vendredi 1 août 2014

Qu’est-ce que la politique ?

Il y a quelque chose de curieux dans le débat qu’a suscité le rapport du club de Rome, les limites à la croissance. Il était écrit par un des grands noms de la révolution technologique et scientifique d’après guerre. Or, il n’a pas suscité de débat scientifique. On lui a répondu : éliminer la pauvreté requiert de la croissance ; la créativité de l’homme le tirera de tous les mauvais pas. 

Ce qui est singulièrement idiot. En effet, si l’homme n’avait pas survécu, il ne serait pas là pour parler. Ce n’est pas une preuve qu’il est indestructible. D’ailleurs, il a subi quelques cataclysmes (guerres mondiales, épidémies…) qu’il serait peut-être bien d’éviter à l’avenir. Quant à la pauvreté, cela signifie qu’il vaut mieux être riche que vivant… Mais surtout, le rapport explique que le monde épuise ses ressources à courir après une utopie (la croissance matérielle). Ce faisant, il n’a plus les moyens de traiter l’essentiel, le bonheur de l’homme. La croissance crée la pauvreté ! 

Tout ceci signifie quelque chose d'étrange. L'argumentation contre le rapport n'en n'est pas une. Elle ne fait qu'exprimer qu'il est inconcevable que l'on en en arrive aux conclusions du rapport. Et tout cela vient des gens qui sont supposés être les plus intelligents au monde ! 

N'est-ce pas étrange que notre élite soit incapable de penser ? Non. Le Français est convaincu qu'il est dirigé par des crétins, malhonnêtes de surcroît. Vous ne faites que me confirmer que j'ai raison de me désintéresser de la chose publique, me dira-t-il.

Et il a tort. Car ces gens jouent avec le sort de ses enfants. C’est pourquoi il doit s’emparer des questions critiques pour sa survie. Questions, et pas réponses. Car, modèle du marché de droite, postmodernisme de gauche ou retour à la France éternelle du FN, ça ne marche pas. Il faut inventer la voie d’un développement durable. C’est cela la politique, au sens original des Grecs : le peuple concevant son avenir. 

jeudi 31 juillet 2014

Le développement durable, question de comportement, pas de technologie

L’écoconception ? Une cochonnerie. Voilà l’impression que me donnent les bâtiments "haute qualité environnementale" de mon quartier. France Culture (Les révolutions invisibles) va dans mon sens.

L’écoconception a un effet contraire à ses objectifs ! Et cela parce qu’elle déresponsabilise celui qui l’habite. Les Suisses éviteraient ce phénomène en faisant signer une charte de bonne conduite. 

Arbre de connaissances


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« TriviumSoft-TMM » par Ahmed FEKHAR — TriviumSoft. Sous licence Public domain via Wikimedia Commons

Les arbres de connaissances permettent de représenter la richesse de chaque membre d'une entreprise. Wikipedia leur consacre un article.
Les arbres de connaissances constituent une nouvelle approche du repérage des connaissances et des compétences dans une communauté de personnes. Ils apportent une solution concrète au problème que se posait Nicolas de Condorcet à la fin du xviiie siècle : comment donner une représentation de l'opinion générale à partir d'opinions particulières ? Ils posent la problématique du processus d'acquisition des compétences et celle de l'espace de leur mise en sens. Le moment essentiel de la pratique des arbres de connaissance est la reconnaissance : reconnu par d'autres, chacun augmente son implication par rapport aux autres. La reconnaissance est à la base de la socialité : les arbres de connaissance privilégient la notion de partage plutôt que celle d'échange.
En cette période libérale où l'on pense que certains sont "créateurs de valeur" et d'autres des parasites, je trouve élégante cette façon de représenter la complémentarité de l'humanité.

Deux questions :
  • Comment identifie-t-on "l'atome" de connaissance / compétence ? 
  • Comment montre-t-on les compétences collectives d'une organisation ? (De même qu'il est probablement impossible de déduire le comportement d'un homme de la description de ses organes, ou celui d'une équipe à partir de la connaissance de ses joueurs.)

mercredi 30 juillet 2014

Les 3 âges de la conduite du changement ?

Une histoire drôle fait rire trois fois un Belge : une fois quand on la lui raconte ; une fois quand on la lui explique ; une fois quand il la comprend. Voici ce que l'on disait dans ma jeunesse.

Un échange avec une étudiante me fait me demander s'il n'en est pas de même pour la conduite du changement. On a manifesté un intérêt intellectuel pour elle dans les années 2000. On en a beaucoup parlé vers 2008, probablement du fait de la crise et des réformes Sarkozy. Mais c'est seulement maintenant que cela semble devenir concret pour l'entreprise et l'Etat. Anxiété de survie ?

(Autre conjecture. En 2008, l'Etat a remis à flots pas mal d'entreprises. Il leur a évité le changement qu'elles auraient dû faire ; et il s'est endetté. Mais la situation des entreprises ne s'est pas améliorée. Au lieu d'un changement, on en a maintenant deux à faire - entreprise et Etat.)

Nouvel emploi, licenciement, retraite... gestes qui sauvent ?

Une journaliste me prend par surprise. Au lieu de changement collectif, elle me parle de changements individuels. Que faire lorsque l'on change de travail, ou que l'on est licencié, ou encore que l'on part à la retraite ? (Son article paraît dans un magazine de santé.) 

En fait, ces changements ressortissent au "recadrage". Il s'agit de réinventer sa réalité. 

CHANGER D'EMPLOYEUR
Je constate que le changement d'employeur est source de souffrance. Raison : nous entrons dans la nouvelle entreprise pleins d'illusions. Nous croyons qu'elle aura des avantages qui manquaient à l'ancienne. Or, elle a surtout une culture différente de l'ancienne. Et l'ancienne culture est devenue une seconde nature pour nous. C'est un peu comme si nous arrivions dans un pays exotique. Seulement, nous ne nous en rendons pas compte, parce que ce pays parle notre langue et semble partager nos coutumes. Il se passe alors quelque-chose d'étrange. Nous connaissons, de temps à autres, des déconvenues incompréhensibles. Les conditions d'une dépression sont réunies. 

Que faire ? Observer. Mais sans être passif. Soyez curieux. Je dis à mes élèves qu'ils sont les anthropologues de leur entreprise. C'est en voulant comprendre ce qui la fait réussir, en étant sensible à ses bizarreries (paradoxes) que l'on voit apparaître ses ressorts cachés ("hypothèses fondamentales"). 

Connaissez-vous l'histoire de Mermoz à l'Aéropostale ? Mermoz passe un entretien d'embauche à l'Aéropostale. On lui demande de piloter un avion. Il fait moult acrobaties. Recalé. A l'Aéropostale on vole droit. Il reprend l'avion et vole droit. Il est embauché. 

Question critique qui doit guider votre enquête : qu'attend-on de vous ? Généralement, pas ce que vous pensez. Beaucoup plus simple (et chiant). Attention, c'est un examen de passage. Une fois que vous aurez prouvé que vous pouvez voler droit, alors vous pourrez, et devrez, faire preuve d'initiative. Comme Mermoz.

LICENCIEMENT ET RETRAITE
Anecdote. Une personne, livide, elle doit prendre l'avion. Elle a peur. Elle a un casque de moto dans les mains. Mais la moto, c'est infiniment plus dangereux que l'avion ! lui dis-je. Oui, mais on a l'impression de maîtriser la moto. Pas l'avion. 

Etre licencié, partir à la retraite sont des changements subis. Ils provoquent le deuil. Comme le dit mon dernier livre, l'antidote du deuil est la "responsabilité", c'est-à-dire prendre son sort en main. 

Le problème du licencié, c'est qu'il se croit incompétent. Bilan de compétence ? Oui et non. Les compétences des bilans sont ordinaires (commercial...). Or, l'examen d'un homme ayant un peu d'expérience montre qu'il a un savoir unique. Par exemple il réunit deux caractéristiques antinomiques (il est créatif et scrupuleusement rigoureux, etc.). Prendre conscience de cela vous gonfle à bloc.

De là on se demandera où ce savoir unique peut faire merveille. Technique "test d'argumentaire". Allez voir des gens "de bon conseil" et parlez leur de vos idées : que feraient-ils à votre place ? Peuvent-ils vous indiquer une autre personne de bon conseil pour affiner votre enquête ? Il arrive souvent que vous trouviez un employeur en cours d'enquête. 

Quant à la retraite. Un peu différent, plus pervers. On arrive aujourd'hui à la retraite au sommet de ses forces intellectuelles, et dans une bonne condition physique, et on peut y demeurer vingt ou trente ans, voire plus (cf. Stéphane Hessel). Or, jusqu'ici, on était propulsé par la pression sociale. Fini. Si l'on ne veut pas devenir un légume, il faut s'inventer un moteur. Même technique que précédemment. Mais, en ayant une bien plus grande ambition. De changer le monde ?

mardi 29 juillet 2014

Argentine et Russie : le marché en guerre contre la démocratie ?

La Russie vient d’être condamnée à verser 50md$ à un oligarque. Hier une décision de la justice américaine en faveur d’un « fonds vautour » américain pourrait avoir pour conséquence une faillite de l’Argentine… (Et l’affaire de la BNP est du même type.)

Désormais les Etats ne sont plus souverains. Et la justice est l’arme des marchés financiers ! Ceux-ci étant aux mains non des USA, comme on le dit souvent, mais plus vraisemblablement d’une petite clique d’individus qui tire les ficelles de son économie. Et elle a déclaré la guerre aux ennemis du marché. (Cela coûterait déjà 1000 milliards $ à la Russie.)

La démocratie serait-elle morte ?

Et si les BRICS n’étaient pas en passe de créer un nouveau FMI (billet précédent), mais un système financier séparé. Le nôtre ayant été parasité ? 

lundi 28 juillet 2014

Un FMI pour la France ?

Il y a quelque temps, The Economist disait que les Chinois étaient très très idiots. Pensez donc, ils veulent créer (avec les autres BRICS) une banque qui concurrencera le FMI. Et que fera-t-elle ? Elle financera des investissements d’infrastructure.

Et si c’était intelligent ? Car tous les pays occidentaux ont commencé par construire leurs institutions, la recherche scientifique, l’école, la santé, la justice, les ponts et chaussées… Et si c’était ce qui manquait aux pays en développement ? Et si c’était parce que le FMI leur imposait l’utopie du marché qu’ils n’arrivaient pas à émerger ?

Et si nous devions faire de même ? En particulier revoir une école qui produit une élite inadaptée, une masse d'exclus et de plus en plus de terroristes ? Une science qui ne poursuit plus rien de fondamental ? Une santé qui a perdu de vue nos intérêts ?...

Que changer en France ?

Mes rencontres du moment me font me demander si la Fondation Condorcet, qui en est une, n'a pas trouvé le mal de notre pays. 

Je perçois deux messages dans son discours :
  • Fondamental : la compétence est en bas. Illustration. Entreprise en quasi faillite. En désespoir de cause, son dirigeant a l'idée de demander à ses collaborateurs s'ils peuvent faire un petit quelque chose pour elle. Surprise. Ils savent comment la redresser. Mais, on ne leur a jamais demandé leur avis, alors ils ne l'ont pas donné. On croirait entendre mes livres, et les sujets sur lesquels je travaille en ce moment. 
  • Notre système d'enseignement éjecte une grosse partie de la population. Perte de compétence.
Ce dernier point me semblait, à tort, secondaire. Il m'est revenu en mémoire lorsqu'un ami m'a raconté l'histoire d'un de ses enfants. Le divorce de ses parents le bouleverse. Il ne parvient pas à demeurer dans le cursus scolaire classique. Il bascule dans le professionnel. Et là, c'est le drame. Il devient le souffre douleur de sa classe. Il est sauvé in extremis par la détermination de son père. 

Ce que j'entends (peut-être à tort) est qu'à côté de l'école ordinaire, il y a un "non man's land" peuplé d'animaux. Ces enfants, livrés à eux-mêmes, recréent une société sauvage. Le fils de mon ami avait probablement le tort de ne pas leur ressembler. Et surtout d'être particulièrement fragile. Ce qui me rappelle aussi mon enfance à Argenteuil. J'y ai côtoyé des élèves qui commençaient à ressembler à cela. 

Ce qui ne va pas ici n'est pas tant la perte de compétence que subit l'économie du fait de l'indigence de notre système scolaire, c'est surtout de laisser partir à la dérive tous ces êtres humains. 

Ce qui ne va pas dans notre société, c'est qu'elle s'est mise à considérer que ceux qui occupaient certaines positions sociales avaient des talents essentiels, qui leur donnaient le droit de mépriser, et de détruire, leurs prochains. 

dimanche 27 juillet 2014

Ukraine : la série de l'été en Russie

Ukraine. Les séparatistes abattent par erreur un avion civil. En Russie, la popularité de M.Poutine est exceptionnelle (83%). « Les Russes voient la guerre en Ukraine comme un drame télévisuel captivant ». Toutefois, « M.Poutine se soucie de son image internationale ». La Pologne s'arme pour pouvoir faire la guerre à la Russie. Mais l'industrie de la France n'aura pas de contrats, puisqu'elle fournit la Russie.

En Italie, M.Berlusconi est lavé d’une partie des charges qui pesaient sur lui. La justice, de gauche, a obéi à M.Renzi, qui a besoin de l’appui de M.Berlusconi pour réformer le sénat. La Croatie est dans de sales draps. Et son élite, corrompue, ne fait rien pour l’en tirer. La Grèce est sous tutelle de ses créditeurs internationaux. Elle aimerait s’en dégager. Ce ne sera probablement pas possible. L’Allemagne est la seule puissance européenne qui compte. Mais elle n’agit pas en leader. (Ou en Führer ?) Israël / Palestine. Les deux camps semblent commencer à penser qu’il faudrait peut-être trouver une solution pacifique à leur éternel conflit. Les islamistes chassent les chrétiens d’Irak. L’anarchie règne dans les pays qui bordent le lac Tchad. Les sectes islamistes y prospèrent. La Malaisie élit un nouveau président. L’opposition, mauvaise perdante, ne devrait pas pouvoir paralyser le pays.

Aux USA, le choix des parents influe considérablement sur le succès des enfants. Les parents riches s’occupent de plus en plus de leurs enfants. Ils les couvent, et leur parlent beaucoup (ça développe l'intellect). Les pauvres pas du tout (l’année dernière, 61% des femmes n’ayant pas le bac qui ont accouché étaient célibataires). Tout se joue dans les premières années de la vie.

Le marché (l’Occident ?) n’aime pas certains pays. Ce qui leur coûte gros. En réduisant massivement la valeur de leurs sociétés (le « price earning ratio » des entreprises russes est de 5,2, contre plus de 25 pour les entreprises américaines), et en leur faisant payer cher leurs emprunts (9,8% à l’Argentine, contre quasiment zéro en Occident). Siemens change de dirigeant. Entreprise pas assez rentable. Il faut faire un élégant redécoupage d'activités pour plaire aux marchés financiers. De manière plus préoccupante, l’entreprise semble avoir développé une culture de la défiance fort peu allemande, et sa conséquence : « une mauvaise capacité à la réalisation de projets ». Microsoft rationalise son portefeuille d’activités. Le pragmatisme est au pouvoir.

Le coût des énergies propres est bien supérieur à ce que l’on pensait jusque-là. « Les gouvernements devraient attaquer les réductions d’émissions plutôt que s’entêter à promouvoir certaines formes d’énergies renouvelables. »

On essaie d’expliquer la schizophrénie par la génétique. Ce qui pourrait avoir un peu plus de succès que les travaux de ce type menés pour d’autres maladies.

Justice. « Pour toutes les culture, présentes ou passées, l’intention du criminel compte plus que le mal qu’il a fait. » « On peut donc faire l’hypothèse que l’impartialité résulte de l’évolution, qui a voulu que (la raison l’emporte sur la passion). »

Vous voulez apprendre ? Méfiez vous des livres !

Mon actuelle lecture de métro est un ouvrage sur le pragmatisme. Le pragmatisme est la philosophie de l’action. Le livre, lui, est une discussion de docteur de la loi des subtilités et variantes de cette pensée, en les comparant aux autres formes de philosophie. Un agréable exercice intellectuel qui vide le pragmatisme de son sens : l’action.

Henri Poincaré, probablement un des matheux les plus brillants de tous les temps, refusait de se noyer dans les démonstrations. Il avait probablement compris le danger de l’exercice intellectuel gratuit, qui se nourrit de lui-même. Ce danger est celui des livres qui prétendent nous dire la « seule bonne manière » de faire. Livres de management, évidemment, mais livres scientifiques, d’une manière générale. Les livres sont l'opium de l'intellectuel

Le bon livre est celui qui vous donne un éclairage que vous n’aviez pas, et qui vous pousse à l’exploration. Il doit vous apporter ce que mon premier livre appelait des « méthodologies ambulatoires ». Elles doivent vous aider à penser sur vos pieds.

Le livre n’est pas inutile. Mais il faut le dominer, ne pas se perdre dans les subtilités de ses démonstrations. Il faut en tirer des outils. Et surtout des questions, ouvertes.