cause. Et la fiche de poste, c'est fini : il faut bâtir à partir de ce qui se présente. Et peut être même, le superbe isolement du chef d'entreprise a fait son temps, car il va probablement falloir partager son personnel. La coopération est la règle du jeu, en période de rareté. 

Il y a aussi la globalisation. Son hypothèse implicite était la quasi gratuité du transport. Or, le virus a montré qu'il présentait un risque imprévisible. La supply chain est à terre. Et cela a une conséquence massive : de la période du moins disant, on passe à celle de l'innovation. Du moins cher au meilleur. Le règne du gestionnaire risque bien d'être remplacé par celui de l'entrepreneur. Si le dirigeant veut garder son poste, il va devoir remettre en marche son cerveau. L'élite va devoir justifier ses prétentions.

Et la rigueur, que nous imposait Mme Merkel ? Je lisais un article qui expliquait que le monde s'était mis à imprimer des billets, et constatait avec stupéfaction que le ciel ne lui tombait pas sur la tête. 

Où cela nous mène-t-il ? Aucune idée. En tout cas, les rapports de force se sont totalement inversés. Alors que juste avant l'épidémie la SNCF et Air France étaient paralysés par des grèves, qui parierait aujourd'hui un kopeck sur les hommes forts d'hier ? Ecole de l'humilité. 

Enseignement ? Nous tendons à être des mouches du coche. Nous croyons que nos succès sont dûs à notre génie, alors qu'ils sont le résultat des circonstances. Et les belles théories dont on nous a abreuvé, et qui ont valu quelques prix Nobel, ne sont que des rationalisations de rentes de situation. Peut-être peut-one espérer une renaissance de la science ?

mercredi 6 octobre 2021

Raison et complexité

On découvre que le cerveau ne marche pas comme on le pensait. On a cru trouver des zones qui avaient des fonctions spécifiques (la mémoire, la peur...). En fait ces zones interviennent bien dans les dîtes fonctions, mais aussi dans d'autres. En fait, on a peut-être projeté sur le cerveau des idées préconçues. 

""Depuis plus de 100 ans, les scientifiques ont cherché en vain les limites cérébrales entre penser, ressentir, décider, se souvenir, bouger et d'autres expériences quotidiennes", a déclaré Barrett. De nombreuses études neurologiques récentes confirment que ces catégories mentales « sont de mauvais guides pour comprendre comment les cerveaux sont structurés ou comment ils fonctionnent »."(Article.)

Exemple de "complexité" ? Ce que nous appelons la "complexité" est, en fait, la nature, ce qu'il y a de normal et d'évident. Si nous la trouvons "complexe", c'est parce que nous croyons connaître la réalité, et que ce que nous observons ne lui correspond pas. Alors nous avons inventé un terme pour dire que si nous n'y comprenions rien, c'était parce que c'était du ressort d'une science encore plus élevée. Nous disons à la nature qu'elle n'est pas naturelle. 

Or cette "réalité" est une création de notre raison, en fait une illusion, au mieux une simplification. 

mardi 10 août 2021

L'ère de la complexité

Un médecin me disait que, concernant l'effet des vaccins, "on pourrait parler des jours". Autrement dit, on ne savait rien. 

Un des grands paradoxes de cette histoire est qu'à l'origine des "théories du complot" que j'ai étudiées, il y a des chercheurs de première dimension. Alors que, de l'autre côté, il y a essentiellement des journalistes. Et l'argumentation des chercheurs ressortit à ce qu'on a appelé un temps le "principe de précaution". 

Ce que le virus a abattu, c'est "l'idéalisme", cette croyance solidement établie chez les Grecs, et chez nos intellectuels, qu'il y a des "vérités" immanentes, que l'on (= l'intellectuel) peut connaître par la "raison". Le virus nous fait découvrir l'empirisme. On ne sait du vaccin que ce que l'on observe, et l'on n'est pas capable d'en tirer des lois justes à tous les coups. En gros, "il semblerait qu'il n'arrête pas le virus mais qu'il en atténue les effets les plus graves", autrement dit qu'il nous permette de travailler, et de consommer, ce qui est la seule chose qui compte pour nos gouvernants. Quant aux effets à long terme : il faut attendre le long terme pour les connaître. 

Ce dont on est le plus sûr, me disait d'ailleurs ce médecin, c'est que le virus a fuit d'un laboratoire chinois. Autrement dit ce qui fut le complot ultime, au début de l'épidémie !

Edgar Morin devrait être heureux : nous découvrons que le monde est "complexe". Car la complexité, c'est justement l'incapacité à comprendre, tout en pouvant agir, mais sans être jamais certain de ne pas faire d'erreur. 

mardi 27 juillet 2021

Le vaccin ou la guerre civile ?

Relisons Michel Winock ? (La fièvre hexagonale.) L'affaire du vaccin ne ressemblerait-elle pas à une des guerres civiles dont nous avons le secret ?

Quels en sont les ingrédients ? On s'insulte au nom de grands principes. D'un côté, on affirme qu'il n'y a que les imbéciles qui ne comprennent pas l'efficacité absolue du vaccin, et de la science en général. De l'autre, on parle d'étoile jaune. Comme les deux ont tort, et qu'ils ont en face d'eux des gens très intelligents qui peuvent le leur démontrer, cela peut durer longtemps. 

Et c'est pour cela que, jadis, tout se terminait dans le sang, et quasiment le génocide, si l'on pense aux Huguenots. Il y a, peut-être, tout de même, un progrès. 

Ce que nous ne parvenons pas à comprendre, c'est que le monde est complexe. Il n'y a pas d'absolu. Le vaccin est un pari façon Pascal, et il est dans la responsabilité du gouvernement d'imposer ce qu'il pense bon pour la collectivité (quitte, ensuite, à passer en jugement). Surtout, le grand problème est que nous sommes incapables de profiter de l'intelligence collective. Du coup, le sort de tout un peuple se retrouve entre les mains d'une personne qui a déjà bien assez à faire sans cela. 

lundi 26 juillet 2021

Enseigner la complexité : ce qu'il ne faut pas faire

Pour inspirer Edgar Morin, je pourrais me donner en contre-exemple. 

Il y a quelques années, je cherchais à leur faire comprendre la complexité du monde en demandant à mes élèves de noter ce qui les frappait comme "paradoxal". Par exemple, pourquoi, à chaque fois que je lui serre la main, telle personne va se laver les mains ? On découvrait ainsi qu'il y a quelque-chose au delà de nos interprétations immédiates. 

Or, cet exercice semblait terroriser les élèves. A tel point qu'une année, une promotion s'est mise à faire un pastiche (très réussi) de ce blog, en pensant que ce devait être ce que j'attendais d'elle. Paradoxe !

Cette même année, j'ai proposé à la promotion un autre petit exercice : me dire ce qu'elle aimerait changer dans l'option, et me faire des propositions pour cela. L'année précédente, j'avais fait ce même exercice, en fin d'année, et j'avais constaté qu'il était facile de remédier aux "frustrations" des élèves avec un peu de bonne volonté et les moyens dont nous disposions. Mais, cette fois, la promotion s'est engagée dans une sorte de grande enquête qui a mis l'université sens dessus dessous. 

Après coup, j'ai compris qu'elle pensait que j'attendais certainement cela d'elle. 

Le plus surprenant, dans cette affaire, ce sont les résultats d'un troisième exercice. Je demandais aux élèves de faire une étude "anthropologique" de l'entreprise dans lesquels ils réalisaient un stage. Cette fois : miracle. Sans avoir rien compris aux questions que je leur posais, ils y ont répondu brillamment. Tout n'était que paradoxe. Ils s'étaient mis à considérer le monde avec étonnement. 

Qu'en ai-je tiré ? Que les jeunes générations sont shootées à la note. Tout leur talent consiste à chercher à comprendre ce que désire le professeur, pour le lui dire, et avoir une bonne note. N'étant pas un universitaire, je ne partageais pas la culture de mes collègues. D'où le désarroi de mes élèves. En revanche, une fois qu'ils sont arrivés dans le monde réel, de l'entreprise, leur bon sens s'est remis en marche. 

En bref, pour "apprendre" la complexité, tout est une question de conditions ?

dimanche 25 juillet 2021

Enseigner la complexité

A l'occasion de son centième anniversaire, j'entendais Edgar Morin regretter que ses idées n'aient pas influencé l'Education nationale. Puis, quelques temps après, le ministre de l'éducation annonçait qu'il constituait un Think Tank dans lequel se trouvait Edgar Morin. 

Si j'étais la mauvaise fée de l'histoire, je dirais qu'Edgar Morin n'a pas la fibre pédagogique. Mes amis, pourtant des intellos verts, s'étonnent que je parvienne à lire ses oeuvres. Effectivement, on s'y perd. Même ses synthèses sont des tissus de banalités et phénomènes savants pour conversations de salon, qui ne semblent mener nulle part. Ce qui manque, c'est une ligne directrice. 

En fait, je pense qu'elle y est : c'est ce qu'il nomme "l'éros". Au départ de tout changement, il y a ce qu'Albert Hirschman appelle "a bias for hope". Quelque-chose qui vous donne "envie d'y croire". 

Ce qui compte, c'est le point de départ, donc. C'est découvrir que le monde est complexe. Ce que cela signifie. Et cela provoque une sorte d'émerveillement, mêlé de crainte. Ensuite, la théorie vient naturellement. 

samedi 17 juillet 2021

Abstraction et feedback positif

J'ai longtemps cru au raisonnement abstrait, comme moteur du changement. Peut-être un biais comportemental induit par mon éducation. 

En fait, j'ai été aussi long à me rendre compte de mon erreur, parce que cela semblait marcher. Jusqu'à ce que je comprenne, récemment, que le raisonnement ne convainquait personne, sauf moi. C'était mon enthousiasme qui faisait que l'on me suivait, et non mes belles paroles qui mettaient en mouvement ceux avec qui je travaillais. D'où le flop de mes livres. (Et de tous les livres, me semble-t-il : quand ce sont des best sellers, c'est que l'on croit y trouver ce qui n'y est pas !)

Comment procéder, alors ? Feedback positif. C'est Monsieur Jourdain et sa prose. Il y a des moments où nous "faisons bien". Ce sont ces moments qu'il s'agit de retrouver, pour les répéter. 

Pourquoi ? Il est possible que l'abstraction passe à côté de l'essentiel. Le feedback, lui, part de la réalité, et de ce qui "marche" dans la réalité. Théorie de la complexité ?

mardi 13 juillet 2021

L'émergence d'Edgar Morin

Edgar Morin a cent ans, disait la radio. Je l'entendais se plaindre que cela n'avait pas été suffisant pour nous faire comprendre son combat. 

C'est aussi ce que je pensais en écoutant un donneur de leçons nous expliquer que désormais tout le monde, même les hommes d'affaire, comprenait que les arbres ne pouvaient pas monter au ciel, notre modèle de croissance infini était évidemment condamné. 

C'est l'éternel argument de Malthus. Argument qui passe à côté d'un principe fondamental de la théorie de la complexité : l'émergence. La vie semble procéder en deux temps, d'abord une accumulation linéaire, puis une transformation, l'émergence d'une organisation de ce qui s'accumulait : d'abord des cellules, puis un être complexe, d'abord des briques, puis une maison. C'est ainsi que les précédents réchauffements climatiques ont produit des glaciations. C'est cela la complexité.

Mais tout le monde n'a pas aussi mal compris les idées d'Edgar Morin que notre donneur de leçons. Les hommes d'affaires, eux, ont un esprit naturellement systémique. Ils connaissent l'irrationalité humaine. Ils savent profiter des modes qui s'emparent de la société. "The trend is our friend" dit-on dans ces milieux. Bon anniversaire Edgar Morin ?

lundi 19 octobre 2020

Edgar Morin et la complexité

Mes amis s'étonnent que je lise les livres d'Edgar Morin. Eux n'ont pas réussi à les achever. 

Cela tient-il à ce qu'Edgar Morin parle de complexité ? Le professeur Schmitt, que je cite souvent, répondrait que la complexité n'est pas compliquée. Le problème d'Edgar Morin est qu'il donne dans le compliqué, et non dans le complexe. 

En fait, son grand âge nous fait oublier le contexte dans lequel il a vécu. La systémique, puis la complexité ont enflammé la science d'après guerre. J'ai eu l'occasion d'étudier ce mouvement lorsque j'écrivais mon premier livre. Si j'ai abandonné cette piste, comme un cul de sac, c'est qu'elle se contredit elle-même. Elle dénonce la "pensée simplifiante" de la science, alors qu'elle est mécaniste ! Elle met la complexité en équations. Et, quand on cherche à appliquer ses formules, elles ne vont pas. Elles ne servent qu'à expliquer ce qui s'est passé, le changement dans mon cas, a posteriori. 

Edgar Morin a écrit un livre compliqué sur l'enseignement de la complexité. Il me semble qu'il est passé à côté de l'essentiel. Ce qui nous convainc de la complexité est le simple spectacle de la vie. C'est l'école (et les livres compliqués) qui nous bourre la tête de simplicité. 

mardi 29 septembre 2020

L'éléphant et l'écologiste

Dans le combat climatique, la stratégie des écologistes est d'étouffer "l'ennemi". Wikipedia donne un exemple de cette stratégie. Les fiches de leurs opposants servent à démontrer que ceux-ci sont des manipulateurs. (N'utilisent-ils pas les mêmes techniques que celles des écologistes ?)

D'ailleurs, cela n'est pas faux. Devant l'efficacité de cette tactique, de gauche, M.Sarkozy, et les néoconservateurs, plus généralement, l'ont employée.

Les principes de la RSE sont une autre forme de démocratie. Il s'agit de prendre en compte l'opinion des "parties prenantes" concernées par un sujet. Ce n'est plus une question de qui a raison entre écologistes, climato-sceptiques ou autres Gilets jaunes. C'est la fable des aveugles et de l'éléphant. Chacun a une vision partielle d'un "tout" qu'il ne peut pas concevoir. Mais une fois que ce "tout" est apparu, résoudre les problèmes individuels est évident.

samedi 19 septembre 2020

Malthusianisme moderne

Un argument favori du développement durable est "l'exponentielle". Nous consommons de manière exponentielle les ressources terrestres. Cela devra s'arrêter un jour. Malthus a utilisé le même argument, à tort. Pourquoi ?

Une raison pourrait être la saturation. Lorsque des nénuphars envahissent un étang, il y a, probablement, croissance exponentielle, puis stabilisation. Certes, mais qu'est-ce qui me dit que l'arrêt ne va pas être brutal ?

Plus subtil : "émergence". La phase de consommation prépare un passage à un niveau supérieur de complexité. C'est ainsi que procède, dit-on, les étoiles, en détruisant, elles créent. Nous en serions le résultat.

Actuellement, nous empilons des connaissances et des outils qui pourraient permettre de créer une nouvelle société qui n'a plus besoin de consommer ce qui a été nécessaire pour la construire. Ainsi, il y aurait apparemment la possibilité de créer des batteries utilisant des diamants de carbone 14, radioactif, issus des centrales nucléaires, qui seraient infiniment plus performantes et moins chères que ce qui est connu aujourd'hui. Si cette technologie marche, elle pourrait résoudre bien des problèmes qui nous préoccupent. (Article.)

Cela signifie-t-il que les craintes des écologistes sont infondées ? Rien ne nous dit que nous réussirons une transformation, ou même qu'elle se fera sans casse. Le péril du changement est la raison d'être de ce blog. Mais leur argumentation est fausse.

vendredi 18 septembre 2020

Coronavirus et alcoolisme

Consommation d'alcool et alcoolisme : conséquence de la politique de santé du gouvernement anglais ! La fermeture des pubs, la solitude du confinement, la crainte de la perte d'emplois... a amené l'Anglais à boire plus que de raison, pour oublier ses tourments. Voilà ce que disait la radio. C'est un drame national.

Jusqu'ici, on avait l'impression que la seule chose à prendre en compte était le nombre de morts par covid. Mais, on découvre le "risque de seconde espèce", les effets secondaires qu'a tout traitement. Notre existence n'est pas qu'une question de vie ou de mort, elle est, bien plus, une histoire d'amitié, et un besoin de ressources.

De la nécessité d'adapter à la complexité du monde nos modes de gouvernance ?

dimanche 6 septembre 2020

La science peut-elle régresser ?

Après de grandes explosions créatives, notamment durant la guerre, la science semble stagner. Pourrait-elle régresser ?

Le progrès est un mythe comme les autres. Notre société se définit comme l'aboutissement de la marche de l'humanité, et, donc, en conséquence, considère de haut ce qui l'a précédé. Mais, lorsque l'on se penche sur le passé, on découvre qu'il n'avait rien de ridicule et que, correctement formulés, nous ne savons toujours pas résoudre les problèmes qu'il pose.

A cela s'ajoute des facteurs conjoncturels. Aujourd'hui un normalien, agrégé de mathématiques, ne va pas étudier les sciences, mais préparer l'ENA. Car il est un esprit d'élite, digne de donner des leçons à la nation. Du coup, pourquoi préparer normale sup, si l'on veut entrer à l'ENA ? Passer par HEC ou science po est plus rapide, et bien plus agréable.
Le niveau de nos mathématiciens a aussi baissé : les meilleurs matheux quittent l'enseignement, or il y a à peu près 50 fois plus de bacheliers (en proportion) aujourd'hui qu'avant guerre. Rappelons-nous que les normaliens, hier, enseignaient dans le secondaire ! Maintenant, ils sont, au minimum, dans l'enseignement supérieur.
Les ambitions, aussi, ont changé. On obtient la médaille Fields pour une démonstration un peu compliquée, alors qu'hier, des Euler, des Gauss, des Cauchy bâtissaient des pans entiers des mathématiques. Plus curieusement, les fameuses conjectures qui font le bonheur des médailles Fields, n'étaient pas considérées comme très sérieuses par ces précurseurs. Au fond, nous ne produisons plus de mathématiciens, mais des phénomènes de cirque.

Mais, peut-être, tout simplement, que tout progrès a une fin. La philosophie grecque est toujours la base de la nôtre, et elle s'est faite sur quelques décennies. (En a-t-on compris toutes les subtilités ?) Il en est de même de la physique fondamentale, qui semble dans une impasse.

La théorie de la complexité parlerait peut-être "d'émergence". Une idée apparaît, prospère, puis connaît un "moyen-âge".