dimanche 2 août 2015

L'aide doit-elle être sollicitée ?

Une psychologue me répète régulièrement qu'il ne faut pas donner une aide non sollicitée. Mon défaut est de trop aider. C'est comme cela que je m'épuise. 

A-t-elle raison ? Récemment, ayant eu des problèmes de santé, j'ai été surpris par la quantité de conseils que l'on m'a donnés. Probablement des conseils pertinents, mais particulièrement mal venus pour la plupart car ils ne faisaient souvent qu'accentuer mes problèmes. Notamment en m'affirmant l'incompétence de la médecine, alors que je n'avais clairement pas la force physique de courir les hôpitaux. D'autant qu'ils étaient un rien agressif, et que je n'avais franchement pas besoin de stress supplémentaire. 

Cependant, lorsque je vois à quel point mon aide tend à être facilement acceptée, je pense qu'il y en a plusieurs sortes. La mauvaise est dirigiste, un brin totalitaire. La bonne est assistance à personne en danger. Elle est fondée sur l'empathie. Il y a des moments où l'on a besoin d'un peu d'amitié. Et l'amitié, ça ne se sollicite pas. 

samedi 1 août 2015

Trois conseils pour communiquer une nouvelle désagréable

Je dois être la seule personne qui n'est pas en vacances. Un second journaliste me questionne sur un problème de management : comment communiquer une nouvelle désagréable à son équipe ? Même cheminement intellectuel que dans le cas précédent. (En analysant mon passé, je découvre que l'on m'a beaucoup utilisé comme messager de mauvaises nouvelles...) Résultat du brainstorming : 
  • Il faut y croire. Ce qui signifie commencer par chercher les arguments qui justifient la décision. Ensuite, dire pourquoi, un pourquoi imparable, plutôt que comment. Évoquer la confiance dans la compétence du management. 
  • Ne pas masquer les difficultés. Paradoxalement, j'ai constaté que plus le message est dur mieux il passe. Oui, il y aura des problèmes. Mais on est là pour les résoudre. Si vous avez des difficultés, vous m'en parlez. 
  • Objectif : optimisme. Voir le billet précédent

Obama méritait-il le prix Nobel ?

En traitant avec les Iraniens, B.Obama nous a-t-il évité une guerre nucléaire ? Vu le nombre de pays qui possèdent la bombe atomique, je doute que ce soit le cas. D'autant que la Corée du Nord l'ayant acquise apparemment sans difficultés, je me demande pourquoi l'Iran et ses ingénieurs d'élite ne pourraient pas faire de même en s'épargnant la tragi-comédie actuelle. 

Mais le Comité Nobel semble avoir eu le nez creux. Il a compris que B.Obama était susceptible de faire le contraire de la politique de M.Bush. C'est à dire de penser que la guerre n'était pas la solution, mais le problème. Certes, ses drones méprisent un peu les lois. Mais il ne faut probablement voir là que l'expression du pragmatisme américain. C'est mieux qu'une intervention armée. Et on expérimente avec ce que l'on a. Jusqu'à trouver une solution satisfaisante. 

vendredi 31 juillet 2015

Quatre idées pour faire réussir une réorganisation

Une entreprise se réorganise. Vous dirigez une équipe. Que faut-il faire dans ces conditions ? Question que me pose un journaliste. Je lui ai dit que je ne croyais pas aux conseils. Chaque situation est spécifique. Et partir sur des idées préconçues rend sourd aux réalités. Je lui ai donc proposé d'analyser mon expérience, pour voir si l'on y trouvait quelque chose d'utile. Exercice bancal et périlleux. Voici quelques idées qui en sont sorties et que je note avant de les avoir oubliées...

Première idée : écouter avant de parler (!). Les dirigeants que j'ai rencontrés tendaient à transmettre, par leur discours, des inquiétudes qui leur étaient propres. Or, elles n'étaient pas celles de leurs équipes. D'où panique. Surtout les dites équipes avaient des problèmes qui étaient faciles à résoudre par les dirigeants. 
Une technique d'écoute est, simplement, de faire faire, par ses collaborateurs directs un "audit de dysfonctionnement" : qu'est-ce qui ne va pas ? Généralement, il ne sort pas grand chose de compliqué. Des questions mineures mais frustrantes. Mais la démarche a souvent un gros bénéfice : elle permet à tous de s'exprimer et elle montre qu'on est à leur écoute, ce qui est très apprécié.

Deuxième idée : faire le contraire de ce que l'on pense. Exemple du plan de licenciement.
  • Ce que les gens avec qui j'ai travaillé sur cette question pensaient c'est 1) je suis coupable de ne pas avoir été licencié ; 2) il faut travailler plus avec moins de moyens. Cercle vicieux résultant : on se jette à corps perdu dans des activités inutiles. L'entreprise entre dans un mouvement brownien qui bousille la vie des gens. 
  • Le contraire : 1) il y a eu réorganisation, donc on travaille normalement, mais différemment ; 2) le plan de licenciement a appliqué des règles justes. Ce qui demande au responsable de bien comprendre la logique du plan. Je lui conseille d'ailleurs, s'il en arrive à penser que 1) et 2) n'ont pas été respectés, de partir. 
Pour éviter le mouvement brownien, une technique efficace est de faire une revue d'emploi du temps. On découvre systématiquement que l'on fait des choses qui ne servent à rien, ou qui n'ont aucune priorité. J'ai vu des remises en ordre qui réduisaient de 50%, parfois plus, les emplois du temps de managers surchargés.

Troisième idée : libérer 50% de son temps. Pour 1) être à l'écoute (passer un peu plus de temps que d'ordinaire avec ses collaborateurs de façon à entendre les signaux faibles de leurs inquiétudes) ; pouvoir réagir en cas de difficulté. 

Quatrième idée : indicateur de succès = optimisme. Regarder la tête des gens. Demander à ceux qui ne sont pas dans leur assiette, ce qui ne va pas. Et les aider à se tirer d'affaire. L'optimisme est communicatif. J'ai remarqué que dès que les trois ou quatre inquiets majeurs retrouvent le sourire, le mouvement est enclenché, le changement est réussi. 

Marre des livres de management

Je lis actuellement des livres de management. Ils expliquent comment l'on doit organiser l'entreprise. Eh bien, j'en ai marre de ce type de livres. Je n'ai rencontré que cela toute ma vie. Ils ne sont que de l'utopie, et l'utopie produit, à des doses plus ou moins fortes, le totalitarisme. 

Je crois qu'il n'y a que l'expérience qui vaille. Or, elle a tout de même quelque-chose de remarquable, c'est que l'on peut s'inspirer de l'expérience des autres. Ce qui ne va pas de soi, lorsque l'on y réfléchit bien. En effet, pourquoi les circonstances que nous rencontrons sont elles "suffisamment" similaires à celles qu'a connues un de nos contemporains pour que l'on puisse suivre ce qu'il nous dit ? C'est une question que je me posais à l'époque où je travaillais avec les fabricants de bouteilles. Le sable est quelque-chose de remarquablement hétérogène. Et pourtant, chauffé il donne toujours du verre d'une certaine qualité. Idem pour le blé, la farine et le pain. Idem pour l'homme, unique, et la médecine, générale. 

jeudi 30 juillet 2015

Dis-moi ce que tu écoutes...

Etes vous une personne d'empathie, ou de "système" (celui qui cherche les règles qui sous-tendent un phénomène) ? Des chercheurs de Cambridge ont trouvé que cela est corrélé à la musique que vous écoutez...
Fortement empathique : 
  • Hallelujah – Jeff Buckley 
  • Come away with me – Norah Jones 
  • All of me – Billie Holliday 
  • Crazy little thing called love – Queen  
Fortement systémique : 
  • Concerto in C – Antonio Vivaldi 
  • Etude Opus 65 No 3 — Alexander Scriabin 
  • God save the Queen – The Sex Pistols 
  • Enter Sandman – Metallica
Choix difficile pour un homme de changement, car le changement est une question d'empathie et de systèmes, alors qu'ici ils semblent en opposition... En tout cas, si je suis capable de tout absorber, je suis plus empathique que systémique... 

L'homme victime d'inégalité

Voici ce que donnent les résultats du bac 2015 (S, ES et L). Gauche : pourcentage par rapport aux inscrits au bac. A droite pourcentage par rapport à la classe des 18 ans. Colonne centrale : les mentions.

59,8% 56,3%
Filles
Garçons
Filles
Garçons
9,1% 6,3% TB 5,4% 3,5%
16,8% 13,2% B 10,0% 7,4%
28,4% 26,4% AB 17,0% 14,9%
54,2% 45,9% Mention 32,5% 25,8%
30,4% 32,8% Passe 18,2% 18,5%
11,7% 13,8% Rattrapage 7,0% 7,8%
4,6% 8,7% Recalé 2,8% 4,9%

Conclusion : les filles réussissent bien mieux que les garçons. Et c'est là qu'il y a quelque chose de bizarre. Car, partout on nous parle de ces pauvres femmes maltraitées. Mais, on ne nous dit pas lorsque l'inégalité s'inverse. Aujourd'hui, ce sont les hommes qu'il faut défendre !

(En fait, l'homme conserve un atout : il est probablement plus combatif que la femme. Ainsi, alors qu'il y a significativement moins d'hommes que de femmes qui se présentent à HEC, il y a significativement plus d'hommes que de femmes qui y entrent.)

mercredi 29 juillet 2015

Le déclin de la critique de film

La critique de film, phénomène très français : émission de France Culture, dimanche dernier. J'en retiens que la critique est quasiment aussi vieille que le film, qu'elle a été particulièrement forte en temps de guerre. Mais qu'elle s'est séparée de l'opinion quand elle a désavoué La grande vadrouille. Depuis, c'est le déclin. Il n'y a plus de grands critiques que l'on écoute religieusement. Tout le monde est devenu critique, et c'est consternant. 

Je me suis demandé si cela ne ressortissait pas à la fameuse "crise de l'autorité", dont on parle tant, et si ce n'était pas liée à la "massification de l'enseignement supérieur". Justification : l'intellectuel a perdu son monopole de la pensée ; on s'est peut-être rendu compte que ce qu'il disait souffrait de biais idéologiques.

Comment reconstituer cette autorité ? Peut-être en deux temps : 1) il faut retrouver des bases de jugement séduisantes, travail de recherche ; 2) il faut être connu. Tout cela peut demander beaucoup de temps. Cela signifie peut-être qu'une condition nécessaire pour se constituer une autorité est de posséder une fortune personnelle. L'autorité aux héritiers ?

Qu'est-ce que la science

Une nuée de littéraires se sont proclamés scientifiques. En particulier sociologues ou anthropologues. Cela est lié au courant du "postmodernisme", semble-t-il. Exemple : Bourdieu. Leur objectif : utiliser la science au service de leurs convictions. Voilà, petit à petit, ce que j'ai aperçu, en écrivant ce blog.

Ils ont transformé la science en son envers. Ils ont cru que la forme du raisonnement justifiait le fond. La science comme cocon de l'argument d'autorité, en quelque-sorte. Pour eux, elle doit démontrer leurs a priori, elle est basée sur la certitude. Alors que, dans son acception usuelle, elle est la découverte du neuf, et elle est fondée sur le doute. Pour Karl Popper, elle se caractérise par des prévisions "falsifiables", il est possible de les tester, et de découvrir qu'elles sont fausses. C'est cela l'honnêteté intellectuelle. C'est savoir que ce qui nous semble juste pourrait être faux. C'est la prudence ?

Et c'est aussi pour cela que l'économie est une science. En dépit de tout le mal que j'en dis, les économistes ont essayé de démontrer que leurs préjugés étaient justes. Cela n'a pas marché. Ce qui fait avancer la recherche

mardi 28 juillet 2015

The Economist est en vente

The Economist est en vente, ai-je lu il y a quelques jours. (Article du Financial Times.) Le groupe Pearson, actionnaire depuis 1957, et qui possède 50% de ses actions, cherche un acquéreur. Il a déjà vendu le Financial Times. 

Selon moi, il n'a probablement pas tort. Car The Economist est sur la pente descendante. Il est victime, en décalé par rapport à la profession, de la révolution numérique. Ses revenus publicitaires disparaissent. Mais le plus intéressant n'est pas là. The Economist a un système qui lui garantit l'indépendance de pensée. Des "trustees" s'assurent qu'il ne subit aucune pression de ses actionnaires. D'où deux remarques :
  1. Ce modèle ne pourrait-il pas être adopté par les journaux français ? 
  2. Ce dispositif rend difficile la vente, puisque l'actionnaire a peu de pouvoir. En outre, il transforme les journalistes en rentiers, opposés à tout changement. Effectivement, le titre subirait une grosse décote : The Economist ferait deux fois les bénéfices du FT mais vaudrait autant.
Et deux idées :
  1. Pourquoi ne pas entrer en bourse ? Le petit porteur n'a aucune velléité de contrôle de l'entreprise. Et ses critères d'investissement sont irrationnels. Love money.
  2. Il y a peut-être du travail pour un activiste. Celui qui parviendrait à entrer dans le groupe, à démonter le système assurant son indépendance d'écriture pourrait faire rapidement une plus-value de 400m£.