lundi 22 décembre 2014

Internet disrupte la démocratie

La loi d'Internet, c'est la notoriété. C'est le like et le tweet. Ils font l'opinion et les fortunes. Eh oui, Internet, c'est la "disruption" de la démocratie et de la politique ! Et si demain, les bureaux de vote ne comptaient que pour du vent ? A quoi ressemblerait la politique ? On le voit dès aujourd'hui :

Ses leaders d'opinion sont ceux qui influencent les algorithmes de Google. Et leur cause ? C'est leur business Internet. Or, ce business est peut-être bien le Cheval de Troie de valeurs qui ne nous conviennent pas (cf. ma conversation avec Hervé Kabla ici). On achète donc des voix, comme, peut-être jamais on n'a pu le faire jusque-là !

Pour autant, et c'est peut-être plus terrible, cela ne dégage pas notre responsabilité. Ne pas dire que vous "aimez" quelque chose, c'est ne pas lui permettre d'être connu. C'est voter contre lui. Et il serait particulièrement grave de le faire parce que vous pensez que ce serait compromettant de donner votre avis, que le NSA pourrait vous en vouloir... Seconde caractéristique de cette démocratie disruptée : l'intimidation par la terreur ? 

(Dans ces conditions, faut-il se réjouir de la "numérisation" des médias ?
Précision : je n'ai rien contre la numérisation en tant que telle. On peut se "numériser", sans avaler l'idéologie sous-jacente.)

Big data et les cancrelats

Suite de mon enquête sur Big Data. Après avoir parlé de l’affrontement Google Oracle, c'est au tour du vrai Big Data. Le traitement de masses de données, et la recherche en maths. A ma gauche, peut-être un des meilleurs matheux mondiaux, à ma droite, la force tranquille d’un monstre industriel discret qui fournit le matériel derrière quelques-unes des réalisations les plus impressionnantes du domaine.

Découragement pour commencer. Le matheux : quand un lion tue une gazelle, l’hyène arrive puis le chacal. Et les cancrelats ? Ils sont là avant tout le monde. Idem pour Big Data. Le sujet a été pourri par les incompétents. Des brasseurs de mots et des vendeurs d’illusions. Data mining, Big Data, Smart Data… En fait, il y a effectivement des « avancées » dans le traitement de données. Mais pas une révolution.

Volume, Velocity, Variety, Value
« Volume, Velocity, Variety, Value » Voilà ce qu'il faut considérer avant de se lancer dans Big Data.
Si je comprends bien, cela signifie que ce que l’on sait faire maintenant, et que l’on savait moins bien faire avant, c’est traiter d’énormes volumes de données – donnée exhaustive, pas échantillon -, de natures multiples et nouvelles, et surtout des flux « temps réel » (pas de la donnée statique, comme jadis). Employer l’attirail du Big Data n’est justifié que si l’on cherche du décisif (Value). « Il faut vouloir optimiser quelque-chose, ouvrir de nouveaux horizons… » 
Bref, avez-vous un besoin urgent de transformer massivement vos affaires ? Les assureurs seraient dans ce cas. Car Google veut leur faire la peau. Il pense qu’avec ses algorithmes et ses données il sera vite capable de proposer des assurances bien meilleures que les leurs.
Ce sont surtout les usages qui changent. Au lieu d’analyser des données passées, on est dans l’aide à la décision et la prospective.
Et, comme souvent, les innovateurs ne seraient pas où on le croit. L’industrie serait pionnière, avec la maintenance des machines, la recherche d’économie d’énergie, l’optimisation de processus de fabrication complexes... (Mon intuition était juste !) Le secteur financier est peu avancé.

« Donnez-moi des idées »
Pour commencer, donc, il faut trouver une idée qui casse la baraque. « On apprend des autres. » Aujourd’hui, les entreprises cherchent l’inspiration chez les autres. D'ailleurs, vu l'investissement que représente un projet Big Data, il faut un sacré argumentaire pour le justifier. Seconde raison de trouver une idée impressionnante. 

Le problème est humain !
Mais le problème n’est pas technique. Il est humain ! C’est de la conduite du changement. C’est quand on est parvenu à formuler un problème Big Data que les difficultés commencent. En effet il y a « rupture totale ». Un projet Big Data demande de recréer une organisation au sein de l’entreprise, d’inventer des algorithmes et donc de disposer de chercheurs du meilleur niveau mondial, et de faire collaborer des gens « en silo ». Sans compter que l’entreprise n’a pas généralement les compétences pour faire le pont entre une vision stratégique des affaires et la compréhension des outils utilisés par le Biga Data (le fameux « data scientist », qui est plus une sorte d’humaniste de la Renaissance qu’un autiste ascendant Silicon Valley). Et quand Big Data a produit l'idée qui tue, il faut faire bouger l'entreprise et son écosystème pour la mettre en oeuvre...

dimanche 21 décembre 2014

The Economist est en vacances

Comme chaque année, The Economist publie un numéro double pour Noël. De peu d'intérêt. Contrairement à ce qu'il fait en été, il n'a pas recours aux stagiaires en hiver. Mais le résultat est à peu près aussi affligeant. 

Perfide Albion ? The Economist ne rêve que de déréglementation, de retraite à 95 ans, de disparition du droit du travail et de l'Etat providence, alors que lui vit une vie bien douce et bien protégée de fonctionnaire pantouflard. Au fond, il n'a rien contre une vie de civilisé, mais, à condition qu'elle soit réservée à ceux qui la méritent ? 

(Ma chronique hebdomadaire du dit numéro paraîtra la semaine prochaine.)

Le cannabis du Parti Socialiste

Samedi, j’entendais dire que Terra Nova « un think tank proche du Parti Socialiste » conseillait au gouvernement de légaliser le cannabis, ce qui rapporterait « 1,8md€ » à l’Etat chaque année. Argument imparable. Surtout venant de socialistes.

J’ai une hypothèse, mal pensante, concernant les raisons de ce genre de proposition. De même  que les libéraux veulent déréglementer les taxis parce qu’ils ne veulent pas voyager en transports « en commun », le « socialiste » veut fumer ses joints en toute impunité. Idiot ? 

Cause de la crise : panne de sens ?

J’ai cité Camus, et je reviens à ses idées. On y trouve peut-être un explication de la crise actuelle. L’humanité déprime parce qu’il n’y a pas de sens à sa vie.

L’oligarchie qui a émergé de la crise tente de lui en fournir un en lui expliquant que ce sont des lois de la nature qui veulent que le monde soit tel qu’il est. Mais cela ne convainc personne, car ce discours se contredit lui-même. Il y a un vide.

Et un vice majeur, si l’on en croit Camus : c’est de la solidarité humaine que naît la motivation de l’homme. Or, on nous parle d’un individualisme d’électrons libres. Le libéralisme (dans son sens actuel) n'est pas la solution, il est le problème ?

Dans ces conditions, la crise ne pourra être résolue que le jour où l’humanité trouvera une cause commune ?

samedi 20 décembre 2014

La Grèce à nouveau au bord du précipice

Comment se fait-il que la Grèce soit de nouveau au bord de l'explosion ? Intéressant article de Jean Quatremer

Si je comprends bien la Grèce est prise entre le marché et le politicien. D'un côté un premier ministre joue avec le feu, en ayant cru un peu trop vite être sauvé et pouvoir en revenir aux bonnes vieilles combines, de l'autre les idéologues de la libéralisation à outrance du FMI, que la Grèce ne peut plus supporter. Comme souvent l'un et l'autre auraient parti lié : le dit premier ministre aurait joué la politique du pire pour créer une panique boursière telle que son remplacement par Syriza ne pourrait que plonger la Grèce et la zone euro dans le chaos. 

A-t-on intérêt à alléger la société ?

J'en arrive à penser que l'on est tous en surpoids. Mais, si l'on s'allège, ne va-t-on pas accélérer la dépression dans laquelle on s'enfonce ? 

Pas forcément. Il est possible que la surcharge fasse que l'on n'arrive plus à bouger. Si l'on s'allège, on aura (les entreprises en particulier) envie d'agir, et l'activité mondiale pourrait, au contraire, redémarrer. 

En particulier, le marché, qui n'est qu'échanges, et pas concurrence.

Alors, tant pis pour les limites à la croissance ? Pas forcément non plus. Peut-être que notre croissance par surcharge pondérale n'était pas bonne, et que l'on va retrouver une croissance plus durable. 

Tout ceci est bien mystérieux ? 

vendredi 19 décembre 2014

Et si nous devenions "lean", qu'aurions-nous à y gagner ?

La production lean (un terme inventé par John Krafcik, un chercheur de l'IMVP) est "maigre" parce qu'il utilise moins de tout en comparaison avec la production de masse. la moitié de l'effort humain dans l'usine, la moitié de la surface de fabrication, la moitié de l'investissement dans l'outillage, la moitié des heures d'ingénierie pour développer un nouveau produit, en moitié moins de temps. Aussi, elledemande de conserver bien moins que la moitié des stocks sur site, elle résulte en bien moins de défauts et elle produit une bien plus grande, et toujours croissante, variété de produits. (WOMACK James P., JONES Daniel T., ROOS Daniel, The Machine That Changed the World, Scribner Book Company, 1995.)
Dans un travail fait avec le professeur Schmitt, je fais le parallèle entre notre époque et celle qui a vu l'arrivée du "lean". Nos entreprises sont de nouveau des bureaucraties, ce sont des structures de flicage. Et si on les allégeait ? Quels bénéfices en attendre ? La phrase précédente en donnerait-elle un ordre de grandeur ?

Au fait, par où commencer pour devenir "lean" ?  
Un objectif clé de la production lean est de pousser la responsibilité très bas dans l'échelle des responsabilités. Responsabilité signifie la responsabilité de contrôler son travail.

La solution à la crise : cure massive d'amaigrissement ?

Et si la solution à la crise était l'amaigrissement, massif, radical ? J'arrive à cette conclusion par tant de voies différentes que je commence à m'interroger :
  • Etude faite avec le Professeur Schmitt : nos entreprises sont devenues des bureaucraties "top heavy" il faut liquider les couches élevées, en revenir au "lean", responsabilisation et codéveloppement.
  • Big Data, idem : Oracle et son écosystème ont saturé l'entreprise de matériels et de logiciels camisoles de force, la démocratisation et la flexibilisation de Google and co permettent d'alléger radicalement tout ceci. 
  • Mon étude de l'Etat m'amène progressivement à quelque chose de similaire. Le déficit du pays viendrait peut-être bien de ce que nos politiciens ont vidé nos poches, et dissipé nos capacités nationales d'investissement pour nous accorder des subventions qui ont eu l'effet, spéculatif, inverse de celui qui était prévu. 
  • Augustin de Romanet, avec son Etat stratège, me semble, lui aussi, parler d'un Etat lean. 

jeudi 18 décembre 2014

Arbres de connaissances : révélateurs de compétences

Les arbres de connaissances : la solution (systémique) à nos problèmes nationaux ? Un concept d'une élégance et d'une puissance fascinantes.



Les arbres de connaissances sont une manière simple de représenter les compétences d'une entreprise. Et cela a des conséquences inattendues. 

En effet, le handicap de l'entreprise, c'est la "méfiance". Ses membres pensent qu'elle n'a pas de stratégie, qu'ils sont incompétents (ou, probablement, qu'ils sont substituables) et surtout qu'ils sont concurrents les uns avec les autres. (C'est ce que dit Anthony Frémaux, mais je pense que peu de gens le contrediront.)

Le logiciel montre tout le contraire : compétences ignorées et complémentarité, et ces compétences complémentaires forment une compétence collective unique, dont découle "évidemment" une stratégie. 

(Bien entendu, la vidéo dit beaucoup plus que cela, mais l'idée que je viens d'écrire me parait majeure.)