mercredi 1 avril 2015

Nos idées : made in USA ?

La massification de l'enseignement supérieur date de la guerre. Il vient des USA. Ce que je lis dans The Economist me surprend. Je pensais que c'était propre à la France. Prolongement de la pensée des Lumières et des idéaux de la 3ème République : pour libérer l'homme, il fallait qu'il apprenne à penser par lui-même. L'éducation était l'essentiel du projet républicain. C'est en lisant La crise de la culture d'Hannah Arendt que cette idée m'a frappé pour la première fois : le livre date de 1954 et pourtant il parle de méthodes d'enseignement que je croyais ultramodernes. 

Et si, depuis la guerre, la France n'était que le pantin des idées américaines ? Et si c'était ce que de Gaulle avait découvert en 68 : il croyait commander aux événements, alors que ceux-ci obéissaient à une logique étrangère ? (De Gaulle, idiot utile des USA ?) Et si les USA avaient vu juste, lorsqu'ils ont cru à la "fin de l'histoire" ? Après avoir défait la culture de la vieille Europe, c'était au tour de celle du bloc communiste d'absorber la leur ?

Seulement, partout, cette culture rencontre une forme de résistance. Peut-être plus d'ailleurs du peuple que des élites, globalisées. Mais ce que montre The Economist, à longueur d'articles, c'est que lorsque l'on accepte une partie du système, il s'installe intégralement. "Les forces du marché" vous contraignent à adopter un modèle uniforme. Alors comment faire évoluer un système, sans le détruire ? 

mardi 31 mars 2015

Une vie d'entrepreneur

On me demande mon avis sur l'entrepreneur. J'ai observé beaucoup d'entrepreneurs. Échantillon significatif ? Voici, en tout cas, ce qui m'a marqué. 

L'entrepreneur est un marginal. Il ne peut pas supporter la contrainte d'un emploi salarié. Et il tolère mal les lois sociales. Mais, pour préserver sa liberté, il est prêt à subir les pires privations. Il est même increvable. Voilà pourquoi, contrairement à ce que l'on croit, il y a énormément d'entrepreneurs pauvres. En fait, je me demande si cette soif de liberté ne prend pas un chemin détourné. L'entrepreneur croit à sa bonne étoile. A tout instant, il poursuit un projet. Et c'est ce projet qui fait qu'il est aveugle au péril qu'il traverse. Il est sûr qu'il va réussir. Il ne compte pas. Il n'y a que le manager professionnel qui sache compter. 

L'entrepreneur n'est pas rationnel. Il a peut-être un projet, mais il le mène par le chemin des écoliers. Apparemment, en se faisant tenter par tout ce qui passe à proximité. En fait, il ressemble à un joueur de go ou à un artiste. Il perçoit ce que nous ne voyons pas. C'est le phénomène que l'intelligence artificielle de ma jeunesse appelait, faute de pouvoir le comprendre : "pattern recognition". Il crée un monde. J'ai noté que ses clients, souvent, n'en sont pas. Ce sont des amis. Ils forment un réseau dans lequel on se rend service. Et ça finit par faire des affaires. Il y a très longtemps, par exemple, j'ai fait des études sur les processus d'achat dans le BTP. Eh bien les entreprises du BTP ont un tout petit nombre de fournisseurs, qu'elles conservent depuis des décennies. Et elles sont relativement insensibles au prix. Mais pas au coup de Jarnac. 

La grande réussite est un déchirement pour l'entrepreneur. Il doit se réinventer avec son entreprise, au fur et à mesure qu'elle croit. Un peu comme un conducteur qui doit adapter ses réflexes aux caractéristiques de voitures de plus en plus puissantes. Est-ce parce qu'il a créé une entreprise pour échapper aux lois sociales, et que celles-ci reviennent ainsi par un chemin détourné ? C'est souvent au dessus de ses forces. Du coup son entreprise reste petite. 

"Every entrepreneur's like a setting sun." L'entrepreneur est généralement incapable d'organiser sa succession. Comment renoncer au monde qu'il a créé ? Le bateau sombre avec le capitaine ! Ne serait-ce que, parce que s'il choisit un successeur, c'est pour son incapacité à réussir. Car, il ne veut pas que l'on touche à son oeuvre. Car le seul moyen de la sauver est de la transformer. Et voilà pourquoi : 
L'entreprise française a été construite autour de son fondateur, elle en est un prolongement. Or, il est exceptionnel. En particulier c'est souvent un commercial hors pair. Mais on ne le sait pas. Probablement parce que sa passion de son métier le rend irrésistiblement convaincant. Pour prendre sa suite, il faut :
  • quelqu'un qui ait une nature d'entrepreneur, ce qui est inversement proportionnel aux diplômes qu'il possède ; 
  • l'aider à acquérir ce qui lui manque pour réussir, c'est parfois une question de compagnonnage par un DG professionnel extérieur ; 
  • que l'entrepreneur successeur réinvente, à partir des atouts de l'entreprise, un nouveau projet entrepreneurial. Ce n'est que comme cela qu'il compensera les pertes irréparables que provoque le départ du fondateur.
Le faux entrepreneur. Vous êtes surpris ? Nous n'avons pas la même définition d'entrepreneur. Depuis la bulle Internet, et même Bill Gates, l'entrepreneur est un gosse de riche diplômé de ce qu'il y a de mieux (Harvard, Normale Sup...). Son talent ? Lever des fonds auprès d'un camarade. D'un coup d’œil, ils se comprennent. Ils savent tous les deux que la dernière mode va transformer le monde, et qu'ils sont les seuls à l'avoir compris. Voilà comment l'on devient très riche. 

De la volonté de puissance au pragmatisme

Qu'est-ce qui fait qu'un changement échoue ? "Volonté de puissance". Celui qui le mène veut plier le monde à sa volonté. Qu'est-ce qui fait qu'un changement réussit ? "Pragmatisme". Le pragmatisme, c'est penser qu'il n'y a pas de lutte entre l'homme et le monde. Et ce parce que l'homme est un constituant du monde. On ne se bat pas contre soi ! Ce monde est dangereux, si on n'en respecte pas les règles, toujours changeantes, mais plein de potentiel, sinon. Il est complexe, mais pas absurde. 

J'ai regardé les erreurs courantes en conduite du changement. Je me suis demandé comment les éviter. Et lorsque j'ai voulu résumer tout ceci, j'ai trouvé mon premier paragraphe. 

Quoi de neuf ?, direz-vous. C'est aussi vieux que le monde ! Le problème n'est pas là. C'est : comment faire ? Chaque génération, doit s'adapter à une situation qui n'est pas celle qu'a connue la génération précédente. Voilà pourquoi le mieux pour apprendre le changement est l'exemple des autres !

Premier exemple : l'attitude à adopter - en quelque sorte celle du judoka.
Second exemple : une démarche et une méthode pragmatiques.

Et un livre de cas, tirés d'interviews, à télécharger : le changement ça s'apprend par l'exemple

lundi 30 mars 2015

L'égalité contre l'injustice ?

Celui qui décide n'est pas celui qui subit. Source des maux de notre société. C'est une idée qui revient souvent dans Thinking in systems. Le lobby influence le politique, qui déclare la guerre, le général ordonne, le soldat meurt. D'où tentation ? "Volonté de puissance" de mon précédent billet ? Volonté de tirer les ficelles sans subir les conséquences de ses actes ? Mais aussi la perception de l'homme comme un sous-homme, dont la vie ne compte pas ? Ce qui permet de se mettre en règle avec sa conscience ?

L'opposé de ce principe ? "L'égalité de puissance", selon l'expression de Rousseau. Elle tend à produire une société solidaire. Le général fait tuer le soldat, mais il en garde mauvaise conscience. Et les Grecs élisaient leurs généraux. (Et la seule arme égalitaire est nucléaire : avec elle, il n'est pas question de jouer au surhomme ?)

Considérations propres à l'Occident et à l'individualisme ? D'autres sociétés me semblent ressembler à une ruche. Il y a division des tâches, chacun à son rôle. Il n'exploite pas les autres. Dans la nôtre, la spécialisation n'est pas héritée, mais acquise. L'homme est égal au sens où il participe à la gestion du "bien commun", cité, nation ou monde. Comme le dit Hayek, notre société a la particularité de se recomposer en permanence. (Cependant, la recomposition n'est pas instantanée comme chez Hayek.)

Dépression et pilotage

La radio parle beaucoup de ce kamikaze allemand et de sa dépression. J'entends aussi dire, par des experts unanimes, qu'une dépression n'empêche pas de piloter. 

Le discours des experts me surprend. Il se trouve que, dans ce cas, l'homme avait un congé de maladie. Ce qui semble signifier qu'un médecin a jugé qu'il n'était pas à même de faire son travail. Pourquoi serait-il bien de piloter un avion en état de dépression, et pas bien de le faire quand on a 40 de fièvre ? 

Il se trouve que j'ai rencontré des gens ayant une dépression chronique. C'est impressionnant. Ils se replient sur eux. Ils pensent ne plus pouvoir rien faire. Il est certain que je ne leur laisserais pas conduire une voiture. Non parce qu'ils sont suicidaires. Mais parce qu'ils n'ont pas des réflexes normaux. Et, le pire, à mon avis, sont les médicaments qu'ils prennent. Car ils ont certainement un impact sur le comportement humain. Dans ce domaine, on soigne le mal par le mal. C'est à dire par la chimie. (Et on ne guérit rien.)

Ce qui m'étonne le plus est de comparer le mécanisme de sélection des pilotes, extrêmement rigoureux (et qui ne me semble pas être totalement corrélé à la réalité de leur métier : en France, on recrute des ingénieurs), et leur suivi, qui ne paraît pas aussi intransigeant. Des considérations annexes auraient-elles fait oublier à l'aviation civile ses responsabilités ? 

FN et Etat Islamique

Je ne suis pas d'accord avec The Economist ! Ces élections départementales ont été normales. Le FN n'a pas gagné. C'est un triomphe pour la stratégie de M.Hollande. Et cela personne ne le dit. En refusant de restructurer la France comme le voulait Mme Merkel, il a évité une crise. Une majorité suffisante des Français se satisfait du statu quo. En outre, comme l'explique Poor Economics, la pauvreté est une forme de dépression. Les perdants du système ne votent plus. Quant à M.Sarkozy, il sera certainement président. Personne, dans son camp, n'est de sa taille. 

Le système politique français est résilient. Il change juste assez pour ne pas changer. Il en est peut-être de même partout. Au Moyen-orient et en Afrique, Al-Quaïda, l'Etat Islamique et les courants chiites se contiennent les uns les autres. La stratégie de ceux qui en tirent les ficelles (Iran, Arabie Saoudite, USA) n'est pas la victoire, mais le juste nécessaire pour circonscrire le chaos et protéger le calme chez eux. Alors, notre avenir, scénario "Mad Max" : quelques îlots de prospérité entourés d'une barbarie dépressive ?

Volonté de puissance ?

Des proches négocient un job ou quelque-chose du même genre. C'est très important pour eux et pour leur interlocuteur. Alors que tout semble s'être conclu pour le mieux, un des protagonistes fait une demande inutile et inacceptable. Une sorte de caprice. Ce qui fait tout capoter. Voici un phénomène que sa répétition a fini par me faire remarquer. 

Manque d'affection ? Suicidaire ?... Je me demande si ce n'est pas la fameuse "volonté de puissance" de Nietzsche :
Mais il faut que tout se soumette et se ploie à votre gré. C'est ce qu'exige votre vouloir ; que tout s'assouplisse et se soumette à l'esprit, que tout se réduise à en être le miroir et le reflet.
Volonté d'avoir le dessus sur l'autre. Si l'autre cède, il a renoncé à son libre arbitre, c'est un esclave, une chose. D'ailleurs, les techniques utilisées ressortissent à l'injonction paradoxale. Et ces moments irrationnels semblent associés, d'après ce que l'on me dit, à des sortes de coups de folie. L'homme se croit génial, il domine le monde, il lui impose sa volonté ?

D'où gueules de bois. Ce qui signifie peut-être que cette "volonté de puissance" n'a rien de définitif. Sorte de pathologie sociale à la Durkheim ? Qui se guérit ? Ou, du moins, "ce qui ne tue pas renforce" ?

dimanche 29 mars 2015

Enseignement supérieur : la fabrique du crétin ?

Le modèle américain d’enseignement supérieur, et de massification de celui-ci, a gagné le monde, dit The Economist. Mais, aux USA, il  ne fabrique plus de connaissance, mais de la discrimination. C’est le diplôme qui compte. Parce qu’il est l’unique critère d’embauche utilisé par les entreprises. Ce qui provoque un effondrement de la qualité de l’enseignement et une explosion de son coût. Donc une sélection par l’argent d’une élite très peu éclairée. Quant aux autres, l’éducation qu’ils reçoivent n’est plus digne de ce nom. (La fabrique, massifiée, du crétin ?)

Ailleurs dans le monde, l’Arabie Saoudite et l’Iran se livrent une guerre par pauvres interposés. Au fond, ce qui compte, c’est que l’autre ne prenne pas l’avantage. Résultat : au Moyen-orient et en Afrique, c’est le chaos. (Ce qui arrange tout le monde ?) En France, les partis de gouvernement se réjouissent, mais Mme Le Pen a gagné. L’Ukraine est gouvernée par des oligarques. C’est eux son problème. Pour le moment, ils semblent se disputer. (La Russie a été dans la même situation, mais M.Poutine les a remis à leur place.) Mme Merkel dirige l’Europe. Son plan : une apparence de France forte, pour qu’on n’ait pas l’impression que l’Allemagne est sans contre-poids ; et « une Europe unie, gouvernée par des règles fiscales strictes, en paix avec ses voisins. » (Une Europe triste, mais digne ?)  En Angleterre, rien ne va plus ? M.Cameron pourrait être éliminé par son parti, s’il est réélu. Mais, le plus probable est que l’élection de mai produise un gouvernement minoritaire de gauche, incapable de gouverner. Ce n’est pas ce qu’il faut à la fragile économie anglaise. M.Netanyahou doit se battre contre les Palestiniens et M.Obama. Deux ans à attendre. Traités commerciaux des USA avec l’Asie et l’Europe. L’Amérique veut imposer ses normes au monde, surtout à la Chine. Pour le moment l’affaire tournerait à l’avantage de cette dernière. « Présenter (le traité avec l’Asie) comme une façon de contrer la Chine risque d’ajouter une (humiliation) inutile : cela pourrait faire ressembler (la défaite de la diplomatie américaine à) une victoire chinoise. »

L’industrie d’extraction de charbon connaît un mauvais moment. Il pollue (et pas que par le CO2 : mercure, sulfure, oxydes nitriques), et la Chine réduit sa consommation. Seul espoir : l’Inde. Mais elle veut exploiter ses propres ressources. Le vrai danger : que les milieux financiers n’y croient plus, et privent de financements les entreprises du secteur. Wall Street a produit des entreprises zombies qu’une nouvelle génération de fonds cherche à restructurer. Exemple : Kraft « a fait l’objet de 7 fusions ou cessions depuis 1980 ». Du coup l’entreprise a perdu le nord. C’est « le résultat de l’hyper activité des hommes d’affaire de Wall street ».

Monde numérique. La guerre du moment, c’est l’application de messagerie. Il s’agit, par le biais de "plates-formes", de mettre la main sur les flux de données des particuliers et des entreprises. Et d’asservir ses concurrents. Finalement, le capitalisme asiatique s’ouvre aux pratiques occidentales. Ils n'ont pas pu faire autrement. C'est la loi de la globalisation. Transparence et simplification, entrée d’administrateurs étrangers aux familles dirigeantes, et de quelques activistes.

« La capacité de digérer le lait pourrait expliquer comment l’Europe est devenue riche. » Pour permettre au drone d’éviter l’imprévu, on cherche à lui faire imiter les insectes. (Le plus surprenant est qu’on y parviendrait.)

Journée de la volonté de puissance

29 mars 2015, décalage horaire. Aucun intérêt économique et cela pose des tas de problèmes physiologiques. Encore une idée d'un technocrate. En 76, pour économiser du pétrole

Et si nous faisions contre mauvaise fortune bon cœur ? Il y a la journée de la femme, celle de la procrastination, pourquoi pas celle de "la volonté de puissance" ? Nous en ferions l'occasion de nous rappeler les dégâts que cause ce désir de plier le monde à ses lubies. Et d'emprunter l'argument d'autorité technocratique ou scientifique pour ce faire. Et en plus, pour bien marquer les esprits, il y en aurait deux par an.

samedi 28 mars 2015

La transformation numérique vue de l'intérieur

Rencontre avec un réalisateur de films. Il travaille pour la très grande entreprise. Je suis enchanté. Je vais pouvoir apprendre de lui ! Mais il m'envie ! Je vis dans le monde de Youtube. Lui a matériel coûteux, mais ses vidéos sont diffusées sur un Intranet jurassique, elles apparaissent en tout petit. Personne ne les regarde. Surtout, tous les directeurs, de partout, veulent exprimer leur avis sur son travail, ce qui fait des tas de modifications et des tas de versions. Jusqu'à ce que l'on comprenne que la première était la bonne... On vient de découvrir que le dispositif était trop coûteux. On va en réduire le coût de 30%. On pourrait faire radicalement mieux, puisque cette usine à gaz est inutile à l'heure de Google. Mais, non. On conserve cette pyramide inversée. Les économies vont peser sur sa base, sa cheville ouvrière, sous-traitante.

Histoire instructive ? Les grandes entreprises sont devenues des technocraties bureaucratiques ? Elles n'ont plus de compétences ? Elles croient que le "numérique" est un coup de baguette magique qui va les sauver ? Raté. Le numérique ne fait qu'empirer le mal. Augmenter une structure de coûts fixes déjà beaucoup trop lourde. La transformation numérique est humaine avant tout. L'entreprise doit retrouver sa "raison d'être". Ce n'est qu'une fois que son esprit sera de nouveau éclairé que le numérique lui sourira.

Un grand patron (anonyme pour le moment) me semble avoir vu juste :
Les entreprises d’aujourd’hui sont donc constituées par des communautés de personnes qui apprennent ensemble et en permanence alors que leurs organisations restent essentiellement hiérarchiques et figées autour d’organigrammes censés localiser et identifier les pouvoirs et centres de décision à une époque où l’innovation technologique passe du mode centralisé top-down à un mode inclusif en réseau, mobilisant tous les acteurs de l’entreprise et se traduisant par des ruptures ou des progrès incrémentaux ou des sauts de performance changeant la norme en matière de coûts ou de qualité. Il incombe aux équipes dirigeantes des entreprises d’être à la hauteur de ces nouvelles responsabilités dans le nouveau monde généré par le « tsunami numérique ».