mardi 19 novembre 2013

Quand le marché conduit le changement

Il y a longtemps, j’ai travaillé pour un groupe d’usines qui fabriquaient des bouteilles en verre. Il était alors déficitaire. La cause en était une surproduction locale (une usine de trop). En outre, il était menacé par le départ d’un client, 10% de son chiffre d’affaires. Le problème venait de la rigidité des chaînes de production. Elles sont optimisées pour produire, pas cher, à pleine cadence. Finalement, nous avons trouvé une solution. On appellerait cela « lean production » aujourd’hui. (Comme quoi, les livres ne sont pas toujours utiles !) Mais j’en ai surtout retenu l’idée que l’équilibre d’une entreprise tient à peu de choses. Beaucoup de secteurs sont optimisés pour réaliser une petite marge en fonctionnant à cadence maximale.  

Et c’est peut-être par là que se fait la destruction créatrice de Schumpeter. Une innovation comme Internet par exemple n’attaque pas tout un marché, mais seulement une petite proportion. Mais, la perte est suffisante pour torpiller l’industrie existante. Il semble que ce soit ce qui arrive aux libraires. Les vendeurs en ligne ne leur prennent qu’une part marginale de chiffre d’affaires, mais c’est assez pour compromettre leur avenir. Bien entendu, l’entreprise attaquée pourrait s’adapter. Cependant, mon expérience montre que c’est difficile. Ne serait-ce que parce qu’elle est optimisée pour son fonctionnement actuel, et que, en quelque sorte, elle a licencié sa capacité à changer pour faire des économies.

A cette étape de ma réflexion, il me semble qu’il est dangereux de laisser le « marché » conduire le changement. En particulier lorsqu’il est entre les mains d’un tout petit nombre d’individus, qui n’en font qu’à leur tête (cf. les multimilliardaires des technologies de l’information). Car, il prend des décisions qui affectent nos vies. Elles devraient être de l’ordre de la démocratie.