jeudi 2 octobre 2014

Illégitime élite ?

J’écoute France Culture, et j’entends des gens qui se congratulent de leur succès. Après tout n’occupent-ils pas les postes de ceux qui ont fait notre histoire ?

Cependant, posséder le pouvoir ne signifie pas être admirable. Et si notre élite devait sa place à ses capacités d’entrisme ? Non aux bénéfices qu’elle a apportés à la société ?

Et ce que j'entends à France culture n'est-ce pas renversement de cette logique ? Pour conserver son pouvoir, notre élite ne cherche-t-elle pas à nous convaincre qu’elle doit sa position à son talent ?

(D’ailleurs, qu’est-ce qu’une « élite » ? En Allemagne, c’était les SS, en URSS, le KGB… Par ailleurs, le procédé est anglais.)

mercredi 1 octobre 2014

Condorcet et l'éducation

Condorcet me semble exprimer le projet que la France d'avant 68 a eu pour l'Education nationale :
Pour lui les seuls obstacles au bonheur de l'homme s'appellent préjugés, intolérance, superstition. Il suffit donc d'instruire le peuple et de développer la raison de chacun pour mettre un terme au malheur public. (Elisabeth et Robert Badinter, Condorcet, Le livre de poche, 1988.)

Pratique du changement et culture

Dans un précédent billet, je contrastais les cultures américaine et française du changement. En pratique les choses sont différentes.

Je disais qu’en France, le changement est une question de théories, qui ne marchent pas. Résultat : on n’a pas de techniques de conduite du changement. En fait, il faut tout de même changer. Alors, le changement est fait par les petits, sans moyens, en douce. On bricole. C’est le système D.

Je disais aussi qu’aux USA, on est pragmatique. Mais il n’en est rien dans les faits. Parce que les grands veulent piquer leur argent aux petits. Par conséquent, ils n’ont aucun intérêt à recourir à leur intellect, ce serait reconnaître leur utilité. En conséquence, ils construisent des bureaucraties, dans lesquels les salariés sont des exécutants. Et pour cela, ils se fondent sur des utopies. On en revient au modèle français. 

mardi 30 septembre 2014

Centrale se répand

Curieuse stratégie de l’école Centrale de Paris. Elle se répand partout dans le monde : Chine, Inde, Maroc. D’après le commentaire d’un élève, elle ferait mieux de s’occuper de ce qui se passe en France. Autre commentaire : Saclay, où s’implante Centrale Paris, est le désert de la dépression.

Centrale serait détentrice d’un modèle original, l’ingénieur généraliste. Elle essaierait de l’implanter partout dans le monde.

Pour le peu que j’en sais, cela était vrai à sa création, mais l’école a été incapable de renouveler le dit modèle. Peut-être retrouvera-t-elle son âme en allant à l’étranger ? (Au moins, souhaitons-lui de ne pas accumuler de dettes…)

Changement et raison

Le changement demande-t-il fatalement la crise ? La raison ne peut-elle qu’être victime de la banalité du mal ? (suite)

Non. Il existe un contre-exemple que l’on cite toujours. Celui de la couche d’ozone. On est à la fois parvenu à identifier le problème et à convaincre la société de faire ce qu’il fallait pour y remédier.

Ce qui ressemble à ce que dit Elinor Ostrom, et ce que je vois dans mon travail. On peut convaincre une population de changer avant une crise. Pour cela, il faut une modélisation convaincante ; il faut travailler avec les leaders d’opinion ; il ne faut pas qu’il y ait de perdants. 

Notre problème du moment : trouver cette modélisation convaincante ?

lundi 29 septembre 2014

Erreurs et changement

Le changement est mon métier. Mais, dans ma vie personnelle, je le mène plutôt mal. Je m'en rends compte à la réflexion. 

Voici deux erreurs que j’ai commises, à plusieurs reprises.
  • J’ai critiqué l’existant, sans me demander ce que serait l’alternative.
  • Je n’ai pas consacré suffisamment de temps à faire basculer les choses. J'ai cru que je n'étais pas payé pour ça. Je n’avais pas compris que le plus important dans une vie est gratuit, et social. 
Je pense que nous commettons tous la même erreur. L'erreur est humaine, persévérer...

Changements universitaires

Aurais-je trouvé les raisons des changements que j’observe chez mes étudiants ? (Troisième article sur le sujet.)

Henri Bouquin, qui dirigeait l’unité dans laquelle j'enseigne, abordait le contrôle de gestion comme une science. Une science que l’on pourrait peut-être appeler le « contrôle des organisations ». Comment les organisations font-elles pour mener à mener à bien leur mission ? Ses livres synthétisaient toutes les sciences qui avaient trait au sujet : modélisations de type systémique, sciences humaines, sciences du management. Il avait tout lu et tout compris. Il s’était entouré d’une remarquable brochette d’universitaires de sa trempe, par exemple Michel Fiol (d’HEC) et Raymond Danziger (son prédécesseur), et d’intervenants extérieurs qui, tout en étant des dirigeants, partageaient sa perspective scientifique. Ils poursuivaient une sorte de quête de la vérité. De ce fait, ils publiaient peu. Ils considéraient d'ailleurs les stars de l’université américaines comme des faiseurs. D’où le profil des élèves, et leur intelligence élégante, qui m’a tant frappé : ils étaient faits à leur image. 

Mais les Amerloques ont eu le dernier mot ! Aujourd’hui, nous avons une sorte de génération Sarko. Des jeunes gens ayant avant tout une grosse énergie, et peu embarrassés par les bonnes manières. Il n’est plus question de science, mais de réussite. Et pour cela, la fin justifie les moyens. Ils recrutent des intervenants extérieurs, sur leur modèle, qui sont flattés de pouvoir se dire enseignants à Dauphine.

Il demeure cependant une énigme. Pourquoi l’université ancienne, avec sa concentration de grosses têtes, était-elle rentable, alors que la nouvelle, qui n’en compte plus aucune, ne l’est pas ? (à suivre)

dimanche 28 septembre 2014

Monde de pauvres

M.Obama est de retour au Moyen-Orient. Il pense utiliser son armée pour y conduire le changement. La Hongrie prend modèle sur la Russie, la Chine et la Turquie. Ce qui n’empêche pas l’Europe de l’abreuver de ses fonds. Europe qui devrait s’agrandir aux pays des Balkans, ne serait-ce que pour leur éviter de sombrer dans l’anarchie. (Ils auraient l’appui de l’Allemagne et de la nouvelle responsable des affaires étrangères.) L’Allemagne se rendrait compte que la cause de sa prospérité ne serait pas celles qu’elle croyait. Et que persévérer pourrait lui être fatal. « Les Allemands ont déduit de ce conte trois illusions (…) La premières que l’Allemagne restera forte simplement en continuant sur la même voie. La seconde est qu’elle n’a pas vraiment besoin de la zone euro. La troisième est que ses partenaires de la zone euro veulent lui prendre son argent, et que les contribuables allemands sont les vraies victimes de la tentative de sauvetage de l’euro. » M.Sarkozy revient. Mais il divise plus qu’il n’unit. Il est plus un problème qu’une solution. Scénario somalien pour l’Ukraine ? La zone indépendantiste deviendrait un pays de pirates. Le Royaume Uni essaie de se reconstruire après la tentative de sécession de l’Ecosse. Il s’agit de donner plus de liberté à ses composants. Devant les obstacles à toute évolution, il va falloir bricoler. Aux USA, la croissance et la baisse du chômage se traduisent par un appauvrissement d’une grande partie de la population. Rejet des politiciens en place. En Amérique latine la droite revient au pouvoir, mais elle devra composer avec une population qui s’est habituée à la démocratie et la justice. Les réformes indiennes sont un juste nécessaire qui ne restaurera pas une croissance forte. En attendant, avec l’aide puissante des USA, l’Inde a envoyé un satellite faire le tour de Mars. Coup de pub. La Chine construit des canaux pour amener l’eau du nord au sud. Ce qui ne résoudra rien. Tout cela pour ne pas vouloir augmenter le prix de l’eau qu’elle gaspille.

Succession chez Samsung. Enchevêtrement compliqué de participations, qui va devoir être restructuré. Surtout, la partie électronique, qui fut un gros succès est sauvagement attaquée. Elle va devoir se réinventer, si elle ne veut pas subir le sort de Nokia. Larry Ellison change de titre, chez Oracle. L’évolution de la technologie, cloud et open source, placerait l’entreprise devant un problème de prix. « Comment maintenir ses prix pour ses anciens clients, mais être concurrentiel sur le marché des nouvelles applications ? » Les grandes surfaces sont attaquées par les discounters, Lidl et Aldi. C’est, en grande partie, un résultat de l’appauvrissement de la population occidentale.

C’est le physique, d’animal dominant, qui fait le patron (au moins aux USA). Les banques ne faisant pas grand-chose pour rassurer le régulateur sur leur sens des responsabilités, il empile les règles qui visent à les encadrer.

Les caractéristiques d’un pays sont liées à sa taille et à sa composition. Il est fortement redistributeur et fournisseur de services publics si sa population est homogène. Trop de disparités le rendent fragiles. Et les frontières sont nuisibles au commerce. Mieux vaux une fédération que des pays indépendants.

Francis Fukuyama découvre qu’un Etat compétent « peut produire nombre des vertus de la modernité sans les bénéfices de la démocratie ou du libre échange ». 

La chasse au pain

En bon corrézien, j’aimerais trouver des tourtes de pain. Au moins un pain vaguement campagnard qui me serve de petit déjeuner pendant trois jours. Mais ma chasse est vaine, ou presque. Je trouve des choses approchantes, mais par hasard. La boutique ne les fabrique par régulièrement. Alors, je lui suis infidèle. Ce qui n’est pas dans ma nature.

Ce qui m’a rappelé une histoire que j’ai entendue dans une mission de conseil. C’était celle qui me permettait d’identifier les vendeurs de journaux champions. Leur force était de fidéliser les gens qui entraient chez eux en leur rendant service. Et ils le faisaient en tirant partie d’une petite bizarrerie comme la mienne. La différence entre un ordinaire et un bon commerçant allait, en termes de chiffre d’affaires, de +20% à x5… Comme quoi, les petits pains… 

samedi 27 septembre 2014

Comment faire dire du bien de soi ?

Une journaliste me pose la question : comment faire dire du bien de soi ? 

J'en suis arrivé à la curieuse conclusion que pour que l'on dise du bien de nous, il ne fallait pas le demander ! 

En fait, je dis beaucoup de bien de beaucoup de gens, et je suis très convaincant quand je m'enthousiasme pour quelqu'un. Qu'est-ce qui me plaît ? C'est un talent unique. Mais c'est un petit talent, un talent quotidien. Et c'est cela qui fait sa force, et qui épate : il permet de résoudre des problèmes de tous les jours (apparemment) insolubles. Et j'en parle en racontant les histoires de ces petits miracles. Et ce sont elles qui séduisent mes interlocuteurs. 

Qui a ce type de talent ? Tout le monde. Mais à condition qu'il ait suivi ses passions avec une sorte d'intransigeance, et qu'il ne se soit pas laissé aller à la copie, qu'il n'ait pas cherché à se conformer aux modes sociales. Donc, plutôt les petits que les grands de ce monde. C'est du moins ce qu'il me semble.