samedi 4 juillet 2015

Postmodernisme et débat de société

Postmodernisme. J'ai commencé à le regarder de près il y a quelques temps. J'ai déduit de mes lectures que c'était une pensée d'égoïstes jouisseurs qui faisaient le jeu du marché, et des possédants, inconsciemment ou non. D'ailleurs, sa haine des Lumières, mouvement de libération de l'homme, ne le rendait-il pas complice de la féodalité ?

Or, Les nouveaux bien pensants disent autre chose : le souffle qui a porté l'Occident et le monde depuis les Lumières s'est épuisé ; l'individualisme, la raison et le progrès ont fait leur temps ; nous devons inventer autre chose. C'est ce que, poussivement, ce blog a fini par penser. Plus curieux : Les nouveaux bien pensants semble en revenir à l'idée de "volonté générale", grande idée des Lumières...

Voilà qui explique un débat que je n'avais pas compris. Manuel Valls parle de laïcité, uniformité. On lui rétorque communauté, et burqa comme choix de la femme. Tout devient clair si l'on a lu Les nouveaux bien pensants. Manuel Valls refuse le changement, il a le réflexe qu'il reproche aux autres, le fondamentalisme. A lui s'oppose le postmoderniste qui estime que ce que le peuple fait est l'expression de sa volonté.

Je ne suis d'accord avec personne. Ce n'est pas parce que nous faisons quelque-chose que nous sommes heureux de le faire. Je peux m'adapter à une société de voleurs, mais je ne serai pas heureux d'y vivre. C'est ce que Durkheim a appelé "pathologie sociale". Comme il l'écrit, il ne faut pas laisser les choses en l'état, mais aider l'humanité à améliorer, radicalement, son sort. 

(Mon prochain billet traite la question du communautarisme.)

Les nouveaux bien pensants

Un livre, deux auteurs. 

L'un se présente comme le dernier des grands intellectuels français. Tout ce qui s'autoproclame "élite" n'est que bien pensance, dit-il. A savoir, politiques, hauts fonctionnaires, et surtout intellectuels officiels : Attali, Onfray, BHL, Minc, Bourdieu... Une seule exception : la tornade Sarkozy. Son mouvement brownien, c'est l'esprit du temps. Malheureusement, il est entré dans le rang. Cette partie du livre est pauvre en démonstrations et riche en invectives. Lecture désagréable. Mais qui m'a révélé le sens d'un affrontement que j'avais entraperçu sans comprendre son origine. 

L'élite refuse le changement
Nous avons changé d'ère. Hier c'était le "modernisme". Son origine était les Lumières. Individualisme, raison et progrès. D'où notre société actuelle. C'est fini. Nous sommes "post modernes". Nous devons redécouvrir l'émotion. Mais, surtout, l'inconscient collectif. C'est le peuple et son intuition qui, en quelque sorte, "comprennent", pas l'élite. Le rôle de l'élite est d'exprimer ce que ressent le peuple. Or notre élite refuse ce changement. Elle plaque sur la société les valeurs "modernes". En particulier, des normes. Exemple : le "communautarisme". Le peuple désire vivre en communauté, en "tribu", alors que l'Etat veut lui imposer la laïcité républicaine. Plus surprenant : la mariage pour tous. C'est vouloir faire entrer dans la norme ce qui ne peut pas y être, la passion. 

Changer l'Etat
Le second auteur, énarque, analyse le "fonctionnaire haut". Les énarques, la "tribu des tribus". Passage, bienvenu, de la polémique à l'observation. De la théorie à la pratique. "Tous les fondements de l'Etat moderne se sont effondrés." Le communautarisme, "l'auto organisation", a vaincu. Et il n'est pas que bon : "chacune de ces communautés (...) construit son identité au travers de l'opposition à d'autres (ce qui) réveille les pires corporatismes, les égoïsmes, les racismes". L'Etat réagit en plaidant "pour un retour au primat de l'Etat et à l'universalité de la loi". En pure perte. Car il est devenu d'une complexité telle que "l'impuissance devient la règle". Du coup, l'arbitraire y règne. On est irresponsable, mais on peut être coupable d'un crime que l'on n'a pas commis (par exemple lorsqu'une manifestation fait du tort à un puissant). Monde de courtisans. Bref, le haut fonctionnaire n'est peut-être pas heureux. Et ce d'autant plus qu'il réalise qu'aucune réforme ne réussit. Et qu'il n'a peut être pas que l'ambition comme conscience. Son dernier espoir, c'est la "société civile". L'Etat croit que la société va savoir faire ce dont il est incapable, s'il lui en donne l'autorisation. Alors il réunit les représentants des corporatismes. Ce qui provoque des affrontements stériles. Mais tout n'est pas perdu, pense l'auteur. Le haut fonctionnaire pourrait faire de sa faiblesse une force. Il pourrait être un intermédiaire facilitateur des transformations de la société. Il l'aiderait "au jour le jour, pas à pas" à résoudre les problèmes qu'elle rencontre. Et ce en constituant des groupes de gens compétents et en cherchant à ce qu'ils atteignent un consensus.

(MAFFESOLI, Michel, STROHL, Hélène, Les nouveaux bien pensants, Le poche du moment, 2015.)

vendredi 3 juillet 2015

Bénin

PithHelmetTruman.jpg
Accessoire présidentiel ?
« 
PithHelmetTruman » par Harry S. Truman National Historic Site museum staff,[1] part of the National Park Service[2] — http://www.cr.nps.gov/museum/exhibits/hstr/image/obj/pithhelmet_exb_HSTR22230.html. Sous licence Domaine public via Wikimedia Commons.

Bravo Béninois, vous démontrez qu'un pays africain peut tenir des élections démocratiques, disait M.Hollande, ce matin, à la radio. Je me suis demandé si la France accepterait qu'on lui fasse la leçon. Et qu'on la considère comme une retardée mentale. Bien sûr, M.Hollande ne parlait probablement pas au Bénin. Il s'adressait à son électorat. Il lui montrait qu'il avait le courage d'aborder des sujets délicats. Et qu'il allait bientôt discuter droits de la femme avec les Saoudiens, et peine de mort avec les Américains. Mais, comme me le disait un ami qui passe sa vie en Afrique, on peut tout de même se demander si l'esprit colonial n'est pas un trait quasi génétique de nos élites. 

Des saisons au bord de la mer

Une vie en deux moments qui l'ont marquée. Enfance du personnage principal, "il", et enfance de sa fille. Renversement de rôles. Mais aussi va et vient entre passé et présent. Entre ce qu'il fut et ce qu'il est devenu.

Peut être des moments d'insouciance dont on se rend compte, après coup, qu'ils furent moments d'incommunicabilité. Que l'on est passé à côté de quelque-chose d'important, que l'on n'a pas compris. Ou qui était incompréhensible ?

Rencontre avec l'absurde ? Et si c'était l'interrogation, sans solution, que provoquent ces instants qui faisait le sens de la vie ? Qui maintenait notre esprit en fonctionnement ? Car, au fond, "il" n'est pas mécontent de sa vie. 

Du moins, c'est mon interprétation de ce livre court de François Maspero. 

jeudi 2 juillet 2015

Pourquoi le monde ne change-t-il pas ?

Quand j'ai publié mon premier livre, j'ai crû que ce serait le dernier. Cela n'a pas été le cas. Pourquoi ? Poursuite, par d'autres voies, du billet précédent. 

J'ai rencontré un phénomène paradoxal. D’un côté des encouragements d’universitaires, importants, de l’autre une impossibilité à me faire entendre par le reste de la population. (Sauf exceptions.) Alors, j'ai cherché à être convaincant. Ce qui m'a amené à faire une plongée dans les sciences. J'en ai déduit deux choses :
  • En termes de changement, elles remontent à la nuit des temps. Dans certains domaines fondamentaux, la pensée primitive, animiste, est peut-être même plus pertinente que la nôtre !
  • Ma recherche était peine perdue. Car si on ne connaît pas ce qui vient de la nuit des temps, c'est qu'on ne le veut pas. Étrangement, si l'on parle autant de changement, c'est pour ne pas changer
Ce qui explique le dialogue de sourds entre le monde et moi. Je le modélise ainsi. 


L’esprit du temps
Ce que je dis
Changement
Une décision, l’idée juste (immédiat)
Un processus complexe (au sens "théorie de la complexité")
Qui doit changer
Les autres
Celui qui veut le changement (car son esprit est modelé par l’état actuel du monde, pas par celui qui résultera du changement, d'où cercle vicieux - phénomène Louis XVI)
Motivation du changement
« volonté de puissance » / plier l’autre et la nature à sa volonté
Créer une société « efficace » (intérêt général) et « juste » (intérêt particulier)

D'où enseignements et questions :
  • Il ne faut pas écrire pour le présent, il faut écrire pour l'avenir. (Autrement dit, il faut "changer" avant de parler de changement.)
  • Les techniques que j’ai utilisées avec succès fonctionnent-elles encore ? Réponse probable : dans des environnements dans lesquels je les ai appliquées, i.e. là où la confiance a été maintenue. Là où le changement (raté) n'a pas été incessant. 
  • Dans beaucoup d'endroits, la prédiction d'un monde / marché a été autoréalisatrice. En particulier dans la grande entreprise "donneuse d'ordre". L'individu n'y a plus de compétence (modèle de l'organisation machine) et vit l'existence comme un affrontement. Les techniques correspondant à cette situation sont les sciences du conflit. La recherche semble dire qu'il finit par mener à la coopération. (Cf. « tit for tat », « dent pour dent ». Répliquer le comportement de l’autre.) Donc, on en arrivera à revenir au point deux. Mais pas en partant de ses techniques. 

Dennis Meadows a raison ?

Une partie de ma vie est une sorte d'enquête sur le changement et ses techniques. Au cours des ans, j'ai beaucoup lu à son sujet et contacté pas mal de monde. Une personne m'a particulièrement marqué. Dennis Meadows. Il est un des rédacteurs du rapport du Club de Rome, « les limites à la croissance ». Il a bataillé toute sa vie pour convaincre le monde qu’il courrait à la catastrophe. Aujourd’hui, il est persuadé qu’il n’est plus possible de prévenir l’éclatement de notre bulle spéculative. Il travaille maintenant à la question de la résilience. Comment développer les capacités de l’espèce humaine à encaisser un choc destructeur, sans totalement perdre son âme ?

Il est tellement inquiétant que je ne l’ai pas pris au sérieux. Il m’a fallu trois ans pour me convaincre qu’il avait certainement raison. Car j’ai fini par comprendre que ce qui nous animait était ce que Nietzsche a appelé « la volonté de puissance ». C'est-à-dire le désir de plier l’autre et la nature à ses désirs. C’est aussi bien l’interdit d’interdire de gauche, que la déréglementation de droite. C’est l’antithèse des principes du changement.

C’est pourquoi mon prochain livre part de la perspective de l’individu. Il se demande comment se tirer d’affaires. Et, pour commencer, comment échapper à la manipulation de notre cerveau qui provoque l’échec du changement. Puis, comment construire sa résilience, pour affronter l’inconnu. Et, pour cela, il cherche dans le patrimoine de nos connaissances des techniques efficaces.  

mercredi 1 juillet 2015

Chantal Jouanno

Chantal Jouanno. (Inconnue jusque-là.) Entendue dans A voix nue, de France Culture. Ministre par hasard ? Parcours scolaire difficile. Mais illumination à l'université. Puis le hasard d'une rencontre lui fait préparer Science Po. D'où elle entre à l'ENA. Elle n'en fait qu'à sa tête. C'est l'expérience nouvelle plutôt que le conformisme qui la guide. Elle est repérée par le clan Sarkozy, qui en fait sa plume. Où l'on voit alors que la vie est facile pour certains. Elle demande la direction de l'Ademe, et on la lui donne. Puis secrétaire d'Etat à l'écologie. Mais là, elle refuse les reniements du président Sarkozy. Ministre des sports, équivalent d'un limogeage, puis entrée au Sénat, où elle se sent bien. Membre de l'UDI. 

Visiblement, ce n'est pas une politique pour deux sous. C'est quelqu'un de normal. (Pas au sens de F.Hollande.) Qu'elle soit allée aussi loin ressortit probablement à une erreur. L'aurait-on prise pour une cruche (comme toute femme) ? Et serions-nous mieux gouvernés si l'ENA était ouvert à des gens comme elle ?

Uber et la loi

Un commentaire me dit que je m'y perds dans les services d'Uber. Du coup, je suis allé me renseigner chez wikipedia. J'en ai tiré une curieuse impression. 

D'abord, on y apprend que la France est un des plus gros clients d'Uber. Uber l'aurait même prise comme terrain d'expérimentation. Cela doit-il nous rappeler, un secret qui fait horreur à l'Anglo-saxon qui ne veut rien nous devoir, que l'ultralibéralisme a été inventé en France ? (Par les économistes de Lumières.) Paradoxe français, aussi, car cela va avec la défense tonitruante de notre "exception culturelle". La vocifération grossière est-elle un paravent à l'ultralibéralisme ? 

Surtout, on voit une sorte de jeu du chat et de la souris entre l'Etat français et Uber (qui n'est pas nécessairement la souris). A chaque fois que l'Etat prend une décision, Uber la fait annuler par la justice. Inquiétant. Cela semble montrer que l'entreprise a trouvé une faille dans la démocratie : la justice. Ce qui explique peut-être, par ailleurs, l'importance des tribunaux arbitraux dans les négociations des traités transatlantiques. Et aussi l'organisation des USA, la justice, une justice d'experts, y ayant toujours le dernier mot ?

mardi 30 juin 2015

Raté grec ?

Crise grecque : pourquoi n'y a-t-il pas eu d'intermédiation ? Pourquoi a-t-on laissé les négociateurs s'affronter ? Le hasard fait que j'ai beaucoup joué les intermédiaires, entre dirigeants et employés, acquéreur et acquis..., sans le faire exprès... J'ai observé les phénomènes suivants :
  • Systématiquement, il y avait incompréhension. Et cette incompréhension conduisait à une prédiction auto réalisatrice destructrice. Curieusement, cette incompréhension était toujours extraordinairement banale et stupide. Exemple : l'entreprise était deux fois trop grosse du fait d'un terme, "plate-forme", dont personne ne savait ce qu'il signifiait. Mais que chaque unité essayait de construire, en concurrence avec les autres. Autre exemple : un dirigeant parlait de mesures d'économies, ses employés dépensaient à plein tube. D'ailleurs, quasiment nulle part, je n'ai rencontré d'entreprise connaissant la stratégie de son dirigeant. Cela m'a fourni longtemps un exercice amusant : je disais à mon client : voici ce que votre entreprise pense qu'est votre stratégie. Voilà ce qu'elle fait pour la mettre en oeuvre. Mine déconfite.
  • L'intermédiaire est un confident. On lui dit ce que l'on croit honteux. Le "déchet toxique". (Par exemple, je ne sais pas ce que je devrais savoir, où je suis incompétent, mais, vus mes énormes diplômes, je perdrais la face si j'occupais une autre place.) Là aussi, il s'agit d'une forme d'incompréhension. Souvent avec soi. Car nos erreurs sont humaines, alors que nous les croyons diaboliques. (Mais ça pourrait devenir de moins en moins vrai : la prédiction est auto réalisatrice, là aussi...)
  • L'intermédiaire est un catalyseur. J'ai appelé, dans mon livre 1, sa technique la "méthode navette". Il discute avec tous indépendamment. Il voit le dessous des cartes. Mais, surtout, il révèle à chacun que l'autre n'est pas tel qu'il le croit. Il est bien plus amical qu'on ne le pense. Ou, plus exactement, il a des intérêts qui sont complémentaires aux siens, pas antagonistes. Une fois que l'humeur n'est plus au conflit, il peut réunir les uns et les autres autour d'une table. Il leur propose une formulation rationnelle de leur problème collectif. Ils travaillent à sa résolution comme s'il ne s'agissait plus d'eux, mais d'un problème qui leur est extérieur. Le problème de la collectivité. 
Tout ceci ne semble-t-il pas bien correspondre à la crise grecque ? 

Le français en perte de subtilité ?

Le Masque et la Plume, de France Inter, m'a fait découvrir le zeugma. C'est une figure de style que semble désapprouver l'émission. Cela ressemble à une faute de logique. Il s'agit d'attacher à un terme deux compléments qui ne correspondent pas au même sens du dit terme. Par exemple, "il descendit du train et son adversaire".

Seulement, en regardant les exemples que donne wikipedia, je ne les trouve pas du tout maladroits. "Vêtu de probité candide et de lin blanc" (Victor Hugo, Booz endormi). Ce type de figure de style était courant jadis. En poursuivant l'article, je me rends compte qu'il existait un grand nombre de figures de style, anciennes. Elles transgressent la logique. Et ce pour la bonne raison que le sens est évident, et, mieux, qu'elles donnent un sens nouveau à la phrase.

Et si la logique était le degré 0 de l'intelligence ? Et si l'intelligence, c'était la liberté ? Celle de comprendre, et de jouer avec, les liens de complicité qui se créent spontanément entre les êtres humains ?