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samedi 24 septembre 2022

Les avatars de la valeur travail

J'ai publié un billet qui a eu un étonnant succès. On y entend parler l'entrepreneur vendéen de ce qui est sa valeur essentielle : le travail. 

Ce succès s'explique peut-être ainsi : la "valeur travail" serait le sujet du moment. Je lis d'un côté que la "valeur travail" est tout le programme du Parti communiste et, de l'autre, que je ne sais quelle illustre inconnue dit que "la valeur travail est de droite" (i.e. c'est un mal). 

Cette "valeur travail" éclairerait-elle les changements qu'a subis notre pays ? 

Récemment ce blog a analysé des études concernant la disparition de l'industrie, comme programme de gouvernement, et le poids extraordinaire que représente le régime des inactifs en France. 

Cela semble s'expliquer si l'on prend le terme "industrie" au sens "industrieux" de la fourmi, c'est-à-dire "valeur travail". Ce programme visait à éradiquer les fourmis. 

Auparavant, il a traité d'un livre qui parlait de nos élites (L'oligarchie des incapables). Elles considèreraient qu'elles doivent leurs privilèges à leur travail (diplômes), et que nous sommes des paresseux. 

On pourrait voir dans ces avatars de la "valeur travail" une de ces manifestations de la complexité qu'aime tant ce blog, mais auxquelles Edgar Morin n'est pas sensible. Par réaction à la génération précédente, peut-être, la génération 68 refuse le travail. Par réaction à la génération 68, celle de ses enfants s'approprie la valeur travail. 

Le phénomène, en fait, est probablement limité à une couche de la population. Comme le disent, aussi, les textes qu'étudie ce blog (en particulier l'oeuvre de Tocqueville), la France a gardé une structure d'ancien régime. Nous avons une aristocratie et un peuple. La question de la "valeur travail" ne s'applique qu'à la première. Seulement, c'est elle qui fait les lois et qui impose à tous ses opinions par le biais de la presse traditionnelle qu'elle contrôle...

(La génération précédent celle de 68 aurait-elle été celle de "travail, famille, patrie" ?)

dimanche 4 septembre 2022

Chacun à sa place

Il y a longtemps, j'ai voulu faire un stage ouvrier. J'ai été embauché par Bouygues. Mais, arrivé sur le chantier, on m'a dit que je risquais l'accident du travail. Et l'on m'a nommé conducteur de travaux. 

Une drôle d'idée, car je ne connaissais rien, et personne n'avait de temps à m'accorder. Le chantier était en retard. Mais, paradoxalement, j'ai été utile. Peut-être comme peut l'être un anthropologue à une tribu primitive. Je suis devenu une sorte de casque bleu des relations conflictuelles (ce qui est le propre des relations sur un chantier). Comme je ne savais rien, je forçais le monde qui m'entourait à s'expliquer. Je découvrais des problèmes mal posés. Et l'on a même trouvé ce qui causait les retards.

Leçon pour les inspecteurs des finances qui nous gouvernent ? S'ils sont des dangers publics, cela tient à ce qu'ils veulent s'occuper de tâches pratiques ? (Malheureusement, l'argument de l'accident du travail n'est pas utilisable dans leur cas. C'est nous qu'ils accidentent.) S'ils parvenaient à comprendre qu'ils sont des extraterrestres, alors, en nous aidant à bien saisir la réalité qui nous entoure, ils nous illumineraient ? 

Ne désespérons pas ?

mardi 16 août 2022

Open innovation

Nos gouvernants ont sur nous le regard de l'entomologiste. Ils nous mettent en équations. Et ils prétendent mieux nous connaître que nous mêmes... Ce qu'ils disent (cf. "Vers la renaissance industrielle") :

Pendant des décennies la croissance mondiale a été portée par le "commerce". Entendre par là, les délocalisations. En 2008, stop. En parallèle est apparue "l'open innovation". Elle consiste, pour une grande entreprise, à faire sa recherche et développement à coups d'achats de start up. La "French tech" expliquée ?

Nos entomologistes pensent que c'est l'alpha et l'omega des affaires. Et la fourmi ? 

  • Jadis, la recherche et développement était faite, d'abord par l'Etat, et, ensuite à l'intérieur de l'entreprise. C'était efficace, parce qu'il y avait toutes les compétences à portée de la main, et pas besoin de faire des danses du ventre pour lever des fonds auprès d'investisseurs qui ne suivent que des modes. Mais le "marché" voit cela comme un coût, alors qu'il donne des valeurs invraisemblables à la start up qui ne fait que des pertes ! 
  • En fait, il y a une forme "d'open innovation" qui a toujours existé, et qui est toujours pratiquée, en particulier, par le GAFAM : il s'agit d'éliminer un concurrent dangereux. 

L'entomologiste gagnerait-il à apprendre l'humilité ? 

mercredi 10 août 2022

Ne faut-il pas enseigner les sciences ?

L'école devrait enseigner à être un homme bien, dit Montaigne. En particulier à étudier la société, ce que l'on appelle désormais "anthropologie", pour apprendre à y vivre. Le reste est bourrage de crâne dangereux. 

Montaigne n'est pas cohérent. Son texte est fait de citations ! Le bourrage de crâne a eu du bon : il lui a enseigné l'expérience des anciens. 

Ce qu'il dénonce, peut-être, c'est croire que la connaissance est abstraction et que l'experience ne compte pas. Dans ces conditions, comme il le dit, on est incapable de juger correctement. 

C'est ce que l'on pourrait nommer "le mal de l'élite".

dimanche 7 août 2022

Elite ?

N.Dufourcq porte les errements de notre politique industrielle au compte d'une "élite" coupée des réalités et facilement influençable. 

Pourquoi parle-t-on autant "d'élite" ? Pourquoi est-ce devenu un terme de dérision ? 

Probablement parce que le pouvoir est désormais entre les mains d'une caste : quasiment tous les postes importants sont tenus par des inspecteurs des finances. Or, il doit en être diplômé à peu près une dizaine par an... 

En outre, ces gens viennent de milieux sociaux très particuliers (Jacques Attali parle de la "France des 200 maternelles"), et font l'objet, par l'Education nationale, d'une homogénéisation violente : ils sont soumis, pendant des années, aux mêmes concours, et au même parcours. 

Cette situation est exceptionnelle, et peut-être unique au monde. 

Paradoxalement, c'est une élite qui ne correspond pas à nos normes culturelles. L'ENA est généralement une "école de la seconde chance". 

Or, cette élite, peu légitime et qui pense peu, a les caractéristiques que The Economist, et probablement tout étranger, attribue à la France : l'arrogance. 

(Mais attention, à ne pas tirer de cette analyse qu'il faut lui couper la tête ! Tout au contraire. Mais c'est une autre histoire.) 

vendredi 5 août 2022

France : qu'est-ce qui cloche ?

Qu'est-ce qui cloche entre Monsieur Macron et la nation ? Eternelle question de ce blog. 

L'hypothèse de Tocqueville, et de l'Ancien régime :

  • Notre élite passe des études à l'Olympe gouvernementale. Comme celle d'Ancien régime, elle ne connaît pas la réalité. Elle ne vit que d'abstractions simplistes. 
  • Elle est convaincue d'être une élite, donc de nous apporter des idées que nous n'avons pas. Mais où les trouver ? Dans les modes qui parcourent la planète, et qui l'émerveillent. (Mais la stratégie, ce n'est pas imiter les autres !)
Application ? L'élite actuelle semble croire que :
  • Le salut de la nation viendra, comme ailleurs, de la "start up" (désormais "industrielle"), et d'un type d'entrepreneur, jeune, dynamique, qui parle bien, et qui lui ressemble. 
  • Le Français qui n'a pas compris cela est obsolète. Ce jugement s'applique non seulement à la masse des citoyens, mais aussi à celle des entrepreneurs. 
Explication du malaise actuel ? 
  • L'élite doit son pouvoir à l'électeur : vouloir l'éliminer, pour cause d'obsolescence, est suicidaire ! 
  • Elle dit défendre l'économie et les entrepreneurs, or les nôtres ne sont pas à son goût ! 
  • Elle n'a pas calculé les conséquences de ses idées : dans le meilleur des cas, la France, impécunieuse, n'a pas les moyens de financer le développement d'un monde de start up. Et de, très, très, loin.
Que faire, alors ?
  • "C'est le fonds qui manque le moins" : nos entreprises traditionnelles recèlent des richesses immenses, et qui, elles, coûtent peu à révéler. (Elles ont accumulé un savoir-faire considérable, alors que le startupper n'a dans la tête que le vent de ses études.)
  • La leçon allemande ou suisse est que c'est le "milieu" qui révèle ces richesses, et transforme l'entrepreneur : la communauté locale, et son système de financement propre, prend en main l'entrepreneur et l'amène à donner son meilleur. 
  • Or, comme le dit N.Dufourcq, en France les réformes gouvernementales ont dissous ces écosystèmes locaux... 
Serait-ce par là qu'il faut prendre le changement ?

(Tocqueville : “le gouvernement était déjà passé du rôle de souverain au rôle de tuteur” “tous pensent qu’il convient de substituer des règles simples et élémentaires, puisées dans la raison et dans la loi naturelle, aux coutumes compliquées et traditionnelles qui régissent la société de leur temps” “dans l’éloignement presque infini où ils vivaient de la pratique, aucune expérience ne venait tempérer les ardeurs de leur naturel”.)

samedi 30 juillet 2022

Dans la tête de nos gouvernants

Le livre de Nicolas Dufourcq est l'occasion d'un aperçu de ce qui se passe dans la tête de nos gouvernants. 

Qui sont-ils ? Des extra terrestres ?

  • La génération post Pompidou ne semble pas s'être intéressée à l'économie. L'entreprise était une vache à lait, inépuisable. Quand l'économie allait trop mal, le président dévaluait. 
  • La nouvelle génération paraît penser tout savoir sur l'entreprise. Et l'entreprise c'est la Silicon Valley. Nos entrepreneurs n'en sont pas. Ils la dépriment. 

Une même cause semble avoir des effets opposés :

  • Ces générations ont en commun, depuis l'Ancien régime, si l'on en croit Tocqueville, une totale méconnaissance de la réalité combinée à un extraordinaire complexe de supériorité. 
  • A l'époque des rois, jusqu'à la génération "post Pompidou", l'élite se croyait le "tuteur" d'un peuple d'enfants. Depuis, elle aimerait se débarrasser de ce boulet ?

mercredi 27 juillet 2022

Le changement : malédiction française ?

Qu'est-ce qui fait que le changement rate systématiquement en France ? 

Je m'intéresse au "cluster". Tout le monde est désormais d'accord que la performance d'une entreprise est due à son environnement immédiat, au "lien social" qu'elle tisse avec son environnement.

Je soupçonne une première erreur. J’ai lu quelques études savantes. Seulement, elles s’arrêtent à un niveau de détail que je juge insatisfaisant. C’est ce qui fait croire à notre gouvernement "qu’il a tout compris" à ces systèmes, alors qu’il n’a pas vu l’essentiel. Et, je suis à peu près certain que croire "avoir tout compris", sans "l’essentiel" conduit à l’inverse de ce que l’on cherchait… 

Et cela s'explique par une seconde erreur. C'est celle de la sonde interplanétaire. On ne lance pas une telle sonde avec des équations. On l'équipe de moteurs, qui, en permanence, la remettent sur la trajectoire voulue. Sans quoi, elle part "à l'opposé". Autrement dit, un changement, ça se contrôle. 

Or, nous apprenons à l'école, et notre gouvernement encore plus que nous, que tout est une question d'idées. Lorsque l'on a la bonne idée, on peut "laisser faire"...

samedi 23 juillet 2022

EDF nationalisé

Il est arrivé ce qu'il devait arriver : EDF a été nationalisé. 

L'histoire d'EDF est celle de beaucoup d'entreprises publiques. De hauts fonctionnaires en prennent la direction. Vous allez voir, ce que vous allez voir, nous allons faire de ce mastodonte inefficace, un champion de l'économie de marché !

Quelques années après, l'entreprise est percluse de dettes, et ne sait plus travailler. Elle a trop d'énarques et de polytechniciens, et plus aucun soudeur. On fait alors appel au contribuable, qu'on trouve pourtant si paresseux et inutile. Depuis le Crédit Lyonnais, l'histoire se répète sans cesse. 

Notre élite gouvernante a une curieuse caractéristique : quel que soit ce qu'elle touche, cela se termine en dette publique ! La systémique a-t-elle une explication à proposer ? 

vendredi 8 juillet 2022

L'élite est-elle réellement stupide ?

"Elite" est un terme de dérision. Nous sommes gouvernés par des gens qui affirment devoir leur autorité à la qualité surhumaine de leur intellect, alors qu'ils ne font que des erreurs de débutants. 

(C'est nous qui en payons le prix, bien sûr. Nous moquer d'eux est certainement un moyen de nous dédommager. Le rire est préférable à la révolution. Surtout pour l'aristocratie.) 

L'Elite est-elle fondamentalement stupide ? Ce n'est pas certain. Mon hypothèse est la suivante : 

En fait, tout tient à une erreur : elle croit que la sélection dont elle est issue lui donne le droit de faire ce qui lui passe par la tête. 

En fait, ce qu'elle ne fait pas, c'est ce pour quoi elle a été sélectionnée. Elle n'utilise pas les talents que l'on a identifiés chez elle. Les roues de la formule 1 ne touchent pas la route...  

samedi 25 juin 2022

M.Macron ou le dilemme de l'élite ?

Comment caractériser la situation politique actuelle ? Une hypothèse :

  1. M.Macron dit : j'ai la seule bonne solution pour résoudre les problèmes du pays. C'est faire ce qu'on essayé de faire en vain mes prédécesseurs. D'un côté la French tech, de l'autre la réduction des dépenses publiques. Pour cela, j'ai besoin, comme eux, d'un pouvoir absolu. 
  2. La population répond : le coronavirus, M.Poutine, l'inflation... font que la "globalisation", qui sous-tendait cette politique, est morte de ses vices cachés. Le monde a changé, du tout au tout, mais nous ne savons pas comment. Il faut "poser le problème", avant de lui chercher une solution, qu'il faudra inventer. En particulier, vous devez nous écouter. 

Si c'est le cas, ces gens peuvent-ils s'entendre ? Le psycho-sociologue Adam Grant répond : non. Il est inconcevable pour "l'élite" de se remettre en cause. 

M.Macron lui a donné raison lors de la crise des Gilets jaune. Il a rencontré le peuple. Mais il n'a fait que parler. 

M.Macron se dit prêt à faire des compromis. Mais est-ce qui est attendu de lui ? 

mercredi 4 mai 2022

Elitisme de l'homme ordinaire ?

L'école sélectionne ceux qui peuvent penser. Elle les appelle "élite", et leur donne le pouvoir. 

Résultat ? Citez un bon président.

Et si l'on pensait notre société pour qu'elle puisse être dirigée par le type de président dont nous disposons ? 

On apporterait tout notre soin à la formation de l'individu, à vous et à moi. Et peut-être aussi à la structure sociale. 

(Inspirons-nous de l'armée romaine : elle surclassait tellement sa concurrence qu'elle pouvait gagner une bataille avec, à sa tête, n'importe quel sénateur ?)

jeudi 21 avril 2022

L'élite est-elle bête ?

Pourquoi appelons nous élite notre élite ? me demandait un commerçant. 

Je soupçonne que ce qui nous fait douter de son intelligence est qu'elle ne l'utilise pas. Elle croit que ses études lui ont donné une sorte de "licence to kill". Tout ce qu'elle pense est génial. Ce que confirme que nous la trouvions trivialement idiote : comment pourrions nous le comprendre ? 

Tout changerait certainement si elle faisait ce pour quoi elle a été sélectionnée : résoudre nos problèmes.

(L'y amener est ce qu'Elinor Ostrom a appelé la "gestion des communs". C'est notre mission à tous.)

mardi 21 décembre 2021

Vive la résistance au changement !

Ce blog explique que nos hauts fonctionnaires court-circuitent, en maîtres, les mécanismes qui s'opposent à leurs plans. Ne font-ils pas le bien commun ? Ce qui lui résiste n'est-il pas pure arriération ? 

Et c'est comme cela que l'on découvre, avec surprise, que tel ou tel "champion national" a accumulé 70md€ de dettes (presqu'un plan de relance), que la nation va devoir rembourser. Et c'est aussi comme cela qu'elle se trouve devant des faits accomplis qui ne sont ni bons pour elle, ni tout à fait conformes à ce qu'en attendait leur auteur. Ce qui provoque le mécontentement dont se nourrit le "populisme". Il n'y a pas de complot sans feu. 

Et voilà pourquoi il ne faut pas cracher sur la résistance au changement. Elle force le dirigeant, qui la respecte, non seulement à faire bien, mais aussi et surtout à donner le meilleur de lui-même, ce pourquoi il occupe son poste. C'est la résistance au changement qui révèle l'élite, pas l'Education nationale. 

dimanche 12 décembre 2021

Indigne Boris

La grande affaire de la semaine en Angleterre fut les fêtes des Boris Johnson. Alors qu'il le niait, il est maintenant démontré qu'au moment où les rassemblements étaient interdits, on faisait la fête dans la maison du premier ministre. Au même moment il est révélé que ses appartements ont été retapés grâce à un don, non déclaré, d'un riche partisan (en France ou condamne des François Fillon pour moins que ça ?). 

Cela peut être examiné selon plusieurs angles. D'abord, les gens qui enfreignaient la loi, à l'époque des fêtes, étaient susceptibles d'une amende. Ensuite, il y a l'insulte : alors que l'Angleterre se privait, le gouvernement ne se refusait rien. Et il y a le mensonge. Le parti conservateur estime que "conservateur" est, avant tout, un état d'esprit. Et qu'il est l'exact opposé du comportement de M.Johnson. Ue réflexion entendue : l'exemple vient d'en haut. 

Le plus intéressant, peut-être, sont les circonstances atténuantes qu'on lui trouve : quand on travaille aussi dur que nous, on a bien droit à une petite compensation. 

Cela définit probablement le terme "élite", et pourquoi il est aujourd'hui employé avec dérision. Alors qu'après guerre le service de l'Etat était un sacerdoce, l'élite est désormais constituée de gens qui pensent avoir tous les droits, du fait de leur position sociale. 

(Rubrique "people". On annonçait aussi que M.Johnson vient d'avoir un enfant. C'est le second qui lui naît, depuis qu'il est premier ministre. Je me demandais s'il s'était marié tard. En fait, c'est son nième mariage. Je n'ai pas fait un compte exact, mais, entre les légaux et les illégaux, il semble avoir engendré au moins huit descendants. Un modèle à suivre ?) 

vendredi 5 novembre 2021

Au nom du peuple

La croisade de France Musique pour la musique contemporaine amène à se demander : qui est intéressé par la musique contemporaine, en dehors d'un petit groupe d'esthètes ? 

Et qui va, d'ailleurs, au spectacle, sinon ce petit groupe ? Mais alors pourquoi les opéras et autres sont-ils si lourdement subventionnés ? Pour que le peuple puisse avoir accès à la "culture". La culture étant définie comme étant ce qu'apprécie ces esthètes. 

Seraient-ils parvenus à faire payer leurs loisirs par la nation ?

Un article sur les raisons de l'état regrettable de l'Education nationale débouchait sur le même type de raisonnement. 

Timeo danaos et dona ferentes, comme on disait jadis ?

mercredi 22 septembre 2021

Admirables Anglais

Pourquoi la France s'évertue-t-elle à intervenir chez ses anciennes colonies ? Nos intellectuels disent que le colonisateur est haïssable. Et, lien de cause à effet ?, il semble évident que nos ex colonisés trouvent le Français haïssable. Je me demande depuis toujours pourquoi nous ne sommes pas cohérents. 

Paradoxalement, les Anglais, alors qu'on pourrait penser que leur "diviser pour régner" a laissé le monde à feu et à sang, ont beaucoup mieux réussi leur coup. Leurs colonisés les admirent, rêvent de s'installer chez eux, et leur font former leurs élites. (Il faut dire qu'ils ont su conserver des universités dignes de ce nom.) 

Serait-il temps que le Français se regarde dans une glace ? 

mercredi 8 septembre 2021

Changer le système pas les hommes

Le précédent billet dit de se méfier de la chasse aux sorcières. Ce qui ne va pas, c'est le "système", pas ceux qui le constituent. Qu'est-ce que cela signifie, dans ce cas ?

Il faut renoncer à l'illusion que nos grandes écoles (ou celles des autres) forment des dirigeants de multinationales. D'ailleurs, croire qu'une personne seule peut commander une entreprise, parfois des centaines de milliers de personnes, est erroné. 

On dit que les PME allemandes sont dirigées par des "triumvirats", il est probable qu'il faut concevoir maintenant un nouveau mode de direction de l'entreprise, qui soit une question d'équipe, et d'expérience prouvée sur le terrain, et pas en classe. (Ce que j'appelle parfois un "ordinateur social" : un groupe d'hommes "organisé" pour résoudre les problèmes qui se posent à l'entreprise.)

Un changement systémique est un changement qui s'en prend aux principes de notre pensée, pas aux hommes.

vendredi 3 septembre 2021

L'esprit de l'Education nationale

Débat concernant les inégalités dues à l'Education nationale (France Culture). Des mesures simples permettraient de les éviter. Par exemple, favoriser certains redoublements aidant à la maîtrise du sujet enseigné. 

A mon avis, voilà qui est contraire à l'esprit de l'Education nationale. Cet esprit est la sélection, pas la formation. Et cela tient à ce que nous croyons, comme l'Ancien régime, que le talent est inné. Et cette sélection se fait en jetant l'élève à l'eau, sans bouée. C'est à dire en rendant les sujets enseignés volontairement incompréhensibles. 

Qu'est-ce que cela donne ? Ce que j'ai vu de notre élite me fait penser qu'elle est faite de gens malheureux, et mal finis, parce que l'on ne leur a pas laissé le temps de parvenir à maturité. Vouloir un Mozart, c'est nécessairement commettre un assassinat ?

mardi 31 août 2021

Le temps de l'innocence ?

Je relis les oeuvres d'Emmanuel Macron. 

Ma première impression, il y a quatre ans, de l'introduction de Révolution était condescendante, je l'avoue. Dissertation d'un bon élève de quatrième qui raconte ses vacances (ce qui est plutôt un exercice de cours primaire). Il y a tout y compris le style endimanché. Aspect gentiment touchant aussi. Emmanuel Macron veut nous "réconcilier" (sous-titre). La France est belle. Lui-même a bénéficié de son ascenseur social. C'est grâce au dévouement de ses hussards noirs qu'il est ce qu'il est. Il a eu du mal. Il a connu l'échec. Mais, quand on veut on peut. C'est l'enseignement qu'il tire de sa longue vie. C'est pour cela qu'il est un combattant de la liberté d'initiative. 

Je n'aurais pas dû sourire. Cette introduction donne une inquiétante impression de ceux qui nous dominent :

  • C'est cela notre élite ? Imagine-t-on un Pompidou écrire un tel texte ? (Il est vrai que M.Giscard d'Estaing a peut-être fait pire...) 
  • Je suis beaucoup plus vieux que M.Macron, et déjà de mon temps l'enseignant dévoué à la cause commune, et surtout qualifié, n'était plus. Et encore j'ai eu la chance de vivre dans une banlieue communiste, pour laquelle l'enseignement signifiait encore quelque-chose. L'ascenseur social n'existe plus, sauf pour quelques privilégiés, qui n'en ont pas besoin. 
A tort ou à raison, je pense qu'Emmanuel Macron a des compétences rares, notamment celle de faire bonne figure à l'étranger, d'être increvable, d'aimer son pays, et, surtout, d'avoir la capacité à se remettre en cause. Mais, il part de loin. Avec de telles idées, il n'est pas étonnant que la dite élite puisse croire qu'il suffise de traverser la rue pour trouver du travail.