vendredi 31 octobre 2014

Osons l'Allemagne

J'aperçois l'annonce d'un débat pour Centraliens : et si vous envisagiez d'aller travailler en Allemagne ? Ce qui m'a surpris. 

En fait, moi aussi, je vante les mérites de l'Allemagne pour le jeune :
  • La France est obnubilée par le diplôme. En Allemagne, ce qui compte, c'est d'être compétent et d'être un bon joueur d'équipe. Il n'y a aucune limite à la carrière de celui qui réunit ces qualités. Qu'il soit Espagnol, Grec ou Français. 
  • En Allemagne, on travaille bien, on est bien payé, et les relations de travail sont pacifiées. 
Mais un paradoxe me frappe dans la discussion centralienne. Si le Centralien veut partir en Allemagne, c'est qu'il est au chômage. Or, former des Centraliens coûte très cher. Et on nous rebat les oreilles de ce que ce type d'ingénieur est supposé être innovateur, créateur, entrepreneur, clé de voûte d'une compétitivité qui bat de l'aile... Dans ces conditions, comment expliquer que tout ce potentiel et cet investissement soit tenté de se vendre au plus offrant ?

jeudi 30 octobre 2014

Danger Gluten ?

Pourquoi en veut-on soudainement au gluten ? Les céréales n'ont-elles pas nourri l'humanité depuis au moins 10000 ans. Michael Specter du New Yorker enquête. Que sait-on? 
  • Augmentation massive des victimes de la maladie cœliaque (plus de x4 en 50 ans aux USA), liée au gluten. Mais elle ne concerne qu'un pour cent de la population. 
  • Des études semblaient montrer qu'effectivement, il y avait une sensibilité forte d'une part large de la population au gluten. Mais, on a découvert que le coupable était plus probablement des glucides complexes. 
  • Il y a eu une augmentation énorme de l'utilisation du gluten, partout dans l'industrie alimentaire. En particulier du seitan (ou équivalent bas de gamme), qui est une sorte de gluten concentré, si je comprends bien.
  • La façon industrielle de fabriquer le pain n'a plus rien à voir avec ce qu'elle a été jusqu'à il y a peu. (Peut-on encore parler de "pain" ?, se demande l'article.)
  • Les aliments sans gluten remplacent le gluten par pire... 
Bref, s'il y a un peu de feu, il semble qu'il y ait beaucoup de fumée. 

Je me demande si l'on n'est pas devant une forme de cercle vicieux. L'industrie est prête à tout pour augmenter ses ventes et ses marges. Le public est de plus en plus inquiet. Toute crainte est amplifiée démesurément. Sans compter que la crise provoque peut-être des angoisses propices à la recherche de boucs émissaires ? 
Vincent Willem van Gogh 049.jpg

« Vincent Willem van Gogh 049 » par Vincent van GoghNational Gallery (NG3861), London. Sous licence Public domain via Wikimedia Commons.

6000

On trouve 6000 billets sur ce blog. Le temps d’un bilan.

Une nouveauté, pour commencer. Il accueille des vidéos. Prolongement un peu tardif de ce que j’avais entamé avec Décideurs TV. Et satisfaction. Il est agréable de faire un travail d’artisan avec d’autres artisans (Neoxia). Prendre du temps de bien faire une bonne interview, et d’apprendre à mieux faire la prochaine fois. Mais le matériau n’est pas simple à travailler. C’est un être humain qui n’est pas entraîné pour ça. Attention à ne perdre ni émotion ni spontanéité, gages de vérité.

Sinon, une fois de plus, je constate que ce blog a marqué un changement dans mon existence. Je lui consacre, en partage avec mes obligations domestiques, mon week-end. C’est devenu une partie de ma vie privé. C’est un moyen de sortir de la presse quotidienne. Une tentative de ne pas subir son sort.

Et c’est fantastique ce que l’on peut découvrir lorsque l’on réfléchit un moment. Beaucoup de ce que l’on croit est faux. Et même ce que l’on croit être. Toute cette erreur résulte d’une sorte de manipulation sociale, me semble-t-il. La société veut nous rendre obéissants. Elle nous lave le cerveau. C’est aussi dans l’intérêt, à court terme, de beaucoup.

Mais qu’il est difficile de réfléchir ! Cela ne s’accommode ni du travail, ni du stress quotidien. Ses pires ennemis sont la satisfaction de soi, la paresse, le cynisme…

Au fond, ce blog, qui marche sur le principe du paradoxe, en est un lui-même un. Ce n’est pas du tout un exercice de communication. C’est une enquête sur le monde et surtout sur moi.

mercredi 29 octobre 2014

Les réformes de l’Etat sont-elles contre-productives ?

Les réformes de l’Etat marcheraient-elles sur la tête ? L’Etat est vu comme une source de coûts. Donc on réduit l’Etat. Mais l’Education nationale produit les hommes dont a besoin l’économie (au moins), l’Etat assure leur santé, il les défend d’Ebola, il leur permet de ne pas s'en faire pour leur retraite, donc de dépenser l'argent que, sinon, ils économiseraient… Il faudrait, au contraire, investir, pour le rendre plus efficace !

Mais, alors, qu’est-ce qui ne va pas ? C’est que nos politiques font n’importe quoi. Guerre au Mali, tout TGV, Grand Paris, dépenses somptuaires des collectivités locales…

L’origine de tout cela ne viendrait-il pas d’un changement de paradigme ? Le génie s'est échappé de la bouteille ? Pour les Lumières, le peuple c’était le bien. La politique, pour les Athéniens, c’était le citoyen qui décide de son sort. Aujourd’hui, ses élus se sont affranchis du peuple qu'ils sont supposés représenter. Ils le croient porteur du mal. D’où deux attitudes :
  1. Faire le bien contre sa volonté. Série de croisades de gauche : abolition de la peine de mort, 35h, mariage pour tous. Et leurs équivalents de droite.
  2. Faire le mal pour séduire le peuple. C’est le populisme. Aussi de tous bords.
Elles ont en commun qu’elles nous expédient par le fond. 

Change in France

Tranche de vie. Le changement tel qu’il se vit en France.

J’anime un club de consultants. Une réunion, il y a quelques mois. Un dirigeant, qui a beaucoup d’estime pour nous, nous demande comment nous faire profiter de ses clients. Un des participants, qui n’appartient pas au club, mais qui en est un ami, s’indigne. « Détournement de bien social. » Tout le groupe lui emboîte le pas. C’est la curée. Curieux. L’homme est la droiture même. Et il voulait nous aider. Finalement un participant a une idée. Moi, heureux : voilà de quoi faire un partenariat ! Non, il y a bien plus compétent que moi, me répond-il ! Pourtant, il a consacré l’essentiel de sa carrière au sujet ! Sur ce, une participante, qui ne connaît rien à la question, lui donne raison. Son ex mari (qui la licenciée d’une manière que je juge abjecte) aurait toutes les qualités pour bien faire ce travail. Résultat ? La réunion a fait émerger une solution honnête. Mais nous n’en profiterons pas. Qui voudrait travailler avec de tels furieux ? Impolis de surcroît. 

Ces comportements sont bien français :

  • Nous tendons à prendre la cause de nos ennemis contre nos amis.
  • Quand on nous demande de faire ce pour quoi nous semblons faits, nous nous révoltons.
J’ai du mal à trouver une explication satisfaisante au premier point. Pour le second, il me semble que cela vient de notre tendance à la théorie. Lorsque l’on nous parle d’une tâche à accomplir, nous percevons la solution idéale. Mais, lorsqu’il s’agit de la réaliser, nous en sommes, évidemment, incapables. 

mardi 28 octobre 2014

Perte de valeur par fuite de talents

Echec récurrent des fusions acquisitions. Grand désastre du changement. Pourquoi ? La Tribune cite une étude internationale :
Si près des trois quarts (73%) des entreprises interrogées à travers le monde affirment avoir réussi à retenir plus de 80% des collaborateurs clés à qui elles ont fait signer une convention de maintien en poste au moment de la fusion-acquisition, moins de la moitié (44%) disent avoir réussi à retenir ces mêmes collaborateurs un an après la fin de cette période
Ce qui fait, en grande partie, la valeur du entreprise, ce sont ses hommes ? La découverte à 1000 milliards de $ (perdus) ?  

Changement et université, anciens et modernes

Pourquoi l'Université a-t-elle changé ? J'ai transmis mon billet précédent à un universitaire professionnel. Il ressort de son analyse un mécanisme surprenant. 

Affrontement entre anciens et modernes, entre "enseignants" et "chercheurs". C'est un peu de Gaulle contre Sarkozy. D'un côté des professeurs éminents, arrogants, un peu ridicules, qui créent une oeuvre indépendamment des modes. De l'autre des arrivistes, jeunes, intellectuellement limités, mais plein d'énergie. Ils ont utilisé les idées issues de la globalisation (Shanghai, internationalisation des cours, "mesure de la performance" par la publication...) pour mettre en faute les premiers, et prendre leur place. Aujourd'hui, leurs idées leur explosent à la figure. (Encore plus à celle des étudiants.) On découvre que les techniques de leurs prédécesseurs étaient bien mieux adaptées à la globalisation et à l'entreprise, et à la recherche, que les leurs. Mais, trop tard ! 

Ce qui amène à un autre point curieux. Contrairement aux anciens, les nouveaux aiment l'argent. Or, l'Université paie mal. Ce qui les amène peut-être à aller chercher des revenus ailleurs. Raison des dysfonctionnements que j'observe ? En effet, j'apprends aussi que les anciens faisaient, dans l'ombre, un gros travail de coordination, d'accompagnement des élèves, de communication aux entreprises... Il aurait disparu.

(Pourquoi parle-t-on de "chercheurs" ? "aujourd'hui, ceux qui dirigent la formation se targuent d'être des scientifiques (la preuve : "ils publient dans des revues étoilées" ...), alors que leur production scientifique ou académique se situe à un "infra ou proto" niveau (dans un micro-cadre conceptuel donné non nécessairement discuté ou tout bêtement en périphrasant ce que d'autres écrivent)").

lundi 27 octobre 2014

SNCF et dette publique

Pourquoi la SNCF est-elle en difficulté ? Selon la Cour des Comptes, pas principalement du fait de son inefficacité. Mais parce que le politique lui a imposé des projets qui sont des gouffres financiers. Et ce n'est même pas une question d'aménagement du territoire, qui pourrait justifier des pertes. On a voulu un tout TGV, et on le fait rouler sur des lignes ordinaires... 

Et si l'on avait là les raisons des déficits du pays ? Des hommes politiques irresponsables, ou qui n'ont aucun sens pratique ? 

Et si, du coup, les réformes en cours allaient à l'envers ? Elles cherchent à faire gagner l'administration en efficacité, en plombant ses comptes à coups d'investissements informatiques allemands !, alors qu'il faudrait fournir des tuteurs à nos hommes politiques ? 

Règlements de comptes à Bruxelles

Rien ne va plus à Bruxelles. M.Renzi a pris la tête de la fronde.

Chaque Etat refuse la mesure qui le contraint. Ce qui semble coincer, surtout, c'est l'arbitraire de Bruxelles. Les décisions ne sont pas prises par un parlement élu, mais par un individu, selon son bon plaisir.
C’est moins le «qui décide quoi», comme le dit Renzi, qui est en jeu, dès lors que les États partagent la même monnaie, que le «comment on décide», c’est-à-dire le contrôle démocratique au niveau européen.
Et cela, nos chefs d'Etat ne sont pas prêts de l'accepter lorsque cela vient de quelqu'un d'autre qu'eux.

Qu'il y ait crise me semble une bonne chose. L'Europe est un marché de dupes. Tant que les Etats n'auront pas mis leurs problèmes sur la table et qu'ils n'auront pas décidé qu'ils ont envie (ou non) de continuer ensemble, et comment ce faire, rien n'ira. Ce qui ne tue pas renforce. 

Louis XI

Il ne répondait pas à l’image que l’on peut se faire d’un souverain. Il ne s’habillait pas comme un roi, il ne parlait ni ne pensait comme un roi ; il ne témoignait pas à ses princes et à ses seigneurs cette affection qu’éprouvent naturellement à leur endroit tout véritable roi. Il s’entourait d’hommes qui étaient dangereusement laborieux, dangereusement intelligents et lamentablement mal nés. Il avait toute espèce d’étrangers à son service et préférait même leur compagnie à celle d’honnêtes français.
Mieux qu’un roman ! La vie d’un d’extraterrestre parmi les souverains français : un roi intelligent ! Un roi qui n’aurait aucun des défauts, le complexe de supériorité, la morgue et l’étroitesse d’esprit en particulier, que l’on associe au Français.

Il a fait passer la France de la féodalité à une « monarchie nationale ». En parvenant à écraser les grands féodaux qui menaçaient son pouvoir, il est parvenu à construire un édifice suffisamment solide pour que l’incompétence de ses successeurs ne puisse le détruire. Pour cela il a utilisé des techniques étonnamment modernes. Bien que bon militaire et extrêmement courageux, ses conquêtes ont été essentiellement pacifiques. Il a exploité les faiblesses de ses adversaires, en les enfermant dans des toiles d’alliances. C’est ainsi qu’il a défait Charles le Téméraire, sans combat. Il a joué sur tous les tableaux. Il s’est entouré de gens les plus compétents de son temps, parfois d’anciens ennemis dont il avait pu juger la valeur. Il a tissé des alliances internationales, souvent avec des aventuriers comme Warwick et Sforza, qu’il admirait. Il a dépensé sans compter, soit pour soutenir les ennemis de ses ennemis, soit pour rendre dépendants ceux qui pouvaient lui être utiles. (Mais pas pour lui, il n'aimait pas le luxe et vivait proche du peuple.) Il a monté un réseau de renseignements sans équivalent. Mais, peut être plus étonnamment, il s’est servi en maître de l’arme économique. Et ce pour enlever à ses adversaires la capacité de trouver l'argent nécessaire à la guerre. Il a aussi été un souverain européen. Il a surtout été prudent. Tout en contrôlant l’Italie, par exemple, il a su se garder de s’y engager dans des aventures risquées.

Contrairement à ces successeurs, il ne s’est pas comporté comme s’il était le souverain le plus grand de son temps. Au contraire, il semble avoir considéré que les puissances qui l’entouraient étaient fort dangereuses. C’est ainsi qu’il est parvenu à les manipuler. 

MURAY KENDALL, Paul, Louis XI, Pluriel, 2014.