lundi 1 mai 2017

Fin du changement

J'ai publié une série de vidéos courtes (2 ou 3 minutes) : le changement ça s'apprend. Une sensibilisation à ce que la science dit du changement. 

Que faut-il en retenir, quand on aura tout oublié ? Cliquez ici

dimanche 30 avril 2017

Jeunesse

MM.Tsipras et Renzi ont attaqué le rempart Merkel, et ils ont dégringolé. Il est possible que M.Macron tente l'aventure à son tour. Mais il le fait avec une base qui sera peut-être extrêmement instable. Il n'a que des ennemis. Peut-être dira-t-il, comme un ancien client, dirigeant de mutuelle, et croisé de l'économie sociale : "comment se fait-il que je doive me battre contre ceux pour qui je me bats ?".

Si j'en juge par mon expérience, c'est l'inconscience qui permet de réussir l'impossible. Et, lorsque l'on est jeune, on est inconscient. La jeunesse de M.Macron est un atout immense. 

Les grandes gueules

Un film sur l'amitié, c'est rare. Un film, dans lequel on gagne les batailles, mais on perd la guerre, encore plus. On veut réinsérer des prisonniers en liberté conditionnelle dans la société. Au début, il faut faire leur bien contre eux. Au moment où l'on croit avoir réussi, c'est l'échec. L'équilibre était trop instable. C'est aussi un film sur les principes. Bourvil, en particulier, tient tête à la société, oligarques locaux ou mafieux parisiens, au péril de sa vie, par révolte contre l'injustice. 

Morale de l'histoire ? Peut-être, comme dans certains films de Clint Eastwood, la vie est une lutte, le bonheur est d'être "droit dans ses bottes". Cela permet de se faire quelques amis.

(Film de Robert Enrico, 1965.)

Ingénierie système


Françoise Caron est un des quelques spécialistes français de l’ingénierie système. Qu’est-ce que l’ingénierie système ?

Genèse
François Caron fait une thèse en chimie quantique. Elle travaille sur un projet de CAO chimie puis est embauchée par la start-up Dassault Systèmes. Elle s'occupe de « l’industrialisation des produits et des processus » (on partait alors de zéro). Ensuite, elle rejoint un cabinet de conseil expert des architectures de systèmes d’information.  Elle y « crée une activité spécifique pour le marché industriel : développer des architectures modulaires pour faciliter la gestion de gros projets : plusieurs équipes, plusieurs niveaux de chaînes de valeur… » En 2005, elle « crée Eiris Conseil, un cabinet centré sur l’ingénierie système qui en était à ses prémices en France. Pour répondre aux problématiques  et « points durs » industriels de grands comptes Airbus, Schneider, constructeurs et équipementiers automobiles, etc. et aussi de PME, » elle « poursuit aussi une activité de recherche dans le domaine et enrichit ainsi l’offre de conseil et de formation du cabinet. »

Ingénierie système
L’entreprise française, telle que je la vois tous les jours, c’est du bruit et de la fureur. On y vit dans l’urgence. On part dans tous les sens. On fait du spécifique pour chaque client. Et plus on fait du spécifique, moins on a les moyens de développer un produit compétitif, et plus on refait du spécifique pour compenser… L’ingénierie système corrige cette tendance regrettable.

« L’ingénierie système fournit des outils pour parer aux aléas de la réalité, de l’imperfection. Ainsi, tout devient gestion du risque. » « Par exemple, nous pouvons profiter de la fenêtre de tir marketing que nous ouvre telle innovation, même si le produit n’est pas totalement abouti, en nous dotant des moyens de réagir en cas de risques avérés, voire en cas d’imprévus. Et au-delà de la simple correction de tir, il sera possible de profiter de l’occasion pour tirer le meilleur parti des retours de terrain. »  On entre alors dans une logique d’amélioration permanente.  Brillant.

A ce point apparaissent quelques idées d’une grande puissance. La première est le « plan produit ». L’entreprise publie son plan de développement et le partage avec son marché.  C’est son outil de relation client. Le client exprime son besoin et l’entreprise en tient compte dans sa réflexion. Le client peut ainsi savoir ce qu’il peut attendre de son fournisseur, à long terme. Fini le tout spécifique.
Ce plan produit est aussi le moyen de pilotage de projet.  « Il est dirigé vers l’utilisateur et piloté par une « matrice de couverture » des fonctionnalités requises par le marché. »

Finies aussi les négociations conflictuelles et les demandes imprévues. Les échanges avec les  clients et les fournisseurs deviennent des flux  « organisés et gérés ».

Autre concept important : celui de la traçabilité. Tout le jeu économique se gagne dans un savant mix innovation, réutilisation. Il faut profiter de l’innovation aussi tôt que possible pour en tirer l’avantage maximal, mais il faut réutiliser au mieux l’existant pour réduire les coûts et les temps de mise au point. Tout cela se fait par une capitalisation intelligente de l’expérience passée, réussie ou non.

Et l’on en arrive à un bénéfice inattendu. L’ingénierie système garantit à la fois les coûts, les dates de mise sur le marché, et donc les revenus. De ce fait, les moyens dont ont besoin la recherche d’innovation et le développement de nouveaux produits sont sanctuarisés, dirait notre gouvernement. Fini le cercle vicieux français.

samedi 29 avril 2017

Make Europe great again ?

Quel est le projet de M.Macron pour l'Europe ? Il parle de plan de relance et d'uniformisation des lois sociales (billet précédent). Paroles vides ? 

En exploitant les bas salaires des pays de l'Est, notamment, l'Allemagne a obtenu un avantage sur les pays de la zone euro, leur imposant une forme de dévaluation. Remonter les niveaux de vie européens réglerait en grande partie les problèmes français. En outre, les délocalisations de plus en plus se faisant à l'intérieur des continents, cela les réduirait aussi (cf. affaire Whirlpool). 

La "création de valeur" en Europe passerait d'une logique de mise en concurrence, de licenciement et de réduction de salaires, à une logique d'innovation, et peut-être aussi de collaboration intra européenne pour l'exportation. Forteresse Europe. Mais Forteresse conquérante. Il y aurait un danger inflationniste, probablement. 

Nos difficultés viennent de l'Europe : M.Macron et Mme Le Pen sont peut-être d'accord. Seulement l'un veut la changer, alors que l'autre veut en sortir. 

Domino

M.Macron pense à l'Europe. Son projet demanderait de montrer à l'Allemagne que la France est vertueuse. Ce qui fait dire à La Tribune : bis repetita. Depuis près de dix ans, l'Europe n'arrête pas de faire plaisir à l'Allemagne, qui en demande toujours plus. Le problème de l'Europe : c'est l'Allemagne. C'est à elle de changer, pas à la France. 

Et si M.Macron jouait aux dominos ?
Il me semble que M.Macron croit en ses réformes, il ne les fait pas pour l'Allemagne. Par ailleurs, pourquoi ne change-t-elle pas ? Parce que la France a fait corps avec elle, ce qui a bloqué les velléités de rébellion grecques, italiennes ou autres. M.Macron semble beaucoup plus déterminé, courageux ?, que ses prédécesseurs. Le secret du changement réussi, c'est "d'y croire". Et je soupçonne de plus en en plus que M.Macron "y croit". Et, surtout, il a un atout maître : Mme Le Pen. Il peut dire : "c'est moi ou la fin du monde". 

Mais, pour qu'il réussisse, il faut qu'il fasse accepter à l'Allemagne une mesure qui va avoir des effets immédiats sur l'emploi. Quelque-chose qui donne de la visibilité à très long terme à l'entreprise, et ne puisse pas être remis en cause par un changement politique. 

Difficile à trouver, en temps de paix ? La recette du changement, encore une fois, c'est d'y croire. Pour retrouver confiance en soi. Il suffit d'un premier succès, symbolique, d'un domino... 

Reflux du populisme

Les milieux d'affaire aiment à se faire peur. Ils voyaient Mme Le Pen au pouvoir. Mais ils prennent aussi un peu vite leurs désirs pour des réalités. Ils pensent maintenant que la vague populiste est en recul, définitivement.

Or, il est singulièrement idiot de comparer les situations françaises, anglaises et américaines. En Amérique, un leader populiste est à la tête d'un parti de gouvernement, avec lequel il doit composer. En Angleterre, un parti de gouvernement a pris en main un sujet populiste, probablement pour éviter qu'il ne tourne mal. En France, Mme Le Pen devrait diriger seule. C'est totalement différent. Pour qu'un tel type de leader prenne le pouvoir, il faut un saut dans l'inconnu que seule justifie une crise majeure. Comme avant guerre. 

C'est un piège pour M.Macron. En effet, il est facile de confondre la crainte du chaos avec une déclaration d'amour. 

Mal français

L'inquiétude de M.Macron ? Comme M.Hollande, être trahi par son camp. Mal français ? La stratégie de la CGT est de ne signer aucun accord. Ainsi, elle en profite, les mains propres. Et M.Mélenchon : je profiterai de l'élection de M.Macron, sans lui donner mon soutien ? Profiter par la nuisance : voilà pourquoi le pays subit crise politique sur crise politique ? De Gaulle pensait y avoir mis un terme. Il avait tort.

L'idée de M.Macron est de n'accepter que des ralliements individuels. Comme cela, il peut espérer être entouré de gens qui lui sont fidèles. Sûr ? En tout cas (article cité plus haut) cela empêche la dislocation des partis de gauche et de droite. Ils vont affronter les élections législatives unis. Donc forts. Le pays risque d'être ingouvernable.

Solution ? Il y a eu des moments sans parasite. Par exemple pendant les guerres napoléoniennes ou après guerre. Alors, le changement "venait d'en bas". Un consensus national muselait la nuisance. Une grande partie de la littérature sur le changement s'interroge sur les moyens de susciter un tel mouvement. Réponse ? Sous toute réserve :
  • Il y a des moments favorables. Kurt Lewin compare le changement à un changement de phase en physique. (Cf. transformation d'eau en glace.)
  • Comme en physique, le changement se fait par catalyse. Une idée qui revient régulièrement est celle du "leader libérateur" (ou nom équivalent). Ce n'est pas un messie. C'est quelqu'un qui révèle au groupe ce qui compte pour lui. Pour James March il est "poète et plombier". Il doit à la fois créer une vision séduisante, mais aussi savoir la mettre en oeuvre en pensant au détail. (Napoléon aurait dit : "le succès est dans l'exécution".)

vendredi 28 avril 2017

Pensée magique

Et si M.Macron ressemblait à ces inspecteurs des finances que j'ai rencontrés récemment ? Ils quittaient l'administration dégoûtés par elle. Ils pensaient que l'entreprise représentait son antithèse. En particulier ils croyaient, m'a-t'il semblé, en la rédemption par le "numérique". Pensée magique ? 

Pour moi la rédemption pourrait venir de la PME. Si elle se développait, elle embaucherait en local, et en peu qualifié. Elle réglerait tous nos problèmes d'un coup. Or, mon expérience me montre que nos entreprises ont un potentiel qu'elles ignorent. Que faudrait-il pour que mon changement réussisse ? Accepter la réalité et en comprendre les règles. La réalité, c'est un marché international. Et les règles, ce sont les techniques du commerçant : donner envie d'acheter ce que l'on a. Et le numérique ? Au mieux un moyen. Certainement pas une fin. 

Qu'est-ce qui coince ? 
Malheureusement, comme le disait Tocqueville, la France croit à des théories abstraites et compliquées. Dans notre cas :
  • L'Etat et ses énarques dirigent la grande entreprise, qui donne des ordres à la PME. 
  • Comme à l'époque de la "guerre en dentelles", le Français est armé de préjugés ridicules qui le ligotent. Paradoxalement, c'est presque plus vrai pour les jeunes que pour les vieux. L'Américain monte une entreprise pour gagner de l'argent, sachant qu'il va commencer par en baver. Le jeune français la mythifie !
(Mais si le Français parvient à traduire les lois du marché en des règles abstraites et compliquées, peut-être qu'il apportera un peu d'éthique, et de durabilité, à notre monde ?)

MM. Macron et Hollande

M.Macron est-il l'héritier de M.Hollande ? Et si c'était le contraire ?  The Economist voyait l'un comme l'ultralibéral idéal, et l'autre comme un apparatchik gauchiste teinté dans la masse. Dans ces conditions, si ce dernier organisait une cohabitation avec MM.Valls et Macron, c'était l'effet d'une ruse machiavélique (mitterandienne, plutôt), aurait-on pu penser. Et si ça n'avait pas été le cas ? Et s'il s'était converti ? (La thèse de The Economist.) Ce qui lui a manqué, peut-être, est d'avoir dit, comme tente de le faire M.Macron, qu'il comprenait les problèmes de ses concitoyens, et qu'il n'avait pas d'idées préconçues pour les résoudre. Mais que le mal du pays, c'était ses divisions. Et qu'il voulait, avant tout, y remédier.