lundi 1 septembre 2014

2030 : guerre mondiale ?

Il y a quelque chose de curieux dans ce qui se passe en Europe. Les égoïsmes semblent se liguer pour créer une situation de chaos. 
  • Il y a quasi consensus sur le fait qu'il faille relancer l'économie européenne. M.Renzi est le champion de cette idée. Mais Mme Merkel, pour des raisons de politique interne, ne veut pas de cette option.
  • L'Espagne y aurait intérêt, mais son gouvernement doit sa légitimité à la rigueur. Et veut probablement faire oublier les multiples scandales qui l'assaillent. Car il a joué un rôle trouble dans la bulle spéculative espagnole. Aujourd'hui il impose à ses administrés la punition qu'il méritait ?
  • La France semble avoir adopté une stratégie de "parasite" (free rider en anglais économique). Elle espère profiter d'une relance gagnée par d'autres tout en ayant donné des gages de bonne gestion ?
The Economist a probablement raison de penser que la zone euro et l'UE pourraient exploser. Au même moment, le chaos est à ses portes. Au Moyen-Orient. Et en Europe de l'Est, qui s'enfonce dans un jeu suicidaire de sanctions et contre-sanctions. Et le monde ne va pas très fort. 

Aveuglement égoïste qui donne raison à la vision apocalyptique de Dennis Meadows. A sa haine des politiques et des dirigeants. Et si, ces événements n'étaient autres que les signes d'une fin de vie de notre modèle de développement ? Le chaos pour 2030 ? Et si il ne pouvait y avoir changement, comme le pense Dennis Meadows, que par une sorte de crise de fin du monde ? (Une guerre sans précédent, qui liquiderait au moins un tiers de la population mondiale ?) Scénario années 40 à une échelle inconcevable ? Et sans que l'on ait la certitude d'avoir un 1945 ? La crise est le seul moyen de simplifier une complexité qui dépasse les capacités de l'esprit humain ? 

Comment l'intellectuel anesthésie le changement

Il y a des années, j'ai rencontré un associé d'un fonds d'investissement qui s'est présenté ainsi. Polytechnique, corps de l'armement, Normale sup. A chaque fois que je lui disais quelque-chose, son oeil s'éclairait : il l'avait vu en cours ! Mais pourquoi, alors, ne l'avait-il pas appliqué ?

Toute la France est ici. Et notamment la relation entre Sartre et Camus. Camus, comment pouvez-vous oser penser, alors que vous n'êtes même pas normalien ? Et voilà pourquoi le pays ne bouge pas. Nous sommes dirigés par une "élite". Sa fonction est de paralyser ceux qui agissent. 

dimanche 31 août 2014

La zone euro au bord de l’explosion

The Economist estime que les risques de fracture politique de la zone euro sont extrêmement élevés. La situation n’est plus soutenable par les populations. Il faut réformer, mais, avant tout, il faut relancer. Même si The Economist approuve le nouveau gouvernement français, c’est surtout parce qu’en donnant de la crédibilité à la France, cela rend vraisemblable qu'on l'autorisera à de nouvelles entorses à la rigueur. Au fond il est d’accord avec M.Montebourg. Et est d’ailleurs bien plus méchant que lui vis-à-vis de l’Allemagne. Les réformes dont elle est si fière n’ont été qu’une forme de « dévaluation interne » dont il faudrait amoindrir les effets aujourd’hui.

La guerre en Ukraine paralyse une zone économique essentielle au pays. Il est devenu dysfonctionnel. (Inquiétante zone de non droit aux portes de l’Europe ?)

La justice américaine rançonne l’entreprise ! Elle multiplie les lois – se maintenir en conformité coûterait 40m$/an à la grande entreprise. Mais surtout, la justice se rémunère avec les pénalités qu’elle impose ! Et il n’y a plus de procès, donc plus de justice au sens premier du terme. En effet, il semble préférable à l’entreprise de chercher un arrangement. Sans compter les juges s’immiscent dans la gestion de l’entreprise. Bref, la justice, qui est le principe de la démocratie américaine, semble avoir sombré dans l’arbitraire ! La justice parasité par l'intérêt personnel ? En revanche, de grandes entreprises semblent s’engager dans une vision de leur responsabilité sociétale qui est à long terme. Problème : à court terme, cela fait augmenter leurs coûts.

En Chine, rien ne résiste au pouvoir central. On pensait les entreprises d’Etat trop fortes pour craindre quoi que ce soit. Mais elles sont mises au pas. Purges sauvages et privatisations, au moins partielles, de ce qui n’est pas stratégique, ou manque d’efficacité.

Israël : l’économie, qui dépend à 40% des exportations, est touchée par la hausse de la devise.

Le cloud computing a le vent en poupe ? Une concurrence féroce fait s’effondrer les prix. Les données sont de mieux en mieux protégées de l’espionnage de la NSA. A moyen terme, une version « hybride » gagne du terrain : seule une partie des données part sur le cloud. Mais, à terme, le marché devrait se développer. 

Amazon achète Twitch une plate-forme de streaming de vidéos de jeux vidéo. La stratégie d’entreprise comme course après l'illusoire ?

Flexibilité de l’emploi. En Europe et au Japon, il y a l’emploi à vie, ce qui force une partie de la population à la précarité à vie. Le travail aux USA devient, lui aussi, de moins en moins flexible. Les classes défavorisées ne trouvent plus à se placer. 

Rôle du dirigeant dans le changement

Un des premiers billets de ce blog disait que je me trompais toujours. C'est une fois de plus le cas. J'ai longtemps cru que le dirigeant était maladroit. Il ne savait pas mettre en oeuvre le changement. En fait, j'ai tort. Le dirigeant obtient ce qu'il veut. Bien que cela ne donne pas forcément les résultats qu'il attendait...

C'est Nicolas Sarkozy qui m'a donné cette idée. L'analyse menée par ce blog a fini par me convaincre que Nicolas Sarkozy a réussi ce qu'il cherchait à faire. Il a appliqué ce que l'ensemble des gouvernants européens pensait bien. Et il a obtenu les résultats qu'ils ont obtenus

Une réflexion sur une ancienne mission me ramène à cette idée. Je vois maintenant que son PDG voulait "diviser pour régner". Il craignait la concurrence. En particulier, il avait coupé en deux une unité dont le charisme de l'ancien patron lui avait fait de l'ombre. Résultat : luttes fratricides, et comptes dans le rouge. Nouveau PDG. Entreprise méconnaissable. 

Au fond, l'entreprise vit avec les yeux braqués sur son dirigeant. Elle calque son comportement sur le sien. 

Voilà pourquoi on a raison de changer l'entraîneur de l'équipe qui perd ? 

samedi 30 août 2014

Pragmatisme, systémique et changement

En lisant Le pragmatisme de William James (billet précédent) j'ai compris à quel point le pragmatisme est consubstantiel à ce que j'appelais la systémique. Plus exactement à l'application de la systémique à la psychologie. 

J'ai découvert ces travaux par l'intermédiaire de Bateson, qui était à l'origine de l'école de Palo Alto, l'origine de cette école de psychologie. Et Bateson était un homme de systémique. D'où mon erreur.

L'apport du pragmatisme, essentiel, est celui de "réalité" (ou de "vérité"). Nous créons notre réalité. Nous donnons un sens au flux des événements qui nous entoure. Sans cela nous ne pourrions pas vivre. Cette capacité d'interprétation n'est pas totalement libre. Elle doit obéir à des règles. Elle doit s'inscrire dans la réalité collective, au moins. Mais il nous demeure une latitude d'ajustement. Ce qui nous permet de choisir (inconsciemment) des options qui ne sont pas toujours bonnes pour notre santé. Nos maladies psychologiques viennent d'une construction pathologique de la réalité.

Le rôle du psychologue est alors de nous aider à trouver une autre option qui restaure notre équilibre. C'est le "changement". Je me demande d'ailleurs si la "méthode" que le pragmatisme dit être n'a pas pour objet la réalisation de ce changement. C'est le moyen de nous aider à construire une réalité "saine". 

Les vrais travaux sur le changement ?
Ce qui me renvoie à mon métier. Je comprends maintenant que tout mon travail a toujours consisté à amener une organisation à voir la réalité d'une nouvelle façon. Et que ce travail ne peut pas réussir si, moi-même, je ne transforme pas ma propre interprétation de sa réalité. C'est aussi ce que l'anthropologue Eric Minnaert dit de son travail. 

Toute la question de la mise en oeuvre du changement, que je croyais essentielle, est secondaire. Une fois que la perspective a changé, la mise en oeuvre du changement est évidente. En fait, c'est plus subtil que ça. C'est cette technique de mise en oeuvre qui, parce qu'elle est rassurante, débloque la remise en cause qui va produire la nouvelle réalité. 

Depuis des années, j'essaie de me raccrocher à une science du changement. Pour cela, je cherche des travaux qui pourraient en être les précurseurs. Mais, à chaque fois, y compris avec Kurt Lewin, les études que je trouve ne portent pas sur "le" changement, c'est à dire le processus que suit tout changement social, mais sur "un" changement, une transformation à faire subir à la société (ou à l'entreprise). Kurt Lewin, par exemple veut faire entrer la démocratie dans l'entreprise. Ce qui est un rien totalitaire. 

Cette fois, je crois avoir découvert ce que je cherchais. Dire que je considérais ces travaux avec condescendance. Ils me semblaient trop "évidents", trop proches de mon expérience. Surtout, ils manquaient d'ambition. Ne parlaient-ils pas de couples alors que mon métier est le changement d'entreprise ? 

Le pragmatisme de William James

JAMES, William, Le pragmatisme, Flammarion, 2007.

La grande idée du pragmatisme, c’est que la vérité est un outil. Elle doit nous emmener dans des aventures enrichissantes. C’est un ensemble de concepts cohérents les uns avec les autres, que nous mettons au point en fonction de nos besoins. « Il n’y a pas de vérité objective pure. »

Le pragmatisme se définit comme une méthode de construction de la vérité. C’est, me semble-t-il, la méthode qu’utilise la science.

C’est une vision qui accepte toutes les autres pensées, dans la mesure où elles peuvent être utiles, et n’entrent en contradiction avec rien de ce qui a démontré son intérêt. Car il y a un peu de latitude dans la vérité. La vérité est construite par l'homme, c'est « un moyen d’échapper à la confusion dans laquelle le plonge le flux irrémédiable de la sensation ». La vérité est ce qui nous permet de vivre. En cela elle doit non seulement nous faire réussir dans le monde, mais, aussi, nous apporter un confort psychologique sans lequel il n’y a pas de vie pleine. Ainsi, les « esprits délicats », qui trouvent laide la réalité et ont soif d’absolu, se font rationalistes ou religieux. Les « esprits endurcis », quant à eux, sont des empiristes : la vérité telle qu’ils la voient leur convient.

Pour le pragmatiste, les conséquences sont la seule chose qui compte. Il définit toute notion par ses conséquences. Pour lui, l’essence ne pouvant pas être connue n’a aucun sens. Il n’existe pas d’idées absolues, de vérités absolues que l’esprit seul pourrait voir.

En fait, le pragmatisme n’est pas qu’une méthode. C’est une philosophie de l’action. Il hait la métaphysique qui ne débouche sur rien, sinon la paralysie. Quant à la religion, il semble lui dire : « à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire ». Le pragmatisme est « mélioriste ». C’est la philosophie d’un homme, conscient de sa faiblesse et de son imperfection, qui caresse le rêve insensé de réaliser, par ses moyens, collectifs, propres, à force de travail, l’idéal de la religion. « Monde dont la perfection (est) soumise à la condition que chacun de ses agents doit « faire de son mieux »  (…) projet social fondé sur un authentique travail de coopération ». Et cela, sans religion, donc, et sans être certain qu’il existe un paradis. Et sur terre. Et sans avoir la prétention de tout sauver, car tout en nous n'est probablement pas bon. Et il peut y avoir de la casse. 

Une utopie ?, me suis-je demandé. Pas certain. « Le monde est totalement malléable, il attend que nous lui apportions, de nos mains, les dernières touches. » Nous créons, au moins en partie, la réalité, et il ne tient qu’à nous de trouver un agencement de celle-ci qui réalise l’optimum humain ? Un optimum d'une action qui se nourrirait d'elle-même ? 

vendredi 29 août 2014

Sauver l’entreprise française ?

Synthèse de mes idées du moment. Je vois apparaître deux questions principales concernant le changement (urgent) que doit connaître l’entreprise. Elles sont liées :
  • Contrôle de gestion
  • Mobilisation du potentiel de l’entreprise. Mots clés : compétences, management intermédiaire.
Contrôle de gestion
L’entreprise est gestionnaire. Elle augmente ses marges par réduction de coûts. Actuellement, elle maintient son cours de bourse par rachat d’actions. Elle ne crée plus. Elle ne sait plus se développer. Ou, lorsqu’elle s’engage dans le développement, c’est un acte de foi. Le saut dans le vide sans parachute. Plus exactement, d’une main elle s’engage dans une action alors que de l’autre, elle s’en retire les moyens (gestion).

Ce qu’il faut : contrôle de gestion. Mettre en relation ressources et stratégie, et procéder à une optimisation qui maximise les chances de succès tout en minimisant les risques d’échec, et les coûts nécessaires.

Mobilisation du potentiel de l’entreprise
L’entreprise a des compétences uniques, donc différenciatrices, qu’elle n’exploite pas. Ces ressources sont « au bas de la pyramide », chez ses employés.

Pour le mobiliser, il faut l’analyser et en tirer les conséquences qui s’imposent, c'est-à-dire une stratégie. Il faut alors la mettre en œuvre. Pour cela, il faut mettre en mouvement le management intermédiaire qui a les clés de la réussite, en termes de mise en œuvre.

Changement de paradigme
Tout ceci demande un changement de la façon dont le dirigeant se voit. Le dirigeant ne doit plus se considérer comme l’homme dont la parole donne vie à une humanité d’argile. Il doit être le catalyseur de la transformation d’une équipe de champions.

Une citation que je dois à Jean-Jacques Auffret (de Peter Drucker) :
La relation entre un manager et un employé ressemble davantage à celle qui existe entre un chef d'orchestre et un intrumentiste qu'au schéma traditionnel supérieur/subordonné. Le supérieur ne sait pas, en règle générale, effectuer le travail de son supposé subordonné, pas plus que le chef d'orchestre ne saurait jouer du tuba. En retour, le subordonné dépend de son supérieur pour qu'il lui donne des directives, définisse la "partition" pour l'ensemble de l'organisation, c'est à dire les standards et les valeurs, la performance et les résultats. Et exactement comme un orchestre peut saboter le travail du plus capable des chefs - et certainement même du plus autocratique d'entre eux - une équipe peut saboter même le plus doué, pour ne rien dire du plus autocratique, des supérieurs... les employés doivent être managés comme s'ils étaient des volontaires.

Qu'est-ce qui fait réussir un changement ?

L’expérience de trois décennies de changement me laisse penser qu’un changement n’a qu’un seul facteur clé de succès : la motivation de son leader. Tant qu’il est « in quiet » (en deux mots), le changement avance. Quand il ne l’est plus, il s’arrête. Les universitaires parlent de « feeling of urgency ».

(Remarque. Ma contribution porte sur l’efficience du changement, j'apporte des outils, une expérience… qui permettent de le faciliter, mais mon rôle n'est pas de le provoquer.)

Par ailleurs, c’est cette « in quiétude » qui fait que son équipe trouve le leader crédible ou non. 2 raisons pour cela : elle le rend « prévisible » et prouve sa motivation pour l’intérêt commun.

Cela a au moins deux conséquences  :
  • Un leader doit concevoir le changement qu'il veut mener en fonction d'une préoccupation à long terme. 
  • Pour des sujets importants mais de plus faible « in quiétude » pour lui, il doit trouver des relais « d’in quiétude », c’est-à-dire relier le projet à des questions qui préoccupent les membres de son équipe. (D’où l’importance d’identifier des sous-projets à fort enjeu.) Le rôle du leader change. Il doit alors « maîtriser » le changement qu’il a lancé. Henri Bouquin disait « organiser l’autonomie ».
Ce qui laisse en suspens une question : qui est le leader ? Eh bien, celui qui veut changer l'organisation. Le travail est facilité si l'on a un pouvoir officiel, mais ce n'est pas une condition nécessaire. 

jeudi 28 août 2014

Les entreprises ne forment plus leurs employés

On entend beaucoup dire que les entreprises ne trouvent plus d'employés suffisamment qualifiés. L'Education nationale ne ferait plus son travail. Il se pourrait, au moins aux USA, que cela vienne de ce qu'elles ne font plus, elles-mêmes, leur travail. Tout employé a besoin d'un minimum de formation complémentaire pour occuper un emploi. Jadis l'entreprise le lui fournissait. Ce n'est plus le cas. (Article de Business Week.)

Ne serait-il pas temps que l'entreprise redécouvre les vertus de l'investissement ? (Après avoir connu la folie de la réduction de coûts.)

La machine va-t-elle remplacer l'homme ?

Quand la machine remplacera-t-elle l'homme ? Il semble une évidence que la machine ne peut qu'être supérieure à l'homme. Marche du progrès. Encore une stupidité :
  • L'homme ne coûte rien. Il se développe tout seul. Il consomme peu, et se nourrit de ce qu'il trouve. 
  • Surtout, la force de l'homme, c'est la société. Il crée un tout, le groupe humain, qui est quelque chose d'autre que ses membres. Une sorte de "sur être", qui leur permet de réussir des choses inconcevables par chacun d'entre eux. 
Pourquoi en arrivons-nous à de telles âneries ? Parce qu'on cherche à nous faire croire que la société n'existe pas, qu'il n'y a que des individus.