vendredi 10 avril 2020

Et si la re localisation n'était pas que ce que l'on croit ?

On parle de re localisation. On a découvert que nous étions excessivement dépendants de pays étrangers ? Il se joue beaucoup plus : un renversement de valeurs.

Derrière la délocalisation il y a un principe : l'obsession du coût. Moins cher, toujours moins cher. Tout n'était qu'un prix. L'entreprise n'était qu'un prix.

Brutalement, cette logique bascule. Et si une entreprise, c'était un citoyen ? Un citoyen dont nous ne pouvons pas nous passer ? Disponibilité. S'il fabriquait des masques, il peut nous en donner. Mais, il est inventif, surtout, il peut en fabriquer alors qu'il n'en fabriquait pas ! Et s'il peut inventer le masque, il peut aussi inventer de quoi remplacer les secteurs qui n'auront pas survécu à l'épidémie. Il est créatif et il a accumulé, au cours des ans un énorme savoir-faire. D'ailleurs, son talent peut aussi transformer un tissu économique et produire quelque-chose qu'aucune entreprise ne pouvait créer seule. Et il y a le développement durable, les droits de l'homme... il s'en préoccupe peut-être mieux que des sociétés qui sont loin de nous...

(Paradoxe. Et si, avec cette nouvelle définition de l'entreprise (nouvelle, vraiment ?), l'entreprise française était, finalement, compétitive ?)

Les ressorts de la servitude

La Boétie parle de "servitude volontaire". Nos malheurs viennent de nous mêmes. Si nous n'obéissions pas, rien ne serait possible. Curieux problème. Pourquoi de telles situations se produisent-elles ?

Dans son Contrat social, Rousseau écrit que l'homme se donne des lois, et y obéit, pour se protéger de ses semblables. Ce que décrit La Boétie est peut-être un contrat social qui tourne mal. Ce qui, au fond, peut arriver assez facilement : il suffit que celui du dessus utilise l'autorité de celui qui est encore plus haut pour profiter de celui qui est en dessous. Sans se rendre compte qu'il a tout à y perdre. Le vice serait donc l'individualisme. Peut-être aussi le fait que l'on ne pense pas.

Il est tentant de penser que la situation peut changer si elle suit le modèle : "je me révolte donc nous sommes". La révolte, selon Camus, est d'une part "éveil", prise de conscience de la situation. Puis découverte que la solution à nos problèmes individuels n'est pas individuelle, mais collective, l'intérêt général de Rousseau. Et qu'il est possible de faire changer la situation de l'intérieur, puisqu'elle dépend de nous, selon l'idée de La Boétie.

Mais, au lieu de révolte, on peut avoir une révolution, nihilisme, destruction complète, dit Camus.

Mystérieux.

jeudi 9 avril 2020

Avez-vous le style confiné ?

Une nouvelle mode ? Le style "confiné" ? Revendiquer l'état dans lequel nous met le confinement ? Eliminer les conventions sociales, d'aspect en particulier, qui ne sont que contraintes gratuites ? Le jeunisme, notamment ? Remise en cohérence de nos valeurs, avec nos intérêts, et pas avec ceux du marché ? Le confinement contre "l'aliénation" ?

Le jeu de la vérité

Ce qu'il y a de fascinant dans les mots, c'est qu'ils ont plusieurs sens, et que ces sens multiples sont un moyen de manipulation. Car, quand quelqu'un entend quelque-chose par un mot, quelqu'un d'autre entend autre chose, alors qu'ils croient se comprendre. Un exemple, qui a eu du succès ces derniers temps, est la question de la "vérité".

Une première idée est que l'idéal existe, et que nous devons y parvenir. C'est la "vérité" au sens de "vérité révélée" des religions et des Lumières. Cette définition de la vérité conduit au totalitarisme et au nihilisme.

Mais, comme le notait Aristote, son contraire est aussi un totalitarisme. Exemple ? Le post modernisme qui affirme qu'il n'existe pas de vérité (d'où contradiction : affirmer, c'est croire que quelque-chose est vrai). On attribue l'idée à Gramsci, mais elle est probablement dans l'air du temps. Il existe des systèmes tels que le communisme et le capitalisme, disait Gramsci. Aucun des deux n'est susceptible de s'autodétruire, contrairement à ce que croyait Marx. Par conséquent, choisir l'un ou l'autre est une question de manipulation des esprits (ce que l'on appelle aujourd'hui "post vérité"). Dans ce cas, la "vérité" est remplacée par la notion de bien, elle aussi révélée : je me bats pour le communisme (ou le capitalisme) parce que je sais que c'est le bien. La seule explication possible à ce que l'on s'oppose à moi est "le mal". George Bush faisait du Gramsci sans le savoir. (Ou, plutôt, Gramsci ne savait pas qu'il rejoignait les thèses des fondamentalistes religieux.)

Tout cela est contredit par le fait que ces idées ne donnent pas les résultats escomptés. Il y a donc une "réalité", que ne peut pas influencer l'esprit humain. C'est une autre définition de "vérité". Mais le propre de cette "vérité" est que l'on ne peut pas en faire une définition parfaite et finie. Son essence est de nous réserver des surprises. La vérité est quelque-chose que l'on ne peut pas connaître !

Finalement, il existe une dernière définition de la vérité, qui, elle, est de notre ressort, mais s'oppose aussi aux deux premières : c'est la vérité de "dire la vérité". C'est pour elle que l'on s'est battu durant l'affaire Dreyfus.

mercredi 8 avril 2020

Anthropologie et coronavirus

Kurt Lewin disait que pour comprendre quelque-chose, il faut vouloir le changer. Le virus lui donne raison. Son attaque nous révèle ce que nous ne voyons pas.

Et pour commencer à quel point les idées qui ont eu cours ces cinquante dernières années étaient fausses. Elles reposaient sur une hypothèse : la réalité, ce sont nos idées qui la créent ! Une opinion partagée à la fois par les machos à poigne, du genre de Poutine et Trump, les économistes, la gauche qui "interdit d'interdire".

Que l'homme suive sa raison ! Or, que voit-on ? Les riches, dans un mouvement digne de la débâcle de 40, rejoignent en masse leurs maisons de campagne. "Surmortalité du 93"... Dans les magasins, les "distances de sécurité" ne sont pas respectées... Et pourtant, il y a des héros. La profession médicale, en premier lieu. Et pourtant qu'elle était malheureuse jusque-là !

Qu'est-ce que cela signifie ? Notre raison est pilotée par notre intérêt à court terme. Mais pas notre comportement, qui est celui du troupeau ! C'est ce que dit l'anthropologie depuis qu'elle est anthropologie ! Les groupes humains sont gouvernés par des "règles" implicites (collectivement appelées "culture").

Nous redécouvrons l'anthropologie ! La première des victimes des théories dites de la "liberté négative" (interdit d'interdire) a été la science. Scott Fitzgerald parlait de "décennie perdue", notre amnésie, elle, dure depuis 50 ans.

Soigner les maux de l'hôpital

L'hôpital est-il malade ? Une étude.

Apparemment, notre système de santé demeure très bon. Et l'hôpital ne manque pas d'argent... Alors ? Il est victime d'une désorganisation qui a plusieurs causes :
  • La médecine de ville, de moins en moins nombreuse, de plus en plus chère, et qui se "défausse sur l'hôpital", en particulier les urgences.
  • Les réformes de l'Etat. Elles voulaient "rationaliser" l'hôpital, elles ont eu l'effet inverse. 
  • Finalement la "bobologie". La population a recours à la médecine pour des riens. On n'a trouvé aucun moyen de l'éviter. 
Tous coupables ? Difficile changement ? 

Surmortalité ?

Le Monde a la curieuse idée d'analyser la surmortalité en France. Paradoxalement, en pleine épidémie, on pourrait s'attendre à un excès de décès par rapport aux années précédentes. (L'article.)

Certaines régions sont touchées, mais leur "surmortalité" est compensée par une sous-mortalité ailleurs. Ce qui semble vouloir dire que la vie non confinée a sa part de risques.

Le coronavirus inverserait-il les risques ?

(Risques de la vie : accidents de la route, AVC, autres maladies, qui ne se diffusent plus... ?)

mardi 7 avril 2020

Camus est grand

Jean Daniel racontait qu'il s'était brouillé avec Camus sur la question de "l'inéluctabilité" de la décolonisation de l'Algérie. Camus lui a répondu que "inéluctable" est un concept hégélien qui pose en principe que le cours de l'histoire est déterminé.

Et, effectivement, ce qui est arrivé à l'Algérie n'était pas "inéluctable". Jean Daniel explique que, contrairement à ce qu'il a fait avec la Tunisie, et le Maroc, de Gaulle a "bâclé" les négociations avec le FLN, parce qu'il n'avait aucune considération pour ses interlocuteurs. S'il en avait eu, le sort de l'Algérie aurait-il été différent ?

Et que se serait-il passé si nous avions fait comme les Anglais avec Hong Kong ?

(D'ailleurs, Hong Kong ne serait-il pas en train de résister au colonialisme chinois ?)

Notre avenir : heureux Pygmées ?

Avec le coronavirus, l'humanité a découvert que ce qu'elle croyait un acquis ne l'est pas.

En bouleversant l'équilibre des écosystème, notre développement a pour conséquence des mutations de virus, qui, en passant de l'animal à l'homme, produisent des épidémies mondiales. Qu'est-ce que cela signifie ?

Il peut y avoir des épidémies tueuses, de type Ebola (le taux de survie serait de 10%, d'après ce que j'ai lu), ou des épidémies à long terme, comme pourrait l'être l'actuelle, si l'on en croit un article que j'ai cité. Cela signifie une capacité d'intervention rapide pour le premier cas, et, dans le second, d'évoluer vers une "société du confinement", en aidant ceux qui ont tout à y perdre (industrie des événements et autres SDF) à y trouver une place.

Plus curieusement, il se pourrait que l'on entre dans une nouvelle ère. Pendant longtemps, du vent aux éruptions volcaniques, tout semblait un mystère à l'homme. Et si notre développement nous avait fait déclencher une instabilité nouvelle ? Dans un précédent billet il était question de percolation que produit une "hyper connexion", mais on peut aussi imaginer que l'humanité a suffisamment bouleversé le vivant pour que des phénomènes insoupçonnés se manifestent.

Comme les Pygmées dans la forêt vierge, pour qui tout est danger, nos sens doivent être aux aguets ? Une bonne nouvelle ? Quand, il avait une forêt vierge, le Pygmée était heureux.

Pensée pour Boris

Lorsque, hier soir, j'ai reçu des alertes annonçant que Boris Johnson entrait en soins intensifs, cela m'a touché. J'ai craint pour sa vie.

Réaction paradoxale ? Y a-t-il réellement un risque ? Etre un peu sérieusement malade, n'est-ce pas une forme de justice immanente : il n'avait pas pris l'épidémie au sérieux ? N'est-il pas puni par là où il a pêché ?

Ou égoïsme ? Qu'il soit dans une situation grave montre que l'infection est encore plus dangereuse qu'on ne le pense ? Nous sommes tous des Boris Johnson ?