samedi 25 octobre 2014

Changements et université

J'interroge mes élèves sur leur perception de l'université (que, moi-même, je ne vois que pour faire mes cours). Il en ressort un curieux sentiment d'hypocrisie : à titre d'exemples :
  • Pourquoi le Master dans lequel j'enseigne a-t-il déménagé dans un autre établissement alors qu'il n'y a aucune possibilité d'avoir accès à ses installations ? Raison officielle : se rapprocher des entreprises - on est à la Défense -, mais, il n'y a pas de contact avec les entreprises ! 
  • Pourquoi la partie apprentissage du Master est-elle restée sur le site historique, alors que c'est elle qui a le plus de raison de vouloir se rapprocher de l'entreprise ? 
  • Il y aurait un superbe système d'information que personne n’utiliserait. (Je n’étais pas au courant !)
  • Le Master est présenté comme international. Or, il n'y pas de cours en anglais. Seulement 2h de cours hebdomadaires de formation au TOEIC, un test que tout le monde a passé !
  • Tous les cours parlent de l'importance de la communication alors qu’il n’y a pas de communication au sein de l'équipe enseignante et de l'administration. 
  • Pas de salle de réunion pour travaux de groupe alors que le cours est fondé sur ce type d'exercices. 
  • Exercices scolaires alors que l’université est supposée former des professionnels. 
  • Le nom du Master (Comptabilité Audit Reporting) est illisible par les employeurs (qui veulent embaucher des contrôleurs de gestion). 
  • Problèmes administratifs : réinscriptions, transfert d’information entre universités, paiement des frais d’inscription non adaptés aux étrangers, dysfonctionnements divers. 
  • Pas de temps pour la recherche de stage.
  • Université de gestion mal gérée ! (En pertes, alors qu'elle fut longtemps excédentaire.)
  • Positionnement grande école est-il judicieux ? Perte de ce qui a fait le succès de l'Université ?
A quoi, on peut ajouter que la cote du Master à nettement baissé.

Ce qu'il y a d'étrange là dedans, c'est que l'on a l'impression que tout ce que l'on a dit contre l'université (au moins celle-ci) était faux. En revanche, c'est maintenant que c'est vrai !

Exemple de moment thucydidien ?

vendredi 24 octobre 2014

De la concurrence scolaire

Les thuriféraires du libre choix de l’établissement considèrent qu’il favorise la concurrence entre établissements et, pour cette raison, l’efficacité du système éducatif. Cette idée très répandue relève de l’idéologie et non de l’analyse (...) Les recherches tant nationales qu’internationales convergent sur un autre constat. L’absence de choix ou un choix régulé des demandes parentales favorise la mixité sociale, facteur d’efficacité : le niveau moyen des élèves est globalement plus élevé dans les systèmes scolaires socialement mixtes (Pierre Merle, « L’affectation des élèves dans les établissements scolaires », La Vie des idées, 21 octobre 2014. ISSN : 2105-3030. URL : http://www.laviedesidees.fr/L-affectation-des-eleves-dans-les.html) 
Forme de dilemme du prisonnier ? En voulant défendre les intérêts de leurs enfants, les parents dégradent le système scolaire, ce qui va contre leur intérêt, et, encore plus, contre celui de la société ? En tout cas, nouvel exemple du tissu d'âneries auquel nous avons eu droit ces dernières années ? 

(On apprend aussi que la France est devenue exceptionnelle par sa discrimination scolaire...) 

Le FN peut-il gagner ?

Par certains côtés, le FN paraît imbattable. N'a-t-il pas la capacité de rassembler les voix des mécontents ? Mais, il ne semble pas avoir la compétence de gouverner. Et, contrairement à d'autres partis extrémistes étrangers, il fait l'objet d'une forme de diabolisation. 

Je me demande si ce n'est pas ce qui pourrait le faire réussir. En effet, les partis traditionnels ne semblent pas désireux de discuter avec lui de ses faiblesses. Ils disent à l'électeur : vous avez le choix entre nous et le diable, notre opposé. Vu leur bilan, ils soumettent la France à une grande tentation... 

Le problème vient peut-être de ce qu'ils ne veulent pas avouer qu'ils ne savent pas où ils vont. Dommage, parce que dans un monde où domine l'incertitude, c'est eux qui ont l'avantage...

jeudi 23 octobre 2014

Airbnb condamné : la fin des "disrupteurs" ?

A state government report into Airbnb’s home letting service in New York called for more regulation of the sharing economy, after finding that 72% of its listings in the city were illegal and broke one code or another. It also found a notable concentration of multiple properties let by the same individuals; 6% of landlords took 37% of the revenue. (The Economist)
L'économie traditionnelle aurait-elle trouvé le point faible des pirates du "digital" ? Justement, que ce sont des pirates ?

(Dans la même série. Le Financial Times titre : TV’s big guns take on the disrupters, New streaming services from HBO and CBS show how the networks are fighting back.)

Apprenons à aimer les Anglo-saxons

Ce blog est violemment anti Anglo-saxons. Probablement, il n’est pas seul dans son cas. Partout on leur reproche leur hypocrisie. Généralement en leur assimilant l’Occident.

Nous commettons tous la même erreur. Nous déduisons des actes des Anglo-saxons ce à quoi ils croient. Et donc leurs objectifs à long terme. En fait, le long terme n’existe pas pour eux. L’action n’est corrélée qu’à une intention à court terme. L’Anglo-saxon a des valeurs, à long terme, qui ne se déduisent pas de ses actes. Il ressemble à un voilier face au vent. Il tire des bords pour atteindre son objectif. Pour autant, cela ne signifie pas que son comportement soit sans danger. Il peut faire des bords trop longs et perdre le cap, ou s’échouer. Ou le cap peut être mauvais. Mais, les critiques qui lui sont faites sont infondées.

Voici la réflexion que je tire des changements d’avis de The Economist et de McKinsey

mercredi 22 octobre 2014

Jean-Jacques Pauvert

La semaine dernière France culture rediffusait une série d'interviews de l'éditeur Jean-Jacques Pauvert. J'ai découvert un homme intéressant. 

A une époque où l'on n'est rien si l'on n'est pas Bac+5, il n'avait pas dépassé la seconde. Et pourtant il m'a semblé bien supérieur à nos grands intellectuels. En particulier, à la ribambelle de philosophes que l'on vénère. Il me semble qu'il a livré un combat contre l'hypocrisie. Pour la liberté de parole. Ou peut-être encore plus pour la liberté de penser. Il semble aussi avoir cherché à lire l'oeuvre comme on l'aurait fait à l'époque de sa publication. Curieusement, il a recherché les procès qu'on lui a faits. Il espérait que l'on y discuterait des raisons de la censure. Mais, il a été déçu. Si je l'ai bien compris, la censure n'a pas de raison. 

Il a perdu la bataille. La publication de l'oeuvre de Sade, le prouve. Il le voyait comme un grand écrivain, original, important. Aujourd'hui, on le lit (ou plutôt on en parle, je doute que beaucoup de monde l'ait lu) parce que c'est "bien" de le faire. Parce qu'ainsi on est un esprit avancé. Un révolté reconnu.

(JJ. Pauvert parle de censure en France.)

Qu'est-ce que la volonté générale ?

J’ai l’impression que l’on a longtemps pensé que le vote était l’expression de la volonté générale. Ce qui est curieux, lorsque l’on y réfléchit. Puisque on nous donne généralement le choix entre la peste et le choléra.

Variante anglo-saxonne : le prix est l’expression d’un vote démocratique. Les acteurs du marché votent avec leur argent. Autrement dit, le marché, c’est la réalisation de la démocratie. Pas besoin de politique. Et ceux qui n’ont pas d’argent ? Dieu les a jugés indignes de lui.

Pour ma part, il me semble qu’il faut se tourner vers l’anthropologie. Comme les Pygmées d’Eric Minnaert, périodiquement, une société se trouve dans des circonstances difficiles. D'où dépression. Dans certains cas, elle se traduit dans les statistiques. Par exemple, par une envolée des chiffres des suicides (idée de Durkheim). Comme aujourd’hui, en France. Première expression (inconsciente) de cette volonté générale. 

Deuxième étape de son expression : sortez-nous de ce cauchemar ! Pour ce faire, tout n’est pas possible. C'est la théorie de Robert Merton. Il y a des moyens acceptables et d’autres non. Cette théorie illustre bien notre situation. 
  • D’un côté, il y a les milieux financiers. Ils sont « innovateurs » : pour nous sauver, nous devons renoncer à nos valeurs. Notre salut passe par notre destruction ! 
  • Ensuite, il y a notre gouvernement. Il est ritualiste (bien qu’il soit de plus en plus tenté par l’innovation). Il pense que ce qu’il fait est bien. Pas besoin de changer dans ces conditions.
Ce qui nous manque, c’est une solution « conforme » : un moyen de nous transformer, en respectant nos valeurs. Autrement dit « changer pour ne pas changer ». 

mardi 21 octobre 2014

Allocations familiales

Le gouvernement veut faire varier le montant d'allocations familiales en fonction des revenus. A droite et à gauche, les hommes politiques s'opposent à la mesure. Bonne ou mauvaise mesure ?
  • C'est une spirale dangereuse disent les politiques. D'ordinaire c'est un argument qui m'agrée. Mais là, j'ai du mal à comprendre de quoi il s'agit. Les impôts me semblent aussi modulés en fonction des revenus, et personne n'y voit rien à redire. Mais j'ai peut-être raté quelque chose. En fait, j'ai un peu de mal à comprendre pourquoi on donnerait de l'argent à des gens qui ont des revenus élevés, pour l'entretien de leurs enfants. D'autant que les sommes sont ridicules en comparaison avec ce qu'ils gagnent. 
  • Efficacité économique. On nous dit qu'il faudrait une relance. Là, c'est le contraire. Certes. Mais puisque tout le monde veut faire des économies, y a-t-il d'autres idées plus efficaces ? 

Eliminer Ebola, leçon nigérienne

Comment le Nigeria s'y est-il pris pour se débarrasser d'Ebola ? Très rapide identification des contaminés et de ceux qu'ils ont rencontrés (898 contacts pour deux personnes !), isolement. Apparemment, cela n'est pas allé totalement de soi, il a souvent fallu faire preuve de "persuasion". Et le fait que le peuple ait confiance en l'Etat a été probablement un facteur de succès important.

Que peut-on en déduire ?
  • Que ces techniques ne peuvent pas être utilisées là où l'épidémie est installée. 
  • Qu'un Etat en bon état de fonctionnement réagit vite et bien à une épidémie, parce que ses institutions sont bien conçues, parce que leurs membres font preuve d'initiative judicieuse et d'autonomie, et parce que la population lui fait confiance. Selon ces critères d'évaluation, les USA seraient inférieurs au Nigéria, me semble dire l'article. 
(Utile rappel de l'utilité de l'Etat, à une époque où l'on dit qu'il est porteur du mal et que l'entreprise à elle seule fait le bonheur public ?)

Qu’est-ce qui compte le plus dans l’enseignement ?

L’examen de mon cas particulier, me fait dire que ce que l’on doit attendre de l’enseignement, c’est avant tout une éducation de la raison. C'est la capacité de mettre des mots sur notre inconscient. D’avoir une opinion argumentée sur tout. Sans cela on s’expose à être un esclave ou un incendiaire manipulés. Autrement dit, un animal.

C’est le rôle de l’enseignement littéraire de nous apprendre à nous exprimer. Je pense qu’il a connu un succès certain à l’époque de l’Ancien régime. Mme de Sévigné ou le duc de Saint Simon en sont deux exemples marquants. En tout cas, c’est une des mes faiblesses.

L’intérêt d’un enseignement scientifique arrive ensuite. Le danger de la seule expression élégante de son inconscient est le sophisme et l’hypocrisie. La science, si elle est correctement comprise, apporte la rigueur scientifique. A ce point, il reste à affronter les problèmes qu'empêche de masquer une telle morale.

Dans ce cas, c’est peut-être plus la démarche scientifique que la science elle-même, qui est utile.