jeudi 28 juillet 2016

Pourquoi les tortues ont-elles une carapace ?

D'où vient la carapace de la tortue ? Initialement, ce n'était pas une carapace, mais des côtes qui se rejoignent et qui donnent à l'animal des moyens efficaces pour creuser. Mais les raisons de creuser auraient peut-être disparu. L'animal se serait alors trouvé bien lent. Et la carapace serait apparue, comme moyen de défense. 

Cela rejoint une idée que j'avais eue au sujet du dinosaure. L'animal est une sorte d'entrepreneur. Il cherche un filon à exploiter, une niche écologique non occupée. Les marketers parleraient de "positionnement". Ce n'est que lorsqu'il l'a trouvé qu'il se transforme, pour en exploiter toutes les possibilités. Il est possible, toujours comme l'entrepreneur, que, lorsque son milieu change, il change sans s'en rendre compte : pour continuer à assurer sa fonction primaire, il développe une fonction secondaire (la carapace). Jusqu'à ce que ce soit la fonction secondaire qui devienne primaire. Le changement est alors fini. Jusqu'à la prochaine fois.

Kierkegaard, une très courte introduction

Afficher l'image d'origineUn différend que j'ai eu avec un professeur de français, en troisième. Il s'agit de Tristan et Yseut. A-t-elle trompé son mari ? Yseut doit subir le jugement de Dieu. Tristan se déguise en passeur et porte Yseut, qui doit traverser un cours d'eau pour se rendre au lieu du jugement. Là on lui demande si elle a connu intimement un autre homme que le roi et le passeur. Elle dit non. Dieu lui donne raison. Je pensais que c'était question de logique. Yseut n'avait pas menti. Pour mon professeur, Dieu ne s'était pas fait abuser par la raison, il avait donné raison à l'amour.

Je me demande si ce n'est pas ce que dit Kierkegaard. Kierkegaard est le premier existentialiste. Il estime que nous ne savons plus ce "qu'exister" signifie. Parce que la raison nous a lavé le cerveau. Il retourne l'argument (post) hégélien : ce n'est pas Dieu qui aliène l'homme, mais la raison. Prolongement du romantisme et anti-philosophie. 

Pour Kierkegaard, la raison est limitée, la vérité lui est inaccessible, elle nous paraît, donc, "absurde" et paradoxale. L'avenir est imprévisible, chaotique dirait-on peut-être, et c'est l'inspiration de la foi qui nous fait enjamber les failles béantes de la raison. On ne naît pas homme, on le devient. Exister c'est devenir. Quand on freine, on tombe. La vie comme une descente de rapides, pleine de dangers et de potentiels ?  Poussés par une volonté irrépressible nous dévalons la pente, l'angoisse au ventre. Cette angoisse est le pressentiment du divin, de l'existence de quelque chose d'essentiel et de désirable, mais qui est inaccessible à notre raison. En profiter, et ne pas en être victime, est de l'ordre du miracle.

Kierkegaard cherche donc à créer les conditions qui feront que son lecteur s'interroge sur la signification de sa vie, et retrouve ce qui compte réellement pour lui. Il pensait que la réponse à cette question était à la fois propre à chacun et générale : la religion chrétienne. Mais son raisonnement paraît s'appliquer à toutes les religions, ou à tout ce qui est au delà de la raison.

(GARDINER, Patrick, Kierkegaard, a very short introduction, Oxford University Press, 2002.)

mercredi 27 juillet 2016

Les vertus cachées de data analytics

Les hasards de la vie font que je me retrouve au milieu de gens qui brassent des données. L'enseignement majeur que je tire de cela, c'est que ces données sont incompréhensibles. Car incohérentes. Cela vient de l'homme. Il ne savait pas trop ce qu'elles signifiaient, et il a entré n'importe quelle donnée, ou pas loin. 

Et pourtant ce travail n'est pas sans intérêt. Car, en essayant de comprendre les données, on fait une enquête. Et, chemin faisant, on trouve des idées. Et elles n'ont plus besoin de chiffres. 

Par exemple, pourquoi autant d'accidents du travail ? Données incomplètes et sans intérêt. Pourquoi certains accidents ne sont-ils pas déclarés en accident du travail, mais affublés d'un nom bizarre, d'ailleurs ? Au fait, beaucoup de gens ont-ils changé de métier chez vous ? Oui ? Les gens ont-ils été formés à leur nouveau métier ? Non ? Et si l'on tentait de le faire ?

Le problème avec le data scientist

Au début de ma carrière j'ai rencontré un directeur financier qui avait montré que le module de base d'un progiciel n'était pas rentable. Oui, mais que pouvait faire le progiciel sans son module de base ? 

Récemment nous avons vu apparaître un nouvel être : le data scientist. Eh bien, il est affecté du même mal que mon directeur financier. C'est un virtuose du chiffre, mais il n'en comprend pas le sens. Voilà un obstacle massif au développement de "big data".

mardi 26 juillet 2016

Pourquoi n'y a-t-il plus de géants de la science

Le médecin ne semble plus être bon qu'à appliquer des procédures. Il utilise des machines ou fait faire des analyses. Mais il ne leur apporte rien. J'ai l'impression qu'il en est de même partout. Il n'y a plus que des rouages, ou des illusionnistes, plus aucun grand scientifique, qui fait faire des pas de géant à l'entendement humain. Plus de Pasteur.

D'où cela vient-il ? Je pense de la massification de l'enseignement. Je soupçonne que ce n'est pas la qualité de l'homme qui fait le génie, mais les soins que lui a apportés la société. Jadis il était relativement facile de devenir polytechnicien ou Proust, il suffisait d'appartenir au bon milieu. Mais la société investissait sur vous suffisamment pour que vous parveniez au génie. D'ailleurs, il n'y avait souvent pas besoin de faire des études supérieures pour cela. 

Bien sûr, on essaie de refaire fonctionner la sélection par le milieu. Seulement, on a perdu la recette du génie. Prochaine étape : faire de nous tous des génies ? 

(à suivre)

Mme Clinton contre M.Poutine

L'autre jour j'entendais dire que Mme Clinton avait été victime d'une fuite d'emails compromettants. Je me disais que, comme dans l'affaire du Brexit, il ne fallait pas enterrer M.Trump trop tôt. 

Puis, a émergé la rumeur selon laquelle ce serait un coup des Soviétiques. Peut-être manœuvre de Mme Clinton : cette manoeuvre pourrait détacher de M.Trump certains électeurs qui n'aiment pas compter M.Poutine dans leurs rangs. Mais elle pourrait aussi être juste. Car M.Poutin Hait Mme Clinton. Car elle veut remplacer les Kadhafi, Assad et autres Poutin par des dirigeants un peu plus proches des usages américains.

Mais il y a une dernière interprétation : M.Poutin  ne se fait pas d'illusions sur les chances de Trump ; il a envoyé un coup de semonce à Mme Clinton. Il veut qu'elle le prenne au sérieux.

lundi 25 juillet 2016

Idéal français

En lisant Le Tour de France par deux enfants, j'ai retrouvé mes parents. Leurs héros, en particulier. Ils n'étaient pas tous français (Fleming, par exemple), mais ils avaient la même caractéristique : s'être élevés d'en bas et travailler pour le bien collectif. J'y ai aussi retrouvé la vie de mon père : la capacité à traverser des épreuves qui me semblent insurmontables mais pas d'ambition plus élevée qu'un bonheur calme. Et le sens du devoir, pour eux. Pas asséné aux autres. Je ne me suis rendu compte de tout ceci que récemment. 

Si cela me paraît bizarre, c'est que les valeurs que clame désormais notre société ne sont plus celles-ci. On nous parle de "créateur de valeur", de bling bling. La troisième République glorifiait le peuple, la cinquième, l'égoïsme.

Le tour de France par deux enfants

Parti de Proust et Bergson, j'en suis arrivé, au hasard des liens HTML, au Tour de la France par deux enfants, que j'ai lu d'une traite. Que l'on apprend facilement ses leçons quand elles sont racontées comme une histoire ! Le livre a été écrit par Augustine Fouillée, femme, mère et grand mère de philosophes. Ce livre a été tiré à plus de huit millions d'exemplaires. Des générations de Français y ont appris à lire et y ont découvert leur pays. 

Deux frères orphelins quittent la Lorraine, à pieds, après la guerre de 70, pour retrouver la France et demander asile à la France. Chemin faisant, ils découvrent la France, sa géographie et son histoire, et surtout ils reçoivent une leçon de vie. Le livre se termine sur "devoir et patrie". Pour autant, ce n'est pas une patrie revancharde. On y loue le "deserving poor", comme disent les Anglais. Aucun obstacle ne résiste à la volonté. On y voit une France de gens modestes, qui font, individuellement ou collectivement, de grandes choses. Les grands hommes, eux-mêmes, se sont élevés par leurs seuls mérites, et n'ont eu de combat que l'intérêt collectif. Jeanne Darc (écrit comme cela) en est l'exemple même.  "Les autres nations ont eu de grands capitaines qu’ils peuvent opposer aux nôtres. Aucune nation n’a eu une héroïne qui puisse se comparer à cette humble paysanne de Lorraine, à cette noble fille du peuple de France." La France n'y est pas triomphante. Au contraire. Elle perd souvent tout. For l'honneur. La France s'est fondée sur une défaite, celle de Vercingétorix. L'histoire se termine dans la ferme du bonheur. Cultivons notre jardin ? Ou, heureux, qui, comme Ulysse... ? Idéal français ? 

dimanche 24 juillet 2016

Honeyguide

L'oiseau collabore avec l'homme. En Afrique un oiseau guide les hommes vers la ruche, pour qu'ils prennent le miel et lui laissent la cire. Et l'homme communique avec l'oiseau, pour lui demander de l'aider. (Article.)

Cela signifie que ce que disent les écolos est faux. L'homme n'est pas un fauteur de trouble de la nature. Il en est une pièce, qui collabore avec son écosystème, comme ses autres pièces. Et l'écosystème se transforme avec lui. Est-ce bien ou mal ? Ce n'est probablement pas la question. Celle-ci est plus certainement : notre action ne risque-t-elle pas de nous faire entrer dans un cercle vicieux ? Ou, peut-être mieux, ne pourrions nous pas, à peu de frais, entrer dans un cercle vertueux ? 

En anglais, l'oiseau s'appelle "Honeyguide", en français, d'après wikipédia :  Indicatoridae.

Munich ou le mal américain ?

Au sujet des morts du 14 juillet de Nice, j'envisageais une épidémie d'un type particulier de suicide. La fusillade de Munich semble confirmer cette intuition. Les Allemands appellent le phénomène "Amok", du nom de la nouvelle de Zweig, et disent que le tueur de Munich voulait imiter Anders Breivik, tueur norvégien. 

La pratique étant quasi quotidienne aux USA, on peut se demander si elle n'a pas été importée chez nous, lorsque la culture américaine s'est imposée au monde. Il serait curieux de penser que les Jihadistes sont des Américains comme les autres...