mardi 22 juillet 2014

Comment agir sur les systèmes ?

Le piège avec les systèmes est qu’il y a système et système.

Nous sommes un système. Mais nous formons système avec notre environnement. Nos problèmes viennent généralement de là. La difficulté est de comprendre qu’il faut agir sur le second, mais que le premier n’évoluera pas. Or, nous avons tendance à faire le contraire. Nous voulons nous changer (par exemple nous « guérir » chimiquement d’une dépression), alors qu’il faut changer d’environnement. Il faut remettre la baleine à l’eau disait un billet précédent. Ce type de changement passe donc souvent par la destruction d’un système malsain.

Mais ce n’est pas toujours possible. En effet, comme ces vieux couples, il peut nous être devenu impossible de vivre sans notre système. Il faut penser à le changer. Par exemple, il serait peut-être bien qu’Alstom, qui semble avoir une tendance naturelle à pisser le cash, mette en route un système de « target costing ». Ce faisant, on modifie le « système Alstom », en lui ajoutant un nouveau « thermostat », un nouveau contrôle. L’entreprise change de nature. Un peu comme ces voitures jouets qui deviennent des robots. 

lundi 21 juillet 2014

Manager intermédiaire : la chasse est ouverte

Le manager est en danger. Soudainement, j'entends cette idée partout : les entreprises sont devenues bureaucratique. Un excès de cadres produit surcoûts et rigidité. Il faut s'en débarrasser. (Microsoft, en exemple.)

C'est d'ailleurs aussi ce que dit le rapport que j'ai écrit avec Jean-Pierre Schmitt. Inattendu, nous sommes à la page. Cependant, je ne suis pas sûr que l'on sache bien ce que signifie cadre ou cadre intermédiaire. Pour nous, il y en a deux types. 

  • Le cadre proche du terrain (le sous-officier de l'armée), qui a souvent conservé un gros savoir-faire, mais qui aujourd'hui a perdu tous ses repères, vit dans les dysfonctionnements résultant de réformes ratées, et paraît souvent résister au changement. 
  • Une forme de technocratie gestionnaire et ritualiste (les colonels de l'armée mexicaine), très diplômée, extrêmement coûteuse, qui mène une existence de réunions et de voyages internationaux. Elle a émergé avec le nouveau mode de management, financier, des entreprises. 
C'est cette technocratie qui doit être allégée. (Elle ferait donc bien de songer à une reconversion.) Quant au cadre de terrain, on doit lui donner un coup de pouce pour le remettre en selle. 

Comment tuer la pensée systémique ?

L’après guerre fut systémique. Toute la science l’a été. Et la plupart de nos progrès techniques. Pourquoi cette pensée n’est-elle plus la nôtre ?

Peut-être parce qu’elle a été tuée par la science. La science est anti systémique. Ou plutôt elle est un système en elle-même. Elle cherche à faire de tout un programme. Quelque chose de prévisible, mécaniquement. En particulier elle a voulu modéliser les systèmes, cartographier les manières de les faire changer…

Eh bien, le système est un être vivant. Si vous l’enfermez dans une cage, il crève.

L’apprentissage de la pensée systémique, ce n’est rien d’autre que réaliser la conséquence terrifiante, ou grandiose, d’un monde fait de systèmes. Puis réfléchir à ce que cela signifie. Vous redécouvrirez les résultats scientifiques. Et surtout, vous conserverez ce qui est essentiel pour vivre dans ce monde de systèmes : votre capacité à penser sur vos jambes. Ou plutôt, votre capacité d’émerveillement. 

dimanche 20 juillet 2014

Vieille Amérique

« Même si la croissance potentielle repart un peu, l’Amérique va de plus en plus ressembler aux économies vieillissantes, à faible croissance, qu’elle méprisait ». Le chômage est faible, mais l’Amérique ne croît pas. Le moteur de son développement est grippé.

La France est enlisée au Mali. M.Hollande a voulu faire comme M.Mitterrand. Mais il n’avait pas les mêmes atouts. En Ukraine, « La colère sur le terrain peut-être en train de créer ce que Alexender Golts (…) appelle « une longue guerre partisane » ». Elle aurait échappé au contrôle de la Russie. Justice italienne. Cauchemar de l’économie. Cause culturelle, peut-être : ce qui compte n’est pas l’efficacité mais l’élégance intellectuelle du jugement… La Suisse, une confédération, pourrait-elle donner des leçons à l’UE ? Elle semble avoir tiré le meilleur des cultures qui la composent. Mais, « l’union monétaire suisse est arrivée après des siècles d’unité politique ». Remaniement ministériel en Angleterre. M.Cameron a constitué un gouvernement en vue des prochaines élections. Il a de bonnes chances de gagner, vue la médiocrité d’Ed Milliband. Gouvernement faible, et qui n’améliore pas les chances de l’Angleterre de rester dans l’UE. Israël et les Palestiniens. Pas une guerre mais recherche du retour au statu quo ante. Le Hamas est dans l’intérêt d’Israël, qui craint qu’il ne soit remplacé par Al Qaeda. Les frappes visent essentiellement ses membres, et leur famille. Aux USA, le monde politique se solidifie en deux camps, qui ne veulent pas se parler. Démocratie paralysée.

Venezuela. A la suite d’une grève, M.Chavez a licencié une grande partie des employés de son industrie pétrolière. Ils avaient une compétence rare. Ils sont partis faire la fortune des pays voisins. Les BRICS (ou la Chine, surtout ?) ont décidé de remplacer le FMI. Ambition : aider les pays en développement à investir dans des infrastructures de transport. Au Japon, la côte de popularité de M. Abe choit. « M. Abe est perçu comme ayant fait passer en force, contre la volonté de la plupart de la population, un changement historique de la politique de sécurité japonaise ». Les capitaux, les oligarques et les mafieux de la Chine continentale sont en passe de museler la presse de Hong Kong. Chine continentale dans laquelle les victimes de la nouvelle révolution culturelle, anti corruption, sont de plus en plus nombreuses. Nouveau gouvernement égyptien. Paternaliste et paralysé par sa dépendance aux intérêts spéciaux nationaux.

Qu’est-ce qui tire l’industrie pharmaceutique ? La recherche des failles de la législation. L’industrie pétrolière, elle, parie que le pétrole restera cher et  que les gouvernements seront incapables de combattre le réchauffement climatique. Après des années douloureuses, les affaires de l’industrie de l’armement repartent. Mais le marché est fragmenté et difficile. L’industrie de l’armement doit devenir efficace. Apple et IBM s’allient. Les forces d’IBM vont se mettre à vendre les produits d’IBM à l’entreprise. Leurs concurrents sont pris par surprise. Qu’attendre de Big data ? Pas de rupture, une optimisation à la marge, mais sur de gros volumes.  

La systémique pour les nuls

Conduire le changement demande une pensée systémique. Qu’est-ce que la systémique ?

Si notre vie est un cauchemar, c’est la faute aux systèmes 
Pas de systémique sans histoire. Je choisis Les limites à la croissance. Le rapport du Club de Rome, issu du MIT. On en a retenu qu’il s’en prenait à la croissance. On lui a objecté que, sans croissance, on ne pouvait pas éliminer la pauvreté. Ce qui revenait à dire que, par principe, le rapport ne pouvait exister. Car, il constate que « la croissance » épuise les ressources naturelles. Elle nous appauvrit, donc. La croissance crée la pauvreté.

Juste ou pas, on a ici l’idée clé de la pensée systémique. Les malheurs du monde, de la nation, de l’entreprise, du couple… viennent de ce que nous confondons cause et conséquence. Le problème de votre couple, ce n’est pas votre conjoint, mais les circonstances dans lesquelles vous vous trouvez, qui font que vous-vous insultez.

Cette confusion produit la « prédiction auto réalisatrice ». Vous-vous enfoncez dans un cercle vicieux. Israéliens et Palestiniens, Allemands et Français… Voilà l’origine des cauchemars de notre vie.

Que faire ? Comment se comporter dans un monde de systèmes ? Et si la cause des mauvaises notes de votre fils, c’était vous ? Commencez par vous demander si vous ne devriez pas faire le contraire de ce que vous faites. Nouvelle grande idée de la pensée systémique. 

Système = résistance au changement
Qu’est un système ? me direz-vous. Une résistance au changement institutionnalisée. Le système est « quelque chose » qui maintient constante une valeur importante pour lui. Exemple type : le thermostat. Les machines sont des systèmes ! Mais surtout, vie = système. A commencer par l’homme, qui n’est qu’un assemblage de constantes : température, pulsions cardiaques... Autre système : l’entreprise.

Le comportement collectif comme mécanisme d’autocontrôle
Une entreprise innovante, par exemple, va exploiter au mieux ses ressources rares (sa recherche). Pour cela, elle éliminera systématiquement les produits qui ne lui « rapportent pas assez ». Imaginons que, un jour, elle n’arrive plus à trouver des idées suffisamment rentables. Elle ne produira plus rien. Elle s’effondrera sous ses coûts fixes. Voilà la question de la « marge brute » dont parlent les business cases. L’erreur de l’entreprise ?  Ne pas avoir réduit ses coûts fixes. Mais comment peut-on être aussi bête ? vous dit l’universitaire.

Parce que les membres de la société ne suivent pas une règle comptable. C’est la combinaison de leurs comportements qui fait « comme si » ils le faisaient. Nouveau résultat. C’est le comportement collectif qui assure l’autocontrôle du système.

Le changement se fait à effet de levier
Dans l’entreprise innovante, chacun se comporte en innovateur, inconsciemment. L’ensemble ne sait que remporter des marchés en proposant quelque-chose d’unique. Si vous attaquez les coûts fixes, vous tuez la raison d'être de l'entreprise, sa capacité d’innovation. Elle ressemble à une baleine échouée. Il faut se demander comment la remettre à l’eau. Pas lui dire de marcher, comme le pense l’universitaire.

Et voilà un dernier résultat, fondamental. Dans le monde des systèmes, les changements se font "à effet de levier". Ils ne coûtent rien. Ne pas persévérer dans l'erreur. Tout est là.
(L’universitaire est un exemple de baleine échouée. La démonstration de cette affirmation est laissée au lecteur, à titre d’exercice. On notera, par ailleurs, que l'entreprise innovante et les limites à la croissance sont deux exemples d'un même phénomène.)

samedi 19 juillet 2014

Armée et schizophrénie politique française

Le 14 juillet, on disait que le chef d'Etat major de l'armée avait failli donner sa démission. D'un côté l'Etat guerroie, de l'autre il sabre dans le budget de l'armée ! Or, l'armée n'a déjà plus les moyens de faire la guerre. Sans l'Amérique et ses prêts de matériels, elle n'est pas grand chose.

Depuis quasiment toujours, notre Etat est schizophrène. C'est l'histoire de nos champions nationaux, des noyaux durs, d'Alstom et de Bouygues, du Grand Paris... C'était déjà la cas sous Louis XIV. Non seulement, il a bâti Versailles, mais surtout, il s'est lancé dans une guerre contre l'Europe qu'il n'avait aucune chance de gagner. Le financement de ces âneries a amené Colbert à faire preuve d'un rare talent pour ruiner la France.

Ce qu'il y a d'étrange dans l'affaire, c'est qu'elle suit toujours le même schéma. D'un côté un dirigeant, pris d'un coup de folie. Et de l'autre le grands commis de l'Etat qui rançonne la nation, pour payer le caprice royal.

Comment expliquer ce curieux phénomène ? Peut-être que nous sommes une nation clientéliste. Etre puissant, c'est pouvoir donner, sans compter.

(Ce qui rejoint une remarque de Marc Abélès : le député "se fait bouffer", son pouvoir vient de sa capacité à donner, par exemple, un temps, des exemptions au service militaire - Un ethnologue à l'Assemblée, Editions Odile Jacob, 2001)

L’autodafé du management intermédiaire

Régulièrement, les couches intermédiaires de la société (de l’entreprise…) font l’objet d’une tentative de destruction. Or, on ne peut s’en passer ! Curieux ? Il semblerait que ce soit à nouveau le cas. Qu’est-ce qui peut expliquer ce phénomène ?

Notre société est individualiste. L’individualiste poursuit son intérêt. Il a deux façons de ce faire :
  • Il comprend qu’il n’est rien sans la société
  • Il se comporte en parasite.
Il est difficile d’être un parasite dans une société où chacun est proche de chacun. En conséquence : faible contrôle, parasitisme ; fort contrôle, « altruisme ».

Depuis 68 (?), la société est libérée. Nous utilisons notre rôle social comme pouvoir de nuisance. La SNCM,  dont la seule raison d'être semble la grève, est l’exemple type de ce phénomène. C’est pourquoi on veut lui faire la peau. Et à nous tous, par la même occasion. Car nous sommes tous des intermédiaires.

(Remarque. Les Grecs parlaient déjà très bien de cette question. Les « grands » sophistes, ceux qui étaient comparables à Socrate par la portée de leur pensée, estimaient que l’homme devait chercher 1) à maximiser les intérêts du groupe auquel il appartenait, tout en 2) s’assurant que ses intérêts, au sein du dit groupe, étaient respectés. Second point que nous appelons la justice. Les « petits » sophistes, quant à eux, expliquaient comment entourlouper son prochain à l’anglo-saxonne. « Sophisme » est donc devenu péjoratif.)

vendredi 18 juillet 2014

La vocation de la Silicon Valley ? La destruction de la société

The Economist explique que la stratégie de la Silicon Valley est de chercher les failles de la société. De l'attaquer par surprise. Si elle ne réagit pas à temps, c'est la fortune.
« dans l’esprit de la Silicon Valley, d’agir vite et de casser de la vaisselle, ils conduisent de rapides tests de l’appétit du public et du régulateur pour une modification des limites de ce qui est une pratique commerciale acceptable »
On retrouve ce que disait Bill Aulet, du MIT. L'innovateur est un pirate. Mais aussi la théorie du "créateur de valeur" de mon billet précédent.

Voilà donc une Silicon Valley qui annonce ouvertement qu'elle n'est pas là pour créer, mais pour dépecer la société. Et la dite société ne réagit pas. Elle admire la Silicon Valley.

La création de valeur expliquée

Depuis quelques années est apparu le « créateur de valeur ». Son arme est le « changement pour le changement ». Un changement qui n'a d'autre objet que de casser les habitudes de l'organisation. Miraculeusement, cela fait que la rentabilité de l’entreprise augmente.

Cet homme se prend pour un Dieu. Pensez-donc, par une action aussi simple, la désorganisation, il fait faire des miracles à l’entreprise. Cela ne confirme-t-il pas qu’il possède un don surhumain ?

Le phénomène s’explique simplement lorsque l’on interviewe les membres de l’organisation. Les mesures du management produisent le chaos. Pour que le travail puisse se faire, il faut donc compenser le dysfonctionnement. On fait plus avec moins. Jusqu’à ce que ce ne soit plus possible.

C’est alors que l’on parle de résistance au changement. 

jeudi 17 juillet 2014

Socrate en chamane

J'entendais l'émission des racines du ciel se demander si Socrate était un chamane. Etre un chamane, c'est faire disjoncter la raison, afin de laisser parler l'inconscient. 

Ce qui semble fort possible. En effet, les Grecs (Platon, notamment) semblaient croire que c'était lorsque l'on était confronté à l'absurde (i.e. que sa raison faisait face à une contradiction), que l'on avait accès à la vérité. 

Il me semble aussi que ce qui "pense" est l'inconscient. Le rôle premier de la raison, du conscient, est la communication (à très vaste échelle), pas la réflexion. Or, il est souvent utilisé pour nous manipuler. En particulier maintenant, où nous faisons l'objet d'un lavage de cerveau sans beaucoup de précédents. D'où, peut-être, le besoin de méditation et autres exercices du même type, qui nous permettent de déconnecter notre conscient. Et d'avoir accès à notre être réel ?