lundi 26 septembre 2016

D'où vient notre peur du changement ?

Le mot "changement" fait peur, parce qu'il est associé à de mauvaises expériences. 

Mais ce que nous appelons aujourd'hui "changement" n'est pas n'importe quel changement. C'est un changement qui a, explicitement, pour but de casser le lien social, de manière à amener l'avènement d'un nouveau type de société. Une société supposée être bien plus efficace et créative que la nôtre. 

Seulement, les choses n'ont pas tourné comme on l'espérait...

La France est-elle capable de penser ?

Le fils d'un ami, qui fait un doctorat au MIT, se retrouve avec 5 polytechniciens et un major de l'agrégation de maths... Le MIT est devenu la Mecque de l'élite scientifique française. L'option Mathématiques appliquées de Centrale aurait été renommée data science ! Mais les mathématiques ça n'a rien à voir avec la donnée numérique. Les mathématiques c'est la volonté démente de comprendre le monde. La donnée numérique c'est de l'anecdote, un infâme bricolage. Cela mérite autant le titre de science que le socialisme scientifique de Marx. C'est du marketing.

Mais il y a pire. Au moment où la France s'engage dans la data science comme un seul mouton, Big Data est en plein reflux. Qui va paraître stupide, bientôt ? 

Mais qu'est devenue la France ? Hier elle explorait en pionnière le progrès. Maintenant, elle absorbe les idées des autres sans les comprendre.

Raison et communication

La raison ne semble plus marcher en communication. Pourquoi ? 

Je lisais que l'on cherchait des données sur "l'ethnicité", de façon à dénoncer les "discriminations". Au même moment, lorsque Alain Finkielkraut observe que je ne sais pas quelle équipe de France n'est pas très blanche, on dit qu'il est "raciste". Où est la logique ? D'autant que j'entendais un joueur de football américain dire à France Info, qu'il y avait 70% de noirs dans ce sport, sans que cela ne dérange personne. Bien sûr, on répondra que si la raison est dévoyée, c'est pour le bien général. D'ailleurs, c'est explicitement la thèse du postmodernisme : la raison et le langage sont des armes. Seulement, quand on sait qu'ils peuvent être manipulés, ils deviennent inopérants. 

Mais, le populisme est-il aussi irrationnel qu'il le paraît ? Une partie de la population est mécontente, les hommes politiques ordinaires n'ont rien à lui proposer. Il est rationnel qu'elle vote pour celui qui la prend en considération. 

Il reste le mystère Sarkozy. Il joue des émotions, et ça marche. Or, il a déjà été président. Qu'a-t-il fait pour les mécontents ? Et s'il y avait, en nous, malgré tout, une fibre qui était mise en résonance par la haine ?

dimanche 25 septembre 2016

Communiquer comme Trump

Rien n'y fait. Prouvez que M.Trump ment ou démontrez qu'il va provoquer une catastrophe, il reste toujours aussi populaire. Pourquoi ? 

Les Grecs distinguaient la dialectique et la rhétorique. La dialectique cherche la vérité grâce à la raison. Lorsque je fais une conférence, on me présente comme enseignant, surtout pas comme consultant. Et ce même dans les temples français de l'entrepreneuriat. Qui ferait confiance à un consultant ? En France, mieux vaut rouge que marchand. La rhétorique, c'est jouer sur l'émotion, pour persuader.

Et Trump ? Les Américains appellent leurs grandes fortunes des années 1900 les "robber barons". Attrape-moi si tu peux. Le père du héros est un petit escroc. Il est pitoyable et sympathique. Le héros ? C'est un faussaire de génie. Il est condamné à perpète en France, il est une gloire aux USA. Aux USA, le bonimenteur de foire termine dans le goudron et les plumes, sur un rail, mais il est sympathique. Parce qu'il veut sortir de sa condition. Et peut-être même faire le bonheur de sa famille. C'est un entrepreneur. Dieu reconnaîtra ses bonnes intentions et comprendra ses petits écarts avec la rigueur. Trump est un de ces hommes-là. Il prétend qu'il est milliardaire. C'est probablement faux. Mais il vit comme un milliardaire, aux crochets des banques. C'est une preuve de talent. Il dit n'importe quoi ? Comme ces aventuriers qui ont fait l'Amérique.

(La radio m'a donné un autre exemple. Juppé, c'est la dialectique. Sarkozy, la rhétorique.)

Le communautarisme n'existe pas

Un invité de "la suite dans les idées" de France Culture disait que le communautarisme n'existait pas. C'était une invention de la droite et de l'extrême gauche. Elles accusaient la gauche de l'avoir importé des USA où il n'existe pas, d'ailleurs. Il n'y a pas d'équivalent au mot communautarisme en américain.

Thèse qui m'a surpris. Effectivement, je n'ai entendu parler de communautarisme que récemment. Mais la communauté, ou quelque-chose d'équivalent, est bien un fait social américain, et même protestant :
Le protestant discerne plus fortement que le catholique la réalité de l'Eglise dans la communauté locale. Elle est pour lui non pas une institution et une hiérarchie mais le lieu où les fidèles s'assemblent pour entendre la Parole, recevoir le sacrement et accepter aussi un certain nombre de responsabilités. C'est dans cette assemblée qu'à  ses yeux le corps du Christ prend forme et que l'Eglise s'édifie. (Traité de sociologie du protestantisme, Roger Mehl.)
D'ailleurs, depuis les origines on s'y regroupe en communautés, comme on le voit dans Le Parrain.
La France a longtemps été une sorte de rouleau compresseur qui nettoyait tout ce qui y entrait de son identité culturelle. C'est ce qui est arrivé à mes parents corréziens. Ce n'est que récemment, qu'on a parlé des Bretons et des Occitans, ou des Basques. Maintenant, il y a une forme de fondamentalisme islamique, qui touche les banlieues. Il suffit d'y vivre pour le voir. A côté de mon lycée, il y a maintenant une superbe mosquée. Mais, avant, il y a eu un retour des Juifs à la religion. Curieusement, c'est au moment où je suis entré en grande école, dans les années 80, que j'ai vu apparaître la kippa. Aussi bizarre que cela puisse sembler, je n'avais pas conscience de ce que "Juif" voulait dire jusque-là, et que je me rende compte que l'on me prenait pour un Juif ! (J'ai beau démentir, cela se termine souvent en "nobody's perfect" des Hommes préfèrent les blondes.) Cette transformation a d'ailleurs été d'autant plus inattendue que, dans mon enfance, les Israëliens n'étaient pas Juifs, au sens où longtemps ils ont été farouchement athées, ascendant socialistes. 

La gauche est-elle à l'origine de ce phénomène ? J'en doute. C'est le succès de l'Amérique qui a rendu sa culture triomphante, à mon avis. Il est logique que le gauche et la droite néo conservatrice, qui ont retrouvé certaines de leurs valeurs dans cette culture dominante, s'en soient faits les champions.

samedi 24 septembre 2016

Qui est M.Hollande ?

M.Hollande, le faux-jeton qu'on aime haïr ? Il est de gauche au sens "possédés" de Dostoïevski. N'a-t-il pas commencé sa mandature par une augmentation massive des impôts ? Par de nouvelles réglementations ? C'est un inspecteur des finances, l’Himalaya de l'incompétence satisfaite de soi, qui n'écoute rien. Ne dit-il pas que l'histoire reconnaîtra ses mérites, donc qu'il n'a rien à faire de notre avis ? Il a le physique du jouisseur. Il sourit bêtement. Il a une voix mièvre, de "couille molle", selon une expression que l'on prête à Mme Aubry. En voulant jouer les colonialistes au Mali, hypocrite gauchiste !, n'a-t-il pas attiré le Jihad en France ? N'est-il pas le jouet de Mme Merkel, qui le tient en lui autorisant un déficit qui lui est nécessaire pour acheter sa réélection ? Dans ce pacte avec le diable, ne s'est-il pas engagé à appliquer la politique Merkel ? Et faire le jeu des populismes ? etc. 

Méfions-nous des préjugés ? 
Mais M.Hollande a appelé MM.Valls et Macron. Ils sont au socialisme ce que l'eau est au feu. Et si, plutôt que de nous préparer un mauvais coup, il avait agi comme un président normal ? Élu à gauche, il a suivi l'exemple de Mitterrand. Notamment au Mali. Puis, il a vu que ça ne marchait pas. On disait que la gauche française n'avait pas fait son coming out blairien. Alors, il a appelé la tendance Rocard, la gauche de marché. 

J'entendais un enregistrement de M.Jospin parlant à des mécontents. Courageusement, il leur expliquait que ce qu'ils disaient n'était pas juste. Ce qui les rendait fous. M.Hollande a peut-être mal interprété cet incident. C'était bien de dire la vérité. Mais il aurait aussi fallu chercher à comprendre, au delà de son expression, les raisons du mécontentement. M.Hollande a-t-il cru que la vérité n'était pas bonne à dire ? Alors qu'il aurait fallu faire comme Clémenceau en 17 : se demander ce qui n'allait pas dans le pays ? Ensuite, il aurait peut-être eu, comme Clémenceau, quelques idées simples et pertinentes ? 

Quant à nous, méfions-nous des préjugés ?

Shakespeare l'italien

Un spécialiste de Shakespeare me dit qu'il a fait l'objet des théories les plus fumeuses. Il y a eu l'interprétation psychanalytique d'Hamlet (elle se retrouve dans l'Hamlet de Lawrence Olivier : Hamlet veut coucher avec sa mère). Surtout, depuis 1857 a surgi l'idée selon laquelle Shakespeare n'a rien écrit. Dernièrement, on a attribué son œuvre à un Italien. Le plus curieux est qu'il suffit de lire Shakespeare pour voir l'erreur :
un des arguments les plus souvent rencontrés (...) consiste à affirmer que l’auteur avait une connaissance foisonnante de la géographie de l’Europe, particulièrement de l’Italie. (Or) Il fait de l’Aquitaine une province de la Navarre, met un duc à la tête de l’empire d’Autriche, et un autre à Venise, situe la Bohême au bord de la mer, la Pologne dans l’Arctique, Padoue en Lombardie, le reliquaire de saint Jacques de Compostelle à Florence. À l’exception du Rialto, dans Le Marchand de Venise, dont on ne sait pas s’il désigne le pont, le marché, ou un lieu non précisé, aucun nom de rue ni de place publique ne figure dans les pièces italiennes, aucun nom d’église à l’exception de l’église Saint-Pierre de Vérone qui n’a jamais existé. Dans Les deux Gentilshommes de Vérone Valentin se rend de Vérone à Milan par la voie maritime et attend la marée pour s’embarquer.
Mais personne ne l'a fait. Et si les grandes idées qui nous gouvernent avaient aussi peu de fondements ?

vendredi 23 septembre 2016

Les chances de M.Macron

M.Macron a-t-il une chance d'être élu ? Il est de gauche, alors que l'on est parti pour une alternance. En outre la gauche n'a jamais eu de candidats naturels, mais a toujours été traversée par les intérêts particuliers. Quand elle n'est pas dirigée par des manœuvriers géniaux comme Jaurès, Mitterrand ou Hollande, un temps, elle explose en luttes fratricides. Que peut faire M.Macron avec un tel panier de crabes ? 

Eh bien, il y a peut-être une solution. Il faudrait un désistement de M.Hollande en sa faveur, et une sélection de M.Sarkozy par les Républicains. Sachant que Marine Le Pen sera au second tour, la gauche non suicidaire peut avoir un vote tactique. De même que la droite modérée, qui hait Sarkozy. Cela représente peu de voix, mais suffisamment pour battre M.Sarkozy. Ensuite, il a une bonne chance face à Mme Le Pen, puisque son succès vient probablement beaucoup d'un rejet du couple présidentiel Hollande, Sarkozy. 

Peu de chances que cela se produise. Mais cela signifie que M.Macron a bien joué. Habile manœuvrier, après tout ?

De la perversion en politique

M.Sarkozy devrait être notre prochain président. D'après un sondeur, M.Juppé ne pourrait faire, au mieux, que jeu égal avec lui, lors de la primaire des républicains. Et encore, si d'hypothétiques non inscrits, en partie de gauche, y participent. 

Étrange. M.Sarkozy va gouverner le pays alors qu'il est honni par une très grosse majorité de l'électorat. (A moins que le dit électorat ne le contraigne immédiatement à la cohabitation.) En Angleterre, c'est pareil. M.Corbyn semble fermement installé à la tête du parti travailliste, ce qui condamne ce parti au purgatoire, voire à la dislocation. Tous les deux ont utilisé les règles de la démocratie pour leur faire dire le contraire de leur esprit.

Cela m'a rappelé la question du "pervers narcissique". Dans une société individualiste, l'homme, égoïste, utilise les règles sociales pour son intérêt propre : il les pervertit ?

jeudi 22 septembre 2016

L'étrange M.Macron ?

Qui est M.Macron ? Un ultra libéral adoré par The Economist. Mais aussi un fervent de M.Rocard. Donc un radical. Un adhérent à une pensée qui a fait de la France ce qu'elle est. Une pensée, aussi, honnie par le socialisme. Rappelez-vous l'affrontement entre Clemenceau et Jaurès. Or, M.Macron a été ministre d'un gouvernement socialiste ! Mais alors, il est bourré de contradictions, cet homme ?

L'anarchie vaincra !
Au contraire. Le radicalisme est proche de l'anarchie et du protestantisme. En effet, son principe est que, s'il a été correctement formé, un homme n'a pas besoin de lois. Il fera naturellement ce qui est "bien". D'où les "hussards noirs". Ils doivent apporter à tous les éléments de jugement nécessaires à l'homme de bien. D'ailleurs, l'origine de la théorie libérale actuelle n'est pas anglaise, mais française. Les philosophes des Lumières cherchaient des "lois naturelles" qui pouvaient organiser la société sans intervention humaine. En effet, l'homme est un loup pour l'homme, pensaient-ils. Ceux d'entre-eux que l'on a appelé les "économistes" croyaient que ces lois étaient celles du marché. Ne s'autorégule-t-il pas ? Les Anglo-saxons n'ont fait que reprendre cette théorie. Cependant, ils ont constaté que le marché, laissé à lui-même, suscitait des crises. La seconde guerre, et le fascisme, on résulté de telles crises. Ils ont pensé qu'elles étaient des maladies monétaires. Les "monétaristes", qui est à l'origine de notre société actuelle, ont proposé un mécanisme régulateur : la gestion de la masse monétaire par la banque centrale. (On notera que l'homme libéral ne devant pas être réglementé par l'homme, ils sous-entendaient par là que la banque centrale était d'origine divine.)

Pour leur part, les radicaux se sont vite méfiés du laisser-faire. Ils ont découvert d'autres mécanismes de régulation que le marché : notamment la solidarité. Ils croyaient beaucoup en l'assurance (mutuelles), par exemple. L'économie sociale (les associations, coopératives, mutuelles...), c'est aussi eux. L'économie oui, mais l'acteur économique, l'entreprise, doit être géré comme une démocratie. C'est ce que disait Proudhon. Et Marx, le père du socialisme moderne (ou plutôt du gauchisme ?), l'appelait "utopiste". Quant à l’État providence et planifié d'après guerre, qui fait du citoyen un assisté, ce n'est pas eux. C'est un héritage de la pensée technocratique. Une pensée plus ou moins fortement totalitaire... En ce sens, la loi El Komry, dans la mesure où elle signifie encore quelque-chose, est une loi radicale ! Elle veut faire de l'entreprise une démocratie.

Le pari d'Emmanuel ? 
Lorsque j'écoute des Espagnols ou des Allemands, ou que l'on me parle de ce qui se passe en Angleterre, je vois des sociétés en détresse. C'est un peu comme si l'on y avait remplacé le chômage par le système victorien des Poorhouses. Le perdant trime pour une bouchée de pain, dans des conditions infectes. D'ailleurs, il ne produit rien. Son travail est une punition? Or, on nous dit que c'est parce que ces mesures ont réussi ailleurs qu'il faut les appliquer chez nous ! Et si ce n'était pas ce que pensait M.Macron (ou M.Valls) ? Et s'il reconnaissait dans ces mesures quelque-chose de typiquement français ? Et s'il pensait que, de ce fait, cela réussira chez nous, même si cela a échoué à étranger ? Et si cet échec était une partie de la preuve ? 

Un acte de foi ?