mercredi 17 janvier 2018

Libéralisme

Vendredi soir on s'étripait sur la question du "libéralisme", chez France Culture. Je n'ai pas eu le temps d'entendre la définition de libéralisme. Mais j'ai cru comprendre que c'était une question de "principes" et que la France était illibérale, et qu'il fallait prendre modèle sur l'Angleterre.

En Angleterre, les classes supérieures et inférieures ne semblent pas se comprendre. Elles n'ont pas accès à la même culture. Peut-on parler de libéralisme si tout le monde n'a pas l'équipement culturel qui lui permet de participer au débat politique qui est la démocratie ? A moins que le paradoxe se résolve en disant que libéralisme = respecter certains principes ? Comme l'Angleterre les respecte, elle est libérale ?

(Donner cet équipement intellectuel commun est le projet français depuis la Révolution.)

Moral licensing

Les psychologues ont un nom pour tout. "Moral licensing", c'est l'autorisation implicite que se donne celui qui fait le bien à transgresser ses principes. Apparemment des études scientifiques auraient montré ce phénomène à l'oeuvre chez les écologistes.

Je me demande si on le retrouve pas chez Mme de Sévigné. Elle vient d'écouter un beau prêche édifiant, et elle regarde d'un oeil indifférent le massacre, dans des conditions atroces, d'une révolte de miséreux bretons. (Et toutes ces affaires de harcèlement sexuel dans les milieux de gauche ?) Le "moral licensing" me concerne, d'ailleurs. Le régime alimentaire que m'inflige la Faculté me semblant excessif, je m'autorise un nombre d'entorses qui l'est peut-être aussi.

Les principes absolus aboliraient-ils le sens des responsabilités ? Et cela parce qu'ils nous font tellement souffrir qu'ils nous poussent à chercher des compensations ?

mardi 16 janvier 2018

Sympathie

M.Macron n'est pas sympathique. C'est rare pour un homme politique. Le charisme est un atout décisif dans cette profession. M.Macron est un manoeuvrier. J'observe, autour de moi, que ceux qui ont voté pour lui ont fait preuve des mêmes caractéristiques. Ils ne l'ont pas élu "par défaut", comme on le dit parfois, mais pour sa capacité à changer le pays, d'une manière acceptable, mais pas idéale.

M.Macron sait probablement qu'il ne lui sera rien pardonné. Il sait aussi qu'il sera jugé sur ses résultats. Saine situation ?

Bien s'entourer

Le premier ministre Edouard Philippe est allé rencontrer les élus concernés par notre Dame des Landes. Qu'un premier ministre s'informe ainsi avant de prendre une décision me semble nouveau.

Il y a peu on disait que, à quelques exceptions près, le gouvernement était fait d'inconnus. Cela a toujours été le cas. Mais, cette fois, j'ai l'impression que les inconnus sont des gens compétents, qui travaillent. Ils ne prendront pas forcément de bonnes décisions, mais, au moins, ils jugeront en leur âme et conscience. Et ils sortiront de l'anonymat ?

M.Macron a su s'entourer. Ce qui est une qualité.

lundi 15 janvier 2018

Complot

Un nombre surprenant de Français croit à la "théorie du complot". France Culture le déplorait. Mais, en même temps, cette radio s'inquiète des scandales sanitaires qui se succèdent. Nous cacherait-on quelque-chose ?

J'entendais, au sujet du voyage de M.Macron en Chine, que l'Europe s'était faite tondre comme un mouton par ce pays. Voilà un propos qui aurait été impensable il y a seulement un an. De même la radioactivité de Tchernobyl s'était arrêtée aux frontières de la France. Et le "consensus de Washington" ? Quelques Américains puissants se mettent d'accord pour réformer le monde. Il en résulte une série de crises effroyables, notamment en Asie et en Russie. Elles ont dû démolir la vie de centaines de millions de personnes. Dans ces conditions, pourquoi ne pas penser que les USA soient aussi derrière les malheurs du Moyen Orient ? D'ailleurs, Ben Laden n'a-t-il pas commencé comme un agent américain ?...

Nos gouvernants cultivent le secret. Ils ne reconnaissent jamais leurs fautes. Ils font preuve d'un complexe de supériorité surprenant, et d'un mépris sans limites pour ceux qu'ils gouvernent. Voilà une hypothèse vraisemblable que l'on peut faire. Maintenant, qui est le plus ridicule ? Celui qui croit au complot ? Ou celui qui ne comprend pas pourquoi on croit au complot ?

Romantisme et raison

Le Romantisme rejette la raison. Comme la systémique, Gödel et les neurosciences, il juge que la raison ne fonctionne pas. Ou plutôt que ce qui est réellement important pour l'homme est au delà de la raison. C'est l'idée, aussi, de Kierkegaard et des existentialistes, et de la religion. Comment faire sans la raison ? Passer par l'intuition, l'inspiration. D'où l'importance de l'art pour ces gens. (Camus se disait un "artiste", ce qui m'a toujours surpris : ne l'est pas qui veut.)

La pensée allemande a été romantique, et l'on a vu où cela nous a menés. On n'échappe pas aussi facilement à la raison, et à ses erreurs ?

Pour ma part, je pense que le rôle de l'intuition est indéniable. Eureka, dit Archimède. Toute création commence par un éclair de génie, que l'on serait bien en mal d'expliquer, sinon qu'il lui faut des circonstances favorables (souvent, comme pour Archimède, une vie de labeur). La théorie de la complexité parle "d'émergence". Mais le phénomène est trop rare pour qu'on en fasse un usage quotidien. En conséquence, l'intuition peut fournir un objectif à notre vie. Mais, pour se diriger vers lui, il faut utiliser notre outil imparfait : la raison. Pour cela, il faut essayer de comprendre les défauts de celle-ci, et comment s'en protéger, comme le disait un précédent billet.

dimanche 14 janvier 2018

Samuel Fuller

La France a censuré Samuel Fuller. C'est ce que disait une émission de France Culture. On était dans les années 50 et un de ses films avait choisi pour méchants des communistes. On ne pouvait pas dire cela en France, alors que 30% de la population votait communiste. Curieusement, le film venait de recevoir un prix en Italie, pays bien plus communiste que le nôtre.

La censure est-elle un trait culturel français ? Une question qui mériterait une étude.

(Le film est "Le port de la drogue", en français, car il ne parle pas de drogue en anglais... Article Inrock, où l'on voit que la caractéristique de Fuller était, aussi, de se faire censurer...)

Qualité de l'éducation

Comment les Anglo-saxons parviennent-ils à conserver la qualité de leur éducation supérieure ? Cela vient, je soupçonne, d'un paradoxe systémique. Ils le font par la sélection. Une sélection purement aléatoire, qui porte sur la naissance plus que sur le talent. (Il y a aussi de la discrimination positive. Mais elle ne fait de tort qu'aux classes moyennes, et pas à l'élite. Et n'apporte pas grand chose aux prolétaires, qui, de toute manière, ne possèdent pas les codes sociaux de la réussite.) De cette sélection sortent des enseignants de bon niveau et bien payés. Ce sont eux qui font la qualité du système.

En France, la massification de l'enseignement supérieur produit des élèves médiocres, donc des enseignants médiocres. Cercle vicieux. En fait, tout commence à la maternelle, les premiers apprentissages étant décisifs. Là aussi le système d'apartheid anglo-saxon est plus efficace que notre démocratie approximative. Comment renverser le cercle vicieux ? Deux idées, pour gagner en productivité, sans changer les principes de notre modèle :
  • Un rôle accru de la famille, pour l'apprentissage initial. (Nb. une part importante de la population a un niveau de formation supérieur à celui des enseignants du primaire.)
  • Pour l'enseignement supérieur, apprendre à l'élève à apprendre, et lui fournir les moyens (MOOC, etc.) de se cultiver. 
Tout cela permettrait aux enseignants de se concentrer sur ceux qui ont le plus besoin d'aide. Au début, il y aurait probablement des inégalités criantes, mais elles se résorberaient au fur et à mesure que la connaissance se répand.

samedi 13 janvier 2018

Clémenceau

Clémenceau était fameux pour ne rien laisser passer. Quand il était interpellé, à la chambre, il reprenait un à un tous les arguments de ses adversaires. Il était aussi fameux pour ses duels. Apparemment, son art du discours ne lui suffisait pas toujours pour convaincre.

Pour qu'une société fonctionne correctement, il faut discuter de tout, sans quoi des raisonnements fautifs peuvent s'amplifier en mouvements de foule dévastateurs. Mais comment y parvenir sans en arriver aux mains, comme Clémenceau ? Si l'on savait répondre à cette question, le gouvernement n'aurait pas à écrire de lois sur les "fake news".

(Le lieutenant Colombo, ou Edgar Schein et son "humble inquiry" ont peut-être une partie de la solution. Mais il n'est pas simple de les imiter.)

(Clémenceau de référence.)

Imprévisibilité

Les hommes sont tous les mêmes et tous différents. Je l'ai noté au sujet des étudiants. Il changent en bloc, par génération. Mais, au sein d'une génération, chaque groupe a un comportement spécifique. Ce qui est d'ailleurs injuste : si vous appartenez à un groupe de "bons élèves" vous aurez une forte probabilité d'être bon élève. Et inversement. En revanche, quand on cherche à creuser, on constate que chaque étudiant est extrêmement différent des autres.

Or, ce n'est pas ce à quoi l'on s'attend. "Je te connais comme si je t'avais fait", me disait ma mère. Grave illusion, qui fait commettre les plus regrettables erreurs. Chaque homme est un étranger. Et c'est peut-être la seule bonne façon de l'aborder. En revanche, les structuralistes, qui soutenaient cette thèse, ont peut-être loupé quelque-chose. Certes l'homme n'est pas déterminé par son histoire, mais connaître cette histoire facilite grandement la découverte de son identité.

(Il en est de même de tout. Par exemple, la physique classique ou la chimie la plus élémentaire sont aussi imprévisibles. C'est pour cela que l'on a besoin d'ingénieurs : ils doivent faire des mises au point, en fonction de ce qu'ils observent, et qui ne correspond pas à ce qu'avaient prévu les scientifiques.)