lundi 11 novembre 2019

Les brexités

Pourquoi ne trouvons-nous pas les Britanniques ridicules ? Imaginons que le Brexit se soit passé en France, en Italie, ou en Grèce, qu'en dirait le monde ? Il en pisserait de rire.

Dans une réputation, il y a deux choses : ce que l'on dit de soi, et ce que les autres disent de vous. Quand on y réfléchit bien, le protestant pense du bien de lui-même et du mal des autres. C'est le contraire pour le catholique.

On peut même se demander s'il n'y a pas quelque-chose du "pêché originel opium des peuples", pour ce dernier. Pour gouverner, les élites du sud répètent à leurs peuples : regardez comme vous êtes mauvais par rapport aux autres. Le gouvernement par le complexe.

(L'histoire se répète ? Avant guerre, on a dit "ne regardez pas vers l'Allemagne, le mal est chez nous". Mais aussi il y avait, notamment chez nos technocrates, une immense admiration pour l'efficacité allemande. La collaboration était un moyen de faire profiter la France de l'admirable rigueur allemande. C'était la "start up nation" avant la lettre.)

Le bug (culturel) de Boeing

Qu'est-ce qui ne va pas chez Boeing ? Comment le sortir de l'ornière. Questions à des experts.

Boeing souffre d'un vice culturel, ancien. On y décide dans son coin, en catimini. (A la façon des gouvernements français ?) Sans intelligence collective, décision erronée.
Quant à la sortie de l'ornière, pour l'expert, le problème à résoudre est de convaincre le public de confier sa vie au 737. Fallait-il être expert pour dire cela ?

Serait-on sur la bonne pente ? Contre discount, une compagnie anglaise s'est engagée à acheter deux cents avions. Ou, "décidément, on ne changera pas les Anglais" ?

En tout cas, le PDG de Boeing a annoncé qu'il prendrait le premier vol commercial. Mais est-ce rassurant ? Ne fait-il pas comme l'ingénieur qui a élevé l'obélisque de la Concorde : il s'était placé derrière elle pour être tué en cas de chute ?

dimanche 10 novembre 2019

Serge Gainsbourg

Serge Gainsbourg anticipait les tendances de la musique populaire. Mais il ne leur consacrait jamais plus de deux disques. (Une émission de France Musique.)

Serge Gainsbourg m'a toujours fait penser à Woody Allen. Tous les deux ont une capacité exceptionnelle à s'approprier un style, dans toute sa complexité. Ce qui a quelque-chose de génial et de mystérieux.

Woody Allen s'en remet à un "truc" : une caricature du Juif new yorkais, supposée le représenter, est le héros du film. Serge Gainsbourg, lui, fait passer la vie dans ses chansons.

C'est une opinion.

Vive l'ordre ?

J'ai remarqué que mon humeur allait au gré de l'entretien de mon jardin. Quand il est en désordre, je suis déprimé. Et pourtant, le désordre a des raisons qui, objectivement, devraient m'être favorables : j'économise mon effort, voire l'énergie de la planète.

Ce phénomène ne m'est pas propre. Un ancien militaire me disait que l'on avait remarqué que, pour que le moral des troupes soit bon, il ne fallait pas qu'elles se laissent aller. Voilà pourquoi le soldat se rase, quelle que soit les conditions dans lesquelles il se trouve, y compris à Dien Bien Phu. Un spécialiste du redressement d'entreprise m'a expliqué quelque-chose de similaire. Lorsqu'il arrive dans une entreprise, il fait repeindre les locaux, et applique une démarche de contrôle qualité. Immédiatement, sans raison apparente, la performance de l'entreprise augmente de 20%, d'après lui.

L'optimisme serait-il une question de discipline ?

samedi 9 novembre 2019

Mur de Berlin : changement raté ?

En Allemagne, la fusion entre l'est et l'ouest n'a pas donné ce que l'on en espérait.

L'Ouest s'est comporté en donneur de leçons, a colonisé l'Est, a mis ses entreprises en faillite, ses citoyens au chômage, et a provoqué l'exode des jeunes (ce qui me vaut d'avoir une cousine allemande de l'Est !). Voilà pourquoi l'Est vote pour des partis extrémistes : pour se faire entendre.

Mais l'Ouest n'a pas été seulement déplaisant et dominateur : il a reconstruit l'Est, qui est maintenant flambant neuf. Ce qui lui a coûté très cher (80 à 100md€/an, pendant plusieurs décennies !). Du coup, il n'a pas investi dans ses propres infrastructures, et ses citoyens ont subi trente ans de sur imposition (à quoi on pourrait ajouter les réformes Schröder, qui ont produit une précarisation de l'emploi). Voilà ce que disait un reportage de France Culture.

Comme quoi, l'enfer peut être pavé de bonnes intentions. Comme quoi, aussi, les Allemands ne sont pas toujours allemands : eux-aussi peuvent rater un changement faute de l'avoir correctement préparé.

La violence de l'intellectuel

Je lis USA de Dos Passos. Je suis surpris de la violence de l'intellectuel. Au début du vingtième siècle, l'intellectuel pensait qu'il fallait détruire la société. Son projet s'arrêtait là : je casse. Pas besoin de me préoccuper de la suite, ça ne peut qu'être bien. Ce qui est étonnant, aussi, est à quel point cette société est permissive. La réaction est quasi inexistante. Quel contraste avec La fin de l'homme rouge, où l'on voit le régime stalinien organiser des mises à mort industrielles de fidèles à qui il n'a rien à reprocher ! Je me suis demandé si cela ne venait pas de notre croyance en la liberté individuelle. Nous avons, quasiment, la liberté d'être des terroristes. Que nous ne nous soyons pas disloqués est un miracle. Une démocratie, cela paraît faible et ridicule, mais c'est extraordinairement résilient ?

Pourquoi l'intellectuel est-il fou ? Ne serait-ce pas le vice d'une éducation qui pense que la raison est tout et qui coupe l'individu de la vie ? N'ayant aucune connaissance du monde, il ne peut envisager, en termes de changement, que la révolution et le chaos ?

Berlin défait le mur

Faut-il se réjouir de la chute du mur de Berlin ?

Ne doit-on pas à la terreur qu'inspirait la menace soviétique une prospérité, un confort et une égalité que l'on n'aurait pas eus, à l'Ouest, si l'on n'avait pas craint que les pauvres ne soient tentés de devenir rouges, le fameux "effet domino" ? Depuis, les démons sont de retour ? Le "désenchantement de la démocratie", dont parle un précédent billet, ne vient-il pas de là ? Encore pourrait-on se dire que l'on a libéré les gens de l'Est, mais, à les entendre, ils regrettent le passé...

Ce que nous dit le mur de Berlin est peut-être, finalement, que notre système mondial possède un vice constitutif, que le théoricien produit la catastrophe, et que Berlin n'est pas une solution, mais un problème à résoudre.

vendredi 8 novembre 2019

Pourquoi n'obéissons-nous pas ?

Un jeune chercheur me disait que son sujet d'étude était les raisons qui font que l'on n'obéit pas à la raison.

Il y a une partie de la question qui est relativement classique : pourquoi ne fais-je pas ce qui est évidemment bon pour moi ? Fais tes devoirs, p'tit con !

Et une autre qui ne l'est pas : pourquoi, ne suis-je pas totalement manipulable ?

Hegel a peut-être une solution. Pour lui, le mécanisme de la pensée, et de l'histoire, est la remise en cause. L'homme, manipulé ou non, commence par penser faux, mais son esprit l'amène, en une série d'étapes, et après quelques millénaires, à parvenir à la vérité.

Peut-être, aussi, que la caractéristique de la manipulation est la contradiction : poussée à l'absurde, elle ne tient pas ? Et que l'homme, c'est le propre de son cerveau, parvient à détecter ces contradictions ?

Pierre Rosanvallon : une démocratie forte est complexe

Conférence de Pierre Rosanvallon, au Collège de France, mercredi dernier. Désenchantement démocratique : que faire ? Voici ce que j'ai retenu.

Le mot démocratie a mis du temps à s'imposer. "Pouvoir du peuple" inquiétait. Pour le reste, l'histoire de la démocratie est celle d'illusions perdues, d'espoirs qui se muent en trahisons.

Des conditions sociales aux situations sociales : l'homme politique en dinosaure
Cependant, cela a semblé un temps marcher. Mais la société a changé. Hier, elle était faite de groupes homogènes (les paysans, les catholiques, etc.) de gens peu instruits. Ils avaient leurs représentants politiques, qui pensaient pour eux. Aujourd'hui, tout le monde est éduqué, et supposé penser par lui-même. Il n'y a plus que des individus. Aux "conditions sociales" ont succédé des "situations sociales". Comme l'a montré le mouvement des Gilets jaunes, des gens dissemblables peuvent être réunis par les circonstances. "Les émotions sont plus importantes que les intérêts." Mots clés : défiance et perte de contrôle.

Les forces représentatives traditionnelles, des syndicats aux partis politiques, sont désorientées. La notion de programme n'a plus de sens, elles parlent d'intérêt général, de moyenne statistique, alors qu'il n'y a plus que des individualités, à l'émotion elles répondent subvention et matérialisme...

Le populisme : une solution aux attentes du peuple
Le populisme, lui, a compris l'air du temps. Il offre un leader qui incarne le peuple. Un leader qui répond à l'émotion par l'émotion. Et pour qui l'on n'est qu'ami ou ennemi : en dressant le peuple contre les "1%", ou contre "les autres", il lui redonne une unité, un sens, il rétablit la confiance en son sein. Et le protectionnisme est la promesse d'une reprise de contrôle sur son destin.

Une démocratie forte est complexe
Si la démocratie veut battre le populisme sur son terrain, elle doit se complexifier. Ce qui manque aux citoyens, c'est de savoir que "leurs problèmes sont mis sur la table". Il faut qu'ils puissent raconter ce qu'ils vivent. Mais, il faut aussi "démultiplier les formes de souveraineté". L'action politique ne doit pas se limiter aux élections. Il faut pouvoir agir sur la constitution (rôle des cours suprêmes). En outre, la société doit se doter d'institutions indépendantes (par exemple de régulation de biens communs). Finalement, le peuple a besoin "d'un oeil", d'un moyen de surveillance, permanent, de ceux à qui il donne le pouvoir. C'est la condition nécessaire du contrôle.

France : old tech nation, et fière de l'être ?

Décidément, ce blog va devoir être lu par les investisseurs : apparemment les milieux financiers, eux-aussi, commencent à penser que le luxe à la Arnault-Pinault et d'autres tristes métiers anciens sont de meilleurs placements que le numérique à la Netflix, Uber et WeWork. Titre du Financial Times : "‘Old tech’ shows it still has bite for investors. A good year for established names creates a headache for active managers".

Alors, pour une fois, ayons une guerre d'avance : oublions la "start up nation" et soyons la "old tech nation" ? Et si l'on en revenait au français, d'ailleurs, pour être encore plus révolutionnaires ? Soyons la nation qui est une "Exception culturelle ?"