mercredi 20 août 2014

La police devient force de répression ?

Surprenante observation de The Economist. De Ferguson en Ukraine, en passant par l'Iraq et Gaza, la police semble se comporter de la même façon. Elle deviendrait une "police coloniale".
The difference between these two kinds of policing, Mr Bershidsky writes, can be modeled as the division between the London Metropolitan Police Force established in 1829, which conceived itself as fighting crime in concert with the populace, and the repressive colonial police forces the British Empire employed in "colonies of rule" such as Ireland and India, who conceived of themselves as keeping potentially hostile local populations in line. He cites the argument of Emma Bell, a faculty member at France's Universite de Savoie, that the colonial policing culture is now "coming home", as local police forces come to see themselves as hostile to the populations they police.
Mission de la police : de la lutte contre le crime à la lutte contre le peuple ? Une partie de la population en guerre contre une autre ?...

Ferguson Day 6, Picture 44.png

Manipulation et conduite du changement

Dans mon précédent billet je disais que l'homme semble avoir la capacité de créer une sorte d'opinion publique artificielle, et de calquer son comportement sur elle. Cela est généralement utile. Exemples :
  • Expérience de Thomas Schelling : si vous donnez une carte à des membres d'un groupe dispersé et leur demandez où sont susceptibles d'aller les autres, un grand nombre va indiquer un même endroit (une fourche d'une rivière, par exemple). Ils peuvent ainsi se retrouver sans avoir besoin de communiquer. (Cf. "les grands esprits se rencontrent".)
  • Le langage. On n'écrit pas ce que l'on pense, mais ce qui est susceptible d'être compris. (C'est pourquoi, j'essaie de simplifier mon vocabulaire. Et de réduire la longueur de mes phrases.)
Mais cela paraît aussi avoir des effets indésirables. Une forme de résistance au changement. Ainsi, mes missions de conduite du changement amènent souvent les membres d'un groupe à découvrir 1) qu'ils ne pensent pas ce qu'ils croient "qu'il faut penser" ; 2) mais que ce qu'ils pensent réellement est aussi ce que pensent les autres. 

Il est donc possible que "l'ancrage" puisse prêter à la manipulation. L'exemple de Bernard Madoff. Il aurait laissé entendre que son activité légale lui donnait accès à une information illégale. Voilà pourquoi il gagnait beaucoup. On lui donnait donc de l'argent, pour profiter de son illégalité. Mais, aussi, on avait tout intérêt à ce qu'aucune enquête ne soit faite sur la question. Une minorité, habile, pourrait ainsi exploiter une majorité.

Utiliser la stupidité de la foule n'a cependant pas que des avantages. En effet, quand elle découvre qu'elle a été bernée, la dite foule est prête à écouter le premier démagogue venu. Serait-ce ce qui fait le succès des partis extrémistes un peu partout en Occident ? 

mardi 19 août 2014

BuzzFeed ou l'essence du réseau social

BuzzFeed a quelque chose de l'essence de l'Amérique. Analyse de la valeur ultime : ramener une activité humaine à son principe ultime. Et ainsi, en concentrant toutes ses ressources sur ce principe, produire un avantage que personne ne peut égaler. Par exemple, le "principe" de la cigarette, c'est la nicotine. Plus la cigarette est forte en nicotine, plus le fumeur va consommer. L'idéal : une cigarette qui n'est que nicotine. 

Une caractéristique des réseaux sociaux est d'amplifier certaines nouvelles. C'est d'ailleurs un curieux phénomène. A son origine se trouve la capacité de chacun de faire savoir aux autres qu'il aime quelque chose. Mais, en fait, ce n'est pas tant son propre intérêt qui va le guider, que son désir de susciter l'intérêt des autres. (C'est ainsi que lorsque j'appelle un billet "Kant pour les nuls" ou "La systémique pour les nuls", je sais qu'il sera vu, il en serait de même si je disais avoir croisé un "People".) Il se construit ainsi une sorte "d'opinion générale" artificielle. C'est le phénomène que Thomas Schelling a appelé "anchoring" (ancrage). Et c'est le principe de la spéculation. 

Eh bien, c'est ce qu'exploite BuzzFeed, qui est un site d'information en ligne. (www.buzfeed.com) 

Et voici comment il a démarré sa vie : "In the early days, “BuzzFeed Labs” was created by BuzzFeed editors as an ongoing initiative to test, track and create viral content on the web" dit wikipedia. (Complément.)

Pourquoi faut-il accompagner le changement ?

Mon premier employeur. Il lance un projet de « qualité totale ». Audit. On interroge des groupes d’employés. Y a-t-il des dysfonctionnements ? Oui, et le dirigeant en est la cause. N’a-t-il pas tous les pouvoirs ? Début de mutinerie et arrêt de la mission.

Drame d’un changement mal mené ! Cette entreprise était une start up. Ses employés étaient des ingénieurs passionnés. Ils étaient prêts à tout donner à leur travail. Et ils enrageaient du mauvais fonctionnement de l’entreprise. Et des maladresses d’un management dont le seul mérite était une modeste ancienneté.

Enseignement : la résistance au changement est une résistance au comment du changement, pas au pourquoi. L’accompagnement (ou animation) du changement repère les raisons de résistances. Elle intervient pour éviter la naissance d’un front du refus. Et elle utilise la motivation qui les suscite (ici la passion de l'employé pour son travail) comme moteur du changement.

lundi 18 août 2014

Les errements du pilotage de la performance

Depuis quelques années j'anime une sorte d'amicale de dirigeants, consultants... Quelque chose me frappe. Chacun d'entre-nous est très critique vis-à-vis des autres. Or, je réalise que c'est cette imperfection qui non seulement fait la force du groupe, mais surtout lui permet de tenir.
  • Force : parce que notre créativité exceptionnelle vient d'une rencontre d'opposés, en caractère, en compétence, en expérience... (Cette diversité est la recette des "groupes de créativité" qu'utilisent les cabinets d'étude de marché.)
  • Cohésion : nos "faiblesses" individuelles viennent d'un déséquilibre entre nos caractéristiques personnelles, certaines sont excessivement développées, d'autres pas du tout. Or c'est parce que ce déséquilibre est de grande dimension qu'il permet de contrebalancer les faiblesses collectives du groupe. D'ailleurs le groupe a été longtemps instable, jusqu'à ce que certaines personnes le rejoignent. 
Cette réflexion m'amène au "pilotage de la performance", la croyance selon laquelle la "performance" de l'entreprise est la somme des "performances" individuelles prises séparément. Il n'y a rien de plus stupide. Décidément, nous avons vécu une période de grand lavage de cerveau...

Abandonnons nos rôle, devenons ce que nous sommes...

Un jour, des participants à une session de formation m’ont proposé de simuler une négociation. La société était faite de différentes entreprises et on voulait fusionner les statuts de leurs employés. Le PDG négociait avec le Comité d'Entreprise. C'était de cette négociation dont il s'agissait. La simulation commence. Deux personnes sont désignées par leurs collègues pour jouer les deux rôles. Très rapidement, le ton monte. L’argumentation vire à la lutte des classes. Le « PDG » s’entend reprocher son salaire… J’arrête la négociation. Et je demande aux participants de m’expliquer ce que veut faire le PDG. Ce n’était pas clair dans l’échange. Surprise, ils ne le savent pas !

Résultat. Ils se sont renseignés auprès de leur Direction des Ressources Humaines. Et ils ont découvert que le projet était dans leur intérêt.

Que s'est-il passé ? Réflexes conditionnés. Les participants ont joué « au patron et au syndicaliste ». Or, en France, ce jeu est pathologique. Son principe est le conflit. Mon intervention, qui n’était pas préméditée, a cassé le jeu. Les participants à la négociation sont sortis de leur « rôle ». Et ils ont repris leurs esprits.

Ils ont réussi ce que les spécialistes de systémique appellent un « changement d’ordre 2 » : un changement qui porte non sur les acteurs et la façon dont ils remplissent leur rôle (ordre 1), mais sur leur processus d’interaction. Le changement d'ordre 1, c'est mieux jouer au jeu. Le changement d'ordre 2, c'est changer de jeu. 

Et voilà le problème qui ronge notre société, et notre vie personnelle ? Nous sommes murés dans des rôles ? Vertueux Allemand / paresseux Français, néoconservateur / postmoderniste, client / fournisseur, chef / subalterne, enseignant / élève, voisin / voisin, parent 1 / parent 2… Et ils suscitent, par leur nature même, conflit et stress ? 

Et voilà sa solution ? Quand ils virent au conflit, nous devons sortir de ces rôles ? Et revenir à ce que nous sommes ? Moi Tarzan, toi Jeanne ? Et passer de l’affrontement à l’entraide ? Pour construire ensemble un nouveau jeu ? 

dimanche 17 août 2014

Le monde stagne

Les Américains sont de retour en Iraq. Il y a eu changement de premier ministre. Le précédent étant plus ou moins à l’origine des événements actuels. Puisqu’il a mécontenté sa minorité sunnite, qui s’est alliée avec « l’Etat Islamique », défaisant ainsi ce qu’avaient fait les Américains. L’issue de l’affaire ne semble pas claire.

Les troubles en Libye et au Moyen-Orient produisent une vague d’émigrants qui submergent les pays du Sud de l’Europe, et demandent l’asile au nord, en France notamment.

En Angleterre un tiers de la population blanche a été incapable de s’adapter aux changements de l’économie nationale. Concurrencée par les Polonais et les Africains, elle est inculte et dans la mouise. Quant aux indépendantistes écossais, ils vont probablement perdre les prochaines élections, mais ils sont là pour rester. On espérait un miracle économique au Japon, mais il semble avoir fait flop. (Le Japon sombre dans la déprime ?) Crise ukrainienne, le convoi humanitaire russe serait réellement humanitaire. Relations publiques de M.Poutine. Et la Russie s'adapte aux sanctions. 

En Turquie, M.Erdoggan est président. Incertitude sur son premier ministre et sur sa capacité à avoir une majorité nécessaire pour changer la constitution. En Espagne, les grands partis politiques sont affaiblis par la corruption. Il va falloir « former des coalitions pour gouverner ». La zone euro stagne, rien en vue. L’aide au pays en développement serait efficace, à défaut d’être efficiente.

Linkedin « disrupte » la chasse de têtes (des petites plutôt que des grosses). Entre le grand Linkedin et le petit Xing, Viadeo a choisi une option originale (et très française) : ne pas être rentable. On applique à la géothermie la même technique qu’au gaz de schiste. (Décidément on veut brutaliser la nature.)

Et si l’on remplaçait les conseils d’administration, incompétents, par des consultants, compétents ? Les PME ne trouvent plus d’argent auprès des banques. Les Assureurs sont prêts à leur prêter mais ne savent pas comment les évaluer. Et la titrisation de leurs dettes inquiète le régulateur. Les entreprises rachètent massivement leurs actions. Ce qui permet aux bourses de ne pas trop baisser. 2007 est la dernière fois que l’on a vu ce phénomène…

Michel Onfray, philosophe du peuple ?

J'écoute "Contre histoire de la philosophie". Après Freud, et Sartre, Michel Onfray règle son compte à Heidegger. Nazi, nazi, nazi. Voilà ce que je retiens de ses cours.

A une époque, il y avait le magicien qui ratait ses tours, Michel Onfray est le philosophe qui ne comprend pas les philosophes. Il n'a pas honte de dire qu'il les trouve confus. Par exemple Heidegger. Ou Kant, qui a préparé la pensée nazie, si je le suis bien. Ou la condition de l'homme moderne d'Hannah Arendt (qui me semble pourtant un livre fondamental). Il nous décomplexe. Et, comme nous, ce qui l'intéresse n'est pas tant la pensée que la vie du philosophe, et ses petites médiocrités. "Contre-histoire de la philosophie", ou version "People" ?

Il secoue le joug de l'idéologie officielle. Il lui oppose un courant "libertaire", Arendt, Camus ou Rosa Luxembourg. Au totalitarisme de Platon, des Jacobins, de Lénine ou de Sartre, il préfère la liberté de l'individu. 

Libertaire, vraiment ? Pour ses héros, la morale est importante. Or, j'associe libertaire à l'anarchie, ni dieu ni maître. Pas de morale. Ne serait-il pas plutôt radical au sens de Clémenceau (dans lequel Hannah Arendt se reconnaissait) ?
« défenseur de l’individu, de l’entreprise individuelle, il ne peut accepter le triomphe de l’individualisme. Car l’individu fait partie d’un corps social (...) en même temps, il ne peut accepter le communisme (…) l’individualisme absolu, expression de la barbarie, le socialisme collectiviste est un déni de l’individu, mais les responsabilités de l’Etat social doivent être reconnues. » « Il n’a d’ennemis que ceux qui violent la loi. » (Michel Winock, ici.)
Les vrais "libertaires" modernes ne seraient-ils pas plutôt les néoconservateurs et les postmodernistes ? Nos classes dirigeantes ? Rien ne compte que leur intérêt ("il est interdit d'interdire"). Les valeurs de Michel Onfray ne seraient-elles pas, plutôt, celles du gros de la population ?

Comme Diana a été la "princesse du peuple", Michel Onfray serait-il le "philosophe du peuple" ?

Diana, Princess of Wales.jpg



(Le Robert sur "libertaire" : "qui n'admet, ne reconnaît aucune limitation de la liberté individuelle, en matière sociale, politique".)  

samedi 16 août 2014

USA en Iraq: "containment" ou donneur d'aide ?

M.Obama ne voulait pas. Mais son armée est revenue en Iraq. Engagement limité, mais qui pourrait durer une décennie, ou plus.

Alors quelle stratégie ? "containment", le strict nécessaire pour que l'on s'entre égorge entre amis, sans que cela nuise aux intérêts des USA ? Ou "nation building", aider la région à inventer des institutions qui lui assurent une paix définitive ?

Le retour sur investissement de la solution 2 est sûrement le meilleur. Mais on ne sait pas comment faire... Certes. Mais l'on n'apprend que par la pratique. Et, si l'on réussit, on aura acquis un savoir-faire qui pourrait bien transformer la planète... L'occident sera devenu un "donneur d'aide". 

La numérisation / digitalisation, idéologie totalitaire ?

au sein de la population adulte de la Silicon Valley (...) on constate déjà les premières manifestations de modifications insolites de la personnalité. Leur trait commun le plus caractéristique est le refus, voire l'incapacité de surmonter les difficultés liées aux aspects déraisonnables, illogiques, irrationnels ou simplement émotionnels de la vie en société et tout particulièrement dans les domaines de la vie privée et du couple. Ces gens vous disent, avec le plus grand sérieux et transis d'émotions, qu'ils espèrent voir enfin arriver le jour où l'on aura éliminé tout ce qu'ils appellent "analogique" : l'homme et l'univers seront pris dans les mailles serrées du filet conceptuel infaillible et objectif d'une pensée "digitale". La digitalisation généralisée apparaît comme la version moderne du rêve d'un paradis terrestre. (WATZLAWICK, Paul, Les cheveux du baron de Münchhausen, Seuil, 1991. P 250.)