samedi 19 décembre 2009

Droit international

Hier matin, interview d’un juriste éminent par France Culture, au sujet du différend entre Google et le droit d’auteur français.

Prenant l’exemple du précédent de je ne sais pas quel problème de satellites, il explique que lorsqu’on est confronté à une question commerciale qui touche plusieurs pays, on ne peut pas prendre en compte les droits de chaque pays. Trop compliqué. Il faut choisir celui du pays de l’entreprise à l’origine de la question.

Je trouve cette idée intéressante : il suffit à la dite entreprise de choisir un pays sans droit (d’auteur pour Google), pour ne plus avoir de soucis. En procédant ainsi on devrait aisément ramener à rien le droit mondial.

Quant aux satellites, je me demande si les droits en cause étaient fortement différents les uns des autres. Mais notre juriste a oublié de nous le dire.

British Airways

J’entendais dire que British Airways était en grève, et que ses employés coûtaient deux fois plus que ceux d’Air France. L’idée suivante m’est venue :

La culture de l’argent, qui a été fort encouragée dans les pays anglo-saxons ces dernières années agit sur tout le monde. Mais pour gagner plus, il ne faut pas travailler plus, mais se trouver dans une position de force : il faut que la demande qui est faite de ses services soit supérieure à l’offre. De ce fait, l’entreprise devient rapport de forces, et ceux qui y gagnent la vident de sa substance. Les vainqueurs peuvent être les dirigeants, les employés groupés en syndicats, ou les deux (qui plument les actionnaires, ou le marché).

Deux interrogations :

  1. Ne serait-ce pas ce qui explique la haine, que je n’arrivais pas à comprendre, qu’ont des journaux comme The Economist pour les dits syndicats ?
  2. La culture de l’argent ne condamne-t-elle pas l’entreprise au surcoût, au conflit et à la lutte des classes ?

Compléments

vendredi 18 décembre 2009

Bien et mal

Notre sens du bien et du mal se définirait suivant une formule...

Haidt proposes that the foundations of our sense of right and wrong rest within “five innate and universally available psychological systems” that might be summarized as follows:
  1. Harm/care: Evolved mammalian attachment systems mean we can feel the pain of others, giving rise to the virtues of kindness, gentleness and nurturance.
  2. Fairness/reciprocity: Evolved reciprocal altruism generates a sense of justice.
  3. Ingroup/loyalty: Evolved in-group tribalism leads to patriotism.
  4. Authority/respect: Evolved hierarchical social structures translate to respect for authority and tradition.
  5. Purity/sanctity: Evolved emotion of disgust related to disease and contamination underlies our sense of bodily purity.
Les libéraux seraient relativement plus forts sur les deux premiers critères (individualisme), les conservateurs sur les trois derniers (respect des valeurs sociales). Un questionnaire pour savoir qui on est : http://www.yourmorals.org.

Quant à moi, serais-je un mutant ? Je suis à la fois un super libéral et un super conservateur, sauf pour le dernier critère où je suis plus bas que tous…

jeudi 17 décembre 2009

Afghanistan et UE

Mes deux précédents billets sur la guerre afghane identifient deux scénarios d’évolution :

  1. Un foyer de terrorisme local, qu’il s’agit de désorganiser et de contenir.
  2. L’émergence d’un état taliban organisé qui pourrait, notamment en faisant s’effondrer le Pakistan démocratique, créer une sorte de foyer anti-démocratie qui menacerait de contamination la région, puis le monde. Où l’on redécouvre que la démocratie n’a pas définitivement gagné la partie. Et que le fameux effet domino, dont parlent les stratèges américains depuis la seconde guerre mondiale, pourrait exister. Dans ces conditions il serait justifié que l’Occident se maintienne dans la région.

Si ce second cas est vraisemblable, pourquoi l’Europe ne s’engage-t-elle pas de manière plus décisive, alors ? Parce qu’elle sait que le faire serait sortir d’une neutralité à l’endroit des grandes économies de la région (Chine et Inde) qui est bonne pour son économie.

Mais le jeu en vaut-il la chandelle ? Dans le plan Obama, l'apport de l'Europe pourrait-il être autre que marginal ? Changerait-il grand-chose à la situation afghane ? Cela soulagerait certainement l’Amérique, mais le coût pour l’Europe de ce service n’irait-il pas bien au-delà de sa valeur pour l’Amérique ? Peut-elle s'engager en Afghanistan sur une stratégie qui n'est pas la sienne ?

Civilisation de l’argent

Discussion avec une petite cousine (13 ans). Elle ne comprend pas pourquoi elle doit travailler sans être payée. Ce qui me frappe parce qu’un ami me disait il y a peu que son fils mettait ses mauvaises notes au compte de son absence de rémunération.

Mon père avait toute sa vie été infiniment reconnaissant à l’éducation nationale de lui avoir évité d’être un paysan corrézien, grâce à ses résultats exceptionnels au certificat d’études. Je me souviens aussi de Raymond Poulidor, un autre bon élève, qui racontait avoir pleuré lorsqu’il avait dû quitter l’école, après le dit certificat.

Et, en ces temps reculés, l’éducation signifiait l’accès au savoir qui permet de ne pas se laisser embobiner par ceux qui ont l’intérêt de nous asservir.

J’aurais du mal à expliquer ce qui s’est passé. Mais il est fascinant de constater que l’on peut s’endormir dans un monde et se réveiller, sans avoir rien vu arriver, dans un autre tout différent.

Ce qui est aussi curieux, c’est que les dits mondes semblent obéir à un petit nombre de modèles. Nous suivons avec une ou deux décennies de retard le modèle néo libéral, modèle qui était déjà présent dans l’Angleterre de la révolution industrielle : argent, individualisme, classes… D'ailleurs les théories économiques du 19ème, que Galbraith croyait définitivement ridiculisées, ont ré émergé, triomphales.

Ce qui est encore plus curieux, c’est qu’alors que nous y basculons, les Anglo-saxons, eux, voient la France comme un paradis perdu. J’entendais ce matin Axel Kahn dire que Gordon Brown jouait sa ré élection sur une sorte de copie du modèle français ; de même, aux USA, notre popularité est au plus haut…

Compléments :

La ballade de Cable Hogue

Film de Sam Peckinpah.

Pour une fois, il n’y a pas massacre. Ballade à la gloire des aventuriers de l’Ouest, éliminés par la machine et la civilisation. Des gens qui savaient vivre libre.

mercredi 16 décembre 2009

Motos taxis

Ça devait faire longtemps que je n’avais pas pris l’avion : j’ai été surpris par le nombre de personnes qui venaient, dans l’aérogare, proposer les services de leur moto.

Spectacle curieux. Celui de la concurrence, que le modèle libéral appelle de ses vœux. Je ne m’attendais pas à ce qu’il y ait autant d’entrepreneurs en France. On n’y a plus peur des petits boulots. Triomphe de la raison ou de la misère ?

Le soldat bleu

Film de 1970, auteur inconnu (Ralph Nelson).

Au 17ème siècle on jouait les drames grecs en costume de cour, dans ce film deux hippies se retrouvent au Far West. Morale ? Ce n’est pas bien de tuer des Indiens. Peut-être aussi contestation des valeurs de l’époque.

mardi 15 décembre 2009

Chine incontrôlée

Why China Won’t Rule the World : la Chine ressemble à un tacot sans freins qui dévalerait une pente à grande vitesse :

  • Les 1200 milliards de dollars injectés dans l’économie l’ont été sans grand discernement : un sixième des prêts ne devrait pas pouvoir être repayé ; les capacités de production du pays n’arrêtent pas de croître, mais son peuple n’a pas les moyens de consommer ; il n’y a plus de demande pour ce que produit son industrie d’exportation, mais les décisions qui s’imposent tardent à être prises ; l’argent des banques part dans des monstres d’état inefficaces.
  • À l’extérieur, la méfiance règne si bien que la Chine ne peut mettre la main sur les entreprises et les ressources qu’elle désire acquérir ; à l’intérieur le peuple est mécontent, les régions frontalières, riches en ressources naturelles, sont démangées par la tentation séparatiste, et tout cela alors que les manœuvres préliminaires au remplacement de la direction du parti (2012) ont démarré.

Mal de solitude

Se sentir seul est une maladie, qui a des conséquences terribles sur la santé et sur la vie.

Curieusement, c’est une question de perception plus que de réalité, et c’est une maladie contagieuse. Avoir des amis qui se sentent seuls, fait se sentir seul, parce qu’ils se comportent d’une façon mesquine et inamicale, ce qui pousse à faire de même… Alone in the crowd.

Élections régionales

J’ai fini par découvrir un intérêt à l’écriture d’un blog : s’interroger sur pourquoi on fait ce que l’on fait. Cela m’a amené à me demander ce que j’appréciais au cinéma, mais aussi pourquoi je votais comme je le faisais. Les élections régionales s’annoncent, préparation :

Redécouvrir sur quoi repose notre société

Ma réflexion a commencé avec les élections européennes. Auparavant je m’étais rendu compte que je n’avais rien compris aux présidentielles.

Ce que je commence à apercevoir, c’est que ce n’est pas le vote qui est important, mais le processus qui le précède. Et ce processus est avant tout la recherche du problème que l’on doit résoudre. Ce qui demande de comprendre la nature de notre société, ce qui en fait les fondements.

Voter c’est donc redécouvrir ce qui porte notre société, c’est « réinventer » les tréfonds de ce qui fait ce que nous sommes. C’est mettre au jour ce qui était tombé dans notre inconscient.

Par exemple, il me semble que le fondement de notre société c’est la pensée des Lumières, la volonté que l’homme ne puisse pas en asservir un autre. Cette idée est équivalente à celle « d’égalité » au sens de Rousseau : nous devons tous avoir un pouvoir, une « puissance » équivalente à celle d’un autre homme. Ceci ne signifie pas que nous soyons tous identiques ou que certains ne doivent pas posséder « plus » que d’autres. Cela veut dire que quel soit l’avantage donné par la société à tel ou tel, il ne peut l’utiliser contre l’intérêt, la liberté, de ses semblables.

À ce principe fondamental s’oppose celui selon lequel certains hommes sont supérieurs aux autres. Autres qui sont à peine utiles, et qu’il faudrait peut-être même éliminer. Cette pensée est extrêmement répandue. Elle a été ainsi clairement formulée par les néoconservateurs. Elle se voit dans les actes de notre président. Elle se trouve dans la pensée d’ancien régime, dans celle de Soljenitsyne, ou de De Gaulle, et sous-tend la critique faite aux « droits de l’homme » par beaucoup de pays émergents. En fait, elle a certainement était première : la plupart des peuples s’appellent, dans leur langue, « les hommes » (la Chine étant le pays qui est nécessaire à l’univers pour fonctionner harmonieusement).

Le monde est donc pris entre deux idéologies : chaque homme est-il sacré, ou y a-t-il une élite et des néfastes ?

Par ailleurs, ce n’est pas parce que nous prêchons l’un que nous ne sommes pas convaincus de l’autre. Comme l’ont fort bien remarqué les pays émergents, pour ne pas avoir à les appliquer, les « droits de l’homme » pris à la lettre déchaînent l’individualisme. Ce qui fait exploser les solidarités sociales, pour créer une steppe dans laquelle ceux à qui la société a donné un avantage le mettent au profit de leur intérêt.

L’enjeu local

Chaque élection a son enjeu propre. Les élections européennes m’ont amené a réfléchir aux raisons d’être de l’UE. L’UE, ai-je découvert avec surprise, a été créée par les USA. Ce qui en résulté, volontairement ou non, a correspondu aux intérêts américains : un géant économique ouvert à l’échange international, un nain politique, et surtout une zone totalement dépendante du secours américain.

L’UE est aussi un remède contre les nationalismes, qui sont une sorte d’individualisme collectif. La seule structure supranationale qui puisse fonctionner, si j’en crois JS.Mill, est un fédéralisme à l’américaine, et non à l’anglaise (une Europe des nations).

Mais le plus important pour l’Europe est de déboucher sur un projet qui utilise les talents de tous ses composants, y compris anglais. Ce projet devant transcender toutes les particularités est moins à chercher dans une sorte de « culture » commune qu’à construire. Une question probablement fondamentale pour le définir est : qu’est-ce qui manquerait au monde (de notre point de vue) si l’Europe n’existait pas ? Ensuite, les talents de chaque nation deviendront des moyens pour atteindre cet objectif.

Les considérations tactiques

« Ce qui ne tue pas renforce ». Nos décisions ont rarement les conséquences qu’elles semblent devoir avoir. Par exemple, si l’on croit à l’idéologie des Lumières, il n’est pas certain qu’avoir élu un président qui les renie soit fatalement une mauvaise chose : cela peut avoir créé un électrochoc qui nous les a fait redécouvrir.

Par contre être conscient de ce qui est important pour soi (le travail de citoyen que force à faire le vote) est essentiel pour réagir si la situation nationale menace de se dégrader de manière irréversible.

Les élections régionales

Quant aux élections régionales, je pars de très loin. Pourquoi, au juste, a-t-on créé un échelon régional ? Quel est son rôle dans notre démocratie ? Quels sont les problèmes que rencontrent les régions ? L’administration d’une région par tel ou tel parti par tel ou tel homme politique a-t-il le moindre impact sur la vie du pays et de ses citoyens ?...

L’enquête commence, mais où trouver des sources d’information ? J’ai l’impression que peu de gens s’intéressent au sujet.

Compléments :

lundi 14 décembre 2009

Toyota à l’orange

J’apprends que Toyota se porte mal. Toyota, parangon de vertu industrielle ? Ses maux :

La qualité, sa force, est maintenant égalée par tous. D’ailleurs elle a récemment fortement baissé. Car Toyota s’est lancée dans une course au volume qui lui a fait tout oublier, y compris de concevoir des voitures que l’on ait envie d’acheter.

Compléments :

  • Je tire ces idées de Losing its shine, qui chante aussi les exploits de VW, et accessoirement de Hyundai.

Repli américain

Pay any price? Pull the other one. La croisade est finie, les Américains veulent oublier le reste du monde.

Plus question de promouvoir la démocratie, les droits de l’homme, ou d’améliorer les conditions de vie des pays pauvres. L’Amérique doit « s’occuper de ses affaires ». D’ailleurs, l’étranger est une menace, à commencer par la Chine et la perfide Albion. La France, elle, paraît soudainement amicale.

dimanche 13 décembre 2009

Stratégie du PS

Un haut dignitaire du PS entendu à la radio ce matin déclarait que les Français sont las de leur hyperprésident. S’ils ne le veulent pas, en plus, dans leur région, qu’ils votent PS.

Imaginons que ce dignitaire ait raison et que la France soit irritée par son président, ne serait-il pas plus malin que le dit président gagne toutes les régions françaises, afin qu’il se rende tellement insupportable à la population que celle-ci ne veuille plus de lui ?

Compléments :

Mur vert

Un entrepreneur parle à RFI. Son entreprise met de la verdure là où il y avait du béton, de l’acier et des barbelés.

Les murs de végétation sont plus efficaces que les barbelés pour défendre les militaires (il faut une demi-heure pour les percer, contre quelques minutes pour les défenses traditionnelles), ils isolent efficacement du bruit, le long des autoroutes ils absorbent les accidentés au lieu de les renvoyer sur la route… Et en plus ils combattent l’effet de serre.

Notre crise environnementale est elle en train de nous transformer ? L’Occident a voulu façonner la nature, construire un monde idéal atome par atome (nanotechnologies, OGM...), découvrirait-il que la nature est bien plus extraordinaire que ce qu’il pourra créer et que s’il arrive à en comprendre les mécanismes, il pourra parvenir à ses fins bien plus efficacement, avec beaucoup moins d’efforts, et beaucoup moins de risques pour sa survie, qu’en voulant la recréer ?

Compléments :

  • Cette idée est la conclusion de mon premier livre. Le changement c’est avant tout utiliser l’infini potentiel d’une organisation.
  • Biohacking.
  • L’armée durable : Greenery on the march

Tony Blair et l’Irak

RFI parlait d’une interview de Tony Blair par la BBC dont il ressortait qu’il pensait qu’il avait eu raison de faire la guerre en Irak, même si les raisons qu’il a données étaient erronées (armes de destruction massive).

Mécanisme intellectuel possible de Blair : 1) mon rôle est de faire ce qui est bien pour le peuple (sous-entendu idiot) ; 2) une fois que je l’ai trouvé, j’utilise les moyens qui me permettent de le convaincre. La fin justifie les moyens.

Faisons maintenant l’hypothèse que le peuple est intelligent, et que l’Angleterre est une démocratie, et que M.Blair représente « l’exécutif », c'est-à-dire l’organe qui doit mettre en œuvre la volonté du peuple, telle qu’exprimée par le « législatif », qu’aurait-il dû faire ?

Modèle trop théorique ? Dans notre démocratie le chef de l’exécutif ressemble à un dirigeant d’entreprise, il a une délégation de pouvoir, même s’il doit rendre des comptes. Alors, pourquoi M.Blair n’a-t-il pas soumis le problème de la guerre d’Irak au peuple ; organisé la réflexion de celui-ci de façon à ce qu’elle soit efficace ; et mis en œuvre la solution qui en résultait ? Peut-être que l'Angleterre aurait trouvé une idée qui aurait permis de réaliser la fin que désirait M.Blair (éliminer une dictature), mais avec un moyen moins sanglant, et moins inefficace (la guerre), et sans tricher avec les règles de la société ?

Compléments :

L’Europe au crépuscule

Ces derniers temps on parle beaucoup du déclin de l’Europe. The Economist fait un curieux parallèle avec Le Guépard :

Comme le prince sicilien, l’Europe se complaît dans le sentiment agréable d’un déclin confortable.

Pourtant rien n’est joué, pourquoi ne pas utiliser l’énorme héritage européen pour lancer le continent dans de nouvelles aventures ?

A400M

Le projet A400M ne semble pas très glorieux, retards, surcoûts... L’A400M a décollé, ce matin, à 10 h 16 n’est pas d’accord :

La conception d’un avion ne se passe jamais comme prévu, à commencer par celle des Airbus et des Boeing. Dans ce cas, les spécifications étaient faites par plusieurs clients en même temps ce qui augmente immensément la difficulté de l’exercice.

À quoi il faut probablement ajouter de difficiles négociations pour savoir comment se répartir la fabrication des composants de l’appareil entre pays, et des délais qui étaient initialement irréalistes, selon Wikipédia.

Alors l’A400M doit-il être vu plus comme la mise au point d’un très compliqué processus de collaboration entre nations, un apprentissage organisationnel, que comme la seule invention d’un nouvel avion ?