jeudi 27 juillet 2017

Nicolas Hulot

Lorsque Simone Veil est décédée, on en a parlé comme d'une sainte laïque. Mais qu'aurait-elle été sans le président Giscard d'Estaing, ses réformes et sa décision de la nommer ministre ? 

Et Nicolas Hulot ? Qu'aurait-on dit de lui, à son décès, d'ici 30 ou 40 ans, si M.Macron n'en avait pas fait un ministre ? Maintenant, les portes du Panthéon lui sont ouvertes, à lui de saisir sa chance... 

Chappaquiddick

Wikipedia rappelait l'anniversaire de l'accident qui a ruiné la carrière de Teddy Kennedy. Officiellement, une sortie de route. Sa voiture tombe à l'eau et il se tire d'affaire. Mais en oubliant de prévenir les secours. Car il y avait une femme avec lui. Elle s'est noyée, après avoir survécu deux ou trois heures, dans une poche d'air. La justice a fait quelques remontrances à M.Kennedy. Mais, jamais cette affaire n'a été oubliée. Il n'a pas pu avoir d'ambition présidentielle. (Ce qui lui a peut-être permis de finir sa vie dans son lit, contrairement à ses frères.)

Une autre explication (de la BBC) semble plus cohérente avec les faits que celle-ci. A l'écart d'une réception, il s'était engagé dans quelque ébat amoureux lorsqu'il a entendu venir du monde. Il faut dire qu'il était marié (et que sa femme était enceinte, et qu'à la suite de cette histoire elle a fait sa troisième fausse couche), et qu'il était sénateur. Il est reparti à pieds, laissant à sa compagne le soin de ramener sa voiture. Elle a fait une mauvaise manoeuvre. 

Plutôt que d'avouer son infidélité, il a préféré mentir et être accusé de meurtre, de lâcheté ou de bêtise ? Autres temps ? 

mercredi 26 juillet 2017

Vacances

Je ne suis jamais, ou je suis toujours, en vacances. C'est une des premières décisions dont je me souvienne. Erreur : du coup je n'ai plus de vie. J'ai toujours le même type de préoccupation. Les scientifiques sont comme moi : leur recherche est leur vie. Depuis mon retour en banlieue, j'ai vu que j'étais anormal. J'ai découvert la place que les vacances tiennent dans la vie du Français. Et il n'y a pas que les vacances et les voyages, il y a aussi les loisirs du week-end. Et je ne parle pas des retraités. Je suis un extra terrestre. 

Et s'il y avait un complot pour faire de nous des légumes ? La sélection scolaire nous élimine des filières qui forment à la pensée (philosophie). Ensuite, tout se conjugue pour nous donner une existence végétative. Ainsi, nous sommes faciles à gouverner. Ce qui explique pourquoi on nous reproche, avant que rien ne se soit passé, de résister au changement ? Quand nos dirigeants veulent le changement, ils se souviennent qu'ils ont mis tout leur talent à nous le rendre impossible ?

Intellectuel

Populisme ! dit France Culture. Le peuple est manipulé par les réseaux sociaux. Mais l''amour est aveugle, non ? Et s'il cherchait l'amour ? Et pas la vérité ? D'ailleurs, les intellectuels patentés ne nous ressemblent-ils pas ? Les plus grands d'entre eux ont défendu, contre la vérité, tous les totalitarismes.  

Et si cela avait été par manque de "critique" (le terme favori des Lumières) ? Et s'il fallait qu'ils aient de la concurrence ? Et s'il fallait que tout le peuple pense, pour que la société pense correctement ?

(Ce qui va demander un apprentissage, dangereux ?)

mardi 25 juillet 2017

Journalisme et changement

Voici comment Kurt Lewin voit le changement. L'individu vit en équilibre entre des forces opposées. Si l'une s'efface, nous sommes en déséquilibre. (En anglais on parle de "disconfirmation" : nous découvrons que ce nous pensions juste est faux.) Nous devons chercher un nouveau point d'appui. Ce processus s'appelle l'apprentissage. 

Les journalistes l'illustrent (billet précédent). Ils se croyaient nos maîtres à penser. Ils ont découvert que nous ne les suivions plus. Alors, ils ont cherché une autre force sur laquelle s'appuyer : la vérité. Il n'y avait qu'eux qui la disaient. Cela ne marche pas mieux. Peut-être que, d'essai en essai, ils vont trouver une nouvelle utilité ? 

(Alors, dit Kurt Lewin, ils se "recongèleront" dans leurs certitudes.)

Journalisme

Les journalistes ont les mêmes accents que les députés "dégagés". Le peuple ne les écoute plus, pas plus que M.Mélenchon et Macron. (Et Mme Le Pen ?) Or, la vérité est dans la bouche du journaliste ; vous n'êtes pas équipés intellectuellement pour la trouver, disaient les invités du Grain à moudre de France Culture ce matin.

C'est nouveau. Hier, le journaliste pensait qu'il y avait mieux que la vérité. Qu'il y avait le bien. Et qu'il devait l'enseigner. Cependant, peut-être y a-t-il deux autres nouvelles, dans ce changement :
  • Le journaliste comprend qu'il peut se faire "dégager" (un des invités du Grain à moudre est éditeur de The Conversation, parole d'experts, mise en page par le journaliste). Il s'est mis à s'interroger sur son rôle. Il s'est mis à penser.
  • Pour la Révolution, l'esclavage, c'était le lavage de cerveau (en ce temps on parlait de "coutume"). La liberté, c'était parvenir à penser par soi-même. Eh bien, ce projet pourrait commencer à se réaliser : le peuple "ose penser". 

L'appel au soldat

Qui était ce fameux Barrès, admiré par de Gaulle et Mitterrand ? Et, par quasiment tous ses contemporains, même ennemis politiques ? Serait-ce son style qui aurait fasciné son siècle ? Il ne reprend jamais son souffle. Aucun mot de trop. Comme si chaque phrase était une formule.

Le "soldat" du titre est le général Boulanger. Barrès fut, à 27 ans, député boulangiste. Il a suivi le général jusqu'à la fin. Boulanger, "la revanche", surgit, jeune et couvert de gloire. Promesse de laver la France de la honte de 70. Mais aussi des concussions du parlementarisme, dont on a oublié à quel point il fut haï. On est à l'époque du scandal de Panama. Il y a ici quelque chose de la France moderne : classe politique honnie et discours nationaliste. Seulement, en ce temps, le nationalisme a un sens. En effet, si certains émigraient plus volontiers qu'aujourd'hui, la majorité restait dans son terroir. On avait l'impression d'une permanence du caractère français.

Le sauveur en simple d'esprit ?
Quant au général, Barrès en fait un portrait inattendu. Sa pensée est sommaire. Il est incapable de saisir sa chance. Et, encore moins, de comprendre le sens des événements. Il rencontre la femme de sa vie. Elle meurt. Il se suicide sur sa tombe. L'aventure du général aura duré trois ans. Curieux héros, me suis-je dit. Mais, il m'a rappelé le portrait que l'on fait d'Hitler ou de Pétain, et peut-être même de certains grands patrons américains. L'intellectuel, mal de notre société ? Le sauveur a l'oeil candide et la tête vide. "Heureux les simples d'esprit" ?

Et Barrès ? Il ressemble à son héros. Je ne suis pas certain que son analyse (par exemple de Clémenceau) ait résisté aux ans. N'est pas Tocqueville qui veut. Et le livre paraît bizarrement construit. Par exemple, il y a un voyage à vélo en Lorraine, façon tour de France de deux enfants, qui produit un passage à vide. Y a-t-il une histoire, dans ce livre, d'ailleurs ? Des personnages ? Au moins, il fait revivre une période oubliée. Comme si l'on y était.

lundi 24 juillet 2017

Engagement

Dans son livre, M.Macron parle "d'engagement". Un terme vieillot. C'est celui qu'ont employé les intellectuels d'après guerre. Il a culminé dans "l'artiste engagé", qui désignait l'animateur de maison de la culture. Celui qui éduque les misérables. 

Ce qu'il entend par là n'est pas clair, pour moi. Il parle d'associations, lui-aussi... A moins qu'il pense surtout aux membres de son mouvement ? Vu ce que l'on en dit, ce serait pire que tout. Que l'animateur de maison de la culture, en particulier. 

A la réflexion, je me demande si la personne qui est "engagée" n'est pas celle qui donne son temps à la société, sans compter. Elle est "désintéressée". En conséquence, on peut trouver des "engagés" partout : dans les associations, dans l'entreprise, dans l'administration. "Executive" de Chester Barnard ? Les gens qui, selon lui, constituent la colonne vertébrale d'une société durable. 

Avons-nous encore des "engagés" ? Si oui, ils ont été jetés au bas de la société par l'individualisme triomphant. Peut-être que M.Macron espère créer un appel d'air ? Qui remettra cette hypothétique population à la place qu'elle n'aurait pas dû quitter ? 

Révolution

Sous la pression de mes proches, qui voulaient que je leur en fasse la synthèse, j'ai fini par lire l'ouvrage de M.Macron. Ce fut éprouvant. Quoi que court et bien écrit. C'est typiquement français : un système. M.Macron fait un panorama complet des problèmes de la France. Il en tire un réquisitoire poli, mais sanglant. Ceux qui l'ont pris pour un ami ont dû se mordre les doigts. De même il répond à ce qu'on dit de lui, et qu'il a entendu. 

Avoir raison avec Macron
Il m'a fait comprendre pourquoi on a préféré "avoir tort avec Sartre que raison avec Aron". L'homme a besoin de rêve. Tant pis s'il produit des Goulags. Dans le livre de M.Macron, on trouve l'existentialisme : comprendre l'âme de la France, et agir selon elle. Proudhon : chercher les forces qui sont à l'oeuvre, pourquoi elles produisent le mal, et comment leur faire faire le bien. Troisième voie, et deuxième gauche, aussi. Mais la société de ses rêves ne fait pas rêver. Il n'est pas "libéral" au sens "individualisme". Il appartient à une ancienne tradition française, qui reconnaît le rôle fondamental de la société pour assurer la liberté de l'homme. Mais il est libéral, au sens de M.Mélenchon : il veut faire entrer le pays dans un XXIème siècle, qui est aux antipodes de notre rêve multiséculaire. 

Président engagé
Ce livre est faussement simple. M.Macron a une solution pour chaque problème. Mais il ne l'exprime pas clairement. Surtout, il ne donne pas une ligne directrice commune qui permettrait de s'y retrouver. On dit que c'est parce qu'il ne sait pas où il veut aller. Et s'il avait, au contraire, en tête un plan minutieusement, et froidement, préparé ? Il en donne le calendrier : dix ans. Il veut faire non seulement changer la France, mais surtout l'Europe. Car l'Europe est le moyen pour la France d'affirmer sa souveraineté et de servir ses intérêts. Et l'Europe a perdu son âme. Quant à la France, il veut donner le pouvoir au bas, à "ceux qui font". C'est en bas qu'on est le mieux placé pour régler les problèmes d'en bas. Pas à l'Elysée ou au Palais Bourbon. Et cela est vrai partout : entreprise, administration, région. Il veut surtout libérer ceux qui "s'engagent". (Ceux qui contribuent, beaucoup plus que d'autres, à l'intérêt collectif ?) Cela ne signifie pas la disparition de l'Etat, au contraire. L'Etat doit combattre pour l'intérêt général. Ce qu'il ne fait plus. (Puisqu'il perd son temps à nous dire ce que nous savons mieux que lui.) Mais cela demande une réorganisation du pays de fond en combles. Il semble qu'il sache ce que cela signifie. Et qu'il s'y soit préparé. Façon main de fer dans un gant de velours ?

Bref, on va voir ce que tout ceci va donner. Mais, si M.Macron ne rompt pas prématurément, nous sommes partis pour une intéressante aventure. 

dimanche 23 juillet 2017

Clean tech

J'aime à me vanter de mes études en Intelligence artificielle, il y a l'âge du Christ. Mais je viens aussi de me rappeler que j'avais été un précurseur des clean tech, et ce en 82. Déjà elles faisaient fureur. Mais elles avaient en autre nom. A l'époque, j'avais rédigé un rapport sur "l'énergie solaire". Et j'avais trouvé que la technologie faisait peu de promesses. En revanche il y avait beaucoup à gagner avec le bon sens (c'est fou ce qu'une aération naturelle bien conçue peut permettre de faire d'économies) ou des technologies rustiques. D'ailleurs, les esquimaux vivaient en consommant fort peu d'énergie, dans des conditions bien froides... 

Les clean tech sont revenues à la mode il y a quelques années. Un de mes anciens étudiants, étranger, en a été le grand analyste, pour de grands organismes financiers très internationaux et prestigieux. A un moment, il accompagnait des investisseurs du Golfe à la recherche d'entreprises propres à acheter. Puis, la mode a fait flop. Maintenant, il enseigne.