dimanche 21 juillet 2019

Pragmatisme anglo-saxon

"Des caméras de surveillance chinoise sont toujours utilisées par des bases militaires américaines." disait le Financial Times, il y a quelques jours.

Il y a peu, il n'était question que des merveilles du marché. L'armée, en particulier, devait y acheter ses matériels. Ce serait mieux et moins cher. La Chine était une sorte d'enfant prodigue. Il fallait l'imiter. Elle secouait notre paresse. Elle était l'innovation, le bien, nous étions des arriérés. Aujourd'hui, la Chine est l'Ennemi.

C'est le propre de l'Amérique. Elle part dans une direction, en justifiant sa décision par quelque loi divine, puis elle découvre son erreur, et elle prend le sens inverse, en toute amnésie. Ce qui montre que ce qu'elle dit n'est qu'une justification de ce qu'elle considère comme son intérêt à court terme. Elle ne croit pas en la raison. C'est le pragmatisme.

Quant à l'Europe, ce qui lui est propre est de croire ce que disent les USA.

Qui est Boris Johnson ?

Ce blog essaie de comprendre la logique qui explique le comportement des grands qui nous gouvernent. Avec Boris Johnson, la tâche pourrait être difficile.

A première vue, il s'inscrit dans un mouvement de "dégagisme" mondial. Nous avons été gouvernés par ce que l'humanité fait de mieux en termes d'éducation et de morale. Or, il s'avère que les classes gouvernantes sont les seules à avoir profité de leur politique. Réaction : élire ce qu'elles ont affirmé être le mal absolu. Ce mal absolu est généralement un homme fort qui s'inscrit dans la tradition du pays, et dont les valeurs sont opposées à celles de l'élite globalisée.

Boris Johnson s'explique en partie ainsi. Je le perçois comme une caricature de Churchill. Plus exactement, une caricature de la haute société anglaise éteinte après guerre. Ce qui correspond, chez nous, à l'aristocratie d'ancien régime. Déçu par ce que lui proposait le présent, l'Anglais revient au passé, comme tout le monde.

Le problème c'est "caricature", car Trump, Poutine ou Bolsonaro ont quelque-chose de l'original, ils ont un moteur propre. Où peut aller une caricature ?

samedi 20 juillet 2019

Quantum supremacy !

Quantum supremacy ? C'est le moment où un ordinateur quantique fera ce que ne sait pas faire un ordinateur normal. Mais l'ordinateur normal continuera à faire ce que l'autre ne saura pas faire. Et, au moins au début, l'ordinateur quantique fera des choses difficiles, mais inutiles. Avant de parvenir à des applications utiles il faudra résoudre une quantité de casse-têtes techniques, sur lesquels on sèche. (Lien vers plus de détails.)

Quantum supremacy ? S'il y a eu un changement ces dernières décennies, il est chez les ingénieurs. Ce ne sont plus des scientifiques, mais des publicitaires, arrogants de surcroît.

(Cela fait au moins deux ans que Google annonce qu'il va y parvenir "avant la fin de l'année". Google : des gens sérieux ?)

Les effets imprévus de la retraite

Quels vont être les effets de la nouvelle loi sur la retraite ? se demandait France Culture.

Si j'ai bien compris, ce sont les effets habituels. Cette nouvelle loi amplifierait les inégalités. Si vous en avait bavé durant votre vie professionnelle, notamment parce que vous avez eu des hauts et des bas, vous en baverez encore bien plus à la retraite. Bien sûr, pour les "plus pauvres", il y aura un "filet de sécurité". Ce qui pose le problème usuel : qui sont ces "pauvres", et le sont ils vraiment ? et ne sont-ils pas un moyen de masquer la dégradation des conditions de vie de la "classe moyenne", qui, elle, n'est jamais aidée ?

Et si l'on s'interrogeait sur "l'esprit des lois" ?

vendredi 19 juillet 2019

GAFA et LVMH

M.Arnault serait plus riche que M.Gates. Seconde fortune mondiale. Et si l'avenir n'était pas numérique ? LVMH c'est l'émanation d'une exception culturelle française : le luxe. Et, ce savoir-faire millénaire, le peu qu'il en reste ?, vaut cher.

J'ai d'ailleurs toujours pensé que M.Jobs était un designer. Et que si Apple avait une telle valeur, c'est parce qu'il avait conçu des objets d'art.

L'art, au fond, est l'anti artificiel. On ne sait pas pourquoi, mais il y a des gens qui ont du talent. Et tout ce qu'ils touchent vaut, on ne sait pas pourquoi, cher.

Nucléaire iranien : à quoi tient une crise

Je m'interroge sur les raisons de la politique de M.Trump vis-à-vis de l'Iran. Jusque-là, je suis arrivé, à mon avis, à expliquer un bon nombre de ses décisions, mais, pour celle-ci, c'est un échec. Serait-il aux mains d'une minorité d'illuminés (américains), qui veulent liquider l'Iran pour accélérer leur arrivée au paradis ? Sous-estimerions nous la volonté hégémonique perse ?... Rien ne semblait très crédible.

En fait, M.Trump aurait, simplement, "voulu contrarier Obama".

A moins qu'il y ait là une logique ? M.Trump fait le contraire de ce que l'on a fait avant lui (ne l'a-t-on pas élu pour cela ?), et, si ça résiste (comme Obamacare), c'est qu'après tout ce n'était peut-être pas si mauvais que cela ?

Variante du pragmatisme anglo-saxon ?

jeudi 18 juillet 2019

La pratique du changement

Suite du bilan. Ce que montre la pratique, c'est qu'il faut se méfier de la théorie. En termes de changement, l'intuition est généralement bonne conseillère. La théorie lui coupe les ailes. La théorie ne vous dit pas ce qu'il faut faire, elle vous explique a posteriori ce qui s'est passé.

Celui qui vous dit que le propre de l'homme est de résister au changement n'est pas sérieux. Le propre des organisations humaines, un peu solides (i.e. pas une start up), est le changement. Nécessité fait loi. Les mécanismes de changement sont dissimulés, certes. Ils sont inconscients, en fait. Mais si on examine l'histoire de l'organisation, ils apparaissent. Ensuite, il existe des techniques qui permettent de faire bouger l'organisation. Leur principe consiste 1) à lui trouver une motivation, 2) à proposer un dispositif de mise en oeuvre du changement qu'elle sait appliquer (i.e. qui correspond aux mécanismes de changement qu'elle a adoptés dans son histoire).

Si l'on a oublié tout cela, c'est probablement du fait de la croyance au mythe du changement immédiat, objet d'un précédent billet. Pour autant, nous ne sommes pas intégralement pénétrés de ce mythe : la réalité est là pour se rappeler aux bons souvenirs de notre inconscient.

En conséquent, la conduite du changement contemporaine consiste à zigzaguer entre les manifestations, imprévisibles, des égoïsmes individuels, les mines anti personnel du changement, pour mettre en mouvement les réflexes collectifs de l'organisation.

Egoïsme et société

Trop de confiance en soi peut être dangereux. J'ai observé ceci chez une jeune personne :

Systématiquement, elle suit son impulsion. Que ce soit en maths, vis-à-vis de la fermeture des volets, ou de la passoire à thé. Cela ne marche pas. J'ai raison ! Injustice et révolte.

Je me demande s'il n'y a pas là le principe directeur de notre société. Cette société a créé les conditions de l'égoïsme. Quoi qui me passe par la tête, j'ai raison ! Ce qui explique que le type de techniques du changement dont parle mes livres n'intéresse pas. Pour changer de changement, il faut commencer par changer l'état d'esprit de la société, ce qui signifie changer les conditions qui provoquent cet état d'esprit ?

mercredi 17 juillet 2019

Le changement, un bilan

Cela fait bientôt vingt ans que le changement est devenu pour moi une monomanie. Cela avait probablement commencé beaucoup plus tôt, mais c'est à ce moment que j'ai étudié sérieusement la question. Qu'en ai-je tiré ?

Récemment, j'ai été approché par un rédacteur de wikipedia qui m'a demandé des références sur le changement. J'ai réalisé que j'étais échec et mat. Personne n'a rassemblé tout ce qui est écrit sur le sujet, depuis que l'on écrit. Pire : aucun philosophe ne s'est penché sur la "phénoménologie" du changement. Pourtant qu'est-ce qu'il y a de plus important que le changement ? Le philosophe parle de changement, sans se demander ce que c'est. Il a sa petite idée sur ce que ça devrait produire. En termes de changement, on en est au stade de la pluie chez les anciens : on lui donne des ordres, ou on lui consacre des processions propitiatoires.

Je pourrais me lancer dans une thèse sur le sujet. Seulement, je me méfie de la raison. Je ne suis pas sûr que rassembler ce que l'on a écrit sur le changement ait un intérêt. J'ai peur de trouver, au bout d'années d'efforts, que la raison est victime d'un vice de forme, d'un péché originel. Alors, j'ai adopté une démarche semi empirique. J'essaie d'aider à changer ce qui, de son avis même, ne va pas très bien.

Mon sujet est le changement social. J'ai fini par comprendre, c'est le résultat principal des deux décennies, que la façon dont une société aborde le changement dépend de son "esprit", au sens de Montesquieu. A l'origine de nos comportements se trouve un "principe", qui change, mais qui est l'objet d'un consensus à un instant donné. Actuellement, ce principe est, approximativement, la satisfaction immédiate de ses désirs. Je suis persuadé que ce qui me vient en tête est le bien absolu, qu'il devrait survenir immédiatement. Cela conduit au changement comme affrontement. Mais, attention au piège : l'affrontement peut revêtir de multiples aspects. Le rapport de forces à la M.Trump est minoritaire. C'est surtout la manipulation, la "perversion". Ou, pour le sans-grade, la "tête contre les murs" : le conflit entre volonté et réalité pouvant mener à la dépression.

D'où viennent les "principes" ? De la société. La société d'après guerre a protégé et choyé ses enfants. Ils ont cru que la vie était un jeu, que tout leur était dû. Elle en a fait des égoïstes. Mais l'égoïsme conduit à la crise... Aujourd'hui, on a peur. On parle de développement durable, d'humanisme...

La société semble changer comme l'eau, par phase. Le Graal de la théorie de la complexité est de trouver un équivalent de la température qui traduirait l'état d'une société et nous indiquerait si nous sommes proches d'un changement de phase...

Emergence et changement

La théorie de la complexité parle "d'émergence". Dans certaines conditions un groupe "d'individus" acquiert des propriétés qui lui sont propres (propres au groupe), et que l'on ne peut pas prévoir à partir des propriétés de l'individu pris isolément.

Ainsi, les fourmis ont la capacité de faire des ponts de fourmis, et de passer des trous, ou de construire des radeaux (ou plutôt des bouées) de fourmis, et de flotter sur l'eau. (Article.)

L'émergence apparaîtrait lors d'une "transition de phase". Les conditions extérieures placent les individus dans une situation qui va révéler la propriété collective potentielle.

Je me demande si ce raisonnement n'a pas un biais. L'individu n'existe pas en tant que tel. Sans "fourmis", il n'y aurait pas de "fourmi".