samedi 5 septembre 2015

Le virus chasse en équipe

Ce qui ferait la force de certains virus, c'est qu'ils seraient de l'ARN. L'ARN contrairement à l'ADN n'a qu'un brin, pas deux. Du coup sa duplication conduit facilement à des erreurs. Ce qui ferait sa force. L'explication est subtile. En effet, la reproduction du virus produit un grand nombre de variantes. Ces variantes ont une sorte de jeu d'équipe : la bonne variante passe les défenses immunitaires, pour les autres. Ce qui permet au virus d'aller d'un tissu à un autre et d'une espèce à une autre. Mais, pour cela, il faut qu'il y ait une équipe de la "bonne" taille. S'il n'y a pas assez de variantes, le virus se trouve coincé dans certains tissus, s'il y en a trop, les variantes utiles ne sont pas assez nombreuses pour être efficaces. 

Les ressorts de la crise : trop d'argent

Nous sommes promis à une succession de crises. Il y a trop d'argent. A chaque fois qu'une zone géographique semble se relever, l'argent vient s'y placer ce qui crée une bulle spéculative, fait augmenter sa devise et la rend non compétitive. Voilà ce que dit Paul Krugman

Il me semble qu'il aurait pu aussi dire que cette spéculation a pour effet de détruire l'économie. En effet elle apporte un avantage momentané à des projets qui n'ont rien de durable, mais qui, du fait du dit avantage, sont fatals à l'existant. 

C'est un étrange phénomène. Car c'est une forme d'inflation que l'on ne sait pas traiter et qui ne concerne qu'une partie de la population. La politique monétaire actuelle paraît alimenter directement ces bulles spéculatives. On préfère les gonfler, faute de savoir gérer leur éclatement. 

vendredi 4 septembre 2015

SNCF et la bataille du bus

La bataille du rail ridiculisée par celle du bus ?

M.Macron conduit le changement. Le bus attaque le train. La SNCF semble avoir décidé que la meilleure défense était l'offensive. Elle va mettre des bus partout. Mais elle n'est pas la seule. Les monstres du transport vont utiliser les grands moyens. Stratégie : "mettre beaucoup de bus sur les routes rapidement pour capter la demande". Transdev, Flixbus (allemand), Megabus (anglais). Comme lors de la libéralisation des télécoms, cela va-t-il faire des victimes ? Sans compter que les routes du covoiturage sont visées. Des start up pourraient elles boire un bouillon ? Certains trajets ferroviaires vont-ils être liquidés ? Le contribuable va-t-il devoir renflouer la SNCF ? Quid des embouteillages ? De la pollution ?...

Étrange que cette idée ait été lancée au moment où la France organise la COP21 ? On devait avoir besoin de bus pour transporter ses participants...

Vive les urgences !

Quelques observations tirées de ma rencontre récente avec les services médicaux français, et en particulier leurs urgences.

L’exception française
La première chose qui m’a frappée est que la médecine n’est qu’exceptions. J’ai découvert la pharmacie de garde « exceptionnellement fermée », les urgences de Cochin (à qui j'avais été envoyé par les urgences de l'Hôtel Dieu) « exceptionnellement fermées » pour cause de pont du 13 juillet. Voilà qui est extrêmement désagréable, quand on est inquiet pour son sort.

Orientation patient
Et les urgences. Première loi des urgences : les urgences, c’est là où l’on attend. Seconde loi : faire confiance, aveuglément. Ceci est probablement une loi culturelle propre à la France. Les gens y font leur travail. Ils ont une conscience professionnelle. Mais les états d’âme du client ou de l’usager ne comptent pas. Ce n’est que du détail.
Par ailleurs, tout ce qui ne s’exprime pas n’existe pas. De l’intérêt de l’éducation littéraire, qui permet de mettre des mots sur ses sentiments. Et du handicap d’être un ingénieur. Cependant, tout ce qui n’est pas mesurable n’existe pas non plus. La médecine n’est que mesures. Lorsque l’on sort des chiffres on rencontre le regard vide du médecin. J’en ai tiré la conclusion que si ce que j’exprimais n’était pas connu, c’est qu’il devait se dissiper avec le temps… Ou que je représentais un cas économiquement non rentable. Exception française.
Aux urgences, il y a deux types de personnels. D’une part le personnel administratif. D’autre part les médecins. Il faut franchir les premiers pour arriver aux seconds. Les premiers ont leurs lois, qui varient d’un établissement à un autre. Par exemple, l’Hôtel Dieu a ses étiquettes, que n’a pas Cochin, alors que tous les deux semblent frères. Du moins dans le domaine de l’ophtalmologie. Le patient doit deviner ces règles. Ce qui est d’autant plus compliqué que s’il est aux urgences, c’est qu’il est dans un triste état. Mais, au moins cela a du bon. Cela lui montre, après coup, qu’il a des ressources qu’il ignore. Et si « ce qui ne tue pas renforce » devenait le principe de la médecine française ?
Je soupçonne que cet état de fait rend le patient agressif. Ce qui produit un cercle vicieux. Le personnel administratif tend à se replier, à éviter le contact… ce qui rend encore plus agressif le souffrant, qui estime que l’on ne s’occupe pas de lui.
Lorsque l’on arrive au corps médical, tout change. Il ne ménage pas ses moyens, et son temps. Et cela vient en partie de ce qu’il est composé d’internes qui doivent se faire la main, et qui, en outre, ne sont pas très sûrs de leur diagnostic. On y passe beaucoup de temps, mais la qualité des soins semble sans commune mesure avec celle d’un médecin de ville, qui est « aux pièces ».

Connais-toi toi-même
La systémique dirait que le patient et le médecin forment un système. C'est-à-dire que le médecin est habitué à un certain type de comportement du patient. Si l’on n’a pas ce comportement approprié, on est susceptible de ne pas être bien soigné. Je me souviens avoir lu quelque part un article qui disait qu’un commerçant honnête serait ruiné par le fisc. Eh bien, avec la médecine, c’est un peu pareil.
Un ami, qui suivait mes aventures par SMS, m’a dit « qu’il fallait en rajouter ». Effectivement, je commence à comprendre que je ne réagis pas comme tout le monde et que ça me nuit. Tout d’abord, je suis touché que l’on s’occupe de moi. Et surtout que ceux qui s’occupent de moi soient aussi compétents et utilisent le meilleur de la technologie et de la science. Ensuite, je me réjouis dès qu’il y a du mieux. Du coup on pense que je suis soigné, alors que ce n’est pas le cas. Le comportement qu’il faut avoir en France est : la santé est un dû, et je proteste dès que j’ai un pet de travers. Je constate toutefois que ce comportement n’a pas que des avantages. J’ai l’impression qu’il y a beaucoup de malades de surmédication.

En tout cas, vive les urgences ! Je suis infiniment reconnaissant que la société vienne à mon secours dans les moments difficiles. 

jeudi 3 septembre 2015

Uber : l'entrepreneuriat est un combat...

Cela chaufferait-il pour Uber ? Hier matin, trois alertes du Financial Times le concernaient :
  • Judge gives go-ahead to Uber lawsuit "Case to determine if 160,000 California drivers should be treated as employees" 
  • Uber in taxi war of attrition with Didi "Battle to gain market share in China hits plateau" 
  • Mumbai taxi drivers strike over Uber incursion "Thousands demand a total ban on the app and other ride-hailing services"
L'entrepreneuriat comme guerre ? Ce qui est peut-être encore plus surprenant est qu'Uber est plein de l'argent de fonds d'investissement. J'imagine que, maintenant, dans un business plan de levée de fonds, il doit y avoir une ligne "procès".

Londres de Paul Morand

Le guide du routard, à une époque où le routard était du meilleur monde. Paul Morand, qui fut diplomate, écrit sur Londres, ville où il a beaucoup séjourné. Et ce à deux moments de son histoire : début des années 30 et trente ans après.

Cela parle donc des curiosités de Londres. Paul Morand adore celui des années 30. Pourtant, il y fait nuit et brouillard dès les premières heures du matin, et la Tamise est un cloaque. Mais Londres a su garder une tradition quasi millénaire. Et l’Anglais est un délicieux amateur. (Il embrasse le progrès quand ce sont les autres qui en subissent les conséquences ?) Quant aux pauvres on n’en parle pas. Sinon pour dire que l’indemnisation du chômage en a fait des tirs-au-flanc. Pourtant, les cadavres des suicidés encombrent la Tamise. Autre curiosité qui enchante notre diplomate. Quant au Londres des années 60, il est plus lumineux, plus démocratique, mais il a perdu en grande partie son âme. Le style de Paul Morand, lui aussi, s’est relâché. 

(Morand, Paul, Londres, Folio, 2012.)

mercredi 2 septembre 2015

L'écriture victime du Bic ?

Et si c'était le stylo bille qui avait tué l'écriture, et pas l'ordinateur ? C'est ce que dit un article américain (de The Atlantic). On a essayé d'utiliser le stylo bille comme un stylo plume, mais ni la position des mains, ni le type de lettres n'était adapté. Du coup, cela a produit des lettres d'imprimerie. 

Je me demande s'il n'y a pas aussi une composante culturelle dans ce changement. En effet, nous, Français, utilisons des stylos billes mais notre écriture demeure cursive. Bien que, probablement, on n'écrive pas de la même façon que jadis. 

(Par ailleurs, on apprend que la conquête du stylo bille, a demandé 3 innovations : 0) la bille (mais pas décisive) ; 1) une encre épaisse, qui ne fuit pas ; 2) une réduction massive de coût : le stylo Bic.)

Qu'est-ce que la sérendipité ?

Mon dernier livre est le fruit de la sérendipité. (Son histoire.) Voici ce qu'en dit Henri Kaufman, qui a beaucoup écrit sur le sujet :

La sérendipité, c’est le hasard heureux. A l’origine du terme, un conte. Les trois fils du prince de Serendip, ancien nom de Ceylan et du Sri Lanka, partent sur les routes dans un voyage initiatique. Horace Walpole, au 18ème siècle, tire de ce conte le mot « serendipity ». Mais, en France, les hasards ne seront pas qu’heureux pour lui. En effet, en 2002, le film Serendipity arrive chez nous sous le titre « Un amour à New York »…

(La traduction du conte dont vient « sérendipité » se trouve dans KAUFMAN, Henri, Carnets de Sérendipité - Trouvez ce que vous ne cherchez pas!, Kawa, 2011. On peut aussi consulter : KAUFMAN, Henri, Tout savoir sur... La sérendipité - Le nouveau style de vie sur Internet... et ailleurs, Kawa, 2012. Il a même écrit pour les enfants : Demuynck, Corinne, KAUFMAN, Henri, Les Aventures de Mister Serendipity, éditions Paja, 2013 !)

mardi 1 septembre 2015

Alcatel ou le nécessaire changement du dirigeant français ?

Et si j'avais eu raison ? J'ai soupçonné que le dirigeant d'Alcatel avait vendu la société faute de savoir comment la redresser. Aujourd'hui, il en part. L'affaire révèle, au passage, un effet pervers des stock options. Une vente d'entreprise conduit mécaniquement à une augmentation radicale du prix de l'action. Le dirigeant, rémunéré en actions, a tout à gagner à vendre sa société. C'est aussi l'intérêt des actionnaires. Est-ce celui de l'entreprise ? Et, plus largement, de la société ? 

Cette histoire soulève surtout la question de notre modèle français d'administration des grandes entreprises. Le dirigeant d'Alcatel appartenait au corps des télécommunications. C'est un corps de hauts fonctionnaires auquel on a, principalement, accès à la sortie de polytechnique. Toutes nos grandes entreprises sont dirigées par de tels hauts fonctionnaires. Cela nous vient de l'après guerre, et aurait été conçu sous Vichy. En ces temps, l'Etat planifiait l'évolution de la France, et le haut fonctionnaire mettait en oeuvre ce plan. C'était un exécutant. Un des objectifs de l'époque était le plein emploi. La planification a disparu, pas le haut fonctionnaire. Curieusement, comme on le reproche aujourd'hui au dirigeant d'Alcatel, il semble avoir changé de façon de faire : il n'assure plus le plein emploi, mais il licencie. Il pense que l'entrepreneuriat consiste à réduire des coûts. 

Comment ce modèle peut-il changer ? Faut-il brûler le haut fonctionnaire en place publique ? Mais lui trouverait-on un remplaçant ? Partout notre système privilégie le manager, l'exécutant, par rapport au leader, celui qui, par définition, sait réussir le changement. La transformation de notre modèle national ne semble, donc, pas pouvoir se faire par miracle. Par remplacement de quelques brebis galeuses. Surtout, pour bien diriger une entreprise il faut de l'expérience. Seuls les hauts fonctionnaires ont pu l'acquérir. 
La sélection naturelle semble notre dernier espoir. De hauts fonctionnaires peuvent se révéler des leaders, et réussir. Leur exemple sera imité. Plus vraisemblablement, le démantèlement de nos grandes entreprises pourrait laisser la place à des PME emmenées par de vrais patrons. En espérant que les dîtes grandes entreprises ne partent pas avec le savoir-faire qui permet de créer les petites... 

Comment les livres s'écrivent-ils ?

Vous croyez qu'un livre porte un message ? Qu'il est le résultat d'une longue réflexion, voire d'un projet machiavélique ? Faux. Un livre, c'est le hasard. Le comment et pas le pourquoi. Au mieux, l'inconscient est aux commandes. C'est un exemple de comment procède le changement. On pense que l'on doit faire quelque chose, mais on ne sait pas pourquoi. Voici, pour autant que je m'en souvienne, comment mon dernier livre est sorti de terre. 

Premier épisode. Appel d'Hervé Kabla. Une fois de plus, il est à l'origine d'un bouleversement de ma vie. Il a lu mes articles du JDN, il se demande si je ne voudrais pas écrire pour sa collection. Je ne sais pas dire non. Il se trouve que j'ai un livre en chantier. Un recueil de cas. Prise de contact avec Henri Kaufman, directeur de collection. On se rencontre, on sympathise. Mais, entre-temps, j'ai décidé de ne pas publier mon livre. Je veux pouvoir utiliser son contenu pour mes cours. Henri est déçu. Je lui promets, lâchement, de l'appeler lorsque j'aurai une autre idée. 

Mais cette rencontre m'influence. Depuis quelques temps, je réalise des interviews en vidéo, et je ne suis pas satisfait du résultat. La vidéo est un art à inventer. Or, Henri publie, chaque semaine, une "vidéo du succès". 7 questions en 7 minutes. C'est amusant à regarder, et pourtant instructif. Pourquoi ne ferais-je pas pareil me dis-je ? En y réfléchissant, je me rends compte que depuis longtemps mes formations au changement sont en dix points, justement. Les dix commandements ?

Autre hasard, il se trouve qu'un client m'a demandé une intervention originale. Comme souvent il me fait venir pour animer son séminaire de management annuel. Il pensait faire appel à un philosophe. Car cet événement est une occasion, d'ordinaire, de sortir l'organisation de ses préoccupations. Mais, cette fois, il aimerait bien, aussi, aborder le changement qui stresse l'entreprise. Si possible pour en éliminer les déchets toxiques. Alors, j'ai l'idée de faire un cours de systémique, avant d'arriver à ses conséquences pratiques, et à la façon de bien déployer un ERP, le nom du changement en cours... 

Ce n'est pas fini. Depuis que j'écris, je répète que le changement n'est pas une question de règles à suivre, mais d'erreurs à éviter. Or, il se trouve que c'est aussi l'idée de Nassim Taleb, l'auteur de Black Swan et d'Antifragile. Or, en creusant mes dix chapitres, je découvre qu'à l'origine de ces dix questions, il y a des interprétations fautives de dix concepts essentiels ! Étrangement, faire le contraire de ce que l'on pense donne des conseils hyper puissants pour bien faire. 

Je tire de tout cela une présentation en 4 transparents. Je la teste sur une association d'experts du lean. Ils sont médusés. Il se trouve aussi qu'alors je travaille avec la Fondation Condorcet de Francis Mer. Francis Mer vient de publier une note sur l'état du monde. J'ai l'idée d'en faire un "indignez-vous". J'en parle à Henri Kaufman. Mais, je ne peux pas lui présenter ce seul projet. Alors je lui propose de transformer mes transparents en un livre. Il est enthousiasmé ! Et me voilà devoir écrire un livre pour septembre (on est en avril). Où vais-je trouver le temps nécessaire ? 

Mais j'abandonne la Fondation Condorcet et Indignez-vous, et je tombe malade. Deux mois d'inactivité combinés à une surdité partielle, c'est idéal pour écrire. Ce qui pourrait bien avoir empiré le mal. Je rédige donc. Mais, comme je suis fatigué, et un peu groggy, les chapitres sont courts, et j'élimine une dernière partie d'application, lourdement didactique, comme j'en ai le secret. Résultat : un livre léger et qui s'adresse beaucoup moins à l'entreprise qu'à vous et moi, et aux problèmes qui nous pourrissent la vie. C'est peut-être un changement. Jusque-là mon style était anglo-saxon. Serait-il devenu français ? Je l'espère.