jeudi 19 juillet 2018

Répétition

Il est interdit de répéter un mot, nous dit-on à l'école. Eh bien, Victor Hugo usait de la répétition. Y compris dans ses poésie. C'était un effet de style.

Et si l'on inventait une autre école ? Une école dont l'enseignant ne serait plus un esprit totalitaire, qui cherche à nous imposer le bon usage. Une école de la liberté. Elle nous enseignerait les expériences de nos ancêtres, et nous laisserait la latitude d'y puiser l'inspiration.

Protectionnisme numérique

On me disait que les Russes étaient anti GAFA. Le GAFA nous vole nos données, donc notre identité.

Je doute que mes données et mon identité soient liés. Je serais même heureux que quelqu'un en tire quelque chose qui m'ouvre les yeux sur mon cas. Mais, je tends à penser que le propre de l'homme est le changement. Et que ce qu'il donne ne peut pas être déduit de ce que nous sommes, actuellement.

En tout cas, cela indique un mouvement que pourrait exploiter le marketing : le protectionnisme numérique. Ne faites pas les affaires du GAFA ! va-t-on bientôt nous dire.

Une bonne chose ? Ce blog a interviewé des gens qui disent, probablement avec raison, que la connaissance est la seule chose qui s'accroisse quand elle est partagée. Le protectionnisme est donc une mauvaise nouvelle. Tout le génie du GAFA est peut-être là : il a pris en otage un bien public. Seulement, l'homme est irrationnel. Lorsqu'il se sent floué, il devient suicidaire...

mercredi 18 juillet 2018

Privilèges

La princesse de Clèves ? Une histoire de gamins du club Med. Voici mon impression. On y joue au jeu de l'amour et de l'honneur. C'est aussi ce que j'ai ressenti en lisant la biographie de M.Macron. Lorsqu'il devient inspecteur des finances, il est, comme ses camarades, perçu comme un être à part. Il rencontre alors les éminences grises du pouvoir et de l'économie, mais aussi les artistes fameux. Aujourd'hui, il a son palais.

J'ai eu aussi un moment de privilèges. C'était lorsque j'étais à l'université de Cambridge. Je ne faisais que ce qui m'intéressait, et c'est que l'on attendait de moi, et j'étais dispensé des contingences matérielles. Mon collège était fait de ce que le monde compte de plus illustre, prix Nobel ou penseurs essentiels (dont Karl Popper). Et ces gens me prenaient visiblement pour un égal.

Pourquoi suis-je parti du paradis ? J'ai longtemps dit que je me sentais "trop bien". Maintenant, je pense que j'ai eu l'intuition que la vie ce n'était pas cela. Que les privilèges n'apportent pas les vraies joies ?

Le troisième âge de l'homo sapiens

En 92, j'étais à l'Insead. On y enseignait que le marché était tout. De la concurrence totale et sans contrainte sortait l'optimum absolu. Cela me paraissait idiot et anti scientifique. D'ailleurs, il était facile de trouver des contre exemples qui niaient les théories qu'on nous présentait. (Sans, pour autant, parvenir à ébranler les professeurs.) Et les faits m'ont donné raison. Mais, pourtant, cette théorie stupide a dominé le monde pendant 25 ans. Et elle a été absorbée par notre élite, pourtant supposée sélectionnée pour son intellect exceptionnel. A croire qu'elle n'avait pas compris ce qu'on lui avait enseigné.

Il en est de même de l'énergie nucléaire, disait un précédent billet. On a longtemps pensé que c'était bien. Puis on s'est mis à penser que c'était mal. Curieusement, ceux qui auraient dû avoir peur, nos parents, n'ont pas eu peur, et nous, qui aurions dû penser que nos prédécesseurs avaient essuyé les plâtres, nous-nous sommes effrayés.

Le troisième âge de l'homo sapiens
Cela pose la question des mécanismes qui font le changement, et semble valider une théorie de Norbert Elias. Le changement n'est pas une question de raison, mais de mode. Et la raison est totalement incapable d'endiguer les modes, parce qu'infiniment peu de personnes se soucient d'exercer la leur.

Mais peut-être que la mode a ses raisons, que la raison ignore ? Certes, mais le phénomène est connu et il est utilisé pour servir des intérêts qui ne sont probablement pas dans notre intérêt à long terme. Au fond, le premier usage de la raison a été de "mettre en mouvement les forces" de la déraison, pour paraphraser Saint Exupéry. Peut-être l'homo sapiens est-il devant un nouveau changement ? Acquérir une raison qui perçoive et évite les manipulations de la raison ? Nom de code de l'opération : développement durable ?

mardi 17 juillet 2018

L'avenir de l'homme

On se soucie de l'avenir de l'homme. La planète survivra, mais pas l'homme, entend-on, par exemple.

Mais qu'est-ce que l'homme ? Il suffit de passer aux limites, pour découvrir qu'on ne le sait pas. Quand commence-t-on ou s'arrête-t-on de vivre ? Où commence et où finit mon corps ? A quel moment l'homme est-il apparu dans l'évolution ? Pourquoi là, pas avant ou après ? En quoi l'homme est-il indépendant de son environnement ?...

L'homme, un problème mal posé ?

Faire fortune dans l'électronique

Bientôt, il n'y aura plus que Foxconn et Amazon, me disait un ami. Une entreprise qui fabrique, et l'autre qui distribue.

Il y a quelques décennies, le dirigeant d'Alcatel se défaisait de ses sites de production. Alcatel a disparu, tué par la concurrence chinoise. Jamais les entreprises de fabrication d'électronique n'ont été aussi fortes. D'ailleurs, me disait cet ami, ce qui a fait la fortune des beaucoup d'entrepreneurs du secteur c'est d'avoir repris, à vil prix, les usines d'Alcatel et de ses collègues. Même phénomène que celui qui a enrichi les oligarques russes.

Car Alcatel n'a pas été original. Il était à la mode à l'époque, partout, de la pharmacie à l'automobile, en passant par le pétrole, de se débarrasser de sa production, pour la confier à des sous-traitants. Il y avait toute une théorie qui allait avec.

Si l'on a quelque chose à reprocher à quelqu'un, c'est peut-être à notre Education nationale. Elle fait croire à son élite qu'elle a une pensée originale, alors qu'elle n'est qu'un mouton ?

lundi 16 juillet 2018

Grandeur et décadence du mode projet

Si le mode projet est le miracle dont parle un précédent billet, pourquoi a-t-il disparu ?

J'ai passé une quinzaine d'années en missions pour l'équipement automobile, et il me semble avoir assisté à sa débâcle. Son nom est : globalisation. Le mode projet demande de considérer ses fournisseurs quasiment comme des amis. Or, la globalisation avait pour objet d'exploiter le différentiel de coûts entre le nord et le sud, l'ouest et l'est. De la relation équipe, on est passé à la relation client / fournisseur, qui est un rapport de force, un conflit. Certains y ont gagné des fortunes. Mais la collectivité y a perdu en créativité, et en compétence.

Si l'on parle à nouveau de mode projet, c'est probablement l'indice d'un revirement social de grande ampleur.

(Le mode projet vient de la culture japonaise. Et les Japonais sont une mafia. Les Japonais n'ont confiance qu'aux Japonais. Même s'ils sont établis depuis trois générations au Brésil, ils continuent à manger japonais, à travailler dans des réseaux japonais, à utiliser les services d'entreprises internationales japonaises, et à vivre entre (ex) Japonais.)

La France finira mal

"La France finira-t-elle, comme la Pologne, victime de ses divisions, de son incurable légèreté, de ses vices et des désordres qu'ils engendrent ?" (Gambetta, dans une lettre de 1874.)

Gambetta craignait "le plus vigilant, le plus avide, le plus implacable des ennemis", l'Allemagne. Il allait donner le coup de grâce.

Si l'on considère ce qui est arrivé en 40, il a vu juste. Et son portrait de la France est probablement toujours vrai aujourd'hui. La France est son pire ennemi. Mais elle flotte sans couler. Elle est ridicule, mais elle ne va pas significativement plus mal que d'autres nations. Et peut-être que ses divisions sont une force : cela lui évite les coups de folie d'un peuple unanime ?

dimanche 15 juillet 2018

Mode projet

J'ai découvert que le "mode projet" était à la mode. Mon éditeur m'a demandé d'écrire un livre sur le sujet. (Ce que j'ai refusé.) En en parlant à un ami il m'a dit que son entreprise voulait adopter le mode projet, mais qu'elle était comme une poule devant un couteau. Curieux. Gérer un projet me semble l'évidence même. Quels conseils lui donner ? Il y a beaucoup de livres sur le sujet. Mais ils apportent tous un peu plus de confusion. A la réflexion, je crois que le meilleur conseil que l'on puisse donner est le suivant :

D'abord, il faut définir ce qu'est un projet. Quelque-chose comme la réalisation d'une tâche en une durée donnée. Ensuite, il faut bâtir une "méthode". Un simple graphique sur une page, qui montre les étapes que doit suivre un projet. Simple question de bon sens. Et ensuite ? On se débrouille. Et on réinventera les conseils des livres.

Le retour des Japonais
C'est alors que j'ai pensé que j'avais écrit un livre sur le "mode projet". Car le "mode projet", ce n'est pas la gestion de projet ! C'est un changement majeur. C'est un moyen de diriger une société qui la rend créative, résiliente, hyper productive. Le mode projet explique le succès japonais des années 80, et la Twingo de Renault. C'est ce qui a permis de diviser par deux les temps de développement de l'automobile. Le principe du mode projet, c'est de mettre les parties prenantes de la conception d'un produit dans une même pièce. Ainsi la phase créative, qui n'est qu'itérations, est ultra rapide, et extrêmement efficace. Mais il y a bien mieux, et beaucoup plus surprenant. Ce travail, s'il réussit, crée une équipe. Une équipe ce sont des gens qui se comprennent d'instinct. Une fois revenus chez eux, ils ne perdront plus le lien qu'ils ont établi. Ils anticiperont, tous, les réactions des autres. On a changé de mode de travail : de séquentiel, il devient parallèle. Tout le secret de l'efficacité miraculeuse du mode projet est là.

Pourquoi a-t-on oublié la leçon des années 80 ? Sujet d'un prochain billet.

Changement de culture

La concurrence peut-elle améliorer la SNCF ? Lorsque l'on considère ce qui se passe en Angleterre, on peut sérieusement en douter.

Au fond, pour la SNCF, la personne qu'elle transporte n'est ni un usager, ni un client, mais un otage. C'est peut être cette perception qui doit changer. J'entends souvent parler, au sujet de ce genre de changement, de "changement de culture". Les anthropologues disent que la culture ne change pas. En fait, la culture possède ses propres règles de changement. L'automobiliste n'est pas prisonnier des routes, elles le contraignent un peu, mais elles lui permettent d'aller partout. Il en est probablement de même de la culture. La SNCF doit choisir sa voie.